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In a decade, will you be there ?
 
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 Les dieux vont nous entendre [PV Takubro]

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Hisaka Rika
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MessageSujet: Les dieux vont nous entendre [PV Takubro]   Mar 21 Juin 2016 - 1:12

Mes deux mains se joignent difficilement dans un claquement timide résonnant faiblement aux alentours. Je n’ai pas fait vœu de grand-chose cette fois-ci, au moins je suis sûr de ne pas être déçu. Puissent mes journées être tranquilles, est la seule chose que j’ai demandé aux divinités en échange d’une petite offrande. C’est peut-être le problème, me dis-je en replongeant mes doigts rougis par le froid dans les poches de ma veste noire à capuche. Je renifle en contemplant l’architecture du bâtiment dressé devant moi, kami-sama devrait avoir pitié de mon maigre portefeuille d’étudiant. A quelques mètres, des résidus de neige entourent les piliers imposants du temple, leur couleur blanche marquant un certain contraste avec les poteaux. Ces derniers sembleraient flotter entre les tas de neige et les nuages cotonneux surplombant la colline, s’ils ne soutenaient pas le toit.

De la buée sort de ma bouche, je frissonne devant le temple rouge vermillon. Il n’y a pas grande monde qui est venu prier aujourd’hui, et pour cause, nous sommes bientôt en Février. Samedi après-midi calme et sans travail à rendre pour la semaine prochaine, j’avais décide de célébrer l’hatsumode en retard, seul. La différence majeure, sans compter l’absence de foule, est que je ne tirerai pas mes omikuji – prédictions – pour l’année à venir. On verra bien assez tôt ce que 2016 nous réserve, ce n’est pas comme si j’avais beaucoup d’attente, après les mois que je viens de passer. Quatre séjours à l’hôpital en à peu près sept mois, on peut dire que 2015 ne m’a pas porté dans son cœur.  

C’est la première fois de ma vie que je n’ai pas assisté à la visite du sanctuaire shinto la nuit du 31 décembre jusqu’au petit matin. Et c’est aussi la seule fois où je suis venu perpétuer ce genre de traditions auxquels je n’accorde d’ordinaire aucune attention. Ce sont toujours mes parents, et récemment ma sœur, qui me poussaient à les suivre pour que l’on passe un moment ensemble. Je ne me rappelle plus des détails, mais je sais que je finissais par me laisser convaincre par flemme d’argumenter plus longtemps. J’étais si bien au fond, et je me demandais pourquoi je devrais aller à l’extérieur où les températures étaient moins agréables. En réalité, je n’avais jamais cru une seule seconde à ces histoires de dieux. Je ferme les yeux quelques secondes, inspirant une grande bouffée d’air frais. D’années en années, les souvenirs s’estompent, laissant derrière eux la nostalgie, ces instants précieux qui ne reviendront jamais.

Mes joues sont rosies par le froid réussissent à persuader d’aller trouver refuge un peu plus loin, dans un abri. Je n’ai pas encore envie de rentrer au manoir dans lequel je réside depuis quelques mois en colocation. Si je suis venu au quartier Hiryuu, au temple plus précisément, autant profiter de la vue car je sais que je ne serais pas motivé tous les jours pour y revenir. Les gravillons s’écrasent sous mes chaussures épaisses, faisant de moi une proie facilement repérable pour les vendeurs de charmes et autre porte-bonheurs. Du fait de l’absence de foule, ils ne sont pas beaucoup aujourd’hui, et c’est plutôt appréciable qu’un lieu de recueil ait regagné sa tranquillité. Un moine apparaît devant moi tel un guerrier de l’ombre, discret et furtif. Je ne l’avais pas vu venir. Paniqué, je m’incline respectueusement en bafouillant quelques vœux pour la nouvelle année avant de voir pourquoi il est venu à moi. A-t-il remarqué que je n’ai glissé que quelques pièces devant le sanctuaire tout à l’heure ?

Finalement il s’avère qu’il est venu pour me proposer du thé. Soulagement. Ne voyant pas de raison de refuser – d’autant plus qu’il m’a pris de court – j’accepte un gobelet de thé vert en échange d’une centaine de Yens. Je suis un peu gêné quand je le regarde me servir avant de me remercier. En général, c’est une tâche que revient aux autres membres de ma famille – chercher les boissons – et j’ai rarement été confronté directement à un prêtre. Notre échange terminé, il s’en va vers un autre groupe venant d’arriver sur place. Mes doigts que je pensais morts se réveillent, un peu trop à mon goût même. Le plastique a vite pris la chaleur du liquide, et je suis contraint de poser le conteneur par terre avant de souffler sur les extrémités de ma main gauche. D’ordinaire, j’aurais juste temporairement changé mon verre de main, mais ce n’est pas possible aujourd’hui. Mon regard se pose sur les bandages recouvrant l’entièreté de ma paume, ceux qui sont sur mon bras étant invisible à cause de la couche de vêtement posée par-dessus.

