₪ Académie Keimoo ₪

The Future is like a puzzle with missing pieces: difficult to read, and never, never what you think.
 
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 From the Inside [Emmanuel]

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Naoko Tanaka
▼ Université - 2ème année - Vice Présidente Cuisine
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MessageSujet: From the Inside [Emmanuel]   Mer 9 Juil 2014 - 0:28

Take everything from the Inside
And throw it all away.



La vie suivait son cours.

Pas spécialement paisible, mais une certaine routine s’était installée. Les blagues parfois –toujours- de mauvais gout de mes camarades n’avaient pas cessé, bien qu’elles stagnaient en intensité.
Les rumeurs, à la base de ces évènements, continuaient de circuler, comme doté d’une vivacité qui leur était propre. Elles semblaient lutter pour continuer d’exister, et pour cela, elles se renouvelaient, se nourrissant ci et là des apports qui leur étaient présentés. Apports pour la plupart faux, faisant d’elles des rumeurs construites sur d’autres rumeurs, sur des spéculations, sur des fantasmes. Le simple fait de s’y intéresser, de relayer le sujet apportait à chaque fois de nouvelles pierre à l’édifice. Si bien qu’à la place d’un petit tas de cailloux se trouvaient maintenant une gigantesque muraille.

Fort heureusement, celle-ci restait bancale. L’incohérence est un très mauvais ciment, et les pierres ne semblaient pas s’ajuster les unes aux autres. Enfin. Heureusement seulement pour moi, car cela ne constituait qu’une faible consolation. En effet, la masse grouillante constituée d’étudiants semblait n’en avoir que faire. Tant qu’elle avait sous la dent quelque chose de croustillant à déguster, elle se fichait bien de savoir si il s’agissait d’une chips ou d’un criquet.

Ma vie suivait son cours.

Mais au lieu de voguer au fil des flots, j’avais plus l’impression de me faire emporter. De me laisser emporter. Bien que j’aie la capacité d’accepter beaucoup de chose, par fatalité, je sentais néanmoins approché le point de non-retour.
Les sentiments négatifs que j’arrivais à refouler au début prenaient de plus en plus de place, et il n’était plus qu’une question de temps avant qu’ils finissent par déborder. Je ne le savais que trop bien.

A vrai dire, s’il n’y avait eu que ça, j’aurais pu supporter. Mais l’accumulation de plusieurs facteurs faisait que j’avais l’impression de peu à peu perdre pied.
Jusqu’ici, dans ma vie, j’avais toujours eu le soutien sans faille de ma famille. Actuellement, personne n’était au courant des aléas de ma vie lycéenne. Et je tenais à garder ça loin des oreilles de ma mère. Elle n’était pas en état psychologique pour soutenir qui que ce soit, pas même elle. Quand à mon père et ma sœur, ils étaient bien trop loin pour avoir la chance de remarquer quoi que ce soit.
Et comme si ça ne suffisait pas, ma condition physique n’était pas à son apogée, et je ne pouvais pas me reposer sur mes capacités habituelles. Je n’avais aucune garantie que si, à cet instant même, je me mettais à courir, la reconstruction de ma fracture tibia-péroné n’allait pas voler en éclat.

Autant dire que j’avais l’impression de ne rien maitriser, et de ne pouvoir rien faire pour retenir les reines avant qu’elle ne m’échappe. Et c’était absolument frustrant.
J’en étais venu à me méfier de tout et de tout le monde. Encore plus qu’avant. Les gens représentaient maintenant la source même du danger, et plus seulement leur présence. Et j’essayais de réprimer ce sentiment de colère et de haine à chaque nouvelle péripétie. Je savais que ça ne me mènerait à rien. Que le phénomène est parti d’une « bonne intention ». Que le gars, dont je ne connaissais toujours pas le nom -et que je ne souhaitais pas connaitre-  souhaitait seulement venger un de ses amis, en croyant, à tort, que je lui avais fait du mal. Malheureusement, tout avait pris une trop grande ampleur. Mais je ne pouvais pas m’autoriser à haïr pour autant. Rentrer dans ce genre de cercle vicieux est toujours mauvais et n’amène rien de bon.

