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 Quand tu ne sais plus où tu vas, regarde d'où tu viens [Misuzu]

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Naoko Tanaka
▼ Université - 3ème année - Vice Présidente Cuisine
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Genre : Féminin Scorpion Buffle Age : 20
Adresse : 15 Rue du Tatami, Quartier Hebi
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MessageSujet: Quand tu ne sais plus où tu vas, regarde d'où tu viens [Misuzu]   Dim 17 Juin 2018 - 23:18



Can you remember when we were still young ?
We were free, innocent and full of dreams...


Clés, écharpe, lumières. Aquarium, électricité, alarme. Après avoir vérifié que tout était en ordre, le tintement de la cloche de la porte d’entrée du café retenti une dernière fois, avant la prochaine le lendemain matin. Faire la fermeture était quelque chose de reposant. C’était comme pouvoir cocher la case d’une tâche effectuée sur la liste des choses à faire de la journée. La satisfaction d’un travail accompli se dessinait sur les traits juvéniles de la japonaise qui s’apprêtait à rentrer chez elle, fourrant une main au fond de sa poche tandis qu’elle tenait un petit sac en plastique de l’autre.

Les journées s’étaient rafraichi, depuis l’arrivée de l’automne, mais le temps restait agréable. De toute façon, Naoko n’avait jamais vraiment aimé la chaleur, et ça n’avait pas changé. Contemplant le feuillage des arbres commençant à changer de couleur, la jeune fille se mis à chantonner. La soirée était paisible.
Depuis que les comptes avaient été réglés avec le clan, il était enfin à nouveau possible de se promener dans les rues sans craindre pour sa vie. Bien que le climat d’insécurité était toujours présent partout dans la ville, le quartier était devenu bien plus calme depuis les arrangements. Cela n’empêchait pas Naoko d’être prudente, et d’éviter de trainer dehors lorsque la nuit tombait, cependant.
Après une dizaine de minute de marche tranquille, elle atteint son appartement. Elle avait choisi volontairement l’emplacement du café ni trop près, ni trop loin de son domicile. La praticité pour s’y rendre, allié à la tranquillité lorsqu’elle rentrait chez elle pour décompresser était un équilibre qui lui convenait parfaitement.

Elle ne retira pas son manteau, ni même ses chaussures, étant juste de passage pour récupérer un présent et s’assurer que son chien, Mako, un jeune shiba inu, n’avait pas retourné tout l’appartement. Cela lui faisait de la peine de le laisser à l’appartement durant la journée, et elle comptait bien l’emmener au café lorsqu’il serait un peu plus vieux, et un peu mieux dressé. La dernière chose qu’elle souhaitait était de stresser son compagnon, en plus de risquer un accident stupide avec les clients.
L’accrochant à sa laisse, elle reparti presque aussi vite qu’elle était arrivée, et se dirigea en direction de chez sa cousine. Prenant en compte l’heure, elle vérifia sa montre une dernière fois avant de sonner.

Saluant Misuzu, elle ne pu pas vraiment cacher son cadeau de crémaillère, puisqu’il s’agissait d’une grosse plante qu’elle tenait sous le bras.

« C’est un chlorophytum » fit-elle en lui tendant le pot. « Je sais que tu as peu de temps pour t’en occuper, alors j’ai choisi une espèce qui demande peu d’entretien. »

Elle ôta ses chaussures tout en calmant Mako qui semblait particulièrement excité de voir un autre humain.

« Tu ne dois l’arroser que quand la terre est sèche, et il ne faut juste pas la mettre en plein soleil. A part ça, c’est une plante réputée increvable. »

Elle lui sourit légèrement. Depuis qu’elle s’était installée dans son appartement à Hiryuu, Naoko s’était découvert un intérêt particulier pour les plantes. Pas particulièrement en botanique, mais plutôt que la sensation d’être entourée de végétaux rendait son chez soi plus agréable. Ainsi, elle avait fini par en accumuler une certaine quantité, et les connaissances pour s’en occuper qui allait avec.
Détachant Mako qui parti à toute berzingue faire la connaissance de ce nouveau lieu, elle se débarrassa de son manteau et releva le bras pour indiquer à sa cousine la présence du sac plastique.

« J’ai aussi apporté le dessert. »

Suivant Misuzu dans la pièce principale ou le canidé était déjà en train de se rouler sur le sol, elle déposa le sac dans le réfrigirateur et contempla l’espace. La pièce était agencée dans un style traditionnel, et il n’y avait que le strict minimum. La première pensée qui lui vint était que c’était bien vide.
Mais après tout, c’était normal pour quelqu’un qui venait d’emménager.

« Tu me fais visiter le reste ? »

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Misuzu Watanabe
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MessageSujet: Re: Quand tu ne sais plus où tu vas, regarde d'où tu viens [Misuzu]   Lun 18 Juin 2018 - 2:17


Les jours de congés étaient rares pour Misuzu Watanabe. Il y avait tellement à faire au musée que même le lundi, jour de fermeture, elle finissait toujours par passer la journée entière là bas à régler tel ou tel problème, aider au ménage, vérifier l’état des œuvres et des éclairages. Et même lorsqu’il n’y avait pas ça, il y avait toujours des déjeuners, des briefings, des réunions pour ne pas perdre les subventions, pour trouver des investisseurs, des artisans qui accepteraient de confier leurs œuvres, etc. Autant dire que la jeune femme était constamment surbookée.

Mais, lorsqu’elle avait un jour de congé ou au moins quelques heures de libre, elle les passait en général avec sa cousine, Naoko. Elle venait juste d’emménager dans un nouvel appartement, plus proche de son travail et de chez sa cousine, mais elle y passait le moins de temps possible. L’endroit était pourtant très beau, mais lui donnait désespérément le cafard tant il était vite et impersonnel.

Ce jour là, alors qu’elle avait passé une journée chargée, elle réussit néanmoins, comme prévu, à se libérer en milieu d’après midi. Elle alla ainsi faire de vraies courses de nourriture, une chose qu’elle n’avait pas fait depuis longtemps. À une époque, elle adorait manger. Peut être adorait-elle toujours ça d’ailleurs, elle n’aurait sû dire. Elle ne prenait pas le temps de cuisiner ou de manger des choses bonnes. Néanmoins, après un mois passé avec Naoko à déguster ses créations, elle aurait eu du mal à se laisser retomber dans l’enfer des cup noodles.  

Ainsi, elle rentra chez elle tranquillement, les bras chargés de courses, remplit le frigo et une partie des placards encore vides puisqu’elle avait emménagé depuis à peine plus d’une semaine. Certes, on aurait pu penser, avec l’absence de cartons, qu’elle s’était déjà bien installé. Mais elle n’était arrivée qu’avec un seul carton contenant quelques assiettes, bols et poêles. Elle avait acheté un rice cooker, et un kotatsu, ramené un futon de la maison de ses parents à Tokyo ainsi que quelques souvenirs, et pour l’instant c’était tout ce qui meublait l’appartement, ça et deux-trois lampes ainsi qu’une télé. Elle n’avait même pas encore mis de vrai lit dans la chambre et se contentait de dormir sur un futon dans la pièce principale qui servait à la fois de pièce traditionnelle, de salon, de cuisine et de salle à manger. Au moins, c’était tout en un. Une fois les courses rangées, Misuzu mis du riz à cuire, puis elle resta allongée sur la partie tatami de l’appartement pendant presque une heure, et s’endormit même à un moment.

