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The Future is like a puzzle with missing pieces: difficult to read, and never, never what you think.
 
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 One Day I'll Fly Away - PV.

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Cammy Logan
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MessageSujet: One Day I'll Fly Away - PV.    Mer 19 Fév 2014 - 23:08

Spoiler:
 

Un simple bagage cabine, et son petit sac à main fleuri par ses soins, Cammy s'est contentée de peu pour ce voyage au bout du monde. Décidée à la dernière minute, sur un coup  de tête la voilà désormais en train de quitter l'Aéroport CDG par une navette qui l'amène à une station RER. En réalité, la petite rouquine a tout de même pris le temps de faire les démarches pour obtenir un visa de 90 jours, bien qu'elle sache qu'elle ne restera pas aussi longtemps. Juste une question de précaution.
Toutefois, lorsqu'elle avait reçu cette précieuse invitation, elle n'était pas décidée à venir. Mais, comme pour le bal de Noël pour lequel elle n'avait pas eu l'intention de participer, elle avait tout de même pris le temps de se confectionner une robe style années 30. Et bien ici, c'est pareil: elle s'est donné la peine de faire sa demande de visa. Parce que au fond, elle avait bien été tentée par ce voyage.

Le voyage a été très long, presque 20 heures en comptant les escales, et à deux reprises, Cammy a cru qu'elle ne s'en sortirait jamais. Lorsqu'elle avait fait le trajet Australie-Japon quelques années auparavant, elle avait adoré. A présent, les trajets aériens se sont ajoutés à la liste grandissante de ses phobies. Heureusement que le personnel de la compagnie aérienne était adorable. Et alors qu'elle s'était enfin sentie à l'aise, l'avion aterrissait à Roissy. A présent, dehors, c'est l'enfer.

Trouver son chemin pour atteindre la station RER-B, a été pour la demoiselle un vrai parcours du combattant. Obtenir un ticket, une hécatombe. Entrer dans la rame, la fin du monde.
Cammy regrette les transports en commun du Japon, si propres et calmes. Une odeur pestilentielle mélange de renfermé, de sueur et de chaussettes sales règne dans le wagon. Des enfants crient, les parents ne réagissent pas. Une musique rap s'élève dans les airs, son propriétaire doit définitivement être assez fortuné pour s'offrir un smartphone, mais trop fauché pour se permettre un kit piéton. Mais c'est pour mieux se procurer cette cigarette étrange qu'il vient d'allumer qu'il est prêt à un tel sacrifice. La rouquine n'en croit pas ses yeux, elle qui pensait que les Français étaient du genre "romantique". Et malgré la béquille qu'elle tient dans sa main gauche, aucune place assise ne lui est accordée. Quelques regards se posent sur l'objet insolite, puis se baissent vers le sol, sur un journal, sur le shéma des stations au dessus des doubles-portes.

Gare du Nord. La foule, désorganisée, est opulente. Des agents de police sont en mouvement, Cammy s'adresse à eux afin de trouver une sortie, et une connexion Internet. Elle s'arrange avec son français basique, parvient à se faire comprendre sans peine. Les policiers sont sympas, l'un d'eux l'accompagne jusqu'à un MacDonald où le wifi est offert pour toute consommation. La demoiselle se contente d'une Evian et sort son appareil mobile, à l'abri des regards. Accés au réseau réussi malgré le faible débit. Elle ouvre alors son logiciel de messagerie et rédige alors un message:

    From: c.logan@gmail.co.jp
    To: yui.valentine@gmail.co.jp

      Subject: (no title)

      J'ai hésité, mais je suis là. Paris n'est pas comme je l'imaginais, c'est abominable. Trop de monde, trop de bruit, trop sale. Un policier m'a recommandé un petit parc, Boulevard des Invalides, à côté du Musée Rodin, station Varennes. Je vais m'y rendre en taxi, je vous attendrai là-bas disons, pour 2:00 pm.

      Cammy Logan.


Sauf qu'il n'est que 11h. Que va-t-elle faire jusque là ? Elle a bien envie d'aller au Louvre, mais elle n'oublie pas que ce jour est un dimanche, le 5 janvier. Le premier depuis le passage à la nouvelle année. Et il y a du monde. Etrangement, il ne fait pas très froid.
Elle finit sa bouteille d'eau et hèle un taxi. Peu de temps plus tard, la voilà dans le quartier des Invalides. L'endroit est sublime, vaste. De la circulation, mais pas trop de monde. Elle visite, trouve toujours un banc pour se reposer de temps à autre. Elle parle toute seule, souvent, pour travailler la maitrise de son bégaiement. Toute seule, elle bégaie peu. Un couple lui demande de les prendre en photo, elle accepte. Ils sont Japonais et sont heureux de croiser une personne qui pratique leur langue. Lorsqu'ils lui demandent d'où elle vient, elle refuse de parler de Keimoo. Naturellement, elle répond "Adelaide, Australie". Elle tourne court, ne veut pas s'éterniser. Il est 13 heures, elle se rend au parc, une petit livres intitulé "Secrets de Parisiens" en mains. Lieux insolites, bucoliques, méconnus, en hauteur, sous terre... Tant de lieux qui semblent valoir le coup d'oeil. Béquille couchée à même le sol, Cammy patientera une heure la venue de celui qui représente toujours à ses yeux, une énigme. Loin de tous ceux qu'elle connait, dans cette ville inconnue à ses yeux, elle est bien décidée à en savoir plus sur cet homme.

Il faut bien qu'à un moment, ses pensées s'achèvent par autre chose que par un point d'interrogation.

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MessageSujet: Re: One Day I'll Fly Away - PV.    Mar 1 Avr 2014 - 23:31

Face à un homme assis derrière un bureau massif, le silence s’impose. De l’autre côté, se tient Yui, les pieds délibérément posés sur la table, se contentant des plus brèves réponses dans la continuité d’une discussion altérée. Paris, le 5 janvier de l’année 2014, le mobilier a très peu évolué et le temps a omis son empreinte dans cette demeure. Il est dix heures et demi et Valentine se dit qu’en fin de compte il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

- Enlève tes pieds du bureau, Eliott?

Le silence s’accompagne d’un air paisiblement goguenard.

- Éventuellement quand ma présence ici aura une raison. D’ici là, si cette conversation cessait de trainer quand le silence est préférable.

Théo R. Clairval est un habitué au vouvoiement que lui donne son frère comme s’il était un étranger ; il s’est également accoutumé à son indiscipline et à sa singularité depuis qu’ils ont grandi ensemble. Aujourd’hui pourtant, c’est comme si le temps avait davantage étiré cette fraternité inconsistante et nébuleuse. Le temps n’a peut-être pas laissé de trace sur ces lieux mais a creusé un fossé irrattrapable entre ceux qui jadis vivaient sous ce même toit. Pour Théo, son frère est resté dans ce caractère atypique et surtout incompréhensible pour son entourage. Il a toujours tâtonné devant ce double insaisissable, a tenté maintes et maintes fois de percer le mystère de ce dernier et à force de se retrouve face à un mur, il a fini par prendre les devants avec la conviction de devoir agir en ainé. Qu’à cela n’en déplaise, Eliott ne lui en a visiblement jamais tenu compte. Il se demande ce qui d’ailleurs, compte réellement aux yeux de ce dernier, à part sans doute Eliane.

- Toujours aussi enclin à la patience à ce que je vois.
- Allons... s’amuse Valentine, ce n’est pas comme si vous m’aviez connu tous les jours.
- A qui la faute ?  

Un autre silence s’installe et Yui attrape un livre sur le bureau de son frère pour commencer à vaguement le feuilleter.

- La mienne sans doute. Désintérêt total.
- Eliott…

Il n’a pas eu le temps de finir qu’on a frappé à la porte. Une jeune femme au teint laiteux et aux cheveux châtain clairs soigneusement relevés s’est présentée au seuil de la pièce. Théo l’a invité - Prend une chaise Eliane, tandis que Valentine, manifestement surpris, s’est redressé pour s’assoir dans une position plus convenable, les pieds au sol. A cet instant, personne n’aurait pu soupçonner le copié-collé de leur patrimoine génétique.

- Salut Valentine, a souri la nouvelle arrivante.

Les traits de Yui se sont figés un instant avant qu’il lui rende un demi sourire.

- C’est Eliott, a rappelé Théo. Tu t’en souviens ?
- Valentine c’est tout aussi bon, a aussitôt persiflé le concerné.

Un autre silence, puis un acquiescement incertain de la part d’Eliane.
C’est qu’elle a tendance à oublier.


-

Midi est passé depuis peu, Valentine se décide de cesser son errance dans les rues du quatorzième et d’attraper un vol pour Tokyo. Il a alors le réflexe en retard qu’aurait eu n’importe qui à la première seconde de solitude, de sortir son portable pour jeter un coup d’œil à d’éventuels messages –finalement une dizaine de mails concernant l’ouverture de son local à Keimoo- quand il s’arrête un instant sur celui daté d’il y a une heure de Cammy Logan. L’ancien psychologue scolaire a une vague pensée pour elle, sans vraiment définir de quel genre. Elle doit bien se porter. Sans doute.
Mais dans le doute, il jette quand même un œil à son mail. Un besoin d’aide ? Une requête ? Quelques lignes suffisent pour le remettre en question de long en large et en travers. Avec cette nouvelle rafale de préoccupation soudaine, il n’aura presque pas eu le temps de se torturer l’esprit au sujet de ce matin ; au final ce n’est peut-être pas plus mal. En s’extirpant de son cercle familial, il a cette vieille impression que des années passeraient très certainement avant qu’il ne revienne ici. Cette impression de déjà-vu, ce rappel sur cette atmosphère à la fois nécessaire mais qui lui donne la sensation de crever à chaque fois qu’il la respire.


  From: yui.valentine@gmail.co.jp
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       Subject: Re : (no title)

       Vraiment ?

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Subject: (no title)

J'ai hésité, mais je suis là. Paris n'est pas comme je l'imaginais, c'est abominable. Trop de monde, trop de bruit, trop sale. Un policier m'a recommandé un petit parc, Boulevard des Invalides, à côté du Musée Rodin, station Varennes. Je vais m'y rendre en taxi, je vous attendrai là-bas disons, pour 2:00 pm.

       Cammy Logan.


Il a froncé les sourcils. Quatorze heure est passée et il a abandonné l’idée de renvoyer une réponse quelle qu’elle soit. A vrai dire, Cammy Logan le prend de surprise parce que dans la réalité, il n’a pas vraiment pensé à une réponse à ce message qu’il lui avait adressé l’an dernier. Il s’était contenté de faire comme quand il posait une question qui, ni n’attendait ni n’imposait de réponse. Puis les jours étaient passés et il avait rangé cette idée de côté, occupé à clôturer ses affaires. A présent, il se retrouvé pris de court au beau milieu du passage piéton, sans savoir quelle direction choisir. Il avait opté pour le tout et le rien, et en s’appropriant également le hasard, ce dernier s’était occupé de tout. Pour autant, l’idée même qu’une étudiante se soit déplacée pour venir le voir à Paris relevait d’un ahurissement digne de ses années adolescentes. De l’autre côté du passage, un simple coup d’œil suffit pour la reconnaitre. Assise sur un banc, dans sa sérénité habituelle si ce n’est qu’une façade.

-… Qu’imaginiez-vous ?


Une salutation, un bref hochement de la tête traitre de ses habitudes de l’autre côté du monde et ça a commencé comme ça.
14H03.

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MessageSujet: Re: One Day I'll Fly Away - PV.    Jeu 17 Juil 2014 - 18:17

Pendant l’heure d’attente, Cammy a tout de même relevé le nez de son bouquin. A quoi bon tenter de profiter de Paris, si c’est pour se perdre dans la théorie, de ce qu’elle imaginait avant de découvrir la ville censée être « la plus romantique du globe » ? Quelques pas et elle découvre le nom du bel endroit dont elle foule le chemin : Square d’Ajaccio. Un groupe de touristes passe, ainsi elle en profite pour en savoir un peu plus sur l’histoire du lieu. A priori, ça semble plus joli en été. Logique en réalité. Trois statues décorent le lieu, mais elle ne désire pas s’en approcher plus. Pas tout de suite. Elle se connait et ne supporterait pas d’être interrompue durant l’observation de l’une d’elles. Le square forme un duo avec un autre, le Square de Santiago du Chili. A eux deux, ils encadrent l’Hôtel des Invalides.

C’est alors qu’elle la voit. Comment Cammy a pu ne pas la remarquer plus tôt alors qu’elle en est si près ? Cette Grande Dame, érigée à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1889, célébrant ainsi à l’époque, le centenaire de la Révolution Française ? La petite Australienne ne réalise pas tout à fait qu’il s’agit d’elle, d’ailleurs, elle ne réalise pas vraiment qu’elle se trouve réellement à Paris. Même si elle n’en voit que la partie supérieure, elle doit se rendre à l’évidence que ce superbe monument n’est pas vraiment tout près, et qu’elle n’aura peut-être pas l’occasion de la revoir. La rouquine expire l’allégresse puis sent une faiblesse dans le bras. Elle est restée trop longtemps debout, appuyée sur sa béquille. Lentement, elle s’en retourne, le sourire aux lèvres vers un autre banc que celui initial, histoire de garder la Tour Eiffel à portée de vue.

