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 Croquemitaine du Silence

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Yui Valentine
♦ Civil - Mirage | Directeur Adjoint


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MessageSujet: Croquemitaine du Silence   Sam 9 Aoû 2014 - 21:42

Mars 2014
Des cadeaux empoussiérés attendaient tranquillement mon retour.



J’ai oublié de contacter Féa après l’avoir embauché.
J’ai toujours su que je ferai un mauvais patron.



Avril 2014
Quelques clients.

Mai, puis Juin 2014
Pas de notes

Juillet 2014
Toujours pas de notes

Aout 2014
Le business commence à prendre.
Des clients, des réguliers, des spontanés. Pas trop mal.


Finalement Valentine commence à se dire qu’il n’est pas si mauvais gérant.

-


Croquemitaine du Silence
Salon de thé

Féa - Valentine






Valentine a pointé le nez tôt ce matin. Ces derniers temps, il a pris cette certaine habitude à vouloir être ponc-tu-el. Une rigueur dans lequel son extravagance se dissimule insidieusement jusqu’à ce qu’elle trouve un autre appât pour se manifester. Quoiqu’il en soit c’est un business qui l’enchantait quelque peu ; il s’était dit qu’il ouvrirait un salon de thé, à mi chemin entre une cellule psychologique et un véritable salon de thé. Dans les faits, dans le prétendu bar à thé se planquaient savamment d’autres boissons quelques peu plus nocives que le thé. Il y avait posé là un employé dès les premiers jours afin de s’occuper des cocktails demandés le soir, à l’heure où les langues se délient. Loin du concept d’un bar, il avait ouvert ce salon de thé pour créer un genre de truc où les gens trouvent une oreille, voire une sensation d’accompagnement pendant quelques heures.

Yui Valentine ne raffolait pas particulièrement le concept en lui-même du host club, à son goût trop orienté fiction, illusion de flirt, voire fausse maison de prostitution. Ce qu’il voulait retrouver, c’était plus ou moins ce qu’il avait l’habitude d’exercer à l’école, dans un cadre justement plus décadré que celui imposé par la pédagogie. Bien qu’ayant revêtu le rôle de psychologue scolaire jusqu’à quelques mois plus tôt, il n’avait jamais eu l’occasion d’exercer pleinement sa fonction et doutait même qu’il en ait eu une seule fois envie. Au final, les élèves étaient venus le voir de leur propre volonté -ou non, mais les faits étaient là : Yui avait entendu -voire écouté, discuté, parlé et fait parler et c’était un traintrain qui s’était monotonement installé, quelle que soit la personne en face de lui, qu’elle aille bien ou pas. Il voulait à présent élargir cette idée pour en donner quelque chose de nouveau.

Ainsi, pendant la journée son local se transformait en un basique salon de thé convivial puis le soir prenait davantage un tournant pour faire parler les âmes –tantôt en peine ou tantôt en quête de simple distraction conversationnelle, -bien que la formule soit adaptable de jour comme de nuit en fonction du client. Jusqu’ici il n’avait eu à faire qu’à très peu de clientèle –de type nocturne et c’était lui qui s’en été chargé. Cela dit, il ne pourrait certainement pas s’occuper de tout le monde et tôt ou tard, il lui faudrait élargir cette équipe. Et Valentine ne cherchait pas un profil en particulier mais une personnalité à part entière, pour pouvoir proposer à la clientèle, différents types d’interlocuteurs en fonction des préférences.

Cet élan de fraîcheur, il ne la trouvait finalement pas trop mal pour à vrai dire, ne pas révéler que l’ancien psychologue scolaire commençait à prendre goût à cette nouvelle perspective. Il s’en frottait limite presque les mains, plutôt satisfait de cette nouvelle tournure. La nouveauté, c’était l’élément qui lui avait vicieusement filé entre les doigts à la fin de ses années au cabinet de l’école. Et ces afflux de jour en jour de la clientèle, bien qu’encore timide à son goût et ambition, apportait forcément sont lot de nouveauté.

-

Depuis l’ouverture de cette entreprise, il avait élargi certes son réseau de connaissances mais il s’était également mis à dos bon nombre d’entre eux. Et cela il s’en fichait, parce que ses affaires commençaient à se mettre en place et ça, personne ne pouvait le lui enlever. Mépris ou admiration, il avait pris le parti d’avancer à son bon gré, comme toujours.

Écrasant sa cigarette dans le cendrier près de la fenêtre en voyant un de ses employés matinaux arriver. C’est vrai qu’il avait un jour posé son interdiction de fumer dans les locaux…
Peut être qu’avec l’âge il commence à avoir tendance à s’oublier. Devenir un peu fou et sénile c’est quelque part en soi génial. A force que Marv le lui répète, il s’y complaisait bien à lui renvoyer une image de vieux. Pourtant, même avec sa fraiche trentaine, on avait même surpris Yui Valentine en train de jouer à la gameboy, les pieds sur le bureau dans l’antichambre qui faisait son bureau personnel. Tournant les bras furieusement à chaque attaque de Pokémon –Non monsieur, s’il vous plait arrêtez de dire Pokémon, c’est Pokémone… -Ah oui pensez-vous cela ?, il y avait à vrai dire passé quelques temps dessus jusqu’à ce que son propre personnel le rappelle à l’ordre.

Yui Valentine a rangé quelques affaires au hasard dans son salon, réglé la lumière puis s’est assis sur un des poufs disposés dans un coin, réfléchissant sur une prochaine lubie à mettre en place. Ces derniers temps, des concepts en série lui venaient en tête, des idées et encore bien d’autres projets à mettre en place. Il est en train de retrousser les manches de sa chemise, -comme il avait l’habitude de le faire avec sa blouse de pseudo-travail à l’école, lorsque Féa est arrivé. Curieux horaires pour quelqu’un qui travaille plutôt du soir. Il ne lui en posera pas question.

- Matinal, se contente-t-il de commenter, résistant à l’envie de consommer une nouvelle cigarette.

Yui avait à peine commencé à apprendre à connaitre son premier employé. Il en avait trois à son actif, mais les deux autres étaient deux fraiches recrues qui repartiraient bientôt. Alors il devrait commencer à aller chasser des têtes, activité qu’il ne chérissait pas particulièrement. Faire passer des entretiens l’horripilait suffisamment pour recruter sur un coup de tête ; choix pas toujours avisé mais c’est ainsi qu’il avait embauché Féa avant même l’ouverture de ce salon.

- C’est à vous de choisir le nom de ce salon de thé pour cette semaine,
a-t-il lancé à l’attention de qui voudrait bien l’entendre.

Un silence.

- Le Salon des Saveurs ? a lancé un des serveurs, tout en passant un coup de chiffon sur une des tables basses.

Un autre silence.

- Féa, vous avez une meilleure idée ? Un peu d’imagination dans ce bas monde je vous prie.


La semaine dernière on avait opté (Yui avait préféré) pour Le Croquemitaine du Silence. Laissant à peine le temps de réponse –tout en continuant à l’exiger, Yui a jeté un coup d’œil inquisiteur à Féa.

-Féa, et la tenue ?


C’est qu’à ce jour là, il n’y en avait jamais eu une exigée.

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Dernière édition par Yui Valentine le Mar 25 Aoû 2015 - 23:39, édité 2 fois
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Zakuro Fea
▼ Université - 2eme Année - Comité des Elèves
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MessageSujet: Re: Croquemitaine du Silence   Dim 10 Aoû 2014 - 6:11

    Croquemitaine du Silence
    ~ Ponctualité et autres saveurs à goûts de porcelaine.



    Ma chambre était trop sombre. J'avais décidé, un soir, de peindre le plus large des murs en ce bleu dans lequel je perdais mon regard lorsqu'il s'étalait au dessus de moi, sous les nues. Et d'ajouter une fenêtre, un balcon, et le vent.

    Autour de mes rein, j'avais noué cette veste trop grande pour Kohaku ; m'en faisant à la fois une ceinture et une rattache à l'idée même de ce qu'elle représentait. Vêtement utilisé depuis quelques semaines déjà, dans le cadre d'un décorum aux fleurs en plastiques et à l'odeur de formol, elle était imprégnée de cette fragrance dans laquelle je me noyais le week-end, prétendant que la fin de semaine était la fin de la normalité sociale. Veste sombre, veste sobre, elle était devenue l'étendard suspect des activités que l'on ne revendique pas. En usage dans le monde mortuaire, elle se faisait depuis quelques temps cette armure qui m'évitait les blessures, puisqu'elle me permettait d'éviter tout contact avec qui que ce soit s'interrogeant. Et si Kohaku grondait en précisant que je puais, si Swan relevait sur moi un regard un peu dégoûté, et si, et si, peu m'importait. Je savais que j'avais besoin de suivre ce stage d'apprentissage. La thanatopraxie n'était pas un univers qui se cousait de couleurs que l'on pouvait admirer sans s'attendre au retour d'un regard réprobateur. Fil tendu dans le chat de l'aiguille mordante d'une existence qui écrasait l’ultimatum de la société, c'était une activité qui ne provoquait ni l'admiration ni le respect. Juste le silence et le calme contemplatif de la part de ceux qui jamais n'effectueraient une telle profession. Emmanuel m'avait proposé cette alternative en février, à la suite de l'anniversaire du Chat, et dans le silence de Yui Valentine, j'avais accepté l'emploi à mi-temps, en attendant une réaction de la part de mon premier employeur. Premier employeur teint de gris, qui n'avait pas tardé à remuer un peu les couleurs de mon monde en se manifestant bientôt. En me reposant la question. En me demandant presque si je ne voulais pas refuser. Un « oui » est un « oui », Monsieur Valentine. Et je ne revenais pas sur celui-ci. Le pinceau en main, le bleu sur les doigts, dans les yeux, et moucheté en des gouttelettes ayant giclées, sur la mâchoire, dans les cheveux, sur les poignets ; immobile devant un mur trop humain, trop matériel, je contemplais le bleu.
    Puis doucement, abaissais mes yeux jusqu'à cette veste supposément professionnelle, et tachetée, pourtant, par la couleur céleste.
    Ah.
    Bravo, Zakuro.



    (…)

    Tapotant contre mes tempes, de l'intérieur de mon crâne, la musique répétée en boucle par l'option choisie préalablement sur mon mp3 assurait le rythme léger de mes foulées. Il n'était pas encore assez tard pour que la ville soit complètement réveillée, mais le trafic déjà organisée des citoyens travaillant tôt organisait la ville en un mélange d'ombres géantes et de phares qui éclairaient pour étaler  plus encore les ténèbres. Dans l'intérieur de leur habitacle, les chauffeurs avaient allumés la climatisation pour se défendre des prémices de chaleur de cette journée d'août, pendant que d'autres se réveillaient en plein milieu de leur nuit pour ouvrir leur fenêtre, dans l'espoir de capter une brie de vent salvatrice. Les mains dans les poches, appréciant le port simple d'un jean noir, sweat noir, chaussures noires, et m'assurant ainsi du confort d'une tenue totalement sobre, totalement passe-partout, je longeais les façades des bâtiments de l'agence Ryuzakâ, une petite entreprise ayant récemment investie dans le quartier Bougu.  Du coin de l'oeil, les notes défilant en un rythme qui cascadait les secondes, j'observais les ouvriers en tenue de chantier enquêter au pied d'une grue-camion. Le bruit des travaux, à cette heure-là, n'était pas trop insupportable, mais je savais qu'en après-midi, là où les horaires conférés par la préfecture le permettait, le marteau-piqueur et le pilon deviendraient des amants sonores dont les ébats interdiraient le calme intellectuel. Bifurquant au coin d'un mur, m'engageant dans une ruelle qui s'enfonçait dans les ramifications du quartier, je m'éloignais des accès principaux de l'avenue, pour rentrer dans le coin légèrement plus traditionnel du quartier. Là où les jardins fleurissaient en secret, comme des cellules d'ancienneté conservée au milieu de la modernité de la ville. Mais tout près, pourtant. A un fil, porté sur l'équilibre précaire du noir et du blanc ; en un gris que l'homme qui tenait l'endroit portait si bien.