Entre six heures et six heures et demie, la sonnette de la porte d’entrée se fit entendre. La trentenaire se leva presque d’un bon et se hâta d’aller ouvrir. Le visage juvénile et familier de sa cousine lui faisait face. Elle sourit, chose assez rare pour être remarquée, et baissa les yeux vers Mako qu’elle caressa un instant avant de reporter son attention sur l’humaine qui l’accompagnait et qui tenait sous son bras une grosse plante verte. Misuzu leva un sourcil dubitatif, mais lorsque Naoko lui tendit la plante, elle l’accepta avec un nouveau petit sourire et un hochement de tête. « Merci. » Elle détailla un peu plus la plante. Elle était jolie, et puis l’appartement avait besoin d’être un peu plus habité. Elle hocha de nouveau la tête quand Naoko précisa que la plante était increvable. « Tant mieux, je n’ai pas vraiment la main verte. » Elle s’ôta du passage pour laisser sa cousine rentrer, et alla déposer la plante près des fenêtres coulissantes. Elle lui trouverait un emplacement définitif plus tard, pas trop au soleil. « Mets ton manteau n’importe où, » dit-elle doucement, avant de jeter un œil au sac plastique que lui tendait la jeune femme. Naoko était globalement la raison principale qui faisait qu’elle s’alimentait à peu près normalement jusqu’alors. « Ah, il ne fallait pas t’embêter… Mais je ne peux pas refuser tes créations, c’est toujours délicieux. »

Le shiba se roulait sur le sol et Misuzu remercia le ciel qu’il ait décidé de le faire sur le parquet et non pas les fragiles tatamis. Ça ne l’aurait pas mis en colère, elle adorait le chiot, mais elle préférait néanmoins ne pas avoir à changer les tatamis tout de suite. Naoko mis son sac dans le réfrigérateur, et Misuzu se sentit obligée de préciser « J’ai fait des courses, donc on aura de quoi manger, » avant d’émettre un genre de petit rire assez discret et qui aurait pu passer pour faux, mais était sincère. Lorsque sa cousine lui demanda si elle lui ferait visiter le reste, Misuzu obtempéra. Elle pris donc les devants, et tendit rapidement à Naoko une paire de pantoufles histoire qu’elle n’ait pas à marcher pieds nus. Elle ouvrit une porte sur la droite, il s’agissait de la salle de bains qui avait une lucarne mais pas de véritable fenêtre. La le lavabo était dans une pièce différente de la douche et la baignoire, et le tout était propre comme si refait à neuf à peine quelques années auparavant. « Les toilettes sont à côté de l’entrée » expliqua la jeune femme, avant de reculer et d’éteindre la lumière. Elle se dirigea ensuite vers la chambre, la porte donnant dessus se trouvant sur le mur du fond.

Elle ouvrit la porte et révéla une pièce désespérément vide à part le futon qui était plié, une lampe, une commode et un carton contenant plusieurs cahiers et carnets. « Je n’ai pas encore eu le temps d’acheter un matelas, » précisa-t-elle d’un ton neutre. C’était la stricte vérité. « Par contre, quand je suis allée chercher le futon à Tokyo, j’ai trouvé ça… » Elle s’avança et pêcha l’un des classeurs dans le carton. Dessus était écrit « photos famille ». Elle le tendit à Naoko. « Je n’ai pas encore eu le temps de regarder correctement, mais j’ai reconnu quelques photos de nous deux. » Elle eut un fin sourire. Ce classeur renfermait des images d’un temps plus simple. « Je me suis dit qu’on pourrait y jeter un œil ensemble. » Elle ressortit de la chambre et s’avança jusqu’à la cuisine où elle remplit deux tasses d’eau chaude où elle plaça des sachets de thé, avant de les déposer sur le kotatsu à côté duquel elle s’assit.
You see things. You keep quiet about them. And you understand.

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MessageSujet: Re: Quand tu ne sais plus où tu vas, regarde d'où tu viens [Misuzu]   Lun 18 Juin 2018 - 3:45


La visite fut rapide, et vide était effectivement ce qui qualifiait le mieux l’appartement. Il avait beaucoup de potentiel, était quasiment neuf, ou du moins en très bon état. L’agencement des pièces était pratique et elles étaient spacieuse sans être trop grandes. Misuzu s’était dégoté un bel endroit. Cependant, la japonaise s’inquiétait un peu.
Elle savait que sa cousine avait emménagé depuis peu et que cela expliquait le statut désertique du logement. Malgré tout, le doute quant au potentiel aménagement en un réel lieu de vie subsistait. A vrai dire, elle n’y croyait même pas trop. Après s’être rapprochées, puis vécu plus d’un mois ensemble, Naoko l’avait quelque peu cernée. Sa cousine avait bien changé, au cours de toutes ces années. Et à présent, elle sentait bien que sa vie ne la comblait pas. Comme si l’option d’apprécier avait disparu, elle semblait traverser le temps tête baissée, toutes griffes dehors pour n’importe qui s’approchait.
Naoko comprenait. Vivre, survivre à Keimoo était loin d’être une tâche aisée. Elle pouvait elle-même en témoigner. Les épreuves de la vie, l’atmosphère violente de la ville, et le poids d’un projet qui tient trop à cœur. Oui, Naoko comprenait parfaitement. Et elle espérait désormais qu’avec le temps, sa cousine n’y trouverait pas qu’affrontement, difficultés et fatigue, mais aussi un peu de paix. C’était tout ce qu’elle lui souhaitait.
Sortant de ses rêveries, elle attrapa l’album qui lui était tendu. Il était lourd et épais, et Naoko l’examina en détail avant de suivre sa cousine et de s’assoir sous le kotatsu.

« C’est une bonne idée. » fit-elle tout en posant le vieux classeur sur la table. « Ceux de mon côté sont toujours chez mes parents, ça doit faire une éternité que je n’ai plus feuilleté nos vieilles photos. »

Elle s’installa confortablement, et Mako en profita pour se glisser sous le kotatsu, près des jambes de sa maîtresse. Seul son museau dépassait de la couverture. Prenant son thé dans une main, elle ouvrit l’album avec un peu d’appréhension, avant d’être tout de suite envahie de nostalgie. C’était étrange de se souvenir de tous ces moments, ou au contraire, n’avoir aucune idée de l’existence de ces instants avant d’en avoir la preuve sous ses yeux. Elle murmura :

« Wah. Ça fait bizarre. »




Une expression douce-amère s’était peinte sur son visage, un mélange de tendresse et de honte, d’amusement et de regret, une sorte de vague à l’âme qui fait pétiller les yeux. Tout ça à la fois. Des photos de vacances à la plage ou au camping, des célébrations au temple ou durant les festivals, des après midi ensoleillés à se goinfré de glace et de fruits. Tous ces moments échappés lui revenaient en plein visage, et avec, des sensations, des sentiments oubliés.

« C’était le bon temps. »

Et elle se demandait où et quand il lui avait filé entre les mains. En grandissant, en vieillissant, il était facile de perdre de vue de nombreuses choses. Des rêves, des gens, et même soi-même. Les photos n’étaient que le miroir d’instants figés de bonheur. Le sommet des montagnes russes, l’ivresse et la joie, l’exaltation. Mais elles ne dépeignaient jamais les descentes, les coups durs. La solitude, la souffrance, les difficultés s’émoussaient de la mémoire. Avec le temps, on oubliait.

Et quand on repensait au passé, il n’en restait qu’une copie idéalisée, qui ne nous faisait que déplorer la morosité du présent.

Naoko soupira, tout en passant le doigt sur le papier glacé. Ses souvenirs étaient certes biaisés, mais s’y replonger lui faisait tout de même du bien. Ces moments qui vous étirent le coin des lèvres, ou tout semblait plus simple, étaient comme une douce mélodie par laquelle il était complaisant de se laisser bercer.
Elle plissa les yeux, amusée.

« Je ressemble à un garçon sur celle-là. Je me souvenais même pas que j’allais chez toi à cette époque. On devait avoir quoi, 3, 4 ans ? »

Les pages de l’albums se tournaient, comme des bonds dans le temps. Naoko apparaissait de plus en plus rarement sur les clichés. Il y avait eu la période sombre de son enfance, ou elle s’était isolée à cause de sa phobie. C’était probablement à ce moment que les cousines avaient commencé à s’éloigner. Alors, la jeune femme pu découvrir ce qu’elle avait raté. Des photos scolaires, des activités, des fêtes d’anniversaires, … Naoko recollait les morceaux de la vie de sa cousine, attendrie sous les commentaires de cette dernière.