Quelques instants plus tard, et la voilà replongée le nez dans son livre, histoire de voir s’il existe d’autres lieux bucoliques aussi sympas que celui où elle se trouve. Une brise fraiche lui fait remonter le col de son manteau chocolat. Elle regarde sa montre à gousset de style "shabby" : il est 13h40. Vraiment ? Cette montre, au petit boitier, qui lui a été offerte par son père au Noël précédent a une particularité : elle ne fonctionne pas sur pile, mais doit être remontée. Aurait-elle oublié ? La demoiselle n’a pas vraiment l’habitude de ce mode ancien. Elle observe la trotteuse, à l’arrêt, puis pousse un soupir. Une ombre surgit alors, masquant définitivement la lisibilité de l’objet.

- … Qu’imaginiez-vous ?

14 heures passées. Cammy lève lentement la tête. Elle n’a plus la Tour Eiffel en visu, mais une silhouette en contre-jour. Ça lui semble étrange de se retrouver à l’autre bout du monde, dans une ville totalement inconnue en dépit de sa popularité mondiale, avec un homme dont elle ignore quasiment tout, chose d’ailleurs contraire à ses principes. Pourquoi lui fait-elle confiance, au point d’aller si loin pour le retrouver ? Elle lui sourit, en réponse à son bonjour. Les mots, les signes conventionnels de courtoisie et de politesse se résument en peu de choses en cet instant. Et de la même façon que Yui l’ait abordée, elle répond simplement.

- Du charme.

Une réponse simple s’inspirant de la vision du mirage apparu comme par enchantement. Elle ne l’avait pas entendu arriver. Elle souhaite se lever, mais décide qu’il est encore trop tôt. LA dernière fois qu’ils se sont vus remonte avant le séisme. Valentine a l’air d’aller bien. Comment a-t-il vécu l’évènement ? Etait-il à Keimoo à ce moment ? Il est également trop tôt pour les questions. Elle lui désigne du regard l’emplacement sur le banc, à sa gauche.

- Je vous en prie, asseyez-vous.

Histoire de profiter encore un peu de la vue.

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MessageSujet: Re: One Day I'll Fly Away - PV.    Mar 5 Aoû 2014 - 23:29

Qu’avait-il fait pour rater cet instant qui relie le pourquoi du comment ? Elle était là, une simple valise, une béquille. Un livre, puis un sourire.
Ce sont des détails qui envahissent très rapidement le regard d’un ancien psychologue. Il la suit des yeux, de cette expression décontractée pourtant à la fois inquisitrice, impassibilité qui tient encore tête à un ahurissement qui le fait se raccrocher aux moindres détails présents. Minute, mi-nute Valentine.

Il s’est assis.

- Du charme…, répète-t-il songeur, se mettant à y réfléchir. Du charme. Hm.

Des pensées qui s’agitent, des mots qui se battent. Il décortique ce qu’il peut, ce que son cerveau veut bien lui léguer entre cette brutale transition de l’avant et de l’après. Du charme, à Paris. Pourtant, il ne se trouvait pas ici, quelques instants auparavant. Pourtant, il était sur le point de claquer la porte à cette ville qu’il maudissait toujours un peu plus à chaque fois qu’il y posait les pieds. Alors d’où est ce que le collectif humain trouvait du charme à revendre d’un tel lieu, tant de subjectivité pour au final si peu de choses… et puis ça se brouille, et puis ça se dissimule quelque part ailleurs. Yui décide de reporter cette conversation interne à plus tard. Son regard s’est néanmoins arrêté sur la tour de ferraille, là bas. Pour une fois –pour le peu de fois qu’il soit, il ne tentera pas de briser l’angle de vue d’un autre par son cynisme refoulé.

- Vous voulez parler ?

Vous voulez parler, vous voulez en parler ? Il ne sait pas trop de quoi mais le commencement a, à juste titre, toujours un commencement. Elle avait peut être besoin d’un psy en fin de compte. Cela dit, Yui Valentine a du mal à rester dupe et la naïveté n’est pas de son ressort, n’en déplaise au charme qui s’en voit écrasé. Peut être sa question se trouve hors contexte, trop décalé dans cette bulle de simplicité qui vient de se reformer. Il ne sait ce qu’il devrait en penser.

Balayant sa question d’un geste de la main comme pour l’effacer, il revient dessus.

- Hm. Et bien. Paris, on dit que c’est mieux à deux. Cela dit quand vous connaissez la ville, difficile de la voir d’un œil nouveau.


D’optimisme à pessimisme… entre les deux, l’équilibre balance. Mais puisqu’elle est là, autant avoir l’opportunité de s’y prélasser quelques temps. Comment d’un bout de papier il en arrive se retrouver face à une étudiante en face de lui, qui plus est à l’autre bout du monde ; s’il avait su, il aurait peut être tenté plus tôt ne serait-ce que par amusement.


Seulement voilà, elle ne s’est pas ramenée toute seule non ; elle s’est ramenée elle et sa bulle de simplicité, cette sorte d’étrange atmosphère qui s’installe et lui fout l’impression de se donner rendez-vous dans un espèce d’état second avec des conversations nébuleuses. Un peu comme la dernière fois. Avec du charme, ça s’appellerait plus ou moins un rêve. D’optimisme à pessimisme, décidément entre les deux, ça tangue, ça balance. C’est qu’il ne saurait pas dire ce qu’il retient réellement de leur entrevue, tel un souvenir qui s'effiloche. Ce dont il se rappelle, c'est d'effectivement d'un rêve où il parle à cette fille de la pluie et du beau temps. Quelque part, ça manque clairement de consistance mais ça reste suffisamment marquant pour qu’il s’en souvienne.

D’ailleurs, il sait que la dernière fois, elle est partie. Comme ça.

Son regard revient sur la tour, en arrière plan.

- Voilà un moment depuis.

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MessageSujet: Re: One Day I'll Fly Away - PV.    Lun 29 Sep 2014 - 12:32

Paris. Un banc. Elle, sur ce banc. Lui, Yui Valentine, sur le même banc. Le ciel est blanc, il fait plutôt froid, mais ils sont là, tous les deux. Un mirage, un nuage, le jour, le désert nébuleux de l’ignorance, et elle. Parler, parler… Cammy à l’impression que ce mode de communication est désuet. Que seuls les gestes et regards suffiraient à les faire s’entendre. Cohérents ou pas, les mots de Yui et Cammy ne peuvent être compris que par eux deux en cet instant.

- Vous m’avez manqué.

Elle ne réfléchit plus et se lance à corps perdu dans la confidence. Cammy ne le connait pas, elle ne sait rien de ses hobbies, de ses relations, de ses tendances. Yui est tellement particulier à ses yeux qu’elle ne regrette en aucun cas avoir accepté sa proposition sans hésitation bien qu’avec réflexion. Malgré tout, la jeune rouquine se sent mélancolique à ses côtés. Et cette ville, tellement riche en histoire tend à renforcer cette sensation. Paris ne semble pas avoir ce charme espéré, ni pour l’un, ni pour l’autre. Alors forcément, les yeux ancrés dans le vue de la Dame de Fer, la seule chose qui lui vint à l’esprit est…

- Je veux oublier le bruit, la pollution, l’exhalaison pestilentielle des transports en commun, le massacre de Mon Amant de Saint Jean de touches de nacre d’accordéons mal accordés. Comme j’aimerais ne pas avoir vue de rats dans sans ce square non loin du quartier République…  Faites-moi visiter la ville, Yui. Si c’est mieux à deux, montrez-moi. Emmenez-moi sur la Seine, dans un  « bateau-mouche* », gravissons les clochers de Notre Dame, flânons aux marchés aux puces de Belleville, traversons les Tuileries, faites-moi rêver devant Mona Lisa ou la Vénus de Samothrace…  Dites-moi qu’on peut véritablement voir La Vie en Rose*.

Elle ne se rendait même pas compte qu’elle parlait parfaitement bien.

- Que Paris, n’est pas qu’un rêve brisé. Retirez-en une lettre, et « Paris est pris ». Rajoutez-en deux, et c’est le « Paradis ».

Un petit rire vint à orner ses lèvres au fur et à mesure que sa petite sphère pelliculée de rêverie s’étendait. Si mince, si fragile, éphémère, cette dernière englobait les songes de l’Australienne à grande vitesse sans même lui offrir la nécessité de clore les paupières. Naguère, Cammy n’était pas aussi lunaire. Cette particularité manifeste se déployait autant que le temps qui s’écoulait sur les trames des jours, plus encore qu’au fil de ses nuits de léthargie. Proche de l’infinité, elle flirtait avec l’Eternel. Cammy alors, détourna son attention du néant pour s’offrir du regard à ce spectre intemporel.

- Qu’en dites-vous, Yui ?

Et d’ajouter à cela l’expression de l’enjouement.
La magie opérait déjà.






_____________

* En français, nda.

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MessageSujet: Re: One Day I'll Fly Away - PV.    Sam 18 Oct 2014 - 23:18

Vous m’avez manqué. Valentine a senti son regard se détourner de la tour de fer pour revenir se calibrer sur Cammy. Un haussement de sourcil, et il n’a rien dit. C’est qu’en parlant de Paris à deux, il n’avait pas insinué leur cas à eux. Maintenant qu’elle parle de visiter la ville, c’aurait dû lui paraître évident. Alors, maintenant …qu’en dit-il ?
Il dit qu’il n’est qu’un psychologue ; scolaire qui de plus. Mais Cammy Logan n’a jamais été sa patiente. Comme Lun Marv. Et psy, il ne l’est plus, alors pourquoi trouver une parade lorsqu’il n’y en a simplement pas. Devant la mine illuminée de l’étudiante, -ancienne étudiante, il s’y fera plus tard, Valentine n’a pu que relever le coin d’un sourire. Manquer, ça signifie… ? A cet instant, il est celui qui se retrouve sur le plongeoir depuis lequel son point d’arrivée ne se voit plus. Les phrases de Cammy se décortiquent en mots dans sa tête et son français insidieusement glissé entre deux se laissent apprécier de leur résonance. Et ensuite et seulement alors, Yui a cillé.

Il tombe Valentine. Il chute.

- …N’est le paradis que pour celui qui veut bien y croire.


Pardi.



- Si vous avez déjà pris le RER-B, il ne rend pas non plus monnaie au reste… disons à ce paradis.


Yui Valentine n’est pas capable d’affirmer que Cammy lui a manqué, mais ne peut s’empêcher de sentir un poids qui se lève lentement en la retrouvant ici. Ils se connaissent sans se connaître et Yui a cette désagréable impression que s’il n’attrape pas cette valise maintenant, il ne reverra plus sa propriétaire. Sans donner ses pensées en retour à la question, il s’est simplement levé et a invité Cammy à faire de même, saisissant la valise au sol. C’est un peu plus que mécanique, un peu moins qu’une impulsion.

- Une entorse ? a-t-il demandé au passage en indiquant la béquille.

Elle est loin la réalité du séisme pour quelqu’un qui est passé au travers sans une égratignure. Ce faisant, il ne posera pas davantage de question sur le pourquoi du comment, estimant que Cammy le ferait d’elle-même si  et lorsqu’elle le souhaiterait. La dernière fois qu’il a tenté de retourner un tant soit peu son passé, elle s’est échappée comme l’eau qu’il a déjà essayé de retenir entre ses mains… Fragile, c’est ce mot qui s’installe pour définir la jeune femme, ses rêves et son romantisme que lui n’a pas. Cela dit, jouer dans le rêve des autres et devenu le quotidien d’un ancien psy et il n’en a pas fallu de beaucoup pour qu’il s’insère dans celui de l’australienne.

- Je veux dire…, ajoute-t-il en s’arrêtant un instant, chaque chose en son temps jeune fille. Le décalage horaire, votre état. Vos affaires. Ou plutôt, dites-moi quand vous repartez.

Ou combien de temps vous m’accordez. Yui a dévisagé la jeune femme. Il ne sait comment manipuler ce qui lui semble être éphémère et c’est peut être une des rares fois où justement, le calcul et les prévisions n’ont plus leur place. La dernière fois qu’il avait avoué le fond de ses pensées pour Léna, elle lui avait simplement répondu qu’elle l’aiderait. C'était tout. Il n'avait plus cherché à la revoir par la suite et s'était aidé lui-même, victime de sa propre incohérence. Il a haussé des épaules.

- Et je vous emmènerai à l’Ile de la Cité avant d’aller voir … hm. Psyché, par exemple.

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MessageSujet: Re: One Day I'll Fly Away - PV.    Mar 4 Nov 2014 - 18:16

Il n'avait pas fallu longtemps à l'ancien psy pour faire éclater l'étendue de rêverie de la jeune femme. En même temps, ce n'était pas comme si c'était la première fois. Au mot "entorse", le sourire de Cammy s'affondra tandis que son regard se porta sur sa béquille. Pendant quelques instants, elle l'avait oubliée. Ca n'était jamais arrivé. Elle réalisa, presque 6 mois après la conversation à sens unique que son père avait eue avec elle, la définition de son mal. L'aphasie faisait toujours effet, de temps en temps. Seulement au niveau du langage et parfois de la compréhension. Quant à son corps... c'était autre chose à présent. Elle s'en rendait vraiment compte à présent.

"Votre état".
Elle sourit légèrement à ces mots. C'était étonnant que personne ne veuille aborder ce sujet. Pour ne pas se montrer indiscrets, la plupart des gens refusaient volontairement de lui poser la question sur sa claudication. Evidemment, il était facile de deviner que c'était en rapport avec le séisme d'Aout 2013. Et c'est pourquoi les entendre sortir de la bouche même de Yui, était amusant. Ils étaient... naifs. Soit Yui avait échappé au drame, soit il l'avait oublié. Est-ce qu'un tel évènement peut être oublié de façon "normale" ? Pour la rouquine, ce n'était plus qu'un souvenir pénible désormais. Enfin, si seulement c'était le cas.