    Soulevant les yeux jusqu'aux fenêtres du lieu, je remarquais la présence non surprenante de monde à l'intérieur. Déjà arrivés, les deux autres employés étaient ces individus que je ne parvenais pas à qualifier autrement que « parfaits salarymen ». Japonais consciencieux, toutefois assez audacieux pour engager leurs services auprès de Yui Valentine. Je n'avais pas encore véritablement fait connaissance avec mes collègues, depuis les quelques semaines, -mois?-, qui nous avaient vus travailler ensemble. Des rapports très sobres, très professionnels. Très adultes. Très distants, au final. Bonjour, merci, au revoir. Quelques plaisanteries par-ci, par-là, de temps en temps, dans une ambiance calme et agréable, mais qui sous la superficialité d'une entreprise nébuleuse, n'était pas vraiment sincère. Chacun avait son rôle, et tout le monde le tenait, à peu près. Plus ou moins bien. Yui Valentine avait déployé un univers dans lequel il n'y avait pas de règles trop conventionnelles pour que cela puisse être considérée comme une entreprise qui relevait du typique japonais. Yui Valentine avait son univers. Et l'en déranger alors qu'il commençait tout juste à l'instaurer de manière crue, entre des murs, relevait de l'erreur pure et simple.
    En soi, j'adorais l'idée de me lever le matin pour venir contempler cet univers.

    Rentrant dans le lieu, saluant doucement l'un des serveurs le plus proche, je me penchais, pour venir caresser le sol de mes rotules, et retirer mes chaussures à l'entrée. Les yeux venant embrasser l'intérieur de l'endroit, en cours de nettoyage par les deux hommes, je repérais Yui au fond de la pièce principale, ajusté au décor imposé par ses soins. Comme une sorte de vieille statue en mouvement, il remontait ses manches en ce mouvement trop sec, trop mécanique pour qu'il ne s'agisse pas d'un réflexe jamais abandonné, ses yeux posés sur moi, dans la délivrance d'un constat qui tint le rôle de salut.

    « Matinal. »

    Je hochais la tête pour acquiescer, déplaçant mes Doc Martens dans le coin réservés aux chaussures, me relevant pour entrer, saluer en pénétrant, et observer. L'un des deux hommes, le sourire facile, plutôt agréable dans son éloquence, s'approchait d'une des tables basses, la main armée d'un chiffon. Yui éleva la voix.  


    « C’est à vous de choisir le nom de ce salon de thé pour cette semaine. »

    Croquemitaine de silence, le titre offert par les soins de Valentine la semaine dernière, m'avait plut, mais je n'en fis pas le commentaire, laissant mon esprit s'engager dans le déploiement d'idées. Le lieu, tamisé dans sa lumière tranquille, était cette bulle un peu ailleurs de la réalité. D'ici, l'on n'entendrait pas le vacarme des travaux de l'entreprise Ryuzakâ.

    « Le Salon des Saveurs ? »

    Un regard jeté vers l'homme, comme un écho à sa réponse, mais en plus sourd, en quelque chose de presque mordant qu'il ne souleva pas, assumant le silence imposé de nouveau. Je réfléchissais, considérant le fait que je devais aussi me mettre à mon poste, d'ici quelques instants. Près de moi, l'autre serveur commençait à nettoyer quelques verres aux formes douces.

    «  Féa, vous avez une meilleure idée ? Un peu d’imagination dans ce bas monde je vous prie. »

    Un sourire vint s'étirer sur mes lèvres, en réaction presque moqueuse au cynisme professoral de Valentine, et haussant doucement les épaules en venant croiser les bras sur ma poitrine, j'entrouvrais les lèvres, pour proposer doucement, sans grande conviction, quand ses mots me rattrapèrent, dévorant les miens.

    « Féa, et la tenue ? »

    Mon sourire disparut, laissant place à une attitude dans laquelle je me déployais presque plus, ouvrant les bras, crispant la mâchoire et soulevant ma poitrine en une respiration vaguement énervée. La tenue. Ah, oui ...

    « ''Garde-fou de porcelaine'', ''Elucubrations infusées'', ''Mots en poudre et murmures embués'', ''Tetsubine cognitifs'' … , -je m'arrêtais, le temps d'un sourire revenu, enjoué-, ''Métaphysique des feuilles ébouillantées'', ''Transcendance de bulles et glouglou encéphaliques'', ''Décadence morale des fragrances stimulantes'', ''Fukusa mental''... »

    Des titres, des noms en couleurs chaudes, noyées sous des idées brulantes, décomposées sous l'écoulement spongieux des idées infusées. Du tout, du n'importe quoi, des suites logiques et illogiques se mariant aux idées et souvenirs de thé, de Yui Valentine, du gris et du métal. Je m'emparais d'une tasse, d'une théière déjà préparée, et m'approchant de Yui, versais avec soin le liquide trop ambré dans l'ivoire pâle d'un contenant s'emplissant trop vite.

    « ''Combustion de méthane intellectuel'', ''Caféine épurée'', ''Chasen et cigarettes.'' »

    Relevant avec douceur le bec de la théière, laissant s'achever la chute d'une dernière goutte, je tendais le bras, lui présentant la tasse avec un sourire tendre. J'irais vider le cendrier, puisque près de la fenêtre ; il était trop visible par les clients.

    « Pour la tenue, il se trouve que j'en ai ruiné une hier soir, avec de la peinture. J'ai éclaboussé le monde de bleu, -voyez-vous?- avant de me rendre compte que le monde en lui-même ne passait pas au lavage à 40 degrés, et qu'il ne supportait pas non plus le lavage à la main. Direction la poubelle. Est-ce que, si je porte un costume d'ici la fin de la semaine, vous me permettez tout de même de conserver mes Doc pour venir jusqu'ici ? Ce sont vraiment des chaussures confortables. »

    Je lui abandonnais la tasse entre les mains, le laissant autonome de son envie ou non de boire, me détournant pour jeter un coup d'oeil sur les deux hommes. L'un d'eux avait relevé les yeux sur moi, et dans son regard, il me sembla pendant un instant que j'étais un être monstrueux. Trop grand, sans doute. Un sourire, une fois de plus, vint défier l'humanité. J'allais déposer la théière sur son support, coupant l'électricité du mécanisme chauffant pour le moment, avant de me tourner vers Valentine, mes yeux s'accrochant à ce reflet de lumière sur une mèche, prétendant presque, pendant un instant, paraître gris.

    « Il y a cette entreprise de l'autre côté du quartier qui vient de s'implanter. Les travaux de canalisation de leur bâtiment principal sera achevé d'ici la fin du mois, et l'activité prendra à partir de ce moment là. Je pense que vous pourrez vous intéresser à cette source, si vous cherchez des profils tendancieux, ou suicidaires. Le PDG n'a pas une réputation de samaritain, les salarymen y sont comme des fourmis. »

    Des fourmis que l'on écrase sous une botte, dans la risible humanité. Des fourmis qui viendraient peut-être, un jour, une après l'autre, faire un tour sous la coupe de thé du Chapelier gris. Mes doigts effleurèrent le mur, et alors que l'un des serveurs allaient répliquer quelque chose, je m'écartais d'eux, mon attention accrochée à ce mouvement qu'il y avait eu à la fenêtre, près de la porte d'entrée.

    « Si vous voulez bien m'excuser. »

    J'allais jusqu'à l'entrée, pour ouvrir la porte, et en sortir. Sortir, et faire face à ce visage bleuté par la nuit, d'une jeune femme aux yeux aux courbes inversées, l'expression irrémédiablement triste. Une petite trentaine, la main tremblotante, et les vêtements de grande envergure. Elle avait ces cernes des gens qui ne dorment pas, et les narines minces, la respiration coupée en un strict minimum. Elle releva les yeux jusqu'à moi, dans une ascension folle de son regard.

    « Excusez-moi de vous déranger. Je voudrais savoir s'il est possible de m'entretenir avec Monsieur Valentine. Je n'ai pas pris rendez-vous, je viens de découvrir l'endroit... »

    Une voix rêveuse, empreinte de cet espèce de stress permanent des femmes malheureuses. Mes yeux caressèrent les courbes de ses vêtement trop riches, mais mal entretenus. Elle avait les lèvres rongées, et le regard fatigué. Je m'inclinais, légèrement, peu enclin à manifester, pour le moment, autre chose que la douceur professionnelle que l'on peut offrir à ceux qui paraissent incapables d'affronter le reste.

    « Si vous voulez bien me suivre. »

    Je m'écartais ensuite sur son passage, une fois la porte franchie, pour la laisser ensuite passer devant moi, la laissant découvrir la bulle ambrée de l'homme-gris. Mes doigts refermèrent la porte derrière elle, et elle eut ce petit sursaut surpris, sans pour autant que son regard ne lâche le décor des lieux. Elle remarqua Valentine comme l'on découvre un détail auquel l'on ne s'attend pas. Je m'écartais, sur un murmure.

    « Installez-vous, je vous prépare un thé. »

    Je contournais la table basse, pour dans un mouvement silencieux, passer près de Valentine, récupérer le cendrier en le camouflant derrière une théière, et traversant la salle, aller jusqu'à la poubelle, et vider l'objet.

__________________________________________________
Le bleu. Tu es le ciel qui surplombe la terre, qui grise le regard des gens en quête de réponses ou d’atmosphère. Tu es l’intemporalité qui veille sur la planète, qui transcende l’existence sans pour autant la manipuler, sans pour autant se l’approprier. » K. J. M
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Yui Valentine
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MessageSujet: Re: Croquemitaine du Silence   Lun 11 Aoû 2014 - 0:55

-Ahm. Et bien Féa, vous êtes tout de même un peu fou, a mollement stoppé Valentine coupant une chaîne de mots se disputant la place au dessus de la porte d’entrée, tandis que le jeune homme, sans s’interrompre tente quelques autres assortiments. Combustion de méthane intellectuel, Caféine épurée, Chasen et cigarettes. Traiter l'étudiant de fou relevait quelque peu de l'ironie, comme si c’était l’hôpital qui se foutait de la charité.

Hochant lentement la tête d’un air dubitatif, le regard du gérant des lieux n’a pu s’empêcher de fixer son autre employé d’un regard froid, de ce regard habituel en cet instant teinté d’un amusement narquois et d’un reproche palpable pour ceux qui parviennent le déchiffrer. Voilà un concept qui manquait encore à cet environnement : de la délicatesse provenant de la fragrance fragile d’un délire.



La Métaphysique des feuilles ébouillantées
Salon de thé

Et ça lui plaisait, ça lui plaisait d'autant plus que ça sonnait en rime.


-La Métaphysique des feuilles ébouillantées…  Bien.

Le choix est fait, il n’en faut guère plus.
Valentine ne se pose plus la question du branding censé plaire pour attirer la clientèle. Après tout, le lieu restait le même, à cheval entre Bougu et Hiryuu. L’ancien psychologue scolaire en a quelque peu assez de devoir suivre ce modèle de consommation ou l’offreur cherche à cerner le besoin du demandeur. Qui l’aime le suive, qui aime son empreinte vienne, il ne basait pas cette affaire sur les autres mais pour le simple plaisir que d’autres s’y prennent au jeu et y adopte ses lubies. Comme par exemple la métaphysique des feuilles ébouillantées… dont les mots prononcés résonnent et caressent agréablement les parois d’un cerveau insolite. Yui Valentine savait toutefois que tout le monde ne le suivrait pas jusqu’au bout.

-Faites, je vous en prie. Quand au choix de ce que vous portez le temps d’arriver ici, il vous appartient.


Il se demande justement pour quel genre de costume optera réellement Féa.

Un haussement des épaules, rien d’autre.

Valentine doute du confort réel de ces chaussures-là mais il n’en fait pas fi, levant les yeux sur Zakuro en train de lui servir un thé avec une aisance qui n’appartient qu’à lui. Il l’observe d’un regard posé, qui ne cherche pas à se détourner furtivement de peur de croiser le regard du sujet fixé. Pour avoir placé des yeux et des oreilles partout, il avait eu vent de l’accident de Zakuro. Ce dernier n’en avait jamais mentionné le fait, et probablement qu’il pourrait décider de ne jamais le faire. Cela dit, ces derniers temps plus encore, Valentine se donnait l’impression de faire face à une carapace vide de sa substance, un malheureux coquillage abandonné de son ermite qui finit sur le sable. Il ne lui avait pas fallu des facultés extraordinaires pour percevoir ce revirement d’atmosphère se dégageant du garçon entre la fois qu’il qualifierait d’avant, lorsqu’il l’avait malencontreusement croisé au cimetière et celle d’après, plusieurs mois plus tard où ce dernier rentrait à son service.