Le souci était que, même si j’en avais conscience, je commençais à sentir les signes de la présence de ces émotions indésirables, malgré moi. Il m’était impossible de les supprimer. Alors, tout au fond de moi, à chaque fois, je croisais les doigts pour ne pas craquer. Pour qu’ils résident dans l’ombre encore un peu plus. Ne dit-on pas que les rumeurs durent 75 jours ? Il fallait qu’ils se tiennent tranquilles jusque-là, jusqu’à ce que tout s’apaise seul.

~~~


En cette matinée d’été, le soleil brillait déjà haut dans un ciel sans nuage. La chaleur était au rendez-vous, mais savait se faire discrète. Le temps était agréable, si bien que j’aurais espéré qu’il en soit de même pour le reste de la journée. J’avais, comme tous les matins, emprunté un détour de l’appartement au lycée, avec beaucoup d’avance. Il fallait prévoir la lenteur de mes déplacements. En béquilles, tout paraissait prendre des heures. Mais je supportais. Juste parce que je savais que je ne les utiliserais pas dans la journée.

Dès que j’en avais eu l’occasion, je les avais mises de côté à chaque fois que j’allais au lycée. Pour tenter d’attirer un peu moins l’attention. Même si je me doutais que ma démarche de boiteuse le faisait quand même.

Je n’avais jamais été une personne particulièrement matinale. Disons que, même si j’arrivais à me lever tôt, voir, très tôt, il me fallait toujours un certain temps avant d’avoir pleine possessions de mes capacité. Et contre toute attente, cette balade matinale me permettait de mettre mes idées au clair, et d’émerger à mon rythme, profitant du calme des petites ruelles de Keimoo.

Ce n’est que lorsque j’arrivais aux abords du lycée qui tout me revenait en pleine face, chaque matin. Aujourd’hui ne fit pas exception à la règle. Je pris mes béquilles sous le bras et avançais jusqu’à la vie scolaire, tête baissées, épaules tombante. Je crois que si je pouvais me recroqueviller pour devenir invisible, je le ferais volontiers. Après avoir confié mes cannes à un surveillant, comme à mon habitude, je me dirigeais vers l’arrière du lycée, et, pendant quelques instants avant le début des cours, je profitais de la sérénité d’une pause dans l’herbe. Peu de gens passait par là, surtout aussi tôt.

Je soufflai, me préparant mentalement pour les événements à suivre.  J’avais le terrible pressentiment que quelque chose de mauvais allait se passer aujourd’hui.

~~~


Le gout du sang me fit reprendre le sens des réalités. J’étais allongée par terre, sur le flanc. L’intérieur de ma joue me brulait. Ma jambe me lançait. Et je pouvais affirmer avec certitude que j’avais reçu un coup dans les côtes, surement la raison de ma chute.
Le sang au niveau de mes tempes battait presque aussi vite que mon cœur dans ma poitrine. Je ne connaissais que trop bien ces sensations. "L’apre-drenaline", comme je l’avais surnommé. Un état dans lequel je me trouvais, à chaque fois après m’être battue. Symptômes : Je n’ai que de vague souvenir, mon esprit switch sur off lorsque j’en viens aux mains. Et quand je redescends sur terre, disons que la chute est… dure.

Mes membres sont engourdis. Je ne sais pas si j’ai perdu connaissance ou si je suis simplement redescendu. Autour de moi gisaient deux garçons, ne semblant pas vouloir en demander plus.
Ou était le troisième ? J’étais presque sûre que c’était lui qui m’avait mise à terre, bien que je ne puisse pas le certifier.  Je tentai difficilement de me redresser en m’appuyant sur mes bras. Le sol est un endroit dangereux où l’on peut facilement se retrouver en position de faiblesse.

Je commençai à reprendre petit à petit mes esprits, et à réaliser les conséquences de mes actes. C’était mauvais. Très très mauvais. J’allais le payer cher. Le regret s’insinua insidieusement dans les recoins de mes pensées, mais je décidai de penser à ça lorsque je serais en lieu sûr.
Prenant appui sur ma jambe valide je tentai alors de me relever, lorsque que je senti un coup au niveau du bas de mon dos, qui me fis m’étaler en avant. Le troisième luron, il ne m’avait pas manqué.

M’apprêtant à me relancer dans la bataille -je n’étais plus à ça près, maintenant-, un détail me fit cependant reculer. Les rayons du soleil vinrent refléter sur un objet qu’il tenait dans sa main, que j’identifiai facilement comme une paire de ciseaux, toute lame dehors. Il la brandissait non pas de manière à couper avec, mais plutôt à planter. Et c’était très mauvais signe. Même si je supposais qu’il s’agissait là surtout d’un moyen d’intimidation, la prudence était de mise. Un mauvais coup est si vite arrivé.

M’étant relevée, je positionnais mes mains devant moi pour tenter de calmer le jeu, montrant que je n’étais ni en position d’attaque, ni de défense. Je prenais le soin de reculer pas à pas, très lentement, dans l’espoir  de me voir offrir une ouverture qui me permettrait de prendre la fuite.
Car oui, là, la donne avait changé et je n’avais plus l’intention de me battre. Le risque était trop important et je savais qu’il fallait parfois battre en retraite. Malheureusement, l’environnement ne semblait pas être de mon côté -franchement, qu’est ce qui était de mon côté en ce moment, je vous le demande ?-, et je fini assez vite par me heurter à un mur.

C’était mauvais. Très très mauvais.

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MessageSujet: Re: From the Inside [Emmanuel]   Mar 29 Juil 2014 - 18:52

