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 FOLI [PV Kohaku]

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AuteurMessage
Yuuta Fukuro
♣ Université - 4ème année
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KMO
                                   :

MessageSujet: FOLI [PV Kohaku]   Mar 12 Déc 2017 - 22:44

La neige commençait à tomber de manière lente, valsant en direction du sol depuis un ciel qui était encore revêtu de sa robe nuptiale. Ces larges flocons blancs étaient comme des étoiles virevoltant depuis la vaste voûte céleste pour venir à la rencontre de la terre, gratifiant les hommes de leurs dernières danses avant de disparaître dans la fine nappe laiteuse qui tentait de se faire sa place ici-bas.

Le spectacle était magnifique, envoûtant, cadeau de la nature pour l’observateur attentif qui saurait prendre le temps de s’arrêter un instant. Lors de cette pause, il découvrirait alors la beauté de la simplicité, la beauté du temps passant dans cette chorégraphie naturelle. Retenant son souffle, désirant que cette vision ne s’arrête jamais, il capturerait alors ce sentiment d’être spectateur d’un orchestre adroitement mené où chaque élément avait sa place, un début et une fin.

Et Yuuta observait.

Assis sur un muret aux briques froides, emmitouflé dans ses vêtements chauds, il se savait spectateur d’un ballet unique. Figé sur place, désireux de ne pas perturber le cours des choses, il observait sans un mot, sans un bruit, sans un mouvement, ce qu’il considérait comme d’un plus grand prix que de l’or ; il capturait de ses yeux curieux ce qui était comme un cadeau irremplaçable, un instant unique entre lui et un chef d’orchestre ingénieux, mystérieux.

Pour la troisième fois, depuis son arrivée au Japon, il participait à cette représentation qui ne cessait d’enfler son cœur de joie. Lui qui était arrivé trop tôt avec son vol depuis les US, délaissé par un taxi à la mauvaise adresse et durant l’heure creuse des transports en commun, il était fier que dans son malheur il avait découvert la Keimoo apaisée, calme et peu mouvementée pour la première fois ce jour-là.

Combien de personnes pouvaient-elles se vanter d’avoir goûtées au calme de cette ville qui ne dormait jamais ?

Sous la neige, dans le froid, il avait alors pris le temps de s’imprégner de cet instant de paix avant de s’embarquer dans un périple jusqu’à son doux foyer, ce silence qui l’avait accueillis le suivant durant sa longue marche à travers boulevards, routes et champs. Jusqu’à ce qu’il soit rompu par des instrumentations humaines : vrombissements de moteurs, files indiennes de voiture et bavardages d’ouvriers attendant leur navette.

Alors que le ciel s’ornait de couleurs orangées, les bruits des environ s’étaient regroupés en une musique de fond, ensevelissant définitivement le reste du calme qui avait accompagné le jeune garçon jusqu’à présent. À peine avait-il passé le seuil de sa porte, sac encore sur le dos, il s’était précipité sur le balcon faisant face à la ville qui s’activait, se demandant intérieurement s’il n’avait pas manqué quelques choses de cruciale dans l’instant qu’il avait vécu auparavant.

N’y avait-il pas quelque-chose à écouter, dans ce silence ? Il se jura alors d’être plus attentif la prochaine fois, de tendre l’oreille à ce qu’il n’entendait pas encore.

La seconde fois qu’il retrouvera cet instant hors du commun, il était mieux préparé à écouter, accompagné par les mots d’un joueur de djembé Malinké.


« Toutes les choses, c’est du rythme ! »


Le musicien, originaire de Baro en Nouvelle Guinée, lui avait expliqué il y a de cela plusieurs années, que sa tribu avait pour coutume de transmettre que tout mouvement était un rythme : la cadence de marche, les mouvements d’un travailleur de la terre ou encore leur langue, tout était un rythme. La vie créait le mouvement, le mouvement créait le rythme et pour Yuuta, là où il y avait un rythme, il y avait de la musique.

