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The Future is like a puzzle with missing pieces: difficult to read, and never, never what you think.
 
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 Pour un quart de soupir

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Haruki Lei
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MessageSujet: Pour un quart de soupir   Dim 31 Juil 2016 - 18:15

Note: le temps a été déformé pour ce RP.


Temps brouillés

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PV Mei - Haruki


A cet instant là, on avait balayé son corps de ses repères, il perdait la vue, il perdait l'ouïe, perdait une à une ses sensations. Traîtresse insidieuse, mirage fourbe, la fumée les gommait de sa présence massive et impalpable, elle s'infiltrait lentement par les pores de sa peau jusqu'à s'approprier son être effacé. Dans ce rêve là, ce monde fait d'illusions, il surgissait tout à coup des vapeurs de l'enfer, les poumons en feu et les perceptions brûlées, éjecté entre les étincelles des bris de la fenêtre et happé par le vide. On criait encore mais il ne les entendait pas et sans jamais pouvoir s'arrêter entre les mains venues trop tard à la rescousse, Haruki se redressait et détalait au loin dans un état second, animal sauvage qui retrouve brusquement l'air frais de la liberté. Les cuisines du bâtiment des clubs n'étaient guère plus qu'au premier étage et si son atterrissage il échouait et son vol déchirait ses tissus corporels, son être le portait loin de ce tumulte, loin du chaos. Loin, juste loin.

Les grues avaient dû finir brûlées depuis.

-


La dureté du sol devenait immatérielle, Haruki gisait et gisait encore dans cette torpeur sans jamais savoir quoi espérer de plus; il attendait jusqu'à ce que tout lâche, mais ce tout ne le lâchait jamais. La vie était, tout compte fait, une notion bien étrange.

Etrange, comme la valse douce et à la fois saccadée de ses mains voltigeant au dessus d'un clavier marbré de blanc et de noir. Sauf que cette fois elles ne voltigeaient pas et en marquant un saut, s'écrasaient sur un sol dur et granuleux. Sa vue brouillée s'éclaircissait à l'obscurité de la lune, et tandis que commençaient les premiers chants nocturnes des grillons, les orbes de ses yeux se posaient sur non pas les touches polies d'un instrument mais sur l'enrobé bitumeux de la terre. Les sirènes retentissaient au loin, Lei roulait sur le côté et se redressait doucement, cadavre réveillé par sa propre mort, et rentrait dans les quartiers Bougu pour s'effondrer sur le seuil de sa porte. Entre la confrontation avec les racailles et quelques jours plus tard, l'explosion dans le bâtiment des clubs, son sort n'avait pas été épargné: on lui avait pansé les blessures et replacé l'épaule. Il avait été difficile de le retrouver pour lui administrer ces soins et aujourd'hui encore, il n'apparaissait pas à ses rendez-vous soigneusement planifiés. Il y eut un silence, il ferma les yeux et le vide l'envahit. La douleur, elle n'avait aucun sens face à la splendeur des harmoniques, elle n'était qu'un fait supplémentaire lorsqu'il caressait le faux ivoire et que les accords emplissaient l'espace d'une scène vide. (...)


Les chaises raclées au sol dans une atmosphère de fin des cours, Haruki se levait, attrapait son cahier vide puis sortait en silence. Plongé dans une torpeur depuis quelques jour, une sensation de grésillement et de fourmillement permanent agaçait ses sens. Les tiraillements, les contusions et la peine que lui rappelaient les mouvements du bras se mêlaient à ce bruit de fond irritant, le rendant encore moins parlant qu'à l'ordinaire. Certains étudiants n'étaient pas revenus en cours après l'incident, mais Haruki Lei, répondait anormalement de sa présence comme si l'événement ne lui faisait ni chaud ni froid. C'était toujours quand on s'y attendait le moins qu'il apparaissait, avec une impression de venir de nulle part, tel un oiseau se posant quelques instants sur le rebord d'une fenêtre. Il longeait le couloir interminable sans avoir choisi le plus court et bifurqua brusquement au tournant de ce dernier.
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Mei Shiozaki
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MessageSujet: Re: Pour un quart de soupir   Lun 8 Aoû 2016 - 15:28

Un silence. Ou bien l’illusion d’un silence. L’envie que ce bruit sourd cesse. Un bruit qui n’avait rien d’agréable et qui agressait mes tympans. Plus je fermais les yeux et plus ce qui m’entourait changeait à leur réouverture. J’avais cette impression que si je les fermais encore une fois, si j’osais le faire alors tout serait perdu. Tout serait si différent que je ne reconnaitrais plus rien ni personne. Mais je continuais à le faire tout en ayant connaissance des conséquences. Que se passait-il exactement au juste ? Il y avait tellement de lumière, mais pas de cette lumière accueillante qu’on ne voudrait voir partir. Bien au contraire. Réchauffant l’atmosphère, étouffant l’air, brûlant tout sur son passage. Cette lumière n’était pas la bienvenue. Mais voilà qu’elle s’était approprié l’endroit et nous poussait dans son action à fuir. Il y avait des crépitements, des pas qui s’éloignaient aussi rapidement que possible et il y avait moi. Je restais un instant devant ce spectacle sans fin. Assise contre un mur, j’étais comme bloquée et je n’arrivais pas à me décider à me lever. Tout semblait se dérouler au ralenti comme pour me donner le temps de comprendre ce qui se déroulait là, maintenant. Une main étrangère tira sur mon bras, je me laissais faire et sans réfléchir je la suivais. Le contact avec l’air frai fut brutal. Je fus prise d’une quinte de toux et je ne remarquais que maintenant les multiples coupures sur mes bras. Je passais ma langue sur mes lèvres desséchées et le goût du sang me fit grimacer. Je ne voulais qu’une chose rentrer à la maison et tenter de tout oublier.

Un énième bruit m’extirpa de mes pensées. Je fermai d’un geste vif mon cahier, ne suivant de toute façon plus le cours depuis un moment. J’avais une mine affreuse et je mettais ça sur le dos de ces dernières nuits durant lesquelles je n’avais de cesse de me rejouer cette fameuse nuit animée par ce feu venu de nulle part, de ces gens qui criaient comme si c’était la fin. Je ne m’étais pas renseigné plus que ça, j’attendais que les informations viennent à moi par le biais de discussions entre élèves. Ma curiosité habituelle m’avait quitté et à sa place une inquiétude constante qui s’éveillait à chaque fois qu’il y avait un peu trop de monde à mon goût. Ils avaient beau tous rire et afficher une santé parfaite, je me disais que ce n’était qu’une façade et que parmi eux se tenaient sans doute des victimes de l’incendie. En y repensant j’avais peut-être besoin de parler avec quelqu’un de ce que je venais de vivre. Mes parents avaient essayé de discuter avec moi, en vain. Ils ne comprendraient pas, ils n’étaient pas là, eux.