La douleur ne me lance plus vraiment ces derniers jours, mais elle s’éveille lorsque je fais des mouvements brusques ou si je suis en contact avec un objet trop chaud ou trop froid. Quelques mois plus tôt, c’était mon épaule qui était douloureuse. J’aurais peut-être dû prier pour que je ne me blesse pas cette année, tiens. Est-ce que cela vaut la peine que je revienne vers le sanctuaire ? Je jette un coup d’œil vers les lieux maintenant occupés par une femme et un enfant. Négatif.

Je me penche en avant pour récupérer mon gobelet laissé à terre un peu plus tôt. Ceci fait, je remonte mon écharpe pour la glisser sous mon nez. Paré pour le départ, mes jambes me transportent jusqu’à un endroit isolé appartenant encore – je crois – au domaine du sanctuaire. Le vent siffle dans mes oreilles qui commencent, elles aussi, à prendre froid. Quand je m’assois sur les planches de bois, ma première réaction est de sursauter. Le premier contact n’est pas agréable, mais je finis par m’habituer à cette température, la chaleur de mon corps allant réchauffer le bois. Les secondes puis les minutes passent, j’observe le beau monde aller et venir vers le temple en sirotant le thé qui me réchauffe les entrailles. Je ne bois que par petites gorgées, économisant un maximum mon radiateur portatif, je n’ai pas très envie de retourner vers le prêtre pour lui en redemander un autre. Pire, je n’ai pas envie non plus de débourser le moindre yen supplémentaire.

Et soudain, au moment où je m’y attendais le moins, une forme minuscule vient s’écraser dans ma boisson avant de disparaître, ou plutôt de se transformer en quelque chose d’invisible. Assis en tailleur, ma main droite dans la poche de ma veste, la main gauche tenant fermement le gobelet en plastique, je mets du temps à comprendre ce qu’il se passe. Je relève les yeux vers le ciel gris, mes pupilles se dilatent à la vue des premiers flocons de l’après-midi. Il neige.

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Dernière édition par Hisaka Rika le Sam 23 Juil 2016 - 18:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les dieux vont nous entendre [PV Takubro]   Jeu 23 Juin 2016 - 23:49

Il n'a jamais été croyant. Le claquement des mains qui se joignent dans une chorégraphie minutieuse, la senteur de l'encens qu'on allume, le tintement de quelques ustensiles qui résonnent délicatement dans une ambiance feutrée, tout cela lui rappelait l'art du combat, mais la comparaison s'arrêtait là. Les corps étaient raides, les effluves fades, les sons eux-même paraissaient faux, le tout lui semblait chargé d'une insupportable hypocrisie. Ici, un couple de retraités gravissaient les marches du temple, là, une jeune fille contemplait le jardin qui s'étalait tout autour du bâtiment. Il s'imaginait le couple prier pour ne pas mourir demain, l'autre pour ses économies. Il ne considérait pas autrement le rapport aux dieux, à dieu, peu importait les croyances, il les rejetait toutes. On priait pour soit, par pour son prochain. Résolument agnostique, toute cette comédie l'insupportait, en prime de l'égocentrisme, il percevait dans le sacré les germes de l'asservissement de tout un chacun. L'endroit était cerclé de végétation et de quelques maisons, c'était assez pour que la sensation d'étouffement le prenne. Ses phalanges blanchirent, ses dents se contractèrent, il souhaitait voir brûler les arbres du jardin, il voulait arracher les statues de leurs socles, abattre les cloisons pour que l'air y passe. Aérer le tout, pour que tous ces colifichets s'envolent, faire le vide et qu'enfin, les hommes puissent respirer, libérer des entraves d'une morale inutile.

"Souhaitez-vous du thé?"

Le jeune homme se retourna en bondissant, tel une bête, le retour à la réalité fut brusque, ne lui faisait face qu'un moine, âgé, plutôt petit, une expression sereine collée au visage. Instant de gène délicat où le mécréant apprend que rien ne le retient ici, que le torii marquant l'entrée du monde spirituel est également une sortie, que le moine qui lui fait face est un être humain qui a choisit de vivre ainsi. Takuya écarquilla les yeux, plus par sentiment d'avoir touché des doigts quelque chose que par surprise. Le vieux moine se détourna et reparti dans la direction par laquelle il était venu, sans un mot, ses pas donnaient l'impression de glisser sur le sol. Le jeune homme se redressa en le regardant partir, il s'était inconsciemment baissé pour se mettre à sa hauteur, aucun des deux n'avaient parlé mais Takuya avait l'impression de mieux respirer.