La vie est rythme, la vie est musique.

Lors de cette deuxième rencontre avec la Keimoo calme et apaisée, il remarqua alors ces mouvements, silencieux, cachés, qui animaient ce paisible ballet : il remarqua les flocons qui dansaient, virevoltaient, remontant dans le ciel ou chutant rapidement, il remarqua le vent qui caressait, mouvait les feuilles mortes et les rares détritus à même le sol, il remarqua l’allure pressée, les grandes enjambées des personnes qui, sous la pression du froid, se mouvaient rapidement et silencieusement dans les rues jusqu’au seuil de leur foyer, désireux de s’abriter au chaud entre quatre murs, manquant ainsi le spectacle qui se déroulait là, sous leurs yeux, sur le pas de leur porte.

Seul, au milieu de la rue, immobile à regarder le ciel et ce qui l’entourait, Yuuta s’était alors demandé si ce qu’il voyait n’était pas un orchestre, fait d’instruments divers, naturels, chacun suivant la partition qui lui avait été donnée. Chaque flocon une note suspendue dans les airs, chaque bourrasque de vent une envolée musicale, chaque enjambée un tempo marqué. Il trouva une harmonie dans ce silence, dans ce calme, se demandant quelle mélodie ce jouait à ce moment-là, son esprit s’enflammant de mille questions.

Si la ville pouvait chanter par-dessus cette complainte, cette ballade, que me raconterait-elle ?

C’est ainsi que pour sa troisième rencontre, il avait décidé de trouver une mélodie qui collerait au spectacle, aux mouvements : couché chez lui sur son canapé, les écouteurs sur les oreilles, le téléphone dans la main, il avait écumé sa bibliothèque musicale, mettant de côté les morceaux qu’il lui rappelait cette paix, qui semblaient magnifiés ces souvenirs si précieux qu’il avait eu, les enrobant dans un thème musical approprié. Il savait qu’il n’aurait que peu de temps de sérénité, seul à seul à questionner ce chef d’orchestre si ingénieux et mystérieux, avant que l’homme ne perturbe cette douce quiétude avec ses instruments bruyants, factices, imparfaits.

Il s’était affublé de sa veste de snowboard noire et blanche pour parer le froids, il portait un bonnet gris tricoté à la main par sa mère pour y cacher ses cheveux, son jean noir était affublé de Docs pour parer la neige et il portait un masque sur la bouche, ne laissant paraître que l’intensité de ses yeux bleus, pour éviter que quiconque ne s’approche de lui, de peur d’attraper un rhume qu’il n’avait pas.
Il désirait pouvoir profiter de l’instant qui se déroulerait sans être dérangé, pas un mot, pas un bruit, pas un mouvement dans sa direction. On parlait musique, on parlait business, il n’y avait pas de temps pour les interruptions, pas maintenant.

C’est ainsi qu’avant l’aube, il s’était retrouvé dans les rues du centre-ville de Keimoo, arpentant en vitesse ses trottoirs, passant devant les nombreuses boutiques qui inondaient de leurs lumières les rues sombres, sans même daigner un coup d’œil à leur étalage. Il n’avait pas le temps, il avait un rendez-vous important, il ne désirait pas louper ce concert qui avait pris une place conséquente dans son cœur et son esprit.

Il avait fait ses recherches, vérifié les routes, vérifiés où se trouvaient les grandes entreprises, où se trouvaient les arrêts de bus y menant. Il avait trouvé alors son point d’observation : en bordure du centre-ville, sur un muret de brique adjacent d’un fleuriste qui n’ouvrirait que bien après son passage rapide. C’était la place parfaite : éloignée du surplus de luminosité du centre, isolée du cœur toujours en mouvement de la ville. Un jardin secret à côté d’un vendeur de plantes, comme caché aux yeux de celui qui le recherchait le plus.

