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 Des fantômes à la chantilly sur nos mémoires. | Miya

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Zakuro Fea
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MessageSujet: Des fantômes à la chantilly sur nos mémoires. | Miya   Mer 29 Juin 2016 - 22:44


    « Des fantômes à la chantilly sur nos mémoires. »



    Étirement péculier de nos chairs en fusion, l'effort est un mouvement qui se répète sans interruption, dans une dynamique à l'unisson, lente et progressive. Comme une copulation silencieuse, en accord aux machines sur lesquelles les déplacements sont automatisés aux nerfs, aux tendons, des individus sportifs s'associent en ces rythmes qui leur sont propre, avec un développement intime. Tout un chacun, microcosme d'une société portée sur l'esthétique d'un corps amélioré, qui évolue en ces spires de chaleur. S'élève une odeur de sueur et de chair énervée, fragrance sucrée et amer des corps en plein ébat avec eux-même.
    La gorge nouée, -émotion trop vivace d'une douleur qui s'intensifie en un plaisir masochiste-, ma poitrine est ouverte sur un souffle qui se braque ; et j'ouvre la bouche pour un baiser silencieux à l'oxygène.
    Je respire.

    La journée qui s'achève est déterminée par cette sensation de perdition dans laquelle je me noie, mes os sollicités sous les comptabilités des répétitions. Pieds campés, respiration soufflée par un choc trop absorbée d'un épuisement que je recherche, je soulève l'altère, une fois de plus, mes épaules crampées. Je n'en veux plus, j'en veux plus, et dans l'opposition de sentiments contradictoires, mon échine se déploie en ce soulèvement ample des poids. Stupide, stupide, et j'imagine le sourire de Joshua contre ma peau, comme à chaque fois que je soulève de la fonte. Mes yeux se ferment, ma respiration se coupe, et j'abaisse, dans cet automatisme de défense agressif, les digues de mon esprit. La concentration est primordiale, et l'effort ne résulte pas du mécanisme. Je voudrais hurler la douleur de mes muscles. J'en considère simplement l'ampleur, afin de travailler les élancements. Mords-moi. Mes os vont craquer.

    Une série de plus, et les dents enfoncées dans la chair, la langue presque ensanglantée, j'en viens à cracher un sifflement haineux, furieux, mes doigts saisis d'une faiblesse humaine, trop humaine. Ça n'est pas assez, songé-je, et claquement fatal, je lâche la barre, qui vient heurter le sol dans un fracas monstrueux. On ne tourne qu'à peine les yeux vers moi, dans cette considération trop banale du corps qui ne supporte plus l'effort, et je me laisse lentement glisser au sol, secoué par les frémissements nerveux qui, sous les roulements de ma peau, transmettent à mon encéphale cette perception d'une usure du corps. Je serre les poings.

    « My - »

    On vient me proposer une bouteille d'eau, que j'accepte d'un cillement éberlué, hibou interdit que je me fais l'effet d'être. Le goulot de la bouteille contre les lèvres, en un contact sec, plastifié, je respire dans le plastique, et vésicule sous pression de mon oxygène réchauffé, l'eau n'en paraît que plus attrayante. J'ai la gorge nouée, la gorgée passe mal. J'en profite pour contempler tout autour ces derniers soldats de l'effort, qui dans ces horaires tardifs, se font de plus en plus rares. Ils sont silencieux, concentrés sur la musique dont les vibrations sont palpables outre les casques audio, et mes yeux glissent sur les corps exhibés, travaillés, de ces sportifs tardifs. Une seconde de suspens, de flottaison brusque, quand soudain, je reconnais l'un d'eux. L'une, en l'occurrence, et mon souffle réduit à un murmure sifflant entre mes lèvres, je me redresse lentement, pour aller vers elle. Brune, de dos, je ne l'aurais pas reconnu. Mais j'ai posé les mains et les yeux sur elle, et je ne suis pas en mesure d'oublier ce que j'ai eu à considéré ce jour-là. Elle a changé. Vraiment changé. Je ne savais pas qu'elle avait eu autant d'ennuis pour vouloir modifier à ce point l'image qu'elle offrait au reste du monde. Rejetant mes cheveux en arrière, les attachant dans un mouvement guerrier, usuel aux combats, pour ne pas être déconcentré, je m'approche en silence, en posant les yeux sur ce qu'elle est, le plus matériellement possible. Des muscles saillants, sous une peau affinée, translucide, elle a perdue la roideur trop sphérique des filles gracieuses, mais inaptes au combat. Se dégage désormais un élan sauvage, plus combatif, de ce qu'elle s'avère représenter. J'attends qu'elle me remarque, le bleu de mes yeux cherchant l'étincelle trop sylve de son regard, pour entrouvrir, doucement, les lèvres, et murmurer.