    Les doigts enfoncés dans le thorax d'une demoiselle aux seins opulents, tu devines sous tes paumes les vibrations du trocart. Les ongles protégés par le port de ces gants en latex, tu fais de tes mains ces tâches vertes au milieu des chairs rougies par une vie emportée. Elle a été tuée par une méningite bactérienne, alors qu'elle se battait contre un cancer du sein. Les mains dans sa poitrine, tu défies doucement les pudeurs d'une jeune femme qui a trop longtemps souffert de sa condition féminine. Encore une fois, pense-tu. Encore une fois, c'est une femme. Tes lèvres, sous le masque de papier, masque de protection trop dérisoire, s'étirent en ce sourire doux, tendre, qui t'es si personnel, Emmanuel. Cesseras-tu un jour d'aimer les mortes ? Nous le savons tous les deux, et la réponse effleure le silence de l'instant. Tu relèves doucement tes yeux, pour rencontrer l'impact entre tes yeux et les disques bleues de prunelles abaissées. Silence dans le constat, Zakuro ne te regarde pas. Les cheveux rejetés en arrière, il s'est penché au dessus du corps, bien trop grand pour celui qui est couché sous ses yeux. Il n'y a pas ce trouble auquel tu t'étais attendu quand ton père a dit « oui », et qu'il est devenu employé de cet endroit aux odeurs de mort. Il n'y a pas d'effroi, pas même de gêne. Juste un regard trop bleu, trop calme pour que cela te satisfasse. Il y a, dans la perception de Zakuro, quelque chose qui pourrait presque te mettre mal à l'aise. Une sorte de bien-être un peu trop naturel face à la mort. Tu connais ses préceptes de rônin, tu connais son éducation violente, mais cela t'effraies peut-être un peu. Il ne semble pas affecté. C'est dérangeant. Mais tu ne peux rien dire. Il n'y a rien à dire. Alors tu caresses, dans un jeu de phalange aux pesanteurs trop lourdes, les côtes arrondies de celle qui se fait spectacle pour cette fois-ci, avant de rejoindre, comme toutes celles d'avant, le cercueil dans lequel elle ira pourrir. Avec élégance, bien sûr ; puisque tu l'auras préparée avant.

    -...-

    La serpillière vient s'écraser sur le sol, en éclaboussant de produit et d'eau une surface brunie par les fluides tombés par terre. Zakuro se penche, et de ses doigts protégés par le latex vert, il ramasse un objet filiforme, sombre, dont tu ne veux pas connaître la nature.

    « Dans la poubelle. »

    Tu sais seulement que ça n'est pas important, et sur un sourire léger, le masque ôté, il se dirige d'un pas tranquille vers le coin de la pièce, dans lequel, après avoir appuyé de la semelle sur la pédale en plastique de la poubelle, il lâche le morceau organique, qui s'écrase en un petit bruit mou contre le sac poubelle. Sans un mot, tu le fixes de dos, ce géant brun qui enlève avec délicatesse ses gants, pendant que tes poignets s'activent à ces mouvements circulatoires de la serpillière sur le sol tâché. Tu a presque envie de lui balancer une insulte cinglante pour son calme et son sourire, car peut-être bien que finalement, tu n'apprécies pas le fait de ne plus être le seul à te sentir trop à l'aise dans cet endroit.

    « Je te laisse nettoyer le reste, Zakuro. Quand tu as terminé, attends moi dehors, je viendrais fermer le local. »

    Il pose ses yeux trop bleus sur toi, et a ce sourire calme, poli et posé des hommes qui utilisent trop bien les conventions. Pendant un instant, tu ne l'aimes plus, et tu décides qu'il sera le prochain que tu mettras dans un cercueil. Sous ton œil, le plis d'une ride apparaît, et tu recules, sans un mot, alors qu'il retire la blouse des soins, et commence à ranger le matériel. Et puis, tu te remets à l'apprécier. Comme ça, pour rien, parce que.

    -...-


    La blouse blanche te sied bien. Un peu trop pour que, dans ton choix d'élégance morbide et décalée, tu te résignes à l'enlever. Tu as besoin de passer par la cour de l'Académie, et tant pis si certains sont choqués par ces traces brunes sur le blanc trop blanc de ton vêtement médico-legiste. La taille est fine, serrée, et fait ressortir tes hanches trop marquées, de ton bassin trop rond. Tes lèvres nues, pour une fois, ont presque les parures sombres de ces filles noyées. Et les lunettes sur le nez, tu te fais mannequin qui marche au travers des ombres projetées d'une journée un peu trop ensoleillée pour ta peau. Emmanuel, Emmanuel, est-ce que tu aimerais que l'on te regarde plus ?

    Tu décides de passer par l'arrière des bâtiment B et C, afin de raccourcir ton chemin. Tu décides, et c'est ce choix qui te fait précipiter dans cette situation qui ne t'appartient pas. Trois garçons, un seul vraiment debout, face à une fille qui doit faire le même poids que toi.
    Alors, évidement, tu fais le choix d'avancer.

    Mouvements silencieux, dans un déplacement létal, pour une pensée quasi catatonique, tu sors, sans vraiment penser à autre chose qu'à l'intidimitation, ce scalpel qui ne te quitte pas. Tu le sors, et il caresse ta peau comme le doigt d'un amant. Il sort, arme qui tranche, arme qui sait où découper, sans un éclat, sans un bruit de lumière, pour venir affronter le ciseau mal tenu. Et tu viens te mettre près d'eau, sans même vraiment te positionner devant la fille. Car tu ne sais pas vraiment attaquer, tu ne sais pas comment défendre. Tu sais juste qu'il y a ce ciseau dans la main de l'autre, et ce sourire très léger, très doux, sur ta face. Le scalpel, à moitié relevé, est un oiseau presque fragile dans ta main, et tes yeux sont devenus les cibles moqueuses, à en crever les espoirs. Tes lèvres, doucement, tendrement, viennent moduler un seul mot.

