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 How Oscar. [PV Swan]

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Zakuro Fea
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MessageSujet: How Oscar. [PV Swan]   Dim 24 Juin 2018 - 21:41


How Oscar

.

It is indeed Wilde.



5h45. Luminescence brusque, des chiffres qui coulent en un amas répugnant de réalité et l’odeur de cette vérité trop brusque ; un mélange de peinture carbonique, de fenêtre ouverte et de draps immobiles viennent tapisser contre ma réceptivité un refus à bouger. Je ne veux pas, bordel, peu importe l’heure, je ne veux pas bouger. Ma main claque, mon esprit est lent, et je frappe, avec une ardeur qui se répète, sur l’écran du téléphone, sur le clavier, en explosant mes phalanges, en cherchant à les y briser. Peut-être que mes os se fractureront, et j’imagine, d’un œil salace, les expressions des individus à qui j’expliquerais essayer de me tuer lorsqu’il s’agit de se confronter à la réalité.
Ils ne comprendraient pas, n’est-ce pas ?

Je crois pourtant que je vais mieux.
Le réveil est inutile puisque je n’ai pas dormi. Sous mes yeux, trophées glorifiant cette nuit absurde, s’étale le programme mis à jour d’une nouvelle version d’un jeu agencé au cours de l’année sur un marché trop affriolant pour que l’on ne veuille pas, tout intéressé qu’on soit, s’y intéresser. Les offres étaient délectables, et certains rivaux s’y sont opposés : on m’a offert un prix, j’ai saisi l’opportunité. Le moniteur est chaud, j’ai besoin d’aérer la pièce, et en dépliant, lentement, mes genoux, je considère mon royaume piteux de câbles emmêlés.
Watagashi, du bout de ses pattes, vient se faire l’acteur abominable d’une scène godzillienne que je lui imagine. T’es con, le chat. Je lui sourit.
T’es lascif, si lascif, Joshua. Mes pensées qui fulminent, et je tends la main ; mon portable en arrêt, avec des traces de doigts éclatées contre l’écran. Ta tête ronde. Je m’étends, mon crâne en équilibre au dessus d’un fil que j’imagine trancher mes vertèbres, et j’attends. Je ne sais pas quoi dire, je ne sais pas quoi penser, mon manque de sommeil vient tapoter, du bout de l’ongle, contre la paroi crânienne, contre l’encéphale, et je lâche un rire, trop aiguë, si pitoyable. Peu importe.

Je lui envoie un cœur. Je me dis que ça lui fera plaisir. Oui. Peut-être bien. Assurément.
Je titube.

Ma tête contre le matelas, mon cul au sol, et mon cœur enfermé dans cette boite pulmonaire. J’inspire. Je sais quoi faire de ma journée, et je ne veux pas correspondre au programme. Trop de données qui entrent, trop de chiffres et de codes, et je n’ai pas envie, je n’ai pas envie, je suis fatigué de ça. Je suis las, ça ne m’amuse pas. Je ne veux pas faire ça, aujourd’hui.

From : Me
To : William.
5h49

« Bon matin. Do you have anything planned for today, William ?
How was your night ? »


Sourire débile, du coin des lèvres, et je stresse la race à sa mère. Je cille. L’expression me fait rire, un peu, et je soupire, en me relevant. Watagashi me fixe et je me juge. Peu importe l’heure, peu importe l’air, il y a toujours une possibilité, n’est-ce pas, que je vienne m’enfoncer un peu plus dans la connerie. Il s’agit pourtant, pour moi, de ne pas dépasser mes propres limites, de ne pas me faire mal, et de rester, confortable, dans cette zone précise qui se veut sécure. Je soupire encore une fois, et effectue un pas. Mon pied se prend dans un câble, je tombe.

Bordel.

Mes genoux qui claquent, mes paumes qui s’éraflent, et je crache mon exaspération. Me relève. Crache encore sur cette maladresse, et je jette mes yeux en arrière, pour considérer le câble relié jusqu’à l’ordinateur B. Ordinateur B étant celui abritant mon logiciel de foutu éditeur héxadécimal de merde. J’y retourne, considère du bout des doigts la bête, m’assure que rien n’est mort, et me laisse tomber sur mon lit.