Bientôt, le thé vint à manquer et la nippone se leva pour se servir une nouvelle tasse d’eau chaude, faisant comme chez elle. S’appuyant un instant sur le comptoir le temps que l’eau ne bouille, elle jeta un œil à la cuisine.

« Au fait, ça te tente qu’on prépare le repas à deux ? »

Une personne aux capacités de communication normales aurait rajouté des précisions, mais Naoko se contenta de cette proposition. Sa cousine connaissait son gout et son talent pour la cuisine, et quand bien même la japonaise n’était pas chez elle, l’idée d’attendre tandis que quelqu’un d’autre était aux fourneaux ne l’enchantait guère. Elle ne le précisa pas, considérant que l’hôte de la maison l’aurait compris sans mots.

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MessageSujet: Re: Quand tu ne sais plus où tu vas, regarde d'où tu viens [Misuzu]   Lun 18 Juin 2018 - 15:40


Pendant que Misuzu préparait le thé, Naoko était allée s’asseoir sous le kotatsu. Les jours commençaient à raccourcir et la jeune conservatrice avait déjà commencé à allumer le chauffage intégré à la table basse de temps en temps. Elle revint s’asseoir à côté de sa cousine, qui ouvrit l’album tout en récupérant sa tasse de thé. Immédiatement, une chappe de nostalgie s’abattit sur les deux jeunes femmes, et Naoko remarqua à voix haute ce que Misu avait pensé tout bas. Ça faisait bizarre. En effet. Misuzu replaça une photo qui était sortie de sa pochette. Tous ces souvenirs s’étalaient là sous ses yeux et sa bouche se tordit en une grimace un peu triste et un peu mélancolique, ses sourcils se fronçant légèrement dans une expression nostalgique. Il y avait pas mal de photos qui dataient de leur enfance et de leur préadolescence. Naoko s’intéressa de près à une photo où elles étaient encore de très jeunes fillettes. Elles étaient toutes les deux en k-way, Misuzu jaune et naoko bleu clair, avec Tomoyo, la mère de Misuzu. Son expression s’adoucit et un petit sourire triste éclaira son visage.

Elle sentait sa gorge se serrer et passa le doigt sur le visage de sa mère, qui devait avoir à peine plus que l’âge qu’elle avait maintenant lorsque la photo avait été prise.  « C’est vrai que tu ressemblais à un garçon, avec tes cheveux ébouriffés. Je ne m’en souviens pas bien mais ma mère m’a raconté qu’on rendait souvent visite aux grands parents à Chiba. Je me souvenais y être allée plus tard, mais pas quand j’étais toute petite. » Elle se tut un instant avant de soupirer, tapotant le visage de Tomoyo. « Elle était tellement jeune. Elle devait à peine être plus âgée que nous maintenant. » Même si elle n’avait aucun souvenir de ce moment, la poitrine de Misuzu était lourde de nostalgie. Sa mère lui manquait atrocement. Elle qui était si joviale et attentionnée, son absence se faisait cruellement sentir. Même son père, pourtant discret et taiseux, avait laissé un immense vide dans sa vie. Mais sur cette photo, Misuzu ne pouvait s’empêcher de remarquer comme elle avait grandi pour ressembler à sa mère, jusqu’à la coupe de cheveux qui était presque identique avec le volume extravagant en moins. En revanche, sa mère avait l’air beaucoup plus heureuse.  

Elle s’intéressa à une autre photo, où les deux cousines riaient à l’arrière d’un pick-up, vêtues d’habits d’été. « Et là. C’était à Chiba, j’en suis sûre, on allait souvent au lac avec la camionnette d’Ojichan. J’en ai quelques souvenirs. On devait avoir six ou sept ans. » Ce n’était pas longtemps après ça que les deux jeunes femmes s’étaient un peu éloignées, pour plein de raisons combinées. Néanmoins, quelques photos de Naoko subsistaient, sûrement envoyées par Etsuko. Il y avait ensuite des souvenirs de collège et de lycée. Une photo de Misuzu en survêtement, en sueur, avec une casquette de baseball trop grande pour elle. Elle était tout sourire et derrière elle, Kazuki lui faisait des oreilles de lapin. C’était l’année avant qu’elle rencontre Aki.

Elle eut un petit soupir à peine audible. Quelque part, elle s’en voulait toujours de cette histoire avec Kazuki. Après l’avoir repoussé lors de sa première année à Keimoo, ils étaient restés amis et elle lui avait donné une chance en 2020. Pendant plus d’un an il avait fait des efforts, se libérant pour lui rendre visite, se montrant gentil et attentionné, mais elle ne lui avait jamais vraiment rendu la pareille. Elle avait d’autres priorités. Elle n’aurait pas dû le laisser s’engager dans cette histoire comme il l’avait fait.  Elle tapota la photo du bout de l’index en attrapant sa tasse. « Là, on avait gagné le tournoi de baseball inter-lycées. J’étais manager du club à l’époque. » Puis elle tournèrent la page et apparut une photo de Naoko avec Haruhiko. Elles gardèrent toutes deux le silence. Misuzu considérait qu’il n’y avait pas grand chose à dire, mais elle laissa à Naoko l’occasion de s’exprimer.

La photo juste à côté était de Misuzu portant des lunettes et l’air fatigué. Sa mère l’avait prise alors qu’elle révisait ses examens de dernière année. « Tu avais déjà fini l’université cette année là. » Se contenta-t-elle de préciser. Ses efforts avaient payé, après tout. Elles continuèrent à commenter les photos, enfin, Misuzu surtout, jusqu’à ce que leurs deux tasses soient vides. Naoko se leva pour aller remplir sa tasse et après quelques secondes, Misuzu la suivit. Lorsque sa cousine lui proposa de cuisiner ensemble, elle hocha la tête. « Ça me ferait plaisir. Mais je ne cuisine plus aussi bien qu’avant, et encore moins aussi bien que toi. » Elle se pencha vers le frigo, ouvrant la porte, et commença à sortir des petits pois frais encore dans leurs cosses, des œufs, du poulet et d’autres ingrédients. « Comme je suis rouillée, j’avais pensé à faire des omurice. En plus c’est le genre de plat qui réconforte toujours. » Elle se tut un instant et sortit une passoire, se mettant machinalement à écosser les petits pois. Elle tourna un peu son visage vers Naoko, la lumière rasante du soleil déjà presque couché projetant des ombres dansantes. « Ton café, ça se passe bien ? » Tout en écoutant la réponse, elle alluma le plafonnier de la cuisine, histoire d’y voir quelque chose. Il était à peine plus de sept heures mais la nuit tombait de plus en plus tôt.
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MessageSujet: Re: Quand tu ne sais plus où tu vas, regarde d'où tu viens [Misuzu]   Mar 19 Juin 2018 - 0:46



And we share our silences
As if they speak thousand words


Le cliché jaunit semblait ressortir sur le fond blanc cassé de l’album. Les doigts de Misuzu vinrent l’effleurer, s’attardant sur le visage nippon de sa mère, d’une époque lointaine. La gorge de Naoko se serra de chagrin, et son visage se crispa sous les mots de sa cousine. Tout comme aux funérailles, cette dernière ne pleurait pas. Cependant, le poids de la tristesse se sentait sans effort, dans tout son être. Proche de sa tante, Naoko avait eu le cœur brisé d’apprendre sa disparition en même temps que celle de son oncle dans ce stupide accident. Mais plus que tout, c’était la peine de sa cousine qui lui faisait le plus mal. Comment imaginer un instant le déchirement qu’elle gardait au fond d’elle, d’avoir perdu ses parents qu’elle chérissait tant. Naoko avait essayé d’imaginer. Mais c’était une douleur inconcevable qu’elle ne pouvait même pas penser sans l’avoir vécu.