    « Miya Chanteclair. »

    Évaluation caressante des yeux, dans une semi-perdition, mon esprit embrumé, mes prunelles éteintes ; je considère avec une surprise silencieuse le changement trop évolutif de son corps. La princesse a disparu, remplacée par une guerrière dont la condition physique n'est pas à même de camoufler ses capacités. Ses formes sont maintenus en un support banal, et le vêtement qui colle à ses cuisses exhibe presque violemment la vigueur de ses muscles. Ses seins sont bandés par le port d'une brassière qui écrase, et j'en viens presque à éprouver une émotion particulière sous ces reliefs maintenus fermement.  Je suis impressionné, et admiratif, dans le constat visuel de cette silhouette que j'en viens à apprécier, à profiter des yeux, presque timidement. Il est difficile d'opacifier mes intérêts pour les corps, qu'ils soient courbés ou durs, tant qu'ils exhibent cette vitalité que je recherche dans le rythme. Elle me paraît, indubitablement, plus belle qu'elle ne l'a jamais été, et je me surprend, du rebord des cils, à considérer les courbes de ses bras, de son bassin. Mon sourire, toutefois, ne saurait naître, et d'une voix rendue neutre par l'émotion qui écartèle mes impressions, je viens murmurer ce pourquoi je me suis approché.

    « Je voudrais te présenter mes excuses, pour la dernière fois. »

    Enfui comme un voleur, au milieu de la nuit, emportant sur mes doigts des couleurs que je lui avais apposée, de force. Loin de l'idée de ne pas manipuler, de ne pas m'approprier. Les prunelles abaissées, dans un sentiment flottant, j'attendais, le temps d'un instant, qu'elle juge ou condamne, avant de continuer, sur le même souffle.

    « Je - voudrais aussi probablement te dire que je suis assez admiratif. Tu es belle. »

    Un japonais ne prononcerait probablement pas ces mots-là, mais j'use et abuse d'une confiance rendue ivre sous l'endorphine, tandis que les frémissements de mon corps marquent la nervosité trop violente de mon propre statut. Belle, sous mes critères d'appréciations féminines. Il ne faudrait probablement pas déborder sur le sujet, car malgré mes définitions pansexuelles, je doute pouvoir argumenter de manière très endurante. Dans un forcement particulier à arracher mon regard des muscles qui saillent, j'amène mes yeux à accrocher son poignet, et je contemple, en silence, les représentations encrées des carpes koï embrassées. Les modulations de Joshua montent jusqu'à dans mon esprit, et je viens taire mes tremblements en posant mon épaule contre la barre de la machine à poulie. Mon rythme est lent, épuisé, et je me sens sur le point de tomber en arrière. J'inspire. L'idée me survient, comme une illumination désespérée, et du bout des lèvres, je propose.

    « Dis moi . . .  »

    Je soupèse des yeux une pression qui s'accumule. Les muscles sont rendus frémissants de cette rage trop exacerbée, et nos corps à vif, je contemple le reflet de mes efforts sur ses tremblements de peau. Dans un jeu de miroir particulier, notre ressemblance intense se joue en une affinité de l'effort. Mes prunelles délaissent ses hanches, ses cuisses, pour affirmer le poids de mon regard contre le sien.