Grimpant sur son perchoir, il s’installa confortablement, assis aux premières loges, attendant la levée de rideau ou plutôt attendant la chute du rideau blanc. Le téléphone dans la main, un casque noir sur les oreilles par-dessus son bonnet gris, son pouce survolait le bouton play de sa playlist, son regard perdu dans la voute céleste. Il attendait la neige.

♫ Humpty Dumpty sat on a wall. Humpty Dumpty didn’t had a great fall. ♫

Elle ne se fit pas attendre et répondit au rendez-vous, comme un coucou Suisse toujours à l’heure, les flocons commençant leur danse dans le vent. Le bouton fut pressé et la musique commença, l’esprit de Yuuta mêlant vision et chanson.

L’Opus 9 en Si bémol mineur de Chopin aurait pu faire l’affaire, mais cette Nocturne ne capturait pas la légèreté de la danse qui se déroulait devant le garçon.

Song of Healing de Kōji Kondō capturait parfaitement le sentiment de solitude emplissant Yuuta de participer, seul, à ce spectacle. Mais la mélodie ne convoyait pas la joie qui emplissait son cœur d’être là, dans le présent, appréciant quelques-chose d’unique et simple.

La Danse Macabre de Camille Saint-Saëns capturait la danse, mais ignorait les aléas du vent, joueur, caressant le visage du garçon, tentant de le faire frissonner, de le faire sortir de sa pétrification volontaire.

Les morceaux défilèrent, tous imparfaits, manquant quelque-chose que Yuuta n’arrivait pas pointer du doigt : les beats de la Trap étaient sans effets, le flow du rap trop était trop rapide, la musique classique était déjà trop lourde d’un message préexistant, le métal était trop bruyant, l’électro sonnait trop récente et même l’hiver de Vivaldi semblait jurer avec le paysage fait de béton et les lumières artificielles de la ville.

Pire, son temps était bientôt fini ; le dernier morceau se diffusait maintenant dans ses écouteurs, rappelant au jeune garçon que, bientôt, l’entier de la ville s’emplirait de bruits, masquant jusqu’à la prochaine fois cet orchestre, cette mélodie, qu’il n’arrivait toujours pas entendre. Frustré, il prit une grande respiration, se rappelant que cet échec n’annonçait que de nouvelles recherches, ce n’était pas la fin. Il ferma alors les yeux un instant, profitant de la musique qui l’accompagnait dans ses derniers moments de paix, malgré la frustration qui faisait son chemin dans son esprit.


Mounika – Let Me See Jon Brion In Wonderland:
 



Le thème était languissant, triste à la première écoute et pourtant si douce, si plaisante à l’oreille. Le beat, le piano, la répétition capturait merveilleusement le spectacle de ces flocons jouant une dernière fois dans les airs avant de s’écraser à terre. C’était une belle ode à l’unicité de chaque flocon rejoignant, par force du vent, l’amalgame de la neige au sol, leur beauté foulée aux pieds par des hommes inattentifs.

Mais alors intervint un crissement de pneu, un klaxon, des portes qui s’ouvrirent et un déambulement de voyageur sortant de leur navette, sortant par la même occasion Yuuta de sa rêverie musicale. Il regarda alors ces fourmis soudainement envahir toutes ces rues, les voitures prenant contrôlent des routes, créant déjà des files d’attentes dans cette ville qui commençait à s’activer. Il était comme une termite forcée à regarder son jardin secret être envahi par une colonie.

This is no Wonderland…

C’était la fin, le rideau était tombé et le spectacle était maintenant terminé, le chef d’orchestre s’était retiré. Le cœur un peu lourd de ne pas avoir trouvé réponse à ses questions, Yuuta se propulsa en bas du muret de brique, un petit goût de défaite dans la bouche lui rappelant que malgré son "talent musical" il n’avait pas su trouver une musique appropriée pour ce show d’hiver.

♫ All the king’s horses and all the king’s men couldn’t put Humpty Dumpty together again. ♫

Sa tête était maintenant remplie de questions, sur lui, ses choix, sa passion. Ses jambes l’emmenaient là où elles le désiraient, son esprit trop occupé à réfléchir et écouter la playlist qui avait recommencée la lecture depuis le début. En musique, il marcha jusqu’à un petit café peu occupé, la tête regardant le sol, les épaules abaissées en signe de défaite.