    « Bonjour. »

    Il hésite. Son visage a viré au blanc face à ce blanc de ton vêtement. Blanc sali, blanc souillé, blanc qui capture le regard, et qui s'associe à cet objet de métal, cette arme médicale. Il recule, d'un pas, le reprend, hésite, est troublé. Ton doigts caresse le manche poli de l'instrument, et il jette un coup d'oeil à la fille. Elle est abimée, pas assez selon lui, mais c'est peut-être suffisant pour ce coup-là. Il crache un mot vers toi, que tu n'écoutes pas vraiment, embullé que tu es dans ton ambiance de douceur taciturne. Un peu plus, et tu lui découperais peut-être une clavicule. Le chuintement sous tes doigts serait presque déjà perceptible. Il recule, et soudain s'éloigne. Le ciseau cesse de scintiller. Le scalpel effleure ta hanche. Tu es déçu, un peu. Mais tu répètes.

    « Bonjour. »

    Sauf que cette fois-ci, c'est à la fille que ça s'adresse.
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Naoko Tanaka
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MessageSujet: Re: From the Inside [Emmanuel]   Lun 12 Jan 2015 - 0:49

A une allure presque surnaturelle, les informations défilent par synapses alors que la situation semble désespérée. Souffle. Analyse. Calme. La précipitation ne mène jamais à rien. Qu’importe l’issue, qu’importe la décision, celle-ci sera la meilleure. Je constate mes failles, considère la surprise, l’environnement, nos positions. Sa faiblesse au niveau des côtes, sa respiration saccadée. Le tremblement de sa main, sa mâchoire serrée, ses pupilles vacillantes. Il a la supériorité d’attaque, et moi celle du contrôle.

Tout en gardant mes iris fixés dans les siens, je scanne mes alentours, cherchant une stratégie de repli dans ma vision périphérique. Rapidité et agilité ne sont pas de mon côté aujourd’hui, je dois donc trouver un moyen de me mettre à l’abri dans un périmètre relativement proche. La présence d’autres élèves devrait suffire. Si tant est qu’il y en ait dans les parages.

L’autre option qui s’offre à moi est l’attaque frontale, plutôt risquée vu mon état. Mais avec habilité, il doit être possible de le désarmer et reprendre le dessus. Viser les points faibles, efficacité, fulgurance. Avec les forces qu’il me reste, la possibilité me semble accessible. Je fronce les sourcils. L’impulsion est primordiale, décisive.

« - D’où tu me regardes comme ça ! Tu feras moins la maligne quand je t’aurais plantée ! »

Hargne et haine, la raison est emportée par le flot de ses émotions. Je teste ma jambe, croise les doigts pour qu’elles me soutiennent encore un peu. Les poings serrés, les ongles plantés dans mes paumes, muscles fléchis.
Et puis, blêmissement, devant moi, il semble se décontenancer, se décomposer. Son attention a été accrochée ailleurs.

« - Bonjour. »

Une voix douce et rauque à la fois, dont on ne saurait vraiment attribuer une identité. Toujours sur mes gardes, je jette un œil sur le côté, pour constater l’apparition presque surnaturelle d’une personne. Une femme aux traits fins dont le regard perçant se repose derrière une lourde paire de lunettes. Un sourire serein dégageant une froideur presque terrifiante. Une blouse maculée de je-ne-sais-quoi. Et un scalpel. Ok.
Pris au dépourvu, mon camarade de «jeu » ne semble pas vraiment rassuré, et, je ne sais pas vraiment si je dois l’être aussi. Il hésite, sa colère d’auparavant remplacée par une terreur profonde qu’il tente plutôt mal de refouler. Il crache :

« - Putain t’es qui toi ? »

J’observe l’échange à sens unique en tant qu’outsider. Pas de réponse, juste ce sourire, encore et toujours, et l’agitation lascive et presque ludique de sa lame entre ses doigts. L’autre recule, peste. La différence est trop grande, l’amateurisme de la maitrise de son objet contendant vient de lui être envoyé à la figure sans aucun geste. Et puis, jetant son regard vers moi dans un dernier mouvement :

« - Ca se terminera pas comme ça ! »

Et il fuit. Mes paupières s’abaissent, dirigeant mes globes oculaires vers le sol où gisent toujours ses deux compagnons. Puis, glissant, toujours, mon champ de vision rencontre mes mains, écorchées, tâchées, violacées. Douleurs diverses et diffuses, piquantes. Joue, côtes, dos, jambes. Soupire. Je sens mes forces lentement s’amenuiser, mes muscles se relâcher, mon attention se défocaliser. La tension redescend, et avec elle, la sensation d’alerte et d’urgence, de danger et de crise.

« - Bonjour. »

Je relève la tête brusquement, un peu trop peut-être puisque des vertiges m’assaillent. Je l’ai presque oubliée, dans la confusion du moment, alors qu’au final, c’était grâce à elle que mon assaillant avait pris la fuite. Mais, est-ce que je dois me réjouir pour autant ? Non, il vaut mieux rester prudente tant que je ne connais pas ses intentions. Car même si elle m’a sauvé la mise, rien ne m’assure que je ne me suis pas débarrassée d’une plaie pour en récolter une autre, encore plus dangereuse. Oui. Prudence, on ne relâche pas l’attention.
J’inspire, prenant appui sur le mur d’une main et me tourne vers elle.