    «  . . . -Tu accepterais de sortir avec moi ? »

    Je n'ose même pas sourire, la proposition se voulant complètement sérieuse. Il y a, bien naturellement, une motivation particulière, mais autant ne pas aborder le sujet tant que je ne m'y vois pas confronté. À défaut, je laisse mon cœur battre un rythme trop particulier. Les efforts sont intenses, et je me perds par rapport à moi-même.


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MessageSujet: Re: Des fantômes à la chantilly sur nos mémoires. | Miya   Jeu 30 Juin 2016 - 11:05

D'un souffle, mes poumons expirent mon effort alors que mes muscles saillants se contractent. Un clin d'oeil plus tard, et tout se relâche, d'une oscillation entre la douceur et la violence du mouvement. Il est tard, et je repousse, une fois de plus, les limites de mon corps, dans un monde de rares inconnus venus partager, en silence, la même volonté. Les gouttes perlent dans mon dos proportionnellement à la chaleur grimpant dans mon corps. Animale, le regard féroce, je continue. Encore, et encore. Un sourire inconscient à la commissure de mes lèvres, tranchant avec la situation, je clos mon regard pour me focaliser sur la tension de mes bras, de mon dos. Le silence uniquement entrecoupé du bruit des poids et de la chaine me bercent et m'exacèrbent tout à la fois. D'ici peu, j'irai enchainer avec quelques frappes pour mon entrainement de demain.

Le tissu me colle à la peau et épouse mes formes, m'offrant un carcan bienheureux. Mes formes saillent à chaque mouvement, mes cuisses se contractant par solidarité pour leurs confrères en pleine action. Le temps passe, doucement. L'odeur de sueur se fait omniprésente, presque oppressante. Mes narines se dilatent en silence, à la recherche d'air frais. Tout s'efface doucement sous l'effort, me laissant seule face à moi-même, dans ces instants bienheureux où l'on se retrouve seul face à soi, pour un dialogue sans mots où tant est dit. Je tire encore une fois, me faisant subitement lâcher un grognement sourd où mes yeux se rouvrent pour fusiller le mur du regard, chercher à prouver à un morceau d'immeuble que je peux encore. Pourtant je n'en peux plus. Mais ce soir je veux dormir, en paix, sans être hantée par ces rêves de silhouettes fumeuses qui s'accrochent à mes chevilles pour m'empêcher d'avancer. Laissons le passé au passé.

Ma gorge se serre et commence à réclamer une hydratation se faisant graduellement sentir. Il serait temps d'arrêter, de souffler. Je continuerai après. Mais d'abord une dernière, avant de tout relâcher. Mes mains cherchent une bonne accroche, glissent sur la suface rugueuse, se resserrent. Je fixe le banc, un morceau de tissu ayant rendu l'âme pour laisser apparaitre un brin de mousse se faisant timide. Avec le temps, il gagnera sûrement en audace. A moins que l'équipe d'entretien n'étouffe son projet ambitieux dans l'oeuf. Je tire de toutes mes forces, sentant mes muscles trembler sous l'effort que je leur impose, et, d'un seul choeur, ils m'invectivent dans un langage universel à tous : la tétanie. Il faut pourtant tenir, s'accrocher. C'est la clef. Mon regard se relève subitement, une présence, une ombre se faisant sentir. J'accroche des prunelles, je tressaille.

