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 Forgotten smiles [Misuzu] [Terminé]

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Hisaka Rika
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MessageSujet: Forgotten smiles [Misuzu] [Terminé]   Mer 20 Juin 2018 - 0:37


Un clic retentit et quelques dixièmes de seconde plus tard, la photo de mon déjeuner est envoyée sur tous les réseaux sociaux auxquels je suis connecté. Le rituel terminé, je commence ma dégustation alors que les premières réactions apparaissent sur mon grand écran tactile. Tout en mangeant, je scrolle le fil des commentaires où mes abonnés tentent de deviner où je suis en train de prendre mon repas. Comme d’habitude, je ne leur répondrai qu’après avoir quitté les lieux histoire que mon identité ne soit pas révélée sur internet, que je continue d’exister à travers le modèle 3D de mon chat.

Quelques minutes plus tard, j’avale ma dernière bouchée de tonkatsu et repose mes baguettes sur le plateau. En attendant qu’un serveur vienne débarrasser, j’attrape une nouvelle fois mon téléphone et tapote quelques fois sur mon clavier virtuel, le temps de trouver l’inspiration pour rédiger un billet sur ce restaurant. Cuisine traditionnelle dans un cadre chaleureux, ai-je commencé à écrire avant de décrire plus en détail la qualité du service et le type de public visé par l’enseigne. Je n’ai pas encore terminé quand un employé me demande si ça a été. Je hoche la tête et lève les avant-bras pour le laisser accéder à mon plateau sans avoir à poser mon téléphone, puis le remercie.

Ma note achevée, je me laisse aller contre le dossier de ma chaise un court instant et baille. La première nuit a été un peu agitée avec les pleurs Junko, ma nièce de trois ans et demi, qui a commencé à avoir des angoisses vers trois heures du matin car elle ne reconnaissait pas sa chambre. Ma sœur et moi avons alors tenté l’impossible pour la calmer jusqu’à ce qu’elle se rendorme paisiblement, comme si de rien n’était. Quand j’ai quitté notre location, ce matin vers 9h30, mère et fille dormaient encore à poings fermés. C’est donc dans un silence absolu que je me suis éclipsé afin de reprendre mes repères dans cette ville qui s’est métamorphosée depuis le départ.

Je soupire en repensant à ces instants à mes années passées ici. Je me demande si je pourrai passer au manoir à Hebi. Est-il encore au moins là ? Un pincement naît dans mon cœur, et je comprends qu’il est temps pour moi de demander l’addition. Une fois mon portefeuille allégé, je me dirige vers la sortie du petit restaurant et me met en marche vers le musée dont j’ai repéré le panneau publicitaire ce matin en errant dans les rues. Assez curieusement, il ne me semble pas avoir déjà visité cet endroit, d’où l’intérêt de le faire avec mes abonnés, pour pouvoir être spontané.


(…)


Un coup de vent balaie la ville au moment où je sors du bus qui m’emmène au musée d’art. J’ai bien fait de prendre cette vieille veste de baseball, me dis-je en sautant sur le trottoir. S’il y a une chose qui n’a peut-être pas beaucoup changé à Keimoo, c’est sans doute les transports…mais ce n’est pas un bon signe pour autant. L’entrée du bâtiment se trouve à quelques mètres de l’arrêt. Je profite d’avoir un instant de libre pour publier le billet avec l’adresse du restaurant maintenant que je me trouve assez loin pour ne pas me faire coincer par un follower. Je ne le réalise pas tous les jours, mais cinq millions de personnes qui suivent mes voyages et mes streams, ce n’est quand même pas rien, et il y a fort à parier qu’il y a aussi des résidents de Keimoo dans le lot.



(…)


« Monsieur, vous ne pouvez pas rentrer avec votre caméra. »

Premier choc de la journée. C’est vrai qu’à la base je n’avais rien prévu cet après-midi donc je n’ai pas envoyé les demandes d’autorisation 48h au préalable comme l’impose la loi. Mais maintenant que j’y suis, je ne compte pas vraiment baisser les bras. Quitte à avoir fait le chemin…

« C’est juste pour un vlog. Je peux vous envoyer la vidéo montée avant de la diffuser et la démonétiser si ça vous pose problème… »

Je commence calmement, désormais habitué aux négociations qui sont quotidiennes dans le métier que j’exerce. Je la vois la jeune femme de l’accueil hésiter, puis se tourner vers le vigile. Hisaka d’il y a dix ans aurait probablement fui ou se serait conformé aux règles en voyant l’homme s’approcher, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les mains posées sur le comptoir, les deux employés profitent du fait que je sois le seul dans la queue pour discuter entre deux du règlement intérieur. L’échange n’est cependant pas concluant et la fille finit par secouer la tête. Ce n’est pas à elle de prendre une telle décision me dit-elle, c’est à la directrice de gérer mon cas.

« Vous pouvez appeler votre supérieure si elle est là, s’il-vous-plaît ? »

Ses iris hésitants se posent sur le combiné à quelques centimètres de sa main. Un soupir plus tard, ses doigts composent un numéro et une sonnerie retentit. Je l’entends sans vraiment l’écouter, parler à la directrice du musée. De mon côté, je prépare déjà mon baratin.

« Elle arrive. »

Pour la remercier, je m’incline légèrement et me décale vers la gauche pour ne pas gêner l’arrivée de nouveaux visiteurs. Je profite de cet instant de répit pour scruter les alentours. On dirait que le musée n’est pas très fréquenté. J’espère que sa collection vaut le coup d’avoir fait déplacer la directrice.

Une porte s’ouvre derrière le comptoir de l’accueil. Tous les regards se braquent sur la personne qui en sort, probablement pas pour les mêmes raisons. Mon corps se raidit, une goutte de sueur perle sur mon front. J’entrouvre les lèvres, mais aucun son ne sort. En l’espace d’un instant, elle me fait revenir dix ans en arrière, de notre première rencontre à nos adieux de lâches. Nous restons là, un moment, à nous fixer l’un l’autre, avant que je me décide à esquisser un sourire poli, le temps de reprendre mes esprits. Micchan, ai-je voulu l’interpeller avant de me rappeler que ce n’était pas approprié de l’appeler ainsi devant ses employés.

« Watanabe-san. »

Dis-je clairement, sans bégayer et sans la lâcher du regard comme je l’aurais fait des années auparavant. Un rapide coup d’œil me permet de repérer les changements dont seul le temps a été témoin. Comparé à la Watanabe de mes souvenirs, ses joues se sont un peu creusées, les commissures de ses lèvres se sont retroussées et son teint s’est légèrement terni. Dans son attitude également, je ne reconnais plus la Misuzu de les années de jeune adulte. Queue de cheval et traits marqués, l’aura qu’elle dégage n’est assurément plus celle de la jeune femme enthousiaste et tête en l’air que j’ai connu alors qu’elle manageait le club de baseball, mais plutôt celle d’une femme autoritaire qui sait où elle veut aller.

« M’accorderiez-vous quelques secondes ? J’aimerais filmer dans votre établissement, bien que je sois conscient que ce soit compliqué car je n’ai pas envoyé de demande d’autorisation au préalable. Je m’engage cependant à vous montrer la vidéo avant de la publier, la démonétiser si besoin et…à faire de la publicité si vous le souhaitez. »



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Dernière édition par Hisaka Rika le Mar 26 Juin 2018 - 10:34, édité 1 fois
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Misuzu Watanabe
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MessageSujet: Re: Forgotten smiles [Misuzu] [Terminé]   Mer 20 Juin 2018 - 16:12


La sonnerie du téléphone de son bureau réveilla Misuzu en sursaut, et elle se rendit alors compte qu’elle s’était endormie. Peut être était-ce le manque de sommeil, le stress, ou la douce chaleur qui régnait dans son bureau, mais elle était tombée tête la première dans la paperasse administrative. Elle était arrivée, comme tous les matins, autour de six heures trente, et avait commencé avec un ou deux heures de paperasse à remplir. Les assurances, les subventions, les prochaines expositions à organiser, les cadeaux et lettres à envoyer aux artisans qui acceptaient d’être exposés malgré le risque évident que cela faisait encourir à leurs créations, etc. Une fois cela fait, elle avait fumé une cigarette devant le musée, soulagée de n’avoir pas à récupérer des animaux morts sur le perron pour une fois. Ensuite, la matinée était passée assez vite. Elle avait tenu l’accueil en attendant Nanae-san qui n’arrivait qu’autour de 11h, puis avait fait quelques rondes dans et autour du musée, avant de conduire une visite. Le groupe était maigre. C’était des touristes occidentaux et Misuzu se demanda honnêtement ce qu’ils pouvaient bien faire dans une ville comme Keimoo. Bien évidemment, cela l’arrangeait puisque la vingtaine d’entrées, même avec le    tarif de groupe, étaient un ajout bienvenu dans les caisses. Même si les subventions aidaient grandement, Misuzu commençait à être fatiguée de constamment devoir mendier au ministère de quoi faire tourner la boutique.