Il regarda autour de lui, il était toujours au milieu du petit sentier qui conduisait au temple en lui même. L'air était frais, mais sec, le ciel bas, il pouvait sentir la neige arriver d'ici. Vêtu d'un kimono traditionnel de couleur uni, les cheveux bien coiffés, le jeune homme restait sans bouger à fixer le bâtiment qui se découpait sur le ciel.  Il savait qu'il n'irait pas plus loin, les deux dernières années passées à Keimoo il avait fait la même chose. Il s'était présenté quelques semaines après le 1er de l'an pour éviter la horde des fervents qui se pressaient chaque année durant la même période, et il était resté à fixer la mécanique de ce lieu qui lui était auparavant inconnu. Chez ses parents, seule sa mère allait au temple, son père, en homme de "bon gout", empruntait une expression française pour l'expliquer, il disait que les femmes avaient naturellement "une corde religieuse". Adorable, vraiment. Sa mère ne l'avait jamais poussé à l'accompagner, il n'avait jamais cherché à connaître ses raisons non plus. Cela lui manquait désormais, et pour cette raison qu'il était là chaque année, pour comprendre. Mettre de côté ses a priori était difficile, en témoigne sa réaction de tout à l'heure, mais chaque année, Takuya restait un peu plus longtemps que la dernière fois.

Un flocon se déposa sur son épaule, celui-ci devint eau instantanément. Il neigeait. Takuya releva la tête, les yeux fixés sur ce ciel de début d'année. Pas de grandes réflexions sur le cycle des saisons, sur la symbolique de ces flocons ou sur la magie de la nature, seul l'émerveillement d'un petit garçon qui voyait de la neige pour la première fois pouvait se lire dans ses yeux. Il resta là à contempler les particules s'écraser autour de lui comme il était resté là à étudier le temple. Ce dernier n'était d'ailleurs pas épargné par ce qu'il tombait, preuve que cet endroit faisait bien parti du domaine des hommes.

Il sourit, rigolant de sa propre bêtise. Sa démarche ne servait peut-être à rien, peut-être qu'il ne comprendrait jamais l'habitude de sa mère et de ceux qui, comme elle, priaient le ciel, les éléments, ou quoique ce soit d'autre. Peut-être qu'il ne les verrait jamais qu'à travers son regard d'historien, des individus soumis à un pouvoir au même titre que les sujets d'un roi. Il s'en sentait attristé, puis la figure du moine lui revint, il ne se souvenait plus de son visage, seules les lignes que constituaient ses rides lui restaient en mémoire, il se souvint aussi de ce qu'il avait cru percevoir au travers de ses yeux, du choix que faisait les fidèles de se soumettre à ce genre d'autorité, qui ne s'éloignait pas tant que ça de la soumission à un Etat. N'importe quel sociologue aurait pu démonter cette thèse, mais à cet instant Takuya n'avait que faire du pouvoir des structures, pour une fois, il croyait dans le libre arbitre de l'individu, et c'était peut-être, déjà, le début d'une sorte de spiritualité. Croire en l'homme.

Le jeune homme secoua sa tête, faisant de le même temps tomber les rares flocons qui avaient survécu à sa chaleur corporel au sommet de son crâne. Il lui fallait rentrer, il avait largement dépassé son record de temps passé en ce lieu, puis il commençait à faire froid, bien que rembourré, son kimono ne pouvait le protéger indéfiniment de l'air glacé. Jetant un dernier regard à la structure principale, celui-ci tourna les talons et se mit à remonter le sentier vers la sortie. Sa journée était déjà bien remplie avec cette visite au temple, et il n’espérait voir personne, mais, alors qu'il promenait son regard sur le jardin, il distingua une silhouette familière, assise sur un banc.
Ainsi courbé elle lui paraît frêle cette silhouette, mais ça, il le savait déjà, sa coiffure n'avait pas bougé non plus, ce qui le choqua d'avantage, c'était sa main. Couverte de bandage, celle-ci restait collée à son corps, inutilisée, signe que le reste du bras était potentiellement blessé. Qu'était-il donc arrivé à son hôte d'il y a quelques mois? Il s'approcha de la manière la plus silencieuse possible, ce qui restait difficile à cause des gravillons, l'air sérieux mais le visage neutre, presque inquiet pour celui qui saurait lire en lui. Hisaka n'avait pas changé, le même air si peu enjoué, presque endormi, collé sur sa face. Ce n'est qu'à porté que Takuya se manifesta d'un claquement de langue sonore, accompagné d'un court et sec, "Ton bras.".

