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 L'acide gastrique des rats. [ Naoko. ]

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Kohaku Joshua Mitsumasa
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Genre : Non Binaire Verseau Coq Age : 23
Adresse : Hiryuu : 05 rue de la Chance, app 32 ou la Chambre 110 de l'université ou chez Zakuro.
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MessageSujet: L'acide gastrique des rats. [ Naoko. ]   Lun 27 Mai 2013 - 21:31

L’ACIDE GASTRIQUE DES RATS.


« Et ils vous arracheront la peau.
Lambeau par lambeau. ».



-

I can’t sleep until I devour you.
I will blow your heart to pieces.


-

La créature frétillait entre mes doigts, jetant ses petites pattes pourvues de griffes sous ma peau, l’étirant et l’ouvrant de sorte à ce que mon sang vienne se mêler au sien, ruisselant sur mes doigts, laissant dans son explosion carmine la possibilité d’une maladie s’infiltrant dans mes veines. Comme bien souvent, la pensée filtrait dans mon esprit obnubilé sans grande indignation, alors que mes phalanges entreprenaient d’écarteler la chaire animale qu’un scalpel choppé en classe de science avait préalablement ouverte. À quoi bon s’inquiéter de la maladie lorsqu’on avait l’immatérialité à nos pieds, lorsqu’on se voyait plus grand qu’on ne l’était vraiment. Mon cerveau faisait à peine la connexion avec le mot ‘danger’ s’embrumant davantage d’une curiosité morbide et clinique à l’endroit de mon cobaye. Je m’étais procuré la bestiole, rongeur filiforme au pelage grisonnant, dans l’animalerie du coin, payant la modique somme qu’on associait à sa vie et le ramenant vite fait sur le terrain extérieur de l’Académie. Paumes tremblantes d’anticipation, synapses travaillant à s’imaginer sur quel détail de sa biologie je pourrais bien m’attarder. Les possibilités étaient multiples et il fallait opérer en douceur pour ne pas démolir les organes qui pompaient de vie sous les minces couches de chaire, de graisses et de poils qui composaient la bestiole. Bestiole qui couinait maintenant son envie de survivre, s’accrochant à la vie que lui avait accordée dame nature avec une candeur désespérée que l’amoncèlement d’entailles microscopique qui venaient décorer mes paumes n’arrivait pas à égaler. Trop peu de force et de capacité pour survivre face à un prédateur plus imposant, plus vicieux. C’en était presque triste, presque décevant, d’admirer cette créature qui n’avait jamais mérité de passer sa vie en cage grouiller et s’éteindre à petits feux sous mes doigts, une ironie visqueuse, sale. Mais s’emparer de la vie d’un animal n’équivalait en rien au fait de s’emparer de la vie d’un humain, le degré de penser et l’impact de l’âme différait, bouillabaisse gangrénée dont je ne pouvais me passer.

Il était amusant de regarder la vitalité quitter pour de bon une enveloppe physique, les tressaillements des souffles effrénés laissant bondir le corps, les spasmes des nerfs qui se contractaient, mais les humains restaient plus intéressants lorsqu’ils respiraient, lorsqu’ils agissaient, lorsqu’ils s’empêtraient les pieds dans les jeux de faux-semblants qu’ils croyaient sophistiqués. Tuer l’individu, tuer la pensée, l’hérésie et l’atrophie complète de ce que je cherchais à acquérir, à représenter, à devenir.

Et Chess vous murmure une chanson sulfureuse, son large sourire écartelant son visage dans la promesse d’une fin plus vraie que nature, d’une note finale transcendant la mort elle-même. Et Chess vous chante une berceuse venimeuse, ses lèvres entrouvertes déchiquetant votre cognition, dévorant vos rêves et vos ambitions.

Lentement, la démarche des mes doigts s’illustrant de mouvements concis, à mesure que la violence du rat se dissipait progressivement dans la révérence finale, je retirais le rectangle d’épiderme velue, finement tracé au scalpel, qui recouvrait la totalité des organes le composant. Je conserverais la plus belle pièce, le cerveau, pour la fin, le lorgnerait un long moment avant de le laisser vaquer à sa décomposition dans une benne à ordures lambda. Parce qu’ils retourneraient tous au même endroit, les vivants de ce monde, sociétaires ou pas, alors qu’importait la sépulture d’un être sans nom et sans identité auquel nul n’avait attaché d’importance, ne serait-ce qu’un bref moment ? Je m’avérais probablement être celui qui l’avait le plus aimé, et revêtant l’uniforme de son bourreau, je crois que la signification du terme bâclé qu’était l’affection avait pris soin de s’égarer quelque part, dans une marre d’hémoglobine vermeille.

Un dernier couinement, plus long, plus soufflé, signala la disparition définitive de la conscience du rat, et j’accordai un mouvement de répit à mes mains, le toisant un instant, inerte. Parfois, l’interrogation passagère de la manière dont se vivait la mort me traversait l’esprit, halo noir et emblématique l’entourant comme un velours macabre, puis je songeais, avant d’écarter la pensée de mon esprit dans un rire éthéré, secret, que si j’en venais à mourir un jour, que mes funérailles se devraient d’être brodées dans un riche et blanc velours. Après tout, l’adolescent qu’on voyait en moi, cheveux opalins en pétard, regard maquillé de violet et de noir, toujours, toujours, surmonté de lentilles qui cette fois arboraient une teinte d’un vert pomme cinglant, avait réussi à s’attirer la sentimentalité de quelques âmes. Et avait, à contre cœur, à malaise douteux, réussi à leur rendre cette dite sentimentalité boiteuse. Pas à tous, juste à quelque uns, des visages spéciaux, devenus plus précieux que des joyaux.

Un mouvement maladroit envoya la lame de l’ustensile scolaire se loger trop profondément dans les entrailles du rongeur, créant une effusion de sang plus intense, sang qui tirait, à mon sens, vaguement sur la rouille, sur le brun. Je lâchai un grognement sourd, accueillant l’avènement de ce gâchis avec dédain. Frustration passagère, grimace muette, je perçu l’éclat soudain de l’organe comme une vengeance d’outre-tombe.
Vraiment, quel gâchis, gâchis qui picorait l’événement de trous obtus signalant mon désintérêt croissant pour la carcasse sans vie. C’était mieux lorsqu’ils mourraient, lorsqu’ils s’accrochaient, et déjà, j’anticipais mon prochain contact avec un cobaye de taille, avec l’humanité dans son individualité. Un être vivant et pensant, voué de parole et d’opinions. De réactions.

J’enveloppai le rat dans le petit sac qu’on m’avait remis lors de mon achat à l’animalerie, écoutant le plastique craquer sous la brise chaleureuse d’été qui régnait dans la cours. Brise qui dissonait, de la même manière que le soleil projetant ses rayons dorés sur l’herbe le faisait, ignorant l’acte macabre et dénaturé que j’avais posé, tranquillement dissimulé dans un coin reculé de la cours de Keimoo.

Essuyant mes paumes poisseuses dans l’herbe, geste relativement inutile, je saisi le sac dans lequel j’avais installé le rat d’une main avant de me relever, quittant ma position agenouillée pour venir me dresser sur mes deux jambes recouvertes d’un jeans sombre. Il était temps de se débarrasser de cette dépouille ou de la cacher entre deux livres à la bibliothèque. À voir. On verrait ce que, ou qui, je croiserais en premier. Ce serait bien de pouvoir la refiler à quelqu’un par contre, la vision imaginée d’un visage perturbé s’immisçant dans mon esprit et m’arrachant un rire amusé. Je me demande ce qu’on pourrait trouver à dire sur un corps ayant si vite adopté une mollesse cadavérique, ce qu’on en penserait, quelles émotions viendraient s’inscrire sur le facial d’autrui.
Oui. J’allais refiler cet animal à quelqu’un.