Ne sachant que dire, ou s’il était vraiment nécessaire d’y poser des mots, la japonaise resta silencieuse, comme pour reconnaitre l’affliction de sa cousine, la respecter. Après tout, lorsqu’on cherchait à consoler quelqu’un d’autre, c’était souvent pour se sentir mieux soi-même. Et Naoko ne voulait rien imposer à Misuzu. Elle savait que si celle-ci avait besoin, elle serait toujours là. Après tout, pour l’une comme pour l’autre, ça avait déjà été le cas.

Les pages défilaient, les photos aussi. Naoko commentait peu, pour être honnête, ses souvenirs d’enfance étaient pour la plupart flous. Elle se remémorait certaines bribes. Des odeurs, des expériences, des goûts. Mais tout était fragmenté, comme les morceaux d’un puzzle dont il manque des pièces. Elle se souvenait rire aux éclats, respirer à plein poumons, savourer de tout son être. Mais pour ce qui était du récit des événements, ou les histoires à raconter, elle en était incapable.

Puis, sans qu’elle s’y attende, une image attira son attention. Sur celle-ci, elle-même, des années auparavant, et Haruhiko. Ils étaient jeunes, tout sourire, le rose aux joues comme au premier instants. A cette époque, Naoko avait encore les cheveux courts, et elle se rappelait qu’elle avait été prise peu après l’obtention de son diplôme. En compagnie d’Haru, ils étaient allés à Tokyo annoncer la nouvelle à sa famille, ainsi que leur projet de s’installer ensemble. C’était un lointain moment de liesse, et son cœur se tordait dans sa poitrine.
Trois années s’étaient écoulées depuis leur rupture. La première avait été la plus dure, et longue. Abattue de tristesse et de regret, Naoko avait sombré dans une dépression qu’elle avait tenté de noyer dans le travail. Le temps guérissait les blessures, mais malheureusement, c’était toujours plus long qu’on ne le souhaitait. Remontant à la surface, ses sentiments s’étiolant, elle avait tenté de se consoler à partir de la deuxième année. Quelques aventures, quelques rencontres pour anesthésier le manque, pour combler le vide. Et toujours, laisser le temps passer, accepter, avancer, lâcher prise.

A l’heure actuelle, Naoko avait du mal à placer exactement ou elle en était par rapport à sa relation passée. Haruhiko avait été le seul homme dans sa vie amoureuse. Bien plus que ça, ils étaient amis depuis l’enfance, et avait entretenu un lien fort qui les avait menés l’un vers l’autre, inexorablement. Et aussi évidemment qu’ils s’étaient rapprochés, fatalement, la vie les avait séparés. Les fautes étaient partagées, et lorsqu’elle prenait du recul, la japonaise savait consciemment que l’issu de leur relation n’aurait pas pu être évitée, tant la communication leur avait fait défaut.

Cependant, ça n’empêchait pas le gout des regrets de rester sur sa langue, amer. Les "Et si..." s’accumulaient parfois dans son esprit, comme un bourdonnement bruyant qu’elle ne pouvait empêcher. Sous ses paupières, certains soirs, défilait le récit de leur histoire, comme un embranchement ou elle avait fait les mauvais choix, tandis que d’autres semblaient avoir pris le bon chemin, naturellement. Bientôt, elle fêterait ses 30 ans, seule. Autour d’elle, on avait des enfants, on se mariait, on faisait des projets. Et elle ne pouvait s’empêcher de penser que c’est aussi ce qu’elle aurait dû avoir. Ce qu’elle aurait pu avoir.