Je rangeais mes affaires et pensais déjà à mon prochain cours tout en observant les élèves quitter en masse l’amphithéâtre. Je ralentissais ma cadence voulant éviter de me mêler à tout ce monde. Un soupir s’échappa de mes lèvres et la voix d’une amie me parvint aux oreilles. Oui je vais bien. Et même si ce n’était clairement pas la vérité il n’y avait rien à faire, je devais simplement attendre que ça passe. Le temps m’aidera plus que répondre à leurs questions qui au final, servaient plus à apaiser leurs angoisses plutôt que les miennes. Je refermai mon emprise sur la lanière de mon sac et m’engageai rapidement dans le couloir. De l’extérieur je devais donner l’impression de vouloir les semer et dans un sens ce n’était sans doute pas faux. Je longeais les murs, j’avais hâte que cette journée touche à sa fin. Mes yeux rivés sur le sol, je heurtais alors par erreur une personne ou était-ce l’inverse ? Dans tous les cas ce nouveau choc n’était vraiment pas ce qu’il me fallait. Mon visage se crispa et je levai les yeux vers cette dite personne.

« Haruki. »

Fut la seule chose que je réussissais à dire. Et cela me suffit à me renvoyer à l’incendie mais surtout à l’endroit où cet évènement avait eu lieu ; le bâtiment des clubs. Je n’avais pas oublié, mais j’avais été dans le déni. Il m’arrivait même de m’y rendre à l’heure où j’avais mes heures de clubs, d’être surpris par la grande bâche et les barrières qui barraient le passage et défendaient quiconque d’avancer plus loin. Tout avait brûlé. Mais il n’avait pas changé et sa présence restait toujours aussi rassurante.

Un silence, cette fois-ci ce n’était pas mon imagination. Enfin un silence.

« Tu étais là ? » lui avais-je demandé à voix basse, comme si j’avais peur que cette simple question fasse se retourner deux ou trois personnes qui savaient alors de quoi je voulais parler.

Je tentais de me rappeler des personnes présentes, mais c’était le trou noir et rien ne me venait à l’esprit à part ces flammes, la peur et l’incompréhension.

« Il n’y a plus rien. »

Vraiment plus rien. Surtout les grues.
Mon regard fiévreux cherchait à éviter le sien. On pouvait à cet instant-là me lire dans un livre ouvert et je n’aimais pas ça. C’était en réalité une bien mauvaise idée de parler de ça avec quelqu’un. Je voulus me reprendre, mais les mots n’arrivaient pas à sortir. Ma main droite vint agripper ma jupe puis très vite je me rendis compte de mon geste et je la lâchais. Un sentiment bizarre m’habitait et j’avais cette sensation de manquer d’air. J’eus cru à une crise d’angoisse, cependant je n’étais pas sujette à ce genre de trouble. Je me sentais bizarre, trop pour rester.

« Je dois y aller. Désolée. »

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MessageSujet: Re: Pour un quart de soupir   Mar 9 Aoû 2016 - 18:34

Il avait fallu un couloir et son tournant pour que le bruit de pas accompagné d'une silhouette familière fassent ralentir la cadence de ses propres pas. Le visage de Mei au regard rivé sur la partition invisible du sol, lui s'arrêtait mais elle ne s'arrêtait pas: il la laissa arriver sans avoir le réflexe social de s'écarter. Mei lui rentrait dedans et Haruki, cillait dans la superposition d'une lueur jaune criard, rouge pourpre, douleur depuis l'épaule jusqu'à l'échine, derrière lequel apparaissait le visage tendu de Mei. Il ne bronchait pas et percevait son nom, puis le silence que ses sens désordonnés s'éreintaient à briser s'installait sur l'espace de quelques secondes.
Y était-il ? On lui avait déjà posé la question et il avait fini par assimiler ces "y", ces là bas et ces au bâtiment des clubs désormais interdit d'accès. Légèrement, il secoua néanmoins la tête pour répondre par la négative. Son corps démentait ce dont son esprit ne se souciait pas. On lui rappelait cet accident comme s'il en faisait un déni, on lui répétait l'événement comme s'il avait oublié, sans savoir que ni la douleur, ni la peur n'avaient le même sens et les mêmes fondements pour ce garçon. Il n'était pas là et venait d'arriver, et rien n'avait disparu puisqu'ils étaient là, eux. L'académie, par chance, ne déplorait aucun mort. Elle était cependant plongée dans un état de deuil étrange, étrange comme l'aura de Mei d'où se dégageait un mal-être général.

Vacillante, incertaine, elle s'excusait de devoir y aller et pourtant ne bougeait pas. Un autre instant passait et son silence ne s'en allait pas.


Pour le peu que l'étirement des commissures de ses lèvres ressemble à un sourire, Haruki avait souri et s'était décidé à faire un pas de côté pour continuer sa route. Il la contournait ainsi et extirpait de sa poche un minuscule baladeur numérique -à peu près le seul atout technologique qui devait possiblement l'accompagner de temps à autre. Il n'allait pas plus loin et mit un moment à démêler consciencieusement d'une main, les fils blancs des écouteurs. L'autre main, elle se contentait parfois de tirer un fil de son noeud entre l'index et le pouce, tout en maintenant le carnet de cours de son bras ayant perdu de sa dextérité depuis l'accident. Alors qu'on eu dit que plus rien n'existait au delà de ces fils et de ces noeuds, Haruki se retournait, attrapant les écouteurs de ses deux mains pour les porter sur les oreilles de Mei. Elle se tenait de dos; dans un froissement de papier, le cahier glissait et en s'envolant vers le sol, perdait quelques feuilles déjà détachées.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] - Éparpillées par terre comme des feuilles d'automnes, les dernières pages vierges valsaient encore quand les premières notes résonnèrent avant même d'avoir atteint une attention. Les mains ouvertes de Haruki couvrait les oreilles de Mei cachées sous ses cheveux bruns, et d'entre ses paumes dépliées, chantait doucement les cordes d'un piano.

-Tout va bien, Mei.

Et son épaule relâcha doucement la pression, dans un tiraillement violent. Les fils et l'ipod glissèrent au sol et Haruki se baissait comme si de rien n'était pour récupérer les feuilles et son cahier. Bientôt, le couloir plongé dans un étrange calme, fit disparaître les groupes d'étudiants.
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MessageSujet: Re: Pour un quart de soupir   Mer 17 Aoû 2016 - 21:39

Je dois y aller, avais-je déclaré. Mais me voilà toujours au même endroit. La tête légèrement baissée, le regard fuyant et l’esprit ailleurs, le temps d’un instant. Le temps que je prenne conscience que je n’avais toujours pas bougé. Et mon désolé sonnait presque comme une de ces excuses que l’on sort pour éviter une situation ou bien pour partir aussi vite qu’on est venu. Je ne sais toujours pas laquelle des réponses choisir. Mon désolé sonnait juste simplement faux. Je restais là, face à Haruki. Tous deux silencieux, mais son silence ne ressemblait pas au mien. Le sien était ce qu’il était, ce que lui était. Le mien n’était pas moi. Alors je relevais ma tête pour espérer me sortir de cet état étrange que je ne me connaissais pas. Ma question eut sa réponse. Non il n’y était pas. Vraiment ? Alors mon comportement devait à coup sûr lui paraître bizarre. Mes yeux s’arrêtèrent sur cette ligne droite qui ne l’était plus vraiment. J’en aurais perdu mes mots si j’en avais eu à prononcer. Mon regard toujours fixé sur ce fin sourire si discret que j’eus cru l’avoir imaginé aux premiers abords pour ensuite comprendre qu’il était bien vrai. Ce fut bref, mais les moments rares ne durent jamais éternellement. Et je le maintenais ce regard même après qu’Haruki se soit en aller, mes pupilles cherchant une quelconque trace de cette action, trop éphémère à mon goût.