Une nouvelle arrivante a momentanément cassé le fil de ses pensées. Fragile, n’a pu s’empêcher de lui coller directement sa subjectivité. C’est justement pour cette fragilité qu’il n’avait pas encore demandé à Zakuro de rentrer en contact direct avec la clientèle. Parce que Valentine ignorait ce qui se tramait derrière cette façade soigneusement composée, et parce qu’aller tenter de la briser en ce moment relevait purement de l’inutile. Ou de la non envie. Parfois, Valentine se demandait si quelque part en soi, il n’avait pas contribué au mal-être général de son ancien secrétaire, Marv. Il ne le saurait sans doute jamais.

-

Sur le point de répondre à la cliente que Yui Valentine ne se trouvait pas en ces lieux pour le moment, il s’est résigné à la prendre en charge. Il aurait ainsi le temps d’étudier les informations visibles à l’œil nu ainsi que ce que venait de mentionner Féa à propos du business de l’autre côté du quartier. Il y reviendrait alors certainement dessus. Entre temps, le jeune homme vint débarrasser la table de son cendrier, une adresse dont Valentine retint la discrétion.

- Bonjour,
se contentera t-il de saluer, refermant les mains sur son thé fraichement servi.

Elle n’avait pas l’air bien, non. Pas plus qu’elle n’avait l’air de savoir comment se poser, ni par ou commencer.

-Je vous en prie, invite Valentine calmement en lui indiquant un coussin en face de lui.

Jetant un dernier coup d’œil à Féa qui s’en va sitôt chercher le thé, l’ancien psychologue scolaire se retourne vers la femme. Un mot de travers et elle fond en larme. Les gens aiment se voiler la face en allant chercher une attention dans un salon de thé plutôt que chez le psychologue. L’illusion d’un problème minimalisé, un trompe-l’œil personnel. Un silence s’est installé, naturellement chez Valentine, plus maladroit chez son hôte.

- Ne vous en faites pas, il n’est pas nécessaire de prendre un rendez vous.

Sauf si c’est effectivement une personne en particulier que vous voulez voir, ne rajoutera-t-il pas. But premier, rassurer. Alors un sourire.

- Je ne savais pas que ce… ce salon de thé avait ouvert… a-t-elle commencé, hésitante.

Valentine a émit un rire, un doux, jetant un regard comme s’il cherchait quelqu’un. Sans précipitation.

- Vous n’êtes pas la seule à le dire, effectivement c’en est un relativement nouveau dans ce quartier. Je crois avoir entendu dire qu’il s’agissait d’un bar, auparavant…


- Oui… je ne sais plus trop.

Une femme, qui ne fréquente pas forcément le quartier. Elle a bien choisi son endroit pour se cacher ne serait-ce quelques instants. Elle ne venait pas pour une thérapie, mais pour probablement s’échapper de son quotidien. De toute façon, il ne proposait plus de thérapie à proprement dire.


Sans qu’elle choisisse d’être servie, est arrivé le thé. Valentine en a profité pour attraper Féa au vol.

- Voila monsieur Valentine… Yui Valentine,
a-t-il tranquillement fait, se levant et cédant la place à Zakuro sans l’ombre d’un doute. Puis, il a rajouté, on ne sait trop à qui, -Je ne serai pas bien loin pour vous servir du thé à votre convenance.

L’invitée est parue quelque peu perdue quelques secondes avant que son visage ne se détende quelque peu, comme si la seule mention du prénom de Valentine pouvait la rassurer.
Elle a fixé Féa, puis s’est mise à bégayer des mots.

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Dernière édition par Yui Valentine le Ven 15 Aoû 2014 - 18:17, édité 1 fois
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Zakuro Fea
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MessageSujet: Re: Croquemitaine du Silence   Lun 11 Aoû 2014 - 19:41

    Masques inversés,
    ~ ou l'attention délicate de Monsieur Valentine.




    Les doigts refermés autour de l'anse lourde de la théière, la main soupesant la rotondité de l'objet, je m'approchais de la table pour, dans un service plus observateur que serviable, déposer mes yeux sur la situation d'un Valentine qui affrontait sa première cliente de la journée. Elle était sortie de la nuit pour venir le voir, et se faisait la délicate poupée que devait manier Yui entre ses paumes, trop fragile pour être brusquée.

    Il avait eu cette remarque sur une prétendue folie, ce qui, à son égard, relevait d'une gracieuseté ironique. Sans avoir pu vraiment répondre, je savais que l'idée m'avait amusé. Fou, moi ? Allons, sérieusement … De nous deux, Valentine remportait très certainement la palme. Très certainement. Et elle lui seyait nettement plus qu'à moi, mais l'attention avait été agréable. Je n'étais pas fou, mais j'appréciais le compliment. Un sourire aux lèvres, je m'apprêtais à achever de verser le thé, et je me visualisais déjà accomplir les gestes de recul, quand le filet syntaxique de Valentine s'empara de moi. Quelques phrases, des mots choisis avec soin dans le rythme rapide d'une décision qui découpe, il procéda à l'échange avec la dextérité virtuose d'un talent de mot et d'attitude. Les lèvres se gonflant en une moue brièvement boudeuse, je restais un instant immobile, la théière dans les mains, à le fixer avec une certaine résignation. Sérieusement, Yui ? Sérieusement ? Il fallut tout de même que je trouve l'idée drôle, puisqu'acceptant, faussement outragé pour lui, de m'engager dans la partie qu'il m'offrait, je déposais avec douceur la théière sur la table, et m'installais lentement face à la femme. Son visage devint ce masque de dramatisme qui se para d'une sorte d'espoir atteint, et les lèvres étirées en un sourire ravi, je la contemplais.

    Valentine, je ne suis pas du tout psychologue, moi.

    Je n'étais même pas particulièrement sûre de vouloir connaître son nom, son identité, et ses soucis, mais passer du sabre qui garde l'entrée du salon de thé, au miroir qui camoufle complètement son gérant, le mouvement était assez brusque pour que j'aie envie de totalement en profiter. L'un des deux serveurs avait eut ce mouvement d'arrêt en écoutant Valentine avancer ma prétendue identité, mais l'autre paraissait maintenant beaucoup s'amuser de la situation. Je voulais éviter de patauger. Elle parlait déjà. Et moi je n'écoutais pas.

    « . . . Mitsumasa. »

    Je n'avais même pas relevé les yeux, pour ne pas rencontrer les yeux de Valentine. J'aurais très bien pu dire « Marv », mais le nom de Chess avait glissé comme une arme qui sort du fourreau, dans le mouvement guerrier d'une attaque, venant se superposer sur l'idée que Yui avait fait germé. Et parce qu'il avait choisi « Métaphysique », et parce que le hasard de mon inconscient avait choisi cette identité là. Une fois, il me l'avait dit. Je le revoyais, trop grand, trop gris, trop vieux, trop lui, penché vers moi, m'offrir une réponse avec un sourire :

    « Le doute n’est pas vraiment la question à vrai dire. C’est que qu’il advient après je dirai. »

    Ce souvenir de sourire m'inspira, et souriant à mon tour, avec ce sentiment de douceur qui m'emplissait brutalement, je soulevais mes yeux jusqu'à sa silhouette. Je t'aimais bien, Valentine. Tu étais cet univers qui ébranlait facilement les couleurs du monde, et dans lequel je pouvais contempler cette entièreté d'un quelque chose que je ne saisissais pas, mais qui me fascinait.

    « Vous m'assisteriez ? »

    Une invitation à me rejoindre, à prendre place, accompagnée par le fait que je déplaçais un des coussins près de nous pour qu'il puisse s'installer près de nous. S'il y avait fascination, il y avait sans doute passion, et cet attachement particulier que j'avais pour lui. Ce quelque chose qui m'avait fait répondre « oui » sans hésiter lorsqu'il m'avait demandé si j'accepterais d'entrer dans le cadre professionnel de son avenir encore indécis ? Évidemment que j'avais dit oui. C'était une réponse qui était née du fait que j'aie pu lui enfoncer du chocolat dans la bouche, que j'aie  pu prononcer son nom dans l'oreille de Chess, et que les lèvres ouvertes de celui-ci laissent échapper ce sourire qui portait sa présence. Yui Valentine était ce sujet de conversation au delà des mots, qui prenait assez vie pour que j'ai envie de le fréquenter et de lui sourire. Il avait déclaré une fois, -et il me l'avait déclaré à moi-, être tout à fait normal. Cette normalité-là m'avait fait le considérer comme un homme que l'on n'ignore pas. Beaucoup trop anormal dans sa normalité pour que je n'ai pas envie de le regarder complètement. Beaucoup trop, et curieusement, ça n'est pas douloureux, enfoncé dans la tête de Kohaku pour que je ne me nourrisse pas moi-même de cet intérêt. Mais si le Chat dévore, je contemple. C'est ce que je fais de mieux, observer.
    Voir, regarder, contempler ou observer, mes maîtres-mots sont, pour Valentine, totalement déployés dans le subconscient de la situation. Je suis un œil et je te fixe.

    Doucement, elle s'est remis à parler, et je pose mes yeux sur elle, avec ce sourire dont je ne me défais pas, et qui ne partira pas. Pas pour le moment ; je tiens à ce qu'il reste assez longtemps. Raidissant le dos, j'appuyais de mes paumes contre le sol, observant la modulation des mots dans l'élasticité d'une bouche qui s'arrondissait ou s'étirait sous les sons qu'elle produisait, sans que je cherche vraiment à en capter le sens.

    Immatériels, légers comme les pensées qui parcouraient mon esprit devenu calme, les wakizashi de ma cognition effleuraient la défense abaissée de la dame. Rônin de calcaire, lame dégainée pour le bon plaisir du Mirage gris, je me faisais le silence de mon âme en apposition à celui de la femme, qui, troublée, porta la main à sa tasse pour amener le thé à ses lèvres. Elle but une gorgée, et soudainement, ses larmes revinrent, assaillant son expression, en même temps que le contenu de la tasse se vidait dans sa bouche. J'attendis qu'elle eut reposé la tasse pour ouvrir doucement mes lèvres.

    « Vous êtes venue ici dans l'idée de vous distraire. Laissez nos services s'occuper de vous et vous permettre d'oublier ce qu'il y a oublier quelques temps. »

    Un silence.
    Je ne suis pas psychologue, Valentine.

    «  Accepteriez-vous de jouer, par exemple ? Nous pourrions délimiter un univers dans lequel il n'y a pas besoin de s'accaparer ces soucis qui sont vôtres. Voyez ces serveurs : ils ne sont même pas complètement décidés sur le pourquoi ils sont ici. Imaginez que vous êtes ailleurs. Imaginez que Mitsumasa n'est pas vraiment cet homme. Imaginez que je ne suis pas vraiment Valentine. »

    Et je souriais, je souriais, et petit à petit, elle eut cette esquisse de sourire elle aussi, un peu surprise, un peu entraînée, un peu amusée.

    « Imaginez que je n'aie pas vraiment les yeux bleus, et que cet homme n'a pas vraiment de peau. Imaginez qu'il n'existe pas vraiment sous une forme humaine, et qu'il est plutôt comme un entonnoir renversé. »

    Imaginez que vous mettez le feu, imaginez que je plonge mes doigts dans votre peau pour en tester l'humanité. Imaginez que je suis risible, et qu'il est un mirage. Imaginez que je suis solide, et qu'il est fragile, que je suis du verre, et lui du roc. Imaginez qu'il est un arbre et que je suis le vent. Imaginez que vous êtes ici sans jamais être entré, imaginez que Yui Valentine est dans cette pièce et imaginez que le feu dévore des dossiers scolaires, et que la bougie tombe. Imaginez cet air de piano qui parcourt la pièce. Imaginez que je suis un rônin et que les deux serveurs sont des samuraï qui seront bientôt absents de ce quotidien. Imaginez, et considérez que c'est Yui Valentine qui joue. Imaginez que vous êtes un démon-renard, et que vous avez pris forme humaine, et que vos vêtements riches, vos airs malheureux, et que vos doigts minces, tout cela vous fait ressembler à ce qui n'existe pas.

