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The Future is like a puzzle with missing pieces: difficult to read, and never, never what you think.
 
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 Personne ne bouge; si je te touche je te marque au fer rouge. [Chess]

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Kami Otagame
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Adresse : Vous percer la peau. Peut-être même vous la peindre.
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MessageSujet: Personne ne bouge; si je te touche je te marque au fer rouge. [Chess]   Lun 6 Fév 2012 - 8:48

Fille spirituelle de Merlin, et enfant de Bretagne, jamais mon cœur n'avait réellement deserté la Bretagne et ses littoraux bordés de rochers noirs. Palpitant, le myocarde s'était réfugié dans les forêts les plus profondes, s'enfonçant en Brocéliande, allant sombrer dans les ramures dénudées des arbres d'or. Là, loin du froid, loin du monde, la Bretagne devenait lieu d'alchimie entre la terre et la mer.
Aussi ne supportais-je pas la neige.
S'effondrant sur le monde nippon depuis une semaine, cet exécrable matière recouvrait les trottoirs japonais d'une péllicule scintillante, veillant à s'attirer avec soin toutes mes malédictions possible. Je n'avais jamais compris pourquoi l'eau de la pluie venait à se solidifier en ces flocons si blessant et rugueux contre ma peau. Je n'avais jamais supporté l'hiver, qui venait arracher à mes arbres bretons leurs ramures étincelantes. Je n'avais jamais aimé la neige, ni l'hiver.
De ce fait, je n'avais jamais supporté la neutralité du blanc.
Et un jour, j'avais découvert que Dieu avait les cheveux blancs.

Le portable dans la main, mes yeux couraient dans une vision tentaculaire du paysage, tandis que jetée mentalement dans le vide, je m'arrachais de la réalité, plongée dans cette immensité blanche. La neige recouvrait la ville avec une cruauté que le diable ne maitrisait pas. Animal scandalisé par son impuissance, j'assistais à ma déchéance, face aux forces de la nature. Je n'étais rien contre le vent et le froid. Je n'étais qu'entité du mal et de l'amour inconditionnel. Je ne pouvais aimer que ce dont j'avais une emprise. La neige échappait à cette emprise.
Pouce alerte, regard carmin, mes lèvres étaient dénudées de la couche de graisse habituellement rouge. Presque naturelle, je me dévoilais, papillon aux ailes abimés, dans toute la splendeur de ma normalité. Fatidique vérité, unique barrière entre mes désirs et mes besoins. Devais-je, ou voulais-je ? Cette question se répétait mille fois dans mon esprit, tandis que mes yeux aux lentilles rouges allaient et venaient entre la neige derrière la vitre, et l'écran du téléphone portable. Devais-je appeler Dieu ? Mes paupières se firent lourdes de ressenti, et j'étirais vaguement mes lèvres dans un sourire énervé.
J'appelais. Cliquais sur « Dieu ».
Les tonalités du téléphone s'élevèrent, et je me mis à compter avec une certaine impatience, prédatrice en chasse. Mes cheveux bruns tombaient devant mes yeux dans un rideau à ma désolation, et le souffle coupé par l'excitation, j'attendais la voix de Bakura Kamimura. Il ne répondit pas ; dès que les tonalités cessèrent, je sus que je n'avais que la maigre copie de sa voix, au bout du fil ; le message pré-enregistré se mit en route, et je lâchais un feulement rageux. Je haïssais les répondeurs pour l'espoir qu'ils faisaient naitre en moi, à chaque fois que je pensais avoir la personne désirée à mon écoute. Mais détestables entités electroniques, ils cherchaient à me piéger, et me plongeaient dans une colère noire. Le bip sonore, ultime ennemi invaincu, retentit à mon tympan, et je grimaçais.

« Baku, va te faire foutre, sérieusement. Réponds, quand je t'appelle, parce que sinon je risque de faire une crise cardiaque à chaque fois que j'entends ton fucking répondeur. Ça m'énerve ! … Je voulais que tu arrêtes la neige, maintenant... »

Ma bouche entrouverte, je restais immobile, ma phrase lancée dans un suspens inaccessible. Souffle coupé, je me rendais compte que je demandais à Dieu de réaliser mes caprices. Mes doigts, aimantés par la possible présence divine quelque part dans le téléphone, vinrent en caresser les courbes. Je murmurais, les yeux plissés dans le frisson de mes souvenirs.

« J'aimerais remonter.... venir te voir. Mais sans la neige. Je ne peux pas sortir de chez moi si il neige, Bakura. ... I miss you, guy. Gott blessed me. Amen. »

Mouvement sec du doigt, je claquais sur le bouton stoppant l'enregistrement electronique, et observais d'un œil critique l'envoi à son destinataire. Je ne savais pas ce que devenais réellement Dieu. Avait-il une petite amie ? Un petit ami ? Un nouveau travail ? Détestait-il autant ce que moi j'aimais ? Etions nous toujours si opposés ? Mes yeux s'assombrirent, se recouvrant de la sombre virginité des souvenirs violents. Ses yeux, sa masturbation mentale, notre échange, mes caresses. Ses yeux. Les miens. Ses yeux.

(…)

Je me détournais de la fenêtre, et étudiais le salon. Lionne foulant les territoires du deuxième étage, j'avais éteins les lumières du premier, plongeant le salon de tatouage dans les ténèbres opaques. Ma maison, tendre demeure d'une araignée vénimeuse, comportait l'étage professionnel, le premier, et l'étage personnel, surelevé. Je m'étais déjà demandé si j'y voyais une certaine mise en avant de ma vie personnelle avant ma vie professionnelle. Restée en suspens, le doute avait établi à ma question ce raisonnement infondé, et je n'avais jamais eu de réponse. Même à moi même. Cela avait quelque chose de pitoyable.

J'avais chaud. Malgré la température extérieure, le chauffage intégré au loyer plongeait mon espace personnel dans une bulle de chaleur presque étouffante, créant un véritable cocon contrasté au dehors. Cheveux bruns rejetés sur mes épaules, ma poitrine et mon dos, je marchais de long en large à travers la maison. L'araignée sur mon dos moulait mes mouvements dans la succession rapide de ses propres gestes ; ondulant sur mes omoplates, ma colonne et mes reins les évolutions musculaires créées à partir de mes déplacements. Je sentais se tordre son corps dans mon dos ; ses pattes s'étiraient sur mes seins et sur mon ventre, dans des extensions dantesques. Je me stoppais près d'un mur, face à mon ombre projetée par le placement oblique de la lampe de la pièce. Accrochée par le regard à ma propre silhouette dessinée de noir, je relevais le bras, et sans mouvements brusques, vint pivoter mon articulation pour aller caresser la tête sombre et ronde de la veuve noire, au creux de mes reins. Sensation étrange, j'eus presque l'impression que sous mes doigts, des mandibules frissonnèrent quand mes ongles les effleurèrent.

Le dermographe de Vegan rutilait encore dans mes yeux. Ma nudité, si timide et naïve, quand il m'avait tatoué. La douleur, aussi, presque inexistante, après anesthésiant, mais la douleur quand même de voir mon propre sang s'écouler hors de ma peau. Ses brefs regards sur mon visage, de temps à autres, et mes sourires, pour le rassurer. Vegan était allé dormir, maintenant. Mais je savais que je le retrouverais. Vegan était mon maitre. Le créateur de l'Araignée.
Mélancolie.
Mais putain de bonheur à l'état brut.

(…)

Deux heures du matin. Mon thé vert retenait mon attention dans un cercle comprimé. La théine faisait vaguement son effet, et je déambulais, spectre insomniaque, à travers les pièces, retenant uniquement le bruit du contact entre mes pieds et le sol. Slim noir, jupe noir, et soutien gorge de sport noir. « Tu me fais triquer » aurait dit Vegan. Je n'avais pas envie de fantasmer sur des partenaires imaginaires, ce soir. Cette nuit. Ce matin. Je m'en foutais. Le temps passait, sombre apesanteur de ma réalité, et je restais toujours aussi insomniaque.
L'angoisse de m'endormir dans un quartier submergé par quatre mètres de neige me retenait éveillée. Joli pretexte, à l'encontre de mes anciens arguments, j'attendais un appel, un miracle. Dieu, Vegan ? Anju ? Nana ? Tous ceux là...

Descendant les escaliers dans un concerto produit par le poids de mon corps, murmures égarés dans des demis temps silencieux, je me glissais à l'étage inférieur, plongeant dans les ténèbres du salon de tatouage. Le siège était au milieu des ombres comme un soldat spectral, debout au milieu d'une plaine vidée de son massacre encore bien présent dans les esprits. Je glissais mes doigts sur l'interrupteur, et me jouant de mon identitée diabolique, me fit Dieu, pour une seconde.

« Que la lumière soit. »

Elle ne fut pas. J'arquais un sourcil dubitatif, surprise que l'on ne m'accorde pas la réalisation du plus grand phénomène logique qui soit ; l'existence de la lumière. Je cliquais, recliquais, mais l'absence de luminosité persistait. Je fronçais le nez dans une expression furibonde, et traversais la salle d'une foulée rapide. Le vent, complice à mes angoisses nocturnes, vint frapper avec frénésie contre le linteau de la porte, et malgré moi, un feulement haineux explosa hors de mes lèvres, lui répondant. Quelle idiotie que la mienne ; m'énerver contre le vent. J'attrapais une chaise, et allais la placer, conquérante de mon propre domaine, sous la lampe du plafond. Etirement de mon corps dans une souplesse indubitable, j'arquais cet organisme musclé par la pratique des arts martiaux, et en silence, vérifiais l'usage de l'ampoule. Avait-elle cédé ? Autre ? Je n'eus jamais le temps d'y répondre, car rancunier contre ma rage précédente, le vent se fit complice de la silhouette qui pénétra chez moi.
Etrange et si cocasse, la situation m'immobilisa, à un mètre du sol, tandis que la porte s'ouvrait à la volée, mouvements exagérés par la puissance du vent. La silhouette, petite et frêle, déboula à l'intérieur du salon comme un voleur. Je ne pouvais voir son visage, mais elle ne pouvait me voir ; fille suspendue entre le plafond et sa chaise, tenant une ampoule à la main. J'observais, frappée par la stupeur. L'individu grelottait. Il ou elle referma avec vivacité la porte, cherchant un repère dans cet endroit apparemment inconnu. Je refermais mes doigts autour du culot de l'ampoule. Il ou elle tournait la tête de tous les côtés, se permettant d'avancer dans mon territoire, sans aucune impunité. Fut bientôt à un mètre de moi, sans m'avoir apperçu. Etrangement, le kata « heian nidan » s'était imposé dans ma tête. Je ne fis cependant pas cas des subtilités et autres finesses ; broyant l'ampoule entre mes doigts, je bondissais sur l'individu. Réalisant avec une étrange fulgurance à quel point j'étais araignée.
Nous roulâmes au sol, et je le perçu masculin ; cheveux courts et mouvements secs et agressifs, il n'avait pas de poitrine, et un corps maigre, sans formes. Qui gagnait ? Impossible à dire. Nous allâmes frapper un meuble ; je me relevais, attrapais le dermographe posé dessus, et allais le plaquer contre sa gorge. Immobilité de son corps. Les araignées avaient des dards, bébé...~

« Tu fous quoi ici, toi ? »

Peut être aurait-il été préférable de continuer en demandant qui il était ? Vielleicht. Je relevais simplement mon poignet à mon arcade, notant qu'il avait réussi à me péter cette dernière, dans une explosion sanguine qui faisait désormais se tracer sur ma peau un fin filet rubicond.

__________________________________________________
« Araignée. »


Dernière édition par Kami Otagame le Jeu 20 Juin 2013 - 18:55, édité 1 fois
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Kohaku Joshua Mitsumasa
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MessageSujet: Re: Personne ne bouge; si je te touche je te marque au fer rouge. [Chess]   Ven 9 Mar 2012 - 20:57

Et ne vivre qu’à moitié dans ce monde où tu souhaites m’emmener.
Tu es tangible, frais et magnifique, mais ta réalité ne s’adapte à la mienne
que lorsque mon hilarité ricoche contre les parois des conurbations qui t’abritent.
Heh Swan, ne m’enchaîne pas. Pas tout de suite.
- KJ.M Novembre 2016 22:43


~


|||
From : L. Swanster
To : Chess
23 :06 23/01/2012


Où es-tu ? Je viens de passer par ta chambre et ton colocataire m’a informé que tu n’étais pas rentré de la soirée. Dans quel pétrin t’es-tu encore foutu, Kohaku ? Aller, call me back. La tempête est forte. Don’t make me worry.

Law’
|||

|||
From : Chess
To : Swan
23 :11 23/01/2012


I like the snow. Feels like home.
And a Swan like you shouldn’t worry about the Kitty that’s most likely going to end up killing him.
Idiot ~ Go to bed.
|||


~

Si je te touche, je te marque au
FER ROUGE

-

- Prologue -

Et la neige barbouillait les rues de sa blancheur éthérée, laissant tout le loisir de la planète à mes doigts de participer au ballet voluptueux des flocons qui tombaient sur l’entièreté de la conurbation. Mes paumes rasaient le sol, dénudées et rougies par le froid, collectant tout ce qu’elles pouvaient de la matière glacée qui embellissait la nuit. Le ciel, couvert par les nuages possesseurs de joie fulgurante, ne suffisait pas à envelopper le monde de ténèbres et je jetai dans les airs la neige récoltée au sol partageant mon dévolu enfantin avec le monde par le biais de mes gloussements. Tournoyant sur moi-même à la manière d’un ivrogne ou d’un gamin, je me laissai aller à la douceur de la nostalgie, appréciait retrouver, pour l’instant d’une nuit, le confort relatif que me procurait ma patrie, le Québec. Perdu dans la magnificence de l’hiver, j’en oubliais presque ma présence sur un contient tout autre que l’Amérique, m’amusait à m’imaginer gambadant en direction du métro qui annoncerait d’un ton morne les appellations de mes stations favorites, chéries. Parfois, comme maintenant, j’aurais aimé être là-bas, j’aurais aimé pouvoir passer un Noël tranquille en compagnie de ma vieille décrépie de Carter, loin de mes géniteurs affligeants. J’aurais adoré pouvoir partir en quête de Daresbury de par les ruelles de Montréal. Les flocons qui humidifiaient mes cheveux et le tissu peu épais de mon manteau charcoal sombre me rappelaient toutes les bonnes choses qui accompagnaient l’humanité, me laissant évoluer, à ma manière, en parallèle à l’entité que je souhaitais devenir, que j’atteindrais un jour. En parallèle à Chess jusqu’à ce que les lignes se brouillent pour reprendre leur perpendicularité coutumière, traçant de leur propre chef le chemin qui me mènerait à l’insoutenabilité source de perfection, jusqu’à la légèreté suprême et insurpassable.

La fougue du vent balayait mes mèches opalines, laissait les particules de glace danser avec frénésie au cœur de la ville, illuminé dans toute leur beauté cristalline par les réverbères qui jetaient leur luminescence diffuse sur le bitume camouflé. Un spectacle transcendant dans lequel je me sentais à mon aise. Rare étaient les passant que je rencontrais, car peu se voyaient aussi habitués que ma personne à la fraîcheur qui s’immisçait, aux bourrasques poudreuses qui déferlaient. D’où je venais, un tel décorum ne s’avérait que coutume redondante qui coûtait parfois quelques vies à l’autoroute qui perdait sa sécurité pour cause de vision réduite par la violence des tempêtes. Enfant, morbide et fasciné, lors des grandes tempêtes, le soir et la nuit, lorsque mes fonctionnaires de parent se faisaient, telle qu’à l’accoutumée, idéalement absents, je me postais devant la télévision avec une expression ahurie. Bouche entrouverte, yeux aussi larges que des couvercles, je regardais la succession de nouvelles relatant des accidents diverses défiler sous mes prunelles noires. Avec le temps, j’eu la satisfaction de constaté que les plus beaux carambolages se produisaient en hiver là où l’automne accueillait les plus beaux meurtres. La courtepointe détaillée que composaient les actes décadents de l’humanité me fascinerait toujours dans son individualité. Les raisons qui conduisaient à l’action, le phénomène qui s’emparait du cerveau à l’instant du geste.

Mes rires redoublèrent d’intensité laissant le chemin que traçaient momentanément mes pas se faire un brin plus cahoteux. Comment ne pas adorer celui ou celle qui s’égare du chemin de la norme que ce soit par les chemins les plus tortueusement sanglants ? Je l’ignorais et je me doutais fort avoir à demeurer dans cette ignorance l’entièreté du reste de ma vie humaine. Humaine, car un jour je deviendrai celui que j’étais, incapable de subir autre chose que ce qu’il était. Chess.

Ahahahaaaanffphnn ! Haha . . .

Finalement, la nuit aurait peut-être été encore plus ravissante si la Lune avait consentie à se dévoiler à ma vision ou peut-être ce désir subit relevait d’une variante plus poétique de mon caractère. Allez savoir ! Je vagabondais entre ces rues maintenant familières, cherchant un quelconque moyen de me dépayser totalement, imitation bancale de mon arrivée. Allais-je de nouveau m’assoupir, tel l’ébauche d’un sundae ridicule, sur un banc de parc peu reluisant ? Peu probable, mais la pensée suffisait à m’amuser. Mon sac à bandoulière, aujourd’hui, le 23 ou 24 Janvier, je ne le savais plus exactement, balançait au gré de mes bondissements hasardeux sur le parquet scintillant de poudre glacée qui prenait, au fil du temps qui défilait, une allure plus compacte. Était-ce vraiment utile de préciser qu’à l’intérieur de sa coquille de cuir surmontée d’une boucle à pois douteusement féminine, se trouvait mon bouquin fétiche, l’équivalent de la Bible pour les chrétiens pratiquants ? J’en doutai fort, mais tout de même, je ne me lassai jamais de penser à Aliss. Aliss et sa distorsion, Aliss dans toute sa splendeur cahoteuse et contemporaine. La jeune adulte qui traine ses pieds vers une illumination, illumination se manifestant par le biais d’un homme sec, nerveux et particulièrement lyrique. Oh Charles, fais-toi japonais que je puisse te suivre dans cette tanière doucereuse qu’est le métro et guide moi par inadvertance vers le cœur de cet arrêt au lettrage effacé, conduis-moi là-bas, à la station Wonderland.