Je le sentis passer à côté de moi, s’arrêter et s’affairer sans vraiment savoir à quoi. Du coin de loin je décidai de l’observer, mais je cessai très vite et ne voyant rien venir, m’apprêtai à continuer ma route et ainsi m’en aller vraiment. Je m’avançais, mon pied droit prêt à m’engager vers mon prochain cours, mais je me stoppai. La chaleur de deux mains contre mes oreilles et une mélodie venue d’ailleurs. Il me fallut quelques secondes pour comprendre bien la situation. Mes mains se posèrent instinctivement sur les siennes pour très vite s’en éloigner dans un sursaut, comme si je venais de réaliser mon geste. Mon visage se tournait vers lui alors que la musique jouait dans mes tympans. Que dire d’elle. Elle avait calmé mon anxiété et j’osais penser m’être rapproché de lui. Je lu sur ses lèvres cette phrase. Celle qu’il m’avait déjà dit alors que l’on descendait les escaliers. Alors que j’avais eu un moment de frayeur et qu’il avait cherché ainsi à me rassurer. Je souris d’un sourire qui se trouvait être moins discret que le sien, mais qui ne dura pas plus longtemps. Je refis face au couloir désormais vide. Les élèves avaient tous rejoint leur salle de classe. Combien de minutes s’étaient-elles écoulées ? Assez pour me savoir en retard. Un goût salé se déposait sur mes lèvres et je frottais mes yeux. Cela me perturba et j’eusse espéré qu’il n’ait rien vu.

La mélodie cessa et avec elle la vue des feuilles éparpillées sur le sol très vite ramassées par Haruki. Je me baissais à mon tour pour récupérer l’ipod et les longs fils que je pris soin de ne pas emmêler. La musique tournait encore, j’appuyai sur le bouton arrêt, lu le titre puis je lui tendis le tout et avec lui deux ou trois feuilles se trouvant à mes pieds. Puis c’est hésitante que je décidais enfin à me faire entendre.

« Merci. J’imagine que tu as raison, tout le monde semble s’en remettre alors pourquoi pas moi. » dis-je en haussant les épaules, peu convaincue et pourtant je tentais de me conforter dans cette idée.

« Dis-moi la vérité. N’y étais-tu vraiment pas ? »

J’insistais sans trop savoir pourquoi. Peut-être voulais-je trouver un allié dans ce silence trop pesant ou dans ces discussions trop bruyantes. Mon esprit cherchait à se souvenir des visages présents, des voix ou simplement des silhouettes. Rien. Tout n’était que brouillon. Je retins un soupir et pris appui sur mes genoux pour me relever. Sûrement trop vite car je fus prise de tournis. Je soufflai.

« Non, oublies. » Passons à autre chose. « Comment vas-tu depuis la dernière fois ? »

Depuis la dernière fois…ce n’était qu’il y a quelques semaines et pourtant ça me paraissait être des mois. C’était mentir que de dire que je n’avais pas essayé de le recroiser dans les couloirs et dans le bâtiment du club avant que celui-ci ne parte en fumée. La chance n’était pas de mon côté, je tombais sur tout le monde sauf lui. Puis je n’essayais, j’attendais juste qu’il apparaisse. Comme j’attendais sûrement que Satoshi vienne me voir pour une quelconque aide. Mes yeux se posèrent sur ses affaires.

« Tu te rendais à quel cours ? »

Simple question qui me fit prendre conscience que je ne savais pas grand-chose sur lui. Simple question qui s’avérait être plus maladroite que je l’aurais voulu.

Ce n’était qu’un incendie. Je n’avais peut-être pas l’habitude de ce genre d’événement, mais ce n’était qu’un incendie. Je me répétais encore et encore cette phrase.

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MessageSujet: Re: Pour un quart de soupir   Lun 29 Aoû 2016 - 1:24

Les feuilles reprenaient une à une leur ordre sous un bras douloureux tandis qu'il observait les gestes de Mei, les mots de sa bouche lorsqu'elle parlait, les blessures de ses bras, la musique qu'elle lui rendait. Dans ce petit appareil des oeuvres, quelques notes à la volée aux premiers accords qui parlaient avant même d'avoir pu dérouler l'intégrité de leur mesure. Haruki avait beau les écouter, il n'en entendait plus la matière première et son oreille, l'imaginaire, y superposait un autre chant. Il lui arrivait alors de faire résonner mentalement deux à trois partitions simultanées ou parfois même, d'entendre le morceau interprété à l'envers depuis la fin jusqu'au début. Aussi déroutant que cela aurait paru s'il s'était expliqué à ce sujet, claire, logique et concise était la musique qui vivait en Haruki Lei au delà de sa complexité. Limpide, comme elle ne lui apparaissait pas dans la vie de tous les jours, où il devait composer quelque part sur la toile d'une étrange humanité.

Hésitant, il agrippait l'ipod. Mei avait dit devoir y aller puis s'était retournée, elle avait dit devoir y aller et était toujours là. Éphémères, impalpables, c'était ces instants là qui lui échappaient et, sans avoir à chercher l'origine de ces déséquilibres, les inconnus continuaient à se multiplier dans cette équation grandeur nature. Il croisait involontairement les yeux de Mei alors qu'elle se relevait, regard humide qui n'appartenait plus à l'allégresse de la fille à la robe blanche du bâtiment des clubs. Là bas, il n'y a plus rien, avait-elle dit. Haruki n'avait pas vérifié; du feu, il ne s'en rappelait pas. Ses sonorités envahissantes et son odeur en revanche, âcre dans la gorge, étaient restés au souvenir de cet édifice. Rien de plus rien de moins.

-Parce que tu n'es pas tout le monde.

Tout le monde était une curieuse notion.
Haruki se releva lentement et son épaule ne lui en remercia pas.

-J'y étais. Toi aussi mais toi tu y es...

Restée.

Elle passait soudain à autre chose. L'incertitude dans laquelle Mei était plongée lui rappelait la pointe mélancolique au passage d'un majeur à mineur -de quelle tonalité, il ne le savait pas. Il y avait trop d'indéfinis dans ce qui émanait de cet instant et Haruki marquait un silence, laissant tomber l'ipod dans sa poche.

-La dernière fois tu as dis qu'on se reverrait.