Et je demanderais, à cette première personne que je croiserais, tendant mon sac de plastique souillé, arrogance livide définissant mon visage, sourire tiré dans une nonchalance obscure :

« T’en veux un bout ? Il parait que les rats sont des animaux intelligents . . .  Et les humains qui mangent des porcs se comportent comme des porcs, alors peut-être qu’en le mangeant tu obtiendras l’intelligence de ce rat. »

Puis s’ensuivrait une pause, juste pour la forme. Juste pour pouvoir profiter et savourer.

« Oh et aurais-tu un chiffon antiseptique ou quelque chose du genre ? Mes mains sont un peu sales. . . »

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Dernière édition par Kohaku Joshua Mitsumasa le Jeu 20 Juin 2013 - 18:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'acide gastrique des rats. [ Naoko. ]   Mar 28 Mai 2013 - 0:30

Là, adossée à un arbre, je regardais le temps passer avec une certaine mélancolie qui ne me quittait plus depuis quelques temps. J'étais sans cesse happée par mes pensées. Je réfléchissais pendant des heures. Sur le monde, sur les autres, sur ma vie. Sur moi. Je triturais chaque parcelle de mon encéphale, décortiquais chaque phrase que mon esprit tordu laissait s'échapper dans ma conscience.

Pour quelles raisons ?
Elles me restaient vagues. Inaccessibles. Dans un recoin sombre de mon âme. Comme sous un voile qu'il m'était pour le moment impossible de soulever. Mais il fallait que je sache. C'était plus fort qu'une envie. Plus vital qu'une pulsion.
Une nécessité. Par mes élucubrations sans fins, j'espérais arriver à mettre le doigt sur l'essence même des choses. Et ce dans un seul but. Me connaître moi. Dans une quête interminable de vérité. Un besoin d'identité.

Je lâchais un long soupir tout en basculant ma tête vers l'arrière. Laissant ainsi couler mon regard vers les parcelles de ciel bleues qui semblaient s'échapper de la prison feuillue au dessus de mon crâne. Si haut.
Le ciel et ses nuages, ou même, ce toit verdoyant, me paraissaient tellement loin. Me donnant l'impression d'être si petite. Infiniment insignifiante. Et pourtant, paradoxalement, ce sentiment me plaisait. L'homme inspire à la grandeur. Mais pas moi. J'aimais simplement me perdre dans la démesure des choses que l'homme ne pourra jamais atteindre. Aussi puissant et destructeur soit-il.
A vrai dire, plutôt qu'aimer, je m'y complaisais. Je crois. Et ma vie se résumait aisément à ça. La complaisance. L'inactivité. Je restais spectatrice d'un monde qui m'émerveillait, qui me dominait. Et qui me terrifiait.
Une peur viscérale, inexpliquée, inexplicable. Une peur avec laquelle je vivais chaque jour, et qui ne cessait de grandir, encore et encore. Plus le temps passait, et plus elle semblait prendre de la place. Englobant de plus en plus d'objets, s'attachant à de plus en plus de situations. Comme meilleur exemple, ma simple phobie des foules qui s'était peu à peu transformée en une crainte du genre humain.
Si bien que je me suis, aujourd'hui encore, carapatée au plus profond de la cour, dans une solitude reposante et déprimante à la fois.

D'entre mes lèvres s'échappa un second soupir. J'étais fatiguée. Mais pas assez pour changer. La balance de la perte et du gain n'avait pas bougé. Affronter mes peurs était trop risqué, et j'y perdrais des plumes pour ne rien y gagner au final. Pas de motivation nécessaire pour la faire pencher, cette foutue balance qui rythmait mes actes. Je m'y fiais tout le temps. Pesant le pour et le contre de chaque situation, chaque action. Elle déterminait ma vie. Et jusqu'ici, elle ne m'avait poussée qu'à éviter.
Mais c'était pour mon bien.

La mélodie qui sonnait à mes oreilles arrivait à sa fin. Les dernières notes de piano résonnaient, doucement, félinement, pour enfin s'éteindre et ne laisser derrière elles qu'un silence de mort. C'était la fin de ma playlist. J'avais dû passer plus de deux heures, assise contre cet arbre, pour en voir le bout. Et pourtant, je ressentais cette impression étrange d'être hors du temps. Hors de la réalité.
Malheureusement, cette sensation n'était que de courte durée, si bien que l'insonorité doublée à l'inaction créaient désormais un vide presque dérangeant.

Ramassant mon sac, je décidai donc de me lever, et de peut-être trouver une occupation. Tout en relançant ma playlist de musique instrumental à son début, je sorti de ma poche une sucette que je calai de suite dans ma bouche.
Savourant le goût chimique de cerise qui imprégnait ma langue et mon palais, je marchais sans vraiment savoir où aller. "Qu'est ce qu'une personne comme moi pouvait se permettre de faire ?"
Après avoir prononcé ces mots dans ma tête, je ne pu m'empêcher de ressentir une once de tristesse. Cette question était la première à s'être imposée à moi. Bien avant celle qui me demandait ce que j'aimerais faire. C'était affligeant, mais je devais m'adapter.

C'est ainsi que je passais en revue tous les lieux de l'académie. Parce que la ville, même pas la peine d'y penser. On pouvait être sûr que ses rues seraient bondés. Dès qu'un brin de soleil faisait son apparition, les gens avaient tendance à sortir, s'exhiber, s'amuser. Grand bien leur fasse. Et à mon grand désarroi, il était dur pour moi d'apprécier les journées de beau temps, en conséquence. J'allais donc devoir m'enfermer. C'était l'initiative qui me semblait la plus probable. Et elle ne me plaisait pas plus que ça.
Agacée, je roulai le bonbon circulaire entre mes molaires, et d'un geste sec et brutal, refermai mes mâchoires. La sucrerie vola en éclat dans un bruit cassant et mat. C'était mon exutoire. Une manière d'évacuer la tension. Voilà une des raisons pour lesquelles j'aimais les confiseries. J'attrapai le bâton maintenant délesté de son trésor acidulé, devenu inutile, et projetais de le jeter dans la prochaine poubelle.

Mais quelque chose attrapa mon regard. La chevelure blanche d'un garçon qui me semblait familier. Je savais que je l'avais déjà vu. Et comme un flash, le souvenir du réfectoire en pagaille me revint. Le stripteaseur. Comment avait-je pu oublier, ne serait-ce qu'une seconde, un tel événement. C'était tellement... surprenant.
Enfin, quant à notre rencontre, il n'y avait pas plus matière que cela à m'étonner. Après tout, lui aussi était de l'académie. Rien de bien extraordinaire à ce que je finisse par le croiser.
Cependant, je ne m'attendais pas à ce qu'il m'adresse la parole. Faisant glisser mon casque sur mon cou pour l'écouter, je m'arrêtai à ses côtés. A vrai dire, je n'avais pas spécialement envie d'être avec quelqu'un, et c'était surtout par politesse que j'agissais.