« Miya Chanteclair. »

Une voix que je ne pourrai jamais oublier. Restant pantoise, je laisse mes mains relâcher leur pression sur la barre qui retombe violemment, laissant les poids s'entrechoquer et mes bras pendre mollement de l'accroche à mes épaules. Suffoquée, je reste interdite un instant, mon cerveau ne semblant pas apte à assimiler l'information que mes globes oculaires, écarquillés par la surprise, tentent désespérément de transmettre. Quelques secondes passent, un redémarrage système s'impose. Mécaniquement, mes lèvrent s'agitent, venant souffler un simple :

« Zakuro... »

Il semble un peu plus adulte, à présent. C'est sans doute une bonne chose. Je n'aurais jamais envisagé de le croiser à la salle de sport, à une heure pareille. Erreur de ma part. Il n'a jamais été là où je l'attendais. Jamais. Alors pourquoi en aurait-il différemment dans une situation pareille ? Je n'arrive pas à sourire. Je reste juste là, bras ballants, le dévisageant sans savoir quelle émotion afficher, ni quelle émotion deviner sous son masque neutre. Ses yeux maintiennent le contact quelques secondes avant de détailler ma silhouette, qui a certainement bien changé depuis notre dernier échange. Et moi je reste bloquée sur son visage, laissant les souvenirs se déployer en raz-de-marée dans mon cerveau déjà submergé. Je cligne des yeux, inlassablement, devant certainement afficher un air niais. Je suis soufflée. Mes bras finissent par s'écrouler et viennent entrer en contact avec le simili cuir froid du banc qui me donne un coup de fouet. Au diable l'odeur de sueur, le cliquetis des autres machines en marche, le bourdonnement de mes temps et le vide de mon occipital. Il est là, et il serait sans doute de bon ton de réagir. Ne serait-ce que pour lutter contre cet engourdissement de gêne malsain qui envahit mon corps pour me transformer, lentement mais sûrement, en poupée de chiffon. Mais sa voix s'élève à nouveau, salvatrice, et je happe ses mots goulûment, m'en servant de point d'ancrage pour remonter à la surface et recommencer à m'agiter. A jouer l'humain, tout simplement. Même si je trouve ce concept assez surfait.

Des excuses. Encore une fois, pas là où je l'attendais. Il m'arrache un brin de sourire, l'adrénaline de l'effort occultant mon état d'esprit habituellement embrumé. Ma tête dodeline, pour chasser ses mots qui n'ont pas lieu d'être. Ils ne l'ont jamais été.

« J'en garde un souvenir plutôt positif, tu sais. Il me raccroche à une vie que j'aurais sans doute aimé posséder. »

Le sourire s'efface doucement, mes prunelles continuent de s'agiter pour fouiller un regard obstinément baissé. Celle d'avant aurait fini par se vexer. L'actuelle comprend trop bien cette situation pour la condamner. Mes mains se joignent, paume à paume, pour se frotter. La cassure de l'effort m'enlève ma chaleur et je n'aime pas cette sensation mouillée. Les frissons de transpiration sont à la fois les plus satisfaisants et les plus détestés. Le silence n'a pas le temps de s'installer qu'il ouvre à nouveau la bouche; cette fois, pour me complimenter. Automatiquement, je détourne le regard et vient gratter délicatement la paume de ma main de mes doigts moites, obstinés. Je ne veux pas être vue gênée. Certaines choses ne changent jamais.

« Merci. J'essaie. »

Sa présence s'intensifie à l'instant même où son épaule vient rencontrer le métal froid, qui, il y a encore peu, m'appartenait dans l'effort et l'intensité. Je relève le regard, les battements de mon coeur ayant cessé de s'emballer, pour retrouver une contenance toute composée. Il a l'air fatigué. Devrais-je me comporter en personne attentionnée et lui proposer de quoi se sustenter ? Moi qui ai toujours une ou deux barres de céréales dans mon casier doit sûrement pouvoir être considérée comme de ceux « prévoyants » qui pourraient partager. Mais je crains d'être déplacée. Après tout, la sensation étrange de malaise semble persister.