Fixant depuis peut-être un peu trop longtemps la photo, la jeune femme remarqua le silence de sa cousine. Elle ferma les yeux, et tourna la page.


~~~


Naoko fouilla quelques placards pour trouver les ustensiles dont elle avait besoin et se mis rapidement à la préparation du repas au côté de Misuzu. Se partageant les tâches dans une ambiance de proximité rassurante, la japonaise retrouva un léger sourire serein. La mélancolie s’était doucement évaporée, et même si quelques pensées moroses l’avaient traversée durant cette plongée dans leurs histoires, elle se sentait désormais plus forte.
Malgré tout, se confronter à ses souvenirs lui avait permis de réaliser ou elle en était, et le chemin parcouru. Et même si ses choix n’avaient pas toujours été les bons, c’était un fait qu’ils l’avaient menés ou elle en était aujourd’hui. Avec ses échecs, mais aussi ses réussites. Son café, par exemple, en était une.

« J’ai pas à m’en plaindre. J’ai pas mal de clients, une réputation solide. Les gens du quartier apprécient d’avoir un endroit ou pouvoir souffler. Et puis moi tu sais, tant que je peux cuisiner ou faire des gâteaux… ça me va. »

S’attelant à la préparation et l’assaisonnement du riz que Misuzu avait préalablement cuit, elle continua.

« Je pense que tu es bien placée pour savoir que parfois, tout gérer toute seule c’est pas toujours évident. En période d’affluence, je me dis que je ne serais pas contre un coup de main. Mais d’un autre côté, je crains qu’employer quelqu’un vienne un peu briser l’équilibre et l’atmosphère du café. Enfin, je me prends peut-être trop la tête, aussi… »

Lorsqu’il s’agissait de son établissement, Naoko devenait beaucoup plus loquace, c’était certain.

« Et toi le musée, tu t’en sors ? J’ai entendu parler qu’il y avait encore eu des dégradations, l’autre jour ? C’est Machida-san, tu sais la petite dame au chat blanc, en bas de la rue, qui m’en a parlé. Elle s’inquiète un peu pour toi. »

Naoko aussi, s’inquiétait pour sa cousine. Le récit de ses difficultés ne lui était que trop familier, mais c’était aussi parce qu’elle avait traversé la même chose qu’elle ne pouvait pas se permettre de remettre en question ses choix.
"What goes around comes around", disait un proverbe. Et la japonaise comprenait la difficulté d’exprimer sa préoccupation sans prendre le risque d’aliéner.

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MessageSujet: Re: Quand tu ne sais plus où tu vas, regarde d'où tu viens [Misuzu]   Mar 19 Juin 2018 - 19:48


Naoko récupéra des ustensiles et les deux jeunes femmes s’attelèrent à la préparation de ce qui serait leur repas, Misuzu écossant les pois et Naoko assaisonnant le riz. La jeune conservatrice hochait la tête en silence en écoutant Naoko lui parler de son café. Apparemment, ça ne se passait pas trop mal. Elle en fut sincèrement heureuse, sa cousine ayant traversé assez de difficultés comme ça. Elle fit entendre un « hmm » quand la pâtissière évoqua la complexité de tout gérer toute seule. Elle connaissait bien ce problème. Néanmoins, elle considérait que Naoko devrait sûrement embaucher quelqu’un pour l’aider au moins au service. « Pourquoi tu n’embauches pas un étudiant ou une étudiante ? Ou un lycéen ou une lycéenne ? Après tout, c’est pas facile pour les jeunes de nos jours. Et puis ça ne serait qu’une ou deux dizaines d’heures par semaine, ce qui fait que tu ne serais pas du tout dépossédée de l’environnement. Et ça te soulagerait quand même… » C’était lorsque les deux cousines parlaient de leurs métiers respectifs qu’elles étaient, l’une comme l’autre, les plus bavardes. À l’université, elle même avait eu besoin de trouver un travail à temps partiel, qui l’avait grandement aidée malgré le soutien financier de ses parents. Et elle s’était fait un ou deux amis de cette manière.

La jeune femme rinça les pois qui étaient à présent tous écossés. Elle les aurait presque mangés cru tant leur couleur, vert tendre, était appétissante. Elle sortit un couteau neuf qu’elle avait acheté chez l’un des artisans. À la base, cet achat avait été pour l’amadouer afin qu’il accepte d’exposer certaines de ses créations au musée, et elle ne pensait pas s’en servir un jour, mais finalement, si elle se remettait à cuisiner, alors pourquoi ne pas l’utiliser. Elle trancha dans le poulet avec une facilité déconcertante. C’était vraiment de la très bonne qualité. Si elle avait besoin d’autres couteaux, elle se fournirait sûrement là bas. L’objet en lui même était magnifique, un manche en bois clair, sûrement du bambou, une lame damassée et brillante, c’était un bel ouvrage. Naoko l’interrogea sur le musée et Misuzu ne répondit pas tout de suite. Que pouvait-elle répondre ? Elle n’était pas sûre. Ça avait été pire, bien sûr, se dit elle en sortant une poêle et en y mettant de l’huile de sésame. « Ça va. » articula-t-elle.

Elle laissa la poêle chauffer avant d’y mettre des les petits pois et le poulet. « On a dû remplacer l’une des baies vitrées la semaine dernière. Ils n’ont pas réussi à la briser maintenant qu’on a remplacé toutes les fenêtres et vitrines avec du verre blindé, mais ils l’avaient tellement rayée qu’on ne voyait plus à travers. Je ne sais pas avec quoi ils ont fait ça. » Elle fit une courte pause. « C’est gentil de la part de Machida-san de s’inquiéter. » Encore un silence. La viande grésillait dans la poêle. Elle laissa Naoko ajouter le riz assaisonné. « Ils n’ont pas encore pigé que j’habitais ici donc pour l’instant pas de cadavres d’animaux. » Elle eut un fin sourire. « Ça change un peu. » Chez Naoko non plus, il n’y avait pas eu de cadavres d’animaux sur le perron. Misuzu se prenait à rêver qu’elle n’aurait plus à récupérer des chats et des rongeurs morts devant sa porte tous les matins. Après tout, elle pouvait bien espérer. « Avec un peu de chance, ils n’auront pas l’énergie de rayer les vitrines toutes les nuits et bientôt on pourra engager quelqu’un. Peut être un étudiant. » Après tout, elle manquait sévèrement de personnel, se retrouvant à faire elle même des visites et le ménage parfois, sans parler du reste. Elle avait dû embaucher deux vigiles aussi, un supplémentaire pour la nuit et un pour la journée, et ça ne lui avait pas facilité les choses au niveau des factures, d’autant que la préfecture tout comme la ville avaient abandonné et elle ne pouvait compter que sur les subventions d’état. Pour une femme seule et aussi débordée, ce n’était pas simple.

« En tout cas, je suis contente que ça se passe plutôt bien à Home. Je passerai un de ces quatre. » Même si le temps lui manquait, elle tentait de passer de temps en temps juste pour vérifier que tout allait bien. Il fallait qu’elles se serrent les coudes. Elle ouvrit le frigo et sortit les œufs ainsi qu’un grand bol pour mélanger, puis remua la garniture qui crépitait dans la poêle avec ses longues baguettes de cuisine. « Tu as une idée de ce que tu veux faire après ?  Rester ici ? Sortir ? » Demanda-t-elle à Naoko sans se tourner vers elle. Elle savait de quoi elle aurait eu envie. Un bain. Voilà qui la détendrait. Mais elle ne voulait rien imposer à la jeune femme à côté d’elle, aussi elle se garda bien de dire quoi que ce soit. Elle garda le silence un instant, et avant que Naoko ne puisse répondre, ajouta « Merci d’être venue. Je suis contente de te voir,» toujours les yeux fixés sur la nourriture, et un visage neutre. C’était une expression de tendresse inhabituelle pour la trentenaire, mais avec la mort de ses parents encore récente, elle se disait qu’il valait mieux exprimer son affection. On ne savait jamais ce qui pouvait arriver, et même si Misuzu avait toujours été affectueuse avec ses parents dont elle était très proche, elle avait l’impression qu’elle aurait pû faire plus, et qu’ils lui auraient peut être moins manqué de cette manière. Au fond d’elle, elle savait que c’était faux, mais cela ne l’empêchait pas d’avoir des regrets. Ils lui manquaient cruellement.
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MessageSujet: Re: Quand tu ne sais plus où tu vas, regarde d'où tu viens [Misuzu]   Mer 20 Juin 2018 - 2:40



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La jeune femme se mit à réfléchir. Bien sûr, elle avait déjà pensé mettre une annonce pour qu’un étudiant puisse venir compléter ses revenus, ou passer son temps libre. Et elle savait pertinemment que sa cousine avait raison, sur ce point.
Elle repensa à l’époque où Yui lui avait proposé de travailler dans son salon de thé. Excentrique qu’il était, son offre d’emploi avait chamboulé la jeune fille. Aujourd’hui encore, son ancien patron restait un mystère, et les raisons du choix de son équipe restaient un secret bien gardé. Elle se souvenait à quel point son poste au salon de thé métaphysique avait changé ses perspectives, et avait fait naître cette envie de posséder son propre café.
Peut-être était-ce là l’occasion, une fois encore, de marcher sur les traces du mirage Valentine. Encadrer un jeune volontaire, le guider du mieux qu’elle le pouvait. Faire de Home sa deuxième famille comme le salon de thé au nom changeant l'avait été pour elle. Oui, peut-être n’était-ce pas une si mauvaise idée.

Tandis que sa cousine s’occupait à sortir le poulet, le couteau qu’elle tenait attira l’œil de Naoko. Elle n’eut même pas besoin de le voir à l’œuvre pour savoir que c’était un ustensile de qualité, et d’un ouvrage soigné. La japonaise n’avait jamais eu d’obsession particulière pour les couteaux ou autres objets contondants. Mais sa formation lui avait laissé des traces. Notamment lorsque son instructeur lui répétait sans cesse que pour un cuisinier, ses couteaux devaient être comme ses propres bébés. Il fallait en prendre soin, les entretenir précieusement.
Elle observa quelques secondes de plus, avant de pointer du doigt l’objet.

« C’est d’un artiste que tu expose ? Si tu as sa carte de visite, je suis preneuse. Mes couteaux arrivent à la fin de leur vie. »

Et pour cause, vu qu’il s’agissait de ceux qu’elle avait acheté pour sa formation. Bien que d’excellente qualité, une lame ne pouvait pas durer éternellement, puisqu’elle s’affinait à chaque affutage. L’idée de s’offrir une nouvelle parure la rendit joyeuse. Cela pouvait paraitre étrange, mais Naoko avait toujours été quelqu’un de pratique. Et elle préférait grandement s’offrir quelque chose d’utile, plutôt qu’une babiole esthétique qui finirait par prendre la poussière dans un placard ou sur une étagère.


Naoko écouta sa cousine parler de ses déboires avec un pincement au cœur. Une partie d’elle ne comprenait pas pourquoi elle avait à subir ça, et se sentait hautement révoltée que des individus fasse subir ce genre de chose à quelqu’un. Une autre partie d’elle était en colère. Bien que de nature calme, il lui arrivait d’avoir le sang chaud, et elle mentirait si elle affirmait que depuis que tout s’était calmé de son côté, ses poings ne la démangeaient pas, au moins un peu. Peut-être devrait-elle passer à la salle de sport ou au dojo, pour évacuer tout ça.
La dernière partie de la japonaise, majoritaire, se sentait triste. Elle avait réellement de la peine, par empathie, par compassion. Par culpabilité aussi, un peu. De manière infime, elle s’en voulait d’être impuissante face à cette situation. Elle savait bien que si elle s’en mêlait, les choses ne se règleraient pas. Bien qu’elle soit arrivée à des arrangements avec le clan de son côté, la relation cordial était encore trop fragile pour que Naoko puisse l’utiliser à son avantage pour quoi que ce soit. Elle baissa les yeux sur le contenu de la poêle, puis les releva vers sa cousine.

« Tu sais. » Le ton de sa voix était doux mais ferme. « Si jamais tu as besoin, je peux t’aider un peu, financièrement. »

Il n’y avait aucune pitié dans ses mots, aucune sympathie mal placée. Naoko était, et avait toujours été quelqu’un de terre à terre. Et sa proposition se faisait à la suite d’un constat.

« Les affaires marchent bien de mon côté et j’ai toujours eu des économies. Si tu as une grosse dépense au musée, ça me ferait plaisir de participer. »

Elle remua doucement la garniture avant de reposer les baguettes sur leur socle, à côté de la plaque.

« Je ne propose pas seulement parce que tu es ma cousine. Je pense sincèrement que le musée est une part importante du quartier, et j’aimerais bien qu’il subsiste. »

Elle avait dit ça naturellement, parce que c’était ce qu’elle pensait vraiment. La nippone mettait un point d’honneur à éviter de mentir, autant que possible. Bien sûr, il lui arrivait de cacher des choses, ou d’omettre des détails. Malgré tout, ses mots n’étaient qu’honnêteté.