« T’en veux un bout ? »

Baissant les yeux sur l'objet de sa demande, j'observais, un sourcil arqué, le petit sac qu'il tenait en sa main. De sa matière transparente, on pouvait voir qu'il contenait une masse informe. Gisant au milieu d'un liquide à l'apparence visqueuse et compacte, ayant laissé des trainées rouges/marrônatres sur les rebord du plastique. Ça et là, des morceaux de je-ne-sais-quoi.

« Il parait que les rats sont des animaux intelligents . . . Et les humains qui mangent des porcs se comportent comme des porcs, alors peut-être qu’en le mangeant tu obtiendras l’intelligence de ce rat. »

Oh, donc voilà la réponse à ma question. Ce mec se trimballait avec un rat mort éventré dans un sac. Il l'a trouvé sur un bord de route et a pensé que c'était une bonne idée de le partager ? Les gens sont étranges. Et j'avais franchement toutes les peines du monde à les comprendre. Alors que je relevais mon regard impassible sur le stripteaseur au rat mort, je ne pus m'empêcher de me sentir... amusée. Quand on y repensait, sa phrase, alliée à son sourire, tout ça avait plus l'air d'une provocation qu'autre chose. Et même si en soi, le contenu de ce sac avait tout pour dégouter, moi, il ne me faisait ni chaud ni froid.
Des cadavres de bestioles, ont en dépiotte en cours de sciences, on en voit giser sur les trottoirs ou les autoroutes. Alors en voir un de plus ou un de moins, la bonne affaire. C'est ainsi qu'avec un manque total d'émotion, comme il m'étais habituel de m'adresser aux autres, je répondais simplement.

« Non merci. Je ne veux pas prendre le risque de me comporter comme un rat. »

Je ne cherchais pas à le provoquer, ni même à être drôle, ou cynique. Je me contentais de répondre, réutilisant son syllogisme. Mais je me doutais bien qu'au fond, mon manque de réaction allait surement le décevoir. Il s'attendait peut-être plus à des cris ou à une expression de dégout ? Raté.

« Oh et aurais-tu un chiffon antiseptique ou quelque chose du genre ? Mes mains sont un peu sales. . . »

Forcément, à aller ramasser des animaux crevés qui dégoulinent de tripes, ses mains ne pouvaient être que sales.
Je gardais cependant cette réflexion pour moi-même -comme la plupart des réflexions que je me fais, en vérité-. J'observais quelques secondes le garçon, et son air carnassier. Bien sûr que j'avais ça. Mais est-ce que j'avais envie de lui donner ? Haussant les épaules imperceptiblement, je penchai pour le oui. Après tout, ce n'était pas comme ci ça allait m'engager dans quelque chose. Je fouillai alors dans mon sac et en sorti un paquet de lingettes pour les mains. J'avais toujours ce genre de choses sur moi. Et beaucoup d'autres. De ce fait, mon sac était souvent plutôt rempli, et pas qu'avec des cours. Sortant une lingette pour moi, je lui tendis le paquet pour qu'il se serve lui-même, et ajoutai juste un petit :

« Tiens. »

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MessageSujet: Re: L'acide gastrique des rats. [ Naoko. ]   Jeu 1 Aoû 2013 - 20:54

You’re not crying,
And this is blood all over me.

Une poupée.  Je n’avais pas pris la peine de réellement porter attention à l’identité de celui ou celle à qui je m’adressais, souriant au vent, et brodant du regard les stries carmines virant au marron qui dansaient sous le plastique du sac contenant le cadavre du rongeur. Pourtant, dès que mon regard se leva pour se poser sur une silhouette qu’on devinait douce malgré les vêtements qui la cachaient, le constat s’imposait de lui-même. Il y avait quelque chose de stagnant chez cette fille, de comme figé dans un marbre duveteux. La simplicité nette de sa réponse à ma question, dépourvue de dédain ou de froideur, adoptant plus l’apparence d’un constat qu’autre chose ne faisait que renforcer cette impression. Une poupée qu’on aimerait habiller et maquiller juste pour le plaisir de lui conférer des apparences et des expressions différentes. Que se passerait-il si on en faisait une poupée réactive, qu’on appuyait sur les boutons la commandant pour la faire réagir ?

Je la fixai, tentant d’imiter son expression concise dans son absence d’être, mais n’y parvenant que quelques secondes tout au plus. Sur mon visage se lisait toujours quelques, aussi indiscernable ou faussée l’émotion soit-elle, je ne me prétendais pas suffisamment pragmatique pour retirer toute vivacité à ma morphologie. Bien sûr l’arche de son sourcil laissait transparaitre une forme de réactivité, mais perdurait toujours l’impression de me heurter à un mur, un mur n’étant pas destiné à importuné, mais se trouvant plutôt là simplement, car c’était à cet endroit qu’on l’avait construit.

Je claquai ma langue contre mon palet, ricanant furtivement, balançant le sac dans ma main comme un pendule cadavérique. Mon regard se détourna une vague seconde de mon interlocutrice, considérant l’horizon, avant de revenir se concentrer sur sa cible initiale. Un cobaye humain auquel on ne pouvait pas encore agrafer un niveau d’intérêt. Visiblement, elle ne ressemblerait en rien à Katzuki Katzukai le petit bleu ou à Ethel Dawkins mon angelot adoré. Plus terne, paraissant moins impressionnable.

Nouveau claquement de langue, indécision entre le reproche et la félicitation. J’enchainai donc plutôt avec une question, brouillant l’hésitation d’un nouveau ballant de la sépulture du rongeur. Sa raison de refuser ma proposition, aussi saugrenue fut-elle pour commencer, ne se résuma pas à un « t’es malade mec, c’est plein de ver c’truc » prévisible, mais plutôt par une absence de désir d’agencer son comportement à celui d’un rat. Parce que . . .

« Parce que c’est mieux d’être un humain ? »

Légitime de le demander. Après tout n’était-il pas à la mode de se prétendre sociopathe, haineux de la société à laquelle on s’agençait, de se créer une dystopie mentale pour le simple plaisir de se croire différent ? Mon sourire vacilla. J’espérais qu’elle ne compte pas parmi ces prétendus dérangés du cerveau et qu’un résonnement soit plus simple ou plus complexe émanerait de ma question. La haine de l’humanité ? Une grosse baliverne, ouais, une connerie monumentale, même. Ma seconde requête fut accueillie d’un mouvement d’épaule hasardeux, vague, qui se solda par la présence d’un paquet de lingettes nettoyantes tendu devant moi. Heh, manque de réactivité et gentille, elle ne pouvait pas être du genre qui détestait le monde entier. Je me saisi de l’une serviette rectangulaire et opaline, le contact de ma peau souillée barbouillant le tissus humide d’empruntes digitales cramoisies et fit de mon mieux pour ne pas abîmer ses voisines.

« Thanks, Doll. »

Je laissai le tombeau plastifié s’écrasé à mes pieds, le lâchant sans cérémonie, sans même le regarder, le temps de nettoyer mes phalanges, m’appliquant à déloger les viscères de ma peau, ainsi que tout autre trace du meurtre commis par mes mains. Cela nécessiterait peut-être plus d’une serviette . . .  J’en attrapai une seconde, just to be sure et m’appliquai minutieusement. Sous les ongles, dans les coupures et, en rentrant, j’irais me plaquer dans les draps de Zakuro pour tout lui raconter, pour lui dire que les rats sont trop fragiles, que j’avais vu assez de rouge pour la journée, que je voulais qu’il me parle de son Chess à lui, Musashi. Une pilule pour étouffer le désappointement, quoique ce ne serait pas nécessaire si cette jolie esquisse de pantin féminin prouvait distrayante.