Malgré qu’il ait rejoint le confort et la chaleur du café, il avait encore le cœur froid, froid contre lui-même, froid à tous les raisonnements que son esprit essayait d’envoyer à sa raison. Il savait qu’il n’avait pas à douter de ses choix, de lui, il savait que cette entreprise était compliquée, il savait que ce n’était que partie remise. Et pourtant…

Malgré le chocolat chaud qu’il commença à siroter, il gardait cette idée d’échec, de défaite, l’amertume de ce raisonnement masquant la douceur de sa boisson, puis de la suivante et encore de la suivante. Combien de temps il resta là ? Il ne le savait pas, la playlist continuait à tourner en boucle, les morceaux s’enchaînant, son esprit les analysant encore et encore. Que manquait-il ?

Le soleil s’était déjà montré et l’aurore était passée quand il décida de sortir de sa torpeur. C’était un nouveau jour qui annonçait de nouveaux défis, de nouveaux questionnements et de nouvelles recherches. Celle-ci devra attendre ; il se penchera à nouveau dessus, plus tard. Pour le moment il devait payer son addition et reprendre sa route pour chez lui où l’attendais Nana, sûrement encore perturbée de ne pas voir son maître au réveil.

Une fois rentré, un câlin et je vais me coucher. On verra ce que la journée aura à m’offrir plus tard. I’m out.

Il sorti du café, délaissant le confort de la chaleur de celui-ci pour le froid de l’extérieur. Il remarqua qu’à ce moment-là que la playlist tournait toujours, reprenant la dernière chanson qu’il avait écouté auparavant.

Après celle-ci, je m’en vais.

Il alla alors s’asseoir sur un banc, relançant le morceau par deux fois, comme ne voulant pas quitter le lieu du crime sans avoir résolu son mystère. Mais rien n’y faisait, à nouveau, il s’enfonçait.

Dans un râle, il passa sa main sur son visage ; il était fatigué, de lui, de son esprit, de ses échecs. Il s’affaissa sur le banc de toute sa longueur, sa tête penchant en arrière et son regard fixant le ciel. C’est que maintenant il s’en voudrait presque d’être déjà las après une si petite défaite, que lui arrivait-il ? Ne valait-il pas mieux que ce que sa raison lui clamait ? Un tel comportement était ridicule.

Il eut un petit rictus alors que la dernière musique de sa playlist se termina.


« If I were a rabbit, where would I keep my gloves ? »


Un sourire ricaneur aux lèvres, il ne put s’empêcher de se comparer à Alice du dessin animé Disney : pauvre courge qui avait foncée tête baissée à la poursuite d’un lapin blanc sans demander son reste, insouciante en tout point de son aventure. Reprenant une assise normale sur le banc, il releva la tête et pris son téléphone en mains, s’apprêtant à presser sur l’arrêt de la re-lecture automatique de la playlist.

Yeah… Alice… You should keep following that damn white

Un mouvement, rapide, comme un éclair blanc non loin de lui, étrange, unique, flottant.

Il se releva sur son banc, alerte, ses yeux cherchant la source de ce soudain retour aux réalités, scannant la foule de gens qui s’attelaient à il-ne-savait-quoi. Tout semblait normal, chaque personnes suivant la partition en trois temps qu’ils avaient créées pour leur journée : métro, boulot, dodo.

Il se leva alors, de tout son long, se mettant presque sur la pointe des pieds comme s’il ne dépassait déjà pas assez de la foule, cherchant encore une dernière fois pour s’assurer que son esprit ne lui avait pas joué de tour, que le mélange de chocolat chaud et de neige, de chaud et de froids, ne l’avaient pas… Là !

Grand, aux cheveux blancs comme la neige, courant d’une rue en direction d’une autre. Un homme, venait à nouveau d’entrer dans son champ de vision un bref instant et il comprit ce qu’il l’avait alerté chez cette personne.

