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 Le corps et ses intentions.

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MessageSujet: Le corps et ses intentions.   Sam 25 Juil 2015 - 23:15

Est-ce aujourd'hui que je finirais par y passer ? C'est une hypothèse tout à fait plausible. Je suis perdue dans une ruelle peu fréquentable, entre deux maisons en mauvais état, près des poubelles, allongée sur l'asphalte froid et sale jonché de mégots de cigarettes, bitume sur lequel beaucoup ont craché leur salive sans penser qu'un jour, quelqu'un y agoniserait. Je réprime un rire plein de sarcasme. De toute manière, mes lèvres ne veulent s'entrouvrir assez. Ni s'étirer pour un dernier sourire. Personne ne me voit. Je passe peut-être inaperçue. D'ailleurs, je doute qu'il y ait quelqu'un aux alentours. En vérité, je ne vois pas. Du moins, ma vue est embrumée. Je ne sais pas. Cela n'a pas d'importance. Je suis déboussolée. Et je m'en moque. Royalement. Pourtant je veux rire. De cette voix couverte des louanges des gens riches que j'ai côtoyé. Douce, mélodieuse, belle, pure. Ainsi que l'on qualifiait ma voix. Voix que je ne peux plus utiliser à moins de chuchoter, d'un ton rauque.

Ma respiration est bloquée. Pourtant, je peux inspirer, puis expirer. Je pense que c'est au niveau de la gorge que le problème se trouve, il y a comme une petite boule. Ou alors dans les poumons, il y a peut-être quelque chose qui écrase ma cage thoracique de tous les côtés. J'ai l'impression de perdre connaissance, mais la douleur au niveau de mon estomac me rappelle toujours que je suis éveillée. Je ne sais pas si ce que je vois ou entends est réelle, tout me paraît être un rêve. Je suis incapable de dire quelque chose à voix haute, et j'évite de le faire car je pourrais accélérer mon asphyxie. Mes doigts, mes jambes, mes dents, mes bras et mes lèvres me picotent, comme si j'entrais en état d'hypothermie. J'ai froid. J'ai chaud. Mais j'ai surtout froid. Terriblement froid. Mes membres ne répondent pas, alors que ma respiration ne cesse de s'accélérer. Mon teint est certainement blafard à l'heure qu'il est. Plus blanc qu'il ne l'est déjà. Je dois ressembler à un fantôme aux cheveux roses. Mes yeux sont humides, les larmes dévalent mes joues sans couleur. Je ne suis pas triste. Je n'ai pas peur. C'est seulement une réaction de mon corps. Mon esprit, lui, ne ressent rien. C'est comme s'il était vide. Totalement vide. Je ne pense à rien, je suis incapable de penser. Je suis comme un cadavre, voire une marionnette humaine. Je respire et je pleure, mais je ne bouge pas de moi-même et je n'ai pas de sentiment concret. Je vois et j'entends, mais ce que mon cerveau me dit est flou. Je vois une rue, mais pour moi c'est un simple décor. Ce que j'entends, ces bruits, là, sont comme le silence. Il ne vaut rien pour moi. Tout ce que je sais, c'est que mon estomac souffre, que mon corps ne répond plus, que ma respiration s'accélère et que je vais peut-être mourir comme une moins que rien, dans un lieu que je n'ai pas souhaité : sur le goudron sur lequel on crache.

Mes larmes sont si froides. Alors qu'elles sont vides de sens. Pourquoi sont-elles si cruelles ? Pourquoi mon corps me fait subir cela ? Alors que ce n'est qu'une coquille de chair, de muscles et d'os. S'il vous plaît, tant qu'à me laisser mourir, couvrez-moi avec quelque chose de chaud. Faites qu'une chaleur quelconque m'enveloppe, au moins une fois. Laissez-moi connaître la douceur de deux bras qui m'enveloppent et laissent leur température corporelle s'unir à la mienne. Je ne demande pas la lune. Je recherche seulement quelque chose de chaleureux et de bienveillant à mon égard. Que quelqu'un, n'importe qui, entende la prière d'une enfant qui n'a jamais pu connaître l'amour qu'elle aspire pouvoir rencontrer un jour. Tout ce que je souhaite actuellement : une simple étreinte.

J'arrête un instant de respirer, pensant que je dois me calmer et prendre mon temps. Mauvaise idée, car à peine je coupe ma respiration que je dois reprendre avec plus de hardeur. Mon inspiration et mon expiration font écho dans la ruelle, ils font tellement de bruit que j'en ai honte. J'ai l'air de souffrir. D'être faible. Que c'est honteux. Mes yeux sont grands ouverts, et pourtant je ne regarde pas. Mes prunelles ne servent à rien, actuellement, si je ne les utilise pas. Ces beaux orbes qui n'ont connu que des éloges pour leur beauté et leur profondeur ; sont maintenant bercés d'eau salée qui n'auraient dû voir le jour.

J'ai toujours pensé que les larmes avaient des raisons pour être versées. Aujourd'hui, c'est mon corps qui a décidé qu'elles devaient couler. Pour quoi ? Pour montrer mes difficultés à respirer ? Je pense que mon état est déjà suffisant pour montrer à quel point je suis dans une situation désespérée. Les larmes sont de trop ici.