Le vent se faisait violent maintenant, laissant la neige passer d’un ballet paresseux à un tango énergique. Oh, cette vision savait comment me séduire, la convergence des couleurs perçues s’offrant à moi tel un rideau charmeur. Le son de l’union de la nature et de la ville m’enivrait et je me retrouvais, flottant dans l’étendue infinie du ciel, en proie à une fascination sans pareil. Neigeait-il à la maison ? Je fus, l’instant d’une brève seconde, tenté d’appeler Carter pour lui faire part de ma jubilation, de mon égocentrisme total, un enfant souhaitant montrer une note satisfaisante à un parent consciencieux. Mais, peu sûr de l’heure qui s’affichait sur les horloges québécoises, et portant un certain respect (et même ce mot semblait gauche pour définir la valeur) à la vieille nounou aigrie, je me ravisai. Je me conterais de lui envoyer un e-mail lorsque l’occasion se présenterait. Un truc codé pour que la surveillance vaguement inutile que mes effroyables géniteurs tentaient d’exercer sur moi se voit contrée avec adresse . . .

Hmm. Que de possibilités.

Je m’aventurai le long d’une rue habituellement bondée, notant avec un air distrait, ébahi, que la tempête s’était métamorphosée en ouragan durant je-ne-sais-trop-quelle-de-mes-captivantes-bulles-mentales. Mes sautillements coinçaient dans l’avalanche miniature, alors que je prenais enfin conscience des engelures qui commençait à attaquer mes extrémités. L’Académie se trouvait à une certaine distance, distance qui se révélerait passablement dangereux de traverser gelé et, là où la douleur ne m’effrayait pas le moins du monde, la perspective de potentiellement perdre l’usage de mes membres me refroidit quelques peu. Après tout, il serait nettement plus difficile de jouer avec mes humains chéris si je me retrouvais handicapé. Alors, sur un coup de génie hors du commun, au beau milieu d’une nuit magique où la nature se chargeait de faire opérer sa justice impitoyable, je m’engouffrai dans la première boutique intéressante qui se trouvait à ma portée. Entre une boutique de sous-vêtements masculins et un salon de tatouage et perçage, le choix prouva être incroyablement simple.

Ce ne fut qu’une fois à l’intérieur, trébuchant légèrement sur moi-même, redressant inutilement ma large écharpe carmine et tombante que je pris conscience de la force actuelle du vent. Calme, l’atmosphère chargée de silence s’abattit sur moi doucereusement, laissant uniquement le rêve du bourdonnement du vent pénétrer dans mes oreilles. À vrai dire, une part de moi contemplait avec surprise le plancher, presqu’offusquée, car . . . sérieusement qui laissait sa porte déverrouillée à une heure pareille ? J’esquissai un rire entrecouper par mes grelottements inconscients. Qui eut cru que j’eus si froid durant ma ballade . . . Mes poumons crissèrent un brin sous la force du changement de température et je refermai un peu plus fort que nécessaire la porte qui m’avait accueillie en l’enceinte de cette boutique.

À vrai dire, j’admirais le travail placé dans les œuvres d’art que représentaient les tatouages sans toutefois ressentir le besoin de me barioler le corps d’encre indélébile. Les formes et l’aspect que prenaient les diverses insertions d’encre en disait long sur celui ou celle qui l’affichait, qui l’exhibait. D’abord une forme de narcissisme ironique qui renfermait parfois des motifs plus profonds. J’y voyais une manière de lire un individu en surface. Peut-être pourrais-je convaincre quelqu’un d’accepter un tel dessein, écho de la scarification de mon nom, valse de cinq lettres laissées à même l’intérieur de la cuisse crémeuse d’une prostituée.

Mon regard balaya la salle plongée dans une pénombre prévisible, me laissant tout le loisir du monde de me croire philosophe de retour dans la caverne de Platon, porteur d’enseignements pour mes niais sujets. J’avalisai les formes ombrageuses de la couleur fleurie de mes lentilles, un rose lait à la fraise, doux et sans agressivité. Puis j’avançai dans l’obscurité, car quant à être entré pourquoi ne pas en profiter pour explorer. Considérant que la porte ne s’était pas vue fermée à clé, j’ignorais si mon geste relevait du délit, mais . . . à vrai dire je m’en fichais éperdument. L’argent achète tout et il ne me manque pas. Un pas, puis deux, mais le troisième, car on dit toujours ‘jamais deux sans trois’, ne vînt pas. Non, je me retrouvai propulsé au sol, sentit le contact fouetter de mèche indiscernables me labourer le visage, perçu le contact dur du sol rendu humide par mes bottes montantes me perforer les omoplates. Une femme, il s’agissait d’une femelle. Elle. La chute nous envoya tous deux rouler contre une surface surélevée et solide, surface qui m’arracha un spasme douloureux lorsque je la percutai. Dans notre cascade imprévue, j’avais asséné, au hasard, quelques coups brefs et plus surpris qu’autre chose à la sauvageonne. Un chat sur le bord de feuler, un chat coincer dans une tanière n’étant pas la sienne. J’attendais le moment idéale pour mordre, attendait que la nausée résultant de l’impact du meuble sur l’arrière de mon crâne s’estompe. Je damnai presque mon humanité . . . Presque, car sans elle les humains ne seraient pas aussi facilement à ma portée. Et puis ma cognition explosa dans l’écarquillement momentané de mes yeux, rose terne percutant avec choc des rubis dangereux. Fascination immédiate qui laissa l’incrédulité céder sa place à un large sourire amusé. Le sang ruisselait sur sa joue, coulant d’hors de son arcade avec une grâce toute naturelle qui me rappelait vaguement la neige déferlant à l’extérieur. Si joli.

Oui, si joli, si intéressant. Voilà la pensée qui me traversa l’esprit, alors que je me voyais tenu au sol, un dard létal pressé contre ma gorge, menaçant de la percer. Immobile, je ne pouvais faire l’inventaire des dégâts que l’altercation subite avait causée à ma personne et je me contentai donc de laisser un nouveau ricanement tranchée le silence qui suivi la question brutale de la sauvage.

« Daaamn. »

Quoique question légitime, vraiment. Hahaha.

« J’suis un p’tit chat égaré . . . You see ? Et monsieur le chat avait les pattes trop courtes pour continuer à avancer dans la tempête . . . », me moquais-je docilement, conscient de ma position peu reluisante, mais tout de même assez imbu pour me permettre une bonne dose d’espièglerie.

Devrais-je me trouver en proie à la crainte, devrais-je paniquer ? Faut croire que le machin blond qui s’égosillait à me pourchasser, clamant son inquiétude et s’affirmant tel un parent, cet étrange Lawrence, avait raison. Je m’étais encore foutu dans un pétrin indescriptible. Je me demandais qu’elle tronche il allait bien tirer lorsque, curieux de ses réactions, je lui raconterai mon aventure. Hehh. Téméraire, je levai une main laissant une phalange venir tracer le contour de la joue de mon hôte. Lèvres pleines, gueule de succube. Je suis certain qu’un autre que moi aurait su apprécie la sexualité de notre position. Mon doigt remonta sur sa pommette, testant les limites de la contenance de l’hystérique. Et tout ce rouge qui la décorait, toute cette agressivité qu’elle répandait, semblait relever de la gloire hautaine de la Reine Rouge, de Michelle. Et malgré moi, je m’esclaffai de plus bel, mon thorax s’élevant, ma gorge exerçant une pression un brin plus intense sur la pointe du démographe. La crédibilité de mon innocence simulée s’estompait malgré la candeur ingénue de mes paroles laissant le frêle chaton faire place à Cheshire . . .

Sourire. Sourire. Sourire. Montre moi tout de toi.

« Tu tuerais un p’tit chat inoffensif et frigorifié ? Tu le perforerais, tu lui ferais mal ? Hm ? »



-


Tracks.
Kings and Queen – 30 Second to Mars
Here in your Arms – Hellogoodbye
The Ballad of Mona Lisa – Panic! At the Disco

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Je suis tout ce que je veux, je ne suis rien de ce que je subis. Je deviens celui que je suis.
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Dernière édition par Kohaku Joshua Mitsumasa le Lun 2 Juil 2012 - 17:52, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Personne ne bouge; si je te touche je te marque au fer rouge. [Chess]   Mar 20 Mar 2012 - 1:34

Chapitre deux. Graal de plastique.

Vague incrédulité qui me submergea soudainement, quand les feux violents d'une voiture glissèrent par la porte encore ouverte, que projetée par dessus mon épaule, la lumière nimba le garçon d'une halo suffisamment important pour que je me fasse une idée de son visage. Pas un frémissement ni même un sourire, plaquée contre sa gorge, l'instrument de métal accordait au mouvement de sa pomme d'Adam une vague progression,- momentanée. Mes yeux fouillaient un visage anguleux, aux airs félins, souligné par des mèches nacrées. J'harponnais l'éclat éteint d'un regard rose. Rose ? Répétition instantané de cette donnée, qui comme un flux électrique, courut d'un coin à l'autre de mon cerveau.

« Daaaaamn. »

Je n'aurais dit mieux, me surprenant à rester immobile face aux échanges rivaux de nos regards étrangers au Japon. Pas nippon, le garçon sous mon dard se faisait objet de mes investigations silencieuses, devenant par la totalité de ce qu'il était ce qu'il devait obligatoirement être à mes yeux. Indéfini. Je cherchais à comprendre, fouillant dans les tiroirs de mon encéphale qui réglait avec harmonie quelque chose qui l'instant d'avant avait été chaos intense. L'explication allait et venait, et du bout des doigts, je cherchais à l'attraper, courant sur ma toile invisible.

« J’suis un p’tit chat égaré . . . You see ? Et monsieur le chat avait les pattes trop courtes pour continuer à avancer dans la tempête . . . »,

Je laissais un vague glissement de mes yeux s'accaparer la vue de la neige, dehors, puis rivais de nouveau mes yeux sur le garçon. Sans jamais lâcher votre emprise, surveillez tout autour de vous. Mes lèvres s'étiraient en un sourire étourdi par le souvenir on ne pouvait plus futile. Un petit chat égaré viendrait-il se permettre un ronron contre la patte d'une araignée ? Où avait-il vu cela, sourit le daemon de ma tête. Je plissais les yeux dans un feulement silencieux, étincelant à peine plus la colère qui était déjà inscrite dans les pupilles sanguines. Pupille qui accrochèrent aussitôt le mouvement de la main blanche se soulevant à la hauteur de mon visage. Ecarquillement de mes paupières françaises, je laissais s'activer la partie folle de mon cerveau, dans des psaumes d'irrévocable surprise. Noooooooooon ? Il n'allait pas oser faire cela ? Compte à rebours très rapide, le contact du revers de son ongle sur ma peau déclencha la sensibilité de centaines de capteurs. Qui tordirent, dans mon esprit, la violence de l'intimité. Il touchait.
God. God. God. God.
Goooooood !

Mes yeux hallucinés dans une mydriase féline, je reculais, avançait mon esprit, dans des spasmes violents, horrifiée. Il osait ! Non, sérieusement ! Il osait ! Je reculais, allais et venais dans la vaine tentative de me calmer ; le blasphème odieux qu'il effectuait sur ma personne se ressemblait, à mes yeux, à un viol à ma personne. Je refusais qu'un humain me touche sans ma permission. Furibonde, j'observais le gonflement de sa gorge, cylindre de chair dans lequel se noyait des moqueries trop hideuses pour que je les supporte. Des rires, un rire, en continu, qui s'éleva, pour venir, par son excitation, narguer la pointe du dermographe.

« Tu tuerais un p’tit chat inoffensif et frigorifié ? Tu le perforerais, tu lui ferais mal ? Hm ? »


Goooooooood !
Les ombres portées de mes yeux jetaient sur lui le dernier avertissement. Le seuil à ne pas franchir, cette ligne verte où même les souris bénies ne pouvaient échapper à ma haine. Le seuil de mon besoin d'être totalement non-moi. Qu'il me touche, il touchait le diable en personne, décidé à ne pas oublier le visage de quiconque défiait l'exploit de Sémélée. Crochetant des doigts son col, je le soulevait, à la hauteur de mon visage, forçant l'hilarité personnifié à affronter la Colère. Le claquement de la lame vint perforer la constante irrégularité de ses euphories, quand dans une explosion sonore, mais brève ; la lame du dermographe perfora d'un coup sec le lobe droit de son oreille. Un mouvement insaisissable, presque aussi rapide qu'un éclair.

« Tu refais ça, chaton, c'est le front que je vise. »

Défi relevé par l'absence soudaine de sentiment dans mes yeux, je me relevais, passant au dessus de son corps, l'ignorais quelques secondes pour le contourner. Sans un mot, sans un bruit, mais comme une ombre désireuse de conserver tout pouvoir sur l'immensité de son royaume, je laissais au garçon la possibilité de faire ce qu'il voulait ; par exemple dans la persuasion de m'être invisible, une fois sortie de la pièce. Erreur, ou pas ? Je fouillais les placards de la salle de bain, la maison toujours plongée dans les ténèbres d'une panne d'électricité. Mes mouvements secs et rapides alertaient certainement l'individu de mon activité, puisque de toutes façons, je revins vers lui, quelques instants plus tard ; déposant face à lui Bétadine et compresse. Ohhhh, bétadine, produit aimé de mes fantasmes médicaux. Un tube jaune, à l'aspect si meurtrier, qui avait su conserver toute la splendeur du dantesque de son contenu. Un liquide épais et sanguin, qui se révélait, à chaque fois que je le découvrais, comme l'idéal du sang. Ni rouge ni marron, j'imaginais le burlesque d'un rêve consistant à me baigner totalement dans un bassin empli par de la Bétadine. Tâchant ma peau dans des arabesques lourdes et magnifiques, j'imaginais le viol des couleurs, les unes entre les autres.
Goutte à goutte assombrie par la luminosité faible des lieux, j'appliquais la Bétadine sur la compresse, et allait comprimer le lobe blanc du garçon en pinçant entre mes doigts le morceau de chair. Je compressais quelques secondes, puis me relevais. La bétadine toujours en main, comme un Graal mystique, je me détournais, pour aller fermer la porte. Le claquement de la porte contre la neige et le froid. Rejetant mes longues mèches brunes en arrière, je tournais lentement le regard vers le garçon, pour mieux m'immobiliser, au vu de la situation. Il me surprenait. Pourquoi être rentré chez moi ? Je supposais, murmura une voix, qu'il n'avait pas menti.

« Pauvre petit chat empêtré dans la toile de l'Araignée. »

Murmure cynique, soufflé du bout des lèvres. J'imaginais.

« Tu veux peut-être que je recommence ? Plus doucement, en te prévenant. »

Un rire sans joie extériorisée, mais pourtant si palpable dans ma poitrine. Il s'agissait d'un art ; percer. Un art auquel je me livrais, pour mieux me perdre dans les abysses de mon narcissisme transposé sur les corps de mes clients. J'avançais jusqu'à lui, glissant mes doigts contre son visage, dessinant de ma paume les angles graciles de son visage.

« Ou peut-être que tu es là pour me laisser te peindre le corps... ça ce serait cool, hein ? »

Mon ongle pivota sur une pommette ferme, et y tordit la peau, en enfonçant l'ongle. Mes yeux cherchant à défoncer les barrières de l'impassibilité de son rire fou. Qui était-il ? My sin against God.

« Je te laisse sortir sans appeler la police si tu me dis ton petit nom, chaton ? »

Un sourire coula sur mon visage, méprisable.

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« Araignée. »
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MessageSujet: Re: Personne ne bouge; si je te touche je te marque au fer rouge. [Chess]   Lun 26 Mar 2012 - 3:05

Et il fait noir en enfer, les damnés m’arrachent la peau
Ces horribles mains chantent des mélopées vicieuses
Et l’éclairage est tamisé au paradis, les anges goûtent ma peau
Des paumes d’azur chantent des litanies heureuses
KJ. M Date inconnue, 22 :17



– Chapitre 1 : Impish Tease ou La Lyricité Hypothétique de l’Hilare –


La pénombre circulant à son aise à l’intérieur de ce salon de tatouage qui ne se voyait éclairé que par l’opalescence rêveuse des flocons entassés à l’extérieur, décorant le rebord de l’entrée de ses arabesques poudreuses et cristallines, n’arrivait pas à dissimuler l’impact des expressions faciales de nos deux visages séparés de centimètres joueurs et énigmatiques. Mes phalanges se baladant, traçant une épiderme féminine, mon sourire onirique, moqueur, dents claires dévoilées pour le plaisir d’un regard enragé et dangereux. Danger qui se tordait et se métamorphosait, humaine adoptant un aspect plus aliéné, devenant sous mes yeux aux teintes de pétales doucereuses ce qu’elle subissait, l’effet que ma présence engendrait sur elle. Le contact de nos peaux se rompit brusquement, courant électrique qui fusionnait ma contenance à celle de cette dame à la violence évidente sectionné par une lubie qui, pour le moment, m’échappait totalement.

Show me.

Mon sourire ne pus que s’élargir, atteignant des sommets douteux d’une hilarité silencieuse et très certainement arrogante. En avant, en arrière, en avant, en arrière. Moue tordue par un supplice haineux dont je ne pus que me moquer, concentré sur ses traits qui coulaient aussi clairement que de l’eau. Le détail des sourcils qui se tendaient, des lèvres qui se pinçaient. Puis la fulgurance d’une main évasive me propulsant sans ménagement, profitant de ma légèreté relative à celle d’une poupée de chiffon, dans les hauteurs de la pièce. Face au visage d’une amazone féérique, sortie de nulle part, d’entre les ombres mouvantes de cette nuit de Janvier rendue resplendissante par la simplicité magique de la neige et de la glace. J’esquissai une mimique surprise, laissant mes lèvres s’égarer dans la forme d’un ‘o’ taquin et suave, imitation grotesque du pantin dont je me voyais attribuer la prestance. Mes doigts, phalanges parées à l’initiation d’un nouveau décollage mécanique vers la chaleur de la peau de l’inconnue aux prunelles sanguines, se virent interrompu dans leur ascension par un claquement de cliquetis sonore.

Onomatopée ne possédant pas la moindre forme d’humanité, suivie d’une vive, mais brève douleur, perforation stridente qui vînt animer mon oreille droite. La forme circulaire de mon orifice buccal se raidie dangereusement, allant jusqu’à se fermer avec une lenteur presqu’exagérée, morsure instinctive venant lacérée ma lèvre inférieure. Ma paume droite se plaqua contre la zone meurtrie, peignant le portrait d’un adolescent malmenée et refroidi. L’instant d’une seconde, l’instant que la douleur s’égare pour laisser place à un élancement frugal et peu contraignant. Le mal m’était familier, mais sa provenance, mystère lancinant, me demeurait inconnue, inexplorée. La lame de son outil m’avait perforé, maintenant la menace silencieuse que j’avais immiscé au travers de ma question à l’œuvre, l’aidant à adopter une forme tangible.