From : Me
To : William.
5h56.

« I would love to see you today. »


Mon avant-bras sur mes yeux, je considère, les pensées en rafale, que les yeux de William, les cheveux de William, la bouche de William est assurément ce qui me ferait du bien.


-


Mon cœur à l’étroit. Je ne veux pas y penser.

__________________________________________________
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MessageSujet: Re: How Oscar. [PV Swan]   Mer 11 Juil 2018 - 4:49

Novembre 2021.
Takihide Yamamoto|William M. Hufflestring

How Wilde
It is as beautiful as it is ugly.

-

Il est cinq heures, je fixe la porte en bois lisse, en bois lustré, qui me contemple de sa grandiloquence inquiétante. Carence sensorielle, dans le dépôt funèbre de mon imaginaire, je cherche à me dissocier de tout état d'être. Enlacé par le couvert de mes draps, dévoré par les abysses, j'inspire du vide. Je regarde sans rien voir et, sur ma commode, mon téléphone tinte sans que je ne cherche à l'entendre.

Il est cinq heure et je voudrais ne m'être jamais réveillé.

But, she found me.

She found you.

And Mother, I am awake.

-

Mon esprit est bâclé, quelque chose, lorsque je suis sorti du pensionnat, s'est cassé. Mes pieds sont nus, j'ai froid. Il est neuf heures et, les yeux grands ouverts, je toise le plafond de la chambre que j'ai usurpé à mon cousin. Je l'entend, de l'autre côté de la porte - moins lustrée, moins lisse - vaquer à ses occupations matinales. Il fredonne et sa voix est quelque chose qui me fait mal. Il faudrait que je me lève.

J'étire mes jambes et laisse mes pieds heurter le sol de la chambre à la manière d'un murmure. Mes mains attrapent le bord de ma commode, s'aplanissent contre le bois massif avant de saisir mon téléphone.  La coque gris perle du dispositif impose à ma peau une fraicheur qui contraste avec l'air ambiant. Je le considère, la perspective de le lancer par la fenêtre une tentation à laquelle je dois résister. Mes phalanges glissent sur l'écran tactile et la nature morte, presqu'impersonnelle, que j'ai choisi comme fond s'impose à mon champ de vision. Chrysanthèmes rouges, cyclamens roses, fleurs de souci et roses couleur corail, toutes fanées, dans un bouquet qui raconte l'inatteignable, le désir. L'ironie est un manteau qui me va à ravir et que je m'égosille à revêtir pour ne jamais l'oublier.

Are you sorry, my dear ?

I am, Mother. I will always be.

6 messages. Je lorgne les noms qui servent à identifier mes correspondants. Là où d'eux d'entre eux parviennent à m'arracher l'ombre d'un sourire, le dernier vient enserrer ma gorge à la manière d'une chaîne. Une seconde, puis deux, je me sens étouffer, sens l'air qui grésille à l'intérieur de mes poumons, soudainement raréfié. Anita, Takihide et ... oncle Aaron.

Toujours oncle Aaron. La compagnie, la contraction de nos patronyme, Hufflestring et Swanster dans l'avènement d'Hufflester, nous force, depuis le suicide de mon patriarche, à nous fréquenter exhaustivement. La compagnie n'a jamais su fonctionner au moyen d'une seul tête pensante et c'est ensemble que nous gérons les affaires qui offrent une qualité de vie supérieure à notre famille. Je n'en ai jamais voulu, ai préféré m'évanouir dans les limbes d'un manoir démentiel, plutôt que de faire face à la réalité. Je n'en ai jamais voulu et pourtant me voici. L'ainé couronné de marbre, dressé bien droit pour faire face à une existence rejetée, mais choisie pour que les plus jeunes; Lawrence, Sacha, Anita et Alexander n'aient pas à le faire.

I will give them my freedom.

How can you give them something you never had ?

I will build it for them, Mother.

Les fredonnements de Lawrence ont été remplacé par les intonations calme d'une conversation. À sa voix se mêle celle de Momo, et je devine, au bruit des casseroles qui tintent, qu'ils entament leur petit-déjeuner. J'ai faim, probablement, mais ressens peu d'entrain à l'idée de me joindre à eux pour le repas. Balisé de faiblesse que je suis, je n'ai pas la force de côtoyer leur lumière. Sunshine burns and my skin is so very sheer.