Ressaisissant le sac avec une nouvelle lingette pour ne pas gâcher mon ardu travail, je jetai les deux autres dans son intérieur avant de le considérer gravement. Je n’en voulais plus, cela était certain, mais je ne savais toujours pas quoi en faire, l’idée de le laisser trainer là me déplaisant. Hmm. Sourire, lueur sous les lentilles vertes pomme et paumes allant voler dans les airs, le sac suivant le mouvement.

« En guise de remerciements concrets, tiens, prend-le. Je n’en ai plus besoin. »

Dans un craquement de plastique indistinct, je plaquai l’enveloppe pelliculeuse dans lequel croupissait le macchabé animal sur le torse de l’autre étudiante, sentant l’enveloppe corporelle molle –mais qui se durcissait lentement– du rat contre ma paume, séparant nos deux corps avec. Si l’idée de devoir refuser un repas consistant de chair de rongeur sauvage ne l’avait pas dérangé, je doutais que cette action le fasse. Quoique je ne m’opposai pas à une surprise.

Je papillonnai des paupières, sans excuses ou justifications valables. Je ne voulais plus de ce cadavre et elle était disponible à la réception, juste sous mes yeux. Un échange direct et simple.

« Je ne sais pas trop quoi en faire, en fait. Je ne sais jamais trop quoi en faire lorsqu’ils arrêtent de bouger, ya see ? »

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MessageSujet: Re: L'acide gastrique des rats. [ Naoko. ]   Dim 3 Nov 2013 - 5:57

« Parce que c’est mieux d’être un humain ? »

Parce que c'est courant pour toi de poser des questions existentielles aux inconnus que tu croises au détour d'une allée ?
A quoi s'attendait-il que je réponde. Oui ? Non ? A vrai dire, je ne m'étais jamais posé la question. Et la seule chose que je pu dire, sur le coup fut un banal :

« Je ne sais pas. Je n'ai jamais été un rat, pour comparer. »

Ironie lorsqu'on sait qu'il s'agissait de mon signe astrologique chinois. Je repris :

« Mais ça me convient, d'être un humain. »

Vérité avec un fond de mensonge.
Toujours un entre deux, et j'oscille à me positionner d'un côté ou de l'autre. Je n'avais pas la prétention de détester les humains. De cracher sur la race, dégoutée de son égoïsme ou d'autre chose. J'avais conscience de ses tords, de ses défauts. Et malgré mon incompréhension du monde, je ne pouvais me résigner à le détester, le renier.
Bien sûr, il y avait des choses que j'aurais aimé changer. Chez les autres. Chez moi. Je me blâmais souvent. Et parfois, je regrettais mes actes, mes pensées, mes rares mots. Mais je ne voulais pas être autre chose pour autant. Je me plaisais dans ma condition d'humaine, pensante. Certes torturée, mais consciente. Et je crois que pour rien au monde, je ne l'aurait abandonné, cette identité. Ce moule approximatif que tous les humains suivent, chacun débordant subjectivement dans leur liberté donnée. Liberté qui permettait d'être unique. Et rien que pour ça, j'appréciais d'être humaine.

Je suivi des yeux le sac se fracasser sur le sol, une pointe de déception sur le bout de la langue en constatant que son contenu ne s'était pas éparpillé. La réaction des futurs promeneur aurait pu être drôle, à la vue d'un rat écrasé au milieu des chemins blancs de l'académie. Tant pis. Je tiltai cependant, remontant mon regard vers l'énergumène, à la prononciation d'un surnom dont on ne m'avait jamais affublée. A vrai dire, on m'avait rarement trouver de surnom, donc, ça me surprenait toujours. Neutre, je penchais la tête sur un coté, et naturellement, j'interrogeais donc :

« Doll ? »

Si je ne me trompais pas, ça signifiait poupée. Je ne voyais pas vraiment le rapport avec moi. Était-ce dû à la blancheur de ma peau contrastant avec le jais de mes cheveux ? Drôle de surnom tout de même. Dans ma tête, une poupée était plutôt quelque chose de mignon et de joyeux. Et ça ne correspondait pas vraiment à l'image que j'avais de moi. Soit. Il était libre de m'appeler comme il le souhaitait. Ça m'était égal.
Reprenant un port de tête normal, j'observais ses gestes, dans l'attente de quelque chose. Peut-être, de la permission de partir ? Par politesse, je restais, mais sincèrement, la compagnie de ce gars n'étais pas forcément des plus plaisante. Pas déplaisante non plus. C'était juste étrange d'être avec lui. C'était le genre de personne dont on ne sait pas vraiment à quoi s'attendre. Qui vous propose tout et n'importe quoi, sorti de nulle part, avec une banalité affligeante.

Tout et n'importe quoi, comme de vous donner un sac avec un rat mort dont les viscères viennent teinter les bords de plastique. En guise de remerciements. J'espère qu'il ne m'offrira jamais de cadeau à mon anniversaire, celui-là.
Et pas de la manière la plus élégante possible. Presque forcée, à me le coller dessus. J'haussai un sourcil. Ce type etait décidément plus qu'étrange. Non, il était bien au delà de la bizarrerie. Avec sûrement un pet à la cafetière. Enfin, je n'étais pas forcément l'archétype de la normalité, alors, qui étais-je pour juger ?
Toujours est-il que je me retrouvais là, avec une poche brandie contre mon buste, dont son contenu indésiré et indésirable se retrouvait balloté à droite à gauche comme le contenu d'un estomac en pleine mer. Parce que tu ne bouge plus, on ne veux plus de toi. Bien triste destin. Et si moi je ne bougeais plus, voudrait-on encore de moi ? Mon regard glissa sur le rat, et après courte délibération, et je me décidai à le prendre.

Hey, charpie de rongeur, je vais t'appeler Max. Pourquoi Max, aucune idée. Et au pire, ça n'a pas d'importance, vu que je ne vais pas te garder.

Prenant soin de tenir le sac avec la lingette pour ne pas me salir, j'étudiais une dernière fois mon interlocuteur. Curieux personnage. D'un geste poli, je lui fis un léger signe de ma main de libre. Time to go home. Je crois que j'avais assez vu d'excentricités pour aujourd'hui. Et Max était ma porte de sortie.

« Je vais le jeter alors. Au revoir. »

Étrange échange que voilà. Sans plus de cérémonie, je repris ma route comme si rien ne s'était passé. Toujours sans expression, toujours avec discrétion. Remuant mon nouveau compagnon de route éphémère dans son cercueil translucide. M'arrêtant devant une poubelle, je contemplais solennellement Max, flottant dans la mélasse de son propre corps.

Dernier arrêt l'ami, pour toi c'est la fin du voyage. Parce que les Hommes se débarrassent de tout ce qui ne suscite plus d'intérêt.

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MessageSujet: Re: L'acide gastrique des rats. [ Naoko. ]   Sam 8 Mar 2014 - 6:24

The sunset,
And our hearts grow very, very cold.