Elle osait la folle furieuse. Elle osait. Admirable.

Je gisais, entre curiosité et inertie, sur le sol, adoptant une apparence tranquille qui détonait nettement avec mon attitude versatile habituelle. Ou pas. En surface, probablement, simplement. Tant de contradictions apposées dans le corps chétif, écho difforme du physique de l’être dont je souhaitais atteindre la suprématie. Oh Chess . . .

J’observai la démarche qui laissa disparaitre mon agresseur dans les confins de son domaine, m’abandonnant à une liberté momentanée sur laquelle je n’allais pas cracher. En position interrogatrice dans cet endroit ou rien ne m’était familier, naturellement, ce fut d’un bond chancelant que je me redressai sur mes jambes. L’impact de ma tête contre le meuble de bois étant encore relativement récent, je ne pus refouler totalement le haut de cœur qui me traversa le corps, portant une main rapide jusqu’à ma bouche. Rien ne vînt, aucune défécation buccale, malgré le monde qui s’égarait dans une tornade en forme de spirale, tournant, flou. Je restai immobile quelques secondes qui tintèrent avec la tonitruance du pendule d’une horloge grand-père à l’intérieur de mon crâne.

« . . . Vises bien, hein. »

Le sarcasme, inaudible, se glissa hors de mes lèvres inutiles, mais nécessaire à la poursuite de ma cognition, à la présence de ma défiance naturelle. Je réfutais, je réfutais. Absolument. Mes yeux, pupilles vicieuses au diaphragme dilaté, filaient, rivières déferlant vers la vérité, tout autour de la pièce dans laquelle je me trouvais, la détaillant, la découvrant.

Je remarquai la chaise, renversée qui trônait sous une lampe fichue dans le plafond, remarquai le comptoir qui égayait la pièce de sa fonction professionnelle. Les ombres, trompeuses jusque dans la moelle chimérique, amenuisait mon observation modique des lieux et je préférai m’approcher du dit comptoir, laissant mes jambes me guider, paumes grandes ouvertes de sortes à saisir les obstacles surprises qui pourraient surgir devant moi. Le comptoir, surface de verre me laissant apercevoir des esquisses de dessins destinés à être projeté sur le corps humain, m’accueilli de sa fraicheur, la vitre certainement rendue plus froide par l’air extérieur. Je fis du meuble mon perchoir momentané, guettant le retour de ma tortionnaire et cobaye d’une moue scrutatrice. Le boucan annonçait sa présence non-loin de là où je me trouvais, cacophonie cérémonieuse qui possédait certainement le mérite d’éveiller les morts. Les japonais ne sont-ils pas superstitieux ? Quoiqu’elle ne m’avait pas paru nippone ou asiatique.

Who knows.

Elle se ramena de sa démarche fatale, le dédalle de ses pas laissant mes tympans crisser d’inconfort. Je ne m’attardai pas sur la sensation, préférant davantage fixer sa main enroulée autour d’une boule de tissu clair et d’un tube dont la couleur semblait reluire dans le noir. Brièvement déposé devant moi avant d’être de nouveau saisi, elle se rapprocha, trop près, cillement d’alarme retentissant dans ma tête, mâchoire malmenée par sa fermeture, je refusais catégoriquement de reculer, de montrer le moindre malaise. Je ne la craignais pas . . . afterall.

La compresse et une quantité infime du contenu du tube se retrouvèrent portées à mon oreille, lobe coincé entre l’étreinte de doigt aux actions contradictoires. Un murmure, chargé de sarcasme et d’arrogance, de maitrise que je ne possédais pas sur la situation. À la merci de cette étrange dame aux humeurs très certainement volatiles. J’esquissai un sourire, secret, amusé, faisant mine de retenir un rire simplement par désir de la provoquer. Elle se releva, s’éloigna vers la porte.

« Me faire mal pour me soigner. You’re not making any sense, honey. »

Puis le rire remonta à la surface, alors que la porte laissait ses battants claquer dans une fermeture chargée de cacophonie. Je fixai la scène de mon perchoir rassurant, imitation grossière de la branche d’arbre du Chat de Cheshire, du tabouret de Chess chez Andromaque.

« Aussi ce sont les chats qui bouffent les araignées, y’know ? »

Je m’attardai sur l’ébauche d’un clin d’œil affable, comme si je lui lançais le genre d’information amusante et secrète que j’observais souvent ceux qui m’entouraient partager avec ceux qu’ils jugeaient leurs amis. Action fausse et simulée, jeux de semblants qui auraient très bien pu me ramener dans le bureau de cet étrange psychologue et ses jeux tout aussi infâmes qu’intriguant. Un mensonge, une vérité et toutes les nuances qui évoluaient entre ces deux extrêmes. Je sentis ses phalanges se donner le droit de me toucher de nouveau, traçant, un peu comme je l’avais moi-même fait quelques minutes auparavant, les détails de mon visage. Sensation alien, aliénante et désarmante. Je la fixai, sourire en place, malgré mon manque d’enclin à subir sa présence à un degré si intime. Je touche, mais cette règle ne marche pas toujours dans les deux sens.

L’envie d’écraser l’araignée me traversa l’esprit, un murmure en colimaçon, un désir qui resterait discret. On ne tue pas les humains . . . , car ils sont si magique dans leur individualité qui éclaire la société tel un feu-follet enivrant. Mon sourire s’élargir d’un brin, je ne subissais rien et le contact de cette dame n’irait pas faire exception à la règle. Ma propre paume vînt se glisser par-dessus la sienne.

« J’suis pas v’nu pour tes services, sorry, même si tu viens de me faire un mini-stretch gratos. »

Je portai une main, celle qui ne valsait pas avec la sienne, à mon oreille meurtrie de manière se voulant innocente. Innocence bariolé par mon sourire trop large, trop prononcé pour s’apparenter à la pureté . . . Quoique nul n’était pur, pas même les anges. La pureté ne se résumait qu’à une illusion fantasque et bienséante qui animait les battements de cœur des humains que je chérissais tant. Pure comme l’ingénuité d’un rêve ou d’un mirage dans l’adversité.

« Et l’idée d’me faire peinturlurer ne me plaît pas. Il faisait froid et ça n’me tentait pas de marcher. »

Un ongle s’enfonça dans ma chair, m’écorchant la joue et je sentis mon rictus se dissiper une fraction de seconde, vaciller sous le picotement indistinct de la douleur. Juste une fraction de seconde, car il neigeait et que le monde reluisait de tout ce que j’aimais en cette soirée frivole et particulière. Sourire, sourire, rire. Peut-être pourrais-je emmener ce cabot collant de Swanster se faire troué ou peut-être pourrais-je convaincre Zack de se faire peinturlurer. Il dessinait, non ? Un tatouage ne ferait que le rattacher davantage à l’individualité que j’admirais tant chez lui . . . ses désirs et rêveries déchus.

Oh well.

« Mon nom . . . ? Tu me fous dehors et tu veux que je te donne mon nom ? T’es marrante toi . . . Spiderwoman. »

Agrippant sa main et la portant avec violence loin de ma peau, je me laissai glisser, tel un chat s’étirant après une trop longue somnolence, le long du rebord du comptoir et m’éloignai d’elle lentement, presque langoureusement, me jouant de l’araignée qu’elle prétendait être, la jugeant hâtivement comme je n’aurais pas dû le faire. Je me châtierais plus tard. Un jour. Assurément.

« Et appeler la police de priverais de l’amusement que de jouet avec un chaton détremper pourrait te procurer. T’vas vraiment le faire ? Rendre la vie d’un minet perdu encore plus dure qu’elle ne l’est déjà . . . »

Je soufflai sur la frange de mèches humides qui me bariolaient le front, mélodrame exagéré s’extirpant de mes lèvres avec une fluidité risible. Au final, qu’elle se décide ou non à appeler ses personnages en uniformes ridicules qui se chargeaient de la sécurité du peuple ne changerait rien à ma vie. Tout s’achetait avec de l’argent et . . . dans le pire des cas, si elle faisait une plainte, si je me retrouvais devant un tribunal, mon âge et ma pseudo-maladie ne faisaient que me protéger davantage. La combinaison de ces trois facteurs me rendaient presque intouchable, la justice ne pouvait m’atteindre, pas dans cette réalité humaine et pleine d’incohérences. Monsieur l’agent adorerait qu’on lui file un chèque en douce, hein ?

« Quelle cruauté. Tu vas t’emmêler dans ta toile si tu ne fais pas attention. »

Quoiqu’il fallait admette que le côté purement instinctif et animal qu’elle dégageait, se heurtant aux contradictions profondes de ses actions m’empêchaient de réellement vouloir quitter le petit salon de tatouage. Qui sait ce qu’elle pouvait me montrer. . . Ça et je n’avais vraiment pas envie de retourner à l’Académie maintenant. Je sentis mon cellulaire vibrer dans ma poche, indiquant l’arrivée d’un texto et l’ignorai tout en gloussant. Probablement ce grand cygne blond et accablant. Je m’éloignai de la porte d’entrée, traçant un cercle au travers de la pièce pour finir m’enfoncer plus profondément dans la demeure de l’arachnide.

« J’ai faim. Feed me, Spiderwoman. Après j’te dirai mon nom, okay ? »

Bah oui, car la manière la plus simple de répondre à une menace potentiellement dangereuse était de faire comme chez soi. Réactions, réactions. Elles viendraient, ces mignonnes.

Assurément, évidemment.

Absolument.

« Tu me guides ? »

Prunelles brillantes d’arrogance, la sommant de s’opposer à mon apparition soudaine, lui susurrant de me jeter dehors, si elle le pouvait. Moi, je comptais bien m’amuser un moment. Ou deux.

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MessageSujet: Re: Personne ne bouge; si je te touche je te marque au fer rouge. [Chess]   Mar 24 Avr 2012 - 6:12

Chapitre trois: les pigeons se cachent pour mourir.

Comme un stylet qui doucement traçait sa route le long des paysages inventés d'une feuille recouverte de minces esquisses, le sang sur mon arcade coulait en suivant les courbes de l'échancrure, pour aller se perdre dans les replis d'une paupière soulevée par la stupéfaction. Quel étranger pénétrait chez moi, dévastait mes lumières pour m'obliger à affronter des ténèbres que je cherchais à fuir ? Des histoires d'ampoules et de tabouret chavirant sous mes pieds me forçaient à garder l'attention portée sur les hypnotisantes mèches blanches. Tellement dénuées de couleurs, tellement dénuées de joie... Elles me hurlaient des souvenirs emprisonnés quelque part dans les étoffes de mon encéphale, si fascinantes, si tentantes. Séductrices hors-pair à mes yeux, je pardonnais le garçon d'avoir les mêmes camaïeux que mon amour morbidement imposé. Dieu, quand je l'avais, rencontré, avait les cheveux blancs. Mais ses yeux étaient ambrés, et ciselés dans la haine la plus profonde qui soit. Même le Diable n'avait jamais atteint de telles rancœurs à l'égard des hommes. J'avais toujours voulu savoir pourquoi. Pourquoi les détestaient-ils, ces créatures de paroles et d'intelligence. Je n'avais eu de lui que des caresses qui avaient endormis mes feulement de curiosité. Mauvaise enveloppe charnelle, qui tuait mes instincts dans des ricanement traîtres envers eux même. Et pourtant ! Sous mes doigts, à quelques centimètres à peine, des cheveux blancs, comme Lui. Étrange chérubin... je caressais son visage du regard, passivement alerté par la nuance bonbon, la nuance enfantine de deux yeux qui ne pouvaient définitivement pas être les siens.
Le filet de sang qui se stoppa à l'angle de mon œil sembla se prolonger, ou se réincarner au bout de mon index, quand la pression de la gaze et de la Bétadine fit s'écouler des arabesques sombres, gouttant sous mes ongles. Je sentis, contact fébrile, son épaule frissonner sous mon poignet, comme un semblant de rire. Moqueur ? Hilare et angélique. Sale junkie, prononçais-je mentalement en dardant sur lui un regard vide. Vide, d'expression, de chaleur, de froideur, simplement le rouge de mes lentilles, éteint. Sous mes doigts, il n'y eut ensuite bientôt plus de Bétadine. Je me relevais lentement, essuyant vaguement le revers d'une main tachée de produit sur ma jupe noire, plaquant mes doigts sur ma hanche, pour éviter … juste au cas où, la douleur. J'ignorais ma rotule.

« Me faire mal pour me soigner. You’re not making any sense, honey. »


Je me détournais vaguement, haussant un sourcil dubitatif.

« Et alors ? »

Légèrement rhétorique, je me perdais une fois de plus dans le décompte de mes apories, cherchant à me souvenir, tout en écoutant son rire. Explosion à travers sa gorge, j'aurais aimé avoir le droit de maîtrise sur lui. Seulement, se détachait de ses lèvres une contagion qui alluma dans mes yeux les surbrillances d'un feu doux, tranquille, que je laissais envahir mon regard, moqueuse de je ne savais quoi. De tous ces humains qui étaient venus chez moi aujourd'hui, et qui dans leur totalité globale n'avaient su m'intéresser autant que le garçon. Bilingue. Trilingue. Japonais, sa langue natale, anglais. Le hurlement de rire qui résonna quelque part entre mes poumons, dans le silence de mon intimité me fit découvrir les dents, dans un rictus amusé, presque le dixième du démon de mon corps. Oh, c'était drôle. Je revenais vers lui, avec la sensation abrutie d'être un pigeon. Un pigeon, qui volait, allait, et revenait. Flap, flap, flap. Ces pigeons qui couraient dans tous les sens, sur les trottoirs de la place du Commerce, ou bien ces mêmes-là qui drapaient la majestueuse coiffe de la Loire, statufiée en une femme debout, pile au milieu de la place royale. Ohh, Nantes... si rebelle à tes origines bretonnes, mon armoricaine. Flap flap. Je me stoppais devant le garçon, pour affronter, pour une millième fois, une phrase structurée toujours de la même façon.

« Aussi ce sont les chats qui bouffent les araignées, y’know ? »
« Je sais. Les hiboux, les chauves souris, les écureuils, les pigeons, les poissons-rouges, les fourmis, les chiens, les chevaux, les éléphants, et les lions aussi. Y paraît. Toujours est-il que vous vous répétez communément. Z'êtes passés le mot ? Mm... »

Je haussais les épaules, dans une éprouvante draperie de consternation, et soudain une idée formidable me vint. Je m'étais peut-être trompé, réalisais-je en glissant le repli d'un os d'index sur sa joue, peut-être pas trilingue. Bilingue ; il pouvait parler anglais et japonais. Oh, déception. Comme un châle gris s'abattant sur mes épaules, mes gestes se firent alors plus lourd, et je n'ôtais pas ma main à la sienne quand il revint, petit chat jouant avec la queue de son aîné, aussi à l'aise avec la moquerie qu'un concombre dans tzatziki ; répliquer, feignant l'innocente réponse.

« J’suis pas v’nu pour tes services, sorry, même si tu viens de me faire un mini-stretch gratos. »

Mes lèvres étirées en un triangle terriblement amusé, je laissais un éclat de rire s'échapper de ma bouche, les yeux arrondis par le comique de mes pensées. Si saugrenues, si saugrenues, mais tellement indésirables, ni recherchées, que leur fulgurance d'apparition ne put que me plaire. Je relevais un doigt, réclamant la totale attention de mon homologue, ravie de mes pensées indisciplinées. Sans rancune.

« Imagine que je sois prostituée. »

Huhu.

Amusée comme une gosse, je pouffais, solitaire, mes yeux devenus des fentes recourbées par le rehaussement de mes joues, et je riais, clamant haut et fort dans ma tête que tout cela n'était du qu'à la fatigue ; je me libérais des conventions de la journée. Je me libérais des « oui madame, oui monsieur ». Parce que que l'Araignée devait savoir être polie. Parce qu'elle avait beau désirer se parer des plus belles couleurs de prédatrice qui soient, si elle ne restait pas suffisamment immobile, jamais les petites mouches ne viendraient se poser près d'elle.

« Et l’idée d’me faire peinturlurer ne me plaît pas. Il faisait froid et ça n’me tentait pas de marcher. »
« Sérieux ? T'as une peau toute fragile, mon chou... je te pincerai avec le dermographe, que je te ferais pisser le sang. Oh, ce serait fabuleux de te faire un truc sur la cheville ; je me demande si les vibrations de l'aiguille iraient pas jusqu'à te péter l'os. Touuuut rachitique le petit chat. Regarde, regarde ! Je tire sur la joue, ça devient tout rouge. Tu serais fascinant à tatouer... je quipherais tracer le long de ton corps des arabesques sanglants de mots qui se crochèteraient les uns aux autres. Avec ta peau translucide, ce serait fabuleux. Vraiment. »

Le nom. Oh dieu, oui. Je rêvais d'accrocher, par l'union du fer et de la chair, les lettres formant son nom, et de lui en recouvrir le corps, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que le noir de l'encre et les ébullitions de sang qui draperaient chaque courbe, chaque esquisses de muscle, de graisse, de jointure, d'articulation, de tendons, de ligaments, tout, absolument tout, TOUT noyé sous du rouge et du noir. Du rouge et du noir, dans un ébat fusionnel sur son corps. Je commencerais par les orteils, pour remonter lentement, partout : comme une araignée, avoir accès à chaque partie de son corps pour imposer mon empreinte, pour étouffer ce blanc neigeux, pour le violer d'un sang et d'une encre qui brutale, s'arracheraient sa peau dans les claquements du dermographe. Je remonterais, je ferais le tour du nombril, pour le tatouer lui aussi, au final, je remonterais, j'irais jusqu'à la gorge, là où le sang pulse, près de la mâchoire, et je me jouerais de la carotide, pour peut-être, à peine, l'effleurer, et voir les draperies ensanglantées renflouer dans le creux de ses clavicules, dans l'arrondi de ses épaules, dans l'angle de ses lèvres. Je remonterais sur le visage, comme des mandibules se refermant sur l'être d'une proie, et je refermerais doucement. J'achèverais par le nez, près des narines, là où le souffle se stoppe. Et s'il reste encore du blanc sur son corps, alors je plongerais mes doigts dedans, pour l'éteindre définitivement.


« Mon nom . . . ? Tu me fous dehors et tu veux que je te donne mon nom ? T’es marrante toi . . . Spiderwoman. »

Ses doigts écartèrent les miens, et le surnom si familier résonna à mes oreilles, comme une alarme tirée, pour me rappeler d'être tranquille. D'être simplement ce que j'avais à être lorsqu'il fallait se montrer sage. Gentille, je repliais mes pinces, retirais les crochets. Adorable petit chat, pour qui je me prenais d'affection pour un corps. Oh, je le désirais. Avoir son corps, lui arracher son esprit, n'avoir que le corps, pour me jouer de sen humain, un corps humain, si disponible, et pourtant si inaccessible. J'avais envie de lui arracher la tête pour dévorer son âme. Et garder le corps.