    « Imaginez. Qu'en dites vous, Mitsumasa ? »

    Elle, elle a fermé les yeux.
    Un peu de thé, peut-être, encore.

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MessageSujet: Re: Croquemitaine du Silence   Ven 15 Aoû 2014 - 23:05

Catalyse
Et s’ils avaient pu communiquer mentalement,
Et si dans ce monde sonore de bruits parasites, existait une conversation muette.

Dommage.



C’est justement parce que vous n’êtes pas psychologue que c’en devient accessible. Si je vous assisterais, moi Mitsumasa ? Une réponse était-elle seulement nécessaire à cette demande non formulée ?

Naturellement.

Yui ne se souvient volontairement plus s’il l’a pensé assez fort pour lui en faire part où s’il a juste omis d’élever la voix.
Il se souvient juste d’avoir tendu un mouchoir de tissu à leur cliente en larme.

-

Et en l’espace de quelques mots voilés, ils ont tous les trois survolé la dimension qu’a choisi Féa, le pseudo Valentine. Tout autant intrigué que la cliente, Yui a réprimé un haussement de sourcil. L'angle d'attaque de Féa lui est inconnu, précis, nouvelle. Valentine se rappelle d'un jour où ce dernier lui avait raconté un truc relatif à la lame et au reflet. C'est ce monde imagé propre à l'étudiant qui vient de ressurgir. Intéressant. Quant aux mots, ils prennent d’autant plus de sens pour les esprits aussi instables et auto-abimés tel que semble l’être celui de cette femme. Alors elle essaye à tout prix d’imaginer quelque chose, de donner une image quelconque à tous ces mots que le Valentine aux yeux bleus susurre tranquillement de l’autre côté de ses paupières fermées, pendant que l’autre Valentine la fixe sans vraiment chercher à courir après tant de symboles non expliqués.

En imposant une histoire, Féa écarte le choix de rentrer dans celui plus terne de sa cliente et ce qui semble convenir à l’un comme à l’autre. Yui, sous l’identité d’un Mitsumasa, hoche imperceptiblement de la tête face à cet étrange équilibre : effectivement, c’est bien parce que Féa n’est pas un psy que ça marche. Et Hana Yamamoto, -c’est ainsi qu’elle se dénommait, voulait simplement rêver, et ce rêve on lui en vendait. En fin de compte, nul n’avait envie d’absorber l’identité et tout le malheur des autres; il s’agissait d’un jeu habile d’illusion. Complicité, si affinité. Et elle viendrait.

-Et bien monsieur Valentine…, a répondu Yui sur le même ton conversationnel, je crois que vous n’êtes pas obligé de vivre une imagination. Quelque fois il peut être également bon de simplement se contenter d’imaginer cette imagination.

Hana Yamamoto a trembloté des sourcils, légèrement. Les yeux clos. Il lui semble que cet échange casse le cours de son rêve.

-Oubliez donc un instant le tout et le hasard s’occupera du reste, a brutalement lancé ou plutôt relancé Valentine sans réfléchir avec un large sourire qui s’est fendu, en un faux sourire comme il n’en a jamais eu. Ç’aurait été un tant soit peu dommage de balayer cet atmosphère hypnotique que Féa vient de créer.

Un portable qui vibre et la jeune femme sursaute, dont l’air redevient grave en même temps que ses mains reposent la tasse de thé à contrecœur. Sans attendre d’être escortée, elle s’est inclinée, d’abord au Valentine en face d’elle, puis à l’autre dont elle ne souviendra probablement jamais du nom ; Mitsumasa, ce n’est pourtant pas si compliqué. Elle s’est ensuite levée, et s’est dirigée vers le comptoir comme une somnambule, happée par son propre quotidien contraignant. Ce fut tout.

Resté assis après qu’elle soit partie, Yui Valentine a levé les yeux vers Féa.

Hana Yamamoto. Elle reviendrait de la même façon qu’aujourd’hui et lorsqu’elle se représenterait, elle demanderait encore le Valentine aux yeux bleus, qui lui avait demandé d’imaginer qu’il n’en n’avait pas des bleus. Pourtant, Yui Valentine se demande si elle a réellement compris ce qui lui a été dit ; car lui, il n’en a sans doute pas capté le dixième –ce qui l’en amuse forcément. Mais il semble que ça ait suffit à cette femme, sa première hôte.

-Le rêve n’appartient qu’à celui qui en a la force de le suivre,
a ajouté Yui en songeant à Yamamoto. J’ignore  quel procédé métaphysique vous avez utilisé pour lui faire gober votre histoire d’imagination ...à laquelle je n’ai pas su clarifier grand-chose.

Je vous l’avais dis Féa, vous êtes un peu fou, se lit dans le regard gris un certain amusement.

Yui a eu un hochement de la tête pensif.

-Imaginez donc, a-t-il repris doucereusement, que vous monsieur Valentine, êtes un catalyseur et que chacune de vos allées et venues provoque un revirement, annonciateur d’un changement quelconque. Pensez-vous alors que vous n’êtes qu’un simple observateur ? Moi Mitsumasa, préfèrerait davantage croire en un activateur. Disons une sorte de déclencheur.

Un drôle de catalyseur.

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MessageSujet: Re: Croquemitaine du Silence   Jeu 11 Sep 2014 - 21:31

    Elle est partie, le monde métaphysique s'en aller à la renverse, dans la description cacophonique d'une réalité fade revenue à la vie, exhalant son soupir sur l'apposition d'une vibration de sms. Modernité vicieuse d'un moment détruit, cassé, et envolé, dans lequel elle n'a pas cherché à s'accrocher, puisqu'elle s'en est simplement allé. Et maintenant, il ne restait plus que moi et lui, et tous les mots, concepts et idées qui avaient été posées mais qui alourdissaient maintenant l'air des charges qui nous incombaient J'inspirais l'odeur et les couleurs de ces questions sans réponses, pour m'en imprégner, sans doute, et en m'en parant, m'assurer d'une meilleure prise sur ce qui demeurait encore dans le silence. Derrière nous, les trois hommes s'étaient faits relatifs à ces existences que l'on ne conçoit pas, et ni moi ni le faux-vrai lui, Yui, n'étions pour le moment dans la dynamique de les faire exister plus que par leur présence. Cette présence que l'on ne soulevait presque plus, si ce n'était pas l'inconscient même de la conscience de leur corps, là, quelque part. Très loin de ces idées dans laquelle la bulle qu'avait quitté la femme nous avait abandonné, me prenant ,-presque-, à mon propre jeu. J'expirais, doucement, relâchant cet air de ma poitrine, le faisant onduler sur le rebord de mes lèvres, dans un soupir murmuré. Je citais.

    «  . . . 'je crois que vous n’êtes pas obligé de vivre une imagination. Quelque fois il peut être également bon de simplement se contenter d’imaginer cette imagination.' »

    Un léger sourire, pour le « Valentine » tût ici, mais trop présent dans les souvenirs.

    « Est-ce que cela vous était adressé, ou me visiez-vous ? Est-ce que c'était quelque chose que vous vous répéter ? Sans doute un peu trop. »

    Je tendais les doigts, venant récupérer la tasse de thé abandonnée par Miss Yamamoto, pour en verser le contenu restant dans la mienne, noyant l'ambre tiède d'une boisson non entièrement bue à l'onyx sombre d'un thé presque asséché. La tasse tinta sur le rebord de la table, quand je reposais l'ivoire, caressant l'anse de ma phalange, juste avant de l'abandonner, pour poser mes yeux sur Valentine.

    « Le rêve n’appartient qu’à celui qui en a la force de le suivre. J’ignore  quel procédé métaphysique vous avez utilisé pour lui faire gober votre histoire d’imagination ...à laquelle je n’ai pas su clarifier grand-chose. »

    Un sourire. Demandait-il vraiment une réponse ? Pour le côtoyer depuis quelques temps, il me semblait que « non » était la logique relative à sa rhétorique, mais je me laissais tout de même me faire emporter par l'interrogation, sans pourtant ouvrir la bouche pour lui répondre. A la place, je laissais mon esprit s'envahir de ce grand océan déchaîné dans lequel Amaterasu miroitait ses furies. Désespoir de cause humaine, j'avais opposé à ce qu'elle apposait ; l'illusion du rêve, de l'inconscience, du terrifiant et gigantesque instinct historique du Japon. Mes prunelles s'étrécirent en un sourire qui vint fendre ma face, terriblement moqueur à l'égard de moi-même. Je répondais, finalement, la voix accompagnée par les lèvres gonflées en une expression boudeuse.

    « Un peu de holisme, sans aucun doute. Et des attaches à Nietzsche, je le crains fort.  »

    J'amenais la tasse à mes lèvres, pour venir les mouiller du thé. Il continuait. Doucement, mais il continuait, ses mots m'engageant dans une réflexion que les méthodologies historiennes de mes cours à la fac n'avaient vues que trop frustrées par le manque de suite à la pensée. Historicisé. Ma métaphysique, elle se noyait et naissait tout à la fois dans la destruction de la raison moderne par une recherche chaotique de l'appartenance à la féodalité disparue. Le rônin voguait sur le temps, défiant ses prises. N'est-ce pas, Joshua, n'est-ce pas ?

    « Imaginez donc, que vous monsieur Valentine, êtes un catalyseur et que chacune de vos allées et venues provoque un revirement, annonciateur d’un changement quelconque. Pensez-vous alors que vous n’êtes qu’un simple observateur ? Moi Mitsumasa, préfèrerait davantage croire en un activateur. Disons une sorte de déclencheur. »

    Je laissais les mots couler dans mon esprit, tâchant sur leur passage les concepts emmêlés d'une logique que je perdais, petit à petit, lui préférant l'automatisme simple des instincts de mon être.

    « Ce serait dangereux d'être ce genre de personne là, vous ne pensez pas ? »

    La tasse dans mes mains, à hauteur du plexus solaire, eut un léger frémissement. Mes phalanges assurèrent la pression sur sa fragile surface. J'hésitais.

    « Tuer ou transformer. Il n'y aura plus de limites. C'est un but que je vise, mais, pour reprendre vos propos sur l'imagination, celle-ci en serait une. Un obstacle, rien de concret, quelque chose d'illusoire qui croit avoir été atteint. Je ne renie par l'imagination, je critique l'idée qu'elle soit quelque chose sur lequel il faudrait se focaliser. L'imagination devrait être un outil plutôt qu'un objectif. »

    Je souriais.

    « J'ai imaginé votre bouche et votre gorge noyées par le chocolat, et je l'ai réalisé. Plutôt que d'agir et ensuite constater. Et ça m'a permis de profiter. Si j'étais un déclencheur, vous seriez quoi ? Un observateur qui me subit ? Je n'apprécie pas l'idée que j'aie à vous écraser par un simple revirement, même si ce n'est que théorique, vous comprenez ? C'est pour cela que j'aimais bien l'idée de catalyseur, monsieur Valentine. »

    Rétablissement des identités, pour une seconde peut-être.

    « Ce n'est toutefois pas la définition de ce que je suis. »

    Mon sourire s'envola, pour une expression plus tranquille.

    « Peut-être que ça n'est pas la bonne question. »

    Je posais la tasse, récupérant la théière, récupérant sa tasse à lui, la remplissant légèrement, pour la lui tendre, du bout des doigts. Les spirales de vapeur s'élevaient jusqu'à son visage, se perdant quelque part entre le point de ses yeux et de son front.

    « Je suis un rônin, Valentine. Je n'ai pas besoin de limites, ni de définitions. Et c'est à moi et à moi seul de m'affranchir de ce qui m'en reste. Et vous ? Vous êtes quoi, si ce n'est « la normalité même » que vous m'avez proposé il y a deux ans ? »

    La normalité.
    Il ne s'y accordait pas.