Sans savoir où et quand, sans avoir forcé la main sur ce que Mei avait prédit, Haruki savait intuitivement que ce ne serait pas dans le bâtiment des clubs. Il n'y passait qu'en de rares occasions et pour s'y rendre plus souvent, il aurait fallu qu'il soit inscrit à un des clubs. Tôt où tard Megumi devrait justifier de cette absence de participation et si la scolarité de son garçon restait dans cette académie, elle ne tenait que sur le prestige qu'il savait faire naître du creux de ses deux mains. Haruki Lei, quand il jouait, n'avait rien d'humain. (...) Obscures, deux pupilles sombrement surdimensionnées se posèrent quelque part derrière l'épaule de Mei comme si elle devait se laisser aspirer par le tournant de ce couloir. Elles revinrent de nouveau sur le visage de Mei, ce visage qu'il apprenait à découvrir anxieux, à lui en donner envie de tâtonner son émotion du bout des doigts. On lui avait appris à se tenir car il ne le fit pas, et secouait légèrement la tête.  

-J'ai plus cours aujourd'hui.

D'un geste imperceptible il indiquait le hall qui se trouvait dans sa trajectoire tandis qu'un autre instant de vide les accompagnait. Les contingences et les impondérables, ils ne semblaient jamais vraiment affecter Haruki et le retard notable qu'aurait Mei à son cours ne lui effleurait pas vraiment l'esprit. Ce n'était pas comme s'il la privait de sa volonté et elle ne lui demandait pas d'attendre la fin de ses cours. Haruki vivait le monde comme des oiseaux migrateurs de passage se croisant un jour dans le ciel. Pour autant, se retrouver sur le chemin de Mei avait quelque chose de désarmant. L'attention rabaissée, elle ne croisait pas ses yeux et lui laissait la liberté de détailler les détails de son visage, son front étroit, ses sourcils fins. Il ne se passait que quelques secondes, ancrées dans un tunnel interminable.

-Mei, tu pleures.

Haruki pensait que les larmes n'étaient jamais nécessaires pour pleurer. Et lorsqu'il voyait des larmes, Haruki ne pouvait s'empêcher de sentir une forme de beauté primitive à travers un tel spectacle. C'était un peu comme les rires, sauf qu'il avait appris à ne pas contempler ouvertement les pleurs d'un autre. Il ne le fallait pas, et cette limite constituait une autre de ses équations bancales aux inconnus multiples.

-Qu'est ce que tu regardes ?

Que vois-tu, à quoi penses-tu. Une éternité s'écoulait depuis qu'il s'étaient recroisés et Haruki n'attendait pas de réponse immédiate à sa question. Il repartait déjà comme ce qu'il était apparu mais ralentit ses pas quelques mètres plus loin, comme s'il patientait le temps que Mei le rejoigne.

-Ta bonne humeur, elle ne se trouve pas en cours.  
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MessageSujet: Re: Pour un quart de soupir   Dim 4 Sep 2016 - 18:38

Est-ce qu’on sait ce qui a bien pu arriver ?
Apparemment ce n’était pas volontaire, il y a eu un disfonctionnement du système de sécurité nous empêchant d’évacuer comme il se doit.
Tu as lu ça où ?
C’était dans le dernier numéro du Keimoo Hebdo, vous l’avez pas lu ? J’ai vu tout le monde l’acheter.


Alors que ces bribes de discussions revinrent à la surface, l’écho des mots prononcés par Haruki sonna comme un besoin d’oublier ces souvenirs. Ce n’était vraiment pas mon genre de passer à côté d’une conversation. Je suivais du regard ses mains qui venaient de récupérer ce que je lui avais tendu. Cela m’avait paru durer plus longtemps qu’en réalité.

Je n’étais pas tout le monde. En temps normal cela aurait pu être un compliment, encore faut-il vouloir se démarquer des autres. Mais en cet instant-là, j’aurais souhaité qu’il me dise le contraire. Si j’étais différente alors cela voulait-il dire que j’étais prise au piège par cet incident, que j’allais devoir supporter ce sentiment de malaise encore longtemps quand tous reprendraient petit à petit leur train-train quotidien, si ce n’était pas déjà fait ?
Un semblant de curiosité qui ne s’était plus montré depuis des jours s’éveilla. Je décidais cependant de ne rien lui répondre.
Je le vis se lever et je l’imitais, le sentant déjà prêt à partir. J’entrouvris la bouche, mais comme figée je ne puis laisser entendre quoi que ce soit. Etait-ce mes nombreuses interrogations qui l’obligeaient à prendre autant la parole ? Je ne savais pas trop, il aurait d’ailleurs pu ne rien répondre ou bien m’offrir de brèves réponses. Cela ne m’aurait pas étonnée. Or là je fus surprise. Une surprise qui m’était inconnue surtout quand j’étais avec lui.
Et parmi ses dires j’appris qu’il y était en fin de compte. Il y était tout comme moi. Je ne compris pas pourquoi il me l’avait caché. Et je me rappelai sa précédente remarque. Mon expression changea. Tout s’expliquait, j’étais la seule à ressasser encore et encore ce moment. La seule alors que les autres étudiants étaient passé à autre chose. Je me sentis bête et presque honteuse.
Il continuait à mener la conversation, je l’écoutais.
Un second souvenir plus agréable que j’accueillais volontiers, celui d’une promesse.

« Oui. » je marquais une pause comme pour réfléchir à la suite de ma phrase. « Ça tient toujours ? Je veux dire que ça ne compte pas vraiment, là. »

Je disais ça, mais je n’avais aucune idée de quand est-ce que je risquais de le recroiser après.
Ma journée n’était pas finie, la sienne si et mon cours avait d’ores et déjà commencé, je me tournais vers le long couloir que j’avais arpenté pour me rendre à ma salle. Je soupirai. Je n’avais réellement plus aucune motivation pour m’y rendre. Fallait-il vraiment que j’y aille ?

Puis ce que je redoutais auparavant arriva, je me mis à frotter mes yeux un peu plus fort. La tête baissée, je fus prise d’embarra et je n’osais lui faire face. Le peu d’assurance que j’avais alors était sur le point de s’envoler. Après quelques secondes je décidai de me reprendre.

« Ça va aller. C’est à cause du morceau de tout à l’heure. Rien de plus. »

J’affichais un sourire qui se voulait rassurant. Même si mon comportement actuel pouvait prétendre le contraire il n’y avait rien d’alarmant. L’obligation de lui répondre me tira complètement de cet état silencieux qui m’habitait depuis bien trop longtemps. Cet état qui me donnait l’impression d’être en décalé avec les autres, d’être absente tout en étant dans la même pièce.

D’autres interrogations, mais le voilà s’éloignant. Je le suivais l’instant d’après. J’avais hésité, néanmoins cela n’avait duré qu’une fraction de secondes.

« Pourquoi ? Que veux-tu dire par là ? » lui demandais-je.