Malaise qui empire à la seconde où il recommence à parler. Dear Lord, il ne s'arrêtera jamais. L'embarras me gagne jusqu'à totalement me posséder. Je ne me rappelle pas avoir jamais ouvert un regard aussi grand que celui que j'ai. Inévitablement, mes pommettes rougissent furieusement, et je bégaye. La Miya classe a bel et bien disparu et, s'il y avait effort pour la maintenir, j'aurais lamentablement échoué. Intérieurement, il doit bien se moquer. Ce serait mérité. Sentant une goutte perler de mon front jusqu'à mes yeux, je me retrouve à ciller pour me débarrasser de l'indésirable invitée. Mes doigts tapotent furieusement ma main recroquevillée. J'entends des sifflements s'échapper de mes oreilles pour me laisser exaspérée par ce bourdonnement incessant m'empêchant de rassembler le peu de faculté mentales encore opérationnelles chez moi, à une heure pareille.

Réfléchis. C'est Zakuro. Il va encore t'emmener cavaler. Pas besoin de s'affoler. Ma tête penche sur le côté, fatiguée de devoir se maintenir avec cet imbroglio de sensastions qui continue de tournoyer en valse effrennée.

« Maintenant ? »

J'esquisse un bout de sourire, retrouvant ce sentiment amusé qui m'avait déserté. J'enchaine, sans souffler.

« Laisse-moi le temps d'une douche ? »

Un brin de passé dans le présent ne devrait pas me heurter.
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MessageSujet: Re: Des fantômes à la chantilly sur nos mémoires. | Miya   Mer 20 Juil 2016 - 18:00

    Ses mots s'écoulent, sous une claque mentale, et je ne peux que percevoir le frissonnement d'un désespoir. Un ressentiment, peut-être bien, s'envole, et je me retrouve, penaud, incapable d'éprouver un sentiment plus qu'un autre. Face à la balance de mes émotions, je suis incapable de décrire si je me sens plus coupable ou désolé, car les yeux verts de Chanteclair n'offrent désormais pas plus de réponse qu'un mur. Je viens se croiser mes doigts, tandis que ses prunelles obscurcies effleurent des réalités qui ne m'appartiennent pas. J'attends qu'elle reprenne la parole, sans oser prendre l'initiative, et agrippé par une vengeresse sensation d'impuissance, je ne peux que me dire que le noir de ses cheveux est probablement le témoin de ce qui lui est arrivé.

    « Merci. J'essaie. »

    Un sourire bref, comme un papillon envolé, vient courir sur mes lèvres, et j'en détache mes doigts d'entre eux. Soit. Elle sourit, elle rougit, et ma proposition est désarmante ; j'en suis moi-même un peu surpris. Pourquoi elle ? Elle était probablement la pièce la mieux positionnée sur l'échiquier de mes déambulations. Faudrait-il réellement justifier ? Cela ne ferait que s'empirer, tout au plus, et je perçois dans son bafouillage la perception de maux qui gonflent, comme une bulle empoisonnée. Mes désirs sont enfantins, je ne valide aucune perversité, et qu'elle refuse me ferait probablement tout aussi rougir que si elle acceptait. Je ne sais pas trop. J'ai lancé une bouteille à la mer, et j'attends le retour des flammes. Mes lèvres se pincent, elle hésite, et finalement.

    « Maintenant ? »

    Je cille. Mes lèvres s'étirent, brièvement, moins que les siennes.

    « Laisse-moi le temps d'une douche ? »

    Firmament heureux, satisfait comme un enfant, je hoche la tête, et sans demander mon reste, en récupérant mes affaires, je me dirige vers les vestiaires. Ça n'est après tout, pas comme si je pouvais m'en passer non plus.

    Sous l'eau, stalactites trop malléables qui viennent s'écraser contre ma peau en une température gelée, je souffle, je crache de l'eau, et je viens plaquer mes paumes contre mon visage, à l'instar des mèches folles déjà trempées. Inviter Miya Chanteclair à un jeu de rôle était-il la meilleure idée qui soit ? Connaissant l'ancienne personnalité qu'elle était, j'aurais assurément dit « non », définitivement, quand bien même le risque était pris et embrassé complètement. Mais désormais qu'elle est aussi changée que brune, que puis-je trouver à répliquer à moi-même ? Ah, Zakuro, tu es singulièrement un idiot, et tu n'as pas la moindre idée de ce que tu fais ni ce que tu veux. Relevant le visage, le nez retroussé, les yeux fermés, à me faire claquer par le jet d'eau, je ne peux pas m'empêcher un sourire. Non, je n'en ai pas la moindre idée. Je veux juste m'acheter des vêtements ?