Ainsi donc, la sonnerie du téléphone la réveilla en sursaut alors qu’elle avait la tête dans ses bras croisés sur les divers dossiers. Elle décrocha, toussotant pour avoir une voix à peu près normale. « Nanae-san ? Un problème ? » La jeune étudiante l’appelait depuis l’accueil et elle se frotta légèrement les yeux tout en l’écoutant, prenant bien garde à ne pas étaler son mascara. Quelqu’un voulait filmer mais sans autorisation. Un vlog, hein ? La personne voulait la voir. Elle raccrocha donc en assurant la jeune fille qu’elle allait arriver, et remis ses chaussures. C’était des escarpins noirs mat au bout pointus, et bien qu’elles les trouve simples mais élégants, ils était neufs et donc lui faisaient atrocement mal aux pieds, aussi elle s’était autorisé à les enlever une fois assise. Elle grimaça alors que ses orteils s’écrasaient les uns contre les autres dans la chaussure, mais décida de concentrer son attention sur autre chose. Elle arrangea légèrement ses cheveux et vérifia qu’elle avait figure humaine dans un miroir de poche qu’elle gardait dans le tiroir de son bureau, avant de se remettre un spray de Kenzo. Il fallait toujours présenter le mieux possible. A priori, ça devrait aller. Elle se leva donc, lissant les  quelques plis de son chemisier blanc et de son pantalon à pinces, noir lui aussi, et descendit.

Lorsqu’elle passa la porte son air sérieux se figea en une expression surprise. Hisaka Rika. Mais qu’est-ce qu’il pouvait bien faire là, et avec une caméra pour filmer un vlog en plus ? Elle ferma la bouche, avala sa salive, puis rouvrit ses lèvres alors que son cerveau cherchait quelque chose à dire. Elle jeta un œil à Nanae qui la dévisageait avec curiosité. Le silence s’étiola ainsi alors que les deux trentenaires se regardaient en chien de faïence. Etonnamment, ce fut Hisaka qui parla le premier, l’appelant par son nom de famille, et la surprise plus le fait que le dialogue avait été ouvert lui permirent de se sortir de sa torpeur. « Rika-san. Comment allez vous ? » Elle s’inclina légèrement pour le saluer, les mains le long du corps, puis se redressa et écouta attentivement ce qu’il disait. Clairement, le musée avait besoin de publicité. Clairement, un vlog ne pouvait pas faire de mal. Il n’y avait pas d’animaux morts, et le lieu était plutôt en bon état ce jour-là, alors pourquoi pas ? Elle fit mine de réfléchir puis eut un sourire mi-de politesse mi-sincère. C’était plutôt une bonne opportunité. « Bon. Il devrait y avoir moyen de s’arranger. Venez, suivez moi. Nous avons des choses à signer je pense. » Elle fit un signe de tête rassurant à Nanae et au vigile, avant de rouvrir la porte qui donnait sur l’escalier montant à son bureau, et fit signe à Hisaka de la suivre. Elle monta les marches silencieusement mais les pensées et souvenirs se bousculaient dans sa tête.

Misuzu est allongée dans son lit, les yeux grands ouverts. Il est trois heures du matin une nuit de janvier 2019, sa chambre étudiante est plongée dans le noir. Les choses ne peuvent pas rester comme elles sont. Elle culpabilise et se trouve hypocrite, alors même qu’elle a mis un point d’honneur à être honnête. Elle sait qu’elle va sûrement tout ruiner, mais la situation n’est plus supportable. Elle ne peut pas continuer à mentir comme elle le fait. Elle a d’autres choses dont s’occuper et cette histoire ne fait que la distraire, en fin de compte. Sa gorge se serre un peu plus de jour en jour quand elle pense à l’erreur qu’elle est en train de commettre. Quand elle pense à combien elle a été lâche, encore et encore, à tant de reprises. Elle ferme les yeux. La décision est prise. Elle n’a pas le choix, de toute façon. Elle a tant hésité à faire ce qui est juste, et même si elle est prise de panique au bord du précipice, elle sait qu’il va falloir sauter le pas.

Elle poussa la porte du bureau. La pièce est spacieuse, propre, impersonnelle mais avec quelques décorations minimes. Sur le bureau, une seule photo, de Tomoyo, sa mère, accompagnée de Nao et Misuzu encore toutes petites. Elle l’avait récupéré dans l’album retrouvé quelques mois auparavant. Elle désigna l’un des fauteuils en face de son bureau à Hisaka et trouva le document nécessaire en quelques clics.

Elle prit une inspiration. « On va remplir les autorisations, mais ça veut dire qu’il faudra attendre au moins 48heures avant de publier la vidéo. Juste histoire de faire au moins semblant que la loi a été respectée. Et comme tu peux t’en douter… » Elle l’avait tutoyé. Elle se reprit. « Comme vous pouvez vous en douter, Keimoo n’est plus à l’heure actuelle un endroit où les gens viennent pour la culture. Donc je ne vais pas dire non à un peu de publicité. » Elle cliqua pour imprimer les documents qu’elle récupéra immédiatement. « En revanche, vous pouvez aller et venir comme bon vous semble dans les endroits autorisés, je m’occuperai de vous guider. » Après tout, elle connaissait les expositions sur le bout des doigts. Elle aurait pu faire une visite les yeux bandés. C’était elle qui s’était occupé de tout réagencer, de faire venir de nouvelles créations, etc. Elle lui tendit les documents, et une fois qu’il les eut signés, apposa sa signature à son tour avant de lui donner l’une des deux copies. Elle se releva, et eut un soupir puis un sourire en biais un peu mélancolique alors qu’elle contournait le bureau pour retourner vers la porte, sortant un instant de son rôle de career woman froide et distante. « Ça fait bizarre de te revoir. » Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne s’étaient pas quitté sous les meilleurs hospices.
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MessageSujet: Re: Forgotten smiles [Misuzu] [Terminé]   Mer 20 Juin 2018 - 20:46


Mon cœur fait un bond dans ma poitrine lorsque la voix quasi-inchangée de Misuzu s’élève pour me demander poliment comment je vais. La voir sortir de derrière cette porte a été une chose, mais l’entendre parler en est une autre. Je parviens machinalement à articuler une réponse générique de type « Bien, et vous ? » avant d’enchaîner sur le fond du sujet, juste après qu’elle ait répondu à mon interrogation. Malgré les milliers de questions qui se bousculent dans ma tête, je ne perds pas le nord et lui récite le discours que j’avais préparé le temps qu’elle arrive.

Elle met quelques secondes à me répondre, le temps de réfléchir à ma proposition, probablement, puis elle me sourit d’un sourire sans éclat, le sourire d’une trentenaire fatiguée et dépassée par les événements de sa vie.  

Il devrait y avoir moyen de s’arranger m’annonce-t-elle avant de me demander de la suivre sous les regards curieux de l’hôtesse d’accueil et du vigile. Rigueur japonaise, formalités stupides : je lui adresse à mon tour un sourire et m’incline légèrement, puis emboîte le pas pour rejoindre la directrice du musée dans les escaliers situés derrière la porte.