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Dernière édition par Zakuro Fea le Dim 14 Sep 2014 - 15:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Croquemitaine du Silence   Dim 14 Sep 2014 - 14:44

Elle est partie, mais l’ambiance est restée.

Imagination Conceptuelle
CONCEPT IMAGINAIRE

-Non je vous visais à vous en réalité,
a tranquillement répondu Valentine en levant les yeux sur son employé, quand je vous vois c’est cette impression qui me vient à l’esprit.

La répartie de Féa a intrigué Valentine plus d’une fois. C’était comme s’il se retrouvait dans une partie de ping-pong sans jamais pouvoir comprendre et anticiper quand et où la balle ricocherait. Un peu comme si le filet délimitant les terrains respectifs était non plus un filet mais un mur rendant invisible le mouvement du joueur en face.

-Dangereux, vraiment ? Je ne sais pas.

Les traits de Valentine se sont nettement détendus jusqu’à peut-être aller sur un sourire naissant. Le danger n’existant que du moment qu’on a conscience de sa peur, l’ancien psychologue scolaire s’est contenté de hausser des épaules. Il n’imageait pas le Catalyseur sous ce chapeau là. Cela étant, il retrouvait un semblant de l’adolescent à l’esprit qu’il avait trouvé carré et rattaché à ses valeurs, d’il y a deux ans. Celui qui cherche à comprendre, comprendre comme un bon philosophe méthodique. Or, plus le temps passait, plus Féa devenait à ses yeux un nuage poreux d’imagination. Quant à la transition d’un carré qui devient nuage… Yui a réprimé un ricanement amusé. Un autre client est arrivé et Yui a effectué un mouvement de la tête pour qu’un des deux resté à discuter sur le comptoir le prenne en charge. A cette heure là, le service était habitué à une prestation habituelle. Et alors que Féa développe sa pensée, Valentine a manqué de recracher son thé qu’il vient d’accepter. L’imagination, un objectif-outil ?  

-Que diantre Féa. Vous vous posez trop de questions. Si l’imagination est votre outil, utilisez là comme il vous convient.

C’était sans doute là d’où venaient parfois cette incompréhension et surtout, cette incapacité à se raccrocher et clairement comprendre ce que lui racontait Féa. Le jeune homme venait de le dire lui-même, il était un être d’imagination pendant que Yui était un homme de concept. Intéressant. L’un avait au moins le mérite d’avoir une notion plus artistique que l’autre. Et tandis que le -vous comprenez ? de Féa lui tire un autre sourire puis un rire qui le fait se tordre en deux en se retenant de marteler la table basse sous son élan, Yui a fini par se reprendre. Oui il venait de comprendre cette idée de concept imaginaire. Enfin. Se relevant tout en invitant Féa à se joindre, Valentine a attendu d’être sorti du salon.

-C’est une bonne chose si vous vous donnez votre propre définition. Tant que vous savez qui vous êtes, je ne m’inquièterai pas,
jubile-t-il en se chaussant.

A l’extérieur, le monde des bruits reprenait sa domination passive, l’activité routinière de ceux qui la produisaient battait son plein.

-Si vous êtes un catalyseur, rien ne vous empêche d’être un rôle différent pour un autre. Pour ce qui est de notre cas présent, dans un sens oui, je vous subis mais plutôt que cette vision là, je dirai que vous êtes… hm et bien, s’est interrompu un instant Valentine, cherchant un élément approprié avant de reprendre en balayant un point fixe de la main. Vous voyez le carrefour là bas, cette croisée des chemins. A un certain moment, si je m’y rends sans volonté préalablement fondée, alors ceci représente le pivot.

Un pivot inscrit dans un schéma de vie sans retour possible en arrière. Une équation aussi imparfaite que parfaite que celle de ramener d’une personne lambda, à un point lambda, à un moment lambda. La notion de bien ou de mal ne découlant qu’après cette balance là.

-C’est en ce sens là que je me plais à vous appeler mon catalyseur. Tout ceci, autant et rien de plus ; n’y perdez pas toute votre attention dessus je doute que ce soit un cycle réellement contrôlable.

Continuant cette marche improvisée, renouvelée pour la première fois depuis la celle effectuée dans le jardin de repos des esprits, Yui a laissé un moment de silence fictif passer. Un silence se laissant enfumer de ces odeurs d’étalage à ciel ouvert, de stands de teriyaki, tempura et autres futilités du pays. Plus le temps passait, plus Valentine finissait par se plaire dans ce quartier qui à ses yeux, manquait à l’origine de raffinement.

-Dites moi Féa. Qu’est il de mieux entre se savoir être un samouraï sans maître et un homme errant, tous deux marchant dans cette rue comme si le monde ne leur appartenait pas. Ce n’est pas vraiment une question mais pour répondre à la votre, je ne sais de quelle autre définition me revêtir, autre que celle que je vous ai déjà donné. Au final, est-ce si important ?

C’est d’un air paisible que Valentine a conscience qu’il n’a pas besoin de se définir pour être.
Et il a continué à marcher.

-Connaitriez-vous une Naoko? Dans votre entourage.

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MessageSujet: Re: Croquemitaine du Silence   Lun 3 Nov 2014 - 23:10

    Les grésillements de ces tournoiements dans ma tête.
    Des rires ~



    Non je vous visais à vous en réalité, répondit-il tranquillement, et ses yeux vinrent se poser sur moi en un contact, léger, tranquille, qui me fit serrer les phalanges pour un sourire plus calme encore que le sien, quand je vous vois c’est cette impression qui me vient à l’esprit.

    Je ne répondis pas immédiatement, porté sur l'idée d'une représentation de moi qui n'était pas la mienne, mais celle d'un jugement d'un autre, lequel s'établissait sur une valeur que je ne parvenais pas à considérer autrement que comme sûre. Dans les échos estudiantins des souvenirs qu'il me restait d'Aristote, l'idée que mon identité s'établisse pour Valentine comme quelque chose qui m'échappait à moi-même me perplexait, et je savais que l'idée, si elle s'enfonçait trop dans la métaphysique d'une idée sur laquelle je ne parvenais plus à déposer mes phalanges, deviendrait source d'une interrogation douloureuse. Un sourire chassa mes doutes quand les mots de l'homme-gris, dans ses reliefs de mots glacés et de pages imprimés, entrouvrit de nouveau ses lèvres sur la formation d'une phrase nouvelle, courte. Un écho de souffle, qui me fit presque me pencher sur lui ; presque : juste le poids de mon regard projeté sur lui.

    « Dangereux, vraiment ? Je ne sais pas. »

    Cette fois-ci, ce fut un véritable sourire, transformé en un rire, qui vint tâcher le gris de l'ambiance, et si elle était resté, elle n'aurait sans doute pas compris. Ses traits à lui sont ceux d'un homme prêt à rire, près du sourire, tandis que moi je l'ai complètement dépassé, riant vraiment, dans cette hilarité douce qui se maîtrise encore un peu. Assez pour que je calme les tremblements de la table des tressaillements rieurs. Je ne pouvais pas me considérer comme dangereux, hors contexte de cette définition sur laquelle m'avait d'abord lancé Valentine. Mais pour ce que j'étais, et pour ce que je représentais dans ma propre appréciation de mon identité, je ne voulais pas croire que j'étais dangereux. Car cela était assurément le premier déni que je pouvais effectuer sur moi-même, et qui me permettait de rester dans une connexion parfaite à la réalité de ce qu'il y avait avant Kohaku. Dangereux, cela aurait été accepter l'idée que le meurtre effectué dans la voiture du métro était défini par une réalité sociale, une norme humaine. Je ne pouvais cependant plus. Parce que je lui avais fais cette promesse informulée de ne positionner aucun respect ni aucun honneur sur ce chemin tracé entre nous. Et si j'acceptais maintenant l'idée d'être dangereux, pour avoir effectué un acte qui ne correspondait pas aux règles du bien et du mal dans cette réalité là, et bien je cessais de marcher à ses côtés. Alors, mes rires tus, je conservais un sourire largement étalé sur ma face, gardien stoïque de mon appréciation des mots, de ma relation à ces termes.
    Derrière moi, la porte s'ouvrit, et dans le miroir du visage de Valentine, je vis celle-ci être prise par en charge par les deux autres hommes, sur l'ordre figuratif du faux Mitsumasa. Les éclat magnétiques de ses yeux revinrent à la charge, quand les idées sur l'imagination furent établies. Derrière ses yeux, pendant un instant, je crus presque voir le cheminement de ses pensées : dans un long enchevêtrement de nuances de luminosité. Et l'autre avait ri. Ri comme je ne l'avais jamais vu rire, et cela me fit beaucoup l'apprécier, sur le coup.

    -Que diantre Féa. Vous vous posez trop de questions. Si l’imagination est votre outil, utilisez là comme il vous convient.
    « Certes. »

    J'avais murmuré, du bout des lèvres, en un sourire, encore, et j'espérais brusquement que l'on ne rouvre pas le sujet, que je voulais maintenant voir clôt. Mon espoir fut récompensé lorsque, dans un mouvement souple, un élèvement  colossal d'une statue de chair, Valentine se mit debout, ses yeux se portant vers un objectif qui me motiva soudainement. Nous sortions. Le rire était abandonné derrière nous, déposé quelque part dans l'ambiance de la table, et ravi, j'allais jusqu'au compartiment des chaussures, récupérant les miennes. Le cuir de mes Docs chuintant entre mes doigts, Valentine éleva de nouveau la voix, tandis que derrière nous, les conversations entre la nouvelle cliente et les serveurs-collègues s'établissaient comme des rumeurs qui furent bientôt tues par la porte refermée derrière nous, et les bruits urbains qui explosaient un peu partout autour de nous. Ramenant le col de mon haut contre mes mâchoires, je relevais les yeux jusqu'au ciel, dans un  regard qui me fit perdre un instant la sensation satisfaite de l'instant auparavant. Puis, dans un automatisme routinier, le mouvement de la marche me fit rabaisser les yeux vers Valentine, tandis que nous nous figions finalement, le coin de la rue atteint.

    -Si vous êtes un catalyseur, rien ne vous empêche d’être un rôle différent pour un autre. Pour ce qui est de notre cas présent, dans un sens oui, je vous subis mais plutôt que cette vision là, je dirai que vous êtes… hm et bien, il cessa un instant sa phrase, ses yeux et un mouvement abstrait de sa main désignant sa recherche d'un appui de sa métaphore, d'une recherche d'un exemple, et quand il la trouva, avant même qu'il ne la désigne avec ses mots en le définissant, ses yeux et sa main m'avaient permis d'attraper du regard ce qu'il voulait me montrer.  Vous voyez le carrefour là bas, cette croisée des chemins. A un certain moment, si je m’y rends sans volonté préalablement fondée, alors ceci représente le pivot.


    Mes yeux s'attardant sur le carrefour désigné, j'y observais les mouvements circulaires et les déplacements rotondités de ce s'y orbitaient. Néanmoins, l'image fournie par Valentine eut le mérite de me faire réfléchir, et doucement, je soufflais :

    « Après tout, il faut des virages, dans la vie. »

    Ecoutait-il ?

    -C’est en ce sens là que je me plais à vous appeler mon catalyseur. Tout ceci, autant et rien de plus ; n’y perdez pas toute votre attention dessus je doute que ce soit un cycle réellement contrôlable.

    Je tournais mes yeux vers lui.

    « Ne vous inquiétez pas. »

    Parce qu'après-tout, je ne pouvais pas me définir avec mes propres mots. Cela n'empêchait en rien que j'avais conscience de ce que j'étais, et cette acquisition de savoir m'évitait de tourner en rond. Si les courbes étaient importantes, à mes yeux, dans la vie, et si je ne croyais pas à l'idée d'une existence longiligne, il n'empêche que je savais conserver mon attention sur la progression de mon parcours. Et que dans celui-ci, il y a cette marche sur les trottoirs mouillés par une averse d'été. Dans celui-ci, il y avait cette marche à côté de Yui Valentine, sous un ciel vraiment beaucoup trop bleu.