Changement de sujet. Valentine aimait passer d'une chose à l'autre sans transition. Il abordait désormais celui du départ de la demoiselle. Ca l'ennuyait, elle qui venait juste d'arriver. Elle regarda Yui quelques instants sans rien dire, histoire d'imprégner l'image de ce mirage qui tenait sa valise rétro avant qu'il ne se volatilisât, puis se saisit de son appui pour se redresser lentement. Elle se posta devant lui, tout en levant la tête. La regardait-il de haut ? Elle le dévisagea sans pudeur puis posa son regard sur son torse. Sans hésiter, elle y posa la paume de sa main libre. Ca devenait une mauvaise manie de vouloir s'assurer que tout était réel. Elle chercha a s'imprégner la matière du textile des vêtements de l'homme, du bout des doigts, puis elle ramena contre son coeur son petit poing fermé qui enregistrait lentement la mémoire de ce contact étrange. Elle releva a nouveau la tête, percuta a nouveau les pupilles aqueuses de l'homme. Un instant, elle se sentait mal à l'aise. Pas à cause de son propre geste. Il y avait encore un défaut dans la cuirasse frêle de cet individu énigmatique. Quelque chose en rapport avec cette ville. Pourquoi est-il là ?

Soudainement, comme prise de stupeur, Cammy regarda derrière Yui pour voir ce qu'il se passait dans le dos de ce dernier. Ce n'était qu'un pressentiment, un stupide pressentiment, encore un truc qui la rendrait plus bizarre aux yeux de l'ex-psychologue. Comme pour se justifier, elle répliqua aussitôt.

- Je suis stupide, j'ai cru que quelque chose... était accroché dans votre dos.

Elle poussa un petit rire embarrassé, puis enchaina. Comme si de rien n'était, comme si rien ne s'était passé depuis qu'il avait pris la parole.

- Je ne sais pas quand je partirai, puisque j'ai le temps, personne ne m'attend. Si ça vous dit, je pourrais repartir en même temps que vous.  A moins que ça ne vous dérange...ce que je comprendrait tout à fait !! Pas que je crois vous déranger mais...oooh je m'embrouille !

Crescendo, elle avait augmenté le débit de ses mots, une pointe de nervosité dans le ton.

- Je veux dire... ça m'est égal. Dites-moi plutôt combien de temps vous pouvez m'accorder.

Tout en disant cela, elle commença à marcher vers la sortie la plus proche. Toutefois, elle rajouta un dernier commentaire, lui tournant le dos.

- Ah et... ce n'est pas une entorse. Claudisation psychosomatique. J'étais dans un premier temps atteinte de l'Aphasie de Broca. J'ai reçu un choc sur l'arrière du crâne en août dernier et il parait que sur l'île de la Cité, il y a un beau marché aux fleurs et aussi que chez Berthillon, sur l'île Saint-Louis juste à côté, les glaces y sont délicieuses.


Ce n'était pas la meilleure saison pour quémander un sorbet.

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MessageSujet: Re: One Day I'll Fly Away - PV.    Mer 5 Nov 2014 - 23:53

Invisibles mais palpables sont ces barrières qu’a installé Cammy un peu partout autour d’elle, comme un terrain miné. Pour ne pas changer, Valentine a simplement gardé le silence un moment. En parlant d’état, il n’y avait pas mis davantage que de la fatigue drainée par le décalage horaire et ne pensera pas à interpréter le sourire fluet de Cammy ; le reste le dévoilerait à sa place. La suite file assez vite sous ses yeux, où il la revoit l’attraper comme la dernière fois pour vérifier son existence. Derrière ce silence, ce sont trop de non-dits qui se passent de paroles. Il s’est contenté de rester parce que c’est seule chose qui lui était donné de faire sur cet instant. Il ne connait pas l’étudiante, n’explique pas son passé ni ne lui réinvente une façade ; un simple haussement des sourcils et elle s’est déjà retirée plus loin, dans sa bulle. Elle dans ses retranchements, lui dans son observation paisible, tous deux derrière leur raison d’être. Et c’aurait pu durer longtemps comme ça.

- Quelque chose… comme un poisson d’avril ?


Une simple question qui n’amène pas vraiment à une réponse.

- Sans doute l’impression d’être à côté de la réalité,
enchaine-t-il posément, en la suivant du regard. Mais elle poursuit déjà et se fond dans une panique naissante, si bien que Valentine se dit qu’elle est sur le point de vouloir reprendre un vol retour. Et alors, peut être qu’il réaliserait qu’il avait rêvé cette scène, tout comme l’autre Kami qu’il ne cessait de croiser dans les couloirs de sa somnolence, à l’ère de ses illusions narcoleptiques. Une fois de plus, Cammy Logan le prend de court, et ne pouvant en placer une, il se résigne dès lors à lui poser une main sur l’épaule avant qu’elle ne s’en aille en courant. Yui ne sait contre quelle course Cammy s’est engagée -si ce n’est celle contre ses propres peurs ; mais ce sont là des obstacles dont il ne peut être la victime.

La valise à la main, Valentine s’est avancé pour parvenir au niveau de Logan. D’une manière ou d’une autre, elle était là pour lui derrière le prétexte de Paris. A moins que… ? A moins qu’elle ait besoin d’un psy, à moins qu’elle ait besoin d’un éclaireur pour traverser cette ville, à moins qu’il ne cesse tous ses aprioris sporadiques disséminés dans tous les recoins de son esprit. Qu’il les arrête un moment pour ne plus agir par défaut. Comme cette main sur l’épaule, à défaut de n’avoir su attraper la main qui cherche à vouloir l’ancrer dans une réalité beaucoup trop réelle pour pouvoir être fausse.

Dès lors, c’est une chute qui lui paraît interminable.
Voire insupportable.

- Vous n’avez pas besoin de vous laisser embrouiller, nous détenons là le temps,
a-t-il tranquillement fait en ouvrant la paume de sa main libre, comme si le temps avait pu être matériel là, entre ses lignes. …D’accord ?

Cammy Logan n’aime pas les questions, elle les fuit, les chasse, et voudrait les ignorer. Seulement Valentine étant un être de questions, il lui parait absurde d’avancer sans ; sa raison d’être de psychologue est par nature, celle de décortiquer les surfaces des esprits ébréchés. L’idée saugrenue d’inverser les rôles effleure tendrement ses pensées, dans une perspective où Cammy l’interroge sur tout et rien. Et ensuite ? Yui a passé un bras autour des épaules de la rouquine.
Parce que sans doute que quand elle aurait fini son travail, elle disparaîtrait ; …à moins que dans le fond, ce soit lui qui agissent ainsi avec le monde comme avec chacun de ses patients. Valentine voudrait qu’elle n’en fasse pas partie mais se voit, par mécanisme, la ranger dans le rang de ceux à qui il est censé apporter de son savoir-faire pour les remettre sur les bons rails. D’un geste posé, il la raccompagne comme s’il la ramenait hors de son cabinet sauf qu’il n’existe pas de porte de sortie. Il lui jette un regard interrogateur tout en poursuivant ses pas.

- Un glacier ?

Yui ne s’en souvient pas. Ou alors elle est mieux informée.
L’incohérence de Logan ne le bloque pas. Son message a été on ne peut plus claire mais à vrai dire, Yui se fiche des symptômes qui généralisent les cas. Un rire inexpliqué s’est échappé en un seul et unique souffle, laissant s’évaporer la buée dans un air certainement frais mais toujours moins que celui du Japon. La seule vérité est simplement qu’ils sont là, ailleurs de leur contexte habituel.

-Passons-y aussi.

Après tout les allemands ils mangent bien des glaces à n’importe quelle saison. HRP inséré, Valentine a hélé un taxi. Après la cité, ils auraient tous le temps pour marcher et surtout ce temps, il le prendrait. Le chauffeur leur ouvre la portière, se charge de la valise et laisse s’installer Cammy au choix de la place qui lui convient, pendant que Yui prend place de l’autre côté, à l’arrière.

- C’est pour l’île de la Cité… ou plutôt l’Ile St Louis, fait-il dans la langue de sa région pendant que le chauffeur s’installe à son tour après avoir refermé la portière.
- Très bien.

- Et vous avez raison, c’est le fameux marché aux fleurs, celui de notre voisine la souveraine d’Angleterre,
continue-t-il vers Cammy, cette fois en japonais.

Revirement de langue, qui s’il étonne le chauffeur, ce dernier n’en montrera rien, se contentant de s’insérer sur la route après avoir activé le clignotant. Tic, tic, tic. Pour la première fois, Valentine se pense vraiment décalé face à sa réalité, entre le choc des cultures où lui-même se situe davantage en tant que japonais que plutôt français.

Il fait meilleur à l’intérieur.

- Nous n’en n’aurons pas pour très longtemps de la route, dit Yui à mi-voix, Ce n’est pas bien intéressant par ici. Là bas Matignon, entre tous les hôtels de la rue...

Les hôtels le ramènent irrévocablement à son frère, ayant fatidiquement repris le luxueux business de la famille. Il fronce les sourcils, reportant ce point à plus tard, déjà tiraillé par un autre : l’heure digitalisée sur l’écran du chauffeur lui tend la conclusion qu’il a magistralement raté son vol de retour. Dites-moi plutôt combien de temps vous pouvez m'accorder, résonne alors encore une fois la voix de l’australienne dans sa tête. Sourd écho à ses propres questions. Se pourrait-il qu’au final, ils se posent les mêmes.

- Je vous l’offre, le temps.

Ses traits se sont détendu, il a eu un demi-sourire puis s’est laissé aller sur le dossier.

- Vous êtes certaine que vous ne préférerez pas un café ou quelque chose de plus chaud qu’une glace ?




-
Jour #01

-Je ne me rappelle plus la dernière fois que je suis passé ici, déclare-t-il alors qu’ils longent le [quai] de ce lopin de terre qui ressemble à tout sauf à la définition de l’île au sens où Valentine l’entend. Mais est-il seulement passé ici ? Sans doute au temps où personne ne l'avait effacé de sa mémoire, par exemple.

Il a souri, seule expression affichable plus de dix ans plus tard.


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MessageSujet: Re: One Day I'll Fly Away - PV.    Lun 22 Déc 2014 - 19:51

Plus qu'un Poisson d'Avril, une présence. Cammy sentait quelque chose qui flottait autour de Yui, et semblait le suivre à chacun de ses pas. Une inconsistance énigmatique que seul un individu du potentiel de la petite Australienne pouvait éventuellement ressentir la trace. Un peu comme ces fameuses barrières que la rouquine plantait autour d'elle, cette étrangeté semblait ne pas quitter Yui. Et puis, elle s'en fut allée tout comme elle était apparue au travers des iris de la demoiselle. Aussi, cette dernière s'était contenté de sourire faiblement, en proie à une autre forme de mélancolie, de celle qui ne vous quitte pas, et qui vous abandonne à la pensée d'un être perdu, pensée qui se reflétait de façon tellement manifeste, quelque part enfouie au fond des pupilles tantôt rétractées, tantôt dilatées du regard de l'ancien psy. Que cachez-vous, Mister Valentine ? Que représente Paris à vos yeux ? Tel un trésor, Cammy s'accrocha fermement à cette demande intérieure. C'était un fait qu'elle assumait désormais: elle désirait vraiment, vraiment...connaitre Yui. L'histoire de l'individu, ses désirs, ses passions. Etait-il passionné d'ailleurs ? Comment voyait-il le monde au travers d'un tableau, d'une sculpture, d'un regard sur l'océan Pacifique ?

"A côté de la réalité" . C'était sûrement ça, hein ? Ce qu'on pensait d'elle. Elle était tellement différente d'à son arrivée à Keimoo. Avant, elle était sûre d'elle, les pieds sur terre à ne pouvoir - ni ne vouloir - s'en déloger. Elle faisait tant confiance, appréciait tellement communiquer, tant dans de simples conversations, que pour transmettre ses connaissances, son savoir-faire aux juniors... C'était une autre vie. Elle avait bel et bien changé d'époque comme elle le souhaitait, forçant ainsi le destin. Oui, c'était tout à fait ça. Complètement à côté de la réalité. Un autre temps. Elle devait faire tellement d'efforts pour garder une petite attache au Monde tel qu'il était et ainsi qu'elle le méprisait...

"Nous détenons là le temps, d'accord ?"



...




Détenir le temps ? Cammy tourna lentement la tête vers Yui pour accrocher cette main du regard que l'homme lui offrait. Ces longs doigts maigrelets, cette paume apparente... Les noisettes de la jeune femme le voyait : l'Atome du Temps, entouré de ses électrons libres. Ces derniers se mouvaient autour du noyau, à mesure que les secondes s'écoulaient. C'était un spectacle invisible magnifique. Elle tendit lentement la main vers cette transparence, sembla l'effleurer, là, juste au dessus de la ligne de vie tracée de Yui, à deux centimètres de sa peau. Elle ressentit cette courbe illusoire et la dévora de la mâchoire de l'empreinte digitale de son majeur. Ses yeux remontèrent vers ceux de l'homme puis se détourna de cette vision fantasque générale en ôtant sa menotte, tout en reposant à nouveau son attention vers la grille de sortie du parc. Capturer le Temps, le manipuler et en profiter. Aux côtés de Valentine. C'était vraiment une invitation alléchante, aux avances enivrantes. Un avant-goût de Paradis ?