J'aimerais pouvoir bouger mon bras droit pour porter cette fine main qui ne souhaite qu'effacer ces gouttes qui dévalent de manière orgueilleuse sur ma peau blême. Mais même cette main légère et délicate est bien trop lourde pour mon pauvre bras qui me paraît gelé par le froid. Donc pourquoi avoir fait tous ces efforts pour garder mes mains belles et minces ? Si par son poids je ne peux plus bouger ce qui me serait actuellement utile, à quoi bon m'être tuée à la tâche ?

Soudainement, la rancune me gagne. Puis vite balayée par un brusque sentiment de lassitude. Quel serait ma récompense pour être si haineuse ? Rien. Je ne gagnerai rien. Je préfère encore mourir sans émotion. C'est toujours mieux que de se laisser ronger par les sentiments négatifs.

Subitement, quelque chose change dans mon champ de vision. Une ombre. Une grande ombre, très imposante, qui provient de derrière moi. Je veux me retourner, curieuse, mais mon corps est figé comme dans de la glace. Ma respiration redouble de fréquence et je me réveille. Cette fois-ci, mon cœur se remplit d'espoir. Pourquoi suis-je si heureuse ? Je l'ignore. Moi qui ne tiens pas à la vie et qui fais comme si, pourquoi suis-je euphorique à l'idée que quelqu'un se tienne devant mon dos ? Je ne sais pas. Je ne comprends pas. Mon cerveau ne me laisse pas réfléchir, comme s'il m'interdisait l'accès à la réflexion. Mais ce n'est pas grave, j'y penserai plus tard.

Je me rappelle alors de la raison pour laquelle je me suis écroulée. Mon ravisseur. Ou du moins, celui qui me poursuivait et me poursuit encore. Si cette personne derrière moi est bien celui que je crains, je préfère encore y laisser la vie. L'humiliation emplira la personne que je suis et me hantera. Le déshonneur, qu'est-ce que je ne ferais pas pour m'en débarrasser. Mais s'il me voit dans cet état, cet état de faiblesse que je hais par-dessus... J'en mourrais.
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Zakuro Fea
▼ Université - 4ème Année - Comité des Elèves
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MessageSujet: Re: Le corps et ses intentions.   Dim 26 Juil 2015 - 0:35

    J'ai toute mon âme à t'offrir, tu sais ?
    Au delà de l'humanité et du yokai, c'est toi que je choisis.

    23:56


    Le corps a ses intentions que la raison ne possède pas. Dans son mécanisme verrouillé, sous la machinerie calculée des nerfs et des tendons qui s'appliquent à leur état, le corps est parfois le temple de secrets plus intimes encore que ceux de la pensée. Je désire parfois trouver la clef qui désamorce les protections de mon cœur, afin de longer le corridor de celui-ci pour établir en moi une paix que je ne peux trouver que dans l'effort. C'est sous la chaleur du sang qui gonfle les veines que je me retrouve complètement avec moi-même. C'est sous la dilatation des nerfs qui hurlent que je me sens complètement vivant.

    Les ombres affluent, et dans les reliefs du bar massacrés se devinent les angles tortueux d'un corps brisé. Je me relève, les lèvres en sang, mais je me relève. Il y a un silence dont je suis à la recherche ; un silence qui marque de son diapason le rythme d'une torpeur à laquelle je veille. Et pourtant, elle ne se présente pas, totalement absente. C'est comme un animal qui gronde. Mes genoux s'articulent sur une position qui adoptent la sûreté et la solidité, et j'abaisse mes épaules en détendant la mesure de mon souffle. La balle apparait, et je la vois venir. Comme un flash au milieu du noir, une éclaboussure de lumière dans la nuit, elle transperce l'espace matériel du lieu. Comme un fantôme, elle file vers moi, sans jamais m'atteindre, traçant dans sa course les circonvolutions de son mouvement. La chaleur vient défier ma mâchoire, comme un trait de feu, mais mes rotules ne cèdent pas. La balle vient exploser contre le mur, derrière, emportant avec elle poussières, bois et plâtre. J'expire.

    Il hurle. Mon sabre lui transperce le ventre, tuant la pulsion de son air expulsé, et dans l'élan, je l'entraîne avec moi. Son dos vient frapper le bar derrière lequel il s'était caché, et le meuble s'effondre sous son poids. Mes genoux heurtent le mur, mes épaules frappent, et je roule, tirant à ma poitrine le sabre qui déchire la chair. Le bruit de succion des tissus qui sont étirés dans le sens inverse à leur condition s'etouffe sous le bruit spongieux des organes qui se déchirent, et du sang qui se déverse sur le parquet, en petits ruisseaux rapides. Ce sont les derniers bruits, me hurle le silence, caché dans les ombres. Ce sont les derniers bruits, et puis je serais-là, totalement présents.

