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The Future is like a puzzle with missing pieces: difficult to read, and never, never what you think.
 
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 Leçon d'humilité [PV Mei]

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Takuya Hibari
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MessageSujet: Leçon d'humilité [PV Mei]   Mar 30 Aoû 2016 - 21:44

"Nous avons proposé la foi au ciel, à la terre, aux montagnes : ils ont refusé de s' en charger ; ils ont tremblé de la recevoir. L' homme s' en chargea et il est devenu injuste et insensé."
Sourate XXXIII, 72

Frisson d'une échine qui, à la faveur d'une lecture, se rend compte de l'immensité de son ignorance. Gênés, les yeux parcourent une nouvelle fois ces mots qui les ont tant surpris. Le regard suit son court, de gauche à droite, effleurant les lettres du bout des cils comme une première fois au lit. On se sent mal de lire ces lignes qui ne nous sont pas destinées, on prend conscience que les frontières sont également dans les esprits. On se sent étranger dans ce livre, la formulation est différente. Les mots se répètent, forment des agglos parfois pompeux. Pourtant, le sens est là, puissant, traversant la langue et les cultures. Alors on se surprend à relire ces lignes une troisième fois, avec plus de hardiesse, l'air grave de ceux qui ne peuvent plus se laisser surprendre, attentifs. La magie n'opère plus, et c'est tant mieux, mais le souvenir de la sensation reste, déjà emprunte d'une certaine nostalgie.

Takuya referma d'un claquement bref le lourd volume à la couverture de cuir et aux lettrages d'or sans prêter attention aux quelques passants qui le dévisageaient. Le métro arrivait, et avec lui le vent chargé d'odeurs nauséabondes des sous-terrains de la ville.

Il avait acheté une édition du Coran la veille, dans une petite boutique de bric-à-brac comme il en existait tant à Bougu. C'était la troisième fois qu'il s'y rendait. La première fois il avait acheté quelques bouquins traitant du Bouddhisme et du Shintoïsme, c'était des essais, écrit par des théologues et des historiens, des livres abordant ces religions d'un point de vu scientifique en somme. La seconde, poussé par on ne sait qu'elle hardiesse, il avait acheté les deux testaments de la bible et ses principaux évangiles. Il avait été touché par Luc, sans doute le plus humain, mais il les avait dévoré tous sans exceptions, ne lui restait plus que le Coran. Hésitant, ses yeux avaient d'abord longuement parcouru la reliure du livre, coincé entre un bouddha en terre cuite et un présentoirs à piles sur une étagère branlante. C'était encore autre chose que la Bible, c'était une culture largement méconnue dans un pays où les habitants n'avaient connaissance de cette région du monde qu'au travers des quelques annonces de massacres et de guerres qui s'y déroulaient. Les médias n'aidaient pas à la compréhension.
C'est donc aussi sûr de lui qu'un néophyte sur des patins à glace qu'il rentra dans son petit appartement avec l'ouvrage sous le bras, le regardant chaque soir pendant trois jours alors qu'il était posé sur sa table de chevet. Ce fut l'approche de son anniversaire qui le décida à sauter le pas. Simple sens du spectacle ou réel déclencheur, il ne savait trancher, quoi qu'il en soit, sa surprise balaya ses autres considérations. Loin du récit barbare et obscure, il eut plutôt l'impression d'être face à une sorte de mélopée grandiloquente, rigoureuse, triste mais magnifique. C'était ronflant par endroits, et comme la Bible, de nombreuses atrocités y étaient perpétrées mais l'étudiant qu'il était replaçait aisément ces écrits dans leur contexte respectif. L'histoire humaine était violente, que leur religion le soit également était chose normale.

Il ne se sentait pas devenir mystique, "la grâce ne m'atteint pas", songeait-il ironiquement, et à vrai dire, il ne savait pas réellement pourquoi il s'imposait lui même ces lectures parfois fastidieuses. Peut-être pour des instants comme celui-ci, rares, où au détour d'une phrase, d'un verset ou d'une sourate, il ressentait la force du sens. Celui qui avait écrit ces mots les avaient pesés, retournés, réfléchis, et le sens de ce qu'il croyait sincèrement être la vérité était parvenu jusqu'à lui, Takuya, et ça, rien que ça, c'était émouvant.
[...]