Il m’avait laissé le temps de le rejoindre et très vite je me retrouvais à marcher à ses côtés, ne sachant pas où est-ce qu’il voulait m’emmener.

« Je ne regarde rien ou peut-être trop de choses à la fois. Mais là je te regarde toi. »

Je me passais la main dans les cheveux, ignorant quoi faire d’autrs et regrettant presque ma taille qui m’empêchait de me faire toute petite. Je me retrouvais à observer du coin de l’œil cette même phrase tatouée au cou que j’avais remarqué dans la salle du club d’origami lorsque celle-ci existait encore. La vue des tatouages pouvait en choquer plus d’un et si j’avais visité pas mal de pays où l’on ne se souciait guère de si vous en avez un ou pas, je restais toutefois quelque peu réticente face à ce choix de s’en faire un. Mon analyse se poursuivie et j’avais très envie de lui demander quelle était sa signification et tout simplement pourquoi.

« Où est-ce qu’on va ? » finissais-je par lui demander.

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MessageSujet: Re: Pour un quart de soupir   Jeu 15 Sep 2016 - 23:10

Est ce que ça tient toujours ? Ce qui devait compter si maintenant ne le devait pas, Haruki l'ignorait. Tout d'un coup, il y eut trop d'informations à assimiler autour d'eux et il perdit son étonnement sur les larmes de Mei plus nombreuses et plus visibles, surprise qui se figeait à mi chemin en une contemplation hésitante alors qu'elle baissait la tête pour cacher ses émotions. Perplexe, indécis, le gothique ne réagit pas, mutisme derrière lequel on ne pouvait expliquer sa dépossession de quelques futiles mots de réconfort accompagnés de bon sens. Seule l'envie d'observer ces larmes de plus près au moment où Mei relevait la tête se brisait et il détournait instinctivement le regard pour éviter ses yeux, se contentant d'entendre sa justification. La fumée et ses cris étaient invariablement les seules choses dont il se souvenait de l'explosion dans la salle des clubs. Depuis, son corps pansait ses blessures pendant que son esprit lui, voguait, déconnecté d'un monde tangible et trop près de ses drames; avec le temps on découvrait qu'Haruki Lei, ne savait simplement pas souffrir.

-Tu regardes une fumée qui existe plus.

Sa voix, dans une intonation sans fluctuation résonnait distinctement pour le vide installé dans leur couloir tandis que les pas de l'étudiante l'accompagnaient vers le hall. Elle le rejoignit, presque trop vite, et quelque chose dans sa voix l'arrêta; Mei de son regard l'étudiait discrètement, et il se tournait vers elle dans une appréhension inexplicable. Sa vue remontait depuis les épaules jusqu'au cou, depuis la pointe de son menton jusqu'à la courbe de son nez et soulignant ses cils aux minuscules particules d'eau emprisonnées.
Voilé par l'artifice de ses lentilles obscures, Haruki avait cessé de partager les teintes et les directions qu'il donnait à son regard à défaut de pouvoir soutenir celui des autres. On avait beau eu le reprendre, les pupilles le perturbaient; leurs expressions irisées, trop franches et lisibles à l'excès, lui étaient déstabilisant au point d'en devenir parfois douloureux. Les années avaient atténué cette sensation dérangeante mais la difficulté, toujours impénitente et inaltérable, elle subsistait. Il y eut un bref contact occulaire et cela, peut être que Mei ne le saurait jamais.

-Ailleurs.

Haruki se détourna soudain et s'arrêtait vers son casier. Il attrapait d'une main les feuilles vierges qui faisaient office de support de cours, pour les glisser dans le numéro cent un, attribué au dessus de son nom. (...) Il n'y avait pas de direction, pas d'objectif ni de but ultime. Haruki Lei, il vivait aux variations de son instinct, au gré de ses réflexes. Il avait pris l'habitude de devancer ses accompagnants, ouvrant une marche invisible en décadence de son environnement. Il aimait marcher devant parce qu'il pouvait effleurer la liberté du rythme de ses pas, et il ne savait ni se fondre ni suivre un groupe, parce que leur logique ne sillonnait pas celle qui lui était propre. Se caler à la cadence d'un autre, c'était écouter le tempo de ce dernier pour le faire sien, c'était entrecouper son solo pour swinguer vers les voix d'accompagnement. Petit, les plus téméraires suivaient cet enfant singulier, en acceptant -ou refusant, que jamais lui ne le fasse. Et ce fut ainsi que leurs pas, dans une étrange coordination, les menèrent vers la sortie de l'académie. Très vite pourtant, Haruki s'arrêtait: les épaules se frôlaient mais il ne survivait pas aux accords de cette harmonie et dans sa tête, ses pas revenaient à confondre Scarlatti avec Ravel, du Messiaen contre un Bach. Il se figeait et tendit alors la main du bras valide, la droite, pour ouvrir sa paume sous les yeux de la jeune fille.

-Ailleurs ...?

Jamais Mei ne saurait qu'une grue de papier journal avait atterri par mégarde dans le casier de celle qui portait son homonyme au nom de Shizoaki et, jamais elle ne saurait pourquoi son chemin ne se croisa pas plus tôt celui de Lei. Si ce dernier avait bel et bien donné un signe infime de vie, le silence avait rattrapé les lettres esseulées imprimés sur les ailes dont un AU REVOIR en-tête d'un article qui finirait en un pliage sophistiqué, Au revoir pour revoir, est-ce que quelque chose tenait toujours, était ce le sens de la question que Mei devait lui renvoyer plus tôt. Il cilla, une fois, et entraînait cette dernière en menant la ballade improvisée, comme s'il était le seul à en connaître la fin et toujours en avance par rapport à Mei. En fond, il y eut des bruits de moteurs, des voix et des tintements variés, le mouvement tranquille de leurs pas resta le même mais le décor changea.
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MessageSujet: Re: Pour un quart de soupir   Ven 10 Fév 2017 - 19:39

Ailleurs. Ailleurs. Ailleurs. Ce simple mot résonnait dans ma tête et mon esprit tentait d’en comprendre son sens, le sens qu’Haruki lui attribuait. Mais il était bien difficile de déchiffrer ce schéma, car je voyais ses réponses comme tel. Des coups de crayon sur une grande feuille blanche, des traits donnant lieu à un croquis qui ne serait alors visible que si l’on arrivait à éloigner la feuille placée un peu trop près de nos yeux. Or je ne parvenais pas à m’en écarter et ses dires me plongeaient dans un silence interrogateur. J’osais espérer une suite, une explication tout en ayant pleinement connaissances que c’était à moi de faire le premier pas ou même le chemin entier. Mon rythme toujours calé sur le sien je le suivais sans réfléchir, enrôlé dans un mécanisme qui s’apparentait presque à une marche sans fin. Mon regard se perdait quelques fois timidement sur sa personne, mauvaise habitude dont je peinais à m’en débarrasser. Je suivais alors le sien, essayant de savoir ce qu’il fixait. Un virage, une porte, un banc, quelque chose qui sonnait comme un indice sur leur prochaine destination. Rien. Simplement le vide du couloir. Le vide qu’on observe sans observer lorsqu’on erre sans but précis. Je clignais des yeux et la sensation de mes cils sur ma peau me rappela alors mon état. Je les frottais machinalement, tapotait légèrement mes joues comme pour me redonner de la contenance. La fumée n’existe plus. Un arrêt. Temporaire. Je me figeais le temps d’un instant. Une autre question, une autre énigme. Son visage parut flou, ma vision se concentra alors sur sa main. J’étais encore plus perdue qu’auparavant et l’entendre répéter encore ce ailleurs suffirait presque à me faire abandonner toute chance d’élucider un jour ses paroles.