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Hisaka Rika
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MessageSujet: Re: Les dieux vont nous entendre [PV Takubro]   Ven 24 Juin 2016 - 1:59

Un tintement retentit, je frissonne. D’un bref coup d’œil, j’essaie de déterminer la source de ce stimulus. Elle se déplace. Mon regard terne finit par se poser sur un enfant agitant des clochettes malgré les tentatives de ses parents de le faire cesser. Personnellement, il ne me dérange pas. En fait, je me dis que c’est toujours mieux que s’il se met à crier parce qu’on lui a enlevé son jouet. C’est un lieu de recueil, mais je ne crois en rien ici. Les figures de la mythologie japonaise m’observent du haut de leur socle, je ne leur prenne aucune attention. Amaterasu peut me juger autant qu’elle le veut, son prétendu descendant – l’empereur du Japon – n’a même pas conscience de mon existence. A vrai dire, je ne suis pas différent d’une statue du temple, assis sur un vieux banc humide, je me laisse recouvrir de neige. Seule la buée s’échappant de mes narines me distingue de ces objets inanimés. Je respire, je suis en vie. Et pour – autre – preuve, la douleur dans mon bras se réveille au moment où j’effectue un mouvement trop brusque avec ce dernier.

Réflexe inutile préservé malgré l’évolution, j’ai sursauté. Un cri, des pleurs ont perturbé la tranquillité des divins. Un soupir s’échappe d’entre mes lèvres sèches pour aller se loger dans mon écharpe. Les clochettes ont cessé leur chant, laissant un bruit bien plus désagréable occuper l’espace. Je n’ai pas besoin de me tourner vers la famille de tout à l’heure pour savoir que le problème vient de là-bas. Les flocons continuent de tomber sur la colline, je me demande si la neige va rester en ville aussi, ou si les voitures auront déjà tout balayé sur leur passage. Enfant, je me souviens avoir profité quelques fois des joies de l’hiver dans le jardin de la maison familiale à Nagoya. Puis au fil des années, mon intérêt pour la saison s’est dégradé, au point que j’en arrive à râler car les transports en commun sont ralentis. Je me demande si c’est ça, être adulte. Dans quelques semaines, j’aurai 20 ans, je serai majeur et je pourrai alors endosser le rôle de la coquille morte de l’intérieur, qui se plaint des responsabilités et autres joyeusetés.

Et mon thé s’est refroidi.

Jouer à l’économe n’est malheureusement pas la solution à tout. Non seulement, je ne veux plus m’en servir pour me réchauffer, mais en plus la boisson est désormais trop diluée, la faute à la neige qui a glissé de ma veste jusqu’à mon gobelet. Tant pis, me dis-je en portant le récipient jusqu’à mes lèvres, pas question de gâcher quelque chose que j’ai payé. D’autant plus que le breuvage est meilleur que celui du club de cérémonie du thé.

Et les moines seraient vexés s’ils l’apprenaient.

Cul sec, tel un shot que je n’ai jamais goûté. Et même quand j’aurai atteint l’âge légal pour le faire, je ne suis pas sûr d’avoir envie de l’essayer. Boire 5cl de thé froid d’une seule goulée est tout aussi remarquable, vous ne trouvez pas ? Ceci fait, j’abaisse temporairement mon écharpe au niveau de mon cou, laissant mes narines et ma bouche se heurter en plein fouet avec l’air froid et sec. Près des escaliers, la famille quitte le domaine shinto et le dérangement occasionné un peu plus tôt ne devient plus qu’un souvenir que j’oublierai d’ici quelques heures, probablement. Un peu plus loin, les moines du sanctuaire font des rondes pour proposer du thé et des cartes de vœu. Comme quoi être ambassadeur des dieux, ça ne paie pas beaucoup. Et je ne parle même pas des quêtes qu’ils viennent faire pour nous prendre notre riz. 100% leur faute, me dis-je en posant mon gobelet à côté de moi. Ils n’ont qu’à prier plus longtemps les divinités du bonheur.

Et la neige ne s’arrête jamais de tomber.