« Spiderwoman... »

Qui m'avait appelé comme cela en premier ? Akihide ? Puis ils avaient tous suivis le mouvement, comprenant que je ne désirais pas être humaine. Une plante vénéneuse, qu'on ne caressait pas, qu'on ne respirait pas. J'eus, pendant une brève seconde, une pensée pour ce garçon à roulette. Ce petit poussin handicapé, que j'avais emprisonné dès son premier jour avec moi. Oh, Kyu... qu'est-ce qu'il aurait été drôle de te revoir. Là, maintenant. Toi et ton cheval de métal. Le Chat.
Le Chat descendit du comptoir, se glissa près de moi, et je le suivis du regard amoureusement. Oh petit garçon, je me fichais bien de ton nom... quoique. Donne-le moi, ou bien laisse moi te l'arracher, et avec, je réaliserais une superbe œuvre d'art. Me secouant vaguement, je revenais, perçant une énième fois la surface perdue de la réalité.

« Et appeler la police de priverais de l’amusement que de jouet avec un chaton détremper pourrait te procurer. T’vas vraiment le faire ? Rendre la vie d’un minet perdu encore plus dure qu’elle ne l’est déjà . . . »

« Tu ne te doute même pas à quel point tu as raison. Je ne vais pas le faire... »


Une défaite ? Non. Justement. Je le suivais, devinant ses esquisses de pas vers la cuisine, adoptant une attitude presque maternelle. Presque. Aussi fausse, certainement, que l'innocence dont il se paraît. Un gamin innocent n'avait pas les yeux roses et les cheveux blancs. Un gamin innocent ne se battait pas, mais pleurait, lorsqu'on lui perforait l'oreille, en se plaignant que sa mère allait gueuler, et le traiter de petit voyou. Je jubilais de ma découverte.

« J’ai faim. Feed me, Spiderwoman. Après j’te dirai mon nom, okay ? Tu me guides ? »

Je restais une seconde à l'observer, puis clownesque, dantesque, le sourire se réparti sur mon visage, dans l'extériorisation pure et simple de mon euphorie. Si il ne mangeait pas, je le mangeais. Si il mangeait, il ne fallait pas qu'il grossisse, marmonne une vague partie irréelle de moi. Je rêvais. Non, non, j'avais envie de le voir totalement vivant, soumis à un instinct primaire, la faim. Manger. Quelle situation m'offrirait-il ? Je caressais du bout des doigts, du bout de la langue, même, l'assouvissement d'une beauté hors paire. Lancé comme une locomotive, mon esprit rappelait tous les aliments contenus dans mon frigo, tandis que passant près du chaton aux yeux roses, je glissais ma main sur sa nuque, refermant mes doigts sur le col, pour l’entraîner vers la cuisine. Moui ? N'étais-je pas une bonne maman chat ? Ovipare, monstrueuse ovipare, je ricanais en silence, le déposant sur une chaise, tandis que j'allumais une ampoule électrique au dessus de nous. Cuisine sobre, et sans ombres, je le laissais découvrir les lieux, et moi, sans chercher à découvrir immédiatement ses traits, je me concentrais sur le frigo. Des glaces. Des glaces à tous les parfums, mais aussi du gâteau ; un énorme gâteau, qui prônait sur les étagères froides du réfrigérateur. Je sortais le tout, et le déposait devant lui, avide de pouvoir admirer son regard. Je découvrais son visage, aussi. Fin, anguleux. Je m'en doutais. Un occidental, un chat de gouttière. Comme moi. Mes lèvres frémirent dans un sourire diabolique, et plongeant un doigt dans la crème du gâteau, m'approchait de lui, et déposais le doigt, sucré, sur ses lèvres.

« Tu peux manger ce que tu veux, chou. Je vais même te faire une fleur, okaj ? Un chocolat chaud, ça te dit ? Et des crêpes. Tu manges ce que tu veux. Moi je veux ton nom. Okaj ? »

Je souriais, et me détournant, lâchant en français : « si tu ne me le dis pas, je te brise les os du corps, les uns après les autres. » Puis brisant les œufs dans un plat, avec du lait, je préparais la pâte à crêpe, en supposant qu'il ne me le donne pas. Ou qu'il me mente sur son nom. Je retins un sourire. Qu'importe ? Si c'était lui qui me le donnait, cela revêtait autant d'importance que si cela avait été son vrai nom. Que ce soit lui qui choisisse ou lui qui présente... cela ne me permettrait que de mieux visualiser le tableau sanglant. Je jetais les coquilles dans la poubelle, en rejetant mes cheveux derrière mon épaule.

(…)

Dix minutes plus tard, je posais une crêpe, dans son assiette, puis dans la mienne, et lui offrait une carafe, d'où s'exhalaient les effluves chocolatés d'un lait chaud. Je m'en servait en premier, reniant avec tout le respect dont je faisais preuve, les politesses japonaises. Le démon de ma tête ricana, me questionnant sur mes besoins de lui prouver que je n'avais pas mis de l'arsenic dedans. Pour ne pas le faire fuir ? Probablement. Douce torture à admirer, j'enfonçais en silence la pointe sensuelle d'un couteau à pain dans le Nutella. Tiens, aimait-il cela ? Il y avait deux sortes d'humains au monde, morigéna une petite voix dans ma tête. Ceux qui aiment et ceux qui n'aiment pas le Nutella. J'en couvrais ma crêpe, et apportais l'aliment à ma bouche, pour darder mon regard sur le garçon. Le rose et le rouge …

« Je quiphe bien ton regard. T'as quelle couleur, en dessous ? T'viens d'où, mon chou ? T'es un petit esclave enfui d'un château lointain, de l'Europe ? Ou bien t'es un ninja qui est en mission ici pour le compte des Russes. Ou alors t'es un gosse persuadé d'être Dieu ? Mm ? T'es qui, avec et sans ces lentilles ? J'aimerais bien savoir... »

Je mordais dans la crêpe, sentant aussitôt les rouleaux de pâte à tartiner venir glisser entre les interstices de la pâte dorée, et le long de mes doigts. Je secouais ses derniers, avisant le miel. Dégueulasse, répugnant : seuls les porcs mangeaient. Un monde parfait à mes yeux, serait un monde où les humains ne mangeraient plus. Lors, je considérerais que les Hommes étaient semblable à des dieux. Et alors, je forcerais Bakura à reconnaître qu'il s'était trompé. Mes lèvres barbouillées de chocolat se courbèrent, entre un rictus moqueur et une moue boudeuse. Je pensais encore à l'égyptien. Tsss.

« Oh, et un truc. Tu perdrais tout ton charme, avec des lentilles dorées. »

Jalouse ? Si peu. Je délaissais ma crêpe, plongeant une fourchette dans le gâteau.

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« Araignée. »
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Kohaku Joshua Mitsumasa
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MessageSujet: Re: Personne ne bouge; si je te touche je te marque au fer rouge. [Chess]   Ven 26 Oct 2012 - 21:34

William me sermonne, je vois Lawrence.
Alea m’effleure, je soupire son nom.
Émile m’indigne, je fracasse ma cognition.
Où suis-je, où suis-je ?
Swan . . .
- KJ.M Date inconnue 19 :43

– Chapitre 2 : Tipped Spoons ou Une Âme de Soie pour le Goûter. –

From : L. Swanster
To : Chess
23:27 23/01/2012


I said ‘call me back’ not ‘text me some random gloom’ ! Tu vas attraper une pneumonie si tu restes dehors, Kohaku !


« Je ne savais pas que les chevaux mangeaient des araignées. Mais je sais que, personnellement, j’aime bien m’amuser de leur trépas. »

Surréaliste, cette dame me contournait, sans pourtant opposer de résistance, fluide comme de l’air, vulgaire et légère comme de la soie. Me l’imaginer prostituée était inutile, alors qu’elle écartelait sa cognition, peignant son visage de son ressenti, plus expressive que l’homme solitaire enfourchant une poupée gonflable dans la tranquillité anonyme de sa chambre, plus intéressante qu’un cours de psychologie avec cet accent discret et ces mimiques explosives. Française . . . ? Anglaise . . . ? Au final, sa provenance ne m’importait guère. Différences culturelles, bouillabaisse sociétaire. Quoiqu’elle me touchait beaucoup trop à mon goût, perçant mes remparts du contact brusque de ses doigts. Phalanges méconnues que je n’appréciais pas sentir sur ma peau, pinçant et tâtonnant, masquant mon inconfort par de la moquerie, affichant cet éternel sourire qui perdurait dans l’infini. Le sang qui viendrait décorer mon épiderme pâle ne serait certainement pas le mien à ce rythme, minauderie consternée face à trop de familiarité. N’était-ce pas elle qui avait pété un câble lorsque je m’étais immiscé dans sa bulle, lorsque j’avais rompu les barrières de son intimité ? J’entendais encore le claquement du démographe qui pénétrait mon oreille, alors qu’elle m’entraînait, faisant une féline d’elle-même, vers la cuisine en agrippant mon collet. Je ressentais une immense satisfaction à l’idée de ne point m’être trompé à son sujet. Elle n’oserait jamais appeler la police, non, pas avec ses yeux rubiconds qui me dévoraient tels les crocs de l’araignée qu’elle prétendait être. Vouloir s’emparer de quelques choses que je lui volerais peu importe la conclusion de cette rencontre, des informations qui ne porteraient que fruit dans sa perception des événements. Adroit subterfuge de faux-semblants qui tourbillonneraient dans cette salle à manger japonaise, au cœur de l’antre d’une mygale tyrannique. Heheh. Fuck yes. Give me everything you own, hand me everything you are. Réactions. Secrets. Valeurs. Présence. Démarche.

. . .

J’ai faim.

Elle m’offrait tout ce que je voulais, la moindre nourriture, sans réellement comprendre que c’était elle que je comptais déguster au final, savourer l’électricité qui fusaient entre les synapses nombreuses de sa tête, me pourlécher des battements rythmique de son cœur. Des propositions sucrées s’échappaient de sa bouche, tout aussi cotonneuses qu’une lame entre deux côtes, qu’un venin rempli de déceptif. Je me dirigeai vers la table, pas félins imitant la démarche d’un individu en talons hauts, réceptionnant sa menace dans le creux d’un sourire extatique. OH. OH. OH. You want to play with me, Bloody ? S’élargissant de seconde en seconde, je dissimulai mon air dérangé derrière l’une de mes paumes pâlotte, exhalant lentement pour m’empêcher de me perdre dans l’un de ses rires effrayants dont j’avais le don. Après tout, n’étais-je pas, ce soir, un petit chaton innocent. Un chaton qu’elle sous-estimait en se cachant derrière des paroles prononcées en français, dans un accent différent du mien. Croyait-elle que je ne la comprenais pas, croyait-elle pouvoir m’effrayer en prononçant une telle menace dans une langue qu’elle jugerait compréhensible par ma personne ? Horrible sotte. You’re making a fool out of yourself.

Je m’octroyai le droit de m’installer à la table, l’observant avec une curiosité malsaine, alors qu’elle déversait le contenu des œufs craqués dans un grand bol, me glissant dans une chaise avec l’aise d’un courant d’air. Je tenaillai ma lèvre inférieure dans un mouvement d’hésitation. Devais-je lui révéler que j’avais vu à l’intérieur de ses mots maintenant ou était-il préférable d’attendre un peu ? Elle m’avait demandé mon nom, n’est-ce pas ? Comment réagirait-elle face à un homonyme évidement ? Synonyme de ce que je voulais être . . .

« Chess. C’mon nom. What’s yours, darling Spider ? »

Prononcé juste assez fort pour qu’elle l’entende, la tête penchée dans cette même mimique innocente qui n’arrivait pas à atteindre mon regard, pianotant mes phalanges sur la surface du meuble, dos légèrement arqué vers l’avant. J’anticipais un savoureux désastre, domptant les bruits mous qui accompagnaient la conception d’un truc mangeable de ma cognition. Je la voyais sur le rebord d’une falaise abrupte, dansant avec ses mèches de soie sombres virevoltant dans le vent, s’opposant à la peur de ses mouvements amples, bravant les limites de l’humanité pour se retrouver empalé par l’un des pics en contrebas lorsque le sol s’effriterait sous ses pieds. Elle ne pourrait s’envoler, elle, contrairement à moi. Par contre, cela faisait d’elle plus qu’une simple veuve noire en quête d’une proie à déguster, une flammèche de soie, sensuelle et dangereuse. Sourire en coin, mon regard sillonnant sa silhouette, imaginant sa cage thoracique explosée par la pierre.

« Si tu n’aimes pas Spiderwoman, je peux t’appeler Silk. C’est encore plus de contexte, Bloody. », lâchai-je alors qu’elle se ramenait avec une carafe à l’odeur de chocolat, titillant mes sens, me rappelant que j’aurais certainement préféré un café à la vanille. Une crêpe fumante contenant une crêpe et un gâteau vînt rejoindre le contenant rempli de liquide, ajoutant aux effluves pédophiles emplissant la pièce plus d’ardeurs. Attrapant une fourchette, je goûtai un monde de bonbons volages, une réalité portée sur la moquerie. La regarder déguster sa nourriture peignait un portrait beaucoup plus tangible de l’image que je me faisais d’elle et je contemplai la scène avec curiosité, m’emparant distraitement du pot de Nutella avec lequel elle avait tartiné sa crêpe, l’imitant modiquement avant de tremper un doigt à l’intérieur. Chocolat. Je glissai ma langue sur ce dernier, redécouvrant posément mon annuaire. Elle me quémandait d’autres réponses, grattait le bois qu’elle croyait dissimuler ma personne. Oh, keep going, keep going. Ses lèvres salies de brun m’interrogeais, sourire erroné de saleté. Je gloussai, passant ma main qui ne tenait pas d’ustensile dans ma chevelure.

« Je suis . . . l’hilarité, la transcendance, l’insoutenable légèreté, le despote des âmes. ‘Dieu’ n’veut pas dire grande chose dans ma perception du monde. Et . . . Et j’peux faire bien pire que d’te briser les os. »

Phrase prononcée dans la francophonie du Québec, s’octroyant les couleurs d’un drapeau bleu et blanc, me rappelant les effluves charmantes du Tim Horton, me poignardant à coup de rames de métro bondées de gens. Entre Berri Uqam et Honoré-Beaugrand, sur la ligne verte. Je recevais si peu d’occasion de parler ma langue maternelle depuis mon arrivée au Japon, et ce n’était qu’en compagnie de Lawrence que je me permettais cet égarement. Trop humain, trop enfantin. Cette fois, je pouvais excuser mon agissement par l’intermédiaire du jeu, je lui parlais ainsi simplement pour la surprendre, pour sous-entendre que j’avais effectivement compris sa menace de tout à l’heure. Absolument.

Lui arrachant sa part de gâteau, sans avoir touchée la mienne, avec l’intention de la manger, je répondis platement à sa dernière remarque.

« T’m’aurais détesté, y’a trois jours . . ., car d’or j’avais habillé mon regard. C’triste que j’aie choisi de porter du rose aujourd’hui, j’aurais aimé savoir comme tu traites les gens laids. »



Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: Personne ne bouge; si je te touche je te marque au fer rouge. [Chess]   Mer 21 Nov 2012 - 23:54

« Je ne savais pas que les chevaux mangeaient des araignées. Mais je sais que, personnellement, j’aime bien m’amuser de leur trépas. »
« T'es con. Y'a que moi qui peut réellement comprendre ce qu'il y a de drôle dans la mort. Tu n'es pas Dieu. Tu n'es pas grand chose, en fait, si je décide que tu n'es rien pour moi.  »

Et personne ne sera jamais Dieu, personne d'autre que Bakura. L'unique, le seul, à qui j'avais accroché la perception de ma réalité. Je l'avais fait, je l'avais créé, je l'avais exhibée à sa propre apothéose, statufiant sa conception des choses, le rendant plus divin que jamais aucun homme n'avait été. Il était mon jeu, il était mon esclave, et j'étais soumise à son être. Le besoin total qu'il existe, l'exaltation de le savoir vivre pour moi. Et une seconde, le gosse m'énerva. Un stupide enfant, qui se pensait au dessus de moi, alors que je m'évertuais à rester calme avec eux, ces humains, ces gentils êtres de notre création. Ouh, Bakura, est-ce que tu rirais, quand je te raconterais ça ? Pour un peu, me manquerait plus que Vegan se ramène. Tableau complet de mon aberration totale. Connard.


« Si tu n’aimes pas Spiderwoman, je peux t’appeler Silk. C’est encore plus de contexte, Bloody. »

« C'est tellement plus galant. Mais ne me fais pas rire. Si tu crois que tu me peux confondre avec de la douceur et du velours, darling, alors j'engagerais une relation sadomaso avec toi. Pas sûr que t'aime ça très longtemps, chaton. »

Les gloussements s'échappèrent de ma bouche, et je vins tapoter de mon doigt contre la surface d'un gâteau, en crevant sciemment la surface tapissée de crème chantilly. Horreur inqualifiable que la bouffe. Sans le karate, je prendrais vingt cinq kilos de plus à chaque fois. À chaque fois. Cette graisse qui me traquait, partout, moi qui me pensait insaissable des humains. Exactement comme ce jour où j'avais violé cet ange, sur le toit, sous la pluie. Je m'étais était arraché les ongles, pour la voir se dandiner jusqu'à moi. Et j'avais été victime de ce complexe. Horreur, frisson, de voir ces écharpes molles couvrir mes cuisses ou mon ventre. Alors je me démenais, encore et encore, pour taire cet appétit insatiable. Estomac traître, envies furibondes d'engloutir, de manger, de dévorer, de savourer, de vider l'assiette. De vomir, ensuite. De vomir avec colère, de m'arracher la gorge, et de les faire bouffer à tous ces entrailles qu'ils chargeaient eux mêmes de ces sucres intolérables.