La fraicheur d'une brise matinale venait lui souffler dans le cou lorsque notre homme se présenta devant la porte du bâtiment où se trouvait la piscine de l'académie, sapant ses forces. Cela faisait des semaines qu'il y songeait, ou même des mois. Il lui fallait franchir un cap, vaincre une certaine peur.

D'aussi loin qu'il se souvenait, Takuya avait toujours eu peur de l'eau. Il n'avait jamais pu ne serait-ce que s'approcher d'une piscine, et les bains du soir étaient un drame à chaque fois, alors la mer, n'en parlons pas. En vacances, celui restait sur la plage, avec sa mère, à regarder d'un air morne son père et son frère aller se baigner. Il ne savait pas bien pourquoi cette peur l'accablait, mais elle était là, profonde, viscérale. Il y avait réfléchi, et trouvait tout un tas de défaut à la pratique de la nage, ne trouvant aucun intérêt au ralentissement des corps plongés dans un milieu qui n'était pas le leur, mais cela n'était qu'une excuse. Il lui fallait bien franchir le cap, d'autant que se voir ainsi devenir faible devant une marre d'eau n'était pas pour flatter son ego.
Du moins ainsi face au bâtiment, bien d'autres pensées venaient l'assaillir. Il avait peur, et ce ne fut qu'après avoir pris une grande bouffée d'air frais qu'il se décida à entrer d'un pas trop raide pour paraître décidé.

Les vestiaires étaient déserts, les bassins également. Seul le maitre nageur, visiblement pas bien réveillé le regarda passer les barrières de sécurité d'un œil torve, il allait devoir se mettre en tenu pour surveiller un seul homme et ça ne lui plaisait pas. Ce dernier lui lança un "'tendez que je me mette en maillot pour rentrer dans l'eau". Petit homme musclé qui s'en alla s'habiller en râlant à propos d'un certain étudiant qui n'avait rien d'autre à faire de leur journée... Quelques minutes sans surveillance pour notre jeune homme, suffisantes pour ce qu'il comptait faire.

Il retira ses vêtements comme si ils étaient en feu, mis son maillot et enfourna son sac de sport dans un casier prit aléatoirement. Resserrant son bonnet qui prenait des formes incongrues à cause de ses cheveux, l'étudiant se sentait ridicule dans cet accoutrement, et il l'était sans nul doute, mais déjà, il se trouvait face au plongeoir. Pressé qu'il était, il n'avait pas pris le temps de contempler l'étendue d'eau qui se trouvait devant lui, et en mesurait brutalement la taille. A la vue de la profondeur, son ventre se serra, sauter ainsi sans savoir nager n'était peut-être pas une si bonne idée que ça, c'était d'ailleurs l'idée la plus stupide qu'il ait eut depuis bien longtemps. Malheureusement l'ego a cette faculté de faire perdre la raison, on souhaite être plus fort en confondant courage et stupidité.

Déformant les paroles d'un certain Paul qu'il ne comprenait pas encore, mais qui, des années plus tard lui révéleraient tous leur sens, Takuya monta sur le plongeoir.
"Ma faiblesse donne la mesure à votre force, et à ce titre, je suis plus fort que vous."

Il sauta.

Il avait foi en sa force, il était devenu insensé.

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Mei Shiozaki
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MessageSujet: Re: Leçon d'humilité [PV Mei]   Dim 18 Sep 2016 - 17:27


Février 2008. 18h10 ― Amassé au milieu du couloir un groupe d’enfants tous de la même tranche d’âge, dix voire douze ans pas plus, tout droit sorti de leur vestiaire respectif. Ils n’étaient pas moins d’une quinzaine et créaient à eux-seuls un brouhaha très tôt stoppé par l’arrivé d’un adulte. Ce dit-adulte attira tous les regards d’un raclement de gorge et attendit que règne le calme complet pour débuter.
« Bonjour je me présente Shinoda Yosuke. Je suis professeur de sport de formation, j’ai travaillé pendant plus d’une dizaine d’années à l’institut privée Teyô. J’ai intégré le club de natation il y a de cela cinq ans et depuis je suis en charge des plus jeunes. Je ne sais pas si certains d’entre vous ont déjà fait partie d’un club auparavant. » son regard parcourut brièvement la foule. N’attendant pas réellement de réponse il poursuivit. « Sachez qu’ici les membres aspirent à intégrer de grandes écoles sportives, mais vous n’êtes pas obligés de partager cette envie après tout vous êtes ici en premier lieu parce que vous aimez nager et que vous voulez progresser, n’est-ce pas ? »