    Attrapant une serviette, rejetant les boucles noires en arrière, les laissant frapper mes omoplates et cascader dans mon dos, j'enfile pantalon et T-shirt sombres, propres, tandis que l'humidité des lieux glissent sur mes joues, sur mes paupières, et je viens enfouir ma face dans la serviette. Comme un baume, ou une barrière, protection douce contre la réalité d'un moment, j'envisage abandonner le projet, simplement rentrer et m'endormir. Puis des bruits de pas, agressions auditives que la serviette ne saurait couvrir, et j'ouvre les yeux, j'abaisse la serviette, que je viens ficher dans mon sac, avant de me diriger vers Miya.

    « Milady. »

    Un sourire, à peine.

    « Allons jouer à Gatsby. »


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MessageSujet: Re: Des fantômes à la chantilly sur nos mémoires. | Miya   Lun 24 Oct 2016 - 22:42

Un simple hochement de tête, et tout mon petit monde s'écroule. Zakuro s'éloigne, démarche de chat dans les hanches, et moi je frémis, mes yeux se baissant, coupables, vers mes mains jointes tremblant quelque peu. Dans quoi viens-je de m'embarquer à cause d'un souvenir fugace ? Je soupire bruyamment, en colère contre moi-même, alors que mes doigts viennent nerveusement se glisser dans ma chevelure ruisselante de sueur. Je me relève doucement et, mon regard assassin fixant la porte des vestiaires face à moi, prête à tuer quiconque viendrait s'approcher de moi dans l'instant, j'avance rapidement pour me précipiter sous l'eau froide qui s'écrase contre ma peau avec une violence inouïe. Mes mains saisissent le rebord du lavabo pour m'assurer un appui et je halète, les yeux rivés sur le vide pour retrouver contenance. Il me faut un peu de temps pour recentrer mes idées. Dans quel traquenard me suis-je engagée ?

Subitement, je me redresse, inspire un grand coup et exhale avec lenteur, mes prunelles fixées sur le reflet que leur renvoie le miroir. J'ai certainement dû faire fuir les donzelles alentour, mais, au fond, ce n'est pas comme si leur sort m'importait. Deux tapes sur les joues, et je roule des épaules pour me décontracter. Ma fille, il est temps d'assumer. Tu as voulu jouer à la guerrière... Maintenant 'faut y aller. Fonçant vers les casiers, je récupère de quoi me décrasser, et me glisse sous l'eau fraiche dans un ébrouement de joie, le frisson que m'arrache les gouttes venant flirter avec mon corps me redonnant le tonus dont j'ai tant besoin pour affronter l'adversité. A peine savonnée et rincée que je saute dans mon slim, mon débardeur noir, mon pull trois fois trop grand pour moi et mes chaussures en toile. La crinière ruisselante vaguement séchée et domptée en chignon - tentative, tout du moins - histoire d'éviter de les manger avec le vent extérieur potentiel, je m'arrête quelques secondes pour me détailler du coin de l’œil dans le miroir. Je hausse les épaules, plutôt indifférente. Pour le coup, ça ira. Je suis venue à la salle de sport, pas faire un défilé, de toute manière.

Et je reste figée là, à écouter le tic-tac de l'horloge trônant au mur, me demandant sérieusement ce qui a bien pu nous passer par la tête, à tous les deux, pour se retrouver là. Furtivement, je cherche du regard une sortie de secours. Une échappatoire. Un trou de souris, au pire, c'est pas bien grave. Si je dois me découvrir un talent de contorsionniste, ce sera pile le bon moment ! Je peste intérieurement de ne pas avoir un numéro d'urgence à composer afin de pouvoir présenter toutes mes excuses à Zak, mais, « tu comprends, Flobby, le poisson rouge de ma voisine, j'ai complètement oublié de le nourrir ! ». Je pouffe doucement en hochant la tête, vaincue. Quelle cruche je peux faire. Le jour où la voisine aura besoin de moi, ce sera plus pour son chien qu'un poisson rouge, et à en juger par la taille du molosse, je pourrai sûrement l'enfourcher et partir pour de merveilleuses aventures au pays des petits poneys fringants.