    -Dites moi Féa. Qu’est il de mieux entre se savoir être un samouraï sans maître et un homme errant, tous deux marchant dans cette rue comme si le monde ne leur appartenait pas. Ce n’est pas vraiment une question mais pour répondre à la votre, je ne sais de quelle autre définition me revêtir, autre que celle que je vous ai déjà donné. Au final, est-ce si important ?

    Je ne répondis pas immédiatement, et nous dépassions le carrefour. Puis, atteignant l'autre côté du quartier, je haussais simplement les épaules.

    « Pour ce que je suis, ce qui est meilleur pour moi est ce que je suis, c'est logique. Pour vous, vous n'êtes malheureusement pas qu'un homme errant. Et je ne suis pas certain que je cherche à vous définir. »

    Mes doigts vinrent tapoter sur mon poignet gauche ; dans un simulacre de rappel à l'heure.

    « Pas pour le moment, Monsieur Valentine, le temps ne le permet pas encore. »


    Et puis une question. Une question qui fit s'envoler tout mon esprit dans un rappel aux souvenirs relatifs à la mort, à la morgue, aux corps et aux cadavres, à la puanteur et à la crasse. Une question toute simple, qui me fit hésiter, une seconde. J'articulais le prénom.

    « Tanaka Naoko ? »

    La sorcière de Kohaku. La protégée d'Emmanuel.
    La poupée fragile et brune. La soldate dos au mur. Je me souvenais ses phalanges cassées et ses mains griffées, le tout avec son air de chaton enragé.

    « C'est une de mes relations, oui. Pourquoi ? »

    Toujours est-il que je le laissais mener la danse de cette marche, dans le but de voir s'il y avait un quelque part qu'il visait.

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MessageSujet: Re: Croquemitaine du Silence   Dim 16 Nov 2014 - 0:56

Des virages
ET ENCORE DES VIRAGES



-Il faut des virages sans doute,
se met à répéter Valentine, fixant le carrefour comme si davantage s’y trouvait.

Il reste pensif et laisse les phrases de Zakuro venir imprégner le cours de ses réflexions. Il écoutait à travers le voile de ses pensées, l’écoutait toujours et un peu plus parce que c’était la seule chose qui lui avait dicté sa vie au point d’en vivre jusqu’à là. Psychologue scolaire ; pourrait-on un jour réellement le défaire de cette étiquette ? Lui-même ignore s’il y parviendrait entièrement ; dans un certain sens, ses anciens patients lui manquaient sans pourtant en arriver à un point de regret. Et parce que Féa se trouvait là, il eut une pensée pour Mitsumasa.

- Dites moi plutôt ; qu’y a-t-il dans le paquet tâché de Mitsumasa ?


Il avait expressément oublié de l’ouvrir, pour ne pas dire qu’il ne l’avait pas encore fait. Dans l’installation et le déménagement de ses locaux, il se souvient où il a posé cette boite, la laissant en quarantaine le temps d’avoir le temps de l’ouvrir... Même s’il est le premier à susurrer que le temps n’est que prétexte. Un jour, Yui appellerait Kohaku pour une partie d’échec. Juste pour la lubie de discuter de transcendance et métaphysique autour des pions sur un terrain aussi dallé qu’improvisé. Remettant cette ambition à plus tard, Valentine a jeté un regard à son employé. Hm. Oui Naoko Tanaka.

-J’envisageais une équipe disons quelque peu plus mixte. Vous…, il réfléchit puis reprend. Vous la formeriez ?

Ça a été son explication pour intégrer Tanaka.

-Donnez-moi en donc le fond de votre pensée,
a enjoint Valentine, tout en s’arrêtant au pied d’un bâtiment. Il laisse ensuite passer le-dit Rônin de tous les temps dans la porte tambour avant de lui-même s’engouffrer entre deux ailes. L’intérieur ne donne rien de spécial hormis une liste d’entreprises agglutinées les unes sur les autres selon les étages, comme une vieille commode fourre-tout. Mais ce n’est pas ce qui intéresse Valentine, qui active l’arrivée de l’ascenseur. Ils n’auront toutefois pas à attendre des masses qu’un -cling résonne déjà, laissant ensuite coulisser des portes, pour happer un rônin et un faux psy, étrange spectacle et reflet renvoyés à travers ce miroir sobre. C’est alors que commence lentement leur élévation.

-Féa. Mis à part la lame, la matérialisation du reflet et les limites, quoi d’autre peut vous tirer vers l’avant ?


C’est là une question bien banale. Presque trop, venant de Valentine, et ce dernier le sait.
Son regard inquisiteur s’est alors levé vers le Féa en face de lui, l’illusion optique de la plaque d’acier. Et ils se sont tous deux élevés jusqu’au dernier étage, celui à ciel ouvert.


-


Les portes se sont rouvertes et les a recraché, à l’aise. Les dernières marches disparaissent sous les pieds d’un psychologue reconverti, et l’air frais vient le frapper de face. C’est léger.
Là, est un roof-top simple sans grand aménagement, qui s’élève toutefois assez haut pour une vue imprenable sur la ville en ébullition. Valentine se rapproche d’un des côtés de la barrière pour s’y accouder dessus avec satisfaction. Ce n’est pas le point de vue le plus élevé qu’il connaisse, mais sans doute le plus haut de Bougu, et c’est un bâtiment qui se suffit à lui-même. Le gris de ses yeux balaye le toit des mondes et c’est encore cette absence réfléchie dans laquelle il s’enferme une fois de plus, tel un croquemitaine du silence. Yui Valentine apprécie les hauteurs des hauteurs, avec la sensation qu’elles drainent.

-Personnellement, c’est ce genre de choses. Vous sentez ?


Le bruit de la circulation en contrebas. L’air, sans doute repeinte de pollution mais de l’air quand même. Le plaisir de se croire seul à pouvoir profiter de cet espace-temps. Les enseignes qui scintillent, les vitres qui reflètent, la populace qui grouille et par-dessus tout, ce ciel, ce non lieu vide seulement rayé au passage des vols.

Un reniflement s’est fait entendre et ce n’est assurément pas celui de Féa.

Valentine se retourne, enlevé de ses divagations quotidiennes et plante son regard sur la silhouette là bas, assise sur le rebord, presque à l’opposé d’où il se tient.

-Nous n’aurons pas tous les jours des clients comme ça,
a-t-il murmuré imperceptiblement à l’intention de Zakuro.

A demi perchée dans le vide, la jeune femme a remarqué leur présence avant de se raidir.
Hana Yamamoto.

-Monsieur Valentine, ont formé ses lèvres alors qu'elle ne s'adresse pas tout à fait à lui.




HRP:
 

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Zakuro Fea
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MessageSujet: Re: Croquemitaine du Silence   Mar 9 Déc 2014 - 0:20

Des pétales de cerisiers,
des fragrances d'existence,
du thé.



    Du bout des doigts, comme un coup de pouce intransigeant du destin, j'effleurais l'ébène de mes mèches, trop sombres pour ne pas tâcher mon champs visuel pourtant concentré sur le détail important de cette silhouette qui ne se détachait que trop dans l'horizon grisé du ciel. Comme un écho, comme une résonance que j'aurais aimé transmettre à cette femme. Lui offrir l'idée que la vie est, parfois, lorsque l'on s'en donne les moyens, aussi magnifique que l'espoir qu'aurait pu lui représenter la mort. J'avançais, un peu timidement, un peu porté par cette crainte native de voir mes tentatives échouer. Mais je le savais, tout autant que Valentine devait le savoir, que n'échouait pas celui qui n'essayait pas. Que là où s'arrêtait la tentative commençait l'initiative et la dynamique de la création. Que je voulais franchir le pas, traverser le vide, pour plonger dans un vide que je saurais combler de mon assurance. Cette assurance basée sur le sourire et la confiance en moi ; une assurance construite par mon appréhension de mes échecs, et une observation de mes victoires. La vie n'était assurément pas à ceux qui voulaient gagner à tout prix, mais elle avait sans doute cette saveur particulière pour ceux qui l'envisageait comme un gigantesque parcours dans lequel la progression était complexe, parfois compliquée, mais en mesure de faire « exister ». Je voulais exister, sans doute tout autant que cette femme qui se penchait un peu trop au dessus du rien.
    Etait-ce ce qu'elle ressentait ? Un rien, qui dans l'exercice du vertige, la poussait à se sentir dans le besoin de sauter ? Un besoin destructeur, celui de ne plus vouloir affronter, de ne plus vouloir subir, suite à cette trop importante incapacité à supporter ? Les bases étaient mauvaises : car pour supporter tout le négationnisme de notre vie, sans doute fallait-il être bien dès le départ, pour pouvoir ne pas être mal.

    Ces mèches noires, héritage déterminé génétiquement, j'en avais fait, par un affect redoutable, bien plus qu'un apparat à ce que j'étais. Comme des livres aux formes aléatoires, ces mèches s'étaient remplies de mots qui ne m'appartenaient pas, et qui glissaient entre ses lèvres pour venir s'apposer là où il les murmuraient. Trophées silencieuses qui bruissaient ses propos, je m'étais vu changer ma manière de voir, ma manière de me voir, pour comprendre comment est-ce qu'il me percevait. Cela devait-il pourtant modifier ce que j'étais de par moi-même ? Il y avait cette distanciation si minime, si presqu'imperceptible qu'il aurait été facile, pour moi, de considérer que j'étais totalement, pleinement dans mon être, ce qu'il voulait que je sois. Pourtant, je le savais, il y avait ce minuscule morceau de moi qui restait assurément libre, et condamné avec choix, à cette liberté de choisir. Choisir d'exister tel que je voulais me représenter moi-même, loin des clivages des perceptions ou des admirations.

    Mes doigts coururent sur le métal de la rambarde gelée par les températures douces de la saison. Mes ongles frappèrent des cliquetis qui firent se poser sur moi deux yeux que j'avais apperçu, plus tôt dans la matinée, mais chargé d'une expression plus rêveuse, plus satisfaisante et moins blessante pour moi qui avait joué un rôle visant à lui effacer ce regard qu'elle avait là. Hana Yamamoto était une ombre, si peu influente dans ma vie, ce matin. C'est ce que j'avais cru, et sans doute ce que je croirais encore, si je venais à oublier à quel point on ne pouvait exister sans la connaissance des autres. Elle eut un pauvre sourire, comme celui d'une femme qui cherche à s'excuser de cet acte non contionné qu'elle s'apprêtait à faire. Dans les études de sociologie et de psychologie, on pouvait facilement lire que les suicides réalisés dans des cadres publics par les femmes de la tranche d'âge d'Hana Yamamoto était un appel à l'aide, un besoin de secours, une recherche d'être sauvé.

    « Yamamoto-san... »

    Les doigts refermés sur la rambarde en métal, j'avais levé les yeux à ce visage à demi détourné du vide, son regard devenu le miroir à ce qui l'attendait en bas. Mon coude vint se plier sur le métal, et adoptant cette posture qui m'empêchait d'être trop raide, d'être trop alerte, je creusais son regard du mien, comme un offensif silencieux.

    « Je ... »

    Je pourrais commencer énormément de phrases par « Je ». Je n'y arrive pas, je ne sais pas, je ne sais pas aussi bien parler que Yui Valentine ou Kohaku Joshua Mitsumasa. Des phrases tourbillonnantes qui me faisait trop souvent tituber, et qui m'envahissaient parfois, dans des phases temporelles où ma conscience me paraissait alors appartenir à quelqu'un d'autre qu'à moi. Un quelqu'un en mesure de me désigner la voie la plus facile pour ne pas faire face, pour souffrir, pour vouloir abandonner et ne plus subir. Un quelqu'un qui m'empêchait de réellement me battre, et qui me stagnait dans une identité qui évitait tout concept de progression. Là où je trouvais la force d'aller vers l'avant ne restait plus que la stagnation poisseuse d'un état sédimentaire. Un individu, certes, mais perdu au milieu de son envie d'être unique et trop parfait aux yeux de l'autre. Mâchoires crispées, j'affrontais un regard en attente de quelque chose. Un quelque chose. Lequel, quoi exactement ? Je pouvais sans doute tourner les yeux et croiser le regard de Valentine, comme une supplication, un appel au secours, pour une demande d'aide. Le bleu de mes yeux enraciné dans les reflets japonais de ceux de la femme, je cherchais dans le vent qui venait soulever mes mèches les inspirations de force, de caractère qui sauraient teinter mes mots. Je n'étais pas éloquent. Pas plus que je n'étais complètement apte à la rhétorique. Je connaissais pourtant, pulsant au travers de mon identité et de la présence assurée de celle-ci, mes capacités, mes chances et mes abilités à pouvoir faire des pas en avant. Détendant le bras, appuyant sur mes épaules et dans un mouvement du bassin, je me hissais à mon tour sur la rambarde, basculant mes jambes, me mettant à sa hauteur, mon visage venant se placer dans l'axe de son équilibre.