    Allongé sur le sol, à sentir le sang qui vient humidifier le bas de mon pantalon, je reste à respirer contre la poussière, y soulevant des nuages noirs de crasse. Le silence va bientôt reposer totalement, et le rythme lourd d'une pesanteur calme jouera sa mélodie funèbre. C'est ce qu'il fallait, songe-je. Mes doigts tirent les lacets sageo de mon katana, et comme un invalide qui réclame la force de sa canne dont il a besoin pour marcher, je me relève. Mon rôle ici est achevé. Le rythme commencera dès que le corps du dernier tué se sera vidé de son sang. Pas à pas, je retourne jusqu'au bar défoncé, et m'y accoude.

    Dans le noir, il y a un calme qui assagit les battements de mon cœur et l'évacuation de stress qui secoue mon corps. Sous la libération d'endomorphine, je constate de cet état de machinerie qu'est mon organisme après la violence des évènements. Des tubes et des pompes, des élastiques et des ressorts. Je soulève le visage, en fixant le plafond défoncé par les salves de balles. Comme un souvenir, un électrochoc. J'amène mes doigts jusqu'à ma hanche. Ah, oui. Le sang coule, mais de la blessure n'émane aucune douleur. Je ferme les yeux, et me concentre sur les muscles contractés. La balle est encore à l'intérieur. Mon souffle se coupe sous un élan de froideur qui lancine brusquement. Mes doigts se crispent, et je crache un souffle devenu plus précipité.

    Namu amida butsu.

    Il n'y a pas de douleur.
    Juste une illusion matérielle régit par des messages nerveux. Tout n'est qu'une interprétation électrique, chimique. Tout se détache de l'immatérialité. Je rouvre les yeux.

    Mon portable vibre, puis cesse. J'ai manqué l'appel.

    Du bout des doigts, comme l'on plonge la main dans l'inconnu, je retire le téléphone de ma poche, et en froissant mon manteau trop long, je considère l'écran, dont la luminosité m'aveugle. Si l'on m'attaquait, là maintenant, sur le plan visuel, je me serais handicapé moi-même.
    Idiot.

    Les caractères qui forment son nom m'arrachent, du plus profond du stress, du noir, de la poussière et du sang, un sourire.
    On ne devrait pas accepter de laisser des personnes aussi adorable que lui envoyer librement des sms à des moments comme ça. Mes yeux se courbent sur le sourire, et je sélectionne l'option de réponse.


    From : Litchi
    To : Chess
    23:58

    « Je t'aime. Peux-tu me préparer un thé, s'il te plaît ? »


    Je rentre bientôt.

    Namu amida butsu.

    Dans un morceau de tissu déchiré, je nettoie la lame du katana. Un dotanuki aurait été l'arme parfaite pour l'assassinat de ce soir, en vue des mouvements effectués. J'avais besoin d'une ampleur plus importante que celle que m'auraient offerts mes doubles wakizashi. Le choix du katana, songe-je en nettoyant la lame, m'a assuré de bons résultats. De la puissance et de la rapidité. C'est tout ce qu'il fallait.

    Mon souffle s'apaise.
    Dans le rythme de mon cœur, je trouve l'écho à la manifestation qui s'enchaîne à l'instant. Silencieuse, inexistante, immatérielle, elle a le visage identique à la lune, mais quand elle apparaît, et qu'elle pose le bout de ses doigts sur ma poitrine, dans un murmure archaïque, je ne cherche pas à considérer ce qui se positionne à la frontière du réel ou du rêve. Kanon n'a jamais été autre chose qu'une figure qui jalonne ma vie par son appartenance au monde des idées. Une idée illusoire, translucide, qui vient déposer la totalité de sa paume blanche sur mon pectoral, comme un avertissement. Elle murmure, et sa voix berce ma respiration. Comme un tambour noyé.

    Je cille.

    Dans un claquement sec, le sabre est rengainé, et je traverse la pièce désormais silencieuse.

    La rue est calme, la nuit tranquille. Pourtant, il y a quelque chose qui ne s'accorde pas avec l'harmonie qui stabilise l'air. Celui-ci se trouble, comme une main qui désigne le chemin, et je descend dans la ruelle.

    C'est une enfant, une femme, quelque chose qui n'a rien à faire là. Surtout pas dans sa position adoptée, surtout pas dans le brouillard désorganisé qu'elle émane. C'est son rythme qui m'alerte, c'est sa respiration qui m'alarme. Je me précipite, et quand je referme mes bras sur elle, une ombre blanche, féminine, disparaît au coin de la rue, emportée par le vent. Je retourne la fille, ses cheveux roses glissant sur mes avant-bras, tandis que je la soulève. Le symptôme n'est pas inconnu, et le bruit de son souffle qui se bloque a le reflet d'un mal que je ne connais que trop bien. Nami et moi n'en souffront que trop. Prédateur de la respiration, c'est une plaie invisible, qui attaque directement les muscles pulmonaires. Je m'assieds sur le sol, étire ses jambes, amène son dos contre ma poitrine, et récupère ses mains entre les miennes, pour les amener à son visage.