« Je suis . . . l’hilarité, la transcendance, l’insoutenable légèreté, le despote des âmes. ‘Dieu’ n’veut pas dire grande chose dans ma perception du monde. Et . . . Et j’peux faire bien pire que d’te briser les os. »
« Oh... je t'aime. Après, je m'en fous. T'possèdes pas le moindre droit sur moi, et ta perception ne dépend que de toi. Moi, j'ai mes fondations, et Dieu, c'est moi qui l'ai créé. Je crois en mes efforts. Je crois en moi. Ta transcendance, ton rire, ta légereté... qu'est-ce que ça vaut, tout ça, quand moi je n'y crois pas ? Enfin, j'm'en fous. T'vas dire « genre, ouaiiis, mais de toutes façons, l'important, c'est que moi j'y crois. Si je suis ce que je crois, si je suis ce que je veux être, alors je m'en fous. » Non ? Ta transcendance... elle vaut mieux que mon Dieu ? J'y crois pas une seconde. T'es une illusion, t'sers qu'à te satisfaire à toi même. Comme n'importe qui. »



« T’m’aurais détesté, y’a trois jours . . ., car d’or j’avais habillé mon regard. C’triste que j’aie choisi de porter du rose aujourd’hui, j’aurais aimé savoir comme tu traites les gens laids. »

Un sourire étira mes lèvres, dans la promesse silencieuse d'un acte dont je ne révélerais pas le secret. Mes yeux suivirent le mouvement du gâteau, horreur putréfié de sucre glace, s'éloignant de moi dans une sorte de miracle. Miracle à deux balles, mais qui estompa ma colère à l'égard de l'enfant. Quoique je disais enfant, mais il devait avoir l'âge de Zakuro. Hehe... Je ne savais pas ce que devenait ce dernier, depuis une semaine. Je l'avais peut-être finalement tué ? Un rire s'échappa hors de mes lèvres, et partant dans le délice des souvenirs empreints des bleus couvrant le corps du japonais-samouraï, des bruits de ses métacarpes, quand assouvissant mes délires moqueurs, je lui retournais le poignet, ou colorés par ces sourires dont il payait mes séances. Idiot. Je préférais mille fois le voir frapper le sac, au rythme de mes battements de langue. Je l'étudiais, le poussait au maximum, à chaque fois. Simplement rigolo. Rigolo. Mot enfantin, qui correspondait, je croyais. J'espérais. Je le décidais.

Le téléphone sonna.
Appel strident, qui me fit hésiter une seconde à lâcher le chat des yeux. Puis considérais qu'ici, nous étions dans ma toile. Je me levais, et m'essuyant les doigts sur mes lèvres, je léchais avidement, choppant ensuite le combiné avec un soin précieux.

« Oui bonsoir ? »

Pépiement, gazouillement d'un japonais surexcité à l'idée de se faire tatouer. J'écoutais à demi, retourné vers le blanchet, les vibrations atones d'une voix que je n'écoutais plus. Toute à mon attention concentrée sur le garçon. Montre moi. Joue tout seul, étale toi. Que sais-tu faire ? Que vas-tu faire ? Dans ma poche, mon portable se mit à vibrer. Alors que l'autre hystérique au bout du fil cherchait à établir un rendez-vous, je glissais mes doigts dans ma poche, arrachais le portable à l'étreinte du jean et du corps, et notais le numéro de Zakuro. Awwwight. J'ouvrais le clapet du bout des doigts.

« Moment mal, bitte. »

Murmure, je le laissais patienter, et activais l'autre à se magner à choisir un rendez-vous. Notais mentalement dans l'agenda de ma tête son option, et raccrochais. Je récupérais Zack.

« J'ai un squelette chez moi, tu me déranges un peu. Je « nourris ». Bye. Révise tes embusen de kata, Zakuro. »

Je jubilais, follement amusée par le garçon.

« Encore une fois. Qui es tu? »

Et cette fois-ci, ce n'était pas la chenille bleue, qui demandait, mais l'araignée noire.

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MessageSujet: Re: Personne ne bouge; si je te touche je te marque au fer rouge. [Chess]   Mer 3 Avr 2013 - 0:02

It’s quiet, too quiet. I wonder how I ended up here, how I got to this place.
Bleak wallpapers, noisy wallflowers, et les gémissements diffus d’Aliss dans la nuit.
Je tâtonne le vide, j’enfonce mes ongles dans le bois, je lèche la poignée immobile.
Oh, kiss me. Kiss me, kiss me, blue eyed high, kiss me, kiss me. Suck my soul.
For I won’t hesitate to steal yours.

K.J.M. – Date et heures inconnues.

– Chapitre 3 : Fools for Dinner ou L’Avènement du Rônin de Calcaire –


Lumière mourante portée à son zénith par les flocons qui s'écrasaient contre le ciment de l'extérieur, chaleur équivoque qui violentait le froid et s'échappait de nos enveloppes corporelles. Ambiance carmine, mouvements arachnéens. Contournements stridents à mes oreilles, rire voluptueux autour du gâteau, j’avais contournés tous ces retours de phrases d’un détour de langue, humectant mes lèvres de fourberie chantante. Mèches encore humides collaient à mon cou, d’une transparence opaque qui ne s’agençait que trop étrangement avec le rose de mes lentilles. Un bonbon de Saint-Valentin qui se moquait de Yui, qui riait, qui riait, qui riait et empoisonnait. Et le claquement du démographe qui résonnait comme un serpent malaisant s’agençant comme un gant troué à l’hargne de ses propos presque tétanisant. Elle pointait une stupidité supposée du doigt, me bariolait de teintes faussées qui ne m’allaient pas. Jamais elle ne toucherait ma peau de son démographe, mon imagination envisionnant des arabesques nauséeuses. Je ne veux pas de couleurs pour me rattacher à l’humanité, encore moins provenant d’une dame cervicalement estropiée qui ne les comprend pas.

« N’être que vide à tes yeux me conviendrait parfaitement, car c’est le vide qui glapit, muet, au-dessus des croyances, au-dessus des déchéances. Immatérialité. Tu vois dans mes mots des prétentions, mais il n’en est rien. Que sais-tu réellement de la mort, toi qui es vivante . . . »

Ce n’était pas une question, un commentaire au ballant vacillant qui me ramenait auprès des animaux glapissant, recherchant l’air que mes mains s’affairaient à leur enlever. Le velours de la chair interne, peinturlurant mes doigts et s’infiltrant sous mes ongles. Les yeux révulsés perdant leur candeur vivante, adoptant l’aspect des mannequins empaillés que nombre de québécois aimaient exposer dans leur salle de séjour comme des trophées. Je gardais leurs crânes polis dans des boîtes que j’avais laissées en évidence dans ma chambre, aux dortoirs, de sorte à ce que mes colocataires les trouvent. J’avais exploré la mort, j’avais provoqué la mort, j’avais touché la mort. Déchéance cognitive, apogée du dédalle physique.

Puis, il y avait eu la cuisine, les œufs craqués dans un bol et les commentaires sur un surnom tiré des limbes d’une conscience connectée à des milliers d’autres. De quel recoin de mon esprit s’était ramené la veuve noir piquetée de paillettes vermeilles venimeuses, soie anale se déversant sur mes paumes curieuses avec l’assiduité d’un essaim de guêpes enragées ? Information manquante, information mutée, qui s’était rhabillée de soie rouge. Et elle lui allait bien, car je savais à l’instar d’elle et son sale démographe, agencer les gens. Évidemment, absolument. Une soie rouge, chinoise, assassine. Merveilleuse appellation. Loin de la connectivité douteuse, de la réaction malsaine qui hurlait ‘YOU ARE NORMAL, FOOL’. Loin, loin, loin, j’étais si bien en m’en tenant éloigné.

« La galanterie est loin de ma cognition, je pensais plutôt à une vicieuse strangulation. Du velours rouge pour couper un souffle, comme Michelle. »

Et des cils s’agençant enfin avec ce regard rubicond et mes lèvres malicieuses demandant si la partie de sado-maso était toujours à considérée. Bien sûr que non, elle ne l’avait jamais idée et la perspective même me ramenait sur les cuisses d’Elena, laiteuses, parfumées, damnées. Le sang, le sang, sur les mains, sur les avant-bras et les bruits humains et non animalisitiques. Ou animalistiques tout en étant humains. Je revoyais le souffle, goûtais la sueur, et pas celle de Zakuro, non, celle de la poisse et de la damnation. Je . . .

Non.

La table, le bois, clac clac clac, et les questions qui n’aboutissaient que sur les flammes tremblantes de chandelles fictives, charmant la raison et distrayant les sens. Et psalmodiant, sale hérétique, une opposition à ce que j’étais, à ce que je comptais devenir. D’un revers d’index la transcendance balayée, d’un tour de poignet l’hilarité négligée. Elle avait réfuté et j’avais ressenti l’indéniable envie de lui fracasser la pommette gauche sur le verni du meuble à dîner. BAM BAM BAM. Peau brisée, façade d’innocence fracassée. Une seconde, deux secondes puis la cessation de l’imaginaire, phalanges crispées contre la table. Une seconde, deux secondes puis le calme.

Une illusion. On ne me réfute pas, on m’intellige alors.

« Une illusion, si j’étais une illusion cela signifierait que tu serais celle qui m’a imaginé. Donc, cela voudrait dire que mon existence t’importe. Dans le cas contraire, ma transcendance serait bien réelle de par le fait qu’affirmée dans la réalité. Un peu comme l’existence de ton prétendu ‘dieu’. Il existe, ton opium, parce que tu le dis. Je suis au-dessus de lui, parce que je le choisis. »

Puis il y avait eu l’échange de gâteaux, poigne diluvienne, vol prévisible, goût du sucre et la sensation de planer dans l’attente de la prochaine scène d’une histoire que je ne savais contrôler. Une sonnerie de téléphone était venue briser la contemplation, la prochaine réplique, rideaux translucides venant toucher le sol et laissant les spectateurs observer des formes floues continuer de danser. Valse d’idiotie. Un appel téléphonique au beau milieu de la nuit.
J’osai glousser, audible, alors que ses extrémités vicieuses rampaient sur la surface de ses lèvres, souillées et qu’un gazouillement lointain venait me titiller les oreilles. Qui pouvait bien appeler à cette heure ? Pfsh, who fucking cares ? J’imitai la tenante des lieux, farfouillant dans ma poche humide à la recherche de mon joli portable aux reflets lime, réceptionnant le message texte énervé de Lawrence avec la ferme intention de verser de l’huile sur le feu. C’était si rare de le voir en colère et j’adorais sentir son souffle spasmodique contre mes joues lorsqu’il me sermonnait. He was such a pretty game.


From : Chess
To : Swan
00 :05 24/01/2012


But she’s a beautydeadly, a silklethargy. A domina-fool, a fool-tool, a spiderfrog.
Pretty, pretty, must be tasty, don’t you think so ?



Message envoyé, elle me laissait de nouveau seul dans l’une des pièces de son domaine, me provoquant presque d’oser violer son antre. J’entendais sa voix qui ricochait contre les murs, observant les parts de gâteaux à moitié consommées qui trainaient sur la table. Duvet de sucre et de calories, nourriture universelle du sourire. Comme un enfant, un gamin frivole qui cherchait à attirer l’attention, je me saisi de son assiette, porcelaine froide contre mes empruntes digitales. la fit tournée vers le bas de sorte à ce que le dessert vienne s’écraser sur la table dans un bruit mou. Plaf ! Mon mouvement se poursuivit dans une fluidité qui impliquait un manque de réflexion certain et je m’affairai à appuyer l’assiette sur sa part de sucre de sorte à l’aplatir et l’étendre. Mon manège m’amusait, j’élargissais la surface couverte par la matière consommable au fil de revers de porcelaine aléatoires ne portant qu’une attention distraite qu’aux paroles qu’elle lâchait à l’individu piaillant à l’autre extrémité du combiné.

Du moins jusqu’à ce que le nom de Litchi viennent faire exploser ma cognition. Abandonnant le désastre pâteux pour aller rejoindre ma part intacte de cake, je ne pus m’empêcher de la toiser, chaton scrutateur, avec de grands yeux curieux, tentant de conserver cette façade nauséeuse d’enfance que je simulais gauchement depuis mon entrée. Elle réitéra sa question d’avant et je levai un sourcil, à demi-affable.

« Pourquoi je répondrais à une hérétique amoureuse d’un dogme ? »

Baissant les yeux sur ma nourriture, perçant des remparts duveteux de ma fourchette, je demandai entre deux bouchés se voulant nonchalante, pendant que les doigts de mon autre main retournaient s’échiner contre les touches de mon téléphone portable.

« Et . . . Zakuro. C’est qui celui-là ? »


From : Chess
To : Litchi
00 :14 24/01/2012


Hey, love.
C’était qui, la dame que tu viens d’appeler ?



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MessageSujet: Re: Personne ne bouge; si je te touche je te marque au fer rouge. [Chess]   Dim 12 Mai 2013 - 2:38



Chapitre 5. Découper la table avec une scie, puis...

« Une illusion, si j’étais une illusion cela signifierait que tu serais celle qui m’a imaginé. Donc, cela voudrait dire que mon existence t’importe. Dans le cas contraire, ma transcendance serait bien réelle de par le fait qu’affirmée dans la réalité. Un peu comme l’existence de ton prétendu ‘dieu’. Il existe, ton opium, parce que tu le dis. Je suis au-dessus de lui, parce que je le choisis. »

« Ton existence m'importe. »

Je valsais dans un enchainement de pas entre la table et la cuisine ; entre le buffet astronomique de gateaux aux allures gamines, à cette cuisine dans laquelle les mots français résonnaient pour les premières ou secondes fois. Je dansais, dans ces déplacements qui me forçaient à ne pas m'arrêter pour le contempler, pour ne pas le frapper. La violence ne résolvait rien, et dans son discours d'immatérialité, il avait la chance de paraître inaccessible. Je l'avais déjà frappé : il ne craignait pas la douleur. Il ne la craignait pas. Ça me faisait une arme en moins. Sifflement, conspiration de mon âme qui s'acharne ; et le serpent glisse. Glisse sur le sable, pour tenter. L'araignée, oh seigneur, l'araignée. Que jamais elle ne cesse de tisser sa toile. Pouvais-je manger le chaton ? Pouvais-je le disséquer, pour étirer sur mes murs sa peau toute blanche ? J'y ciselerai son nom, hehehe...

Je claquais le portable contre ma hanche, le rangeant dans les plis vertigineux des tissus inconnus ; au fond, tout au fond de ma poche. Le portable en silence, mon monde en éveil, pour contempler et réfléchir ; pour connaître les prochains déplacements de mes pièces d'échecs. Je perdais, assurément. Mais la partie restait intéressante. Il y avait, dans ce suicide, un goût sucré. Une assiette glissa d'entre mes doigts, tandis que je courais presque jusqu'au lavabo, et s'explosa sur le sol. Mes yeux n'accrochèrent pas le mouvement, n'accrochèrent pas les tâches d'ivoire de la porcelaine brisée au sol, et à la place, je me retournais pour contempler le gosse, aux mouvements suspects. J'avais encore la trace du portable au fond de la main. Cette preuve, chaude, de mon attache à l'humanité. De ma recherche de Vegan. De son innocence intâchée, de son accent irlandais. Hein, Bakura-sama. Hein.

« Pourquoi je répondrais à une hérétique amoureuse d’un dogme ? »

Mes yeux se posèrent sur sa main salie par le chocolat. Le chocolat infâme qui avait coulé sur sa peau, tâchant la pureté d'un derme plus blanc que la plupart des gens que je croisais ici. Mais un blanc semblable au mien. Identique dans son humanité, identique dans sa génétique d'origine. Un métis. Un blanc. Le sourire moqueur courut sur mes lèvres. D'abord. Puis mes yeux coururent sur la table derrière. Sur le chocolat étalé, sur la cadavre écrasé du gateau massacré. Les corps enchevetrés dans des tueries sanglantes ; les mains blanches des cadavres dépasseraient d'une mer rouge et poisseuse, avec laquelle je jouerais du bout d'un baton, pour en soulever des langues pourpres et élastiques. Je regarderais un corbeau de sucre se poser sur le crâne d'un bonhomme de pain d'épice, et plonger son bec livide dans la sauce macaroni du chocolat déversé sur le champs de bataille. Du chocolat partout, sur tes doigts, sur ton visage, dans ta bouche ; et moi, en souriant avec tendresse, j'enfoncerai ton crâne sous la surface pour que tu te taises et pour que tu bouffes ce putain de chocolat. Ensuite, je prierais pour ton âme. Chéri.

« Ok. »

Mes mains attrapèrent son épaule, et mes phalanges se crispèrent sur son articulation, et je me plaçais derrière lui. Je ne le laisserais pas s'enfuir. Il venait de dégueulasser ma table. J'avançais. Un pas. Et dans mes doigts, toute la violence des arts martiaux, interdite : l'équilibre arraché, l'harmonie pulvérisée. La violence brute, pour le forcer à se rendre à table. J'ignorais la question sur Zakuro. Avec un soin délicieux, mes ongles enfoncé, mes doigts comprimant ses épaules ; comme une gentille maman aide son enfant à se déplacer, je le jetais contre la table. Sans le lâcher. Jamais.

« Koneko, mon chaton, tu vas bouffer ce chocolat, peu m'importe, mais tu vas me l'enlever de là. Si tu le fais, je te dis qui est Zakuro. Si tu ne le fais pas, je t'arrache les cheveux. »

Et pour appuyer mes dires, pour souligner la menace, mon visage penché au dessus de lui, j'attrapais à pleines dents une mèche opaline, pour tirer sèchement. Le claquement résonna ; les cheveux abandonnèrent la peau d'un crâne pâle, pour tapisser ma langue et mes dents. Je crispais mes doigts sur ses épaules, recrachant les cheveux sur son épaule, sifflant de fureur.

« J'en ai rien à foutre, de ta réalité. Ici, t'es chez moi. Ton immatérialité, tu vas devoir marcher sur ma toile pour rester crédible à mes yeux. Alors nettoies-ça ! »


// Zakuro : Tu m'espionnes, Chess ? Kami Otagame. Ma prof de karate. Elle est tatoueuse, en ville. Ne lui offre pas de fleurs, Chessy, elle est du genre à les cramer en priant. Pourquoi ? »//

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« Araignée. »
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MessageSujet: Re: Personne ne bouge; si je te touche je te marque au fer rouge. [Chess]   Mer 18 Sep 2013 - 1:35

There’s something about the thousand voices that always swim around here,
Something uncanny, vaguely disturbing that I can’t help but use to try and quench my thirst.
It’s in the way that she moves, like a ballerina-mannequin,
It’s in the way that he smiles, like a fallen-doom, a broken portrait.
It’s in the way that I fail like a brainless parrot, a forgotten draft.
It’s such a bitter taste.
K.J.M. – Date et heures inconnues.