« - Ah, bonjour. »

Ma voix ne porte pas très fort, comme d’habitude, mais j’ai tenté tant bien que mal de faire en sorte qu’elle soit assurée. Malgré le manque d’assurance intérieur présent. Pour de vrai, cette fille ne me rassure pas du tout. Et malgré moi, je me prends à lorgner sur ces traces indéfinissable sur le blanc immaculé de sa blouse. Le vague souvenir d’une poche en plastique et d’un corps de rat me revient alors en mémoire, similitudes des teintes maronnâtres et âcres. Je préfère refouler cela dans un coin de ma tête pour le moment. Je reprends doucement la parole.

« - Et au fait, merci. Pour… Enfin… Voilà quoi… »

Remerciement à demi-mot pour un acte peut-être héroïque, peut-être pas. Le fait est que l’autre avait déguerpie et que c’était déjà une bonne chose. Picotements, je tourne la tête. Ma main meurtrie sur le crépie blanc du bâtiment, dalmatien farfelu, violet, rouge, légèrement vert et jaune. Ah, je divague.

De nouveau, j’accorde mon attention à son visage, à ses lunettes, à ses cheveux, plus longs que les miens. Elle est jolie. Mince, pas très grande, un gabarit similaire au mien. Seulement, cette aisance, cette assurance qui me font défaut font qu’elle est plus facilement remarquable que moi. Sa blouse aussi, peut-être, mais pas seulement.

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MessageSujet: Re: From the Inside [Emmanuel]   Lun 6 Juil 2015 - 20:28

    « - Ah, bonjour. »

    Il y a dans son intonation une surprise qui provoque la tienne, effleurant tes lèvres comme une saveur rare. Tu n'as que très rarement eu l'occasion de parler à des femmes vivantes au corps aussi abîmé, en particulier lorsque tu portes cette blouse. Ce vêtement qui s'étend de tes épaules à tes mollet, drapant ta silhouette en une esquisse moqueuse de cette égérie de shinigami que tu te crois représenter, Emmanuel, tu te fais en cet instant le plus inaudible murmure d'un soupçon à l'égard de ta propre rumeur. Peut-être. Pour le coup, tu te dis que ressembler à un super-héros te donne des envies plus viriles que tu n'aurais jamais pu espérer posséder en sortant et en t'éloignant de Fea. Naturellement, c'est un sourire sardonique qui vient s'étirer sur tes lèvres, représentation idéale d'une moquerie qui s'assouvit contre toi. Ne mérites-tu pas de rire de toi-même, Emmanuel ? La surprise s'évapore doucement, comme un gaz ethéré dont tu as inhalé la fragrance, et qui, désormais subtilisé de son essence, disparaît au travers de l'air ambiant. Comme un fantôme de fumée. Tes mèches brunes

    « - Et au fait, merci. Pour… Enfin… Voilà quoi… »

    Ton sourire s'agrandit, dangereusement, dans une volonté, pendant un instant, d'imiter le rictus trop hilare de ce garçon que Zakuro a l'habitude d'amener parfois à la morgue. Mais dans le glissement de tes lèvres, ta politesse et ton calme prudent reprenne le pas, et au dernier instant, c'est un sourire appréciateur qui se fige tranquillement sur ta bouche. Le scalpel, animal devenu plus docile, tournoie entre tes doigts, rangeant sa lame dans un claquement métallique qui vient chuinter contre ta peau, tandis que tu rabas son tranchant contre ton poignet, pour sécuriser ta prise.

    « Il n'y a pas de quoi. »

    Tu pourrais, avec subtilité, lui demander si elle tient à ce que tu te débarrasses des deux de ces deux-là, tes yeux balayant les carcasses malmenées d'adolescents s'étant considérés trop bovarystes pour leur propre appréciation. Ta langue soulève la courbe de ta lèvre inférieure, en un autre sourire, plus pointu, plus personnel, se placarde à grand coup d'amusement sur ton visage.

    « Tu t'es bien débrouillée. »


    Puis, doucement, ta conscience miséricordieuse s'accorde à lui jeter un regard dénué de sourire. Cette fois, Emmanuel, tu t'approches d'elle, en rejettant en arrière des cheveux qui pourraient te gêner ; geste semi automatique d'un réflexe professionnel, et tu la touches des yeux.

    « Tu as mal quelque part ? Tu es blessée ? »


Dernière édition par Emmanuel Kokei le Ven 25 Déc 2015 - 21:01, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: From the Inside [Emmanuel]   Mar 7 Juil 2015 - 1:52

Calme froid, rictus contrôlé. Gestes précis et pupilles fixée sur moi. Des frissons me parcourent le dos. Prudence est de mise, je ne lui fais pas confiance. D’autant plus que vu mon état, je suis une proie facile.
Vision brouillée, mes paupières s’abaissent, lourdes. Le gout ferrailleux dans ma bouche me dérange. Je crache salive et sang, m’essuie d’un revers de main. Elle en ressort tâchée.
Elle cache sa lame, je reste sur mes gardes. Elle semble maitriser son instrument, et elle n’aurait aucun mal, d’un mouvement rapide, à atteindre tendons ou ligaments. Et là, ç’aurait été la fin. En un sens, je croise les doigts pour qu’elle ne soit pas aussi dérangée que je l’imagine. D’ailleurs, c’est qui ? Une étudiante, sûrement. En biologie, j’espère. Ca expliquerait pas mal de choses et soulèverait pas mal de question si ce n’était pas le cas.