Les messages de mon oncle portent, tel qu'anticipé, sur les alinéas de la compagnie dont j'ai la responsabilité. Il s'agit de ceux qui font la cour à l'illégalité, qui la toise dans sa longue robe sans tout à fait oser l'embrasser. Oncle Aaron aime être au fait de mes initiatives et, depuis mes avancées auprès des familles yakuzas locales, il semble davantage disposé à me demander des comptes rendus sporadiques. Je fronce les sourcils, son ton est sec, comme à l'accoutumée, et la formulation de ses phrases peine à masquer l'antipathie qu'il me voue. Nous ne nous entendons pas et je n'ai aucune difficulté à affirmer que nous ne nous entendrons jamais.

Transgresser des cadavres n'est pas une pratique positivement jugée et être abandonné à des sévices corporels est une réalité difficile à pardonner. Nous n'oublierons point, mais demeurerons unis par nos filiations sanguines. Pour le meilleur et pour le pire. Pour les plus jeunes et pour les souvenirs.

Je répond promptement à ses interrogations, lui fourni les esquisses d'un professionnalisme qu'il me rend rarement. La neutralité est l'arme la mieux désignée pour faire face à cet homme et c'est celle dont j'use toujours pour éviter les débordements. Rien ne sert de s'écrier, rien ne sert de protester.

Rien ne sert de tempêter contre des réalités qui ne peuvent être changées.

Oh, my foolish son.

La voix de ma suzeraine, défunte, mise en terre, en abîme résonne et mon cœur se tord dans un désir de la voir me tendre un bouquet d'espoir, des pétales de douceur. Mais les morts ne parlent pas et la voix qui retentit à l'intérieur de mon être est la mutation défigurée d'une créature trop magnifique pour être émulée.

This is the best I can do, Mother.

Une fois les messages de mon oncles écartés et les notifications effacées, il m'apparait plus aisé de respirer. Le poids qui écrase mon diaphragme s'allège et je peux considérer les rayons solaires qui filtrent au travers de mes rideaux avec un peu moins d'émoi. J'ai toujours froid, mais ma peau est tiède. Je me réveille. Les messages d'Anita, cadette de l'homme qui cuisine tranquillement quelques mètres plus loin, fratrie directe de ce cousin qui s'est plié sous le poids de mon égocentrisme, portent sur le partage d'un vidéo musical, travail d'une artiste qu'elle s'efforce à me faire découvrir et que je tend à apprécier. Un baume, une félicité.

Les messages de Takihide, toutefois, restent toujours mes préférés et je cultive une fâcheuse tendance à les garder pour la fin, à faire durer l'envie de voir ses paroles pixeliser mon écran. Ses paroles sont veloutées d'une simplicité dans laquelle il me tarde de pouvoir me vautrer, une invitation, perlée de confort, à laquelle je ne peux que répondre positivement. Takihide est cet étendard d'inconnu qui ne se lie à aucune de ces choses qui me blessent, Takihide est ce souffle d'apaisement que je laisse filer contre ma peau. Et si je compte les secondes qui me séparent d'une cassure inévitable, je ne peux, en l'instant présent, que plonger tête première dans la possibilité de m'étouffer de son miel. Indulge until you choke, William. As long as you don't break.

J'enfile mes vêtements à la hâte, sélectionne, parmi les dédalles de tissus qui échafaudent mon estime physique, un costume que j'apprécie davantage que les autres. Jarretelles, chemise et nœud noirs, agencés à un veston et un short verts sapin. Velours, soies, dentelles et lins. J'envisage les yeux de Takihide s'égarer sur l'espace de mes cuisses que les tissus ne couvrent pas. J'envisage et il y a dans cette conceptualisation d'événements la motivation suffisante à me faire quitter ma chambre.

Je quitte l'appartement sans que Lawrence et Momo ne me voient.

From : Me
To : Takihide
9h32

« Good morning to you too.
My night went fine, how about yours ?

I do not have anything planned for the day. As such I am available to meet you.
Would you like me to come over to your apartment or do you fancy meeting somewhere else ?»