– Chapitre 4 : Butchered Kisses ou La Sauce Chococarmine de la Crédibilité . –

Persistait la notion de provocation des deux partis, une nuance opaque bordée de rouge, d’or et de rose qui trimballait sa turbulence comme un murmure, calme et vicieuse, patiente. Une onomatopée affirmative soufflée, une rhétorique contemplative plutôt qu’une réelle réponse, un craquement sonore, la finalité de la stagnation. Et enrobés d’une part de gâteau explosée sur une surface rendue froide par la neige qui rageait au-delà des murs, valsant ses envies meurtrières au grand air un peu comme l’hérétique le faisait présentement, m’enfonçant sur la surface de sa table comme si je n’étais qu’un mannequin de coton, se côtoyaient deux individus aux motifs inexistants ou peut-être trop ancrés dans leur quotidien pour que ceux-ci ne transparaissent réellement. Une araignée, un chat, deux prédateurs, des stéréotypes gangrénés fourrés dans une mise-en-situation obsolète.

J’inspirai durement lorsque ma pommette heurta la table. La dame rouge et ses ongles de sang, la reine et son souffle aphrodisiaque. La damnation de tous, celle qui peignait le monde de carmin, de vermeil, qui manipulait un paysage royal avec aise et charisme. De la soie dangereuse, qui coupait le souffle, qui ne se méprenait pas de nuances, préférant le ressenti. La terreur et l’impulsivité, que tous craignaient ou apprendraient à craindre, tous sauf lui, tous sauf moi. Celui que je deviendrais, celui que j’étais.

Vive Michelle.

Michelle qui empoignait de ses dents et la foule qui scandait son exaltation. Montre-nous, montre-nous, montre-nous, ô sensuelle Reine Rouge. Montre-nous. Je réprimai ma douleur, la laissant se noyer au fond de ma gorge comme un chaton asphyxié, retroussant les lèvres contre mes dents, alors que l’opale de quelques mèches allait ramper contre les siennes. J’inspirai, l’air dans ma gorge, dans mes narines communiquant du sucre à mes sens, laissant mon bras, celui dont l’épaule me se voyait pas tenue en respect, ramper jusqu’au gâteau, jusqu’à l’assiette, invisible serpent immatériel. Un rictus égrillard se dessina sur mes lèvres, s’élargissant dans l’ombre que projetait la surface lisse de la table sur mon visage. La notion de ‘chez soi’ dénote une appartenance matérielle, la notion de ‘chez soi’ dénote une faiblesse. Un bouton, rouge, encore rouge, parce que tout semble l’être ici, sur lequel appuyé. DANGER. DANGER. DON’T FUCKING TOUCH IT.

Je touchai, agrippant la porcelaine de ma part intacte et l’élevant dans les airs d’un mouvement rapide, précis. Je reconnais ce même fond, dans ses mouvements, cette impression de pratique, cette notion de savoir que je ne connaissais pas, qui m’accablait d’un désavantage. La surprise était donc mon arme et la vitesse de mon corps maigrelet, mon alliée. Mon coup se fit approximatif, mon incapacité de jauger l’hérétique du regard m’empêchant de choisir l’endroit où s’abattrait la porcelaine. Je dû me fier à son souffle contre mon cou, allant et venant comme un spectre.

« Non. Absolument pas. »

L’assiette percuta l’amante des dogmes avec plus de force que nécessaire, malgré l’angle oblique dans lequel j’avais dû perdre mon bras, qui criait ses plaintes, chipotant sur des détails tels que ‘ton articulation n’est pas sensée se mouvoir comme cela, Kohaku’. Pshaw. Je n’entendis ni le craquement de la vaisselle, ni la réaction de mon hôte, profitant de la désorientation pour me défaire de l’étreinte puissante de sa paume, pour sauter sur mes deux jambes et tourner les talons dans la première direction que je rencontrai. Un escalier flou, des marches en diagonales et mes pieds les sautant à coup de deux, le cake se trouvait derrière moi. Je réfute l’obéissance, la courbature de l’échine, je crache sur la reconnaissance.

Qui es-tu pour me dicter ma manière de bouger ? Si ma réalité n’a aucune importance, la tienne n’est que poussière et nous paradons comme des créatures immondes au cœur de monde qui n’a que non-sens pour s’habiller, qui se perd et s’égare dans ses significations et qui va jusqu’à épouser sa propre pensée. Tête de mule.  Gicle-moi dessus autant que tu voudras, Queen, tu n’obtiendras que davantage de transparence. Je suis au-dessus de toi. Et je te dévore.

Les escaliers débouchèrent sur une pièce enveloppée de pénombre, l’éclairage tranquille de la cuisine ne devenant qu’un chuchotement diffus dans mes synapses. Je clignai des yeux, ajustant ma pupille au nouvel environnement, trainant mes iris sur l’espace découvert. Des araignées. Des araignées partout qui me signalaient que mon surnom d’origine, cette démarche et ses crocs suintant de venin, relevait davantage de la réalité que de la fiction. Les princesses à huit pattes peuplaient la chambre, grandioses décorations imprimées, fossilisées, tellement présentes que mes doigts démangeaient de pouvoir les palper.  Je jetai un regard furtif derrière moi, m’approchant du mur et saisissant une photo colorée d’absence de vibrance d’un coup sec, laissant une déchirure percer l’atmosphère.

Heheh.

Bout d’arachnide entre les doigts, lit au dessous maigrelet imposant la germe d’une idée dans mon esprit, je me remis en mouvement, cessant ma contemplation des lieux avant même de l’avoir réellement commencé. Sous la couche, par la fenêtre, quelque part. J’attrapai la première porte que je croisai, frappant la poignée de phalanges crispées, langage corporel brusque apposant l’urgence.  Puis, je la claquai derrière moi, farfouillant avec le verrou du bout des doigts de sorte à pouvoir la clore. Du moins, jusqu’à ce que l’hérésie de Silk ne vienne la défoncer. Et j’y comptais bien, des échardes sous la peau et du bois de basse qualité s’enfonçant dans mes joues. Bonjour, miss la tatoueuse, je fais comme chez moi, chez vous. Parce que n’importe qui est un jeu, parce que n’importe où est une planche.

Le monde entier à ma portée.

Une fois la porte bien verrouillée, je relâchai un tantinet la tension dans mes muscles, écrasant mes omoplates contre la cloison de la porte et repêchant mon cellulaire resté dans ma poche. Un sourire grisa mes traits et je pianotai, en toute hâte une réponse toute aussi indistincte que détaillée. À quoi penserais-tu en lisant cela, Rônin de calcaire que l’érosion peinait à rattraper ?


From : Chess
To : Litchi
00:14 24/01/2012


I noticed. Elle me pourchasse the sweet spider-frog.
Je me suis enfermé dans une sale d’eau.
Fun. Fun. Fun. She’s sugary-mad, she’s clean gone awry with a cherry on top.


Je rangeai mon dispositif à sa juste place, glissant à ses côtés l’illustration monochrome dérobée aux murs de la chambre. Un souvenir à empiler avec les autres, une trace tangible de mon passage qui perdurerait lorsque les ecchymoses se seraient estompées, lorsque le souvenir en viendrait à s’évaporer. Les gens, ils ont tendant à oublier. Je levai le menton, sondant ma prison momentanée.

Vraisemblablement, je me trouvais dans une salle d’eau, comptoir exigu définissant une parcelle d’un mur et les sœurs Hygiène, la toilette et la douche, reposant côte à côte au fond de la pièce. Sur le comptoir et dans la douche se trouvaient, éparpillés sans ordre précis, du moins aucun que je puisse discerner à vue d’œil, divers produits et effets, les objets basiques associés à ce genre de pièce.  Le tout se voyait agrémenté d’une touche de personnalité apparente dans le décor sombre, homologue à celui de la chambre.

Hello there.

Je souris, tendant l’oreille, m’égarant dans la contemplation des sons annonçant la présence de la soie carnassière, abattant mon poing avec force sur la porte dans une tentative de l’énerver plus qu’une assiette fracassée contre son visage n’avait pu le faire. Une succession de coups, accompagnés de hurlements hystériques, qui laissèrent mon poing rougit, irrité, et qui firent exploser mon rire dans une acclamation hilare de la situation.

« T’SAVAIS PAS QUE C’ÉTAIT MAL DE LAISSER LES JOLIS PETITS CHATONS SANS SURVEILLANCE ? »

Et je me méprenais dans cette innocence faussée, dans cette prétention idiote de n’être qu’un chaton tout de blanc vêtu, avec les iris suffisamment rosis pour arriver à se faire passer pour un albinos. Un chaton qui agrippait à tout hasard les possessions humaines trainant ça et là, les examinant quelques secondes avant de les envoyer s’écraser au sol. Ma voix portant en écho dans la petite salle, mon rire résonnant comme un crissement tintant contre les diverses parois peintes, ma voix jubilant son amusement le plus haut et fort possible.

« DÉODORISANT, PAR TERRE. AVEC TES DOGMES ET TES POUSSIÈRES ET CES HUIT PATTES DE PIEUVRE QUE TU AIMERAIS ARAIGNÉE. »

Des insultes, des constats et une tornade d’objets qui se fracassaient au même rythme que je les piétinais.

« ASPIRINE, AU SOL. AVEC TES MAUX ET TES PRÉTENTIONS ET LE BLANC QUE TU AS ARRACHÉ À MES CHEVEUX. »

Mon vacarme me guida vers la douche, au pommeau que j’orientai vers l’extérieur et aux poignées que je tournai au maximum de leur capacité, l’eau me fusant sur le crane d’une façon si subite que je ne pu réprimer un hoquet surpris. Hoquet qui se métamorphosa bien rapidement en gloussement dérisoire et beuglé.

« ET DE L’EAU PARTOUUUUT, PARTOUUUUUT. POUR TE PURIFIER, POUR TE FAIRE BASCULER. »

Rires. Rires qui n’arrêtaient plus, hystérie amusée et innocence fracassée dans sa simulation. On ne me donnait pas d’ordre chérie, car jamais je n’aurais la maturité de bien vouloir m’y conformer selon les règles dictées. Surtout si je n’avais rien à y gagner, surtout si leur sens me semblait obtus et infondé. Comme tu l’étais, rouge et déjanté, hérétique et assommée.

« Qui se préoccupe de la crédibilité ? Est-ce que tu m’entends, est-ce que tu me vois, ton jugement et tes petites perceptions erronées ne changent rien. Welcome home. »

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MessageSujet: Re: Personne ne bouge; si je te touche je te marque au fer rouge. [Chess]   Mar 24 Sep 2013 - 1:06

HS : Et je bug tellement sur la nouvelle configuration des couleurs que je ne sais pas lequel est ton lilas. Alors je laisse en "rien" comme, ça, c'est mieux que d'imposer un vilain violet.

Chapitre six. Les pattes métalliques de l'araignée.

« Non. Absolument pas. »

Et c'est l'explosion de synapses dans ce mouvement qui s'envole, et cet ivoire qui valdingue, et que je cherche à suivre des yeux, pour en déterminer la parabole qui viendra faire imploser le calme dans lequel je m'absout déjà. C'est l'envol de cette assiette qui glisse entre ses doigts, et qu'avec un minime espoir, je cherche à retenir, sans réellement me rendre compte que je ne le veux pas réellement, et que je suis obsédée par l'idée que ce morceau blanc puisse venir se détacher d'une réalité de pesanteur, pour se suspendre dans les airs quelques secondes, puis finalement, venir s'éclater sur le sol. Peut-être que je me le cache, mais qu'au final, je n'ai aucune envie de croire qu'il ne la pas fait, car son mouvement me réjouit, puisqu'il m'arrache à la compréhension, pour me laisser fascinée par l'absurde de l'irréalisable.

Et puis je réalise.
Je réalise ce mouvement qui n'est pas aussi long que ce que mon imaginaire a cherché à me faire accepter pendant l'instant d'une seconde folle. Une seconde folle que l'on a agité par poignée, comme si elle était mille, comme si elle était double, et que s'écoulait sur nos fronts les pluies d'un temps qui se répète en boucle et en boucle : un temps qui me permet de me stopper, de me fixer sur une idée, un doute. Une folle seconde. Et puis je réalise. Je réalise le mouvement de son bras, je réalise que mes mains sont accrochées à cet enchevêtrement de mèches blanches, et que, phalanges contre sa peau, je ne pourrai pas. Je ne pourrais pas. Non. Je ne pourrai pas arrêter ce mouvement de cet assiette qui fonce sur mon front.

Impact.
De plein fouet.
Et ce blanc qui devient blanc, rouge, rose, violet, vert, jaune, orange, marron, noir, noir, noir, blanc, blanc, blanc, blanc, rouge. Je l'ai lâché, je l'ai senti, et mes doigts, je ne les sens plus. Il n'y a plus d'équilibre, le fil de l'araignée est coupé ; et je chute. Je chute en arrière, je chute, et je m'écroule, avec une lenteur effroyable, en avant. Mes avants-bras s'explosent sur la table, et vu le poids de la douleur, vu la cécité qui vient de m'envahir, j'entraine le monde entier dans ma chute. L'Araignée tombe, le Diable s'écroule. Oh mon dieu. Seigneur. Le sol que je viens heurter fait irradier ce blanc dans ma tête, le magnifie, et les assiettes et le chocolat viennent draper mon corps. Oh mon dieu. Il m'a envoyé l'assiette. En. Oh mon dieu. En plein front. Oh mon dieu.

« HUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUAAAAARRHHH »

La souffrance. Le ohputainj'aimal. J'ai mal. J'ai mal. Le bouillonement d'un goudron qui violentait mon esprit, écumant ma logique, noyant et décrépissant sur les nerfs pour tout recourber, arracher la peau et mettre les muscles à vif. Le feu, le feu, le feu d'une douleur qui frappe, qui explose son putain de poing contre ma colonne vertébrale et me fait projeter le crâne en arrière pour que je hurle. Je hurle, je hurle, et le vomi de ma conscience s'étale partout, projeté par des pétards chinois, barbouillant mon visage, mes mains mes pieds. Je hurle, et je me roule sur le sol, pour redevenir un animal sans trauma, pour ne plus comprendre, pour ne plus souffrir. J'ai mal. J'ai tellement. Mal. Connard. Oh mon dieu. J'ai mal. Mal. Colère. Colère, souffrance, et répit. Repos d'un éclair blanc qui vient tâcher ma cognition, repos d'un instant de souffle qui s'entremêle dans mes poumons et frappe mes côtes. Instant de liberté, secondes de plénitude. J'ai mal.

Dans la position du fœtus, l'araignée s'est allongée sur le sol, frissonnante et blessée. Ses yeux sont fermés mais son visage est levé vers le ciel, pour les louanges d'un dieu qu'elle ne cherche pas. Pieuse, elle s'est drapée. Sur sa face, le rouge d'un sang qui se déverse, a couvert ses traits. Elle écume le sang.

J'ai mal. J'ai mal, ohmaman, j'ai mal. Maman. J'ai mal.

Les doigts serrées, elle se tait. Les lèvres closes, elle attend. Elle attend, et le monde a cessé de bouger. La Diablesse est morte, l'Araignée est morte, l'équilibre est brisé. Silence qui se meut, mouvoir, en cette absence de mouvement.  Silence qui se meurt ; quand elle rouvre les yeux.
Ses prunelles écarlates, elle les a dirigé vers ce silence sa folie, qui sans rien dire, lui a tout dit. Son cœur a senti les secousses de son besoin de résilience, et ses yeux rouges se sont drapés de cette couleur dont elle a paré les prunelles de son âme. J'ai mal.

J'ai mal.
Mais le blanc a cessé d'envahir mon champs de vision, pour simplement venir clignoter, et devant mes yeux se jouent le carrefour d'une circulation trop condensée pour que je ne me sente pas étouffée. Du bout des doigts, dans la caresse de ma paume, je cherche la surface de cette terre qui me fait me tenir debout, pour m'y accrocher et me relever. Je tangue, et le monde bascule, mais je me relève, et l'Araignée surplombe. Mes rotules hésitent sur la tension des muscles dans mes cuisses, et s'étire sur mes lèvres le sourire inquiétant d'une hésitation qui se veut prononcée et exhibée. Tant pis, tant pis. Non. Non. Non, absolument pas. Je m'empare du rebord de la table, pour ne pas tomber, mais ma jambe tremble, et mon cœur reprend lentement son rythme normal.

Il a couvert la gueule du Diable, il a magnifié celle de l'Araignée. Mon front s'est ouvert, et les rivières babyloniennes d'un sang épais, jaillissant à flot, s'écoulent sur mon visage, sur ma poitrine, roulent jusqu'au bas de mes seins pour me vêtir de ce rouge qui me sied, puisqu'il est la couleur de mon âme. Je hurle.

Tu vas mourir. Tu vas mourir pour m'avoir fait vivre cette parcelle de mon être qui doit rester cachée.  Mes lèvres s'ouvrent sur des crocs qui s'empourprent, et mes gencives suintent cet éclat sanguin qui explose et irradie. Magnificence, magnificence. Un pas. Mes doigts ne lâchent pas la table. Absolument pas. Il a refusé, et s'est permis de couper le fil qui me retenait, -rien que pour un bref instant-, à l'équilibre. L'Equilibre avec ses majuscules et ses lettres, ses diphtongues, et ses syllabes. L'Equilibre avec ses yeux dorés, ses mèches blanches, et sa peau égyptienne. La douceur des baisers que je lui volais, et mes doigts contre son pénis, pour le forcer à hurler la rage qu'il contenait dans sa poitrine trop humaine. Je vais te tuer, je vais te tuer. Ricanement. Mes doigts abandonnent la table, et je m'élance dans ce grand pas en avant. Le vide, l'apesanteur … ! Et puis. Et puis mes pas qui touchent la terre, mes pas qui reprennent l'endroit qu'ils avaient abandonnés, mes pas qui s'enracinent dans ce sol qui unifie notre existence : à Lui et à moi. Mes pas, huit fois multipliés pour chaque foulées. Reine adéquate à ma toile, mes mandibules s'accrochèrent aux filons d'oxygènes qui venaient percer le monde, et je les insufflais dans ma gorge, les plongeant avec mes doigts sous ma langue, suçant les délices d'une existence qui se teintait d'un sentiment unique, venu pulser dans ma poitrine avec la force d'une mitrailleuse.

Je pleure les larmes pourpres, je ris cette hilarité violente. Colère.