Les nuages chargés de flocon viennent se libérer de leurs cristaux sur terre. Je sors ma main blessée de la poche de ma veste pour la poser difficilement sur ma cuisse. Mon autre bras, quant à lui, s’élève vers le ciel. J’écarte les doigts puis resserre le poing, attrapant quelques flocons qui fondent au contact de ma paume. Rien ne se perd, tout se transforme. La goutte d’eau ruisselle le long de mon poignet pour aller se réfugier dans ma manche. Je ne suis plus à ça près. Au moment où elle atteint mon coude, un craquement se fait entendre, bien différent des clochettes ou des cris. Le bruit du gravier qui s’écrase sous le poids d’un animal.

Et quand mon regard croise sa silhouette.

Je crois d’abord à une hallucination, ce genre de mirage qui n’arrive que lorsque nous sommes à des températures extrêmes. Il ne fait pas si froid aujourd’hui, mais c’est peut-être le fait de rester immobile sous la neige durant de longues minutes. Combien de temps exactement ? Je l’ignore. Toutefois, je ne claque pas des dents et ma peau n’est pas encore bleue. Hypothèse réfutée. Mes yeux endormis se focalisent sur l’ombre masculine qui se précise au fur et à mesure qu’elle avance. Un homme aux cheveux longs en kimono. Je l’observe silencieusement s’approcher de moi, un peu comme si j’avais à faire avec un serpent. Ce n’est que lorsqu’il est à ma portée que je relève les yeux vers son visage. Hibari arbore une expression des plus neutres bien que ses traits semblent refléter naturellement le sérieux. Sèchement, mais sans la moindre trace d’agressivité dans sa voix, il me demande implicitement ce qui est arrivé à mon bras. Je ne pensais pas qu’il commencerait par se préoccuper de ma blessure. C’est assez peu conventionnel de faire ça. J’essaie de prendre le même ton que lui, mais finalement, j’ai beau faire de mon mieux, j’ai toujours l’air aussi ramolli.

« Brûlures sévères à la soirée de Noël. J’ai été pris en plein fouet dans l’explosion. »

Qui n’a pas eu vent du sinistre destin du bâtiment des clubs flambant neuf ? Fierté de courte durée pour le proviseur qui a dû se relancer dans les travaux alors que les locaux avaient ouvert leurs portes l’été dernier à peine. L’événement avait rapidement tourné au cauchemar, l’incendie s’étant déclenché relativement vite. Même si, quand on y pense, j’ai eu pas mal de chance de m’en être sorti avec juste un bras invalide. Si j’avais été, ne serait-ce que quelques mètres en avant, dans la salle du club de cuisine lui-même, c’est peut-être de ma vie que j’aurais payé ma gourmandise. J’invite le jeune homme à prendre place à côté de moi en attrapant le gobelet que j’avais laissé sur le banc tantôt, puis en lui faisant un signe de mon bras valide. Quelques toussotements s’échappent de ma gorge, davantage causés par le froid que par une quelconque maladie. Enfin, ça, on verra bien d’ici quelques jours.

« Et toi, quoi de neuf ? »

Comme si une blessure était une banalité, je relance la conversation assez naturellement. A m’entendre parler, on pourrait croire que nous échangeons sur la pluie et le beau temps, la neige et le vent, mais c’est bien d’une brûlure au 2nd degré dont nous parlons. Je regarde mon bandage d’un air désintéressé, un trophée de plus quand je l’enlèverai. En attendant, je trouve plutôt comique le fait que je me sente bien en présence du garçon. Je ne bégaie pas, et je lui adresse la parole un peu comme si nous nous étions vus la veille, pour faire du tennis ensemble. Et pourtant, Kami-sama sait que notre dernière rencontre n’a pas été des plus ordinaires. Quand je le regarde, je me dis que nous avons vraiment peu en commun tous les deux. Nous avons beau faire à peu près la même taille, son mètre quatre-vingt paraît beaucoup plus impressionnant que le mien.

« T’as aussi raté l’hatsumode ? »

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MessageSujet: Re: Les dieux vont nous entendre [PV Takubro]   Ven 24 Juin 2016 - 23:19

La tête ébouriffée de son interlocuteur ne cru d'abord pas à sa présence, ses yeux se réveillèrent, pleins d'une sorte d'étincelle qui dura l'espace d'une seconde, puis s'éteignit comme elle était venue lorsque son système nerveux traita l'information. Malgré les mois passés, il l'avait reconnu. Il lui était sans doute délicat d'oublier celui qui s'était invité dans sa chambre une nuit d'été afin de se cacher de quelques complications. Takuya espérait qu'il ne lui en tenait pas rigueur, il avait envie de lui serrer la main, comme le ferait deux vieux comparses, il gardait un bon souvenir de Hisaka, mais ils ne s'étaient croisés qu'une fois, et dans de tels circonstances...