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Zakuro Fea
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MessageSujet: Re: How Oscar. [PV Swan]   Mer 11 Juil 2018 - 17:31


Affection.

Défection.
Et mon amour en sangle de cuir.
Est-ce que je ne suis pas assez bien pour toi ?

Des pétales.



Lentement. Avec cette pesanteur désagréable, dociles aux lois de Newton, mais désagréable pour cette avidité qu’elle provoque, qu’elle racle, et mes yeux poursuivent le long, trop long, écoulement ambré du café qui n’en finit pas de n’être pas prêt. J’attends. L’appartement est silencieux, couloir éteint dans les coulisses d’un théâtre qui ne joue rien, et j’attends. Ils dorment, bienheureux, et j’écoute le calme affable d’une journée qui n’esquisse rien, qui n’apporte rien qu’une odeur rance, sèche, d’absence et de résignation. Il n’y a rien, et je ne sais pas. Mes humeurs ont tressautées, ce n’est plus le matin, il est trop tard, et les heures qui glissent ne viennent pas me sauver. Je croyais que j’allais mieux, tout à l’heure. Je le croyais, et je me suis trompé, parce qu’il est tard, et que le téléphone éteint est un poids mort qui poinçonne mon esprit d’un fer rouge.

Il ne te répondra pas. Tu n’en vaux pas la peine.

C’est l’apostasie de mon cœur, en lettres éclatées, en veines dilatées sous le manque de sommeil. Je ne sais plus vraiment quoi faire, il est presque huit heures, et je tremble, je tremble, sans parvenir à me calmer. Mes yeux, mon attention, tout cela obsédée, et je regarde les chiffres qui coulent, le café qui stagne, et ma tête à l’étroit, mon cœur en morceaux, il ne répondra pas. Et s’il rit, et s’il se moque de moi ? Et si c’était la fin, et s’il m’abandonnait ? Et si j’avais à pleurer pour le supplier ? Oh, je pourrais faire ça. Je pourrais me trainer, et pleurer. Mes ordinateurs sont mal branchés, je me souviens, le jeu en suspens, les logiciels qui rament, et j’ai envie de frapper la cafetière qui traine. Il n’est que huit heure, vingt huit secondes, pas encore de minutes. Il n’est que huit heures, mais William ne répond pas. Est-ce qu’il m’a abandonné ?
Je ne sais pas. Je panique. Calme toi.

La résignation est un collier cloué sur mes clavicules, après tout. Peu importe, tant que je reste lucide, de ce qui peut arriver. Peu importe, et mon écran n’est que le miroir défiant du propre regard que je lui jette. Des yeux trop noirs, un regard trop éteint, dans lequel il n’y a pas besoin d’afficher quoique ce soit ; rien que le calme et le vide pour mieux planer au dessus de cette résignation. Du calme, du vide, un peu de cynisme s’il faut endurer la douleur, mais je n’ai pas besoin de plus. Il est huit heures, et c’est le début de la fin du monde. William a assurément trouvé mieux, William ne répondra pas. Je panique, et le sifflement du café prêt vient troubler mes pensées. Ok. Tout est ok. Vraiment ok. Le mur autour de mon esprit est ok. C’est la chambre noire, c’est le calme, je suis ok. Je respire. Ce n’est que le matin, il n’est que huit heures, peut-être dort-il encore. Il n’est, après tout, que huit heures. Je suis ok. Mes mains qui tremblent, mes doigts en supplication vers un café que je me verse, -plus sur le comptoir que dans ma tasse-, et j’inspire.
Un.
Deux.

Il dort peut-être encore. C’est tout. Calme toi.

La question reste entêtante. Est-ce que je le mérite ? La réponse est claire et vient s’inscrire sur mes lèvres tandis que j’enfonce celles-ci dans l’amertume trop claire d’un café trop dilué.

Peut-être.