Loin de l’académie et du cours auquel je devais assister, je vis passer plusieurs rues tantôt que je connaissais tantôt que je découvrais. Le centre-ville était proche et avec lui l’agitation des gens qui s’amassaient sur les terrasses, qui parlaient de tout et de rien profitant de la chaleur des jours d’été avant l’arrivée des fortes pluies que le Japon subissait chaque année lors de cette saison. Une main posée sur mon sac, mon portable sur silencieux ne pouvait m’indiquer si on cherchait à me joindre. Tant pis me disais-je. Tant pis.
La grande place de Keimoo fut visible, mais notre marche nous dévia vers une ruelle plus petite, plus silencieux et moins ensoleillée. L’ombre s’était installé sur le côté droit et je fis signe à Haruki de nous décaler du soleil.

« Je ne sais pas où est ton ‘ailleurs’, mais ça doit être un endroit calme…j’imagine ? »

Je me lançais dans une discussion, ne sachant pas vraiment où cela allait me mener. Mes pupilles se posaient alors sur les vitrines de magasins en tout genre ; cette évasion ressemblait de plus en plus à une balade improvisée, une tentative d’oublier un peu. Et je m’accordais quelques minutes pour oublier ce qu’il devait être oublier. C’était un accident, tout le monde va bien et je ne dois plus y penser. Je me le répétais encore une fois, acquiesçais légèrement pour marquer ma décision. Le rire de passants attira mon attention, je me surpris à écouter ce qu’ils se racontaient et cela eu pour effet de me retarder si bien qu’Haruki paraissait encore plus avancé qu’il ne l’était déjà. J’accélérai le pas sans chercher à le dépasser. Je me mis derrière lui. En face de moi il n’y avait que du noir. Je me concentrais sur le tissu de son haut qui se plissait, se tendait au fil de ses mouvements.

Une pancarte un peu trop colorée, en total contraste avec écrit en gros quelques noms de glaces assez imaginatifs me firent prendre conscience que l’ombre commençait à se dissiper. La température devait avoisiner les vingt-huit degrés. De ma main droite je lui agrippai le bras, de mon autre main je lui indiquais avant même qu’il ne soit totalement retourné le dite café qui brillait de ces couleurs estivales.

« On peut se poser quelques minutes ? J’ai besoin de quelque chose de frais. » avais-je réussi à lui demander, embarrassée de le couper dans sa recherche de cet ailleurs.

Et mon envie fut sûrement évidente, en effet les yeux d’une des employés s’étaient d’ores et déjà posés sur nous, prête à nous souhaiter la bienvenue avec un sourire professionnel. Moi j’étais de ce genre à se faire vite avoir par l’amabilité des vendeurs, on disait souvent que j’avais le profil de la cliente idéale. Une petite attention et vous pouviez être sûrs que j’allais revenir très prochainement. Et comme prédis, les lèvres de la jeune femme qui nous accueillait s’étirait pour laisser apparaître un sourire plus honnête que celui de ses collègues. Il n’en fallu pas plus pour me mettre du baume au cœur. Je me retournais pour faire signe à Haruki, cela permit de faire comprendre que nous étions deux. A l’intérieur ou en terrasse ? - Il y a la clim et j'imagine que c'est plus tranquille, alors ce sera plutôt à l’intérieur. Entendu.

L’échange fut bref, le menu posé sur la table qui faisait écho au décor quelque peu fleuri de l’endroit. Sans prendre le papier plastifié entre mes doigts, je lisais les propositions. J’hésitais entre une boisson et une glace et j’imaginais que c’était une hésitation que je partageais avec la moitié des gens présents.
Je levais la tête, mes mains se joignirent sur le froid de la table. Un léger sourire.

« Tu vas prendre quoi ? » une simple question.

L’air frais de la pièce rendait supportable le brouhaha et en diagonal, au loin une moitié d’enseigne qui lui paraissait familière, celle d’un magasin d’Orelli.

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MessageSujet: Re: Pour un quart de soupir   Lun 13 Mar 2017 - 16:15

-Des glaçons.
- Avec de l'eau peut être ?

Il secouait de la tête en silence et son regard, d'une intensité vide, fixait la jeune femme en attendant leur commande. Elle eut un sourire déstabilisé sans toutefois le perdre et tenta un coup d'œil interrogateur en direction de Mei, dans le doute de ce garçon étrange, puis désarçonnée, elle attendit poliment la deuxième commande. L'enseigne ayant ouvert ses portes la veille, on offrait à chacun la consommation en guise d'inauguration durant toute la semaine. Insensible à tout ce marketing ambulant, Haruki en soulevant leur plateau, n'avait ni particulièrement faim ni soif, et cette lubie de glaçon à l'eau reflétait son état d'esprit indécis, en passant commande sans vraiment passer commande. Les fenêtres attirèrent son dévolu et il pointa leur destination de sa main libre. À ce geste, quelques regards désintéressés se levèrent avant de retourner à leurs préoccupations. Les préoccupations, c'était la fille qui gloussait en face, le garçon occupé à la faire rire, ou un groupes d'amis pris dans une anecdote quelconque. Ou encore, le livre de révision d'avant les partiels; certains se concentraient visiblement davantage dans un environnement bruyant ou alors ce n'était que pour le paraître. Réviser dans un café c'était trendy il semblait. Malgré toutes ces attractions, l'attention d'Haruki persistait à vouloir s'échapper par la fenêtre et ce n'est qu'après un long moment, qu'il se tournait vers Mei assise en face de lui. Il paraissait ni ne prendre conscience des bruits alentours ni des présences environnantes dans ses instants d'absences remarquables. Le monde d'Haruki Lei était fait d'étranges vides en équilibre précaire les uns sur les autres et revenir dans un monde où il fallait remplir ces vides était un passage toujours quelque peu délicat.

-Mei tu es fatiguée?