    « Calme toi. »

    Je sens les larmes qui ont dévalées sur ses joues, tandis que je force mon sakki à disparaître, remplacé par le mei calme de cette sérénité que je cherche à lui apposer. Les crises de Nami étaient terrifiantes, quand j'étais enfant. En avoir vécu moi-même, trahi par mon propre corps, a conclu à ce cheminement de penser : le corps se respectait, se craignait, mais surtout, s'aimait.

    « Respire. Trouve ton rythme, et respire. »

    Je suis là, et je te protège de la nuit et des monstres.
    Mais il n'y a que toi pour dominer ton corps.

__________________________________________________

« Le bleu. Tu es le ciel qui surplombe la terre, qui grise le regard des gens en quête de réponses ou d’atmosphère. Tu es l’intemporalité qui veille sur la planète, qui transcende l’existence sans pour autant la manipuler, sans pour autant se l’approprier. » K. J. M
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MessageSujet: Re: Le corps et ses intentions.   Dim 26 Juil 2015 - 19:32

As the time flies, I can't help but notice that you can't stop looking at my hair, right ?

Le corps et ses intentions. Ils m'exaspèrent au plus haut point. Je ne peux supporter qu'une force de ce genre, si imbue d'elle-même soit-elle, s'ose de façon si dédaigneuse à me montrer mes émotions. Coquille de chair, de muscle et d'os. Ton but n'est que de me montrer de façon matérielle. Tu n'es pas censée te mêler de ma vie de cette manière. Charme si tu le souhaites. Mens si tu le désires. Mais cesse de m'importuner. Toi et tes intentions ridicules. Toi et tes leçons de vie futiles. Me confier, dis-tu ? Balivernes.

Mon esprit vacille, ma respiration s’entrecoupe parfois, mes larmes se multiplient, mon cœur triple en battements, j’ai l’impression qu’il risque d’exploser dans ma poitrine. Je suis tétanisée. J’angoisse. Je souffre. Je sens mon pouls courir dans mon corps. Il vibre contre mes tissus. Je suis terrifiée. Je refuse que mon poursuivant me voie dans cet état misérable. Je refuse qu’il voie mon corps gisant sur un sol si crasseux tant que je suis encore vivante. Il est hors de question que sa présence me trouble de nouveau. Hors de question. Je suis catégoriquement contre. S’il me voit, il m’emmènera à l’hôpital et juste après… Il risque de… Et puis… Je hais les hôpitaux.

Je sens ma conscience se dissiper au fur et à mesure que mon angoisse grimpe. Je sens l’individu non identifié s’approcher de mon corps. La vitesse à laquelle il avance m’alerte. Ma fréquence de respiration ne cesse d’augmenter, comme mon esprit qui s’échappe doucement de moi. Je vais m’endormir, je le sens. Le sommeil commence à m’emporter. Les bras de Morphée sont tendus devant moi. La tentation me crie d’abandonner. De me laisser aller. De me reposer. Je cède presque. Quand je sens des bras autour de mon corps gelé. Je gémis, de douleur. Mes crampes à l’estomac me font mal. Je réprime un cri. J’ai tellement mal, c’est insupportable. Mon expression le dit très clairement, pour une rare fois. Es-tu heureux d’être le premier du Japon à me voir ainsi ?

Dans un ultime effort, je tente de tourner la tête afin de voir le visage de mon ravisseur. Je ne le vois qu’à peine, dans la pénombre. Je vois ses yeux azur briller dans l’ombre de la nuit, tel un chat errant. Mais il est couvert de sang. Il a l’odeur du sang collé sur ses vêtements, ses cheveux, son corps… sa peau. Je me dis qu’il est blessé, peut-être. Le pauvre. Et il est certainement plus grand que mon véritable ravisseur. Donc c’est un inconnu. Un aimable inconnu. Qui ne connaît pas la délicatesse. Je ne lui en veux pas. Non, je ne peux lui en vouloir. Car au moins, dans ce désert hostile, il a entendu mon appel à l’aide silencieux. Toutefois, j’ai mal. C’est un fait indéniable.

Ne me retourne pas si brutalement, mon ventre souffre terriblement. Entends ce cri silencieux. Regarde ce visage cadavérique te montrer sa douleur. Écoute mes soupirs de désespoir. Ne déplace pas mes membres de cette façon. Ne fais pas de moi ta marionnette. Rends-moi mon humanité. Réchauffe-moi. J’ai froid.

Tu t’assois sur le sol et m’adosses à ton torse. C’est chaud.  Je suis tout autant assise que toi désormais. Ma respiration se facilite. Normalement je serai retombée en arrière, mais ton torse comme appui me permet de ne pas m’écrouler de nouveau. Tu prends mes mains dans les tiennes ; elles sont si grandes et épaisses comparées aux miennes qui paraissent minuscule, c’est incroyable. Tu les poses sur mon visage, je me demande pourquoi. Car elles sont gelées. Toutefois, je crois apercevoir du rouge sur ta paume droite, mais je n’y prête pas plus d’attention, mon esprit tourné vers le contrôle de ma respiration après avoir entendu : « Calme toi. ». Oui monsieur.