Et je zizgague sur mes talons, mes orteils accrochent ce sol qui valse, et mes mains se tendent vers les horizons de ce massacre qui se dessine. Les escaliers s'approchent, et j'en fais les destriers des rêves de tueries oniriques qui viennent se noyer dans ma rétine. Mon œil frappe, je lève le pas, et m'engage dans le hurlement de ses propres cris à l'étage. Ça claque et ça résonne, ce mélange de couleurs et de bruits qui rythme mon ascension : et j'étends mes pattes sur les stratosphères de soi que je maitrise jusqu'à dans la moindre vibrations. LA toile s'étend, et je n'ai pas besoin de le chercher des yeux, car mes prunelles sont inutiles quand hurlent sous mes doigts les mouvements de son existence. Je sais qui tu es, je sais ce que tu, je sais où tu es. Je sais où tu es, et sous les caresses silencieuses et pleines de promesse, il y a ton agitation qui secoue si vulgairement le piège dans lequel tu t'es enfoncé, pauvre petit con. Je vais marcher jusqu'à toi, rampant, mon ventre caressant la surface si lisse du tombeau dans lequel tu t'es englué. Et je vais sourire, oh que oui. Je vais sourire et je vais t'arracher ta putain de petite tête blanche et terne. Hohoho. Ce sera beau, hein Bakura ? J'offrirai sa gorge en sacrifice aux corbeaux, et ils viendront noyer les hurlements d'une souffrance qui ne se tarit pas dans la présence volumineuse de cet autel à leur office. Le sang explosera, la violence jaillira, et je danserai, les bras tendus au dessus de ma tête, en secouant mes cheveux noirs, pour que tu admires notre joie et notre euphorie. Et tu violeras la conscience de l'humanité, et tu les mangeras tous, et je sucerai les lambeaux de chair que tu daigneras m'offrir, du bout de tes doigts, pour baiser de ma langue les immondices venues salir tes ongles. Je t'aime, je t' -.

Mes yeux sur l'araignée absente.

Silence dans ma tête, silence dans mon âme, silence dans mes veines, silence dans mon cœur, silence dans mon corps, silence dans le monde, partout, partout. Silence. Besoin de silence. Besoin de compréhension. D'analyse. De re-analyse. De constatation. De silence. De silence.

Il est en train de hurler, et les objets explosent dans la salle de bain.
Silence.

« Je... »

Je vais te tuer. Et dans l'impuissance morbide de la mère qui n'a sut sauver ses petits, je gesticule mes doigts vers le mur, ce mur si vide, sur lequel se placarde la morbidité de l'absence de ma jolie, de ma si belle. Mon cri nait lentement, hystérique, long, et je me laisse tomber sur des chevilles qui ne me tiennent plus. Je m'écroule, de rage et de douleur, et mes bras sont suspendus à ce vide qui me distance d'elle : je garde la pose, parce que l'abandonner me ferait mal, et les larmes qui coulent sur mes joues alimentent le flot du sang qui ne veut pas se taire. Je pleure cette araignée qui par son absence, a créée un trou dans ma toile : cette faille dans mon univers, qui me prouve alors la présence de tendresse qui pouvait encore exister jusqu'à maintenant dans mon cœur. Je pleure ce dessin qui n'est-plus là. Je pleure la fatigue, je pleure la douleur.
Je pleure, parce que j'abandonne de cette manière l'humanité qui me retenait au sol. L'araignée déploie ses pattes, et mon cri de douleur se module dans le ronron câlin du gueulement celtique.

« T’SAVAIS PAS QUE C’ÉTAIT MAL DE LAISSER LES JOLIS PETITS CHATONS SANS SURVEILLANCE ? »

« FERME TA GUEULE SALE TRUIE »

SALOPE SALOPE SALOPE SALOPE SALOPE SALOPE SALOPE SALOPE SALOPE SALOPE SALOPE SALOPE. Et ces coups en résonnance portés sur la porte, portés sur ma tempe, qui explosaient, qui explosaient, qui explosaient, mais qui implosaient, détruisaient dans ma tête, et lui qui frappait avec son sale petit poing de merde contre le panneau de bois de la porte. Lâche, lâche ! Je vais te buter. Sale truie, sale jambon ! Haha, oui ! Un jambon que je vais manger, CONNARD.

« DÉODORISANT, PAR TERRE. AVEC TES DOGMES ET TES POUSSIÈRES ET CES HUIT PATTES DE PIEUVRE QUE TU AIMERAIS ARAIGNÉE. »

Je lui réponds par mes hurlements. Je lui réponds par mes hurlements et je me précipite contre la porte, en la heurtant de toutes mes forces. BANG, CLONG. Je hurle, je hurle que PUTAIN JE NE SUIS PAS UN PIEUVRE, JE NE SUIS PAS, JE NE SUIS PAS, ESPECE DE SALE PETIT INSECTE DE MEEEERDE, et je tabasse, je tabasse, je tabasse cette porte qui ne veut pas s'ouvrir. Pourquoi ? Pourquoi ma chérie ? Tu as été mon alliée, mon amie, mon meuble, ma porte. Pourquoi cacher un sale petit cafard dans le sein de cette salle ? Pourquoi, mon amour ? Je heurte, encore et encore, et mon épaule, à force de rencontrer la surface de bois, devient violacée. Je hurle. Pieuvre. Pieuvre. Je hurle de rire. Tentacules. Hahahahahahhaahahaha. Non. Non non. Jamais. Crève. Jamais. Le sang se répand sur la porte, je frappe, ma cheville devint l'axe d'un corps qui m'abandonne, et je pars en arrière, frappant le sol avec l'échine. Silence. Silence de ma part. Observation ahurie, béate, de cette situation. Ma porte. Ma chère porte qui refuse de s'ouvrir. Conasse.

« ASPIRINE, AU SOL. AVEC TES MAUX ET TES PRÉTENTIONS ET LE BLANC QUE TU AS ARRACHÉ À MES CHEVEUX. »

J'inspire.
J'expire.

Le blanc que j'ai arraché à tes cheveux est d'un terne, chou. Un terne que le rouge qui peint mon visage, qui sèche sur mon visage, qui coagule et qui forme ce masque rocailleux sur mon visage, ne saurait tolérer : et ne peut que vivifier. Je veux ta nudité, je veux ton être et sa totale blancheur. Je te veux totalement blanc, car je vais te noyer sous le rouge de ma passion. Mes dogmes et mes poussières, hein ? Non. Non, non, jamais. Car il est vivant, je l'ai construit, il est mien, et je suis sienne. Car je suis l'Araignée, car je suis le Diable, et j'aime l'humanité dans sa totalité. Je les aime à les dévorer totalement, et aucun d'eux ne m'échappera. Je violerais les intimités de leur désirs, et je retrousserai les canines des chiens qu'ils lanceront sur ma route par ma simple présence. Je serai l'Otagame si furieuse, si crainte et si murmurée. Je serai le nom qu'il faut hurler dans la terreur. Je serai moi. Je suis l'Araignée. Dieu, dieu. Dieu est partout, et je suis partout dans l'ombre de Dieu. Mon chou. Dis moi ? Comment désire tu que je t'ôte la vie ? Tu m'as amusé, tu m'as divertie, mais tu m'as fait mal, aussi. Si mal. Mes ongles caressèrent le front fendu. Et je veux te tuer, te tuer, te niquer jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de toi. Il ne restera plus rien. Ton existence sera balayée par le vent, et je serai la phalène qui surveillera ton oubli. Amen, mon amour, et crève.

« ET DE L’EAU PARTOUUUUT, PARTOUUUUUT. POUR TE PURIFIER, POUR TE FAIRE BASCULER. »

Le glissement fatal de l'aqueuse venue caresser le sol parvint jusqu'à mes doigts. La caresse sempiternelle d'une amante froide, aux tactiles doux, cherchant mes paumes, trouvant mes phalanges, perforant mon âme. Je relève les yeux sur cette porte que j'ai osé insulter, que j'ai osé frapper. Ma chérie, ma toile, mon univers. La porte fait partie de la soie que je tisse. La porte EXISTE. Elle est LA. J'entrouvre mes lèvres, déshabillée jusqu'à l'âme, plongée dans le lac d'un jugement dont je me fais le coupable et le juge à la fois. Mes lèvres s'étirent sur un sourire qui n'a rien d'amusé, sur un sourire qui explique mal le sentiment que je ressens en cet instant. Les prémices d'une joie psychopathe qui me font me calmer brusquement. Un claquement froid et sec qui canalise la rage, et qui l'étreint dans les caresses de deux mains l'enfermant avec soin dans ma poitrine, sous l'équilibre instable de mon sternum défoncée par la haine.

« Qui se préoccupe de la crédibilité ? Est-ce que tu m’entends, est-ce que tu me vois, ton jugement et tes petites perceptions erronées ne changent rien. Welcome home. »

« Je t'entends. »

Et je place une chaise sous la poignée de la porte. Mouvement final.

Dans la gestuelle ombrée d'une danseuse qui s'égare sur la philosophie de la scène, je me dirige jusqu'à ma chambre, pour y pénétrer en y danser le rythme vicieux de la colère tueuse. Je t'entends. J'entends. J'entends que tu réfutes et que tu nies mon existence, et ça m'est insupportable, car tu ne cherches même pas à valoriser l'existence de tes propres idées, tu cherches simplement à me détruire en me volant la couronne que j'ai déjà depuis trop longtemps sur la tête. La couronne de mon règne et de ma propre existence : de tout ce que j'ai mis en place pour vivre, me relever, et avancer. Cette couronne qui hurle ma vie, qui hurle mon nom, mes idées et ma puissance. Qui hurle ma sociopathie et mes amours, qui hurle Vegan et Bakura. Qui Hurle les Araignées, qui valse … qui valse. Ce ne sont pas de petites perceptions erronées. Ce sont les fondations de ma vie, de ma construction. Je suis ce que je suis, elles sont les définitions que j'ai moi même établies. Des mots qui cisèlent ma conscience, qui me font sourire, parce qu'ils définissent aux humains ce qu'ils ne peuvent comprendre de moi. Mais peut-être n'es-tu pas humain, mon adorable petit insecte ? Petit cafard pâlot des trottoirs enneigés, peut-être es-tu dans l'incapacité. Oui. Tu es incapable, tu n'en as pas la capacité, le pouvoir, et de ce fait tu es dénué de la faculté d'admirer la vivification de ce rouge dont je me pars. Je ne suis plus dans la motivation de te tuer, tu sais ? Non. Je suis toujours en colère, tellement en colère. Mais je ne te tuerais pas, parce que je veux admirer ton incapacité et ta faiblesse.

Et mes doigts tirent le carton que Vegan n'a jamais récupéré, après la panne de son auto.

La fenêtre s'ouvre sur le vent de la nuit, et mes cheveux viennent exploser un cri silencieux, un cri de ténèbres, qui résonne contre mes mâchoires et mes paupières, et je referme mes doigts sur le cordage de cable en acier gainé. Vegan les a oublié, Vegan ne les a jamais récupéré, et je les ai gardé au milieu de tous les autres. Ces cordes et ces filons par centaines qui matérialisaient cette soie que je tissais. Le vent vint hurler, et je me jetais sur le rebord de ma fenêtre, enjambant le vide d'une rue qui hurlait sous mon corps. Je suis l'Araignée, l'araignée qui grimpe, qui grimpe.

L'araignée Gypsie...
… monte à la gouttière …


Dans le mouvement de mes hanches, me plaquais contre le mur, pour franchir ce néant entre le rien et le tout : et ma semelle vint heurter le rebord de l'autre fenêtre. Ma poitrine plaquée contre la façade, mes cheveux fracassés contre la pierre, je me laissais saluer dans ma nature, dans mon essence, dans mon fait d'être, l'Araignée, par le vent et la nuit, par le vertige et par l'exaltation ; et je passais du rebord de la fenêtre de ma chambre à celle de la salle de bain. Mouvements de nuits, précis et considérés mille fois dans ma tête : mes doigts accrochant, mes semelles piétinant. Mes repères, mon univers.  

Tiens voilà la pluie …

Pas de vide, pas d'équilibre, mais un mélange des deux qui me fait hurler de plaisir. Mais c'est fini, et je me tiens devant cette fenêtre devant laquelle je m'abaisse, et sur laquelle je reprends position humaine. Me voilà, Araignée, Diable, mais Araignée.
Je plonge en avant, dédaignant le verre, dédaignant la fenêtre. Je plonge en avant, je casse-tout, et je hurle ce sang qui exalte la matrice de mon univers.

Gypsie tombe par terre...

Eclats de verre et myriade de sang. Mes rotules qui viennent embrasser le sol, et cette pluie de fenêtre qui s'éclate sur mon dos. Mais je me redresse, je me redresse, et la haine contenue dans ma poitrine est relâchée par les mains qui l'avait si sagement entretenue jusque là. C'est un mouvement titanesque, un mouvement silencieux, un mouvement qui me fait imaginer une araignée tourbillonnante : et je plonge sur lui, mon talon le cueille et cherche à lui démolir la mâchoire. Crève, crève, crève petite pourriture, crève, et viens frapper le lavabo, puisque mes mains s'emparent de ton petit crâne trop pâle, trop blanc. Éosine, éosine … La bouteille, dans un miracle silencieux, trouve sa place entre mes doigts, et je lui en enfonce partout. Ce rouge rosé qui, de mes doigts jusqu'à sa peau, pénètre son cuir chevelu, sa bouche, ses yeux, son nez, pour le noyer dans un rouge qui est encore trop tendre, encore trop doux. Je le saisis, je le noie, et je viens le plaquer contre les morceaux de verre. Rouge, rouge. Je le maintiens au sol pour utiliser les câbles en cordage, et l'attacher avec, appuyant sur lui, sur le sol, sur le verre, pour que le rouge étincelle, et que le blanc se noie. Rouge, rouge ; et je serre les câbles, je plaque ses bras contre son corps en mordant ce qui refuse de coopérer. Bataille de cris, de crachats, de coupures et de sang que je remporte, parce que je ne veux pas faiblir, parce que je veux le voir si douteux, si misérable dans son incapacité à comprendre. Je l'attache, et il est alors cet insecte ensaucissonné. Et je ris, je ris à m'en déchirer la gorge, à m'en fendre plus encore le front, avec ce sang qui glougloute encore un peu sur ma tête. Je l'attrape, je le soulève, ce morceau de jambon si léger, si peu appétissant, et j'enjambe le rebord, pour venir l'accrocher à la gouttière. Le métal grince, les câbles se tendent, et je crache le sang et l'éosine qui me sont entrés dans la bouche. Quelque part, tout en bas, dans la neige, le blanc est tâché par le rouge.

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« Araignée. »
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Kohaku Joshua Mitsumasa
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MessageSujet: Re: Personne ne bouge; si je te touche je te marque au fer rouge. [Chess]   Mer 10 Sep 2014 - 0:59

Mindless chatter echoes through the maze-halls of this twisted Daresbury manor
Et je me demande à quel vitesse les cerveaux moisissent, se condamnent à mort.
They giggle stupidly not even objecting to the prison they find themselves in
Et je me décide à croire que la capacité d’adaptation humaine n’est pas un éden.
We are all trapped.
K.J.M. – Date et heures inconnues.


– Chapitre 5  : Freelance Psychopaths ou L’Oblitération et l’Opposition des Cognitions. –


Ses cris résonnaient comme les lamentations d’une dizaine d’animaux mourants rassemblés autour de la carcasse de leur Alpha, des gémissements gutturaux et allongés qui gonflaient ma gorge de rires fracassants. Le chaos de mes doigts se répandait sans le moindre obstacle présent pour le contenir, ravageant les murs et les rideaux, le sol et des possessions qui étaient tout sauf miennes, appréciant le fait de pouvoir exploser une cognition sans la toucher, simplement en apposant des gestes qui me semblaient si inoffensifs en essence. Mes pieds glissaient dans l’eau miroitante d’arc-en-ciel savonneux, me laissant patauger avec une fébrilité ravageuse dans l’apposition de la destruction du domaine de la dame de soie. Elle hurlait si fort, le chahut si puissant, que les voisins que je n’étais pas parvenu à réveiller gambadaient sûrement à vive allure vers leur téléphone, histoire de passer un gentil coup de fil à la police. Ça ou le bruit des bourrasques enneigées couvraient notre cohue démoniaque et personne ne se doutait que d’espiègles créatures s’affrontaient dans un jeu où les règles n’existaient point.

Personne ne viendrait nous interrompre.

« Je t’ai dis qu’il ne fallait jaaaaamais laisser les jolis petits chatons blancs sans surveillance, madame la pieuuuuvre. »

Ma voix crissait et mes ongles labouraient et son monde se déchirait sous la tonitruance désinvolte de mon amusement. Mes lèvres étaient étirées en un sourire grotesque duquel n’émanait qu’une profonde hilarité portée sur la destruction, le mimétisme facial de la prédiction d’un ouragan. Mes semelles glissaient dans les coulisses blanchâtres des produits de bain et mon effervescence était telle que je coupai ma personne du monde qui m’entourait. Signal défectueux, signal défectueux. Ses cris vibraient toujours, mais ne retentissaient plus.

Ou plutôt, je couvrais tout avec mes propres intonations, vrillant les aigus, puis les graves, dans l’esquisse d’une samba endiablée qui animait mes mouvements tout au travers de la salle d’eau inondée.

« Je t’ai dis qu’il n – »

. . . ne fallait jamais sous-estimer.

L’impact me coupa le souffle net, comprimant ma cage thoracique avec la vivacité d’un éclair qui me semblait sorti de nulle part. Je vis d’abord les éclats de verres, des particules matérielles et translucides qui se fracassèrent tout autour de moi comme des stalactites de glace, puis je la vis elle, fissurée  par son cramoisi interne, respirant la fureur. Mes lèvres se retroussèrent, mon sourire s’accentua.

Oh oui, Michelle, ma chérie, je veux que tu joues avec moi.

Sa furie et ses gestes me matraquèrent au sol avec la violence d’une tornade et le talon qu’elle me fracassa contre le front vînt brouiller ma vision, la barbouillant d’abord de gris, puis ensuite de rouge. De son rouge, devait-elle ingénument penser. Dans cet instant où elle se jetait sur moi, soie meurtrière secouant et enserrant mes membres, elle brillait d’une monstruosité souveraine, délectable.  Je pouvais presque sentir le goût de son rêche émoi glisser le long de mon œsophage, presque soupeser le poids de ses poumons régurgitant leur humanité de ma langue, alors que mon cou cabriolait à un rythme dérangeant contre la surface monolithe du comptoir de la salle d’eau.

Je suis immatériel. Je suis intouchable. Je suis Chess. Tu devrais me craindre, Reine de ton monde restreint. Me démontrer ton opposition ne me donne que davantage l’opportunité de te dévorer, de prendre mon dû et de l’apprécier.