Quelle grâce !

Ces membres, fins, paraissant quasi squelettiques depuis où se tenait Yuuta se mouvaient avec grâce, parcourant la place centrale à toute vitesse, comme un chat chassant un oiseau, pressé, confiant dans chacun de ses pas, un but à l’horizon et la confiance qu’il allait l’atteindre.

Une flèche blanche perturbant le cours des choses, percutant flocons et passants sur son passage. Une force de la nature, terrible, majestueuse, qui créait son propre chemin, à contre temps de l’orchestre si bien minuté des gens vaquant chacun à leur occupation.

Quels mouvements !

Et où il y avait du mouvement, il y avait du rythme, où il y avait du rythme, il y avait de la musique.

À nouveau, ses jambes se mirent à avancer d’elle-même, son esprit trop préoccupé à se demander pourquoi une telle course folle ? Il savait que suivre cette personne reviendrait à la stalker mais il devait revoir ce mouvement car il se demandait déjà quelle mélodie formait le thème de ce "chat" blanc.

Ses pas s’accélérèrent, suivant cette personne mystérieuse, gardant une bonne distance sur elle, espérant qu’à un moment elle s’arrêtera pour qu’il puisse l’observer.

Mais quel serait son excuse s’il venait à se faire attraper ? Après tout, les chats étaient des chasseurs et lui n’était qu’une termite.

Follow the white rabbit

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Kohaku Joshua Mitsumasa
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KMO
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MessageSujet: Re: FOLI [PV Kohaku]   Jeu 7 Juin 2018 - 23:12

WONDER
Can’t find paradise on the ground

-

Je fais des anges sur les toits, membres déployés contre le relief d’une poudreuse millénaire, des anges cornus que j’affuble de sourires lorsque je me redresse. Je grimpe, la peau de mes doigts frigorifiés s’écartelant en des stries sanguines.

Dans mes souvenirs, Carter me hèle, paumes gantées enfoncées contre ses hanches, et me somme de descendre. Ses cheveux de fer s’emmêlent dans le tricot épais de son bonnet et des flocons picorent son arcade sourcilière. Elle est cette gargouille qui croasse, qui gronde, et dont l’expression fissurée me fait sourire.

Je laisse mes talons s’assouplir sur les dalles et glisser jusqu’à la gouttière, les muscles de mes cuisses se tendant, et je la contemple. Ses joues fripées sont rougies par le froid et j’imagine l’hideuse robe à fleurs qui doit se cacher sous son manteau noir, prune brodée de soie turquoise. Derrière-moi, existe maintenant l’image d’un ange démembré. Son sang s’est coagulé à même la neige et je l’imagine être argenté.

Mes semelles crissent contre la gouttière et je sens le métal acéré s’enfoncer dans le caoutchouc de mes bottes. Mon visage se fend en un rire, mes yeux pétillent, ma luette vibre.

J’écarte les bras et je plonge.

Carter hurle.

-

L’air battait contre mes tempes et la condensation de ma respiration se massait contre mon nez et ma lèvre supérieure en une pellicule givrée. Le soleil pointait dans l’horizon et égayait progressivement la nuitée de ses couleurs, peignant ma vision d’un bleu qui s’éclaircissait et qui logeait le nom de Zakuro au creux  de ma gorge. Les étoiles, flocons nocturnes, laissaient places à leurs confrères aqueux, qui se déposaient comme une nuée de châles clairs sur toute la surface de Keimoo. Posément, les quelques commerces que je dépassais dans ma fulgurance, allumaient leurs lumières et amorçaient la journée, profitant de la quiétude que l’aube pailletait sur la ville.

Je n’avais pas dormi.

-

Il dépasse les toits, fractionne l’air de ses mouvements limpides, l’arc de son corps n’étant égalé que par celui de ses cheveux. L’Hirondelle vole et je considère, englué par la fluidité de sa course, que son patronyme, curieux surnom que le Ciel a déposé sur son front, lui va à ravir.