Elle sentit la réalité du bras de Yui glisser lentement sur ses épaules. Ce contact tellement matériel déclencha un frisson en la personne de Cammy. Le bruit de la ville, le vent frais qui transperçait l'épiderme de ses joues, la grille, le sol sous ses talons, le banc, le ciel blanc, les dernières feuilles qui avait résisté à l'automne et qui s'effondraient peu à peu face à la pression hivernale... Tout, tout se dissipait, s'effondrait pour ne laisser que ce poids sur ses épaules. Un poids léger en aucun cas oppressant mais qui avait figé la demoiselle. Malgré tout, elle se sentit avancer, de force. Yui la forçait à aller de l'avant. Et ainsi elle fit un pas, puis deux, l'esprit toujours focalisé sur cette main qui détenait le Temps, et qui désormais se retrouvait sur son épaule. Valentine était un magicien et Cammy tombait en pâmoison devant son talent.

Peu après, lorsqu'elle tourna à nouveau son visage vers lui, elle se trouvait dans un taxi. Quand, comment ils y étaient entrés, elle l'ignorait. Pour l'heure, rien d'autre ne comptait que le timbre de voix de son compagnons de route, celui pour qui elle avait voyagé à l'autre bout du globe. Cammy qui avait toujours été un être de raison, se découvrait passionnée pour une raison autre que ses hobbies usuels. En réalité, il y avait bien longtemps que la raison l'avait quittée. Elle l'avait perdue, peu à peu. Elle semblait s'y être raccrochée il fut un autre temps...

Un temps où Saigara était présent dans son esprit. Un peu plus, un peu moins.
"Dis, quand reviendras-tu ?"
Une ombre passa sur son visage, un pincement, un regret. Noahki lui avait manqué.
"Dis, au moins le sais-tu ?"
Il était parti, voilà presqu'un an. Elle n'avait jamais reçu de carte. Ni de lettre.
"Que tout le temps qui passe, ne se rattrape guère..."
Crétin de Saigara. Désormais, il ne lui manquait plus.
"Que tout le temps perdu....ne se rattrape plus."

Pourquoi pensait-elle à lui tout d'un coup ? Elle observa d'un oeil absent l'architecture des maisons. Les Invalides étaient loin déjà. Les notes de la voix de Yui flirtaient avec ses oreilles en une musique rassurante, mais elle ne distingua pas les paroles. Son coeur lui faisait mal. Un autre souvenir, lié de près ou de loin à Noahki lui piquait le coeur mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. C'était un autre départ, à la même période passée que celle du Populaire. Un anniversaire prochain. Et puis...

"Je vous l'offre, le temps".
Cammy détourna enfin la tête de la vitre latérale pour accorder à nouveau son attention sur Yui.
Il souriait.

- Vous êtes certaine que vous ne préférerez pas un café ou quelque chose de plus chaud qu’une glace ?

Il souriait. Il était là, de toute sa superbe et spectrale personne. Personnage mystique qui lui offrait ce qui l'avait toujours intriguée. Elle n'était pas venue à lui. C'était Yui qui l'avait attirée jusqu'à cet endroit. Une opportunité, des moyens. Elle ne regrettait pas sa folle décision.

- Quelque chose de plus ch...chaud ?

Une brève hésitation, un petit bégaiement. Elle inspira. Quelque chose de plus chaud. Vos fins bras le sont-ils ?

Il souriait.
Elle, désirait pleurer.

- P..peut-être.

Et elle tourna à nouveau son visage vers l'extérieur.

***

Elle n'avait pas ressenti beaucoup de difficultés à se mouvoir au square. Pour un peu, elle avait presque oublié sa béquille et l'avait manipulée par habitude. Désormais, le poids écrasant de jambe droite lui ordonnait de redoubler d'efforts, si bien que la fatigue la gagna au bout de quelques minutes. Cammy alla s'appuyer sur le muret en bord de Seine et eut l'occasion de profiter de la vue qui s'offrait : non loin, elle aperçut Notre Dame, vue de dos. Au dessus d'elle, d'épais nuages blancs sous un ciel tout aussi blanc ne rendaient pas forcément grâce au monument, mais peu importait à la demoiselle: la Cathédrale était divine. De là où les deux voyageurs se trouvaient, il y avait peu de circulation et le bruit était sourd. La rouquine étira le coin de ses lèvres, finalement.

- Yui... Tu m'as demandé ce que j'imaginais.

Elle se retourna, offrant son visage souriant à lui. Elle s'exprimait, avec un accent mi japonais, mi-austral, dans cette langue qu'elle avait étudié pendant toute sa scolarité à Keimoo, et peu avant, à Adélaïde : le Français. D'une manière où d'une autre, elle avait conscience de la familiarité employée. C'était fini, de jouer "à faire semblant". Sa bulle éclatait, les barrières s'effondraient. Elle avait.... le Temps.

- Arrives-tu à l'apercevoir, ce charme que j'espérais ? Je... l'ai enfin trouvé.

Un vent glacial tournoya autour d'eux. Son corps et ses nerfs n'y tenant plus, sa béquille lui échappa et elle inonda son propre visage d'un torrent de larmes tandis que seul le muret derrière elle semblait être son unique point d'équilibre vacillant.
Elle ne put rien faire d'autre qu'enfouir son visage dans ses mains.





Graou.:
 

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MessageSujet: Re: One Day I'll Fly Away - PV.    Mar 30 Déc 2014 - 23:20

Valentine avait haussé un sourcil. Un chocolat chaud..., aurait-il pu préciser de toute évidence, dès lors qu'il cerne sa bévue. Il a alors préféré le silence en seule réponse à l'incertitude de la demoiselle.


Jour #01 : Froid.

De manière générale, Yui Valentine affectionne les nuances de l'abstraction imaginaire et il pourrait continuer comme ça sans jamais chercher à l’arrêter de son plein gré. Mais l’illusion ne peut durer davantage, car ce monde abstrait qu’eux-mêmes ont fait miroiter dès les premières secondes de leur rencontre commence à peser de manière inexplicable pour s’écraser sur les épaules frêles de l’australienne. Elle est une chute que Valentine n’anticipe pas, la fin de la copie pâle d’une réalité qui ne peut exister et qui empiète sur trop d'espaces à la fois lorsque, en se fissurant, c’est Cammy qui en crève l'abcès. De deux choses l'une, entre son français implacable à l'accent aussi inimitable qu'exotique et l'instant où elle s'effondre devant ses yeux, Yui se perd un instant dans le cours déjà instable des choses, face à cette vague d'émotions dont Logan se laisse submerger et qu'il ne parvient à comprendre dans son intégralité. Il ignore ces éléments qui passent devant les yeux de l'étudiante qu'elle n'est plus, ces choses qui ne peuvent lui être donnés de voir tel quels, et c'est dans cette surprise que Valentine laisse un décalage passer, avant que les priorités ne s'ordonnent et s'agencent d'elles-mêmes... sans doute la meilleure des choses qui lui soit donnée de faire sur le moment. Il commence par s'assoir sur le muret près de Cammy, suffisamment près pour lui permettre une manœuvre désespérée lorsque le vide penserait à la rattraper avant lui. Mais alors qu'il réfléchit à une réplique qui ne viendra pas, il préfère là encore le silence car il n'a rien de mieux à ajouter.

Le temps, tel un jeu élastique se met alors à lui durer une éternité troquée contre ces secondes où Cammy laisse libre cours à ses ressentis. Face aux larmes de ses patients, Valentine s'est armé de l'habitude couplée d'une patience à l'infini qu’on pourrait éventuellement qualifier de professionnalisme ; puis un jour, il a cessé de partager avec eux leurs propres raisons d'être, pour le seul but de survivre à sa profession de tous les jours. Pourtant, il fut un temps jadis où percevoir de manière aussi malsaine les divers états des autres le rendaient simplement fou comme s’il lui manquait quelque part, une cloison suffisamment consistante pour pouvoir s’isoler du reste du monde. Or l'état de Cammy, à défaut d'avoir pu être anticipé, le prend au dépourvu. Tout comme simultanément, son cerveau rationalise encore et encore en se rassurant dans l'idée que si elle a trouvé ce qu'elle cherchait, ce doit être pour elle, un quelque chose de positif, ...de l'ordre du soulagement, peut-être. Peut-être...?

Un peut-être, une probabilité, une éventualité d’où persiste encore cette note de mélancolie, celle qui lui renvoie l’image d’une flammèche sur le point de s’essouffler, alors qu’il souhaiterait pour lui-même qu'elle ne s'éteigne pas. Yui se tourne vers elle. Mais elle ne peut le voir, ses mains voilant son visage.

-Et bien... Je ne sais pas.

Un aveu d'ignorance véridique, comme il ne peut être plus honnête avec lui-même.

Cammy Logan est définitivement une entité qu'il ne peut comprendre. Aussi, finit-il par l'attirer contre lui, pour qu'elle se laisse tomber, elle et son torrent de larmes qui n'en finissent plus. Instants de franchise, instants qui froissent. Les mains de l’ancien psychologue scolaire se posent simplement de part et d’autre sur le dos de cette dernière, renfermant ce moment-là, éphémère, tout comme rien ne demeure. C’est épuré de réflexion, c’est instinctif, son visage vient se reposer sur l’épaule de la jeune femme pendant qu’un vent hivernal se lève et qu’elle, Cammy, lui voile ses larmes dans ses bras. Ses bras à lui, Yui Valentine.

-Mais toi, si tu l'as trouvé, c'est sans doute une bonne chose.


Par-dessus son étreinte, son regard gris se perd dans la contemplation passive des fenêtres étroitement agencées dans les façades du quai d’Orléans. Il a connu des hivers plus rudes de l’autre côté de la planète, mais il n’a jamais fait aussi froid que sur cet instant.

- Rentrons.


Des messages dans les airs…:
 

-

Jour#02, #03, #04… Jour #Einième, rue du Faubourg St Honoré.
A un moment donné, il décide d’arrêter de compter parce qu’au final le temps n’est qu’un prétexte. Une sorte de routine non-routine s’installe ces derniers jours, entre un temps passé à apprécier la compagnie de Cammy lorsqu’elle est là, puis un autre à cogiter sur le reste du monde lorsqu’il se retrouve face au silence. Sans cesse tiraillé par tout à la fois, Yui Valentine est un cerveau qui ne s’éteint plus. Suffisamment pour en négliger une autre nuit, agitée par de tortueuses réflexions sans fin. A l’aube d’un renouveau déjà en marche, c’est un état dans lequel il trouve encore la force de puiser, sans pouvoir le camoufler sur ses traits tirés. Le renouveau, c’est sans doute Cammy, d’une manière ou d’une autre ; c’est sans doute également cette entreprise folle qu’il va lancer les mois suivants.

Secouant la tête, il se lève mécaniquement du canapé-lit posé dans cette modeste pièce épurée et dénudée de touches personnelles. D’un point de vue extérieur, elle a des allures neuves, simples, et claires dans ses teintures blanches. Presque trop. Pour ne pas dire aseptisée… Inscrit en son nom et sans jamais réellement l’habiter, c’est un studio sans prétention -malgré son emplacement, qui ne conserve que très peu de traces de ses anciens passages en coup de vent; la plupart du temps, quelques jours en fin d’année. Réduite à peu de mobilier et n’aspirant ni à du confort, ni à son contraire, elle aurait pu en fait, être mise en vente telle quelle. Pourtant, elle arrange indéniablement Valentine, qui refuse de mettre ne serait ce qu’un pied dans les lieux où roulent les affaires florissantes à n’en plus pouvoir de sa famille. Et l’hôtel situé à de l’autre côté de la rue à trois pas de chez lui n’était sans doute pas le plus extravagant comparé au reste…
Issu d’une famille plus qu’aisée, Yui s’était simplement éloigné du système en partant à l’autre bout du monde ; le contexte de l’époque s’y apprêtant.

Depuis son quatrième étage de l'appartement, il finit par s’activer. Les traits que lui renvoie son reflet lui donnent l’impression d’avoir été sevré de sommeil depuis des semaines alors que quelque part dans les méandres de son cerveau, il se rappelle le train qui lui est passé dessus la nuit dernière, ainsi que le rire rouge de la Prédatrice. Dernière image brouillée par l'attention que quémande son portable. Il est alors, midi passé.




-


Archives des jours précédents
Jour #01
From : Yui Valentine
To : Cammy Logan
Object: Bonne nuit

J’habite en fait au 63 de la même rue.
Faites signe, au besoin.

Bonne nuit et à demain.
Yui.