Sa question trouva écho dans le son de sa voix, son bras était brûlé, sévèrement apparemment. Il était présent lors de l'incendie au bal d'inauguration. Takuya le regardait en silence, le temps de se remémorer cette soirée. Il était venu seul, n'avait parlé à personne et était reparti en avance, seul également. L'incendie s'était déclaré alors qu'il sortait de l'académie, il avait vu les pompiers passer, la fumée s'élever. Il aurait pu faire demi-tour, prêter main forte, il s'était d'ailleurs maudit pour cela, mais, tel un animal tétanisé par les flammes, il en était resté éloigné, son regard bloqué sur cette masse de particules de carbone noirâtre qui n'en finissait pas de s'élever. Il n'aimait pas le feu, encore d'avantage que l'eau, il en avait peur. Phobie douloureuse qu'il n'arrivait pas à dater, il lui fallait rester à bonne distance de n'importe quel feu de cheminée, ses plaques de cuisson étaient électriques, il se méfiait de son zippo. Takuya inclina sa tête sur l'avant d'un mouvement raide qui sentait l'habitude, et articula ces mots.

"Désolé de ne pas avoir été là."

Il se redressa, il ne présentait pas de telle excuses seulement pour ses beaux yeux, il espérait qu'il en avait conscience, mais pour l'ensemble des personnes présentes durant cet évènement. Il n'aurait sans doute pas pu faire d'avantage que ce qu'il avait déjà fait, c'est-à-dire absolument rien, mais tourner ainsi le dos au danger alors que des personnes qu'il connaissait y faisait face lui était insupportable. Chevaleresque, non, il s'attachait simplement à un certain concept un peu désuet, l'honneur. Non pas qu'il fut dépositaire de cette valeur, sa définition variait et bien souvent, il s'en écartait, porté par une émulsion d'émotions négatives - la colère revenait souvent – mais, chaque jour, le jeune homme tentait de s'y soumettre. Il ne savait pas où cette ferveur allait le conduire, seule la perspective de se sentir meilleur le poussait à continuer sur cette voie. Une ferveur qui, ironiquement, confinait au religieux, mais ça, il n'en avait pas encore conscience.

Hisaka toussota, son corps raidit à cause de l'effort. Il faisait froid, Takuya en avait conscience, bientôt il allait se mettre à greloter, partir allait devenir nécessaire si il ne souhaitait pas tomber malade. Il ne s’assit pas à ses côtés malgré son invitation, préférant se tenir debout afin de pouvoir bouger un maximum et ainsi garder un peu de chaleur.

"Et toi, quoi de neuf?"

"Quoi de neuf?" Takuya le regarda d'un air surpris, se rendant compte du peu chose qu'il avait à raconter. Sa vie se résumait aux cours, au kendo, à l'écriture et à quelques sorties dans les bars, les jours et les semaines se ressemblaient, se chevauchaient, si bien que les jours devenaient des semaines, et les semaines des jours. Son quotidien sentait peut-être le renfermé, la monotonie et, parfois, l'alcool, certainement pas le "neuf". Face à ce triste dépôt de bilan, il ne put que secouer la tête silencieusement, cruelle question que celle-ci, Hisaka. Par cette question, ce dernier semblait vouloir écarter sa blessure de la discussion le plus rapidement possible, réaction typique de ceux ayant un moral au plus bas. Il le comprenait à peu près cet Hisa, ça l'étonnait.

Il lui demanda si lui aussi a raté l'hastumode. Encore une question, il n'échappait donc pas aux politesses d'usages. Cela expliquait sa présence ici, était-il donc croyant? Takuya ne lui trouvait pourtant pas le visage de ceux attachés aux traditions. Peut-être avait-il tord. Il le dévisagea un moment sans répondre, comme pour percer d'éventuelles réponses à ses questions dans ses traits, mais aucune ne s'y trouvait. Lui demander directement lui paraissait être d'une grossièreté ans nom.

"Non. J'essaye juste de comprendre ce qui pousse les gens à venir ici."

Le jeune homme jeta un coup d’œil autour de lui, déjà peu fréquenté, le temple était désormais désert, la neige avait eu raison des rares personnes venues ici, même les moines manquaient à l'appel. Privé de ses sons, de ses senteurs et de sa mécanique humaine, le caractère sacré du temple ne lui paraissait que plus fort. Vêtu de blancs atours et ainsi dépourvu de faux-semblants, celui-ci ne lui semblait que plus beau. La sensation d'oppression avait complètement disparu, mais le malaise persistait, il n'était pas à sa place.