Et l’été tourbillonnait, barbouillant l’atmosphère de ses relents de chaleur caractérielle, si bien que si on s’adonnait à ouvrir le sac contenant la carcasse animale, qu’il ne ferait aucun doute qu’une odeur nauséabonde commencerait déjà à s’en échapper. Le joug de la saison chaud, au cœur de la cour de l’Académie Keimoo, la rencontre mésaventureuse entre un chat un peu trop illuminée et une poupée un peu trop éteinte. Elle ne m’offrait aucune des réponses types attendue, se vautrant dans une simplicité toute aussi neutre que désopilante. Ça lui convenait, tout simplement, et à l’ouïe de ses paroles, on pouvait croire que c’était parce qu’elle n’avait pas l’imagination suffisante pour arriver à créer une possibilité de comparaison. Elle était née humaine et n’avait rien d’autre avec quoi comparé. Je fus tenté, un vague instant qui fut vite refoulé au fond de ma gorge, de lui fourrer Aliss entre les mains pour qu’elle puisse s’imbiber de surréalisme et de déshumanisation. Mais le livre croupissait dans l’une de mes chambres et l’idée même de le confier à autrui m’emplissait d’un dégoût virulent.

J’haussai tout de même les épaules à l’endroit de mon interlocutrice, balançant mon poids d’une jambe à l’autre, décontracté, soufflant du bout des lèvres tout en levant les yeux au ciel :

« Je préférerais nettement être plus, à ta place. »

Quelque chose d’autre, juste pour s’amuser. Cette poupée de porcelaine, vidée de toute expressivité, de toute initiative, me semblait presqu’une alternative crédible. J’accrochai son regard au mien, filtrant un gloussement éthéré, tout en répondant à la répétition de mon surnom du moment en choisissant de la considérer comme une question.

« Impassible, comme une poupée. Aux apparences immuables. »

Bien que la peau et les cheveux y furent pour quelques choses. Puis, d’un geste de la main, oh, belle et bien une japonaise celle-là, macchabé contre son corps, elle disparaissait, portant les vagues de l’été partout autour d’elle, comme un tourbillon de couleurs qui devenaient automatiquement ternes une fois heurtées à elle. Mon sourire se dissipant un tantinet, je la considérai posément, arc ébène de l’un de mes sourcils poursuivant son départ. D’ici quelques minutes, les effluves de la rencontre s’estomperaient contre ma gorge et je me retrouverais de nouveau proie à l’ennui.

Meh.

Restais que . . . j’aurais préféré la revoir refiler le sac à quelqu’un d’autre. Donner au suivant, ou un truc comme ça.

-

I’d bore you with a subject involving love
And thankyous that I don’t really mean.

27 décembre 2013.

Et contrairement à la première fois, des coulées blanchies, poudreuses et légères étaient venues recouvrir le sol sur lequel prendrait place notre échange. Un échange piètrement orchestré, sous l’effet de la folie des os qui se réparent et des visages blafards explosant sous mes paupières lorsque je m’adonnais à y penser. Je lui avais parvenir un petit mot, ondulant entre les classes, à la recherche de celle qui serait la sienne, toisant les étudiants plus jeunes du regard hétérochrome que j’avais accordé à mes pupilles, un iris vrillant le monde d’une teinte lilas et l’autre apposant un halo de miel sur tout ce qu’il effleurait. J’avais cherché, demandant docilement, à demi trahi par l’effervescence de mon sourire, où se trouvait Naoko Tanaka et s’il était possible de puis transmettre un petit message pour moi. Certaines têtes n’avaient pas trop su quoi me répondre, balbutiant, hésitant, avec cette politesse tellement japonaise que je la leur vomissais au visage, jusqu’à ce qu’une gamine, mèches noires, yeux noirs, le portrait classique, parvint à me déclarer qu’elle savait qui était Naoko et qu’elle avait des cours en communs avec elle. La missive contenait simplement une heure et un endroit, signée de mon nom complet; Kohaku Joshua Mitsumasa, au-dessous. J’avais dessiné l’ébauche grotesque d’un rat, gribouillis grossier et malhabile, juste au cas où mon nom ne lui rappelait rien. Après tout, nous n’avions jamais été officiellement présentés et je me souvenais de son nom, car j’avais cherché pour le trouver.

J’avais cherché son identité à deux reprises, la première fois, pour arriver à placer un pseudonyme concret sur le visage de l’adolescente qui m’avait platement annoncé qu’elle jetterait le macchabé  de rongeur que je lui avais confié, rien d’autre que de la neutralité ne venant perturber son expression. La deuxième fois, pour savoir qui était le héro qui s’était pris un escalier en pleine poire, pour savoir si elle avait survécu à la rupture terrestre, à l’affront fabuleux des plaques tectoniques.

Maintenant, j’avais simplement choisi d’user à bon escient de cette information, me tenant bien droit dans mon manteau noir, en attendant qu’elle se manifeste. Mes bras se voyaient relever et tenus près de mon torse, encombrés par les épais replis de la longue et lourde écharpe que j’avais choisi de porter. Au cœur de l’amas de tissus, couinait la silhouette élancée et longiligne d’un jeune rat. Si, par malheur, je me risquais à l’échapper dans la neige, il serait bien difficile de le retrouver, car son pelage se mariait à celle-ci, blanc comme ces flocons qui tournoyaient paisiblement autour de moi. Blanc, comme la convergence de toutes les couleurs, une pensée récurrente, souvent susurrée.

Et lorsqu’elle apparaitrait, si elle apparaissait, je lui sourirais, espiègle à souhait, papillonnant des cils avant de lui tendre le rongeur d’opale couvert.

« Tiens. Tout bon héro devrait avoir un destrier. »

Une référence un peu tordue, qui ne prendrait assurément sens qu’au cœur de ma propre cognition, portée par les divagations minaudées tout bas, celle qui avaient peinte Naoko avec une armure, Yume avec des loques et des lèvres faites pour baiser des pieds et Zakuro comme un destrier, le destrier de la sorcière, puissante et déroutante, moi. Une référence née au cœur des tremblements et de la poussière rance causée par le séisme, née dans les décombres craquants du centre commercial de Keimoo. Ils l’avaient reconstruit, je crois, mais je ne m’étais pas égarée de ma route pour aller le contempler, préférant conserver le souvenir de la déchéance corporelle intact jusqu’à ce que je juge mes os suffisamment ressoudés.

« Ou, plutôt, toute bonne sorcière devrait confier un familier digne de ce nom au héro, histoire que celle-ci puisse venir en renfort lorsque nécessaire. »

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MessageSujet: Re: L'acide gastrique des rats. [ Naoko. ]   Sam 21 Juin 2014 - 1:02

J’observais la grille d’entrée de l’Académie comme si cela faisait une éternité que je ne l’avais pas vu. Les doigts crispés par le froid maintenaient fermement les roues du fauteuil, emmitouflés dans des mitaines trop légères. L’hiver s’était installé, et avait emmené avec lui des températures bien au-dessous du zéro. Ainsi que la neige.

La neige. Elle recouvrait désormais les rues, les arbres dépouillés de leurs feuilles, les maisons. La neige, immaculée, pure, si blanche, j’appréciais de la regarder. A vrai dire, depuis le premier flocon, sa contemplation occupait souvent mes journées.
Cloîtrée pour la plupart du temps, j’avais été obligée, suite à cette malencontreuse chute, de quitter provisoirement le pensionnat. Et en quelques sortes, le lycée. Pour plus de commodités, je continuais les cours à domicile, et me déplaçais qu’en cas d’extrême nécessité, pour les devoirs ou les travaux pratiques. Tout ce qui était paperasse, ma mère -venue cohabiter avec moi pour ne pas me laisser seule- s’en chargeait.