Elle répond à mes remerciements par quelque chose que je ne comprends pas. Que je n’entends pas, couvert par des bourdonnements, des battements dans mes oreilles.
Je suis dans un sale état. Et je ne sais pas comment je vais me sortir de ce pétrin. Je ne sais même pas si j’arriverais à me trainer jusqu’à l’appartement. Sans parler de la réaction de ma mère. Et des conséquences que cet « écart de conduite ». Je me vois déjà expulsée, encore une fois. La déception dans les yeux de ma mère. La fatigue sur le visage de mon père. Et le mépris dans les paroles de ma sœur.

Quelques mots, lointain, et un sourire amusé.

« Tu t'es bien débrouillée. »

Je murmure, désabusée

« Heh, tu parles… »

Je laisse mes yeux se fermer. Je vais à nouveau être le mouton noir de la famille, après leur avoir fait miroiter l’espoir que les choses s’arrangent enfin. Une pointe au cœur, je serre les dents, ce qui relance la plaie de ma joue. Je dois avoir bonne mine, à tenir debout par l’opération du saint esprit, tellement ma jambe me fait mal, abimée de partout. Ils ne m’ont pas raté, à trois contre une, je suis étonnée d’être encore consciente.

Qui sait, j’aurais même peut-être pu y passer. Heureusement que je me suis défendue. C’est vrai, ils espéraient quoi, que je me laisse faire mettre en pièce. Le 3ème gars était prêt à me planter ! Non mais vraiment, j’aimerais bien le respecter, votre règlement. J’aimerais bien me ranger, si on me foutait un peu la paix et qu’on arrêtait de me mettre dans des situations pareilles. Et puis, qui m’a inscrite à dans des clubs de sports de combat quand j’étais plus jeune ? Papa et maman, dans le mile ! Alors qu’ils ne viennent pas se plaindre si j’utilise ce qu’ils m’ont indirectement enseigné, merde !

Je souffle, tremblante. Non, non. Je ne dois pas me laisser emporter dans ce genre de spirale. J’aurais pu m’enfuir. Haha, t’es drôle, comme si ça les aurait arrêtés.  J’aurais pu aller voir un prof ou un surveillant, ça les avait calmés la dernière fois. Et tu vois le résultat, ils sont revenus à la charge, si ça n’avait pas été aujourd’hui, ç’aurait été demain. Comme si me battre allait les dissuader. Ils y réfléchiront à deux fois maintenant. C’est pas une raison, on peut toujours régler les conflits sans violence. Et les guerres, tu crois que ça se règle en s’offrant des fleurs et en se faisant des bisous. C’est pas comparable. Quelques coups n’ont jamais fait de mal à personne.

LA FERME.

J’ouvre les yeux, haletante, épuisée de mon combat intérieur. Juste le temps de la voir m’approcher.

« Tu as mal quelque part ? Tu es blessée ? »

J’ai un mouvement de recul brusque, trébuche et m’étale par terre en arrière. Reprise de conscience de la réalité, je pause une main sur mes yeux pour reprendre mon calme. Il ne faut pas qu’elle m’approche.

« Ça va. Je vais bien. »

Faites qu’elle ne s’approche pas. Parce que là, je ne suis pas sûre que je pourrais me relever.

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MessageSujet: Re: From the Inside [Emmanuel]   Ven 25 Déc 2015 - 20:49

Des oiseaux morts sur le trottoir.

    On a étalé sur sa peau du lait, et son teint a trouvé la correspondance parfaite afin de rivaliser avec les porcelaines de poupées. Tu as cillé, un peu trop, quand son mouvement de recul a marqué, nettement, ce refus de sa part que tu ne t'approches plus. La vexation est légère, mais tout de même, tu ne ressembles pas à ces enfants de porcs que l'on égorge au scalpel. Tes yeux s'humidifient, brièvement, sur une pensée atone, quant à la tristesse éprouvée que de te voir sous-estimé. Ça n'est pas très grave, te murmure-tu, et tu ravales la frustration. Elle va bien, et c'est peut-être le plus important.

    Tu lui imagines des côtes cassées, à la grimace qu'elle effectue, et malgré toi, tu éprouves ce pincement au cœur à l'idée qu'elle n'ait pas la dit la vérité. C'est peut-être là que réside la très grande différence entre ce monde et celui que tu côtoies : Emmanuel, tu le sais autant que moi, les morts ne mentent pas.

    « Très bien. »

    Dans un autre cas, à force d'avoir regardé et mémorisé les codes de cette société, tu aurais tranquillement tendu la main pour l'aider à se relever. Le geste aurait été rapide, suffisant pour que tes doigts évalues sa chaleur, son pouls, et teste la fermeté de sa poigne. En un mot, tu l'aurais rencontré bien plus efficacement si elle t'avait laissé la toucher. Mais les vivants sont trop bruyants, les vivants sont trop mouvementés, et certains d'entre eux, comme eux, se veulent farouches dans cette temporalité qui leur est accordé. Le malaise est instable, et tes lèvres frémissent sur une moue indécise. Tu ne sais plus très bien, et le monde se balise. Boude, Emmanuel, boude, puisque tout enfant que tu es, on ne saurait t'accorder le moindre de tes caprices.