HRP:
 

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MessageSujet: Re: One Day I'll Fly Away - PV.    Dim 11 Jan 2015 - 21:33

Pour Cammy, il n'y a rien de plus abouti que de mettre la main sur ce que l'on cherche. La déception ne la rend toutefois que plus vivante, plus humaine. Elle ne veut pas être rassurée ou consolée. Elle aurait voulu se contrôler cette fois, surtout face à Yui. Se montrer imprudente ou impolie par des gestes trop intimes pour être volontaires, elle pouvait se le tolérer. A petite dose. Elle sait qu'elle est faible et qu'elle se trouve en présence de la personne qui s'avère être la mieux qualifiée pour l'écorcher de son jugement par des procédés professionnels dont elle ignore les secrets. Elle est un cobaye de choix comme ce, plutôt ces, "Plum" dans le carnet bleu d'Eden Indentshi. Un rat de laboratoire à l'instar du rat de bibliothèque qu'elle était avant. D' "étudiante" assidue, elle est passée à "sujet" d'expérimentation visuelle. Elle s'était promis de ne pas se dévoiler à Yui Valentine, mais désormais, elle se sait plus vulnérable que jamais, car elle a compris qu'elle détestait ce jeu qu'ils jouaient depuis leur première rencontre dans la véranda.
Au final, elle sait qu'elle doit être comme n'importe quelle gamine auprès de cet homme qu'elle admire. Une gamine qui pleure quand elle a mal. Cette perspective la rend furieuse contre elle, et désormais, ce sont des larmes de colère qu'elle s'inflige. Elle sanglote la petite étrangère aux cheveux de feu. Ses phalanges se resserrent sur la peau froide et blanche de son visage. Elles pensent pouvoir pénétrer l'âme de la demoiselle et en extirper le souvenir de ce moment, tout comme elles ont réussi à extraire le souvenir de Jin Mashimoto, véritable point de départ de cet effondrement soudain. Cammy l'a effacé de sa mémoire, mais souffre aveuglément de son absence. Au loin, la voix de Yui tente de se frayer un passage jusqu'à elle. "Et bien... Je ne sais pas." Réponse à une question qui n'en nécessitait pas; Cammy a déjà oublié l'avoir posée.

Dans un énième sanglot, une chaleur inconnue s'immisce dans le combat intérieur de la jeune Logan. Une matière textile caresse le dessus des mains de l'Australienne. Une pression dans son dos raidit ses muscles. Des bras, des mains... Yui Valentine est en train de l'étreindre. Un psychologue n'étreint pas ses patients. Cammy décide de mettre cette sensation qu'elle imaginait dans le taxi, au fond d'un tiroir de son imagination. Elle ne le referme pas totalement. Elle garde l'espoir d'une once de réalité dans ce geste, quand bien même elle ne supporte pas d'être touchée. A ce sujet, elle en a fait des progrès. Lawrence et Yun-Jin ont eux bien eu le loisir d'envahir son "personal space". Saigara avait fini par y avoir droit, lui aussi. La voix de Yui la pénètre de façon plus proche, ses lèvres semblent tellement proche de son ouïe... "-Mais toi, si tu l'as trouvé, c'est sans doute une bonne chose."

La respiration de la rouquine semble alors marquer un arrêt. Ses mains glissent alors de son visage alors que le tiroir s'ouvre de lui-même. Non, ce n'est définitivement pas une bonne chose de mettre la main sur ce qu'on espère, Yui. Que nous reste-t-il lorsque l'on a plus de but ? Instinctivement, Cammy s'en fixe un autre, bien plus difficile à atteindre. Et comme pour corser la chose, elle n'en a même pas conscience. Aussi laisse-t-elle glisser ses bras jusqu'au dos de l'homme d'où elle agrippe le pardessus comme si sa vie en dépendait.

- Rentrons.

En cet instant, elle a oublié Berthillon, au profit de quelque chose de plus chaud.
Elle n'a pas d'emprise sur le Temps en cet instant, que l'éphémère se manifeste déjà.


La chambre est belle et la vue sur l'Arc de Triomphe n'est pas mal. Et cet espace, aux nuances softes, aux épais rideaux chatoyants, à la table d'appoint sur lequel repose un vase contenant quelques germinis blancs et arums élégants... Cammy ne l'aime absolument pas. Elle a détesté cet endroit avant même de pénétrer la chambre. Une réservation en son nom qu'elle n'a pas faite, trop de luxe. Tout, tout est définitivement trop parfait. Elle n'a pas l'habitude. Elle a le mal du pays, ce pays qui n'est pas le sien: le Japon. Quelques jours plus tôt, elle recevait pour la première fois Yun-Jin chez elle. Ca n'a pas été une entrevue facile. Des maladresses, de la peine.. Beaucoup de peine. Mais elle était chez elle, au froid. Elle avait su monter les marches de l'escalier menant au 3eme étage, celui de son havre de paix dans lequel elle n'avait pas mis les pieds depuis si longtemps. Ici, elle avait pris l'ascenceur. C'était tellement facile. Tout est...définitivement trop facile.

Cammy ne défait pas sa valise. Elle décide de la laisser telle quelle, ainsi elle repartira plus vite lorsque le moment sera venu. Elle ouvre une armoire, respire la netteté du linge de maison en supplément. Le drap est assurément propre, ce qui réjouit la jeune femme. Le plaid chaud également. Avec un grand sourire, Cammy ouvre la fenêtre, laissant ainsi le froid pénétrer la pièce et la salle de bain. Il y a de la circulation. Elle regarde une dernière fois la vue sur l'Arc au bout de la rue, éclairé. Sa beauté ne vaut en rien celle du temple de Keimoo qu'elle peut admirer depuis la fenêtre de chez elle. Une imperfection qu'elle prend à sa juste valeur. Parce que ce charme dont elle parlait avec Yui... n'existe que si ce dernier se trouve à ses côtés. Haussant les épaules, elle se dirige vers la salle de bains avec le linge de maison retiré de l'armoire. C'est ainsi qu'elle décide de passer ses nuits dans la somptueuse baignoire.

#PAR(AD)IS





Plusieurs jours s'écoulent. Cammy découvre que l'Arc de Triomphe est plus imposant qu'elle ne l'imaginait. Elle n'aime pas l'avenue des Champs Elysées et estime que ce nom est une insulte à sa représentation véridique. Celle qu'on décrit comme "la plus belle avenue du monde" est en réalité un enfer. Commerces, bars, brasseries, fast-food... et du monde, du monde, du monde. Ils n'y resteront pas longtemps. Le passage au marché aux fleurs était très appréciable. A défaut de pouvoir acquérir plantes ou fleurs, Cammy a un petit coup de coeur pour un bibelot en argile, représentant un chat sur un livre. Une pensée pour Diana, chatte d'Alice dans le conte éponyme de Lewis Caroll. Avec son français parfois approximatif, Cammy attire la sympathie du vendeur, qui lui offre de l'humour ainsi qu'une ristourne. L'Australienne acceptera le modeste cadeau à sa juste valeur avec un mince sourire de gratitude. Notre-Dame de Paris est impressionnante, mais ce sapin de Noël géant situé en face de la façade gâche le décor. Cammy ne désire pas mettre les pieds à l'intérieur, juste pour avoir une raison de revenir ici plus tard. Le cinquième arrondissement plait beaucoup à la jeune femme, mais l'accès est difficile. Pentu, pavé.

La misère est aussi présente, dans la capitale de la France. Non loin de l'église de la Madeleine, en sortant de chez Ladurée, un jeune individu accoste les deux personnes, faisant l'aumône pour manger. Cammy n'a plus de monnaie mais donne volontiers les macarons qu'elle souhaitait offrir à la femme de chambre qui s'occupe soigneusement de sa chambre d'hôtel. La rouquine a eu le loisir de discuter un peu avec la dame, se sortant ainsi de la solitude qui l'enveloppe à chaque fois qu'elle a à se séparer de son guide. Le mendiant est déconcerté mais remercie chalereusement l'étrangère. Quelque pas plus loin, un autre miséreux qui avait vu la scène n'aura pas eu la même chance.

Le Louvre. La pyramide est vilaine, et pourtant, l'oeuvre de Dan Brown a réussi a projeter Logan ailleurs que ce qu'elle perçoit. Malgré tout, elle est en effet un furoncle comparé au Palais Royal. La visite de ce dernier émouvra la demoiselle. Elle touche tout ce qui lui est accessible dans ce lieu rempli d'histoire à l'exception des oeuvres qu'elle ne veut en aucun cas altérer, souiller. Les reliefs des portes, la douceur du marbre lui font oublier la panique qui l'a envahie face à la masse oppressante de touristes, venus des quatre coins du globe et dont elle fait partie malgré elle. En plan VigiPirate, elle a cru défaillir lorsqu'il lui a été demandé de poser son sac à main sur un tapis roulant afin de scruter ce qu'il contenait, tandis qu'un agent passait un détecteur de métaux manuel autour d'elle.
Aile Richelieu, premier étage. Dans les Grands Appartements de Napoléon III, Cammy est en émoi. Le plafond du Grand Salon culmine a quelques mètres au dessus d'elle, les peintures y sont grandioses. Le mobilier emporte la jeune femme loin dans le temps. Elle restera un long moment à rêvasser, un sourire absent ornant ses lèvres. Elle passera d'ailleurs un temps indéterminé à admirer le magnifique portrait de l'impératrice Eugénie du Salon Théâtre, si belle, si fastueuse dans sa robe d'apparat et tous ses apprêts... Cammy ne prononcera pas un mot, subjuguée par ce luxe qu'elle ne tolère que dans l'Histoire. Elle s'installera un moment sur un siège puis les deux jeunes gens reprendront leur visite, en empruntant un ascenseur non loin. Ils se retrouvent ainsi dans une cour du rez-de-chaussée, la cour Marly. Une autre forme de magie lumineuse régne sur le lieu: une collection de sculptures françaises du Ve au XIXe s'étendent là juste sous ses yeux. Elle les observe longuement, devine les personnages représentés, sans trop faire d'erreurs, en leur attribuant le nom de leur équivalent grec... Là aussi, elle s'installera parfois sur des sièges, et ira même jusqu'à prendre des notes voire, des photos qu'elle étudiera au soir en les annotant. Plus loin, cour Puget, Cammy ouvrira sur une sculpture qui la laissera interdite quelques instants. Elle prend une photo de la statue et l'envoie par mail à Yun-Jin avec une simple phrase: "Ne perds pas espoir."

Désirant prendre l'air, ils font une pause à l'extérieur, au pied de la pyramide.

Nisus et Euryale. Elle n'aurait jamais deviné, mais n'est au fond pas surprise. Elle étire un sourire en repensant à l'annotation au pied de l'oeuvre "Les guerriers troyens Nisus et Euryale étaient amis au point de mourir ensemble." Cammy va même jusqu'à pousser un petit rire, commentant à voix haute.

-"Décidément, plus le temps s'écoule, plus les esprits se resserrent. "Amis"... Haha ! Nisus et Euryale étaient amants ! Et c'est à cause de ces mauvaises interprétations que des fossés se creusent, que la haine se déploie, que le jugement perdure et que des personnes souffrent..."

Un touriste japonais les accoste et leur demande de le prendre en photo avec sa petite-amie devant l'oeuvre de verre.
Retour a l'intérieur pour une dernière balade. Cammy fatigue, mais espère en voir plus encore. Ils entrent dans l'aile Denon que la demoiselle a aperçue depuis l'extérieur. D'autres sculptures, italiennes cette fois, sont représentées là, dans la salle 4 de la galerie Michel-Ange comme la fameuse Nymphe au scorpion, Le Mercure volant qui n'est pas sans rappeler celle de Mercure rattachant ses talonnières qui avait fait sourire Cammy au détour d'un couloir, par la simplicité du geste, très...humain de l'être divin. Elle découvrira l'original de L'esclave mourant et son double l'Esclave Rebelle, figures de Michel-Ange, incomplets. Cammy aime ce qui n'est pas abouti, on en revient. Elle aime ces deux oeuvres.
Elle hausse un sourcil en voyant une troupe d'étudiants en train de faire, chacun leur tour, un de ces "selfies" devant l'Apollon vainqueur du serpent Python. Effarée pendant un bon moment, elle finit par en être amusée, poussant un petit rire. Elle ira même jusqu'à les photographier. Traverser presque trois siècles pour en venir à ce résultat... C'était tellement idiot que ça devait être immortalisé.
Elle tombe sur L'Amour et Psyché de Canova, montrant Psyché jouant avec un papillon que Cupidon tient en main.

- Le Papillon, symbole de l'âme... Une allégorie de Psyché elle-même. C'est très subtil.

Cammy tourne son visage illuminé vers Yui à qui elle adresse un sourire reconnaissant. Sans lui, elle ne serait sans doute pas ici. Une foule derrière lui attire son attention. Les touristes sont en mode papparazzi, à la limite de la sortie de la salle. La curiosité exacerbée, elle s'approche du groupe, remarque un artiste qui croque l'oeuvre devant ses yeux sur un carnet à esquisses. Elle a le coeur qui bat. Se pourrait-il que ? Par dessus la foule, contre le mur, un panneau "Ne pas toucher les oeuvres". Elle en avait déjà remarqué un peu partout dans le musée. Mais ce qui attire le plus son regard, c'est deux formes pointues. Des ailes ?
Elle sait ce qui se trouve là. Elle en désirait la miniature hors de prix sur le stand d'un antiquaire ambulant présent exceptionnellement le jour où elle a croisé Yui dans un marché à Keimoo. Elle ne veut pas se faufiler entre les gens qui ne décollent pas de l'oeuvre, la filme, la capture sans flash, c'est interdit. Alors elle s'assied et elle attend. Et lorsque la foule s'écarte enfin suffisamment, c'est pour offrir à Cammy une vue exceptionnelle sur Psyché ranimée par le baiser de l'Amour. Ses mains viennent tout naturellement recouvrir sa bouche. Encore un aboutissement, c'est décidément facheux. En réalité, il y a quelques temps de cela, elle ne vouait pas vraiment de culte à cette oeuvre. Certes, elle désirait la voir en vrai, comme autant d'autres oeuvres qu'elle avait déjà admirées. Mais, depuis cette rencontre au marché, Psyché et Cupidon étaient devenus un symbole. Un peu trop romantique, certes, mais surtout le symbole d'un souvenir qui n'appartenait qu'à Yui et elle-même. Yui avait d'ailleurs abordé à nouveau vaguement le sujet de cette sculpture dès le premier jour. Pour lui faire plaisir probablement. C'était même sûr. Il ne voit sûrement pas le marbre de la même façon qu'elle que ce soit dans le domain artistique, historique, ou symbolique. C'est pourquoi, elle lui pose cette question:

- Dites-moi ce que vous voyez, Yui. Que vous inspire cette sculpture ?