    « Je ne veux pas qu'une personne avec le nom d'une fleur considère que son existence puisse être aussi éphémère que celle-ci. »

    Je ne voulais pas d'un déterminisme qui enfermerait le monde. Je ne voulais pas voir des humains tomber dans le vide, à l'instar de statuettes qui viendraient inonder le sol de sang. Je ne voulais pas que la Terre, miroir du Ciel, lui offre cette vision funeste de l'incapacité à sauver, et à voir vivre. Je ne voulais plus souffrir en regardant les gens mourir. Elle n'était pas mon existence, elle n'était pas à moi, elle n'était pas pour moi, et je ne me l'appropriais pas. Les mots de Joshua, trois ans auparavant, résonnaient comme des brises oubliées, soulevées par un murmure de la mémoire.

    Tu es le ciel qui surplombe la terre, qui grise le regard des gens en quête de réponses ou d’atmosphère. Tu es l’intemporalité qui veille sur la planète, qui transcende l’existence sans pour autant la manipuler, sans pour autant se l’approprier.

    « Je ne peux pas vous laisser là, assise entre ciel et terre. Je ne peux pas vous laisser regarder ce qui va finir par inonder votre rétine pour toujours si vous ne détournez pas les yeux. Je ne peux pas vous laisser vous enfoncer trop longtemps dans cette élévation, et je ne veux pas de tout cela. »

    Je ne le veux pas. Pas plus que je ne veux voir Kohaku s'éloigner, pas plus que je ne veux voir Valentine mourir, pas plus que je ne veux me voir disparaître. Les refus les plus indispensables de ma vie, basés sur des logiques affectives, destructrices, absolues. Des « Je t'aime » balancées dans la face d'une réalité que j'affrontais.


    « Je ne le veux pas. Je ne le peux pas. »

    Mes doigts, dans la conviction certaine de refuser de la voir tomber, glissèrent sur ses poignets, loin de la rembarde à laquelle je m'étais accroché quelques secondes auparavant. Une langue perfide aurait soulevé, comme une moquerie, le détail de mon absence d'accroche. Si elle basculait, rien ne me retiendrait, mais j'avais fait ce choix, et j'assumais. Mes paumes se faisaient les revêtements de chair de ses propres frissons. Comme un choix posé sur ses mains, comme un ordre imposé dans ses yeux, je fouillais ses yeux, son expression, son regard, son attitude, dans une recherche de la suite. Elle échappa, un instant, à mes yeux, pour chercher ceux de Valentine, comme pour lui poser une question qui demeura néanmoins silencieuse. Ses prunelles revinrent heurter les miennes, et elle eut un frémissement des lèvres, celles-ci soulevées par les modulations basses de ses mots.

    « Je ne sais plus quoi faire ... »
    « Il faut poser des questions, alors. Quand on ne sait plus soi même, il y a le droit de demander des réponses. Ce n'est pas interdit que de vouloir obtenir des solutions de la bouche d'un autre que soi. »

    Elle inspira, dans une inhalation sifflante, qui m'arracha un soupire désolé.

    « Aussi fort que l'on puisse être, il y aura toujours une montagne plus haute et un rocher plus solide. Cela ne veut pas dire qu'il faut ignorer les obstacles que l'on a franchi avant. Cela ne veut pas dire qu'il faut considérer la situation comme ingérable. Il y a toujours ce moyen auquel on n'a jamais pensé, et qui permet de se relever. »

    Mes phalanges se resserrent contre la peau de ses poignets, dans un contact qui se voyait condamné à un résultat linéaire et absolu. Soit à gauche, soit à droite.

    « Si je tombais avec vous, là maintenant, il ne resterait pas grand chose de moi, matériellement. Il y aurait la masse de mon corps, dispersé sur le bitûme, identique à celle qui me compose, dans ma structure physiologique, actuelle. Pourtant, pour des inconnus, pour ceux qui poseraient les yeux sur ce qui resterait de moi en bas, il y aurait sans doute la question de « Qui était-il ? ». Pour mes amis, pour mes proches, cette question ne se poserait pas, car ils savent que je suis plus encore que cette masse, que cette forme, que ce corps, que ces composants qui me font être là ou sur le trottoir. Comprenez que vous n'êtes pas seulement une chose, Yamamoto-san. Vous êtes aussi ce que vous laissez à voir, à entendre, à comprendre. Ne voyez pas que le côté éphémère de la fleur. Appréhendez aussi toute sa beauté et ses fragrances qui embaument. Vous n'avez pas à vous laisser vous écraser sur le sol, en bas. Vous devriez relever les yeux et vivre. Je le crois sincèrement. »

    Le temps filait. Dans des décantations profondes de mes mots dans mon âme, dans une introspection étrange qui me faisait frissonner à l'idée que mes croyances puissent la faire chavirer, elle me fixait, et je voyais tout le processus qui s'engrenait, sans pour autant en percevoir la finalité. Pourtant, elle eut ce mouvement. Minuscule, inaccessible : frisson de son corps au dessus du vide. Mes doigts se plaquèrent contre ses articulations. Elle pleurait. Je lui souriais.

    « Allez. »

    Elle passa ses jambes, lentement, avec minutie, avec toute la dimension de mes propres vertiges, et sans un bruissement, vint poser ses semelles contre la surface du toit éclairé par le soleil. J'achevais de l'imiter, avant de venir poser, avec le plus de légèreté possible, mes doigts sur ses épaules, pour l'aider à traverser la surface du toit. Glissant devant Yui, je l'attrapais, du bout des doigts, par l'épaule, pour nous accompagner jusqu'au banc, sur la terrasse.

    (…)

    « Voici du thé. »

    Tendant le gobelet plastifié duquel s'échappait les spirales de vapeur, je m'étais penché légèrement au dessus de Hana Yamamoto, considérant avec gravité que, même en dehors du salon de thé de Yui, je remplissais mes fonctions principales, à l'instar d'un robot d'électro-ménager. Un sourire rapide, à cette pensée, me fit poser les yeux sur Yui, à qui je présentais son gobelet de thé. M'asseyant à ses côtés, repliant mes jambes, je vins plier mes bras contre mes flancs, mes yeux posés alternativement sur la face de Valentine et celle de notre « cliente ». J'espérais ne pas l'avoir perdue. Un peu comme j'espérais ne pas m'être perdu.


    -

    (...)

    « Il faut des virages sans doute. »
    « La vie serait ennuyeuse, sans. »

    Les mots envolés, perdus dans cette contemplation, un peu hallucinée de ce carrefour. Nous avions pourtant continuer, et je m'étais mis à imaginer quelles étaient les personnifications ou les situations récentes de ces virages que j'avais pu prendre. Ce fut comme une sorte de lacération, lente : celle de la prise de conscience de mes échecs trop proches. Là où se figuraient mes victoires, il y avait aussi l'ombre de mes chutes, et de mes erreurs. Là où j'avais forcé trop de choses, là où j'avais voulu maîtriser ce qui n'était pas de mon ressort. J'inspirais. Il aurait été facile d'espérer que cela soit effacé par un simple coup de vent de la mémoire. Mais les virages restaient. Douloureux ou grandissant.

    La question de Yui ne m'arracha qu'un sourire qui ne naîtrait pas sur mes lèvre. Je ne changeais pas d'expression du visage, cherchant seulement à calmer le feu de mes prunelles étrécies dans la contemplation de son  visage.

    « Dans le paquet, il y a la promesse que je lui ai faite de vous prendre en photo ''avec'' un sourire et un bowtie parce que,- mes lèvres s'étirèrent en un rictus aigre, ma voix adoptant les modulations sifflantes de la voix de Joshua, - « ce serait génial ».

    Je portais les doigts à ma tempe. Et sans qu'un son ne traverse mes lèvres, j'articulais le mot « haut-de-forme ». Kohaku n'avait pas précisé que je ne devais pas le dire : et encore, je l'avais à peine soufflé.

    L'idée, ensuite, de la formation d'une équipe mixte fait s'envoler dans ma poitrine les lourdeurs des suspections aux ambivalences lourdes. A la place, c'est une appréciation de la perche qu'il me tend, et du jeu offert. Si encore il était permis de considérer cela à l'instar d'un jeu : cela définissait pourtant toute la satisfaction éprouvée à l'idée de passer mes journées avec Naoko. Pour toute réponse, à cette demande de connaître le fond de ma pensée ; je lui souriais. Cela représentait sans doute assez bien ce que j'en disais.

    « Féa. Mis à part la lame, la matérialisation du reflet et les limites, quoi d’autre peut vous tirer vers l’avant ? »

    Je n'avais pas répondu à la question.

    -

    Je regardais les vapeurs s'élever dans le ciel, et quand Yui Valentine reposa ses yeux sur moi, j'entrouvrais les lèvres, mes prunelles posées sur les nuages.

    « Ce qui me tire le plus vers l'avant, c'est sans doute moi-même, dans tout ce que je suis et ne suis pas. »

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MessageSujet: Re: Croquemitaine du Silence   Lun 5 Jan 2015 - 0:01

Tard le soir après la fermeture du salon, Valentine est allé au cimetière dans le repos des mondes, échanger un regard invisible avec là où a été posée Kara Sakki. Plus tard encore, c'est sur le corps assis les pieds dans le vide de Hana Yamamoto qu'il cogite sans relâche alors que dans son semi-sommeil, ce sont les mots d´un rônin qu'il entends à travers les oreilles de cette dernière. Et dans cette tourmente personnelle qui le hantera jusqu'à la fin, une seule et unique question lui revient: est ce que Kara aurait pu être aujourd'hui en vie si lui, Yui Valentine, avait emprunté les mêmes mots ?
Est ce que, est ce que...?

Tout ça avant les lumières palpitantes de l'ambulance, avant le brancard à la couverture relevée. L'après-phase.

Celle d'avant, elle n'existe pas dans sa conscience mais c'est comme si elle y avait été gravée à coup d'imagination et de faux souvenirs. Le bruit léger, un son aérien, celui de vêtements froissés déployés dans le vent. Une chute.

Et puis une fin.

Aurait-il pu juste avant ça, la retenir de ses forces, de ses bras et de toute sa volonté pour que jamais elle ne bascule dans le rien sous prétexte que rien ne demeure...? Aurait-il pu mieux faire ? Aurait-il pu être simplement noté présent au bon moment.

Ne meurs pas Kara!
Ne meurs jamais!


La suite, c'est comme à chaque fois, ça finit en un désagréable frisson névrotique.

-


C'est sur l'épaule de Féa que pleure et pleurera encore Yamamoto-san, sur le rebord de l'immeuble, sur le rebord de la table. Ses tasses de thé finiront-elles par avoir le goût de des propres larmes...? À chaque fois, Yui Valentine ne peut s'empêcher de se demander s'il ne tire pas la corde trop loin, à dispatcher l'humeur de la clientèle sur le dos de ses employés.  Ils ne sont pas des psychologues et en avoir une horde est sans doute la dernière des choses à laquelle pense Valentine.

Ce jour là, Yui avait échangé un regard encore plus gris que d'ordinaire, masque d'une inquiétude non dite sur Féa alors que ce dernier réchauffait l'âme d'une femme au moyen d'un thé.

Le temps passe.