Ta voix est grave, rauque et douce à la fois. Elle me rassure. Je me sens en sécurité. Tu dégages quelque chose qui me soulage. Et ta chaleur réchauffe mon corps qui risquait d’entrer en réel état d’hypothermie. Tu es si chaleureux malgré ce rouge terrifiant dont tu es peint.

« Respire. Trouve ton rythme, et respire. »

D’accord, je t’écoute.
L’homme en sang. Pour l’instant présent, tu es mon soleil miniature. Je ne sais pourquoi. Tu m’as simplement couverte de chaleur.
J’exécute ton conseil. Oui. Je suis docile. Mais seulement avec toi ce soir. Car tu me sécurises assez pour que je me sente à l’aise. Pour que mon cœur gelé soit enfin réchauffé. Je ne te connais pas, je sais seulement que tu es grand et blessé, mais je t’apprécie pour l’aide que tu me rapportes. Merci.

Je commence à trouver l’utilité d’avoir mis mes mains autour de mon visage, car je constate que ma tête se risque à basculer sur le côté. Ma nuque ne supporte pas son poids, moi non plus, mais il semble que toi tu le peux. Je te suis reconnaissante.

« Merci… » je chuchote de ma voix enrouée et frêle en me détendant.

Ma respiration se régularise. Je n’ai plus peur. L’angoisse s’évapore ; le soulagement s’immisce.  Mon corps se réchauffe et je me sens enfin capable de me reposer sans anxiété. Toutefois, je ne m’endors pas tout de suite, non. Je suis épuisée, lourde, mais je ne peux m’autoriser à tomber dans les bras de Morphée.

« Vous êtes blessé… non ? »

Mes membres se dégourdissent petit à petit, je me sens plus libre de mes mouvements. Je reprends mes couleurs. Mes larmes se stoppent lorsque je m’ose finalement à fermer les yeux. J’attends une réponse.

L’ombre d’un sourire se dessine sur mon visage. Alors que je suis encore si faible. Je me demande si je peux tenir debout. Ou même juste assise. Malgré tout, je tiens à rester souriante. Tant qu’à pouvoir bouger un peu, je tiens à lui sourire afin de lui prouver ma reconnaissance, mon bien-être. En dépit de ma respiration encore en difficulté, mais qui reprend sa fréquence normale. En une demi-heure, me semble-t-il. Ou bien ma notion du temps est déformée. Je ne sais pas, le temps passe lentement actuellement, dans ma tête. Je suis déboussolée. Je ne sais plus. Quelle heure est-il ? Quel jour sommes-nous ? Suis-je éveillée ? Suis-je endormie ?

Oui, je suis endormie.
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Zakuro Fea
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MessageSujet: Re: Le corps et ses intentions.   Mer 29 Juil 2015 - 0:59



    De la pluie,
    le sursis de ton calme, et un appartement endormi.

    Le thé, sous ses doigts immatériels, a des saveurs que je ne pourrais assurément envisager immédiatement. L'idée d'un retour vers l'appartement de Kohaku s'efface tout autant que ces larmes que je cherche à disperser sous mes doigts. Il y a dans ma manière d'être une facette qui m'effraie à trop se rapprocher du machisme, puisque je n'aime pas voir les filles pleurer. Elle sanglote et j'ai des douleurs au cœur à ne pas pouvoir être assez puissant sur les manifestations humaines pour calmer ces pleurs. Tu m'avais dit, Joshua, que je ne m'approprierais pas l'humanité, et que je ne la manipulerai pas. Mais entre mes doigts, elle ressemble à une poupée dont les jeux me sont interdits, tout autant par le toucher que par l'imagination. Comment aider quand on a l'impression de ne savoir que blesser ?

    Elle murmure, pourtant, et son « Merci » qui glisse entre ses lèvres comme une petite bulle de lumière me fait respirer un peu mieux, débarrassant ma gorge du poids entêtant de ce gêne que j'éprouve à l'idée de ne pas savoir comment taire ses larmes. Mes commissures s'étire en un sourire presque victorieux pour moi-même, et mon cœur trouve le calme nécessaire, en se calquant sur cette sérénité qu'elle aborde elle-même. Si nous sommes deux à paniquer pour une crise qu'elle subit et que moi je fantasme de par mes peurs, la situation ne peut s'arranger. Dans cette optique, je suis à la recherche d'un équilibre qui harmonisera nos corrélations. On ne peut pas se permettre d'aider quelqu'un si l'on tient à s'effrayer soi-même. Désabusé, un soupir glisse, et disparaît dans la nuit.
    J'ai des peurs qui pourrissent mon esprit.

    Comme des eaux qui engrangent des lichens décomposés et des détritus noyés, mes pensées se juxtaposent en des courants alternatifs. Elle me pose une question que la nuit avale, et à laquelle je ne répondrais pas, profitant de son épuisement physique. Non, je ne suis pas blessé, autrement que dans mon ego. Aller prendre dans ses bras une humaine tout en étant couvert de sang n'est sans doute pas la meilleure des réactions à avoir. Mais j'ai eu dans mon élan des dynamiques provoquées par Kannon et le rônin qui définit ma personnalité. Cette idée m'arrache un demi-sourire.