Droite, fière et grandie par les talons qu’elle porte, Misuzu avance pour me guider sans décrocher un mot. Pas que j’aurais espéré qu’elle me parle vivement, mais je me questionne tout de même : suis-je le seul à ressentir de l’excitation par rapport à ces retrouvailles inattendues ?

Après avoir monté quelques marches, nous arrivons dans son bureau : une pièce sobre, spacieuse, presque froide par rapport à l’environnement de la Misuzu Watanabe que j’ai pu connaître dans le passé. Je reste debout quelques instants, le temps qu’elle prenne place derrière son ordinateur et me fasse signe de m’asseoir sur l’un des fauteuils lui faisant face. Il y a longtemps que nous ne nous étions plus retrouvés seuls, face à face. Le temps a pansé les plaies, mais il n’empêche que ces blessures ont tout de même un jour existé. Une fois installé, je relève le visage vers elle et nos regards se croisent, encore.

C’était un début de soirée d’hiver, au commencement de l’année 2019. Il faisait froid, mais j’étais venu à sa demande, lui rendre visite dans sa chambre étudiante. Après avoir fermé la porte, j’ai senti que quelque chose lui pesait, je ne savais pas exactement quoi, je ne savais pas que c’était moi. Alors j’ai voulu chercher à comprendre, car rien ne me fait plus peur que l’ignorance. Eclairé par la simple veilleuse à côté de son lit, j’ai voulu la rejoindre et prendre sa main pour la réchauffer. Au début je n’ai pas compris pourquoi est-ce qu’elle l’a doucement rejetée. Une seule phrase aurait suffi, mais elle a continué à chercher à se justifier. Dans mon incompréhension, je me suis éloigné progressivement et j’ai fini par claquer la porte pour ne plus jamais y revenir. Il faisait froid ce soir là, mais en arrivant, je ne savais pas que j’étais sur le point de vivre l’une des nuits les plus glaciales de l’année 2019.

Je ne cache pas ressentir un peu de déception lorsqu’elle reprend la parole pour discuter des autorisations. Une partie de moi aurait aimé quelque chose de moins formel, mais je ne laisse rien transparaître et me contente de hocher la tête alors qu’elle évoque les 48h de délai pour la publication de la vidéo.

« Et comme tu peux t’en douter… »

Elle s’arrête automatiquement après m’avoir tutoyé, par erreur semble-t-il, mais se reprend rapidement. « Je m’occuperai de vous guider » me dit-elle par rapport à ma proposition de faire de la publicité. Il est vrai que les explications sur les œuvres ne seront pas de refus, me dis-je en écoutant le bruit de l’imprimante résonner dans le fond. Quelques secondes plus tard, elle me tend les documents encore chauds afin que je puisse les signer.

« Je te fais confiance. »

Lui dis-je simplement avant de signer sans lire l’intégralité du contrat. Je lui retourne alors le document qu’elle signe à son tour avant de le placer dans la photocopieuse pour m’en tirer un exemplaire. Les formalités administratives étant terminées, je me lève et la suis vers la sortie. C’est au moment de franchir la porte qu’elle daigne enfin à vraiment me parler. Ca fait bizarre de me revoir hein. En l’espace d’un instant, je sens la pression se relâcher. Durant un court moment, son cœur se rouvre et je sens que je ne peux rater cette opportunité, cette occasion que nous n’avons jamais eu de mettre les choses au clair entre nous.

« A moi aussi. » Je marque une pause avant de reprendre, assez maladroitement, mais beaucoup plus naturellement. « Tu as changé de coupe de cheveux. »

Je me râcle la gorge et réajuste le col de ma veste. Peut-être qu’elle a changé de standards entre temps, mais dans mes souvenirs, c’est le genre de remarque qui la faisait rire. Les mains dans les poches, j’effectue quelques enjambées jusqu’à arriver à sa hauteur et tirer la porte qui nous retient dans ce bureau. Je jette un dernier coup d’œil pour balayer la pièce du regard avant de sortir, juste après elle.

« Ton style de déco, il a changé aussi. »

Un maigre sourire se dessine sur mon visage alors que je repense à la chambre étudiante de Misuzu quelques années plus tôt. Je lui lance un regard taquin.

« Et ton style de mec aussi, j’espère. »

Dix ans sont passés, il faut aller de l’avant.



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MessageSujet: Re: Forgotten smiles [Misuzu] [Terminé]   Ven 22 Juin 2018 - 0:50


Rapidement, le vouvoyer n’avait plus aucun sens. Déjà parce qu’il la tutoyait, mais aussi parce que même si dix ans avaient passés, elle ne pouvait pas le traiter comme un étranger. Ça aurait été absurde. Aussi, elle avait finir par le tutoyer à son tour, par sortir de son carcan de business woman occupée et froide. Quelque part, c’était peut être l’occasion de rattraper une autre de ses erreurs. Il remarqua qu’elle avait changé de coupe de cheveux et elle eut un sourire en soufflant légèrement par le nez et en tripotant sa frange d’une de ses mains. Elle ne répondit cependant pas, réalisant que la veste qu’il portait lui disait quelque chose. « Et toi, tu as changé de veste ? » Interrogea-t-elle avec un air taquin sur le visage. Elle lui avait offert une veste similaire à celle là autrefois.

Misuzu s’avance vers le jeune homme brun affalé au sol à quelques mètres d’elle. Elle le rejoint et lui tend la main pour l’aider à se relever, lui faisant un grand sourire. « Hicchan, c’est bien que tu sois plus motivé, mais je ne voudrais pas t’abîmer juste pour une histoire de baseball. Et puis, tu vas salir ta veste.» Elle regarde leurs deux mains l’une dans l’autre, jette un œil autour d’eux, et garde ses doigts dans les siens. Mais il rompt le contact, ayant aperçu un groupe d’étudiants que Misuzu remarque en tournant la tête un peu plus. Elle reste la les bras ballants et l’air triste pendant un instant, mais se reprend. Elle était d’accord avec ça. Ils se sont mis d’accord. C’est sûrement lui qui a raison. Aussi, elle relève la tête, le laisse se dépoussiérer et lui fait un sourire et un pouce en l’air. « Tu viens, je t’offre un yakiimo. Deal ? » Dans le restaurant de Kawamoto-san, c’était peut être le seul endroit où ils étaient libres d’être honnêtes, à part chez elle.

Il passa devant elle et ouvrit la porte, un peu nonchalamment. Elle fut contente de remarquer que cette version là d’Hisaka semblait moins mal à l’aise pour tout que celle qu’elle avait rencontré pour la première fois environ onze ans plus tôt.  Bon, entre ce moment là et celui où il avait claqué la porte de chez elle pour s’enfoncer dans la nuit, il y avait eu quelques changements, certes légers, mais elle fut contente de voir que les choses s’étaient améliorées pour lui. Elle commençait à se dire que pour être heureux, il avait fallu quitter la ville. Ceux et celles qui étaient restés en avaient subi les conséquences.

Elle n’avait même pas sû qu’il partait, ni où. Elle avait voulu le féliciter pour sa graduation mais ne l’avait pas trouvé. Peinée qu’il ne lui ait même pas prévenue de son départ, elle s’était murée dans le silence. Stupide. Elle avait été stupide. Il avait fait ce qu’il avait pu, tout comme elle. Elle passa la porte et il fit une remarque sur la décoration. En effet, ce n’était en rien comparable à ce qu’il avait connu d’elle. Au fur et à mesure que son travail lui prenait de plus en plus de temps, les décorations s’étaient raréfiées. Elle cassait des choses par accident et ne les remplaçait pas, n’en ayant plus besoin. Son matériel de peinture, ses photos, ses ustensiles de cuisine, ses goodies, etc. Et avec l’incendie, le peu qui restait y était passé. « Disons que ça s’est fait tout seul, » dit elle sur un ton légèrement sarcastique. Il lui lança un regard rieur avant d’enchaîner, et sa gorge se serra d’abord avant qu’elle n’arrive à lui sourire. Quelque part, elle s’en voulait toujours un peu. « Je saurais pas te dire. Et toi ? Toujours les mêmes préférences ? » Elle le taquinait mais, dans son cas, il n’y avait pas tellement de quoi rire. Depuis son agression quelques années auparavant, elle s’était tenue éloignée des hommes. Quant aux femmes, elle avait fini par comprendre qu’elle n’assumerait jamais de les trouver attirantes aussi. Ainsi, elle s’était construit sa petite barrière de solitude. Barrière qui, jusqu’à peu de temps auparavant, n’avait pas montré de faille. « Par contre, devine qui j’ai rencontré l’autre soir ? » Ce n’était pas dur à trouver, surtout dans le contexte de cette conversation.