Je reprends la route qui doit me mener jusqu'à mon... Prince ? Je fronce le nez, mécontente. C'est pas le bon mot, ça. Mon escorte ? Non plus. Je grommelle vaguement. Mon intrépide compagnon d'aventure suffira. Mes pieds glissent rapidement sur le sol, et mon sac à mains, recouvert de franges, oscille au rythme de mon corps, les lanières en tissu ayant entamé une Carioca endiablée. Normalement, à cette heure-ci, je serais en route pour chez moi, mon casque sur les oreilles, à écouter une quelconque musique douce avant d'arriver dans mon appartement, m'assembler une salade grâce à trois feuilles de laitue, une tomate découpée à l'arrache et une boite de maïs, m'avachir devant mes notes, cajoler mes plantes, puis sombrer du sommeil du juste dans mon lit, enroulée dans mes draps et mon plaid en pilou-pilou.

Je me rapproche, m'arrête, observe la cible, et hésite ultimement avant de choisir de persévérer. Je lui ai dit oui, que diable. Il finit par me rejoindre, ce géant, et je lève la tête vers lui en affichant un léger sourire en coin. Milady. Je n'en suis qu'un souvenir lointain. Mes prunelles se dérobent, je lui emboite le pas, veillant à rester proche de lui. J'ose un gloussement.

« Je te vois très mal porter le foulard en soie autour du cou, tu sais ? »

Je révèle furtivement mes dents, plus amusée, au fond, que je ne souhaiterais l'admettre. Gatsby, donc. Eh bien, nous voilà partis. Le chemin m'est totalement inconnu et je dois faire quelques efforts pour suivre le mouvement, ayant trop pris l'habitude de errer doucement jusqu'à mon chez-moi. J'entame un brin de conversation. J'ai besoin de me préparer mentalement à notre destination. La dernière fois que Zakuro et moi avons décidé de partager une activité, elle fut quelque peu, heu. Décalée ?

« Et où va-t-on jouer à Gatsby, s'il-vous-plaît ? »

Mon estomac m'interrompt, grondant bruyamment et de la manière la moins glamour qui soit. Je rougis, quelque peu honteuse, et mon teint cerise ne semble pas vouloir me laisser tranquille. J'esquisse un sourire d'excuse. Je n'ai pas mangé depuis ce matin. C'est idiot, je sais. Mais c'est comme ça. Du coup, je crève de faim.

« Est-ce que Gatsby peut gentiment prévoir une pause goûter ? »
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MessageSujet: Re: Des fantômes à la chantilly sur nos mémoires. | Miya   Mer 26 Oct 2016 - 21:49

    L’allusion au foulard est une plaisanterie qui se partage sur un demi-sourire, lequel vient couvrir mes lèvres. Non, assurément, je ne suis probablement pas le genre de gars à me parer de ce genre de truc. N’en déplaise aux volontés versatiles de Kohaku dans son appréhension de la mode. Mes yeux se glissent sur elle, et j’appuie mon sourire, dans un acquiescement certain. Mes yeux courent sur son pull immensément trop grand, et cette fois-ci, c’est mon tour d’apprécier. À défaut d’armure et de personnalité trop modées, j’aime ce genre de tenue.

    Notre direction est aléatoire, je devine devant nos pas les distances, qui en se franchissant, deviennent des zones touristes que j’ai pour habitude d’esquiver. Mais ce soir, il faut serrer les dents et oser s’avancer dans ces bulles de lumières et d’argent. Parce que nous sommes jeunes, parce que nous sommes riches, et que nous nous voulons beaux.