Quelques petites voix timides se firent entendre, il y eut des oui puis des questions qui revenaient sur le mini discours auquel ils venaient d’assister. Mei elle, fixait la grande porte qui se trouvait derrière son nouvel enseignant. Elle savait que cette dernière donnait lieu au cœur même de la piscine, le grand bassin qu’elle avait aperçu en arrivant au bâtiment un peu plus tôt dans la soirée. Partagée entre appréhension et curiosité, elle attendait aussi patiemment qu’elle le pouvait le début de son premier cours. L’attente fut de courte durée puisqu’elle put d’ores et déjà voir une bonne partie des élèves se diriger vers cette-dite porte et en fit ainsi de même. L’endroit était comme elle l’avait imaginé depuis l’extérieur, grand et spacieux, à la hauteur de sa réputation. L’infrastructure entière avait connu de grandes rénovations et l n’était pas difficile de deviner dès le premier coup d’œil. Les élèves s’étaient éparpillés un peu partout et on les pria de venir s’asseoir sur les premières marches des gradins pour recevoir les consignes pour leur premier vrai exercice. Rien de bien méchant, un simple test pour évaluer leur niveau et voir quelles nages ils maîtrisaient. La brasse était souvent la première qu’ils connaissaient puisque c’était celle que leur parent leur avait montré en même temps qu’ils avaient appris à nager. S’en suivait du crawl qu’ils observaient à la télé lors d’événements sportifs, ils tentaient de recopier les nageurs pro du mieux qu’ils le pouvaient. Ils se jetèrent à l’eau chacun à leur tour, certains s’essayaient au plongeon, mais furent rapidement stopper par Shinoda rejoint par deux autres personnes. Chaque chose à son temps.

Septembre 2016. ― Si Mei se mettait à repenser à ce moment précis, c’était peut-être parce qu’elle en avait vu passer des nouveaux membres qui rejoignaient le club de natation de Keimoo dont elle était la vice-présidente. Elle savait ce que ça faisait désormais de prendre en charge un groupe. Néanmoins très tôt quelques-uns de ces nouveaux arrivants s’inscrivaient sans réellement savoir ce qu’on attendait d’eux. Outre le fait que certains étudiants prenaient ce sport comme un simple passe-temps qui leur permettait de profiter de l’eau fraîche des bassins lors de grandes chaleurs, il y avait un écart entre ceux qui entraient par curiosité et ceux qui venaient avec dans l’esprit de gagner toutes les compétitions possibles. De ce fait elle se trouvait à devoir gérer tout ce petit monde avec le professeur Yoshida et ce n’était pas toujours une mince affaire. Déambulant dans l’un des nombreux couloirs de l’académie l’étudiante jetait un dernier coup d’œil à l’heure. Elle avait de l’avance, ce qui la rassura d’un côté même si elle savait pertinemment qu’il était impossible pour elle d’être ne serait-ce qu’une seule fois en retard. Elle se dirigea d’un pas certain vers la sortie du bâtiment principal pour prendre le chemin en direction de celui de la piscine.
Il ne lui fallut que quelques minutes avant d’arriver à la porte d’entrée, là elle actionna la poignée, un silence. Pas un seul autre étudiant n’avait eu l’idée de faire comme elle. La jeune japonaise laissa échapper un soupire et s’engagea dans le long couloir qui se séparait par la suite en deux, les vestiaires si situant à sa gauche. Elle en ressortit une dizaine de minutes après vêtue de son maillot une pièce qu’elle enfilait spécialement pour les entrainements. La couleur n’était qu’un détail, néanmoins elle avait voulu en choisir une qui la démarquait pour qu’on puisse la repérer rapidement en cas de problème lors des séances, ainsi elle opta pour un rouge.

A sa sortie, toujours personne. Empruntant ce même couleur pour se rapprocher cette fois-ci des bassins, elle s’affaira à s’attacher les cheveux en chignon quand elle vit qu’elle n’était au final pas toute seule. Ses yeux se posèrent automatiquement sur le visage qui lui était familier.