Zakuro siffle, près de moi, ses phalanges pianotant un rythme auquel j’associe distraitement une mélodie que chacun des mouvements de l’Hirondelle – Kojiro, Sasaki – se chargent de rompre. Il est magnifique, il est grisant.

Et il vole à contre-sens de la gravité.

-

Le manteau blanc que j’avais pigé dans les affaires de Swan claquait contre mes hanches, incapable de s’acclimater aux mouvements vifs qui secouaient ma démarche. Me propulsant par-dessus de l’une des barrières métalliques clôturant un pan de verdure lambda logé en bordure d’Hiryuu, j’appréciais la manière dont ces claquements synthétiques s’agençaient au vent qui battait contre mes tympans. Une danse arythmée, dont la fluidité se situait dans sa belligérance plutôt que dans son élégance. Jambes ramenées contre ma poitrine, puis vite étendues, cheveux froissés contre ma nuque, je chahutais l'aurore.

Lentement, tout autour de moi, la ville prenait vie, s’étirait en une série de grondement graveleux. J'imaginais la pâtisserie de la vieille Michigo tranquillement embaumer l'immeuble dans lequel Lawrence et Zakuro vivaient des parfums de ses confections, j'imaginais les volets êtres ouverts par le relief  habitués de doigts boudinés. Toutefois, Hiryuu était loin derrière, logé dans un coin de la ville que j'avais abandonné - les cheveux jais de Sasaki jetés contre son oreiller et, ceux de Zakuro, des veinures folles venues enchaîner ses bras - au profit des géants du centre ville. Les appartements vieillis avaient laissé place à des titans grisonnants, aux vitres luisantes. Parmi, eux, dans ma course, j’avais pu considérer, d’un revers d’œil qui m’avait presque rendu proie au métal d’un réverbère, l’un de ces immeubles comme celui abritant l’un de mes proches. Takihide et le brouhaha sordide de son environnement, Takihide et les secrets qui débordaient hors de ses orbites. Il avait probablement passé la nuit debout, les yeux rivés sur ses nombreux écrans, ses doigts balayant tantôt ses claviers, tantôt la tasse de café qui servait à le tenir éveillé.

J’avais considéré sa fenêtre sans m’arrêter.

Plus tard, peut-être.

-

Joshua. C'est le nom qu'il me tend, l'intensité de ses yeux un sombre miroir au vide qui le ronge, lorsque je m'étire par-dessus l'un des moniteurs qui couvre le sol de son minuscule appartement pour glisser une paume dans l'encre de ses cheveux. C'est une appellation qu'il a dérobé à l'Hirondelle, à la volée, quelque part entre deux battements d'aile. Takihide - waspwaspwasp -  est une guêpe qui butine le monde du bout de ses prunelles et il m'appelle, depuis l'entrelacs d'une pénombre qui nous enveloppe. Il m'aime.
Ses rideaux sont tirés. À l'extérieur, il neige.

Et je regarde ce faciès bleui par l'éclairage des moniteurs avec la sensation qu’on me broie les trippes.

-

Les tons de la ville en éveil s’étiraient autour de moi à la manière de stries de peinture qu’on aurait chahuté au moyen de doigts. Me laissant retomber du rebord d’une fenêtre à laquelle je m’étais accroché, mes ongles crissant contre le ciment qui la bordait, s’effritant, se raturant, se brisant, je laissais ma conscience glisser sur l’attelage inégal des teintes de la conurbation, trop de vibrance s’opposant à des pans trop ternes. Enseignes éclatantes affrontant des murs lisses dans une joute visuelle.

Mes semelles claquèrent sur le trottoir et, poumons enflammés par l’effort, par les heures passées à fuir l’inertie, le passage du temps, je repris ma cadence sans chercher à m’intéresser aux formes rattachées aux teintes. Elles demeureraient, pour la durée de ce moment, des amoncellements qui auraient pu être familiers si j’avais pris le temps de les considérer, mais que je préférais dans leur anonymat. Rien ne s’étendait au-delà des couleurs, informe, comme ces flocons qui s’entassaient sur ma peau, contre ma lèvre supérieure, sur mes pommettes.