    « Est-ce qu'il y a quelque chose que je puisse faire pour t'aider, sans te toucher ? »

    Comme une statue un peu glacée, tu restes debout, à la regarder, sans oser approcher. La scène te rappelle celle que tout enfant doit vivre un jour : l'observation et la compréhension du fait qu'un animal sauvage trouvé dans la rue puisse ne pas trouver refuge entre les doigts tendus. Lesquels s'avèrent, l'enfant le comprend avec cruauté, plus terrifié qu'aucune autre réalité. Cet instant distendu dans le temps où le gamin accepte finalement l'idée qu'il est un monstre, comme les grandes personnes. La notion de mort et de sadisme s'éveille à cet instant-là, tu l'as souvent cru.
    Tes yeux se plissent.

    « Ou est-ce que, par hasard, tu veux que je t'achève ? »

    Tu te sens triste. Malgré tout, il y a une plaisanterie dans les mots. Qui voudrait bien croire qu'une gamine de ta taille est en mesure de faire du mal à ses congénères. Il serait absurde, bien équivoque, l'esprit en mesure d'imaginer, d'appréhender complètement cela comme une réalité. Tu te crois absurde, pas plus que les autres seulement. Tes doigts se tendent vers elle, sans autre forme d'approche.

    « Réponds. »

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MessageSujet: Re: From the Inside [Emmanuel]   Lun 25 Jan 2016 - 13:03

Elle se stoppe, et malgré moi, un soulagement indicible s'affiche sur mon visage. Je dois garder une distance de sécurité, malgré tout. Seul rempart restant pour m'empêcher d'être à la merci des gens, mon espace personnel que je ne supporterais pas d'être empiété.
Et contre toute attente, elle s'arrête, respectant implicitement ma demande que j'avais auparavant crier sans aucun mot. Mon regard cherche le sien, et sa moue vexée me surprend. Je suis pourtant sûre que ma réaction a quelque chose de naturel. Dans mon état actuel, face à une inconnue qui n'est pas très rassurante, n'importe qui aurait fait un pas en arrière. Peut être pas aussi brusquement, cependant.

Ce court laps de temps me permet de reprendre un peu, juste un peu mon sang-froid, de quitter cet état d'alerte trop bruyant pour que je puisse réfléchir efficacement à la situation. Actuellement, c'est ma jambe qui me fait le plus défaut. Nishiga va sûrement me passer un savon, mais s'il n'y avait que ça... J'abaisse ma main en défense, et vint toucher doucement mes côtes. Je grimace, mais la douleur est superficielle, restant concentrée sur ma peau. Je ne m'en sors qu'avec un gros hématome, rien ne semble cassé apparemment.

Je souffle, et mes deux mains trouvent maintenant le sol. Je n'ai pas la force de me relever. Mes muscles tremblent, épuisés, mis à rude épreuve par les coups reçus et donnés. J'ai envie de m'allonger, m'endormir et ne plus jamais me réveiller, à cet instant. Même si je sais que je ne dois pas traîner ici. Le fuyard est probablement parti se plaindre à un surveillant ou professeur. S'ils me trouvent là, je n'aurais ni le temps, ni l'occasion, ni la force de défendre ma cause.

« Est-ce qu'il y a quelque chose que je puisse faire pour t'aider, sans te toucher ? »

Je relève mes iris, fixant bêtement la fille à la blouse, comme si elle venait de m'annoncer la fin du monde. Incrédule, et surtout, complètement perdue, j'ai du mal à recoller les morceaux de sa personne pour en avoir une image logique et entière. L'individu dangereux, calme et froid d'un instant a laissé place à une personne bienveillante au ton presque naïf. Je cligne des yeux, et il y a dans les siens comme une constatation blessante d'être dans cette position de force par rapport à moi.
Peut être que je me suis trompée sur son compte, et que son jeu de scalpel n'était qu'un coup de bluff bien monté pour me sauver véritablement la mise ? Est-ce que je peux cependant lui faire confiance pour autant ?

Ma tête me dit de me méfier, mais mon corps, lui, dans l'état dans lequel il se trouve, me crie de ne pas rater l'occasion d'une aide, peu importe la nature de celle-ci. Si seulement je pouvais au moins me relever, m'éloigner...

« Je... »

La voix tremblante, hésitante, et le regard baissé de quelqu'un qui s'apprête à laisser sa fierté de côté le temps de sauver sa peau. Mais je n'ai pas le temps de reprendre que je suis coupée.

« Ou est-ce que, par hasard, tu veux que je t'achève ? »

J'écarquille les yeux en même temps que mes sourcils se fronce dans une expression d'incompréhension. Elle est sérieuse ?! A peine je commence à pencher d'un côté que cette fille m'en montre un autre. C'est presque comme être face à deux personnalités au sein d'un même être. Ma raison est en train de me crier qu'elle avait raison de se méfier, et pourtant, mes pupilles fixant son visage semble y déceler autre chose. Je ne sais pas quoi, je ne saurais mettre le mot dessus. Mais ce n'est définitivement pas un visage sadique et sans pitié qui se présente sous mes prunelles. Un mélange de sentiments compliqués, qui me font dire quelque part qu'il y a autre chose derrière ces mots.