« Endô-senseï, bonjour ! Vous êtes encore là ? »

Shuichi Endô travaillait en tant que maître-nageur à l’académie Keimoo depuis facilement quinze ans. Il se faisait discret, mais avait le mérite de faire son travail avec sérieux même s’il manquait parfois d’enthousiasme. En temps normal il ne restait pas pour les activités du club, laissant place à un autre collègue qui commençait peu de temps après lui. Il la salua comme à son habitude. Arrivée à sa hauteur, elle le vit l’air aigri lui montrer du menton une autre personne que Mei n’avait pas de suite remarqué. Elle se tourna suite à son geste. Elle ne l’avait jamais vu et en déduisit donc qu’il ne faisait pas partie des membres qu’elle attendait de voir apparaître. En soit, ce n’était pas dérangeant qu’il soit encore là, la piscine étant encore ouverte à tous jusqu’à une certaine heure.

« Est-ce qu’il y a eu du monde aujourd’hui ? »

Question qu’elle lui posait toujours, ce fut comme un rituel qui s’était mise en place sans que tous deux s’en aperçoivent. Il lui demandait si tout se passait bien au club, ils discutèrent des exercices prévus pour la journée et puis quand il y avait eu des compétitions, des résultats que l’école avait obtenus. Mei se plaça à sa gauche et garda un œil sur l’étudiant qui, à ses yeux, prenait bien du temps à sauter.

« J’espère que tout va bien là-bas. » déclara-t-elle, plus pour rien au final.
« De quoi Shiozaki ? » avait-il enchaîné
« Oh rien, c’est juste que…rien rien oubliez. »

Mei haussa les épaules et passa à autre chose. Elle marcha alors vers le bord puis s’assied. Sa main droite vint rencontrer l’eau froide qui contrastait avec la température extérieure. Penchée sur cet étendu d’eau, fixant sa main désormais plongée dedans, elle ne vit pas le vieil homme se rapprocher à son tour et encore moins son expression changer en une fraction de seconde. Seul le bruit de quelqu’un haletant la fit sortir de ses pensées. Par reflex elle se leva et accouru à l’autre bout du bassin. Elle savait très bien que ce n’était pas le moment pour elle de paniquer, mais à dire vrai elle n’avait jamais eu à affaire à ce genre de situation. Après tout c’était logique, personne ne se baignait si on ne savait pas nager.

Les yeux écarquillés, l’étudiante assistait à la scène impuissante. Bien sur le maître-nageur avait tout sous contrôle, mais ça ne l’empêchait pas de s’inquiéter. Forte heureusement, le calme revint et l’étudiant était hors de danger.

« Il va bien ? » demanda-t-elle tout d’abord au maître-nageur. Elle l’aida à sortir le jeune homme de l’eau et ils le firent s’asseoir sur le sol tiède. Mei prit place à ses côtés tandis que le vieil homme parti chercher de quoi boire.  C’est rassurée, mais toujours quelque peu anxieuse qu’elle décida de reprendre à nouveau la parole pour questionner cette fois-ci l’étudiant.

« Qu’est-c’qui t’as pris ? Tu tentais de faire quoi au juste ? »

Il avait ainsi intérêt à trouver une très bonne excuse.

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MessageSujet: Re: Leçon d'humilité [PV Mei]   Lun 27 Mar 2017 - 0:13

Gerbe d'eau chlorée, elle attaque la peau qui frappe la surface. Rouges et privés de sens, les membres sont sans dessus dessous. Contact de deux mondes qui auraient du rester éloignés. Venues des tréfonds, les bulles s'entrechoquent. Les oreilles pleines d'un bruit désormais distant, métallique d'une échelle qui frappe l'un des rebords.

Calme plat.

Il regarde la surface, se souciant peu de ses yeux au contact du liquide trop basique. La lumière du jour perce imparfaitement en bas, diminuée et faible, venue d'ailleurs, tout comme lui. Son corps flotte sans un mouvement, de peur de briser l'instant. "Je pourrais y dormir" se dit-il alors que son dos touche le fond, ses membres supérieurs tendus vers la surface. "Ce n'est pas si terrible", imagine-t-il alors, "il suffit de se laisser porter".
Il repense à ses vacances passées à flâner au bord de la piscine, ses sorties scolaires à rester au vestiaire enfermé.