    Des étoiles en dizaine ; c’est une nuit éclairée. Au delà des réverbères que l’on longe et des voitures qui bordent nos pas par des nimbées fantomatiques et des crissements de gomme, la nuit est un amas de reflets aux couleurs brouillées, que je ne capte que du coin des yeux, pour ne pas perdre de vue celle qui se fait compagne de mes foulées. Elle questionne, et je lui souris simplement.

    « Je n’en ai pas la moindre idée. Pas encore. »

    Je veux m’acheter des vêtements, pour un strip-tease de mes anciennes humeurs. En m’apprêtant à proposer telle enseigne de tel grand magasin, je me retrouve coupé dans mon élan par la manifestation trop organique d’un corps en besoin. J’abaisse les yeux, presque surpris de cette audace, jusqu’à son ventre, et elle sourit, en s’excusant. Haussant les épaules, j’observe autour de moi. Profitons de notre richesse, après-tout.

    « Il y a un restaurant vraiment bon, là-bas. Occidental, quelque chose comme breton, ils ont l’avantage de préparer des trucs rapides. »

    Je lui propose, du regard, avant de me diriger vers les lieux, lentement. C’est un enseignement minuscule, coincé entre deux bâtisses municipales, mais dont les façades encore allumées instaure une ambiance équivoque. Il est difficile de passer à côté, et ses caractères étrangers, quoiqu’imprononçables, s’avèrent exotiques. Des crêpes et des galettes, il me semble ; horreur gastronomique pour mon estomac d’asiatique. Je cherche les yeux de Miya.

    « On m’a dit que tu avais des origines françaises. »

    Et galant, je lui tiens la porte.

    Un serveur blond aux yeux clairs vient nous accueillir, dans un japonais aussi émoussé que cette lame que tu laisses pourrir dans la javel. Nos pupilles se rencontrent, trop éloignées des assombrissements quémandées en la génétique de ce territoire, et l’on se sourit, poliment, presque gênés l’un et l’autre. Presque. C’est une politesse qui s’oublie, et il, -Yoann-, nous conduit à la table. Oui, ce sera pour deux, je précise. Il a le pas rapide, et nous installe dans le fond, près d’un radiateur et d’un faux flambeau électrique. Je dépose le dos contre le mur, mes pupilles étrécies.

    « Premier rendez-vous entre amoureux, Miya. Nous devrions faire cela plus souvent. »

    La carte est rédigée en trois langues. Français, breton, japonais. Je souris. C’est une langue qui veut se goûter, définitivement. J’en finirais presque par maîtriser complètement mon québécois. Je sélectionne une crêpe, accumule mentalement les ingrédients les plus sucrés qui se dénichent sur la carte, et les assemblent en une transmutation calorique, bien trop calorique. Du miel et de la cannelle, trop bien mariés mentalement.
    En ramenant mes cheveux en arrière, j’imagine ces fervents défenseurs des alimentations équilibrées qui s’horrifieraient devant ce menu commandé. Je sélectionne du thé vert, pour accompagner.

    « Je n’ai jamais lu le livre, simplement vu un extrait du film, alors j’ai l’image d’un Gatsby blond, sous les traits de Di Caprio. Est-ce qu’un brun de mon envergure pourrait faire l’affaire ? »

    Mes doigts attrapent le pichet d’eau, tandis que Yoann vient récupérer notre commande. Je consulte Miya des yeux, en tordant mes lèvres sur un rictus cynique.

    « Quand je vais en Grande-Bretagne, personne ne me reconnaît comme britannique, et ici au Japon, personne ne m’accepte comme pur japonais. Le métissage a ses défauts. À quelle nationalité t’identifies-tu le plus, Chanteclair ? »



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« Le bleu. Tu es le ciel qui surplombe la terre, qui grise le regard des gens en quête de réponses ou d’atmosphère. Tu es l’intemporalité qui veille sur la planète, qui transcende l’existence sans pour autant la manipuler, sans pour autant se l’approprier. » K. J. M
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