Naoko passa sans tarder à la préparation des œufs, qu’elle cassa avec habilité pour les battre légèrement ensuite. Tout en faisant cuire l’omelette dans une seconde poêle tandis que sa cousine s’occupait de surveiller que la garniture ne brûle pas, elle se mis à fredonner presque inaudiblement, comme pour accompagner ses pensées.

« Mmh… Je ne sais pas trop. Je t’avoue que j’ai bien envie de me détendre, mais je n’ai pas de préférence. Tu as quelque chose à me proposer ? »

Retournant l’omelette d’une finesse parfaite, elle fit signe à sa cousine d’y vider la garniture au fumet appétissant. A peine cela fut fait que la jeune japonaise referma l’omelette d’un geste précis. Techniquement, une omurice était un plat basique, autant dire que cela ne représentait aucune difficulté pour la jeune femme. Cependant, bien que simple, c’était aussi un plat qu’il était toujours réconfortant de préparer et de déguster, porteur de souvenirs lointains. Un plaisir régressif, en somme.

Surveillant du coin de l’œil la dernière cuisson du plat, elle se tourna vers sa cousine, prise de court par sa sincérité. Il fallait dire que les démonstrations d’affection n’était pas vraiment commune dans la famille, bien que tous savaient à quel point ils étaient aimés, et aimaient en retour. Ses joues devinrent légèrement rosées, et elle bafouilla involontairement.

« Ah.. Je… Enfin.. » Elle souffla. « C’est réciproque. Passer du temps avec toi… j’aime bien. »

Confession maladroite, et Naoko pu sentir une infime vague de honte. Lorsqu’elle était prise au dépourvu, elle se retrouvait toujours en difficulté pour s’exprimer. Elle se demanda un instant si les années lui permettraient un jour d’avoir un niveau normal de communication. Elle n’y croyait pas vraiment. Même s’il fallait souligner qu’elle s’était grandement améliorée, depuis son arrivée à Keimoo. Quinze ans pour pouvoir aligner quelques phrases n’était pas forcément glorieux, mais c’était un exploit pour la japonaise.
Détournant son attention de la gêne qu’elle sentait s’installer, elle éteignit la plaque avant d’annoncer, solennellement.

« C’est prêt. »

Laissant sa cousine s’occuper de mettre la table, elle présenta l’omurice dans un plat, et se saisi discrètement du ketchup dans le réfrigérateur. Réfléchissant durant une trop longue seconde, elle se précipita pour écrire quelques caractères sur l’omelette encore chaude, afin que sa cousine ne le remarque pas. Puis, elle prit le plat en main, et l’apporta sur la table. « Bonne installation » pouvait être déchiffré en lettres rouges. L’écriture était maladroite, et elle avait manqué de place pour la fin, ce qui avait résulté en une phrase se terminant en patte de mouche. Cependant, l’intention y était, et c’était tout ce qu’il comptait.
Naoko fit un léger sourire à sa cousine, avant d’ajouter :

« J’espère que ta nouvelle vie ici t’apportera ce que tu cherches. »

Elle prit place à table, Mako dormait paisiblement. Peut-être était-ce le début de jours plus heureux ? Elle le souhaitait.

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MessageSujet: Re: Quand tu ne sais plus où tu vas, regarde d'où tu viens [Misuzu]   Mer 20 Juin 2018 - 18:15


Manifestement, le couteau qu’elle avait récupéré chez un artisan semblait intéresser Naoko. La jeune femme pointa l’outil du doigt et demanda d’où il venait. Misuzu hocha la tête. « J’ai sa carte oui, on va exposer certains de ses couteaux et sabres pour la prochaine exposition temporaire. Je te mettrai en contact avec lui, c’est un charmant vieux monsieur. Troisième génération de forgerons. » Un léger sourire se dessina sur son visage. Avec les années, elle avait appris à apprécier les artisans qu’elle exposait et se rendre un peu partout dans le Japon plus ou moins rural pour dégoter des artefacts ne l’épuisait plus, au contraire. « Par contre il est vers Takayama, dans les montagnes. Mais je pourrai t’en ramener quand j’irai lui ramener les créations qu’il nous a prêtées. » Elle hésita à proposer à sa cousine de venir avec elle. Certes, sa phobie c’était calmée, mais de longs voyages en voiture n’était sûrement pas son activité préférée, aussi elle se tut. Après que Misuzu ait conté ses mésaventures, elles se turent toutes deux pendant un moment, concentrées qu’elles étaient sur le repas, puis Naoko brisa le silence et Misuzu fit un nouveau sourire, un peu plus confiant celui là. Elle appréciait que sa cousine lui propose de l’aide, mais ce n’était pas tellement l’argent le problème. « C’est adorable. Si tu pouvais me trouver un employé compétent avec de l’expérience, ça serait même encore mieux. » Elle se prenait à plaisanter et se tourna vers Naoko avec un petit sourire et les yeux légèrement plissés. « On a presque trop d’argent en fait, c’est plus qu’on manque de main d’œuvre et de visiteurs. »

En effet, chacun des employés était largement rémunérés, Misuzu comprise. À vrai dire, la loin l’obligeait à verser une prime de risque à chacun, ce qui n’était pas forcément commun dans des musées en temps normal. « Mais je note. C’est gentil. Je compte bien faire subsister le musée. » Peut être devrait elle songer à négocier avec les Yakuzas, ou au moins tenter une nouvelle fois d’ouvrir le dialogue. Elle avait arrêté de chercher la discussion lorsque les premiers animaux morts étaient arrivés sur son perron. S’était murée dans le silence parce que c’était la seule option qui lui paraissait alors viable. Et elle ne pouvait pas revenir comme ça la bouche en cœur alors même qu’on venait de brûler son logement et toutes ses affaires à l’intérieur. Elle secoua légèrement la tête, prise dans ses pensées. Non, il n’y avait rien à faire. Elle ne pouvait se résoudre à tendre la main, en tout cas pas pour l’instant. Pendant qu’elle s’était perdue, Naoko avait commencé à préparer la partie omelette, et Misuzu admira ses gestes précis. À une époque, elle aussi avait su cuisiner. Peut être pas aussi bien, mais pas trop mal. Naoko ne semblait pas avoir d’idée précise de ce qu’elles pourraient faire, aussi Misuzu se lança. « Je ne suis pas allée au onsen depuis longtemps. Je me disais qu’on pourrait y aller, si ça te dit. » Les deux jeunes femmes terminèrent la préparation de l’omelette et Naoko rendit avec un peu de confusion son compliment à Misuzu, qui lui fit un sourire sincère. Leur famille n’était pas des plus communicatives, sauf peut être sa mère, mais se dire les choses parfois ne pouvait être que bénéfique. Mais Naoko, particulièrement, avait du mal avec ce genre de déclarations, aussi le fait qu’elle fasse l’effort de répondre suffit pour faire plaisir à Misuzu, qui hocha la tête avec bienveillance. Alors que la jeune conservatrice allait mettre la table, elle laissa Naoko se débrouiller avec le reste de l’omurice. Elle jeta un œil à la grande table en bois à l’occidental, mais finalement préféra installer les baguettes et assiettes sur le kotatsu, caressant Mako au passage.

Naoko amena l’omurice sur lequel elle avait tracé des caractères qui firent sourire Misuzu. « Kawaii desu, Nao-chan, » articula-t-elle avant de séparer l’omelette avec les baguettes de cuisine et de les servir toutes les deux. En cet instant, elle sentait une tranquillité qu’elle n’avait pas connue depuis des mois, peut être même des années. Elle n’avait pas encore pris sa première bouchée qu’elle remarqua que la lumière déclinait rapidement et même si le soleil rasant donnait à la pièce une couleur dorée, on ne distinguait plus grand chose. Aussi, elle alla allumer le plafonnier, qui était une simple ampoule dans un abat jour traditionnel en papier. Au moins, elle n’avait pas eu à décorer les lampes, sans quoi l’appartement aurait été plein d’ampoules nues pendant à des fils. Il faudrait sûrement qu’elle songe à investir l’endroit, à y mettre le joyeux bordel qui habitait son ancien appartement, avec des papiers et des vêtements dépassant de tous les tiroirs, des objets récupérés çà et là, enfin ce genre de choses.

« Itadakimasu ! » Elle joignit ses mains en signe de prière et enfourna la première bouchée d’omurice. C’était bon, et elle ferma les yeux un instant pour savourer la nourriture. « Si le reste du temps passé ici est aussi doux que cet instant précis, je ne n’ai aucun doute que tout ira pour le mieux. » Néanmoins, elle réfléchit à ce qu’avait dit sa cousine. Que cherchait elle ? Depuis son agression, des années auparavant, elle n’avait plus jamais été sereine. Peut être même depuis avant ça. Même dans des instants paisibles comme celui ci, il y avait toujours une pointe d’angoisse qui se faisait ressentir. Néanmoins, elle décida de ne rien en laisser paraître, et s’exclama la bouche pleine « Oishii ! » tout en cachant le bas de son visage derrière sa main. Ce n’était pas très compréhensible, mais bon, elle supposait que Naoko aurait sû traduire. Elle finit sa bouchée et en sépara une autre avec ses baguettes. « Du coup, les bains, ça te dirait ? » demanda-t-elle avant d’enfourner le mélange d’œufs et de garniture. C’était un plat simple, mais elle se sentait presque rajeunir et redevenir la jeune femme enthousiaste qu’elle avait été quelques années auparavant.
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MessageSujet: Re: Quand tu ne sais plus où tu vas, regarde d'où tu viens [Misuzu]   Sam 23 Juin 2018 - 5:48



Naoko ne fut pas déçu que sa cousine rejette sa proposition d’aide financière. La connaissant, elle s’en doutait même. Après tout, c’était le genre d’offre qu’on ne pouvait pas accepter de suite. Mais la jeune femme pensa qu’il était important qu’elle transmette à Misuzu que, si jamais cela était nécessaire, elle serait là pour l’épauler, et donner un coup de pouce au musée.

« Je tâcherais d’en parler au café. Si je rencontre quelqu’un susceptible de pouvoir faire l’affaire comme employé du musée. »

Avec l’affluence grandissante, Naoko voyait passer toute sorte de personnes dans son établissement. Des habitués, des voisins, des voyageurs. Des curieux, ceux qui n’étaient que de passage, et parfois même, de vagues anciennes connaissances.
Après tout, depuis qu’elle y avait déménagé, la japonaise n’avait plus vraiment quitté Keimoo. Elle y avait fait tout son cursus à l’académie, s’absentant seulement lors de ses stages pour pratiquer dans des palaces et autres maisons renommés à Tokyo, ou encore lors de vacances auprès de sa famille. Au fil du temps, elle avait rencontré beaucoup de gens, certains ayant laissé leur marque plus que d’autres. Alors, il arrivait qu’elle croise encore aujourd’hui des visages familiers, attablés dans son café. Sans pouvoir poser des noms sur ces inconnus connus, le sentiment de les avoir déjà vu lui restait sur le bout de la langue. Et dès leur départ, il s’estompait.

Durant toutes ces années, Naoko n’avait lié que peu de liens. La plupart n’avaient pas vraiment résister au temps, à la vieillesse, à l’éloignement. Etrangement, les personnes desquelles elle avait été le plus proche durant sa jeunesse étaient désormais ceux qui étaient les plus distants. Son ancien colocataire, ses collègues. Haru. Ils avaient tous quitté sa vie progressivement, et Naoko en était aussi responsable. Elle avait réalisé, trop tard, que les relations étaient comme ses plantes. Sans entretien et sans effort, elles finissent par se flétrir et mourir.
De ses vieilles connaissances ne subsistait que Satoshi, avec lequel elle avait repris contact il y a de cela un peu plus de 2 ans. Avant ça, eux aussi s’étaient perdus de vue. Et sans sa cousine, il y avait fort à parier qu’ils ne se seraient jamais revus. Le retour de son meilleur ami à Keimoo marqua le début du changement quant à sa politique envers les yakuzas. Et ces changements l’avaient mené où elle était aujourd’hui. Elle n’avait jamais remercié officiellement Misuzu pour cela. Du moins, pas avec des mots. Cependant, elle tentait tout de même de montrer sa gratitude régulièrement, par de petites attentions.

Les deux cousines passaient le plus clair de leur temps libre ensemble. Et ce, même avant que la conservatrice n’ait eu à vivre chez Naoko. Leur rapprochement s’était fait sur de tristes circonstances. Mais elle ne regrettait pas qu’il ait eu lieu. Les moments qu’elle passait avec elle étaient doux et reposants. Avec Misuzu, elle n’avait pas besoin de faire d’effort, et parfois, elle n’avait même pas besoin de parler. Les deux jeunes femmes étaient grandement occupées par leur travail, alors leurs soirées n’étaient pas vraiment mouvementées. Chacune appréciait ces instants de sérénité, devant un bon repas comme c’était le cas à ce moment, parfois même une bière, et la tranquillité d’une compagnie relaxante, pour relâcher la pression d’une journée harassante.

Et qu’y avait-il de mieux pour se détendre que les bains ? L’idée plut automatiquement à Naoko, qui n’y avait pas pensé. Elle hocha la tête et laissa échapper un « Mh mh. » d’approbation lorsque sa cousine lui demanda son avis à nouveau.