-


Il lui prenait de manière assez imprécise de s'improviser un chemin hors du salon avec Féa -jusqu'ici resté en vie. Par ailleurs, Yamamoto-san était devenue une fervente cliente du salon de thé, pour venir oublier quelques secondes de sourire dans une conversation échappant à Yui Valentine... et maîtrisée par le Valentine aux yeux cyans. Ce même Valentine-là qui avait roulé des bonhommes de neige  autour de leur lieu de travail, ce même encore qui avait installé un monde de poissons pendant les quelques jours d'absence du gérant. Un univers autrement plus libre et sans emprise que là où Yui avait suffoqué dans le cabinet épuré de l'académie. Peut être que la pédagogie n'était finalement pas son truc. Ou plutôt que la pédagogie, les conventions...

Heureusement qu'il n'existait pas que des typologies suicidaires côtoyant les lieux. Enfin...? Depuis que Naoko Tanaka avait rejoint le personnel, Valentine ne pouvait s'empêcher de soupirer des -et bien ça ne va pas être triste... , d'un air las aux premières tasses brisées. Mais dans le fond, ça lui allait. Nous étions donc à quelques jours plus tard de l'ouverture du salon pour la nouvelle année.

-Féa, voilà Le chat, a-t-il rapidement présenté d'un ton plat, à peine arrivé. Le chat, voilà Féa.

Levant d'une main un truc minuscule blanc fait de poils par la peau du cou, Valentine l'a refourgué entre les mains du jeune homme. Et Valentine a jeté un regard noir vers la Chose avec un silence acerbe en seule guise d'explication.

-Je ne sais pas élever ce genre de chose, a-t-il sifflé alors que la chose en question est déterminée à jouer avec tout ce qui se trouve à portée de vue.

Évidemment, dans sa tête, Valentine sait s'occuper de la poiscaille et pas d'un félin.

-Si un jour il manque un des poissons, c'est un thé au chat que je vais servir, marmonne-t-il déjà, déposant sa veste sur les accroches derrière le comptoir.

Reçu il y a quelques jours à peine dans une boîte savamment trouée au pied du sapin, il n'avait pas eu d'autre choix que de le ramener chez lui... Sans pouvoir se résoudre à le laisser monter seul la garde après que la chose s'en soit pris à ses rideaux à chaque fois que Valentine avait trouvé un prétexte pour sortir de chez lui. Comme prédit dans le mot délivré avec, c'était un chat blanc pour le Salon de Thé. C'était sans doute ça, l'éloquence.

-Vous direz à votre ami Mitsumasa, qu'il a des idées toujours aussi ... Fantasmagoriques.

Se passant une main sur les yeux histoire de les masser et de rendre une réalité plus douce, il a fini par soupirer non sans un soupçon d'exagération.

-Ce salon va finir en une véritable animalerie.

Miaulement satisfait du chaton -...que Valentine a tenté d'ignorer tant bien que mal.

Quoiqu'il en soit, ce matin là, l'ancien psychologue scolaire a autre chose en tête. Il a appris quelques jours plus tôt le décès d'un personnel de l'école, Saito, suite au braquage d'une banque, -fait très médiatisé ces derniers temps. Yui Valentine n'ira pas aux obsèques, estimant qu'il n'a pas besoin de montrer sa face au reste et n'a toujours pas pu se résoudre à s'y rendre.

Ouvrant le journal daté de cet événement, Valentine lit silencieusement l'article en question, assis derrière son comptoir. Des yeux criblent chaque ligne d'une attention aiguisée, et relisent encore ces quelques lignes illustrés par les lieux.

-Excellente année Saito... n'est-ce pas, a-t-il soufflé de manière inaudible dans son cynisme comme si le surveillant s'était trouvé ici.

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MessageSujet: Re: Croquemitaine du Silence   Mar 10 Fév 2015 - 20:24

    « Féa, voilà Le chat. »

    C'était une journée de plus, quasiment habituelle, les bizarreries et manifestations extra-naturelles mises à part. Il était compliqué de savoir si Valentine tenant un chaton blanc entre ses doigts consistait en une scène qui appartenait à la familiarité des lieux. J'estimais que oui, songeais-je en relevant un regard interrogateur vers Yui qui agitait le chat entre deux doigts accusateur. L'animal gigotait, l'air de posséder une forme olympique, ce qui contrastait à l'air visiblement contrarié et maussade de l'homme.

    « Le chat, voilà Féa. »

    Présentations effectuées.
    Yui me le fourra dans les mains, avec une précision virtuose, ses yeux foudroyant la boule de poils, tandis que j'appuyais mentalement mes questions silencieuses, lesquelles ne recevraient finalement pas de réponse. Visiblement, Valentine estimait que je n'avais pas besoin de posséder d'autres détails quant à son abandon de félin entre mes mains. Félins qui se valaient : le truc devait avoir à peine plus de cinq mois. Petit et excité, il observait autour de la barrière de mes doigts avec une curiosité folle qui détonnait littéralement aux regards de son propriétaire. Je pliais les rotules, venant déposer le petit truc albâtre sur le sol, qui après une étude circonspecte des lieux, frémit, et bondit au dessus de mon pied, s'écartant de nous pour traverser le salon d'une démarche sautillante, sa queue blanche dressée à l'instar d'un fanion qui narguerait tout obstacle. Je le regardait s'éloigner, avant de reposer mes yeux sur Yui.

    « Je ne sais pas élever ce genre de chose. »
    « Je comprends, soufflais-je à mi-voix, c'est abominable, comme créature. »

    Un regard entendu se posa sur Yui, sans que mon visage n'exprime rien d'autre qu'un professionnalisme neutre.

    « Si un jour il manque un des poissons, c'est un thé au chat que je vais servir. »
    « Vous êtes beaucoup trop effrayant pour être à la tête de ce salon. Vous allez faire fuir les clients. »

    Je souriais, m'abaissant pour ramasser le chat, songeant qu'il faudrait une litière, ainsi que l'assortiment gamelles/croquettes. Soulevant le minuscule félin, je lui trouvais des airs de ressemblances avec … avec Joshua. Chat blanc. Frêle. Minuscule. Je relevais les yeux vers Yui Valentine, pour le questionner, quand celui-ci m'offrit la réponse attendue.

    « Vous direz à votre ami Mitsumasa, qu'il a des idées toujours aussi ... Fantasmagoriques. »

    Un sourire aux allures d'abandon de la raison me fit contempler le chaton. Naturellement, hein, Chess ? Il fallait que tu offres des chats à monsieur Valentine. Monsieur Valentine que je surnommerai bien « Monsieur Bulle », pour le faire réagir, mais tandis qu'il accrochait son manteau aux crochets, son air bougon me fit sourire d'un air tendre. Il passa une main sur son visage, dans cette mimique exaspérée que j'avais appris à lui trouver familière, avant qu'il ne repose les yeux vers ici, dans une tirade soupirée.

    «  Ce salon va finir en une véritable animalerie. »

    La rhétorique du chaton m'arracha un sourire terriblement moqueur, mais Yui Valentine ne regardait plus par là. Je l'observais se diriger vers le journal, avant de me concentrer sur la serpillère. Le chaton, ayant trouvé place sur un pouf, s'y était dressé, comme une sentinelle, et fixait, les prunelles ouvertes sur un amas d'univers, contemplant le balai-serpillère. J'eus un sourire, calant le balai contre ma jambe, relevant les mains pour attacher mes mèches entre elles, dans un chignon lâche qui vint retomber contre ma nuque. Yui dit alors quelque chose, et je relevais les yeux, mais il ne s'adressait pas à moi, un sourire accroché sur ses lèvres, tandis que ses yeux lecteurs avaient abordés une nuance pensive.

    « Naoko n'est pas encore arrivée ? »

    J'avais élevé la voix, ignorant si Yui écoutait ou non, tandis que je faisait glisser la serpillière contre le sol, élevant des bulles de savon, et une mousse blanche. Le chaton s'aplatit de tout son long sur le pouf, les oreilles plaquées à l'arrière du crâne, tandis que je passais d'un bout de la pièce à l'autre. Le service ne commençait officiellement que dans une heure trente, mais je m'étonnais de ne pas voir Naoko présente. Association d'idée.

    « Le service de thé que vous avez commandé à prévenu qu'ils passeraient déposer la livraison aujourd'hui, dans la matinée. »

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MessageSujet: Re: Croquemitaine du Silence   Dim 22 Mar 2015 - 13:42

Naoko n’est elle pas encore arrivée ? Le bruit de verre qui éclate ensuite fait sursauter le chat qui s’aplatit sur le pouf et Yui pose le regard sur Féa. Un regard qui en dit long, en même temps que ses épaules s’affaissent imperceptiblement. Il n’aura pas besoin de répondre à cette question.

-… J’attendais cet ensemble depuis une semaine
, a-t-il murmuré en fermant les yeux, en commentant, Vous la formerez, n’est ce pas.

Valentine s’est alors renfrogné est a poursuivi son observation de l’article du journal en se coupant du reste du monde. Au final, ce n’était pas tant un service cassé qui le préoccupe.

-Féa, lève-t-il la voix d’un ton sombre sans pouvoir préférer se taire, Saito est mort.

Il a refermé le journal.
Des jours passent.




Rendez-vous
dans dix ans




Il est inscrit: 'Salon fermé aujourd’hui',  sur une pancarte collée à l’entrée. C’est un jour qui a été convenu et accordé à tous les employés de la maison. Dans la cour intérieure pourtant, un filament de fumée s’élève accompagné d’un crissement régulier des poils d’un balai frotté contre le parquet du sol. Eloquence, ce nom de chat qui ne ressemble pas à un nom a eu la brillante idée de renverser les pots de plantes posés là en attendant l’été, sur cette terrasse aménagée pour les éventuels fumeurs… comme lui. Le coupable des pots éparpillés de leur contenant se contentera d’aller fièrement gambader plus loin se retenant de jouer entre les pattes de son propriétaire qui pourrait très avoir envie de lui flanquer un coup de balai. Mais Valentine est occupé à penser ailleurs ce matin là.

…Qu’est ce qu’un croquemitaine du silence ?

Le saura-t-il non seulement un jour. Depuis, l’enseigne a changé il ne compte plus le nombre de fois, tout comme le nombre de clients qui a fini par se régulariser pour commencer à rentabiliser son activité. L’ouverture du salon, c’était il y a tout juste un an. Être payé une fortune à l’académie en tant que psychologue lui aura permis de passer la transition sans avoir à revendre trop de biens. Écrasant sa cigarette sur le cendrier, Yui est allé attraper le félin pour se défiler du temps sur ses fins hivernales et se laisser bouillir …un café. Alors que bulle la machine, son regard se pose sur le 2024 du calendrier accroché à côté du comptoir, où il y relit les annotations de ses employés répartis au hasard sur les mois de cette année là. Lors d’un évènement en équipe qu’il avait organisé l’an dernier, c’était une des questions qui avait fait partie du jeu entre les activités visant à créer une cohésion entre les membres ; Tout ce que vous aurez fait dans dix ans, mais surtout, ne signez pas. Des post-it étaient venus colorer la frise du temps future ; les anciens étaient restés collés et de nouveaux étaient venus orner les cases. Certains s’étaient même amusés à mettre à jour le calendrier en rajoutant d’autres vœux, d’autres aspirations, et toutes sortes de prévision au fil du temps. Puis un jour, les clients s’étaient également mêlés au jeu, déposant là leurs souhaits à l’entrée ou à la sortie de leur passage dans le salon. Certains signés, d’autres anonymes. En somme, c’était beau de vouloir matérialiser le temps en l’espace de quelques mots sur un post-it. Aux yeux du gérant, il était parfait, ce calendrier.

Valentine s’est versé un café puis a attrapé un stylo trainant là pour griffonner sur un post-it. Il a observé un instant sa propre inscription puis l’a finalement rayé pour quand même le coller vers le mois de mars 2024. Sans doute parce que si, il y a un ou deux ans il s’y voyait réellement, Yui Valentine avait finalement changé d’avis, déjà sur l’optique d’un renouveau. Car ce renouveau qu’il poursuivait en frôlant la ville de Keimoo était désormais devenu sien ; il lui en avait fallu, du temps, pour le réaliser.

Et il était temps, de le rechercher ailleurs.

Directeur de l’académie Keimoo





-END-



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