Elle s’avança pour descendre les escaliers, lui faisant signe de la suivre. Ses talons claquaient sur les marches en bois brut et bientôt ils furent au niveau du palier. Elle s’arrêta, silencieuse, et lui jeta un regard plein de tristesse. Elle avait quelque chose à lui annoncer qu’elle aurait préféré ne pas se rappeler. « Au fait, euh… » balbutia-t-elle. « Mes parents. » Sa gorge se serra mais elle parvint à garder figure humaine, ce qui n’était pas le cas à chaque fois qu’elle devait apprendre la chose à quelqu’un. « Ils ont eu un accident de voiture il y a quelques mois. Ils ne s’en sont pas sortis. Je suppose qu’il vaut mieux que tu l’apprennes de ma bouche que par hasard. » Elle resta un instant planté là, se concentrant sur le fait de garder une respiration normale et étouffant le sanglot qui commençait à remonter, puis repris sa descente des marches et bientôt ils furent à l’accueil. Elle fit un nouveau hochement de tête à Nanae, pour qu’elle ne s’inquiète pas de l’absence de paiement. À vrai dire, ils pouvaient faire un échange de bons procédés. Si il leur faisait de la publicité, elle pouvait bien lui offrir un billet d’entrée à 700 yens. Elle commença à avancer vers la collection temporaire, une exposition de couteaux d’un artisan de la région de Takayama, avec qui elle avait noué des liens assez sympathiques. « Et du coup, toi, qu’est-ce que tu deviens ? Tu es parti sans laisser d'adresse. » Certes, le fait qu’ils aient perdu contact était aussi de sa faute. Mais maintenant qu’elle avait l’occasion de rattraper le temps perdu, elle comptait bien le faire. Les évènements de ces derniers mois, semaines, jours, lui avaient redonné un semblant d’énergie et d’envie de faire quelque chose d’autre de sa vie que travailler et être en colère contre le monde entier. « Enfin, pas que je t’en veuille. Le temps a passé. » Elle lui fit un sourire qui ressemblait peut être un peu plus à celui de la jeune fille qu’elle avait été, il y avait des années de ça, en plus fatigué et un peu plus mélancolique. « Alors comme ça, tu fais des vlogs. Tu arrives à parler comme ça devant une caméra ? Ça marche bien ? » Elle était réellement curieuse et intéressée de savoir ce qu’il était devenu. Elle espérait sincèrement que les choses s’étaient mieux passées pour lui que pour elle.

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MessageSujet: Re: Forgotten smiles [Misuzu] [Terminé]   Ven 22 Juin 2018 - 18:07


Si j’ai changé de veste ? J’allonge mes bras devant moi et analyse l’état du vêtement. Mis à part quelques éraflures dues à l’usure, il est vrai qu’elle s’est plutôt bien conservée, probablement parce que je ne l’ai pas non plus beaucoup portée après la fac. Après ce rapide examen je décide de répondre à sa question en lui tournant le dos où le flocage légèrement craquelé « Keimoo University » a su perdurer.

« Non. Toujours la même. »

Le mois d’avril annonce toujours de nombreux changements pour les étudiants, que ce soit pour leur classe ou leur club. J’ai toujours admiré ceux qui avaient la volonté de prendre des responsabilités durant leurs activités extra-scolaires, car c’est bien une décision que je n’aurais jamais prise.

Elle devait recevoir une réponse aujourd’hui pour le poste de manager, celui qu’elle convoitait depuis des mois, ce pourquoi elle s’entraînait dur à chaque fois qu’elle avait un instant de libre dans son emploi-du-temps. Elle était si stressée qu’elle ne m’avait pas envoyé de message de la journée, et pour respecter son intimité, je n’avais pas cherché à la contacter non plus.

Ce n’est qu’à 17h, le jour suivant, au moment où je comptais rentrer chez moi que j’ai reçu un message sur mon téléphone. Rendez-vous au local du club de baseball, disait-il.

Micchan avait été prise. Elle en sautait presque de joie et m’a remercié d’avoir toujours été là pour lancer et ramasser ses balles. Je lui ai adressé un sourire gêné, je ne m’attendais pas à recevoir des compliments pour le travail médiocre que j’avais fait, pour faire plaisir à une amie. Mais elle n’a pas voulu de mes protestations, elle avait même un cadeau pour moi : une veste du club réservée habituellement aux membres titulaires. Elle était un peu grande pour moi, mais elle a assurée avoir pris la taille la plus petite. Nous en avions ri « C’est parce que je n’ai pas la carrure. » lui ai-je dit. Et dans un élan d’enthousiasme mêlé à beaucoup de maladresse, je me suis approché d’elle pour la prendre dans mes bras comme le feraient des amis. Devant son absence de réaction, je me suis arrêté un moment, elle ne m’avait toujours pas repoussé. Nous sommes restés ainsi un moment avant que je ne me décide à resserrer l’étreinte et la sentir contre moi. Durant cet instant, le temps s’était arrêté.


« C’est une bonne chose, qu’elle était trop grande à l’époque. Elle me va parfaitement maintenant.»

Ai-je continué en lui prouvant qu’elle est à ma taille maintenant que j’ai pris entre cinq et six kilogrammes. Après avoir clôturé notre discussion sur la veste, j’ai rapidement enchaîné sur le changement dans son style de décoration, beaucoup plus sobre et impersonnel par rapport à la chambre de l’étudiante en art dont j’ai encore quelques souvenirs. Ca s’est fait tout seul, me répond-t-elle simplement. Je ne cherche pas à creuser plus longtemps le sujet, conscient que le ton qu’elle a employé sous-entendait qu’elle ne souhaitait pas vraiment développer cette facette de sa vie maintenant. Cela ne m’empêche toutefois pas de continuer avec autre chose, un sujet plutôt délicat qui s’appelle la vie sentimentale. Je la sens esquiver ma question avant de me la retourner.

« Et toi ? Toujours les mêmes préférences ? »

Je fais mine de réfléchir quelques dixièmes de seconde, mais ma réponse était déjà toute prête.

« Si tu parles de Rina Suzuki, je l’ai effectivement demandée en mariage sur Twitter, mais elle ne m’a toujours pas répondu. »

Mes pommettes remontent légèrement, faisant plisser mes yeux déjà bridés de nature, alors que je ris à ma propre blague. Dix ans plus tôt, lorsque nous écoutions de la musique ensemble, je lui disais – pour plaisanter – que je devais avoir un faible pour les batteuses, notamment Rina Suzuki du groupe Scandal.

« Par contre, devine qui j’ai rencontré l’autre soir. »

Compte tenu de la discussion que nous sommes en train d’avoir, je suppose qu’elle ne parle pas d’un de nos profs. Un sourire mélancolique se dessine sur mon visage. Avec lui non plus, je n’ai pas su préserver le lien qui nous unissait. Je ne peux retenir mon soupir. Je ne l’avais pas réalisé tout de suite, mais en quittant Keimoo, j’ai perdu beaucoup de choses qui m’étaient précieuses, des choses que je me suis efforcé de remplacer sans jamais totalement combler le vide.