"Je n'ai que trop vu ce temple. Il fait froid, déguerpissons d'ici."

Il tourna les talons, n'attendant pas de refus de la part de son compagnon, qu'il le suive lui paraissait normal, il ne s'était pas croisé ainsi pour qu'il s'échappe au premier tournant. Il avait encore certaines choses à lui demander. Son instinct s'était réveillé à la seconde où il l'avait aperçu, aussi il prononça ces mots avec un sourire malicieux.


"C'est à moi d'offrir le thé je crois."

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MessageSujet: Re: Les dieux vont nous entendre [PV Takubro]   Sam 25 Juin 2016 - 0:51

Ses excuses étaient de loin les dernières choses auxquelles je m'attendais. Désolé de ne pas avoir été là, furent les mots de l’étudiant en histoire. De telles paroles attisent ma curiosité. Malgré mon silence, je brûle d’envie de lui poser les questions qui fusent dans mon esprit. D’une part, à qui demande-t-il pardon exactement, et d’autre part, était-il présent lui aussi, le soir de Noël ? Je me le demande, que peut bien signifier le qu’il évoque. Aussi loin que je puisse me souvenir, il ne me semble pas l’avoir croisé, ni dans le hall du bâtiment des clubs, ni au discours tenu par Ashita dans le dojo. Mes souvenirs concernant l’incident sont encore un peu flous, et je ne peux dire s’ils tiennent du rêve ou de la réalité. Il me semble avoir perdu momentanément connaissance juste après l’explosion, tout ce qu’il s’est passé après n’est pas très clair dans mon esprit. On m’a bien raconté ce qu’il le gros de l’histoire une fois sorti d’affaire, comment nous avons été sauvés, mais rien de personnel n’est revenu. Ainsi, ne pouvant pas me rappeler de l’événement avec précision, je me contente de hocher la tête, puis hausser les épaules, avant de répondre à mon interlocuteur.

« Je ne suis pas sûr que l’on t’aurait laissé aider, même si tu avais été là. »

Les pompiers professionnels étaient sur place. Une personne non-formée qui décide – par bravoure ou par stupidité – d’aller affronter le bâtiment en flamme pour sauver des vies, il n’y a presque que dans les films que cela se transforme en acte héroïque. La vie réelle est bien plus cruelle que ça, ce genre d’acte n’est que rarement récompensé. Pire encore, il peut se solder par une victime supplémentaire. Ce n’est pas plus mal, du coup, qu’il ne soit pas intervenu. Si ça avait été le cas, peut-être qu’il ne se trouverait pas devant moi aujourd’hui, ou sans doute pas dans cet état là.

« Tu y étais, du coup ? A la soirée. »

Question à 10 000 yens qui me trottait dans la tête depuis qu’il s’est excusé. Je l’invite alors à s’asseoir même si je commence sérieusement à avoir froid. Ce n’est pas grave, me dis-je en frottant vigoureusement ma main valide contre ma cuisse pour me réchauffer, je ne peux bien supporter quelques minutes de plus pour parler avec quelqu’un que je n’ai plus vu depuis des mois. Pour aller droit au but, je lui demande ce qu’il est arrivé de nouveau dans sa vie. Le regard d’Hibari manifeste sa surprise, comme s’il ne s’attendait pas à cette question. Ou peut-être est-ce pour autre chose, je ne sais guère. Je le laisse méditer silencieusement sur ses accomplissements de ces derniers mois alors que de mon côté, je fais de mon mieux pour ne pas ressembler à un bonhomme de neige. Les flocons virevoltent joyeusement des nuages jusqu’à nous, leur rythme lent s’accordant étonnamment bien à une musique paisible jouée au piano que j’ai écouté la veille. C’est l’hiver, le monde entier tourne au ralenti.

Un frisson parcourt mon corps et je recentre mon attention sur le garçon qui s’était invité dans ma chambre étudiante quelques mois plus tôt. Au final, il ne semble pas avoir trouvé de réponse à ma question, sa seule réponse étant un mouvement de tête me signifiant que rien de marquant n’avait eu lieu dans sa vie. Je retiens un petit rire au fond de ma gorge. Pas que je veuille me moquer de lui, mais j’aurais cru qu’une personne comme lui aurait un tel besoin d’adrénaline qu’il ne pouvait juste pas me répondre rien à quoi de neuf ?, comme quoi, les premières impressions ne sont pas toujours les bonnes.