Un ricanement au travers du halo rouge, un tube se déversant sur ma derme, coulant jusque sur mes dents, atrophiant toutes sensations de goût de mes papilles gustatives et glougloutant au fond de ma gorge. Un ricanement bouillonnant, un manque de rétroaction, une observation découlant trop peu du fait qu’elle me tenait dans une position dont je ne pouvais me défaire. Se ressentait plutôt l’analyse, le désir de voir jusqu’où elle tenterait de pousser le bouchon. Je respirais le vermeil malade qu’elle déversait sur mon corps, le sang chuintant contre le rose de mes lentilles. Je sentais la vitre me lacérer les omoplates, le cou, la colonne vertébrale et je n’avais pas besoin d’imaginer son rouge prendre le dessus sur l’entièreté du paysage, car mes orbites en étaient baignées.

Pourtant, je continuais de rire, un rire qui m’asphyxiait.

Tu sais, le rouge ne fait que vivre dans le blanc, madame la pieuvre.

Vinrent ensuite des cordes, gainées de plastique et de fer, qui s’enroulèrent autour de ma silhouette comme des serpents maladroitement charmés, dépourvus de grâce, serrant si forts que mes os et mes nerfs ne pouvaient que craquer sous leur affliction. Vint ensuite le vide et la sensation familière de la neige se collant et mourant contre ma peau. Un clignement de yeux contre ce vide de convergence des teintes. Du blanc partout, comme si on m’avait soudainement projeté dans un autre univers. Je fixai le ciel qui se déchaînait dans une voluptueuse tempête, masquant l’encre de la nuit, ainsi que les étoiles qui se laissaient habituellement bercer par elle. Il n’y avait que ce blanc fou qui avalait tout ce qu’il touchait.

Le métal de la gouttière, à laquelle les huit pattes flambées de la tatoueuse m’avait attaché, grinçait sous le poids de mon corps et sous les élans frénétiques des bourrasques hivernales. Pourtant, je souriais au vide, car dans cette totalité des couleurs, dans ce froid mordant et baisant, je me sentais chez moi. Mon corps se balançait au gré des rugissements de l’extérieur, suffisamment près de la fenêtre pour que je ne me sente pas particulièrement concerné par l’idée d’une potentielle chute. Il me suffirait simplement de me balancer et d’attraper le bord de la fenêtre pour retourner à l’intérieur. Si je me propulsais, l’hérétique ne pourrait immédiatement riposter et je me retrouverais de nouveau à l’intérieur du domaine sanglant de la Reine, ainsi que de ces dogmes abjects. Tout d’abord, il me fallait libérer mes mains. Une seule suffirait, créerait suffisamment d’espace pour que je puisse faufiler mes bras hors de l’étreinte sordide des fils métallisés.

« Regarde. », soufflais-je, haletant un sourire que l’hiver se chargeait d’accentuer plutôt que d’avaler, la morsure glaciale me grisant plutôt que m’inquiétant. Je levai le menton, sondant les yeux rubiconds de la propriétaire des lieux, lui montrant mes dents, alors que je retroussais mon pouce gauche de sorte à me frayer un chemin vers la liberté. Lentement, délibéré, nonchalant. Goguenard.

« L’horizon, le monde, est blanc. »

L’hémoglobine se congelait à demi sur ma chair, lorsque le craquement m’annonçant que j’avais bel et bien réussi à me casser le pouce, bordel, dans ma tentative de me décoincer la main, se fit entendre. Je frissonnai malgré moi, tiraillant mon extrémité, l’extirpant complètement de la prise de mes liens dans un geste brusque qui m’arracha un grognement. Nine fingers to go, bitch. More than enough to play, wouldn’t you say, Silk Tool, Domina Fool ?

Le reste de ma manœuvre s’exécuta dans un excès rapide, une appréciation de la plénitude des gestes et des avantages physiques que me conférait mon mode de vie. La neige m’avait rendu glissant, faisant de moi un patin tenu en suspension mortelle au-dessus des décombres opalins laissés par l’atmosphère. Suffisamment glissant pour que l’absence de mon bras dans l’étreinte des minces couleuvres manufacturées permette des mouvements. Je me hissai, contorsionnant d’abord mon torse, puis mes jambes, usant de cette paume dont seulement quatre doigts étaient toujours indemnes pour m’accrocher, après un vicieux ballant, au bord de la fenêtre. La gouttière tremblait, mes muscles frémissaient, mais je m’accrochais, dans cette milliseconde qu’il me fallu pour me propulser vers l’arrière, pour me balancer de nouveau, cette fois, dans l’intention de franchir le cadre de la fenêtre éclatée.

Je ne pus entièrement me défaire des gaines, mais qu’en importait-il ?  

Mon second ballant fut un succès hypothétique, car le crissement de la gouttière qui suivit mon mouvement, sectionnée par le froid, arrachée de son habitacle initiale, me lacéra davantage le dos et un bras. Toutefois, j’étais de nouveau à l’intérieur, de retour contre l’amas de verre, de sang et de produits chimiques quelconques, campé sur le corps raide de la féroce bête pivoine. Elle qui s’était tenue en vigile près de la fenêtre, animal de proie guettant le moment où sa victime se fatiguerait avait été prise dans ses propres filets.

Huhuhu. J’haletai mon éternel sourire contre son menton, écrasant son bassin au sol par l’intermédiaire du mien, rabattant dans un geste succinct l’arme impitoyable en laquelle s’était transformée la gouttière contre sa gorge. Des yeux roses enfourchant des yeux rouges.  Et un sourire, si large, si désespérément déjanté. Un câble manquant et une fine ligne rougeoyante perlant là où je pressais le métal brûlant de froid. Ma voix claqua dans la salle d’eau inondée, arrogante, provocante. Ronronnante.

« Les hérétiques ne bougent plus, car elles sont pathétiquement organiques, pathétiquement humaines et que l’immatérialité va leur faire éclater la jugulaire si elles bougent. Plus personne ne bouge. »

Un soupir, un murmure belliqueux glissé contre ses lèvres, la gouttière perforant un peu plus la surface de sa gorge, séparant la première couche de peau de sorte à ce que la cicatrisation prend plusieurs jours avant d’atteindre son terme.

« Plus personne ne bouge. »

J’écarquillai les yeux, lui offrit l’ouverture béante de ma bouche pour lui cracher la fin de ma tirade au visage, tâchant son visage déjà souillé de sang, de salive et de cet affreux truc dont elle m’avait gavé. Ma main invalide vint relever la chair soutenant ses côtes, mes ongles s’enfonçant, déchirant, sans le moindre remord ou ménagement.

« Sauf moi ! »

Mon outil improvisé glissa jusqu’à l’une de ses clavicules, créant une strie grossière qui chuinta un peu plus d’écarlate à l’air libre. Mes cordes vocales se rompirent dans une volute de rires incandescents, effervescents.

Et il y avait cette idée d’atteindre de nouveau la fenêtre, de pour aller dehors et m’accrocher à la gouttière gelée pour aller en bas et tout bousiller, la seconde assiette, le démographe, le téléphone. . . et toutes ses jolies araignées.

Tout. Tout. Tout.

Pour qu’elle s’étouffe dans ma réalisation, dans le constat de son cerveau écartelé, suspendu dans l’air.

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MessageSujet: Re: Personne ne bouge; si je te touche je te marque au fer rouge. [Chess]   Ven 17 Avr 2015 - 15:56



Chapitre sept : Cheveux sombres et les neiges réchauffées.

    Koneko, mon chaton, petit insecte pâle, tu es assurément une insatiable pute acharnée, et je dois bien considérer que ce fait est mémorable. Mais tu marches, tu dégringoles, et dans tes mots comme dans tes plaintes, tu ne te rends pas compte que tu m'offres à manger tout ton être, tout tes mots, tout tes maux. Sur la toile d'araignée, tu escalades, après t'être permis d'avoir jeté au sol les aspirines, les désodorisants, l'eau, et même tes cheveux dont je conserve le goûter soyeux dans une poche de salive, près de ma langue. Koneko, assurément, tu es une chose trop objet que je n'ai plus envie de considérer comme sujet. Sous la roue du carnage, dans le rouge et le blanc qui s'affronte, j'aperçois la violence de ton monde qui s'écroule, et tes tentatives trop vaines pour y survivre. Tu es risible, petit chat, et les crissements sonores de ton esprit qui s'empêtre sous mes pattes me donnent envie de t'étrangler, avec douceur, tiens, pour que tu contemples ta risible humanité. De la poussière et de l'éosine pour colorer ton monde aveugle, si tu veux je barbouillerais la surface de tes dimensions pour t'enfoncer dans ta médiocrité. Médiocre, médiocre, assurément, et ce mot qui se répète me ferait presque rire de soulagement. Je me demande pourquoi ni toi ni moi ne nous en sommes rendus compte avant, cela aurait évité bien des cris, bien des bruits. Tu es juste un petit chat pendu à la gouttière, Koneko. Tu es juste un -.

    Humain ?  

    Guignol maigre suspendu entre vent et neige, qui comme un chat souple, se glissait en dehors des gaines, ignorant mon regard stupéfié, pour se concentrer, en des mouvements nerveux et précis, s'arracher avec hystérie, de l'étreinte de mon fil. Petit connard. Chat devenu terrifiant, je perdais le contrôle, mon cerveau tourbillonnant, il était en train de se fracasser la main, se dégageant assurément. Viol de l'interdit. Espèce de petit connard, cela ne rentrait pas dans tes droits. Les règles du jeu que j'instaurais, il était interdit de les violer, et je me redressais, les prunelles étrécies, mes yeux écarquillés. Je refusais, je refusais, je refusais, sans parvenir à me décider, et il grimpait, libéré. Espèce de petit -
    Je tombais en arrière, sans plus savoir où étaient l'équilibre, le vent, la neige, et même le rouge.
    Et lui, horrifiant sujet de mon monde à peindre, il s'était jeté sur moi, et le monde hurlait. Ecrasée, sans pouvoir l'être, son pois chétif, son sourire énorme, difforme, il s'esclaffait à ma gueule, rugissant une hilarité qui me donnait envie de crier. Mes mains réagirent, et je cherchais son visage, mais pas assez vite, pas assez vite, et la gouttière vint m'égorger. Connard. Connard de sale petit humain que je brûlerais en un autodafé de ton manque de louanges, le souffle me manqua, et j'ouvrais la bouche, sans pouvoir respirer. Il gloussait, son rire pleuvant sur moi, pâle, trop froid.


    « Les hérétiques ne bougent plus, car elles sont pathétiquement organiques, pathétiquement humaines et que l’immatérialité va leur faire éclater la jugulaire si elles bougent. Plus personne ne bouge. »

    Il n'y avait qu'une pensée, et elle tournait en boucle. « Je ne suis pas humaine. » Je ne suis pas humaine, je ne suis pas humaine. Conflit d'intériorité, de fidélité, entre moi et mon corps, mes ongles griffant le sol, ma trachée compressée. C'est à peine si je sentis le mouvement du métal qui découpa ma peau, sans m'atteindre autrement que par un glissement de rouge sur le blanc, mais j'étouffais, et je rugissais, en silence. Je suis la reine décapitée, songeais-je, et l'idée, en un autre moment, m'aurait presque fait sourire, à imaginer tout le sang qui aurait explosé. Mais là, dans la compression des univers qui se clamait, et le tellurisme trop endiablé de ses appositions de volonté sur mon pharynx me tuait, éveillée. Je refusais, et ma tête tournait. L'incapacité de parler, l'incapacité de bouger, bordel, pourquoi est-ce que je ne parvenais pas à me relever ? Araignée retournée, renversée, un râle furieux vrilla, sans que je ne parvienne à me déplacer. Je voulais si désirablement te tuer, Koneko. Je voulais si désirablement t'arracher la peau. Mes mains griffaient le parquet, et il se pencha au dessus de moi, pour m'imposer un murmure que je refusais d'entendre, que je refusais d'écouter. Il ignora, asservissant mon tympan.

    « Plus personne ne bouge. »

    Comme un charme, un enchantement, mon corps devint mou. L'oxygène disparut, et mon œil se fixa. Je ne bouge plus. Sur mon visage, craché par ses soins, de la salive, du sang, de l'éosine, mais plus d'appréciation. Je n'avais plus d'appréciation, silencieuse conscience qui ne rampe même plus. Le monde en silence, la contingence et sa violence étaient invisibles, et je ne voyais plus que ce sourire, difforme, rougi au milieu des dents qui dévoraient, et c'était tout, je contemplais. Plus de respiration, plus de battements de cœur, plus d'électricité, plus de motricité. Plus de nervosité, plus de réactivité. Un corps mou, comme celui d'une poupée de chiffon que l'on aurait jetée. Au fond, cela n'aurait pas servi à grand'chose, ce dialogue de sourd. Si peu de chose, beaucoup trop de futilité. L'impression d'être déchirée emplissait les bulles cognitives encore existantes d'une bile noire, dont le niveau augmentait, et qui me couvrait, en me noyant. Un voile sombre recouvrait mes paupières, étalant le vecteur de ma colère pour m'imprégner de cette familiarité à la douleur, et au sang. Tout se taisait, et l'oxygène était mort.
    Absurde.

    Il déchira. Je ne sentis rien.

    « Sauf moi ! »

    Son point d'exclamation filtra ma raison, déchirant la brume de mon agonie. Dans une suite de mouvements aux raisonnements succincts, le métal libéra ma trachée, et l'air explosa dans mes poumons, comme un retour à la surface. Sous son rire, il ignora ma respiration, tandis que ma gorge s'ouvrait, au delà de la matérialité de ma peau découpée, de mes clavicules blessée. Sur mon visage, au delà du sang, de la salive, de l'éosine et du plâtre, au delà de l'humanité et des arachnidées, le retour à la vie. Le retour à la vie, et la création d'une identité de soie, tandis qu'il se relevait, qu'il se déplaçait, ma poitrine se soulevait, abritant un souffle qui se teintait. Le rouge existait, psalmodiait mon identité, et je reprenais, seconde après seconde, la possession d'un corps, la possession de mes vérités. Réveil de mes membres, de ma circulation sanguine qui tapissait mes muscles d'une vivification de la douleur saugrenue, le sang coulait, je ressentais, et des frissons s'emparaient de mes nerfs. Bien. Bien, bien, bien, je revis. Constat tranquille, retour de ma conscience s'élevant, s'étalant, se déployant, mes yeux cillant, mes côtes étreignant les poumons et les abdominaux se contractant au dessus des tripes violentées. Bien. Constat de la réalité, bilan de la situation, mes lèvres se dégagèrent de mes dents, en un sifflement. Éveil.

    Je me redressais. Secouais mes cheveux, les rejetais en arrière, paupières à demi abaissées. Bien. Je tapotais contre mes genoux, pour en chasser l'ankylose. Bien. Je redressais la nuque, détendant mes muscles, étirant mon dos. Bien.

    « Bien. »

    Mon poing s'enfonça dans sa face. Mon genou vint trouver  ses côtes, et je me jetais de tout mon poids sur lui pour aller l'encastrer dans le mur, son crâne dans ma main, mes ongles lacérant sa peau. Impact. Impact, impact, impact. Je frappais sa tête contre le mur, encore, encore, jusqu'à ce qu'elle brise, jusqu'à ce que la coquille cassée délivre son jaune non fécondé. Allez, petit poussin, il était temps de mourir, réveille toi, chaton, il était temps de souffrir. Encore une fois, je reculais, sa tête dans mes mains, pour un élan plus important, pour un impact plus violent. Le coup contre la faïence libérait ce rouge que j'exultais, et si tu ne mourrais pas, il fallait bien que tu admires cette couleur dans laquelle je te tuerais.
    Il glissa, -s'échappa?-, mais en face de moi, dans ma ligne de mire, la fuite était vaine, puisque je l'avais maintenant marqué au fer rouge. Tu aspires à des réalités qui ne méritent d'exister, et ma hanche qui se soulève, mon bassin qui contorsionne, un dernier mouvement, et c'est la fin. J'imaginais déjà le final ; son cerveau imprimé contre le mur, sous mon pied. Une dernière seconde, mes lèvres étirées, un sourire ignoble, et puis le coup de pied.

    Il n'y eut pas de cervelle, pas plus que de faïences explosées. Chancelant, ayant reculé sous le mawashi qui ne lui était pas destiné, Zakuro, les épaules relevées en une garde qui n'était pas pour lui, mais qui protégeait l'autre, se stabilisa, et s'immobilisa. Les bras refermés sur le corps du Koneko, le souffle court d'avoir couru, sans doute, pour parvenir le plus rapidement jusqu'ici, s'était glissé entre nous, sans avoir annoncé son arrivé. Je lâchais un rire incrédule, ses yeux bleus heurtant ma réalité.

    « Ecarte toi. »

    Impératif calme, onéreuse mort d'une question qui aurait du être « Que fais-tu ici ? », je le contemplais, jugeant tranquillement son attitude défensive, et la douleur qui devait être en train de parcourir son corps, son épaule en particulier, là où, en s'abaissant pour s'interposer, le coup de pied avait frappé.  Je riais, et le sang qui sortait se déversait en une pluie qui inondait le carrelage d'un rire sauvage.

    « Zakuro Fea, écarte toi. »
    « Ça suffit. »

    Il murmurait, et ses genoux ayant heurtés le sol, il vérifia une seconde ma posture, avant d'ouvrir les bras, pour ne plus se concentrer que sur l'être en blanc. Les cheveux défaits ayant emprisonnés la neige, sa jeunesse débordante et son corps à la hauteur de celui de l'autre, il n'était ni l'élève ni l'adversaire, simplement là, et pas pour moi. Une protection de chair, habillé en jean et sweat noir, qui n'avait pas hésité à souffrir le coup pour éviter que l'autre ne soit touché. Tordant. Pourquoi ?

    « Est-ce que ça va ? »

    Il soutenait le garçon-chat, et je me rendais compte qu'ils s'équilibraient sur un même âge, une apparence déjà trop commune les liant. Je me raidissais, voulant cracher un venin, qui face à Zakuro, s'estompait. Pas de présence, pas même de définition, il n'y avait pas d'aura, pas d'agressivité, et au delà du monde matériel, il semblait ne pas exister. Je cillais.

    « Est-ce que tu peux te relever ? Je peux faire quelque chose, Chess ? »

    Tout son bleu projeté sur l'autre. Je dévorais la sensation, mes lèvres étirées en un rictus difforme, une expression furieuse.

    « Zakuro. »

    Il ne tourna même pas les yeux.

    « Ça suffit, Kami. Pas aujourd'hui. »

    Et il essuyait le sang, effaçant le rouge, rétablissant le blanc.


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Personne ne bouge; si je te touche je te marque au fer rouge. [Chess]
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