Il la dévisageait comme s'il la voyait pour la première fois, de ces yeux qui oubliaient de ciller une fois une cible arrêtée. Il baissait le regard sur ce que la jeune fille avait choisi et revenait pour déchiffrer ses expressions derrière ces grains de beauté discrets qu'il remarquait. Ils ne se croisaient pas souvent ainsi, pour ainsi dire. La lumière de fin de journée relevait les teints et ornementaient les cheveux de l'étudiante en divers reflets et Haruki clignait, une fois, comme si un obstacle avait obstrué sa vue. On lui avait dit qu'il devait arrêter de fixer les choses ainsi, mais ne pas utiliser les yeux pour voir lui était une limitation difficile. Il se mit à observer les quelques gouttelettes fraîches venues s'agglutiner autour de son propre verre fondant et enfonça la paille pour la maintenir entre les glaçons. Mais de cette paille, il n'en n'avait pas besoin parce qu'il n'y avait que cet amas de glaçons empilés sans eau. Il murmurait alors.

-Ailleurs, c'est presque l'heure.

Pas encore, pas encore.
Nous y étions, presque.

Il regardait le ciel du coin de l'œil, les moineaux qui voltigeaient d'un fil électrique an l'autre, le balancement doux des feuilles d'arbres plantés en ligne le long de la rue. Dans cette athmosphere là, la présence de Mei avait quelque chose qui allait bien avec cette sérénité. Il y avait souvent dans son regard une flopée de question qui semblaient s'effacer comme ce qu'ils apparaissait mais cela, Haruki ne le percevait que trop vaguement. Et par deux fois dans sa poursuite d'ailleurs, elle se trouvait là, tentant d'apercevoir ce après quoi il courait. Il lui aurait pourtant suffi de poser les interrogations qui remplissaient si facilement l'esprit pour en avoir leur réponse.


-


L'heure s'écroulait tranquillement et tandis que les allées et venues se poursuivaient aléatoirement mais sans arrêt. Vint l'heure où Mei était arrivée devant la symphonie colorée de papiers pliés, lorsque les bâtiments des clubs étaient encore intacte et accessible de n'importe quel étudiant. Haruki se leva en attrapant son verre vide et attendit que Mei le rejoigne de nouveau. Il dévalait ainsi la rue comme s'il ne s'était jamais arrêté nulle part et comme s'il n'avait eu personne à attendre, d'un pas ni lent ni modéré, dans cette chaleur ambiante d'une fin de journée. Mei aurait pu le perdre qu'il l'aurait sans doute retrouvée, il connaissait la cadence de son pas et bientôt il entra dans un parc japonais où les gens continuaient de profiter de la vie après le travail, comme s'il avait fallu qu'elle s'arrête avant. Ignorant le reste, il s'immobilisait enfin et retrouvait Mei avant de s'engouffrer dans les allées dont il semblait être le seul à connaître l'ordre à emprunter. C'était le plus vaste parc de la ville, étendu fait de ponts rouges, au dessus de petits étangs, de pins taillés et d'arbres aux petites feuilles d'érable qui se tiendraient de rouges dans les semaines à venir. Haruki ignora les sentiers prédéfinis et finit par s'arrêter là où il ne se trouvait plus personne. Le jour s'était assombrit et cet ailleurs que Mei ne connaissait arrivait. Mais ce n'était pas la nuit.

- Tu les as déjà vues ?

Et lorsque les lampadaires commencèrent à s'illuminer plus loin, de petits points verts se mirent à éclairer, un par un, timidement, la verdure du sol.
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MessageSujet: Re: Pour un quart de soupir   Sam 8 Juil 2017 - 16:52

Le temps, simple invention de l’homme, rythmait à lui seul les journées et s’amusait à nous poursuivre au quotidien. De là où je me trouvais, je ne pouvais apercevoir une quelconque horloge, aucun chiffre me permettant de me situer dans le moment et pourtant si je prêtais attention, il m’était alors simple de me faire une vague idée. Au-delà des voix et des rires, une musique comme on ne cesse d’en entendre à la radio installer une atmosphère agréable, légère et invitant chaque client à se détourner de l’envie de partir. Combien de musiques s’étaient enchaînées pour se faire entendre l’espace de trois, quatre minutes ? J’aurais peut-être répondu deux et mon voisin, connaissant par cœur chaque titre sélectionné m’aurait facilement contredit. Puis mon regard croisa celui de la serveuse venue à notre rencontre, la même que j’avais aperçue alors que mes yeux s’étaient posés sur les tables à l’extérieur. Quand bien même le monde affublait, elle ne semblait pas être dépassée par les événements. Toutefois, je sentis qu’elle ne s’était pas retourné vers moi pour dans l’unique but de noter ce que je désirais boire. Mes mains croisées jusqu’ici sur mes cuisses, vint attraper la carte que j’avais à dire vrai consultée assez de fois pour savoir la liste parfaitement. Moins perturbée qu’elle par la réponse de Haruki, je me dépêchai voulant lui éviter d’être gênée d’avantage.

« Un jus d’orange pour moi s’il-vous-plait », finis-je par commander en lui tendant le menu.

Après avoir répondu un ‘je vous apporter ça tout de suite’, je la vis se diriger vers les cuisines et revenir plus vite que prévu vers nous avec nos deux boissons accompagné d’un bruit des glaçons contre le verre, du contact de mes paumes chaudes contre ce froid et de l’acidité de l’orange.

« Mei tu es fatiguée ? »

Je m’arrêtais alors de boire, fixant le peu de jus qui me restait. Durant les quelques secondes qui suivirent je me demandais pourquoi cette question lui était venue à l’esprit et tentais tant bien que mal, de savoir si j’avais laissé paraître une quelconque once de fatigue.

« Pas vraiment non…pourq-et toi ? »

Je clignais rapidement des yeux, ne sachant pas trop où il voulait en venir. J’imaginais qu’il essayait de faire la conversation, mais ses yeux perçants me firent regarder ailleurs et cet ailleurs était son verre à lui rempli de simples cubes d’eau gelée, rien d’autre. Je finis d’une traite le reste de ma boisson comme pour avoir un contenu identique au sien. Je pris un glaçon en bouche avant de sortir mon porte-monnaie et poser le montant exact sur la table.

---

Je suivais aveuglement Haruki, profitant de la suite de notre ballade interrompue par cet instant au frai, il y avait toutes sortes d’individus, ce n’était plus que des jeunes ou des personnes âgées, il nous suffisait de regarder un peu partout pour remarquer de nouveaux arrivants. Je me demandais où est-ce qu’on allait sans trop vouloir poser la question directement. Quelques minutes plus tard j’eus la réponse à mon interrogation secrète. Je levais ainsi la tête vers les divers arbres qui formaient le parc dont j’ignorais le nom, n’ayant connaissance de son existence que maintenant. Je continuais à marcher d’un rythme un peu plus soutenu, l’envie d’en découvrir plus s’étant installé. La soudaine fraîcheur me fit ralentir pour me retrouver aux côtés d’Haruki. Je croisais quelques fois le regard de familles venues profiter elles-aussi de cette température quasi-ambiante.

La lumière se faisait timide alors que nous parcourons un peu plus le parc, lorsque je cherchais le ciel du regard, je ne pus apercevoir qu’un bout de parcelle bleue coupée par les feuillages. Ces derniers semblaient être prêts à nous tomber dessus et cela me donna presque le vertige.