« J’y crois pas, alors lui aussi est encore ici. »

Au final, j’ai l’impression d’être le seul à ne pas être resté. J’avais encore beaucoup d’autres questions à lui poser, mais nous ne pouvons pas rester éternellement dans son bureau alors nous nous redirigeons vers l’entrée du musée. Alors que nous arrivons au niveau du palier, je la vois s’arrêter devant moi, alors je fais de même. Sa voix est tremblante. « Mes parents » commence-t-elle douloureusement. Je n’ai pas besoin d’en entendre plus que je connais déjà l’issue de son récit. Je baisse les yeux, un instant. L’envie de l’éteindre et de la réconforter est vive, mais j’ai trop peur de n’apporter qu’une douleur supplémentaire en reprenant les habitudes que nous avions, les nuits où elle venait chercher un peu de chaleur humaine auprès de moi.

« Je vois. Je suis désolé. Mes sincères condoléances. »

Il y a des situations pour lesquelles je ne saurai jamais quoi dire. Hésitant, comme des années auparavant, je tente de rapprocher ma main de la sienne, mais alors que je frôlais mon objectif, elle s’est déjà reprise et fais volte-face pour descendre les escaliers jusqu’au rez-de-chaussée. Je la laisse prendre un peu d’avance, pour lui laisser l’opportunité de verser quelques larmes sans être vue. Ayant moi-même connu ses parents, je ne peux nier ressentir un pincement au cœur en repensant aux moments où j’avais égoïstement refusé leur proposition de séjourner chez eux, à Tokyo, car j’avais peur de l’attachement et de l’engagement.

Quand nous arrivons au niveau de l’accueil, elle a déjà repris son air sérieux et autoritaire. Toujours faire bonne figure devant les employés hein. C’est l’une des raisons qui fait que j’apprécie mon statut de freelancer. Exonéré du prix du ticket d’entrée, je n’ai désormais plus qu’à suivre la trentenaire jusqu’à la première exposition, une collection temporaire si on y croit les écriteaux. Alors que je déballe rapidement mon matériel pour commencer à travailler, je l’entends reprendre la discussion.

« Je travaille en tant que freelancer sur des missions de développement informatique. J’ai toujours été passionné par la réalité virtuelle, comme tu le sais. »

Je marque une pause, le temps de finir ma bataille contre les câbles dans ma sacoche. Une fois ma caméra en main, prête à l’emploi, je reprends.

« Et entre deux sessions de travail, je voyage. Comme le temps n’est plus vraiment un soucis, il n’y a que l’argent qui fait que je retourne travailler. Je suppose que c’est quelque chose qui te paraît complètement incompatible avec tes responsabilités, n’est-ce pas ? »

L'eau a coulé sous les ponts, me dit-elle plus ou moins en parlant de mon départ soudain. Seule Naoko et Satoshi étaient au courant, à l'époque, mais j'imagine bien que Naoko n'était pas du genre à parler de tout ça sans que l'on lui demande. Et Misuzu n'étais pas non plus du genre à poser des questions, surtout en vue des circonstances.

« Je...Je suis vraiment désolé d'être parti comme un voleur de Keimoo. Si tu veux, on peut en parler ce soir. Si tu es libre, bien sûr.»

Elle me demande alors si j’arrive à parler comme ça devant une caméra. Je laisse échapper un rire amusé.

« Non, je ne me filme pas moi-même. Je fais des vidéos à la première personne. Après oui, je parle, mais parfois ce n’est pas possible alors je fais les commentaires en post-prod, quand je monte la vidéo. C’est probablement ce que je vais faire aujourd’hui d’ailleurs. »

J’approche ma caméra d’une vitrine et tente de trouver le meilleur angle de la collection de couteaux. Je relève ensuite la tête en sa direction, l’air rieur afin d’essayer d’alléger le poids qui semble encore peser sur les épaules de Misuzu depuis la parenthèse sur ses parents.

« Allez-y, Watanabe-san, expliquez-moi cette exposition. »

Il faudra que je pense à lui offrir quelque chose pour cette visite guidée gratuite.



 

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MessageSujet: Re: Forgotten smiles [Misuzu] [Terminé]   Sam 23 Juin 2018 - 3:08

C’était toujours la même veste. Cette veste qu’elle lui avait offert dix ans auparavant. Bien sûr. Quelle étrange hasard, tout de même, qu'il la porte précisément ce jour là. Elle aurait dû la reconnaître. Après tout, il n’y avait pas tellement d’autres vestes comme celle là, mais ça faisait longtemps et elle n’était pas sûre. C’était le jour où elle lui avait offert cette veste qu’il avait aussi fait le premier pas vers elle. Il lui expliqua qu’elle était maintenant à la bonne taille, et elle lui sourit en haussant légèrement les épaules. Au moins, il s’était un peu remplumé. Quant à elle, elle s’était étiolée, mais bon. C’était comme ça. Elle eut un petit rire à la mention du nom de Rina Suzuki. La batteuse devait être mariée depuis le temps, mais Misuzu ne souleva pas cette éventualité, ayant bien compris qu’il ne s’agissait que d’une blague. Il devina immédiatement qui elle avait revu, et une expression mélancolique s’afficha sur son visage. Les deux garçons avaient été proches, autant qu’elle s’en souvienne.

Néanmoins, elle se sentit obligée de le détromper. « Il s’était engagé dans les FDJ, je ne sais pas si tu te souviens. Il est revenu il y a trois ou quatre ans de ça. » Elle fit une pause. « Un peu moins de quatre ans, en fait. C’est Nao-chan qui lui a demandé de revenir, plus ou moins sur mes conseils, mais… Disons que je n’ai pas eu une attitude très correcte avec lui jusqu’à il y a quelques jours. » Hisaka étant sûrement l’une des personnes qui l’avaient le mieux connues, elle pouvait penser sans se tromper qu’il saurait de quoi elle parlait. Déjà, à l’époque, elle avait tendance à éviter les gens lors que la situation devenait trop complexe pour elle. Il lui présenta ses condoléances pour ses parents, et elle les accepta d’un hochement de tête, se détournant pour qu’il ne remarque pas ses yeux pleins de larmes. Elle eut un instant envie de prendre sa main, mais ne le fit pas.

La bibliothèque, à la fin du printemps, dix ans auparavant. Les deux étudiants étaient assis côte à côte, chacun plongé dans son travail, tous deux silencieux. Hisaka écrivait, mais Misuzu, elle, avait posé son stylo sur la feuille sans tracer aucun caractère. Elle repensait au moment où il l’avait enlacée. Au début, ça avait été bizarre, mais elle n’avait rien dit. Ensuite, quand il l’avait serrée un peu plus fort, c’était devenu agréable. Presque comme si elle avait eu besoin de ça. Elle retira la pointe de son stylo de sa feuille, pour en tapoter le bout sur la table plusieurs fois en relisant encore et toujours la même phrase. Elle avait glissé un œil sur le côté. Ça serait bizarre qu’elle lui demande de la prendre à nouveau dans ses bras, non ? Peut être que ça avait seulement été dans la pulsion de l’instant. Néanmoins, en jetant un regard du côté du jeune homme, elle avait vu sa main traînant, vide, sur la table. Il tapotait le bois du bout des doigts en travaillant, comme pour se concentrer. Son profil était calme, un peu triste mais avec un genre de sérénité qui lui avait semblé familière et enviable. Lâchant son stylo, elle avait posé l’une de ses mains sur ses genoux, son nez pointant vers le bas pour ne pas avoir à croiser son regard. L’autre main, elle, était allée se poser sur celle d’Hisaka, sans qu’elle ne dise rien pour se justifier. Elle ne savait pas quoi dire, de toute façon. Peut être n’y avait-il tout simplement rien à dire. Elle avait rougi, mais gardé le silence.