Autant dire que ma vie avait pris un train monotone, encore plus qu’auparavant, et que l’ennui rythmait mon quotidien. J’avais fini par réaliser, malgré moi, que ma vie d’avant me rendait nostalgique, un peu. Bien que d’un œil extérieur, on puisse penser que peu de chose aient changé, certains détails me manquaient.
La sensation qu’était l’obligation de se lever, car il y a des choses à faire dans la journée. L’effervescence étudiante que j’observais de loin.  Le brouhaha incessant du réfectoire. Les remontrances des surveillants de dortoir lorsque trop de bruit se faisait entendre après les heures de couvre-feu. Les montées d’adrénalines pourtant si désagréables lorsqu’une situation anxiogène se présente. Même ça finissait par me manquer.

Parce que ma vie était devenue vide. Aucun réveil pour m’extirper du lit et me sortir de la torpeur du matin. Torpeur qui ne me quittait plus, épaulée par l’inaction perpétuelle de mes journées.
Parce que ma vie était devenue morose. La joie de vivre qui seyait si bien à ma mère s’était au fur et à mesure estompée. Elle ne voulait pas être là. Elle s’était déplacée sous la contrainte de la situation, ayant quitté tout ce qui faisait son quotidien. Ne plus voir mon père, qu’elle chérissait de tout son être, la peinait au plus haut point. Ne plus voir ma sœur, avec qui elle avait beaucoup plus d’affinité que moi, lui donnait du chagrin. Et elle s’enfermait, peu à peu, avec moi. Ne faisant plus rien, ne voyant plus personne. Je savais que cette situation l’affectait. Comme je savais qu’elle n’était pas venue par obligation pour autant, et qu’elle s’inquiétait pour moi. Que malgré ça, il lui était impossible de repartir sans se soucier de rien. Je le savais, parce qu’elle tentait en vain de ne rien me montrer. Parce qu’elle cachait les larmes qu’elle versait tous les soirs. Mais son attitude avait changé. Le coin de ses lèvres ne se plissait plus malicieusement comme avant. Le plaisir qu’elle avait de téléphoner au reste de la famille s’était transformé en souffrance, si bien qu’elle écourtait de plus en plus les communications. Les monologues qu’elle avait l’habitude d’avoir sur tout ce sur quoi elle portait de l’attention s’étaient ternis, pour ne laisser place qu’à de longs silences.
Le silence, que j’affectionnais par moment, auparavant, m’était devenu presque insupportable. L’appartement pourtant minuscule donnait cette impression déplaisante de grandeur démeublée. Les repas se passaient dans une ambiance monastique. A vrai dire, les journées entières se passaient de cette manière. Il m’était devenu impossible de m’endormir sans musique, tellement la pièce sombre et muette avait fini par m’angoisser.

Pour faire simple, j’avais l’impression de vivre dans un monde sans couleur et sans vie.

Le papier était froissé par les allers retours entre les doigts des messagers qui l’avaient eu entre les mains avant de parvenir aux miennes. Je souriais intérieurement de manière désabusée.

« Doll. »

C’était le surnom dont il m’avait affublé. Et à cette période de ma vie, il ne pouvait pas plus me convenir. Enfermée dans un placard de taille humaine, dans l’immobilité et l’impassibilité la plus totale. J’étais devenue une poupée inerte, conservée comme une antiquité en compagnie de toutes ces autres choses sans vie,  dont l’inexpressivité n’avait pas changé. Seule l’antiquaire présente semblait encore respirer, prenant soin de tous ces objets, et, par la force des choses, avait fini par perdre cette étincelle de vie, influencée par l’environnement.

Les roues laissaient leur sillage dans la neige déjà piétinée par de nombreux passages. Je ne pouvais m’empêcher de me demander la raison de ce rendez-vous. Toutes élucubrations farfelue de jeune adolescente en fleur pouvaient être écartées nette. Rendez-vous, certes, mais ça n’avait rien d’amoureux, pour sûr. L’idée ne m’effleura même pas l’esprit, tant cette dimension semblait incompatible avec le personnage qu’était Kohaku.
La possibilité la plus plausible était simplement la reprise de contact. Depuis le séisme, à cause de mes apparitions d’une rareté notoire, j’avais plus ou moins perdu de vue les gens. Enfin, le peu de gens avec qui j’avais contact. Ça ne m’aurait sûrement pas tué de donner des nouvelles, mais… c’était quelque chose que je ne savais pas faire. Du coup, je m’étais contentée d’attendre. Heureusement que certaines personnes étaient plus dégourdies que moi.

J’avançais, doucement mais sûrement, jusqu’au point de ralliement, une certaine anxiété au fond de la gorge. Je n’avais rien à craindre, c’était certain, mais je ne pouvais m’empêcher d’être nerveuse. Pour quelle raison ? La peur de l’inconnu, sûrement. Lorsque l’on reste trop longtemps dans une routine aliénante, en sortir est toujours effrayant, non ?

Puis, au loin, je pu l’apercevoir. Sa silhouette dans son manteau noir se découpait sur le paysage d’albâtre. Cette vision avait quelque chose d’oppressant et de rassurant à la fois. Rassurante dans sa simplicité, preuve que j’avais peur de chance d’être entrainée dans quelque chose de rocambolesque. Oppressante dans sa réalité, ne pouvant plus éviter la confrontation que j’avais inconsciemment souhaité ne pas vivre. Paradoxe, quand tu nous tiens.
Faisant face à la situation, je continuais mon chemin, jusqu’à arriver à sa hauteur. Je remarquai sa position assez étrange, comme si il tenait quelque chose au niveau de sa poitrine. A moins que ça n’était la manière dont il croisait les bras. Je décidai d’ignorer ce détail et levai les yeux vers lui, pour contempler cette même expression si singulière qui ornait son visage.

« Tu voulais me voir ? »

Amabilité, tu avais décidé de me fuir ce jour-là, apparemment. Malgré les phrases que j’avais répété afin d’être polie, et correcte, seuls ces mots avaient franchi la barrière de mes lèvres, sans vraiment que je ne les contrôle.

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: L'acide gastrique des rats. [ Naoko. ]   Mer 27 Aoû 2014 - 19:42

Pushing powdered salt into gaping dirty wounds
Because it seems to me as if you would enjoy the sensation.

Malgré la différence de paysage et les mois qui séparaient nos précédents échanges en ce lieu, je n’avais pas particulièrement l’impression qu’elle avait subit le passage du temps. Peut-être était-elle un peu plus frêle qu’auparavant, peut-être un peu plus blafarde, aussi, peut-être un peu plus confinée à un attelage de métal, mais, à mon sens, ces détails se faisaient obsolètes, inadéquats à apposer dans le schème de l’observation humain qui m’installait face à elle, entouré d’un paysage blême porteur de nostalgie. C’était bien une chose que de s’enquérir des détails physiques des gens qui croisaient notre chemin, mais, en face d’elle, je les ressentais comme superflus, des attelages indignes de ce qu’on pouvait voir en-dessous. Une insoupçonnée guerrière se tenait devant moi, dépourvue de la moindre armure et de la moindre arme, mais qui, par l’intermédiaire de ses mains tremblotantes, avait prouvé, en août dernier, être plus que la simple coquille vide d’une étudiante blasée par la vie. Une héroïne, le genre qui tombe et se fracasse, le genre pour lequel on chante des litanies dans les grandes cours – ou plus contextuellement, sur les grandes radios – dans le but de transmettre leurs plus beaux actes. Mourir en accomplissant une mission salvatrice te siérait à merveille, ma jolie chérie.

Mourir en martyr.