Plus loin, le groupe d'étudiants aux selfies avec Apollon passent devant Amour et Psyché en riant, sans y accorder le moindre regard.

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MessageSujet: Re: One Day I'll Fly Away - PV.    Lun 2 Mar 2015 - 0:21


Délaissant sa fixation distraite sur les passants, Valentine a posé les yeux sur la sculpture qui finit par se libérer pour quelques instants. Il sait que Cammy attend pour la voir, cette œuvre là en particulier, vraisemblablement plus que toutes les autres. Cette fascination qu’elle semble lui dédier lui échappe mais dans le fond, peu lui importe du moment qu’elle en soit satisfaite. Après tout, le temps n'a plus réellement d'emprise... depuis qu'il l'a décrété. Et ça semble simple.

-Et bien. Hm.

Une pause. Quelque part pourtant, commence à errer cette autre question silencieuse, celle qui se demande jusqu'à où, jusqu'à quand ...? Enfin de compte est-il en train de renverser pierre par pierre les fondements de sa raison. Un léger rictus et son regard balaye ce schéma intérieur à ses pensées pour retrouver les lignes et courbes du dieu et de son immortelle en face de lui. Valentine n'a pas de penchant particulier pour l'art de manière générale ; que peut représenter cette pièce d’art, si ce n'est une rouquine qui s'émeut devant la même, miniaturisée à l'autre bout du monde.

-Je suis rustre au point qu'elle ne m'inspire pas tellement en tant que telle..., finit-il par avouer dans le plus simple des explications, C'est toi qui voulait la voir non? Parce que sinon elle me fait penser a toi.

Des rires, des selfies, des vouvoiements et des tutoiements se perdent mais au final c'est du pareil au même. L’admiration de Cammy envers l’histoire immortalisée est palpable depuis un moment ; pour ainsi dire qu’il lui découvre une nouvelle facette.

- Ça me paraît assez intemporel je dirai. L’originale est tout de même mieux que l’autre et nous y sommes.


Hier là bas, aujourd'hui ici. C’est ça, c’est simple ou du moins ça le paraît. Des choses simples, dont il a perdu l’habitude d’en saisir la consistance.

- Si cette époque là avait réellement existé, j’aurais dit que tout paraissait relativement simple et épuré d’artifice.

Une réelle contradiction quand objectivement, la sculpture qui se tient là est justement taillée dans toute sa complexité.

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MessageSujet: Re: One Day I'll Fly Away - PV.    Lun 9 Mar 2015 - 13:00

Ce n'est que peu de chose. Vraiment très peu de choses.

Cammy tourne la tête pour regarder le profil de Yui. Est-ce que la présence de l'homme en ces lieux ne se justifie que par celle de la rouquine ? La jeune femme se demande si, dans d'autres circonstances, Yui aurait foulé le sol de ce palais. Mais rien que le fait de savoir que la sculpture lui fait penser à elle, Cammy en est ravie. Yui énonce un avis purement subjectif, personnel...Vous n'êtes pas rustre, Yui. Vous êtes charmant. Elle le laisse parler de cette voix discrète, presque transparente. Son dernier commentaire l'envoie dans une énième rêverie. Comment verrait-elle le monde, s'il était à l'image de cette sculpture ? C'était si facile pour elle de l'imaginer. Elle ferme les yeux invitant Yui à la suivre dans cette version qu'elle s'apprête à décrire.

- Le ciel serait clair, la lune visible en plein jour et les arbres feuillus étireraient leurs branches au dessus de nous, pour nous protéger des rayons de son frère. Vous n'êtes pas à votre place, dans la lumière. Vous êtes une Ombre Blanche, immatérielle autant qu'intemporelle. Je vous sens, mais ne vous vois pas ; je vous entends, mais ne vous situe pas.  Je me lève, vous me suivez ; j'entame une danse que vous menez.

Elle ouvre son coeur, la petite Logan, exprimant ainsi ce que Yui Valentine représente pour elle. A quel point il compte à ses yeux. Leur relation autant que leurs échanges sont étranges, mais ils se comprennent. Ils semblent simples d'apparence, et pourtant sont si complexes à l'intérieur. Comme la sculpture en effet. Cammy ouvre à nouveau les yeux, elle sourit, se lève et attrape les mains de son compagnon.

- Emmène-moi ailleurs, Yui. Quelque part où tu te sens bien. Montre-moi ce qui compte pour toi.

Elle ose, ne se fixe plus de barrière, et tire sur les mains de cet individu auprès de qui elle se sent si bien. Elle pousse un petit rire, sans jamais quitter cette main frêle, osseuse. Ils passent devant la boutique de souvenirs, achète une version réduite en plâtre de Psyché et Cupidon, nettement moins qualitative de celle de l'antiquaire au Japon. Même pas la même version. Le sachet la contenant dans sa main droite, la main de Yui dans la gauche, elle ne s'est même pas rendue compte qu'elle a oublié sa béquille à côté du couple énigmatique et immortel.

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MessageSujet: Re: One Day I'll Fly Away - PV.    Sam 14 Mar 2015 - 10:39

Il laisse Cammy Logan à sa rêverie, entre ses ombres blanches invisibles mais palpables, une valse qu’elle entraine sans l'avoir provoquée. Il laisse les mots qu’elle veut bien délaisser envahir son espace de réflexion, sa table de pensées vertueuses comme viciées. Ça devient dès lors, un simple instant où il cesse d’analyser puis de décortiquer chacun des faits qui se trouvent à sa portée.

-Je suis mauvais danseur,
murmure-t-il alors, le regard fixé sur cette sculpture qu’il ne voit pas.

Elle l’entraine.
Puis le temps s’étire, tel un complexe élastique.





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Jour #08, #09, #10, quelque part dans ces-eaux là. Ils vaquent, trainent, parcourent tranquillement le passage de l’Ancre, la cité Durmar, le passage des Panoramas, la terrasse des Climats… c’est autant de facettes de Paris que Yui laisse découvrir à la jeune femme tout en la laissant les envahir de ses imaginations romantiques. Paris, cette ville là qu’il aimerait bien avoir oublié avec le temps mais qu’il ne peut effacer de sa volonté. Paris, qui finit par prendre d’autres nuances en compagnie de cette fille. -Je pense que je vais ouvrir un salon de thé... à défaut d’un cabinet psychologique, annonce-t-il un jour.

Jour #12, #13, #14, … Terrasse du Printemps. Le temps reste suspendu dans les airs et apporte une saveur sereine. "- Je n’aime pas Paris." Il est là, pensif, le regard balayant les toits de Montmartre. Mais les hauteurs compensent tout comme la présence de celle qui sirote son cocktail. Parce que là bas en contrebas, c’est routinier. Cette impression de recul, cet angle de vue et perspective décalée qu’il a du monde, c’est un peu ce qu’il perçoit depuis leur place. Valentine se rend alors compte qu’il oublie de réfléchir à l’essence des choses quand elle est là. Cette réflexion intarissable et torturée sur le fondement logique et métaphysique des choses qui le poursuit et l’obnubile tel un aliéné depuis son enfance, ce mécanisme qui le consume et l’use… Cammy Logan l’éloigne. C’est doux, c’est apaisant. C’est surtout suffisant.

Jour X, Y, Z […] sur le chemin de l'avenue faubourg St honoré.

-Je n’aime pas les hôtels de luxe, a-t-il avoué à mi voix alors qu'il raccompagne Cammy à ses appartements. Et puis il y a cette voix qui s’élève derrière eux. Valentine ? Valentine, tu es encore ici ?

Yui mettra un moment à réagir, car c’est une voix qu’il reconnaitrait n’importe où. Il se retourne finalement pour faire face à une femme dans la jeune trentaine, pâle, les cheveux châtains clairs soigneusement relevés. Visiblement étonnée, elle semble simple dans son style raffiné et elle se tient très droite, à une distance respectable d’où il se tient. Valentine l’observe sans expression et attend patiemment qu’elle poursuive ce qu’elle a à dire. C’est un instant qui s’éternise …comme toujours. Eliane n’a plus vraiment la notion du temps.

-Tu es revenu ? souffle-t-elle figée, la tête légèrement penchée sur le côté comme si elle entendait quelque chose perceptible d’elle seule. Elle est ailleurs, pour ne pas changer ; ça fait longtemps qu’elle est loin. Un léger silence s’installe mais Valentine ne briserait pour rien cet instant éphémère.

-Je ne fais que passer, a-t-il fini par expliquer calmement, ce à quoi la jeune femme prendra son temps pour en assimiler toute sa contenance. Ce sont des instants vides qui attirent inévitablement l’embarras, mais ce sont des silences et conversations aériennes auxquels Yui s’est adapté, jusqu’à les apprécier. Ce sont des morceaux temporels brisés où le silence se met à bavarder entre les cassures, dans un langage qu’eux deux pourraient comprendre. Et ce sont des saveurs d’autant plus appréciables quand il lui est donné possible de pouvoir rester avec Eliane. Mais tout cela, elle ne le sait plus. Valentine ne reprend la parole que lorsqu’il est certain de capter à nouveau son attention pour quelques secondes supplémentaires.

-Tu connais Cammy ?

Eliane ne peut la connaitre, tous deux le savent mais l’ancien psychologue lui laisse l’impression de croire qu’elle aura toujours le choix de ses réponses. La jeune femme a fini par sourire et a salué la jeune femme d’une poignée de main cordiale tout en l’étudiant d’un air paisible. Elle a une caractéristique indéfinissable qui se reflète chez Yui alors qu’à première vue, ils n’ont rien en commun.

-C’est bien, décrétera-t-elle à mi voix. Je crois que c’est bien comme ça.

Valentine n’aurait jamais qualifié de bien tout ce qui se retrouve en présence et autour d’Eliane mais déjà un léger rire s’échappe et reprenant son air absent, elle s’est écartée pour repartir. L’ancien psychologue scolaire la suivra du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans l'hôtel et quelques instants encore, après qu’elle ne soit plus à sa portée de vue. Sans doute bien après qu’elle les ait déjà oublié. Contrairement à Eliane, Yui Valentine a une mémoire acérée et une juste balance entre eux deux auraient pourtant permis de rééquilibrer beaucoup de choses. Remontant dans la direction inverse de leur destination initiale, Yui a passé une main autour de la taille de Cammy pour laisser ses phalanges trouver de quoi se crisper un instant. Le vide qui accompagne ensuite leurs pas pendant plusieurs mètres interdit toutes questions sur le pourquoi du comment avant que Valentine finisse par s’arrêter, un pli soucieux sur ses traits. Il retire son emprise soudaine sur l’australienne avec un -Pardon préoccupé. C’est sans doute la première fois qu’il passe autant de temps sur Paris mais ce faisant, il y a puisé ses dernières limites supportables. Rentrer à l’autre bout du monde devient alors, au-delà de tout désir, un impératif. Il a attiré Cammy Logan contre lui pour simplement l’empêcher de poser des questions et parce qu’il aimerait que cet effet reposant prenne le dessus sur les sentiments d’échec qui renaissent à chaque fois qu’il croise Eliane. Mais la vague tourmentée est déjà déclenchée et son inconscience se met à réfléchir sur la quintessence des choses pour désosser une fois de plus, la raison d’être de ce qui l’entoure. Il a secoué imperceptiblement la tête, habitué devant son propre mécanisme, ce tumulte bordélique et interne de tous les jours. Puis, il a déposé ses lèvres sur le front de Logan: "-Je dois rentrer à Keimoo. Rentrons." Ici, ce n’est définitivement pas chez lui. Le retour au Japon est réservé au soir même, pour un vol de nuit. Installé sur son siège, Valentine, depuis sa place côté couloir, ne détache le regard du hublot qu’après que Paris lui soit hors de vue. Il a alors reporté son attention sur le journal.

-Eliane est atteinte d’une maladie neuro-dégénérative depuis des années. Elle dit des choses décontextualisées, la plupart du temps. a-t-il posément expliqué, dans sa capacité étrange à lire et à converser à la fois sans perdre le fil des deux. Avant ça, il y a un temps où on a été plus proche. Je veux dire...

Fusionnels.

-Eliane est ma soeur jumelle ...entre autres.

Il ne parle qu’à demi-mot, mais c’est largement suffisant. Il se résout à laisser la pseudo actualité de côté pour poser son regard sur Cammy. Il ne peut lui demander si Paris lui plait toujours autant et si son séjour lui a été favorable car il ne le verrait pas de cet œil.

– …Peu importe. Dis-moi plutôt comment tu te sens. Parce que même si tu rentres au Japon, même si le temps n’attend personne, tu n’es pas obligée de faire comme s’il existait. Personnellement, j’aime à penser que c’est ainsi que tu le détiens.