~~~


La dernière bouchée d’omurice qui siégeait dans son assiette fut rapidement englouti. Le plat avait été un délice, autant sur le plan gustatif que sur le plan de l’expérience. Naoko et Misuzu avait passé leur repas à discuter de tout et de rien, mais principalement de leur travail. Pour chacune, avoir une oreille attentive qui pouvait comprendre ce que l’autre endurait était une compagnie précieuse. Il était difficile d’imaginer à quel point la gestion d’un établissement pouvait s’avérer périlleux, chronophage et épuisant. C’était une tâche qui nécessitait de s’y consacrer corps et âme. Et pour cela, les cousines étaient semblables.

Buvant une gorgée de thé afin de conclure le plat de résistance, Naoko se leva pour aller chercher le dessert qu’elle avait emmené. Sortant une petite boite en carton du sac plastique, elle alla la déposer sur le kotatsu et l’ouvrit pour laisser apparaitre deux cheesecakes en part individuelle, cylindrique, surmonté d’une framboise et de groseilles. Elle les servit dans des assiettes, avant d’attraper un tube dans le coin de la boite contenant un coulis de fruit rouges, qu’elle nappa sur les gâteaux.

Et sans plus de cérémonie, elle se mit à déguster la pâtisserie. Encore frais, il fondait dans la bouche, la douceur de l’appareil se mélangeant à l’acidité du coulis. Naoko aimait tout ce qui était sucré, c’était un fait. Mais avec son expérience, elle avait appris à apprécier les saveurs des aliments, les subtilités des associations, les alliances de textures. En bref, la magie de la gastronomie.
Elle avait toujours particulièrement adoré les gâteaux, et sa formation lui permettait d’effectuer même les plus compliqués. Son stage de fin d’étude dans l’établissement Pierre Hermé à Tokyo avait été le plus formateur. C’était le lieu le plus prestigieux de la ville, et elle n’en était pas revenu lorsque sa candidature avait été acceptée. Là-bas, elle y avait appris que la pâtisserie était un art à part entière, et que chaque création était des bijoux, des trésors. Elle avait même eu l’occasion de rencontrer le chef Hermé en personne, et se souvint qu’elle avait été tellement émue qu’elle avait été incapable de se présenter. Sa révérence lui avait presque fait toucher le sol, et lorsqu’elle lui avait remis sa carte de visite, ses mains tremblaient plus que si elle tenait un marteau piqueur.