Peux-tu crier, Naoko ?

Ses cheveux noirs et ses yeux sombres détonaient avec le relief environnant, les ombres se découpant contre la neige de sorte à me contraindre à plisser les yeux pour mieux la voir prendre focus contre le blanc, mon blanc. Un point coloré dans mon univers immaculé, dans cet estomac ou s’entremêlaient toutes les couleurs du monde après avoir été dévorées,. Ses lèvres s’entrouvrirent, son souffle s’embuant dans l’air frugal de chaleur de l’hiver et ses mots apposant à ce même souffle des pas de danse sporadiques. Une question, banale, simple, articulée avec cette même apathie qui me semblait être la seule que je pouvais réellement prétendre lui connaître.

Au-delà de la guerrière au visage terne et au dos immense, se tenait toujours la silhouette frêle et immobile de ce que j’avais déclaré être une poupée lors de notre première rencontre. Un pantin de bois vernis, aux yeux de céramique trop peu expressifs et à la dégaine vide de toute émotivité. Dans des vêtements trop larges.

Un sourire fissura mon visage engourdi par ce froid qui me tenaillait davantage les entrailles que la peau et je m’approchai d’elle pour lui susurrer dans la frange, mes lèvres créant une fumée similaire à celle qui s’était échappée des siennes, humide et éthérée :

« Absolument. »

Je voulais la voir, n’était-ce pas la raison de notre réunion en cette cour glacée par les intempéries saisonnières ? Un retour des choses que j’avais jugé propice d’émettre au cœur du froid, mû par cet amour profond que j’avais pour la neige et mon envie de la propulser dans un environnement un peu plus brutal qu’une simple plaine printanière.

Le rat gigotait contre mon torse, essayant de profiter de ma position à-demi penchée devant mon interlocutrice, mes lèvres froissant ses cheveux avec chaque tressaillement de l’air, pour s’échapper dans la folie impitoyable de l’hiver. Ne pouvant le serrer sans risquer de le tuer, j’optais donc pour un mouvement continuel de mes bras, créant ainsi une cage mouvante pour piéger l’animal.

Puis, j’optai pour un fléchissement de genoux, m’agenouillant sur l’un d’entre-eux. La neige vînt vite trépasser le tissu habillant mes jambes et je ne pus réprimer le frisson qui me parcouru au contact du froid. Toutefois, de cette manière, je me voyais, sorcière mentale et adjuvante à la chevalière, en mesure de m’incliner devant un trône hypothétique pour lui remettre son présent. Mes mains attrapèrent la bestiole couinant dans mes bras et, solidifiant leur prise sur le petit corps tremblotant, la présentèrent à la poupée fracasser d’un geste simple.

Si ce n’avait été de mon sourire torve, bordant une expression déroutante, sondant les confins du visage inexpressif de la jeune femme, la scène aurait pu paraître belle, éplorée. Pourtant, les faits différaient, se contentant de heurter l’humanité à l’immatérialité, la force du héro à la transcendance de l’occulte.

Je ricanai.

« Un familier pour la dame chevalier. Parce que là-bas, dans le centre commercial, j’étais la sorcière, toi le héro, et que toute bonne vieille hérétique se doit de confier un animal familier au plus grand guerrier du domaine. »

Le rongeur se débattait entre mes phalanges, couinant pathétiquement son désir de pouvoir s’extirper de la poigne de mes paumes. Mes yeux alternaient donc entre les deux vivants me faisant face, se plaisant à constater la différence de contenance qui séparait les deux êtres. À vite regarder, on aurait pu facilement déclarer Naoko plus intelligente que le rat. Peut-être avait-elle fait le bon choix en refusant de manger celui que je lui avais présenter des mois plus tôt.

Néanmoins, l’idée ne cessait de m’amuser. J’agitai la créature sous le nez de mon interlocutrice, n’accordant aucun égard à la panique qui s’en dégageait, cherchant à provoquer une réaction de par l’intermédiaire de mon présent chez cette fille que je daignais considérer comme intéressante, comme plus que la plupart de ses compatriotes, comme plus que tous ces gens que j’avais dépasser pour me rendre ici. Des existences obsolètes qui ne servaient qu’à intensifier mon impression d’agglutinement sociétal.

« Blanc. Comme la convergence de toutes les couleurs. »

Je l’avais choisi pour sa teinte, à l’animalerie, tenant à séclectionner une bête qu’on pourrait associer à ma personne en s’intéressant à une similitude physique. De cette manière, si elle décidait de le garder, demeurerait toujours le souvenir volatile de ma personne parmi les posessions qu’elle se verrait dans l’obligation de cotoyer régulièrement. Après tout, si l’on oublie de nourrir sa bête de compagnie, celle-ci meurt,  et je voyais très mal Naoko se résoudre à simplement laisser mourir mon cadeau. Une attitude qui dissonnerait trop avec celle que je lui envisageais.

L’animal me mordit un doigt et je plissai vaguement le nez en contemplant la strie rougeoyante que ses crocs avaient laissé derrière.

« Si tu veux, cette fois, tu peux le manger. »

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MessageSujet: Re: L'acide gastrique des rats. [ Naoko. ]   Mer 22 Juil 2015 - 5:12

Il y avait chez lui une constance de l’inconstance. Toujours prévisiblement imprévisible, il semblait mener sa vie telle une routine aventureuse. Et à cet instant de la mienne, cela me fascinait. Comme les pôles opposés d’un aimant qui s’attirent, j’étais indubitablement captivée, en tout bien tout honneur, bien sûr. Mais pour moi, la poupée immuable et impassible, cette vie… Non, cette liberté dont il jouissait avait un goût amer tout en étant enviable.

Alors, métaphoriquement, je m’accrochais à lui pour prendre une bouffée d’air qui me brulait la gorge. Je comprenais, maintenant que j’étais face à lui et que j’observais son aisance et son naturel, pourquoi j’avais la boule au ventre. Je n’avais pas peur de ne pas savoir à quoi m’attendre. J’avais peur de voir. De me savoir piégée et lâche de ne pas chercher à me libérer. Alors que d’autre, alors que lui, pouvait virevolter au gré de ses envies.

Sa proximité me tira de mes rêveries moroses, et je pu constater que nous n’étions pas seuls. N’ayant pas pu voir le rongeur auparavant à cause de la hauteur que je faisais assise sur le fauteuil, j’étais maintenant apte à observer son manège dans les bras de mon interlocuteur. Les yeux fixés sur la bête, comme hypnotisée je fus surprise lorsqu’il se mit un genou à terre. Et solennellement, il me présenta l’animal de ses mains nues.

La scène devait être divertissante à voir de l’extérieur, et je fus amusée à cette pensée. Le seul qui ne semblait pas respecter l’officialité du moment était l’objet même de la position, puisqu’il tentait vainement de s’extirper de l’emprise charnelle que constituaient les doigts de Kohaku.

Son sourire s’étira, et il partit dans des histoires de sorcière et de héro que je ne comprenais pas vraiment. Par déduction, je devinais qu’il faisait référence au séisme et à notre coopération de fortune, mais cela restait obscur. Tout ce que je comprenais, c’est qu’apparemment, c’était un cadeau. Comme la première fois, à cet endroit. Nostalgie ? Symbolisme ? Cette fois-ci, le rat qu’il me donnait ne nageait pas parmi les morts, il vivait. Et je me souvins du faible souhait que j’avais formulé pour moi-même de ne plus jamais recevoir de présent de sa part.