Elle écouta avec attention les explications d’Hisaka sur son parcours, en hochant la tête alors qu’ils zigzaguaient entre les vitrines et qu’elle donnait quelques courtes explications sur les différents objets. Il avait l’air de faire quelque chose qui lui plaisait, en tout cas pour quoi il s’était préparé à l’université. Et puis, faire des blogs de voyage, c’était particulièrement sympa comme job à côté. Lorsqu’il l’interrogea sur ses responsabilités, elle eut un soupir envieux. Bien sûr, elle aurait aimé voyager, voir du pays. Mais il ne se trompait pas. « Eh bien… Le musée, c’est comme ma maison. Je ne compte pas le laisser partir à vaut l’eau. Mais vu qu’on manque de personnel, il me prend énormément de temps, c’est vrai. » Elle précisait ne pas lui en vouloir et il s’excusa, lui proposant de se voir le soir. Elle secoua légèrement la tête. « Tu n’as pas à t’excuser. Je sais que nos au revoirs n’ont pas forcément été des plus… chaleureux. » C’était le cas de le dire, la nuit suivant ce moment là ayant été non seulement particulièrement douloureuse, mais aussi l’une des plus glaciales depuis des années. Elle soupira, mais sourit. « Je serais ravie de mettre les choses, disons, au clair. Et d’en entendre plus sur tes voyages. » Il expliqua ne pas se filmer lui-même. Le contraire aurait étonné la jeune femme.

Même si c’était clair qu’il avait évolué, elle le voyait mal avec un selfie stick ou un trépied se mettre en scène. Ça ne lui ressemblait pas, du moins pas lorsqu’elle l’avait connu. Aussi, elle hocha la tête quand il donna quelques précisions techniques sur ses vidéos. Etonnamment, ce type de vidéos lui disait quelque chose. Lorsqu’elle avait l’un de ses rares moments de libre, elle regardait des vidéos de voyage, pour pallier au fait qu’elle ne pouvait pas en faire sans doute, et un vloggeur en particulier revenait souvent. Il était assez populaire. Elle l’interrogerait plus tard. Elle eut un sourire lorsqu’il installa sa caméra et lui demanda des explications sur l’exposition, qu’elle lui donna bien volontiers d’une voix calme.

Environ deux heures plus tard, ils avaient fini la majeure partie de la visite, et Misuzu commençait à avoir soif. Elle pencha légèrement la tête sur le côté, avant de questionner Hisaka d’une voix douce. « Je peux t’offrir quelque chose à boire ? » En ce début d’été, la climatisation fonctionnait en pointillés, mais cela suffisait à assécher la gorge. Elle le ramena au point de départ, et ils repassèrent derrière le comptoir, où Nanae semblait s’ennuyer ferme. Ils remontèrent jusqu’à son bureau et elle leur versa à chacun un verre d’eau fraîche. « Tu avais une idée de là où tu voulais aller ce soir ? » demanda-t-elle en lui désignant un des fauteuils devant le bureau, tandis qu’elle prenait place dans l’autre, le pivotant pour être face à lui. Elle but une gorgée d’eau, puis une deuxième. « Dis moi… Toi qui t’y connais en vlogs de voyage, tout ça, je regarde parfois des vidéos… Enfin, quand j’ai le temps. Le nom de Paprik@, ça te dit quelque chose ? J’aime bien ses vidéos, et il semble que vous ayez un peu le même format. » Maintenant qu’elle y pensait, elle essayait de se remémorer la voix des vidéos. Elle était assez similaire à celle d’Hisaka. « Oh, euh… Est-ce que ce serait toi, par hasard ? » Etonnant qu’elle n’y ai pas pensé plus tôt. Peut être avait elle occulté certains souvenirs ou n’avait-elle tout simplement pas fait attention.
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MessageSujet: Re: Forgotten smiles [Misuzu] [Terminé]   Sam 23 Juin 2018 - 22:37

J’aurais voulu parler plus longtemps de Satoshi avec elle, notamment de ce qu’il faisait maintenant qu’il avait quitté les FDJ, de la raison pour laquelle Naoko lui a demandé de revenir, mais elle a spontanément changé de sujet pour m’annoncer le décès de ses parents. Ainsi, je ne me voyais pas revenir en arrière dans la conversation, mais je me suis promis d’essayer d’en savoir plus une fois que nous serons sur un terrain plus neutre.

Une fois au rez-de-chaussée, je peux enfin commencer mon travail sous le regard curieux de Misuzu, dans un premier temps. Elle me pose plusieurs questions sur mon métier, évoquant notamment le fait que je sois parti sans laisser d’adresse. Huit ans plus tôt, je pensais en effet qu’elle ne voulait plus rien savoir de moi après ce qu’il s’est passé entre nous. Et lorsque les regrets et la culpabilité m’ont rattrapé, disons qu’il était déjà trop tard pour reprendre le contact. On ne change pas le passé, mais peut-être que la vie nous donne aujourd’hui une seconde chance. C’est pour cette raison que je décide de l’inviter, dès que nous aurons terminé la visite, invitation qu’elle finit par accepter, non sans un soupir. Remettre les choses au clair, c’est exactement ce dont nous avons besoin.

(…)

La visite dura environ deux heures, de quoi faire plusieurs épisodes s’il n’y a pas trop de choses à couper au montage. Il nous reste théoriquement encore quelques salles à visiter, mais je pense avoir largement assez de contenu pour rentabiliser mon voyage ici. Alors que je passe quelques tenues de Samouraï en revue à l’aide de ma caméra, j’entends Misuzu reprendre la parole avec douceur, pour me proposer à boire cette fois-ci.

Il était déjà tard, mais je devais encore continuer de travailler sur ce projet de programmation. C’est quelque chose que je pourrai mettre dans mon portefolio quand je serai diplômé me disaient les enseignants. Le dos courbé, les yeux ternes, mes doigts tapaient mécaniquement sur les touches de mon clavier. J’étais à deux doigts de m’effondrer de fatigue lorsque la porte s’est ouverte. Une silhouette familière s’immiscait dans la pièce. Elle déposa un plateau repas garni sur ma table ainsi qu’une boisson. « Tu devrais te reposer un peu. » m’a-t-elle soufflé en s’asseyant à mes côtés. J’ai hoché la tête, sans décrocher de mon travail. Il faut au moins que je finisse l’initialisation pour ce soir, m’étais-je dit en attrapant un onigiri pour l’amener à la bouche de la jeune femme, l’invitant à commencer sans moi. J’étais chez elle, après tout.

Je me suis laissé tomber en arrière quelques minutes tard, ayant enfin terminé la partie que je voulais boucler pour la soirée. J’ai souri à la personne restée pour me soutenir avant de lui tendre ma main pour qu’elle l’attrape et m’aide à me redresser, ce qu’elle fit. Nous avions alors commencé à manger ensemble, discuter. Avant que je ne m’en rende compte, nous nous étions beaucoup rapprochés, devenant de plus en plus proches. C’est comme si nous dépassions nos limites jour après jour, depuis le moment où je l’avais timidement étreint dans le local du club de baseball. Puis vint le moment où ma main se posa sur la sienne, à la base pour attraper le dernier onigiri. C’est quelque chose qui nous est déjà arrivé étant donné que nous partageons souvent nos déjeuners à l’université, mais cette fois, les choses furent différentes. Personne ne retira sa main. Personne n’a bougé jusqu’à ce que nos regards se croisent. A partir de là, ma main est remontée lentement le long de son bras jusqu’à épouser parfaitement sa mâchoire. Nous étions déjà si proches, alors pourquoi ne pas l’être un peu plus. J’ai senti sa respiration s’accélérer quand j’ai rapproché mon visage, ses muscles se tendre quand ma main libre s’est posée sur sa hanche, sa chaleur exploser lorsque nos lèvres se sont jointes.


« Ah, volontiers, je commence à avoir la gorge sèche. »

Ses talons claquent sur le sol alors qu’elle fait demi-tour. Je prends quelques secondes pour contempler sa silhouette s’éloigner de moi, puis me décide à éteindre la caméra et la rejoindre d’un pas assuré. Nous finissons par repasser par l’accueil où je re(salue) l’employée au comptoir qui ne semble pas avoir eu l’occasion d’accueillir beaucoup de monde depuis mon arrivée, puis nous remontons dans son bureau où je reprends le même fauteuil que tout à l’heure, alors que Misuzu me sert à boire. Je la remercie et porte aussitôt le verre à mes lèvres. Un soupir de satisfaction suit ma réhydratation. Pendant ce temps, je l’écoute me poser des questions, sur ce que j’aimerais faire pour ce soir d’une part, mais aussi sur les vlogs. Je manque de recracher mon eau lorsqu’elle me dit apprécier les blogs de Paprik@ … avant de se rendre compte qu’il s’agit de moi. Je ris, amusé.