Elle sourit doucement tout en dégustant le met sucré. Son parcours universitaire avait été un plaisir, et elle avait vécu de nombreuses choses, en si peu de temps. Son seul regret avait été de ne pas avoir eu l’occasion de partir en France, terre promise de la gastronomie. Cela aurait pu être possible, puisque ce fut le cas de certains de ses camarades. Mais Naoko n’y avait même pas postulé. A cette époque, prendre l’avion pour traverser le monde était inenvisageable. Aujourd’hui encore, même si l’envie de voyager était présente, elle se sentait toujours bloquée lorsqu’il fallait prendre un quelconque transport.

Mais elle était encore jeune. Et le temps lui permettrait peut-être un jour d’entreprendre un tel voyage.

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MessageSujet: Re: Quand tu ne sais plus où tu vas, regarde d'où tu viens [Misuzu]   Dim 24 Juin 2018 - 16:47


Lorsque Misuzu expliqua que ce qui faisait surtout défaut au musée était une équpie stable, Naoko proposa immédiatement d’en parler au café, si elle pensait que l’un de ses clients avaient les compétences ou autre qui étaient nécessaires. La jeune femme hocha la tête avec un sourire avant de finir la préparation et de mettre la table. « Ça me rendrait service. Malheureusement, la culture n’est pas vraiment la priorité des gens ici, encore moins des jeunes… » Elle repensa à ses années d’université. Les choses étaient si différentes à l’époque. Elle avait l’impression que la ville était florissante, pleine de vie et d’occasions d’apprendre des choses ou de s’amuser. Même à Bougu, alors, elle ne se sentait pas en danger. La ville toute entière était comme chez elle. Certes, elle n’en connaissait pas tous les recoins, mais elle n’avait pas peur  de s’aventurer seule dans un peu tous les quartiers. Et puis, les choses avaient tourné au vinaigre. Akai était parti, Kaede était parti. Satoshi était parti. Hisaka était parti. Elle s’était concentré sur son travail, se fermant aux autres. C’était l’exacte raison pour laquelle Kazuki avait fini par laisser tomber. Il lui avait dit, « tu n’as pas envie que je sois avec toi. Je ne vais pas te forcer. » Elle n’avait même pas vraiment protesté, s’était contentée de s’excuser avant qu’il parte en claquant la porte, comme l’avait fait Hisaka presque trois ans avant. Elle avait décidé de donner une chance à Kazuki l’hiver 2021, et ils étaient restés un peu plus d’un an ensemble. À l’heure actuelle, elle se demandait encore comment il avait fait pour tenir aussi longtemps, alors qu’il se démenait pour prendre du temps pour elle, lui rendait visite depuis Tokyo, était toujours disponible lorsqu’elle allait voir ses parents à Saitama, sans qu’elle ne fasse aucun effort en retour. Elle s’en voulait de lui avoir fait vivre ce genre de choses, il ne méritait pas ça.

Bien sûr, elle avait fini par se retrouver sans aucun lien étroit, à part avec ses parents. Et même eux, elle ne leur disait pas tout, loin de là. Elle passait le plus clair de son temps au travail, sans se reposer, sans prendre de vacances et en acceptant toutes les heures supplémentaires alors même que l’entreprise dans laquelle elle travaillait comme secrétaire n’avait aucun rapport avec son domaine de prédilection. Après ça, la chance lui avait souri, enfin, en quelque sortes. Mais finalement, l’état dans lequel elle était à l’heure actuelle était entièrement de sa faute. Naoko avait dit quelque chose. « J’espère que ta nouvelle vie ici t’apportera ce que tu cherches. » Peut être que c’était l’occasion de réparer certaines erreurs. De prendre du temps pour s’occuper un peu d’elle afin de ne pas totalement flétrir et se déssécher. Commencer par aller se détendre un moment en compagnie de sa cousine serait déjà un bon début, aussi Misuzu sourit quand elle accepta sa proposition d’aller aux bains.

Elles avaient fini l’omurice, et Misuzu avait resservi du thé. Elles avaient parlé de choses et d’autres, leur discussion tournant évidemment autour du travail, rien d’étonnant étant donné que c’était le point central de leurs deux vies d’une manière similaire. Finalement, Naoko se leva pour aller récupérer le dessert et Misuzu sortit des assiettes. Lorsque la pâtissière ouvrit la boite pour révéler deux parts de cheesecake, elle ne retint pas un sifflement admiratif. « Je mange souvent de tes desserts mais je suis toujours aussi impressionnée, Nao-chan, » déclara-t-elle d’une voix douce. Elle n’avait jamais été très bonne en pâtisserie, même si plus jeune elle était capable de faire quelques gâteaux simples. C’était surtout les desserts occidentaux, comme, justement, les cheesecakes qui lui donnaient des difficultés. Elle était meilleure pour faire des daifuku, par exemple. Mais là, le résultat était bluffant. Les fruits frais, surtout, et le coulis lui donnaient particulièrement envie. Aussi, à peine son assiette devant elle, elle planta avec enthousiasme sa cuillère dedans avant d’en prendre une bouchée. « Hmmmm…. Sugoi oishi… » dit-elle la bouche pleine, la main devant le bas de son visage. Ça lui donnait presque envie de rire tellement c’était bon. Et pourtant, Misuzu n’était pas forcément une grande fan de sucrée, préférant le poisson ou les nouilles aux desserts, en règle général.

Le silence régna pendant qu’elles dégustaient le dessert. Tomoyo disait toujours que c’était signe que le plat était bon, lorsque les convives ne parlaient pas trop. Mais ni Misuzu ni Nao n’était particulièrement bavarde, de toute façon. Les deux jeunes femmes restèrent ainsi plongées dans leurs pensées jusqu’à avoir fini. Misuzu réfléchissait au meilleur endroit où mettre la plante. Il vaudrait mieux la garder à l’intérieur étant donné que l’hiver approchait, et il ne fallait pas la mettre en plein soleil. Hm. Elle trouverait plus tard. Peut être à côté de la télé. Peut être cette plante était elle le premier signe d’une décoration à venir ? Mais la jeune femme n’arrivait pas vraiment à penser qu’elle investirait l’endroit. Après tout, elle n’y passait pas beaucoup de temps, et même son bureau où elle passait la majorité de ses journées n’était que très peu décoré. Néanmoins, ce n’était pas le moment de penser à ça. Elle attendit que Naoko ait fini son dessert avant de récupérer les assiettes et d’aller les déposer dans l’évier. Elle les rinça rapidement mais décida qu’elle s’occuperait de la vaisselle plus tard, et revint vers sa cousine. « Comment tu veux t’organiser pour aller au Onsen ? Je peux te prêter la plupart des choses, si ça ne te dérange pas de laisser Mako ici… » En entendant son nom, le chien releva légèrement la tête, comme s’il venait de se réveiller. Misuzu s’agenouilla à côté de lui et lui gratouilla la tête entre les oreilles. « Sinon on peut passer chez toi, c’est pas comme si c’était loin, » dit elle en souriant à Naoko. Elle se releva et se dirigea vers la salle de bains pour récupérer ses affaires. En général, elle prenait sa propre bassine et ses propres serviettes, mais elle n’arrivait pas à se rappeler s’ils les acceptaient dans ce onsen là. Cela faisait un moment qu’elle ne s’y était pas rendu. Bon, en même temps, ce ne serait pas un drame si elle devait laisser quelques affaires dans un casier. Elle devrait de toute façon y laisser ses vêtements et son sac.  
You see things. You keep quiet about them. And you understand.

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Quand tu ne sais plus où tu vas, regarde d'où tu viens [Misuzu]
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