Joshua non plus ne répond pas. Mon cœur sur le point d’exploser, mes yeux tournés vers la fenêtre. Le ciel est sombre, trop foncé, pas assez bleu, et je devine la chute des températures dont on parle à la télévision, sur ce bulletin de nouvelles qu’Ijiwaru n’a de cesses d’allumer, chaque matin, en ce rituel que je me suis approprié. Quel jour, quelle heure, quelle année, quelles nouvelles ? Chaque matin, toujours au même moment, toujours avec cette posture qu’Ijiwaru adopte, toujours avec Shiromatsu qui prépare un café à la menthe, toujours avec ce compte à rebours jusqu’à ce que Subaru descende, toujours. Le quotidien est bien rodé, je suis verni.
Mes doigts se tendent, se détendent, et mes ongles viennent claquer contre l’email de la tasse. Il est huit heures et deux minutes.

Le ciel, tu sais, Zakuro, est trop noir ce matin.

Je voudrais ne m’être pas levé, je voudrais n’avoir pas travaillé, je voudrais n’avoir pas eu besoin d’avoir ce contrat, j’aurais aimé dormir. Mon estomac se tord, et dans cette intimité réconfortante d’une solitude tapissée de commodité, je me plie au dessus du lavabo. Mes doigts qui crochètent le rebord, et la douleur qui remonte. Ça explose dans ma tête, dans ma bouche.  De la bile, de l’acidité, du café, de la salive. Ma gorge dilatée, ma bouche éventrée, et je crache, en me  retenant de pleurer. Je ne veux pas en avoir sur les lèvres. Rien qu’au fond du lavabo. En ce petit tas, amas, de déception et de coulis mal fomenté. Des bulles de salives et un peu de café, au milieu de la pâleur des sucs.
J’halète. J’ai mal, et il n’est que huit heures.

Rebois donc encore un peu de café, mon cher.

L’eau coule, je nettoie, il n’y a personne qui a vu, qui verra, et je considère, avec cet étourdissement calme,  les fluides qui s’écoulent jusqu’à dans le siphon. J’y vais, du bout des doigts, pour nettoyer. Mes ongles creusent au milieu de cette flaque décolorée, que j’enfonce au plus profond de la tuyauterie, pour qu’on ne me la reproche pas.

Je connais les gestes, pour les répéter trop souvent. Une ablution silencieuse, personnelle, que je n’offre à personne le luxe de voir, de considérer. C’est mon confort, mes rituels, et c’est moins amusant que le bulletin de nouvelles. Je nettoie, d’abord ma bouche, ensuite mes doigts. Je frotte, et mes phalanges rougissent, jusqu’à ce que je sois complètement sûr que l’odeur ne s’est pas accrochée. Je nettoies, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus la moindre preuve. Je nettoies, et il ne reste rien. Je me débarrasse, voies-tu, de ce qui pourrait être compromettant.
Rien du tout. Je ne veux de rien du tout.

Laisse moi tranquille.

Du bout des ongles, à râcler ma peau, je considère les traces que je me laisse au dessus des phalanges. Il n’y a rien, et c’est le matin. Il est huit heure dix. Je suis ok. Je suis bon. Tout va bien.

Pour le moment.

-

Assis sur le canapé, en tailleur, à regarder sans chercher à voir quoique ce soit, j’attends. Il est neuf heure trente et mon cœur est en suspension depuis trop longtemps. Mes yeux accrochés à l’aiguille terrifiante qu’une âme bien disposée à décidé d’accrocher dans le salon, j’attends qu’il soit dix heures. Si je parviens à ne pas regarder mon téléphone avant dix heures, peut-être qu’il aura répondu. Si je parviens à ne pas bouger mes muscles, à ne pas frémir, à ne pas me laisser interrompre dans ma contemplation silencieuse, si personne ne sort de sa chambre, peut-être qu’à dix heures, il aura répondu. Je veux savoir. Mes yeux braqués sur l’aiguille, à tordre de toutes mes forces sur les muscles oculaires pour ne pas les détourner, je joue, piteusement, à croire en mes espoirs.

Peut-être qu’il va répondre si je me comporte bien.

Mon téléphone vibre et je cille.
Il est neuf heure trente deux.