« Je me suis toujours promis de ne pas faire de rencontre avec mes abonnés. On dirait bien que j’ai échoué. »

Je croise mes jambes et reprends une gorgée d’eau, marquant une courte pause pour la laisser réagir. Les 5 millions d’abonnés et plus encore sur ma chaîne actuellement, c’est arrivé si vite que ça me dépasse complètement. Aussi, je préfère largement vivre dans l’anonymat, loin du harcèlement moral dont d’autres vidéastes sont victimes.

« Quand même, je suis surpris que tu n’aies pas reconnu Tsuki en laisse sur les marchés de Taïwan. Enfin, c’est vrai qu’il a un peu vieilli… »

Mon index glisse sur l’écran tactile de mon téléphone jusqu’à ce que je retrouve la photo de mon chat, âgé de 11 ans désormais. Il n’est pas du voyage cette fois-ci, mais je suis sûr qu’il aurait apprécié pouvoir retourner se prélasser au soleil devant le manoir. Quand j’arrive enfin à mettre la main sur un cliché, je tourne l’écran vers elle pour lui montrer la photo de l’animal. Après l’avoir laissée prendre connaissance de l’image, je reprends mon smartphone vers moi et le glisse dans la poche. Concernant sa deuxième question…

« Mh. Pour tout ce que tu as fait aujourd’hui…Laisse-moi t’offrir un yakiimo, deal ? Kawamoto-san est toujours près de l’académie ? »

Lui dis-je en lui adressant un clin d’œil. Référence à notre première rencontre, et à presque toutes celles qui ont suivi. Il y a huit ans maintenant que je n’ai plus mis les pieds dans le petit restaurant chaleureux de Kawamoto-san, je me demande ce qu’il est devenu, s’il se souvient de moi. J’avais si peur de l’inconnu, à l’époque. Maintenant, c’est quelque chose qui fait partie de ma vie.

« Sinon après, je ne sais pas trop, je ne connais plus très bien la ville. Tu m’emmènerais dans un endroit insolite ? Un bar ou un resto comme on en voit nulle part ailleurs ? »



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MessageSujet: Re: Forgotten smiles [Misuzu] [Terminé]   Lun 25 Juin 2018 - 12:32

Les deux trentenaires prirent chacun place dans un fauteuil après que Misuzu ait servi deux verres d’eau. Il ne lui tardait pas spécialement la saison des pluies, mais la chaleur ambiante, même avec la climatisation, donnait très soif très rapidement. Manifestement, Hisaka était bien Paprik@ puisqu’il eut un rire amusé, avant de préciser qu’il ne faisait normalement pas de rencontres avec ses abonnés. Misuzu plissa les yeux en souriant et haussa les épaules. « Je ne te demanderai pas d’autographe, rassure-toi. » Quand même, cinq millions d’abonnés ce n’était pas rien. Elle comprenait qu’Hisaka cherche à garder son identité un secret. Elle aurait fait la même chose. Et puis, dans son souvenir il n’était pas particulièrement à l’aise avec les gens et, même si ça semblait s’être amélioré, elle doutait que la tendance se soit complètement inversée. Il exprima sa surprise qu’elle n’ait pas reconnu son chat. Lorsqu’il lui montra la photo, elle réfléchit un instant. Bien sûr, elle avait déjà croisé le chat aux marques noires si particulières ornant sa tête, mais elle ne l’avait pas reconnu. « Comme je suis assez occupée, je ne suis pas tellement tes voyages, alors c’est possible que j’aie raté la photo. » Elle sourit rapidement, puis il lui proposa d’aller manger des Yakiimo chez Kawamoto-san avant de lui proposer de lui montrer un endroit insolite. Pendant longtemps, ça avait été leur rituel, mais le visage de Misuzu s’assombrit un peu. « Oh, Kawamoto-san… Il est mort. Ça va faire deux ou trois ans. » Elle fit une pause, et eut un sourire triste. « J’ai été à ses funérailles, et j’ai rencontré sa petite fille. Elle doit avoir environ notre âge. Elle est charmante. » Elle allongea le bras et tapota l’épaule d’Hisaka, « Tu dois penser que tout le monde est mort, » dit-elle, avant d’ajouter « enfin, moi je suis toujours là, et d’autres des gens de l’époque aussi, » avec un sourire un peu mélancolique. Dire que ses années d’université ne lui manquaient pas auraient été un mensonge.

Ils revenaient de chez Kawamoto-san et montèrent l’escalier jusqu’à la chambre de Misuzu en silence. Techniquement, elle n’était pas censée recevoir des gens sans en informer le concierge, et encore moins les faire entrer à près de dix heures du soir. Elle ouvrit la porte et ils entrèrent en silence, se frôlant lorsqu’Hisaka passait devant elle pour s’avancer un peu plus loin dans l’appartement. Ils n’avaient pas reparlé de ce qui s’était passé, mais la jeune femme n’arrivait pas à se sortir ce soir là de la tête. Elle referma la porte. Maintenant, rien n’allait plus être comme avant. Ils avaient sauté un pas. Elle n’était pas sûre de comment se comporter, et réagissait beaucoup trop à chaque frôlement et contact. Elle l’avait donc invité chez elle, sous le prétexte de travailler, pour mettre les choses au clair. Ils s’installèrent donc comme ils le faisaient à chaque fois, mais cette fois-ci elle se mis face à lui, légèrement en diagonale. Pendant un moment, ils travaillèrent sans rien dire, mais la gêne, et peut-être la tension, étaient palpables. Elle prit son courage à deux mains. « Hisa-kun… » Commença-t-elle. Il releva la tête et leurs regards se croisèrent. Sans vraiment y réfléchir, elle posa ses mains sur le kotatsu et se pencha au dessus, venant poser ses lèvres sur celles du jeune homme, avant de réaliser ce qu’elle était en train de faire et de se reculer, pour venir s’asseoir à nouveau. Son visage était brûlant et elle regarda vers le bas pendant un moment, avant de se lever. « Je vais faire du thé. »

Toute seule dans la cuisine elle s’était confrontée mentalement. Qu’est-ce qu’elle était en train de faire ? Finalement, elle avait décidé de lui parler. Mais ce n’était pas si facile. La dernière fois, il n’y avait pas eu de mots, enfin pas vraiment. Ils étaient restés l’un contre l’autre sans rien dire pendant un long moment, et Misuzu avait fini par s’endormir. Lorsqu’elle s’était réveillée, Hisaka était toujours là, mais ni l’un ni l’autre n’avait fait de remarque sur ce qui s’était passé. Elle retourna dans la pièce où Hisaka était, posa sa tasse sur la table basse, et s’agenouilla à côté de lui. Elle prit une inspiration pour dire quelque chose, mais rien ne vint. Alors elle posa sa main sur la joue du jeune homme, et ils s’embrassèrent de nouveau. Elle l’enlaça, se rapprochant de lui. Après ça, c’était assez flou. Leurs vêtements avaient un à un fini au sol, leurs mains avaient timidement exploré le corps de l’autre, et Misuzu se souvenait surtout d’avoir caché son visage dans ses mains plusieurs fois pour ne pas qu’il remarque à quelle point elle rougissait. Ce n’était pas la première fois qu’elle était dans ce genre de situation, mais c’était un peu différent. Quelque part, le fait qu’il n’ait pas d’expérience et elle très peu avait transformé l’expérience toute entière en un tâtonnement doux et timide. Après, elle s’était recroquevillée contre lui et il lui avait caressé les cheveux pendant ce qui avait semblé une éternité, jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Elle avait des questions, mais ce n’était pas le bon moment pour les poser, et elle s’était laissée tomber dans le sommeil.