    La nuit me vole mes couleurs, pour me parer de nuances plus graves, plus profondes. Mon sourire s'évapore, lentement, les minutes passent. Je regarde le temps qui défile, et je tiens cette fille dans mes bras, à me demander pourquoi est-ce qu'il faut qu'au dessus d'un ciel de coton qui s'est imbibé de noir et de violet, je me sente si perdu, si vide dans l'instant. Une demie heure, une heure, elle ne bouge plus ; et je pourrais presque imaginer qu'elle a fini par se laisser abattre, comme un oiseau à qui l'on aurait rompu les ailes. Mais contre ma poitrine, dans son dos, la résonance timide d'un cœur inconnu m'interpelle dans sa présence figée, et je contemple sa vie comme je contemple mon manque. Elle existe, comme une touche de piano trop longtemps appuyée dont le son est un fantôme qui réside près de mon tympan. Je ferme les yeux, et secoue mon dos, à l'instar un oiseau resté immobile trop longtemps sous la pluie. On me traiterait de corbeau que l'on  ne serait pas plus proche de la réalité.

    Que vas-tu faire, Zakuro ?

    Sous mes doigts, dans des fumerolles légères, son souffle apaisé se mélange à ses mèches de couleur, et je relève doucement mes bras, dans une caresse sur ses côtes. Elle ne bouge pas, et la théorie qu'elle se soit endormie se confirme, comme un loquet qui se bloque. Mon souffle disparaît, et j'efface ma présence comme une couverture qui se retire.

    Je me relève, m'étire, et surveille les alentours. Les ombres sont silencieuses, et les mei indéfinis en des vibrations qui ne m'alarment pas. Il n'y a pas un chat pour veiller à la scène d'un corps en mouvement recouvert d'un sang de décédé, et d'une silhouette allongée sur le bitume mouillé, ses cheveux roses traçant dans la crasse un contraste aux idéaux du monde.
    Le Ciel est un idiot, parfois.

    Comme l'on soulève la pesanteur des idées, je glisse mes doigts sous son corps pour, en me relevant, la ramener à la hauteur de ma poitrine, ses cheveux et ses mèches traçant des verticales doucement secouées. La douceur du mouvement est recherché, mais le déplacement de son corps balaie ses cheveux sur son front, découvre son visage d'enfant, et je reste là, à la contempler, petite fille aux formes de femme qui s'est heurté à un mal trop douloureux pour que je ne sois pas happé par la Compassion. Mes yeux caressent les courbes de ses mâchoires, et dans mon immobilité, j'imagine les torpeurs dans lesquelles se sont engagées ses pensées à elle.

    Je tourne les talons, elle a le poids d'un rêve.

    Les rues sont vides, comme pour me faciliter ma marche, et je devine une manifestation de la déesse-gardienne quant à cette situation. Le centre-ville de la conjoncture du quartier ressemble à lieu déserté de ses âmes, et je pose les yeux sur des reliefs que je suis habitué à contempler en mouvement. Mes doigts sur les cuisses et les épaules d'un bagage  précieux, à écouter le rythme d'une respiration endormie, laquelle berce mes pas, je remonte vers Hiryuu.

    Il est presque une heure du matin quand je passe la clef dans la serrure du 3 appartement rue de la Chance. J'ignore si Lawrence est là, endormie ou à fumer dans les ténèbres de sa chambre, ou bien s'il est sorti. En poussant avec l'épaule la porte, je me débarrasse de mes Doc Martens dans le couloir, avant de me diriger jusqu'au salon, la fille toujours endormie dans mes bras. C'est assurément une singulière façon que d'emmener des jeunes individus féminins chez soi, mais je n'envisage pas un seul instant amener quelqu'un à l'hôpital après être couvert de sang d'un homme que j'ai tué. Compassion et stupidité ne se mélangent pas. J'ai un sourire bref.

    En l'allongeant sur le canapé, je me sens comme ouvrier de la mort qui se préparerait à l'embaumement. Mes doigts effleurent ses mâchoires, et je me laisse interpeller par les courbes de son corps, en me disant qu'elle est une prédatrice à sa manière, et que mes envies fatiguées me laissent effleurer des possibles sur lesquelles, sans envisager m'engager, je contemple mes propres réactivités. Des désirs de la pensée, une imagerie d'un baiser, peut-être, et puis je m'écarte.

    Kohaku.

    En silence, je traverse le salon, pour aller jusqu'à dans la salle de bain. Porte fermée, verrouillée à double tour, je laisse tomber sur le sol des vêtements qui puent le sang, la mort et la sueur, et je m'engage sous une averse gelée, douche projetée après que le rideau soit tiré. L'eau vient frapper, gicler, claquer, et j'ai le visage relevé vers un plafond que je ne vois pas, l'eau noyant mes yeux, mes sens, mon âme. La couleur du sang tâche mon esprit. Et s'y oppose la couleur rose.
    On lave le corps pour purifier l'esprit. Mes yeux se ferment, et des larmes coulent. Sans sel, sans remords ni rancune.