2008 - Tokyo

Monsieur Ando, professeur émérite d'un collège réputé n'était pas du genre à se laisser faire par les élèves. Il était vieux, ridé mais avait regard, des traits sévères et ne se séparait jamais de sa chemise blanc cassé impeccablement repassée. Ses années d'enseignement lui avait permit d'obtenir ce poste, et il y tenait. De sa poigne de fer il avait tenu en laisse de multiples classes, des plus capricieuses aux plus sages. Toutes avec la même énergie, ses élèves le respectait et il en était fier. Tous, sauf un.
Il n'écoutait rien, venait en retard quand cela lui plaisait et le suspectait de tricherie aux examens. La convocation des parents à de multiples reprises n'y changeait rien. Engager une procédure d'exclusion aurait été simple, mais il aurait prit cela comme un échec personnel. Non, il était de ceux qui croyait aux vocations, mais la présence d'un tel individu dans sa classe lui gâchait ses dernières. Un jeu s'était installé entre, un jeu malsain fait de remarques désobligeantes voilées, de petits chantages, et autres mesquineries. Chaque année cela recommençait, et donner un vainqueur dans tout cela était impossible.
Le seul moment où l'une des deux forces en compétition consentait à une trêve résidait dans les sorties scolaires en piscine. Le jeune Takuya s'asseyait sur le banc des vestiaires, se changeait comme tous les autres puis restait ainsi là durant deux bonnes heures. Monsieur Ando pouvait au loisir surveiller sa classe avec le maitre-nageur tandis que le jeune garçon regardait les lumières au plafond. C'était un accord tacite, leur récréation quand ils en avaient assez de leur quotidien morose.

Une fois de plus il sourit à sa bêtise. Monsieur Ando doit être aussi borné que lui. Souvent, il lui arrive de porter un regard bien trop dur sur son passé. Souvent, il se rend compte de la chance qu'il a bien trop tard, et c'est là, au fond d'une marre de produits chimiques qu'il faisait le point.

Au bout quelques minutes l'air vient à manquer. Ce n'est alors guère plus qu'une portion d'oxygène manquante. "Il est temps de remonter". Oui, mais comment ?

Il regarde ses bras ballottant plus haut comme si ce n'était pas les siens et, d'un coup, les projette en arrière. Il a bougé, un peu. A peine. Il continue, bat des jambes d'en avant à en arrière, et, ce qui n'était d'abord que quelques gestes désordonnés se transforme en une danse désarticulée au fur et à mesure que l'oxygène vient à manquer. Ses mouvements sont brusques, grossiers et maladroits. Toute sa force lui est inutile, ses mains cherchent une prise mais ne rencontrent que de l'eau. Bientôt, il expire le peu qui lui restait en un hurlement d'outre-monde, mais, résorbé par cette masse informe, ce rien de plus qu'un son étouffé.
Étouffé, il commence à l'être. Il panique, ses mouvements se font plus lents, sa vision se brouille et une ombre passe devant ses yeux.

Le solide, enfin. On l'attrape, le ceinture. Les mouvements sont coordonnés, puissants mais maîtrisés. En quelques battements, la surface est crevée à défaut d'être mort. On le dépose sans ménagement. Carrelage blanc aux reflets bleutés, si dur mais rassurant. Il crache, de tous son corps et n'entend pas ce qu'on lui dit. Il tremble et, comme un nouveau né ses poumons lui font mal. Il n'a pas frôlé la mort, à peine effleurée et encore, et pourtant il tremble en bavant , ravi de se voir vivant.
Piètre image.

Il se laisse glisser au sol, et, d'un regard incrédule, prend conscience de son environnement. Une voix l'atteint, indéniablement féminine.

« Qu’est-c’qui t’as pris ? Tu tentais de faire quoi au juste ? »

Colérique, emplie de reproches. Inquiète aussi. Il papillonne des yeux, sa vision se précise. La voix s'accompagne d'un visage. Il expire lentement, calmant son rythme cardiaque. Il la regarde, grande, elle semble contrariée. Quelqu'un a t'il fait une bêtise ?

Dans un geste lent et mesuré, notre homme vient plaquer sa main contre ce visage bien trop intrusif, s'assurant de sa réalité.
La laissant là et sans s'inquiéter d'une possible réaction, il articule finalement du ton de ceux qui se moquent du monde.

" Ca s'voit pas ? J'm'entraîne pour les JO là. "

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