Valentine a saisi son portable, chargeant les anciens mails. Il y a tapoté rapidement quelques mots pour tendre l'écran à Cammy à défaut de pouvoir le lui envoyer.


    From: c.logan@gmail.co.jp
    To: yui.valentine@gmail.co.Subject: (no title)
    J'ai hésité, mais je suis là. Paris n'est pas comme je l'imaginais, c'est abominable. Trop de monde, trop de bruit, trop sale. Un policier m'a recommandé un petit parc, Boulevard des Invalides, à côté du Musée Rodin, station Varennes. Je vais m'y rendre en taxi, je vous attendrai là-bas disons, pour 2:00 pm.
    Cammy Logan.

    -------
    From: yui.valentine@gmail.co.jp
    To: c.logan@gmail.co.jp
    Subject: RE:(no title)
    Absolument abominable... n'est-ce pas.
    Yui Valentine.



Et il a souri.

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MessageSujet: Re: One Day I'll Fly Away - PV.    Jeu 19 Mar 2015 - 22:47

C’était ça, quelques semaines plus tôt. C’était ça, quelques mois plus tôt. Cammy désirait en savoir plus ; la voilà désormais comblée. Elle regrette et s’en réjouit, elle regrette de s’en réjouir. Elle ne se réjouit pas de s’en réjouir.


J’ai sous estimé le décor
Et depuis les remords
Viennent manger mon corps.


C’était cette chose, accrochée dans son dos.


***


#TOUS LES VISAGES
PARLENT D’EUX-MÊME




Yui a fait visiter à Cammy bien d’autres lieux bucoliques, charmants à souhait. Elle avait déjà entendu parler du passage des Panoramas, absolument incroyable et pourtant en rien comparable à celui de l’Ancre. Elle aurait aimé avoir son parapluie avec elle, le casser pour mieux le porter chez le dernier réparateur de Paris, là, dans l’allée. La jeune femme n’en peut plus d’être celle qu’on découvre, celle qu’on observe. Elle finit par se persuader de n’avoir pas grand intérêt, elle qui s’émeut pour un oui, pour un nom... gravé sur une plaque. C’est elle qui pose les questions, et n’obtient que de l’évasif, du nébuleux. Elle sent la frustration monter, agacer ses noirs désirs. Au final, elle cessera de montrer de l’intérêt pour Paris. Tous ces lieux que Yui lui montre correspondent à ses goûts et pour un peu, elle s’y sentirait bien. Cependant, depuis le Louvre, depuis qu’elle a atteint ce but qu’elle ne s’était pas fixé, c’est autre chose qu’elle désire. Elle n’y a pas accès, l’entrée est privée. Personnel uniquement. Le soir, emmitoufflée au creux de l’émail de la baignoire, ses pensées sont rivées vers le voisin du 63 de la même rue. Elle sort de l’hôtel, souvent, et touche la porte de l’immeuble concerné. Elle cherchera même quelle fenêtre allumée correspond à celle du spectre. Elle bulle, elle futile, se projecte dans l’éventualité de la porte du studio concerné qui s’ouvre devant elle. Quelque chose de plus chaud qu’une glace Berthillon qui ne serait pas du chocolat.



Tous les visages parlent d’eux-même
Avant qu’on les connaissent
Le mien t’a dit : “Va-t-en ; cours au loin”
Je ne serai que tristesse.



Et à chaque fois, elle aura fait demi-tour. Elle est venue de l’autre bout de la planète pour lui, mais n’aura jamais le courage de faire quelques mètres de plus vers lui. Chaque tentative se solde par un échec. Au final elle imagine qu’elle ne vaut pas la peine de le savoir. Egoïste, elle colère et désormais, Paris est amer.


Une surprise, un instant. Yui emploie enfin la première personne du singulier, et ce n’est pas pour river à nouveau la conversation sur l’actualité de l’Australienne. Sur quelques mètres, il parle d’un projet professionnel. Encore une fois, à ce moment, elle sent l’irrésistible envie d’un interrogatoire flirter avec ses fines lèvres rosées. Mais au lieu d’un point d’interrogation que miment ses cordes vocales, elle se sera contentée d’un sourire léger, authentique. Petit bonheur que celui de la confession, son sourire se sera agrandi dans la solitude de cette chambre d’hôtel qu’elle ne supporte déjà plus. Ce soir là, elle n’ira pas jusqu’au numéro 63.

Et puis la visite touristique se poursuit, Cammy n’accorde déjà plus de regard émerveillé au décor. Elle avance, écoute le rythme des pas de Yui à ses côtés, reprend le jeu du faire-semblant. Elle profite de sa présence en simple spectatrice, attendant que le théâtre de leur vies délivre un autre secret sur “Yui Valentine”.  


Le quartier Haussman est magnifique par son architecture, et que dire de l'Opéra Garnier. Mais la population, la circulation, les échafaudages de quelques restaurations de maisons viennent à ternir le décor. Pourtant, sur la terrasse du Printemps, c'est un calme étrange qui s'installe. Une vue panoramique à 360 degrés sur le tout-Paris se donne au couple énigmatique. Cammy aperçoit la Dame de Fer,  la Tour Montparnasse, le Panthéon, la basilique du Sacré Coeur là bas, sur les hauteurs de la ville. C'est gris, mais c'est beau. Un chat au loin, puis une nuée de pigeons qui s'envole d'un coup. Elle sourirait presque en remarquant les dorures de l'esplanade des Invalides. Tout en sirotant son cocktail, elle songe à son arrivée et éprouve la sensation d'être dans cette ville depuis très, très longtemps. Suffisamment pour savoir par coeur l'emplacement en escargot des arrondissements. Pratique pour se situer.


“Je n’aime pas Paris”.


Révélation. Cammy se voit encore observer Yui avec surprise, sans dire quoi que ce soit. C’est un silence étrange qui s’installe. Ce qui étonne la demoiselle, c’est la déclaration. Rien que le fait que c’en soit une. Les rideaux se sont ouverts sur un homme grand, planté au milieu de la scène sans adresser un regard au public. Il se contente de dire “je n’aime pas Paris”. Dans la salle, personne ne semble surpris. La rouquine regarde autour d’elle, dans l’immensité de cette pièce dépourvus de murs et l’espace d’un instant, elle se demande à qui il s’adresse. Le public n’existe pas, Yui Valentine s’adresse à elle seule. Elle a alors porté ses lèvres jusqu’à cette paille, laissant le mélange placebo se frayer un chemin jusqu’à son cerveau.


Il est bon, ce cocktail.


Et dire qu’elle ne supporte pas de boire ou manger ce qu’elle n’a pas concocté elle-même. Depuis presque deux semaines, elle sait qu’elle prend des risques. Fort heureusement, elle n’est pas tombée malade. Pourtant, elle se dit que ça ne la dérangerait pas, ici. Juste pour être choyée par la seule personne qu’elle connaisse dans les environs.


Les jours se suivent et se ressemblent. Parfois, depuis sa fenêtre, Cammy jette un regard vers le 63. Elle ne compte désormais plus le nombre de fois où elle a voulu toquer à sa porte. Comment peut-on passer autant de temps avec un individu, à des milliers de kilmomètre de chez soi, et se retrouver le soir comme perdu au milieu de l’univers ? Chaque jour, elle craint de voir le crépuscule apparaitre, chaque soir, elle repousse les échéances. Un cabaret par ci, un opéra par là. Tout est prétexte à un retour tardif. Mais à chaque fois, la solitude est plus lourde que jamais et Cammy n’espère plus rien. Elle n’arrive même pas à se réjouir de cette dernière confession de la part de l’ex-psychologue. “Je n’aime pas les hôtels de luxe”, résonnance à ses propres pensées. Elle abhorre cet hôtel en particulier. Elle décide que ce soir précis, elle n’y retournera pas.


Sauf que… cette rencontre là, n’était pas prévue.


Elle est grande, les cheveux remontés en arrière. Elle l’appelle “Valentine”, et ça sonne faux. Cammy ne saurait expliquer pourquoi, mais ça sonne faux. Ce qui perturbe la rouquine, c’est qu’elle se retourne en premier. Son regard passe de Yui à l’inconnue, puis de l’inconnue à Yui. Finalement, il se retourne. L’australienne s’inquiète, frissonne. Le manque d’expression de l’homme présage tout le contraire et c’est une ascension fulgurante d’émotions qui jaillit dans le coeur de Cammy, comme si elle pouvait exprimer tout ce que Yui refuse de transmettre. Empathie déroutante. Face à l’absence, d’un côté comme de l’autre, elle frémit. Elle écoute, persuadée de pénétrer dans un monde dans lequel elle n’est pas invitée, jusqu’à ce que Yui prononce son prénom. Cammy a peur, elle panique intérieurement, le coeur au bord des larmes. Elle ne veut plus savoir. Tout devient sombre, son univers se fait engloutir par celui, sombre, de l’homme. La main de l’inconnue est glaciale, tout comme le Styx. Sa gorge se serre. La situation est malsaine. A partir de ce moment, et jusqu’à ce que la femme ait disparu, Cammy n’entendra plus rien, recréant ainsi sa demeure protectrice dans l’observation de l’irrégularité granuleuse d’une brique sur un mur du faubourg Saint Honoré. C’est alors un contact sur sa taille qui la sortira de sa rêverie. Yui est plus proche d’elle que jamais. Elle peut même sentir l’étau de ses doigts frêles se resserrer au dessus de sa hanche. Elle ferme les yeux, juste pour un infime instant qu’elle savoure comme une libération. Pendant les quelques mètres que dure ce rapprochement, la jeune femme a simplement étiré les lèvres, un réflexe durant lequel le vide de l’existence prend forme. Lorsqu’elle le réalise véritablement, le contact n’est plus. Yui ne s’excuse pas vraiment et Cammy éprouve ce remord d’avoir éprouvé une forme de plaisir, en tirant profit de la faiblesse de l’homme. Cette honte qui la submerge surpasse toutes celles qui l’ont déjà habitée. Elle aimerait s’excuser elle aussi, d’avoir voulu exploiter la seule faille de Yui Valentine sans même en connaitre la nature. Mais elle ne peut pas. Elle aimerait dire quelque chose, n’importe quoi, mais là aussi, elle ne peut pas. Pas seulement à cause de la bassesse de ses sentiments, mais tout simplement parce que l’étreinte qui s’en suit lui ôte définitivement toute notion de temps et d’espace. Une étreinte le premier jour, une étreinte le dernier jour.

Dans les bras de Yui, là, au beau milieu de la rue, Cammy se fige. Incapable du moindre geste, elle est sous le choc. La première fois, elle avait besoin de réconfort, il y avait des larmes. Beaucoup de larmes.
Pas cette fois. Serait-il possible que Yui en ai besoin à son tour ? Qu’a-t-elle fait pour lui jusqu’à présent ? Il ne s’ouvre pas, ne fait jamais état de quoi que ce soit. Il a vaguement parlé d’un salon de thé et a dit “je n’aime pas” par deux fois. Guère d’optimisme chez cet individu.

Ainsi, c’est toujours la même question qu’elle se pose. Que fait-elle là ?


Elle se sent régresser. Tant de temps passé auprès d’une personne pour finalement, ne rien savoir d’elle. A quoi bon aller si loin, finalement si ce n’est qu’à Keimoo, elle n’aurait peut-être pas eu l’occasion de sentir l’intimité des lèvres d’un mirage sur son front. Cammy décide de ne plus penser à rien, pour ne pas avoir à poser de questions. Elle ne se serait jamais permis, de toute façon, d’aller si loin dans l’indiscrétion. Cependant, l’attente est trop longue pour une sensibilité comme la sienne. Dans l’avion, elle remonte sa montre, déclenchant ainsi une nouvelle course contre elle. Elle  laisse son regard transpercer le hublot, fuyant la présence sibylline du spectre à ses côtés. Elle abandonne et ne dit pas un mot.


Eliane. L’inconnue ne l’est plus. Cammy ne veut pas savoir, pourtant elle est attentive à chaque parole prononcée par Yui. Qui est-elle pour lui ? C’est un être qu’il chérit, à n’en pas douter. Cammy observe son voisin au travers du reflet du hublot. Elle ne veut pas qu’il la scrute une fois de plus comme un sujet d’expérimentation, ou d’analyse. “Avant ça, il y a un temps où on a été plus proche. Je veux dire…” Cammy ne veut définitivement pas savoir.


Soeur jumelle.




Tous les visages parlent d’eux-même
Avant qu’on les connaissent
Le tien m’a dit : “Va-t-en ; cours au loin”
Je ne serai que tristesse.




Elle s’est raidie, le souffle court. Puis a fermé les yeux. Voilà. Elle finit par tourner lentement, très lentement, la tête vers lui. Elle observe les mains de Yui Valentine. “Peu importe”, hein ? Finalement, une impression de déjà vu glisse le long de son échine. Comment se sent-elle…
Eliane… Elle l’a appelé “Valentine”. Peut-on ainsi prononcer son propre nom de famille, alors que Yui a appelé sa soeur par son prénom ? Cammy jette un oeil sur le portable, voit son vieux mail. Elle ne saurait dire de quand il date. C’était une autre époque. Il y a un siècle, ou la veille.

Absolument abominable. Elle observe ce visage souriant, qui se voudra peut-être rassurant. Mais pour qui. Alors délicatement, elle attrape l’appareil dans ses mains.