    Le monde dérape sous mes pieds, et je ramène mes mains, en collant mes paumes contre ma face. Le visage de Kojiro se dessine dans la pénombre d'une eau qui glisse sous mes paupières, la fragrance de son corps évoluant en des souvenirs qui portent le nom de Joshua. On lave le corps pour purifier l'esprit, bis. Je m'égare.

    (…)

    Quand la douche est achevée, quand les vêtements sont en train de détrempés dans le fond d'une bassine, et que je ressort, habillé, en jogging et pieds nus, j'ouvre la porte de la salle de bain, et mes yeux se posent sur le canapé.

    « Tu es réveillée ? »

__________________________________________________

« Le bleu. Tu es le ciel qui surplombe la terre, qui grise le regard des gens en quête de réponses ou d’atmosphère. Tu es l’intemporalité qui veille sur la planète, qui transcende l’existence sans pour autant la manipuler, sans pour autant se l’approprier. » K. J. M
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MessageSujet: Re: Le corps et ses intentions.   Dim 20 Déc 2015 - 2:02

Les rêves sont des corps invisibles, inaudibles, intouchables, inodores et immatériels, pourtant, avant même que tu ne le saches, ils te touchent à leur manière.

    Je n'ai pas le souvenir d'avoir déjà connu la chaleur d'une étreinte, d'un corps, d'une voix depuis huit ans. Il fait nuit, l'air environnant est glacial. La coquille qui me compose, qui me matérialise, n'a pas froid. Mes bras, mes épaules et ma nuque sont dénudés, mais le vent qui m'entoure ne m'affecte pas. Seule mon âme a froid. Ou du moins, avait froid.

    La nuit a la vertu de me faire sentir la solitude que j'éprouve dans toute une journée. Elle me résume tout ce que j'ai pu faire, et me rappelle que je n'ai pas fait grand-chose. On peut aller jusqu'à dire que je n'ai rien fait, tant chaque secondes passées n'ont été qu'anodines. Mais surtout, que j'ai été seule tout le temps : que je n'ai donc rien éprouvé de particulier. La nourriture n'a de goût pour moi que si elle est en compagnie d'une personne, par exemple. C'est pour cela que l'éclair au chocolat est ma pâtisserie favorite. Elle est la seule nourriture connue à ce jour que j'aie mangée avec quelqu'un. Chaque fois que je m'en délecte, le goût de la nostalgie et du bonheur me rappelle à quel point une présence peut modifier notre façon de voir, d'entendre, de toucher ou de goûter quelque chose. C'est impressionnant à quel point un simple fait influence les sens du corps humain.

    Je me suis toujours demandée pourquoi les émotions influençaient notre corps. C'est un mystère, pour moi. Je ne me suis jamais réellement penchée sur le sujet, je n'ai fait que constaté, pour être honnête. Le corps est censé être une enveloppe composée d'organes, pourtant, dès que l'angoisse me touche, tout mon système est affecté. Mon cœur, mon estomac, mes poumons, puis progressivement mes membres. Je déteste cela. Je déteste la façon impétueuse dont les sentiments prennent possession de moi. Les sentiments sont censés être des états psychologiques, non pas des entités capables d'influencer ma personne. Donc pourquoi faut-il qu'ils le fassent à mes dépens ? Pourquoi ?

    Malgré ma haine envers les inconvénients qui accompagnent quotidiennement le fil de ma vie — auxquels je n'ai toujours pas su m'habituer —, ce soir, je ne les hais pas. Ces inconvénients me poursuivent, m'attaquent, m'écrasent, me dominent... mais ce soir, elles me permettent de rencontrer la chaleur d'un enlacement. D'une pair de bras, qui me serrent et me soulèvent en dépit de ma personne. Je ne déteste pas. J'apprécie. Je souhaite ne pas avoir à m'en séparer. Ne pas avoir à m'en lasser. Ne pas avoir à trouver cette sensation insignifiante. Car elle n'est pas insignifiante, elle est précieuse. Et aussi fragile que le cristal est pur.

[...]

    Je me réveille doucement. Mes paupières sont lourdes, elles semblent porter les lourds bagages de mes insomnies. Je n'ouvre pas les yeux, je ne peux pas m'y résoudre maintenant que je connais le confort des bras de Morphée. Après tout ce temps perdu à réfléchir aux conséquences de ma fuite, le sommeil me semble une corvée. Les monstres de la nuit me guettent constamment, une fois le soleil couchée. Elles semblent prêtes à m'assaillir, à me dévorer, à me ronger de l'intérieur. Mes peurs semblent les nourrir et les rendre plus fort chaque nuit. Elles me hantent. Ma hantise me hante. Le noir m'effraye. Les monstres tapis dans ce noir m'effraye. Si seulement ma chambre donnait sur la lune. Si seulement les bâtiments ne cachaient pas les étoiles. Leur influence me ferait rêver chaque nuit, d'un avenir que je saurais optimiste et certain. Malheureusement, mes nuits sombres remplissent mon esprit de cauchemar et engloutissent mes rêves les plus purs, d'une seule gorgée. Serais-je faible ? Ou alors trop pessimiste ? Ou bien suis-je trop incertaine de mon futur ? Dans tous les cas, le soir, je ne vois pas l'ombre d'une lumière. Le temps que l'on consacre au repos est pour moi la pire période d'une vie. Puis le matin, c'est comme si elle n'avait jamais eu lieu.