« Blanc. Comme la convergence de toutes les couleurs. »

Je souris faiblement. Blanc, comme la neige. Blanc, comme toi. Blanc, comme le tout, comme l’infinité des possibilités. Alors que moi, tâche noir dans l’étendue albâtre, j’étais la tristesse. Le vide. Le rien. La complaisance, l’inaction, l’angoisse. C’était ce qui m’avait mené là. Et j’étais fatiguée. Je savais qu’il y avait des choses que je ne pouvais pas atteindre, et, ça m’allait comme ça.  Mais sans espoir d’arriver au sommet, je ne tentais même pas de gravir les premiers mètres. Et tout me semblait inaccessible. Et je me sentais minuscule.

Alors je souhaitais, sans jamais rien faire que d’observer de loin. La spontanéité n’existait plus depuis longtemps. Et les surprises de la vie ne se présentaient plus, puisqu’évitées comme la peste. Ma monotonie, ma monochromie, je les gardais bien contre moi sans les lâcher d’un pouce.

Alors j’enviais, sans jamais m’investir ni chercher à  faire d’effort. Je désirais, je convoitais. Cette liberté d’agir, cette liberté d’aimer, cette liberté de vivre, qui semblait donnée aux autres, mais pour laquelle je devais me battre contre moi-même. Les chaines qui m’entravaient étaient miennes. Ma conscience, mon inconscient me tirait toujours plus sur la pente fade et morose, en m’écartant doucement mais sûrement des pistes noires.
J’étais épuisée. Si seulement, rien qu’un peu, je pouvais me défaire de ses liens. Respirer sans ce poids constant dans ma poitrine. Si seulement, rien qu’un tout petit peu, il pouvait me donner ce que je n’avais pas.

Je baissais les yeux sur le rat, et le spectacle de ses tentatives d’évasion me firent légèrement sourire. La combativité, l’instinct de vivre, de survivre. Dans un souffle glacé, je murmurais, surtout pour moi-même.

« Blanc. Sans aucun doute. »

Tu lui ressemble, aurais-je pu ajouter. Mais à qui l’adresser ?

Et alors que l’animal, sauvage et indomptable s’en prenait à la prison vivante qui l’empêchait de se mouvoir, j’approchais doucement mes mains pour venir, du bout des doigts, caresser sa tête. Je levais alors mes yeux ébène vers Kohaku.

« Je peux ? »

Délicatement, comme lorsqu’on manipule quelque chose d’extrêmement fragile, je me saisis du rongeur. Le battement réflexe de ses pattes et le virevoltage de sa queue en recherche d’équilibre me surprirent un peu. Aussi, je posai, toujours avec une extrême finesse la boule de poil sur mes genoux tout en faisant barrage avec mes bras pour ne pas qu’il se laisse tenter de quitter le navire. J’espérais juste qu’il ne saute pas à la mer, puisqu’il aurait été impossible de le retrouver.

Gardant mes pupilles fixées sur le rat pour ne pas qu’il échappe à ma vigilance, j’avais un peu du mal à réaliser. Mais, en un sens, ça ne me surprenait pas plus que ça, de sa part. Prévisiblement imprévisible, décidément. Et, tout en souriant tendrement, émotion rare qui venait étirer mes lèvres violacées par le froid, je soufflais.

« Je préférerais le garder plutôt que de le manger. »

La, d’ailleurs, je remarquais. Une femelle. Blanche comme la neige. Snow.

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La consécration:
 
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Kohaku Joshua Mitsumasa
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MessageSujet: Re: L'acide gastrique des rats. [ Naoko. ]   Jeu 6 Aoû 2015 - 20:54

I’d lead you astray to lead you back home,
As the winter wind continues to blow.

« Blanc. Sans aucun doute. »

Une réplique qui me satisfaisait dans mon retour de faveur, qui donnait à la fraîcheur de décembre un parfum de sucre, qui concrétisait la présence de cet être grouillant frénétiquement entre mes doigts. Une réplique qui m’assurait cette compréhension silencieuse des non-dits, du fait que ce rat était non-seulement l’emblème d’une histoire qui avait vu le jour dans les percés poussiéreuse d’un centre commercial en ruines, mais aussi un autoportrait animalier qui cimentait les souvenirs. C’était un présent que j’aurais pu envelopper dans le bleu des pétales et le vert des tiges de douzaine de Forget me not. C’était un emblème qui remplaçait, en quelque sorte, pour le moment du moins, le cliché de sa silhouette qui aurait dû venir se loger dans la mémoire de mon téléphone portable, à la suite du profil de Kojiro et des omoplates des Zakuro. Un post-it dans la cohue humaine que je me promettais de garder, de déguster, que j’entrevoyais comme digne d’intérêt. Il y avait une démarcation qui transcendait les marques qui polluaient assurément la chair de ses jambes, une démarcation qui se trouvait logée encore plus loin que les muscles sectionnés qui l’empêchaient de se mouvoir correctement, quelque chose qui cintrait son âme.

Je la fixai, souriant de par-dessous les remparts de textiles de mon écharpe, mon manteau noir battant à contre-sens de la brise poudreuse. Elle se saisit du rongeur enneigé, la guerrière aux escaliers, retirant le petits corps frémissant du cocon de mon foulard, sauvant mes mains des plaies de morsures supplémentaires. Elle s’empara tendrement de cette vie grouillantes de possibilités, de cette capture humaine qu’elle s’affairerait à cultiver. Si, prévisiblement, elle choisissait de ne pas le manger.

La douceur de son regard n’envoyait pas à la mort, n’offrait pas de possibilité de dénouement macabre à cette rencontre. Malgré ma proposition, elle ne dégusterait pas le rat et, au fond, malgré mes mots, malgré mon sourire et mon regard, contrairement à la première fois, je n’avais pas vraiment envie qu’elle le consomme. Je voulais qu’elle le garde et qu’elle se souvienne de ce doucereux retour de choses gravés dans l’austérité romantique de la neige.

Mes doigts vinrent flirter avec la courbe de sa joue, déposant sur elle un regard similaire à celui qu’elle offrait à l’animal, s’animant d’un remerciement silencieux qu’elle n’entendrait pas.

« Bien. »

Je laissai sur sa peau les traits invisibles d’empreintes digitales, m’écartant vaguement pour retirer mon foulard, déroulant les longueurs sombres d’autour de mes épaules et de mon cou pour mieux pouvoir l’entourer autour des siens. Son armure aurait moins d’opportunités de se voir affligée par la rouille si on l’entourait de tissus. Puis, ce serait un truc supplémentaire pour lui rappeler le fantôme qui lançait des bouts de sucres métaphoriques à Dorian lorsque le monde s’était voilé de songes, pour lui rappeler le personnage pointu qui lui avait, par deux, fois proposer de dévorer l’intelligence d’une toute petite créature.

« Take care, get better, Heroïne. »

Je me reculai, mes bottes laissant de lourdes stries incolores dans la neige et m’inclinai devant elle, apposant encore une fois cette louange à son sang froid, à son statuts de héro sans peur ni reproches.  Puis, je lui tournai le dos pour retourner de là où j’étais venu, la laissant là, dans la cour enneigée qui était le berceau de notre absence de relation, sans me demander quand se profilerait la prochaine fois.

Je ne la vis pas rebrousser son propre chemin en roulant lentement et je ne cherchai pas à la voir.

La neige me berçait et mes côtes chantaient.


FIN.

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L'acide gastrique des rats. [ Naoko. ]
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