    From: c.logan@gmail.co.jp
    To: yui.valentine@gmail.co.Subject: (no title)
    J'ai hésité, mais je suis là. Paris n'est pas comme je l'imaginais, c'est abominable. Trop de monde, trop de bruit, trop sale. Un policier m'a recommandé un petit parc, Boulevard des Invalides, à côté du Musée Rodin, station Varennes. Je vais m'y rendre en taxi, je vous attendrai là-bas disons, pour 2:00 pm.
    Cammy Logan.

    -------

    From: yui.valentine@gmail.co.jp
    To: c.logan@gmail.co.jp
    Subject: RE:(no title)
    Absolument abominable... n'est-ce pas.
    Yui Valentine.  << suffisamment pour changer de nom. N’est-ce pas ?



A elle de sourire et de prendre la parole pour la première fois depuis… ?

- M’en aurais-tu parlé, si nous ne l’avions pas croisée ? Ne me réponds pas par une autre question, s’il te plait.

Elle lui glisse son bien entre ses doigts, qu’elle entoure des siens. Maintenant qu’elle sait…
Dans ses souvenirs, elle se voit poser la main sur le front de l’homme. Au marché.

“Pourquoi...êtes-vous si triste ?”

Et le mirage a disparu.



Tous les visages parlent d’eux-même
Avant qu’ils se connaissent
Les nôtres ont fait semblant jusqu’à la fin
Aidés de fausses promesses..

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Dernière édition par Cammy Logan le Mar 25 Aoû 2015 - 9:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: One Day I'll Fly Away - PV.    Dim 22 Mar 2015 - 16:05

Autant de piques que de questions.

Il ne lui rendra pas l’écran. Valentine a maintenu son sourire resté sur un ton narquois, qui finit par muer en un sourire calme. Il ne lâchera pas le regard de Cammy, où un message clair passe sans qu’il ait besoin de le communiquer. C’est moi, le psychologue. Et à chacune de ses questions Valentine lui offre le silence qui finit par se briser de lui même.

-Non.


Il n’a de toute façon plus de larmes à donner depuis le temps et sa réponse est catégorique. Valentine détaille ce visage comme il lui est déjà arrivé de faire, mais en voit les finitions comme il ne les a jamais perçu. Donner un visage à cette présence jusqu’à maintenant s’est montrée apaisante a quelque chose de nouveau mais les questions qui s’ensuivent sont l’écho d’un quelque part douloureux. C’est pourtant un appel lointain dont il a cessé de s’étouffer ne serait-ce qu’au son de sa voix. Il retravaille alors, la sècheresse de sa réponse précédente.

-Non je ne pense pas, parce que quoi que je fasse ou que je dise, elle ne retrouvera pas ce qu’elle oublie. Je ne sais pas pourquoi c’est Théo qui est resté dans sa mémoire alors qu’on a toujours été plus proche, Eliane et moi. L’accepter est un fait, mais devoir l’admettre en face… je crois que je ne sais pas faire ça,
a-t-il simplement déclaré.

-Ou alors je ne peux simplement pas.


Ils sont triplés mais ne se ressemblent pas.
Yui a laissé le bruit du moteur couvrir progressivement le son de sa voix.



Comme si demain n'existait pas


Des heures passent et Valentine s’est adossé plus confortablement sur son siège. Le temps qu’il a passé auprès de Cammy, tous ces jours où il a bien voulu en dire davantage que d’ordinaire, ne se résument qu’en trop peu de mots échangés au final. Si peu, alors que Yui a dans le fond, la cette sensation d’avoir tenu un monologue tout au long de leur séjour, des phrases et encore des mots… qu’il n’aurait pas pu concevoir plus intègres. C’est un monologue qui s’apparente en un amoncellement de fils qui se démêlent à mesure qu’il laisse une histoire s’échapper de manière décousue… Pour s’emmêler de nouveau dans une autre configuration. Le système Valentine.

Il a reposé les yeux sur sa voisine alors que les consciences autour, s’endorment.

Je sais ce que tu penses, manque-t-il de dire laissant filer le silence une fois de plus. Il sait ce qu’elle ressent, l’a entrevue et décrypté à travers les voiles de sa personnalité. Depuis leurs premières conversations, Cammy Logan a ce regard qu’elle lui voue, cette attention particulière qui a une couleur qu’elle ne donne pas aux autres. Son appel silencieux et constant quoi qu’elle fasse, quoi qu’elle dise, cet appel qui lui est perceptiblement destiné et que Yui aurait sans doute préféré ne pas savoir. Mais à caractères empathiques, difficile d’ignorer ce rentre-dedans, ces impacts qu’elle crée à coup d’émotions, de regards qui fuient et de phrases futiles imagées d’allusions. Yui Valentine est sans doute tout sauf aveugle, et c’est sans doute pourquoi peu d’idéalisme magique flotte dans son univers. C’est également la raison pour laquelle il voudrait éviter de frôler de trop près le monde délicat de la rouquine pour éviter de devoir le démonter de part et d’autres son univers comme ce qu’il a fait avec Kana Arissa, Promise Marley ou Elena Aleksandrov. Des personnalités qui l’ont toutes effleuré de plus ou moins près mais dont il n’a pu s’empêcher de disséquer jusqu’à ce que la raison en disparaisse. Il est temps de cesser, Valentine. Leçon d’humanisme dont il ne s’est rendu compte que l’an dernier, peu avant de croiser Logan dans les ruelles de Keimoo un jour de pluie. Une forme d’humilité et de respect qu’il a passé sa vie à piétiner en prétendant soigner les esprits. Alors le mirage a-t-il réellement disparu ? Il ne le sait pas. Il ignore que l’australienne lui en a collé un sur le dos ainsi. Yui Valentine, qui es-tu. Yui Valentine, qui suis-je.

Il force doucement son attention à revenir se focaliser sur Cammy où son regard s’est figé.

-Cammy, j’essayerai de répondre à tes questions.

Il a souri.

-…Ne me les pose juste pas toutes en même temps,
a-t-il fait résigné, et il s’est appuyé contre l’épaule de la jeune femme. Et demain même peu importe où tu vas, reste avec moi. Juste demain, comme s’il n’existait pas.

Il a fermé les yeux pour échapper aux limites de ce monde. C’est dans une position pour le moindre étrangement inconfortable qu’il s’est fichu, mais qui ne l’empêchera pas de s’endormir dans un sommeil sans rêve ni trêve de plusieurs heures comme il ne s'y plie pas. Et quand il rouvre son regard dans une semi torpeur avec le bourdonnement de l'avion dans les oreilles, c'est au creux de la chaleur de son épaule qu'il se réveillera, se retrouvant avec une crampe à la nuque -car il devient essentiel de finir sur une note positive tout ça pour m'éviter des insultes en mp :')

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Cammy Logan
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MessageSujet: Re: One Day I'll Fly Away - PV.    Mar 14 Avr 2015 - 9:36

La réponse est brève, radicale. Promis, Yui, Cammy ne recommencera pas. Elle se pince les lèvres et tourne la tête sur le côté, maudissant son indiscrétion, ainsi que son manque de patience. Elle n’a jamais été aussi proche d’ouvrir la fiole d’onguent de Perséphone, il ne faut pas lui en vouloir. La petite Logan sent son embarras poindre et déglutit. Elle en a oublié sa crainte de voler. Aussi, elle se contentera de hôcher la tête tout en assimilant chaque parole de Yui. Elle note par ailleurs le prénom “Théo”, sans comprendre. Elle n’ose demander qui il est, après tout...rien n’oblige Yui à lui en parler. Peut-être le fera-t-il de lui-même d’ailleurs, plus tard. Il ne lui en chaut, la demoiselle ne répètera pas la même erreur. Tout est-il que, peu importe l’identité de l’individu, il a pris la place de Yui dans le coeur et les souvenirs de sa jumelle ce qui est un coup particulièrement dur. Elle tente de se mettre à la place de Yui pour mieux comprendre la situation, mais… elle n’a personne de si proche qu’une soeur. Pas même la sienne. Quand bien même Cammy n’oublie pas Lydia, cette dernière a tôt fait de sortir de sa vie dès que l’occasion s’est présentée. La jalousie peut-elle vraiment conduire autrui à de telles mesures ? La rouquine n’a jamais compris cette rivalité irrationnelle que son aînée s’est persuadée d’ingérer dans son corps. Maintenant qu’elle y pense, et avec tous les déboires qu’elle a déjà vécus, se pourrait-il qu’elle ne la revoit plus jamais ? Géographiquement, elle n’a jamais été aussi proche d’elle depuis des années que ces dernières semaines. De Paris, il lui aurait suffi qu’elle prenne ce fameux “Eurostar” pour se retrouver rapidement à Londres en voyageant sous le niveau de cette mer, la Manche. Sauf que là, elle repartait dans l’autre sens. Elle s’éloignait de Lydia probablement pour la dernière fois, le raffut du tourbillon des moteurs la ramenant sur terre. Ou pas, d’ailleurs. A la réalité, au mieux.


Cammy est épuisée. Son fauteuil est tellement plus confortable que la dureté de la baignoire dans laquelle elle a dormi pendant plusieurs semaines qu’elle s’assoupierait bien, là maintenant. Elle ferme les yeux, juste une minute. Au final, elle est incapable de trouver le sommeil. Elle feint, mais rouvre les yeux à chaque bruit suspect de gesticulation, de craquement, de bruissement de tissu non loin d’elle, s’aggrippant fermement à l’accoudoir commun entre Yui et elle. Son regard tente de transperser le hublot, mais elle ne voit que le reflet adoucit des veilleuses au dessus de chaque passager glissant dans son angle de vue. Elle éteint la sienne d’ailleurs, histoire de se mouvoir un peu. La nervosité demeure, et ce, à cause d’une seule présence. Après des jours en sa compagnie, elle se sent vulnérable, à portée, plus observée que jamais. Le moindre de ses gestes peut se transformer en sujet d’observation. Cammy ne compte plus le nombre de fois où elle a remonté sa montre et observé l’heure sur son smartphone. Elle sort de son sac à main, ce livre qu’elle avait à son arrivée au square d’Ajaccio et qu’elle n’a jamais ressorti. Elle le feuillette, et étire de temps en temps un sourire en remarquant que nombre des lieux que lui a fait découvrir Yui figure dans ce recueil.


Plus tard, Cammy est incapable d’avaler quoi que ce soit, ses “mauvaises” habitudes reprennent le dessus.Elle accepte néanmoins deux clémentines biologiques ainsi qu’une bouteille d’eau minérale. Enfin elle sortira un stylo et laissera quelques notes à la fin du livre dans les pages prévues à cet effet. Elle rajoutera donc le square d’Ajaccio, le quai d’Orléans, l'hôtel du Faubourg Saint-Honoré quand bien même elle ne l'a pas aimé... Tout autant de notes comme si elle craignait de tout oublier demain. Elle glissera ça et là, les tickets de caisses des commissions effectuées, des nombreux restaurants où les deux jeunes gens ont déjeuné, les entrées de musées, et même ce ticket de la RATP, le seul qu'elle ait utilisé durant son séjour à Paris. Maintenant qu'elle y pense, elle réalise qu'elle a fait peu de dépenses. S'en suit alors un piquage de fard tandis que la gêne la dévore tout entière. Du début jusqu'à la fin, Yui s'est montré gentleman. Elle qui pensait il y a quelques mois que personne ne pouvait détrôner Lawrence... Définitivement, ne jamais se fier aux apparences. Dans ses pensées, elle étire un sourire tendre qui fond aussitôt que Yui prend la parole après un silence instauré depuis plusieurs heures. Et Cammy a contribué à ce fait en fuyant toute tentative de question depuis ce "non" trop abrupt. Toutefois, il est là justement question de... questions.


Chaque chose en son temps. Et ce temps,  Yui lui en a fait cadeau. Cammy Logan le prendra à sa juste valeur, comme si...


Oui, comme si demain n'existait pas.


Elle se fige, fixant les iris glacées de Yui Valentine, détaillant ce regard qu'elle traduit par “tendre”. Elle le définit ainsi, comme elle désire au fond qu'il soit. Elle observe ce sourire, comme si c'était le premier. Il l'est d'ailleurs, non ? Que disait-il à l'instant,  elle l'oublie déjà...  Troublée,  elle semble trouver un intérêt particulier pour la fixation en "T" de la tablette sur l'arrière du siège situé devant elle. Du bout du doigt, elle le touche. Comme un toc, elle recommence.

Elle s'arrête et amène ses mains contre son coeur lorsqu’elle sent un poids se caler contre son épaule. Elle appuie plus fort, espérant ainsi empêcher son organe vital se faire entendre de tout l’appareil, telle une bombe à retardement. Elle n’a pas vraiment l’allure d’un pirate ayant pour projet le détournement de l’appareil pour mieux le crasher dans l’océan Indien.
Cammy s’efforce simplement de ne pas penser, mais le mal est fait. Au delà de ses infortunes quotidiennes, elle trouverait plaisant de mourir à cet instant précis, là, maintenant. Yui se repose contre elle et c’est tout un mythe qui, ou s’effondre, ou s’élève. Ainsi après plusieurs heures sans prononcer le moindre son, intimidée par celui pour qui elle sacrifierait tout, son timbre se présente, léger. Pas même un murmure, un chuchotement.


- Si demain n’existe pas, Yui…



Elle ferme les yeux, déglutit pour s’épargner une faiblesse supplémentaire, mais échoue dans l’expression d’un trémolo.


- Ne m’abandonnez pas.



Et dire que, quelques semaines plus tard, c’est elle qui partirait.

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