    Interpelée par des pas qui s'approchent peu à peu, ma conscience me demande d'ouvrir les yeux. Je n'ai pas peur, je me sens en sécurité. Comme dans une bulle de chaleur qui m'enveloppe avec délicatesse, ce lieu me semble propice à la tranquillité. Je me sens apaisée, comme si tout problèmes s'étaient évaporés. Mes cils tremblent alors que la lourdeur de mes paupières me portent préjudice. J'entends un « Tu es réveillée ? » curieux, et en même temps complaisant. Je ne peux m'empêcher d'être ravie. Je me remémore la voix de la bonne âme m'étant venue en aide, lorsque j'étais gisante sur l'asphalte sale, crasseux, sur lequel on crache à dire vrai. Une voix douce et soucieuse.

    Soudain, les souvenirs me reviennent, identique à un éclair pourfendant les cieux. J'ouvre les yeux, en alerte, et me redresse. Le regard hagard, j'observe les environs, à la recherche de mon poursuivant. Toutefois, je me trouve dans un appartement. Je cligne des yeux, haletante et le cœur battant, troublée par ce changement de décor. Je ne comprends pas la raison de ma présence en ce lieu qui m'est inconnu. Je me demande comment j'ai pu arriver ici, ou bien qui m'a amenée ici. Je tourne la tête en direction de la personne dont je sens la présence, et vois un homme d'une taille imposante et impressionnante. Je l'observe, ébahie, désorientée. Qui est-il ? La possibilité qu'il soit la bonne âme effleure ma pensée. Jusqu'à devenir une certitude. Je suis alors soulagée.

    On pourrait blâmer ma naïveté pour ainsi baisser ma garde face à un homme dont je ne connais ni le nom, ni l'identité. J'assume le fait d'être naïve, d'être bien trop innocente pour juger d'un coup d'œil. Je ne prendrai pas ces défauts pour des inconvénients cependant. Je les accepterai tels des acquis, dont je peux être fière d'avoir. Car être méfiante me fermera bien trop du monde qui m'entoure. Et je trouve cela bien dommage.

    La commissure de mes lèvres s'étire doucement une fois mon esprit revenu à la réalité. Je pose instinctivement mes mains sur mes cuisses, puis je m'aperçois que je suis assise sur un canapé. Le sien, je suppose. Je culpabilise, songeant que c'est incongru de ma part. Voilà ce qui m'apporte de m'écrouler en pleine rue. Ma faiblesse porte une nouvelle fois préjudice à autrui. Je tâcherai de m'excuser et de montrer ma gratitude, convenablement, telle une femme de bonne famille doit le faire ; telle une personne doit le faire. Je réprime un soupir, exaspérée, tandis que j'adoucis mon regard à son égard. Je rougis à mon grand dam en le voyant seulement vêtu d'un jogging, mais n'en fais pas la remarque. Je ne lui en tiens pas rigueur, car après tout, je suis celle qui suis — certainement — dans son domicile.

« Je m'excuse d'occuper ainsi votre appartement. »

    Je baisse respectueusement la tête, peu certaine de la façon dont les japonais s'excusent en temps normal, lorsqu'ils sont dans cette position, sur un canapé. Je me désespère de mes lacunes des mœurs nippons, mais pensant que plutôt que m'excuser à mon minimum, je devrais plutôt faire mon maximum. Je me sépare du canapé, debout, pour poser mes genoux à terre et m'incliner convenablement, avec grâce, comme on me l'a appris. Je ne trouve pas cela rabaissant. En revanche, ma période de vulnérabilité était humiliante. Donc m'excuser du problème que j'ai provoqué est la moindre des choses à faire. Et je le fais avec honneur.

« Je vous remercie également pour votre hospitalité et votre gentillesse. Je tâcherai de vous montrer ma gratitude de la bonne manière. Demandez-moi ce que vous désirez, dans la mesure de mes possibilités, puis je m'éclipserai à la seconde même. »

    Je ne redresse pas la tête, j'attends une réponse. Ma voix, solennelle, est douce, mais loin d'être un murmure inaudible. Elle est claire, de façon à être entendue. Mais avec le silence roi qui règne en ces lieux, j'aurais de toute façon était entendue.

    Je n'ai pas peur de l'homme qui se tient en face de moi. Je n'ai pas la moindre crainte envers lui. Je me demande pourquoi. Je ne fais qu'écouter mon instinct. Son apparence, bien qu'elle soit loin d'être banale et ayant plus tendance à être effrayante, ne m'atteint pas. On m'a appris à ne pas voir avec mes yeux, bien qu'elles sont faites pour être utilisées, on m'a appris à voir avec un esprit clairvoyant. Et ce que je sais de lui me suffit pour ne pas le craindre. Il est l'homme m'ayant sauvée des griffes du grand méchant loup.
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