Elle secoua la tête pour chasser les souvenirs intempestifs qui envahissaient son esprit, et tenta de trouver parmi les endroits qu’elle connaissait un qui corresponde à ce qu’il disait. Après un instant de réflexion, elle pensa avoir quelque chose. « Ah, il y a un bar Russe. Je n’y suis jamais allée mais on m’a dit que c’était très bien. Ils ont des imports de Russie, des plats de là bas et ce genre de choses. On pourrait tenter ça ? » Elle lui sourit. Ça serait l’occasion de se raconter ce qu’il était arrivé dans leurs vies depuis qu’ils s’étaient séparés. Bon, Misuzu n’avait pas tant de choses à raconter, mais il ferait la majorité de la conversation. Après tout, il avait voyagé, ce genre de choses. Ce n’était pas rien. « Par contre, je ne finis pas avant vingt heures. Je peux t’envoyer l’adresse et qu’on se retrouve là bas autour de vingt heures trente, vingt et une heure ? » Ça lui paraissait raisonnable. Elle ne commençait pas trop tôt le lendemain matin. « Il va me falloir ton numéro, par contre. » Dit-elle avec un sourire. C’était étrange, mais en même temps ça lui faisait plaisir de renouer avec quelqu’un comme lui, qui avait malgré tout eu une place importante dans sa vie.  
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MessageSujet: Re: Forgotten smiles [Misuzu] [Terminé]   Lun 25 Juin 2018 - 22:21

En voulant détendre l’atmosphère et lui proposer de retourner dans ce petit restaurant qu’elle aimait tellement quand nous étions étudiants, j’ai malencontreusement fait l’exact contraire de ce que j’avais prévu. Ma mine enjouée se décompose à l’entente de la nouvelle. Kawamoto-san est mort. Je baisse les yeux un moment, pour entamer le deuil d’un homme qui aura emporté notre secret dans sa tombe. Bien sûr, le gérant de l’enseigne était déjà âgé lorsque nous lui rendions visite, dix ans plus tôt. Bien sûr, nous avons tous les deux été témoins de ses plaintes amusées sur la vieillesse. Bien sûr…que j’aurais dû m’en douter. Encore bouleversé par l’annonce, j’écoute Misuzu me conter les funérailles avec douceur avant de tapoter mon épaule. Je renifle brusquement pour repousser les picotements nasaux, je m’interdis de cligner pour assécher mes yeux et les empêcher de s’embuer. « Tu dois penser que tout le monde est mort. Enfin, moi je suis toujours là… » Je hoche la tête avant de détourner le regard et souffler pour reprendre mes esprits. Les sourcils froncés, je relève le visage et croise mon reflet dans une vitre, un court instant. Perdre des gens qui ont contribué à forger de précieux souvenirs, c’est aussi ça, être un adulte.

Je nous revois encore déguster nos yakiimo sur le chemin du retour à la fin de l’été 2019, lorsque le soleil commençait à se coucher, profitant d’une faible fréquentation du campus pour être un peu plus proche l’un de l’autre. Main dans la main, nous marchions lentement dans la cour, à l’abri des regards. Nous nous sommes arrêtés un moment, pour contempler le ciel azur devenir rougeâtre. Du coin de l’œil, je la vis terminer sa friandise et s’essuyer la bouche. Je m’étais alors penché vers elle et l’avais discrètement embrassée avant de lâcher un « On va réviser ? » très naturel et sérieux.

Elle avait alors rougi furieusement, mais n’avait pas protesté. Nos pas sont devenus soudainement plus pressants, mais la route ainsi que les escaliers menants à la résidence universitaires me paraissaient toujours trop loin. La porte s’était refermée aussitôt qu’elle s’était ouverte. J’étouffais un grognement alors que je sentais ses bras s’enrouler autour de mon cou. Et un événement en entraînant un autre, nous avons fini sur le kotatsu. Pour la première fois, nous avions été trop impatients pour nous traîner jusqu’à un endroit plus confortable.

Les gestes étaient devenus moins hésitants, les mains plus baladeuses et les esprits plus curieux. Les doigts entrelacés, j’avais quitté temporairement ses lèvres pour descendre plus bas, toujours plus bas, laissant des traînées brûlantes sur mon passage. Le souffle de ma partenaire s’était accéléré, sa cuisse gauche légèrement relevée. Je l’ai bien sentie se crisper au fur et à mesure que je m’abaissais, mais pour rien au monde je n’aurais rebroussé chemin. Mon cœur s’emballa lorsqu’elle me caressa doucement le haut de la tête, ce que je pris comme un signal. Un cri spontané s’échappa alors d’entre ses lèvres.


« Ah. »

Un frisson me parcourt l’échine, me tirant de ma torpeur. Misuzu avait repris la parole pour répondre à ma question, mais je ne m’attendais pas à ce qu’elle interfère avec mes…souvenirs. J’attends qu’elle finisse de parler avant de me racler bruyamment la gorge. Heureusement qu’avec le temps, j’ai un peu plus appris à maîtriser mes émotions. Un bar Russe hein. Ma foi, pourquoi pas, c’est bien quelque chose d’insolite au Japon, ça fera sans doute fureur auprès de mes abonnés.

« Je n’ai pas encore eu l’occasion de voyager en Russie, ni d’en goûter les spécialités. »

Je marque une pause, hésitant à continuer ma phrase. Malgré ma prise de confiance apparente, il y a des choses qui ne semblent pas changer. Je soupire et replace une mèche de cheveux derrière mon oreille.

« Donc, ça me ferait plaisir d’y aller avec toi. »

Un petit sourire se dessine sur mon visage alors que je relève les yeux vers ceux de la jeune femme. Je finis par ajouter un petit commentaire taquin, pour ne pas qu’elle se sente gênée par ma remarque.

« Et puis ça te fera du bien de manger un peu lourd. Le boulot, ça a l’air de te ronger. »

Au sens propre comme au sens figuré en vue de sa silhouette qui s’est assez clairement rabotée par rapport à la Misuzu que j’ai connue dix ans plus tôt. Où est donc passée la Misuzu qui m’enfonçait presque de la nourriture en bouche entre deux sessions d’entraînement de baseball ? Balayant mes pensées, je l’écoute me dire qu’elle a encore du travail avant notre sortie, et qu’elle ne sortira pas du musée avant vingt heures. Je hoche la tête, c’est bien ce que je disais. Enfin, au moins ça me laisse le temps d’aller me changer. Je m’apprête à lui répondre, mais elle m’interrompt pour me demander mon numéro.

« Watanabe-san, je vous trouve bien entreprenante. »

Dis-je en riant avant de composer mes coordonnées sur mon téléphone pour lui montrer et lui permettre de les prendre en note. Ceci fait, nous nous envoyons chacun un message afin d’être sûrs de nous retrouver en début de soirée. Je range alors mon téléphone dans la poche de mon pantalon, puis attrape le verre qu’elle m’a servi tantôt pour le vider, cul-sec. Je m’étire longuement dans le fauteuil alors que je l’observe d’un œil reprendre place derrière son bureau où de la paperasse semble l’attendre. Il est temps pour moi d’y aller. Je me redresse et lui fais un bref signe de main.

« A tout à l’heure. »

Je tire la porte vers moi et m’engouffre dans l’ouverture. Son profil disparaît lentement au fur et à mesure que le passage se referme derrière moi. Une fois hors de son champ de vision, je laisse échapper un long soupir avant de laisser mon corps retomber mollement contre le mur. Qui aurait cru que je ferais une telle rencontre dès le lendemain de mon arrivée à Keimoo ? Je secoue la tête pour me libérer des songes intempestifs et me reprends. Allez, il faut que je sorte. Je descends quatre à quatre les marches de l’escalier et repasse par l’accueil où l’hôtesse ne semble pas plus active qu’il y a trente minutes. Je la salue brièvement et quitte le musée. Il me tarde déjà d’être ce soir.





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