La matinée ronronnait, crescendo vivant qui gagnerait en puissance au fil de la journée, et aux couleurs qui pailletaient ma rétine s’alliait une musicalité qui saturait mes sens. J’attrapais, entre deux enjambées, pirouettant pour les éviter, les âmes qui commençaient doucement à pointer le nez hors de leurs nids
Qu’est-ce que je cherchais ? Qu’est-ce que je faisais là ?

Ma tête tournait, mais je n’étais toujours pas fatigué.

-

Il me considère et son sourire est celui d’un chat, goguenard, amusé, étirant ses lèvres vers la gauche. Il me considère et ses yeux fins aux paupières pailletées de doré pétillent. Je n’ai jamais vu Subaru être autre chose qu’auréolé de ravissement, autre chose que saupoudré des plénitudes post-averse qui annoncent les arc-en-ciel. Ses bottes sont dépareillées, une rose, une vertes, lacées en opposition. Ce sont les mêmes teintes que celles qui habillent ses cheveux et ses leggins, bruns clairs, viennent parfaire le tableau.

Il ressemble à un cornet de crème glacée que la chaleur aurait laissé fondre et il ricane, m’affichant un doigt d’honneur hébété lorsque je le lui souligne avant de s’enjoliver d’un embarras assumé.

« I mean… it’s kind of awesome, isn’t it ? »

Je laisse mon regard glisser sur son attirail, sur la tunique blanche qui vient parfaire le tableau et qu’il a négligemment lacée contre son torse.

I suppose it kind of is.

-

Mes bonds et transgressions des passages piétons communs me portèrent jusqu’aux abords d’une fontaine que je reconnus malgré l’absence de forme que j’accordais au monde qui défilait autour de ma silhouette. Elle bloqua mes mouvements à la manière d’un mur et je me heurtai à l’affect mnésique duquel elle était chargée. Un choc, un soubresaut, puis un sourire qui me portait contre le relief effacé d’un Zakuro de dix-sept-ans – Litchi à l’époque – et de ses jambes trop longues, étendues devant lui telle une menace immobile pour les passants.

La fontaine était actuellement hors de fonction, brodée de glace et recouverte de neige, mais portait toujours, quelque part dans une dimension où le concept de temporalité n’avait point de sens, les échos de notre rencontre. L’hiver avait simplement figé un paysage autrefois en mouvement, remanié les teintes d’un horizon. Mes souvenirs restaient bien réels, déboulant entre mes synapses, superposant la saison chaude à la froide, tissant, à même le ciel, un soleil pour écarteler les nuages.

Un corbeau sautillait en marge de la fontaine, marque mobile contre le sol blanchi par la poudreuse nocturne. Zakuro, rônin de calcaire, inhumain stellaire, avait hébergé un tel volatile chez lui et, de temps à autre, lorsque l’oiseau s’engouffrait dans la cuisine, je m’amusais à le saisir en plein vol, à l’immobiliser. Comportement que je réitérai en me jetant sur le corbeau qui longeait doucement la fontaine, refermant mes paumes sur son plumage, mes yeux s’écarquillant sous la force avec laquelle il cherchait à se défaire de mon emprise. Son bec triturant mes phalanges et un gloussement bouillonnant hors de mes lèvres.

Corbeau à la main, gueule ouverte sur un rire ravi, j’étais ce pigment chaotique qui avait laissé une trainée de poudre multicolore dans son sillage, j’étais ce contraste à la quiétude et au calme. Je déployai les bras, portant le rapace au-dessus de ma tête, oscillant entre les flocons qui voletaient doucement vers le sol.

Le corbeau piaffait, crôassait.

J’étais.

-

Je suis.

Et tu me vois.





Spoiler:
 

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