La voix d’Haruki s’éleva une nouvelle fois et je cessais de chercher le soleil. Tu les as déjà vues me questionna-t-il, mais je ne savais pas de quels les parlait-il jusqu’à ce que mon intuition me fasse me tourner. Là, au loin, une lumière, différente, à la fois faible et intense.

« Des lucioles, wouaah... » furent les seules paroles qui sortirent de ma bouche alors que fixais avec insistance ces petites lueurs vertes renvoyant une ambiance féerique.

Il n’en fallut pas plus pour réveiller ma curiosité et mon émerveillement. Je m’approchais délicatement, de peur de les voir disparaître.

« Tu savais qu’il y en avait, c’est donc pour ça qu’on est venu ici. »

Je m’arrêtai constatant être assez proche pour admirer ce qui se confondait en spectacle. Accroupie, j’écartais prudemment les quelques herbes dans l’espoir de les voir d’encore plus près, comme pour confirmer que ce que je voyais n’était pas qu’une simple illusion jouée par mon esprit influencé par l’atmosphère. Certaines s’envolèrent d’un coup et je lâchai un petit cri de surprise, me décalant comme pour les laisser passer.

« C’est bizarre. Pourquoi est-ce que c’est si joli, je ne comprends pas. »

Et je délaissais du regard ce champ lumineux pour chercher les pupilles noires d’Haruki comme si j’estimais qu’il était le seul à avoir réponse à toutes mes questions.

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MessageSujet: Re: Pour un quart de soupir   Lun 17 Juil 2017 - 0:15

Près de Mei, Haruki observait les insectes briller et s'envoler en les frôlant presque. Ces lumières vertes, fluorescentes, elles chantaient à ses yeux d'une même voix et à son ouïe, à l'unisson. Le soleil se couchait et le chant se faisait plus distinct, le vert était proche d'une sonorité en si et, venu s'accroupir à son tour, il se rapprochait de ces êtres pour les voir de plus près, voire même les effleurer. On avait tous le défaut de vouloir toucher ce qui aurait du être uniquement perçu par un autre sens et malgré tout, délicatement, Lei arrachait une brindille montée par la luciole lumineuse pour l'approcher plus près et éclairer un tant soi peu ses yeux donnés trop sombres.

-Mais il y en aura plus bientôt, déclarait-il.

Il y eut un instant éphémère néanmoins poignant dans sa phrase. Son air s'était assombri et prononcée ainsi, il y avait cette pointe de mélancolie rendue si honnête qu'elle ne put disparaître sous de fausses expressions qu'on disait neutres.

La pollution ravageait petit à petit les lucioles et dans quelques années, elles disparaîtraient définitivement; c'était là une vérité qui lui soulevait une peine oppressante, quelque part à l'intérieur de sa cage thoracique. Des causes et des chagrins sévissaient en ce monde et pourtant, il avait fallu que ce soit la nature qui soit celui d'Haruki Lei. Alors il s'était tu, longtemps, et il l'avait observé briller sur le bout de sa brindille, trop peu consciente des enjeux lancés par des êtres démesurément immodérés pour n'avoir ne serait ce qu'une chance de faire se renverser ce déséquilibre.

-C'est joli parce que ça dure pas... ?

Il délaissait une question et tandis que la petite bête s'envolait plus loin attirer ses congénères, Haruki en tournant la tête, croisait le regard de Mei tourné droit dans le sien, lui faisant un instant oublier le sort des lucioles.
Un poids sur ses épaules le laissait se tomber lentement en arrière, poussé par cet invisible qui le forçait à s'assoir à même le sol. Le froissement des herbes provoqué par ce lent mouvement laissa s'échapper d'autres lucioles autour d'eux dans d'autres tintements sonores, des résonances que Lei pouvait entendre alors qu'elles avaient été rendues muettes au regard du monde. Dans la synesthésie d'une symphonie constamment colorée, il plissait des yeux, avec une expression étonnée puis nerveuse, rendue plus difficile par l'effort provoqué. On aurait dit un animal nocturne scrutant les environs, un humain à la vision trop faible pour distinguer les détails. Or les détails étaient là et ces détails, se composaient des cils encadrant ces yeux, ces pupilles déstabilisantes. Il faisait sans doute trop sombre pour distinguer jusqu'aux iris et le picotement réveillé entre ses omoplates puis propagé ensuite dans son échine le fit finalement réagir. Par réflexe, Haruki portait une main à sa nuque pour poser le bout de ses phalanges sur les zones les plus désagréables. Les contacts oculaires lui étaient douloureux, on lui avait dit que c'était dans la tête et dans sa tête il y avait comme de minuscules coups électriques par milliers commençant à la base de son cou. Aussi fascinant que fastidieux, il fuyait les yeux car les yeux, tous ces regards, étaient pour lui, un autre embarras. Les globes noires, ces artifices qui couvraient l'intégralité de son regard empêchait de deviner la direction exacte de ses attentions et lui évitaient jusqu'ici, de se retrouver inapte à fixer son interlocuteur et qu'on lui répète son incapacité naturelle. On disait que c'était dans la tête si bien que parfois, Haruki ne retrouvait plus vraiment la barrière entre le mental et le physique. Et après cet instant insoutenable, son regard dérivait sur la constellation sur les joues de Mei; pourtant, on aurait pu jurer que ses lentilles fixaient encore ce regard. C'était à cela, qu'elles servaient ces lentilles.

Il n'y eu pas de tiraillement méchant entre les omoplates, pas de tensions forcées par des muscles crispés, comme ce qui s'enchaînait la plupart du temps. Haruki se détournait d'un spectacle qui aurait pu se prolonger de déraison, et si ce ne fut pas tellement la raison qui découla de ce geste, la sensation de fourmis dans son dos subsistait encore.

C'était une habitude.

Un jour il lui avait dit que le plus perturbant restait les yeux dans ses yeux. Perdus dans un concert de papiers, ils avaient aussi dit qu'ils se reverraient d'une manière ou d'une autre, dans cet accord étrange qui ne serait valable que dans le temps et le hasard. Pourtant il avait fallu qu'un bâtiment brûle entre temps et que le silence écrase les mois avant qu'ils ne se croise de nouveau, au sein d'un même établissement. C'était comme le mouvement concerto mis en pause avant de passer à la variation suivante. C'était envoûtant, entraînant même sans cadence effrénée. Ou alors c'était Mei qui dégageait cette impression, indépendamment de la mélodie. Il fallut que Lei reporte son attention sur la brindille d'herbe restée entre ses doigts et jouer avec quelques autres à ses pieds, non loin de là.

Un jour les lucioles disparaîtrait pour finir inatteignables de ce monde éphémère. Depuis ce ciel scintillant, elle se mettrait à éclairer la nuit et elles regarderaient elles aussi ce monde, tous ces gens, disparaître à leur tour. Mais seules les lucioles continuerait à devenir des étoiles, parce que les humains, eux, ils ne brillaient pas.

C'était faux mais Haruki aimait à penser dans cet ordre là.
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