La porte s’ouvre à l’étage et je n’ai pas besoin de tourner la tête pour reconnaître le bruit de pas de Shiromatsu. Il est discret, marche pieds nus, et avance comme quelqu’un qui s’attend à trouver un assassin caché dans l’angle de ses murs. Il avance toujours avec les épaules légèrement retroussées, ses mains à la hauteur de ses hanches, les bras repliés, prêt à saisir un corps, prêt à se défendre. Il avance toujours comme ça, en sortant de sa chambre, prêt à tuer pour se protéger. Je n’ai pas besoin de me retourner pour savoir qu’une fois de plus, comme chaque matin, il considère la luminosité du salon en appréciant le fait d’être encore vivant. Yakuza et prostitué.es ont ce curieux point commun ; celui d’attendre le moment où un faux pas sera effectué.

La mort attend tout le monde, Shiromatsu. Tu ne le sais que trop bien, n’est-ce pas ?
Je me demande, tandis qu’il descend les escaliers, à quoi mourir peut bien ressembler. La réponse est facultative ; après tout, cela fait près de neuf ans que je me la pose. Je tends les doigts.

Il m’a répondu. Mon cœur s’ouvre en éventail, je considère le bonheur qui ruissèle, comme le vomis qui s’écoule dans le siphon, et je souris. Je souris trop, je m’en veux immédiatement, mais je souris, et c’est la journée entière qui s’en retrouve bouleversée. Il m’a répondu, et il n’est même pas dix heures. Puis elle revient ; comme un animal qui rampe. La panique s’échauffe, et je clique sur le message, en me demandant ce que je vais y découvrir. Peut-être qu’il ne veut plus me parler ?
Ta gueule.

Shiromatsu se fait couler du café, a jeté dans ma direction un regard sombre, apaisé, mais je n’ai pas tourné les yeux vers lui. Mon dos raidi, à lire et relire la réponse de William, j’attends que mon influx nerveux veuille traiter correctement et envoyer cette décharge d’endomorphine que j’attends. Il ne me déteste pas, et il répond cordialement. J’adore le « too », j’adore le « you », j’adore qu’il me retourne la question, j’adore qu’il détruise ma panique à l’égard de la négativité utilisée dans la première phrase par un juste rapport de sémantique. J’ai paniqué, tout est ok, il veut même savoir où est-ce que nous pourrions nous rencontrer.

J’inspire, pour ne pas me laisser noyer.
Respire.

Il s’est mis à pleuvoir.

Pendant que Shiromatsu se déplace comme un félin, corps à moitié nu dans l’angle de mon œil, je réponds, avec ce calme imposé, mes doigts tapotant contre le clavier virtuel. Williamwilliamwilliam, et des couleurs qui flamboient dans mon esprit. Je suis appréciatif, je n’aurais pas besoin d’essayer de me laisser disparaître aujourd’hui, car c’est une belle journée. Je tapote, sans savoir quoi écrire, sans savoir comment m’exprimer. Je choisis mes mots, les efface, mon sourire balbutié, et je me laisse submerger, avec cette douceur réconfortante. C’est ok.

From : Me
To : William
9:33:58
« おはようございます 
I have spend it in good company.
Wata has been a very closely and supportive friend through my laborious night, whereas  he does have a terrible attitude to me when you’re here. Do I have to be envious ?
Is it because of your charm ?
(╯°□°)╯︵ ┻━┻  »


Oh, Takihide, bordel.

Shiromatsu, du bout de ses yeux en lignes droites, plissés dans ma direction, a considéré mon sourire, et je rougis, en cherchant à l’ignorer. C’est ok. Mon rire est une permission bloquée dans le milieu de ma gorge : c’est déjà bien assez, et je me sens bien.


From : Me
To : William
9:34:12
« The sky is ugly. Do you wanna come over ? You will want a meal, don’t you ? I will cook something for you. »


« William is coming. I’m gonna take a shower, Shiro. »

Mon cœur en cavale, mon appréciation profonde, trop claire, trop pastel, et je vois les pétales fanées, balayées, être remplacés par ces couleurs douces qui s’étalent sur mon humeur. Je frotte ma peau, apprécie même la chaleur de l’eau, et me donne, glorieusement, ce luxe de ne pas jeter un seul coup d’oeil vers le miroir. Everything is fine, now.

Je calcule les secondes, en jouant à me presser. À me coordonner pour correspondre à cette réalité du jour. Mes vêtements s’étirent sur ma peau, je referme mon jeans au dessus de mes hanches, et ramène la chemise au dessus de mes coudes. Je suis ok.

On frappe à la porte.





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