« Réponds. »

Le silence que j'avais imposé vient d'être rompu, et pressé par un ton plus dur que précédemment, je prend une inspiration. Tu joue avec le feu, Naoko, tu le sais. Mais je n'ai d'autres choix que de parier, et voir si mes estimations s’avéreront gagnante. Qui sait, parfois, le jeu en vaux la chandelle.

« Je préférerais que tu m'aide à me relever. »

Une demande posée, et l'une de mes mains se tend pour aller trouver la sienne qui s'est approchée de moi. J'attrape sa main, plus forte que je m'y attendais. Prenant appui sur le sol, je me hisse et me rattrape au mur, vacillant sur une jambe, ne pouvant pas m'appuyer sur l'autre tellement la douleur est aiguë.

L'équilibre précaire est retrouvé, et je souffle une nouvelle fois, goûtant par la même occasion le sang dans ma bouche que j'avale difficilement. Et, à demi-mot.

« Merci... Encore. »

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MessageSujet: Re: From the Inside [Emmanuel]   Ven 24 Juin 2016 - 19:55

    Son visage arbore le masque tragique de l'horreur, et tes yeux dilapident ses sens dans un écrasement violent de ton regard furieux. Sur elle, sur son crâne, sur tout ce que tu pourrais récupérer, formidable usine organique qu'elle représente. Tu t'imagines la coucher sur le sol, héler Zakuro, d'une manière ou d'une autre, à venir t'aider pour l'aider à la porter si jamais la rigidité mortuaire s'avérait une complication, et tu imagines la nuance de sa peau, sous le néon électrique qui imbibe le billard d'une atmosphère jaune et artificielle.

    Tu souris un rire qui exhale entre tes lèvres un rire chaud, humide, suintant hors de cette gorge aux tissus trop fragiles, trop palpitants, et tu te dis, sur une seconde envolée, que ce serait fabuleux si tu pouvais offrir à cette fille un corps de métal, pour qu'elle ne pourrisse pas, plus jamais. Tu t'imagines, la découper soigneusement sur le billard, pour garder l'empreinte, pour garder le moule de ce qu'elle représente. Il faudrait commencer par le front, et dégager cette frange qui lui tombe sur les yeux. Décalquer l'épaisseur de son os frontal en une juxtaposition de feuilles d'acier et de rouage que tu lui enfoncerais dans les méninges. Tes lèvres s'étirent. La partie de son torse t'attire. Tu adorerais contempler ses seins. Voir le galbe, considérer comment peuvent pointer ses tétons, et une fois ces informations enregistrées, tu les lui arracherais, pour lui enfoncer des boules ou des cônes métalliques. Tu imagines la peau élastiques qui craque sous la pression, et son buste qui se déchire dans des fentes rouges, grasses. Si ça avait été une femme allaitante, il y aurait peut-être même eu du lait qui aurait jailli.

    Tu te penches brusquement sur elle, saisissant entre tes doigts un morceau de peau située sous ses lèvres. Cette portion infime de derme sur lequel est imprimé une zone minuscule où la mélanine est exacerbée. Tu plisses les yeux.

    « Hm. »

    C'est un grain de beauté, indice fluctuant dans sa probabilité, sur sa face de poupée. Tu imagines lui remplacer les yeux avec des billes en verre. Que ferais-tu de ses poumons ? Après lui avoir arraché les seins, tu aurais découpé la cage thoracique, plongeant tes doigts entre les côtes pour aller griffer, du bout des ongles, la surface charnue du cœur. Tu t'imagines tracer des petits croissants et autres égratignures sur les ventricules à vif, tandis qu'elle te demande de l'aider à se relever. Tes doigts saisissent son poignet. Le sang gouterait le long de tes mains, assurément, avec cette enveloppe transparente, et tu t'imagines balafrer le muscle péctoral de tes phalanges. Tu souris.

    « Je t'en prie. Tu étais ridicule. Comme un chaton mouillé. »

    Tu ulules de rire, doucement, tendrement, et ta main ne la lâche pas. Derrière la vitre de tes lunettes, tes yeux sont arqués en demi-lunes. Des lunes pâles, aussi livides que ta peau, et tu réfléchis, cela dépasse maintenant l'imagination, ce que tu ferais de ses poumons. Peut-être essaierais-tu, tiens, de les remonter le long de la gorge, pour essayer de les sortir par la bouche. Tu n'as jamais essayé, tu ne sais pas si c'est possible. Elle ferait une bonne écorchée. Le genre, silencieuse et belle à souhait, que tu aimerais explorer. Fouiller de fond en comble. Tes prunelles scintillent, et tu approches ton visage d'elle, pour la contempler d'un peu plus près.

    « Tu es sûre ? »

    Elle pourrait accepter, ce serait génial. Cela te permettrait, sciemment, de progresser dans ton art. Pour remonter les poumons, peut-être les découper en bande fine, afin de les faire passer le long de la trachée. Tes doigts sont fermement accrochés à son poignet, désormais. Tu ne la lâcheras plus.

    « Tu imagines ? Avec les bronches, ça ferait comme des grappes de raisin qui te ressortent de la bouche. Tu serais une bacchante fabuleuse, ma chérie. »
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