Dans le but d’échanger encore plus de banalités, ou peut-être l’envie incompréhensible de vouloir me trouver un autre point commun avec Hibari, je l’interroge sur les raisons de sa venue ici. Question orientée puisque je lance l’hypothèse d’une absence à l’hatsumode. Rien de tout ça apparemment. Encore une fois, les clichés tombent. Il a beau être venu en kimono dans un sanctuaire shinto, il n’a pas l’air plus religieux que moi. Cette fois-ci, je m’accorde le droit de lui sourire. L’étirement de mes lèvres me rappelle qu’il fait froid, et que les commissures en sont gercées. Rien de comparable avec la douleur qui se réveille sous les bandages, mais cela reste une sensation désagréable. Je jette un rapide coup d’œil en direction du temple, des moines qui font leur petit commerce. A vrai dire, moi non plus je ne vois pas ce qu’il y a d’attrayant ici, si ce n’est la tradition.

« Les gens viennent souvent ici en famille. Ils demandent peut-être la stabilité de leur union aux divins ? »

Comme si des créatures aux allures monstrueuses allaient pouvoir sauver leur couple ou empêcher leurs enfants d’être des cancres. Je n’ai jamais demandé à mes parents ou ma sœur ce qu’ils quémandaient les jours où nous allions prier. Enfin, j’imagine qu’on peut aussi souhaiter d’autres choses. Ca dépend à quel kami vous vous adressez, après tout. Rapidement, je reprends.

« …ou peut-être d’autres idioties du genre. Je ne sais pas. »

Je souffle dans ma main gauche, créant un écran de buée entre Hibari et moi-même. Cette scène m’amuse durant quelques secondes, je sais que je l’ai déjà vécue dans d’autres circonstances. Sauf que la vapeur d’eau n’était pas causée par ma bouche, mais par la bouilloire. C’était le jour de notre rencontre, quand je lui ai servi le thé. Plongé dans mes souvenirs, l’autre garçon vient m’en décrocher en reprenant la parole. Je ne m’en étais pas rendu compte, mais il semblerait que la fibre religieuse ne l’habite vraiment pas. La lassitude se ressent dans sa voix, si ce n’est le dégoût. Il m’invite à venir avec lui, implicitement, en utilisant le pronom personnel nous en parlant de quitter les lieux. J’ouvre la bouche pour dire quelque chose, mais la referme aussitôt. Hibari a déjà fait demi-tour. Je suppose que je n’ai pas de raisons de refuser sa proposition. Aussi, je me demande où est-ce qu’il veut bien aller, et c’est la raison pour laquelle je me lève du banc où je suis resté trop longtemps.

Mes jambes, glacées, ont du mal à faire les premiers pas, mais rapidement le mouvement me réchauffe et je suis de nouveau capable de marcher normalement. Je rattrape l’étudiant en histoire en quelques foulées. Notre chemin s’éloigne de celui des visiteurs, et bientôt les moines ne seront plus que des vulgaires points dessinés sur l’horizon. Les cristaux de neige effleurant mes joues, je remonte mon écharpe sur mon nez en me demandant où est-ce que me mènera la confiance aveugle que j’ai envers mon hôte d’autrefois. C’est le moment que le jeune homme choisit pour me dire que c’est son tour d’offrir le thé. Je ne réagis plus, au début, puis je réalise ce que cela implique. Un salon de thé ? Je serais assez surpris si c’était le cas. Ainsi, je ne trouve de meilleure chose à faire que de lui demander de confirmer mes doutes.

« Où va-t-on ? »

Car je suis encore un peu trop lâche pour poser la question de front. Derrière nous, nos traces de pas laissées dans la neige sont les preuves éphémères de notre passage en ces lieux. Arrivé au bout du domaine du temple, nous commençons à descendre les escaliers. Pour ma part, je prends soin d’éviter les zones enneigées pour ne pas m’infliger une blessure supplémentaire. Tomber sur mon bras bandé alors que je viens de prier pour une année prospère serait assez ironique. D’un autre côté, je ne suis pas seul. Et même si je ne connais pas très bien mon compagnon de chemin, je ne pense pas qu’il m’abandonnerait au milieu de la colline. Un vent froid vient raser les alentours, j’en frissonne en regardant les flocons s’écraser sur l’herbe. Quand j’y pense, c’est une sacrée coïncidence de l’avoir croisé ici, dans un lieu religieux, alors que nous ne le sommes pas pour un sou.

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MessageSujet: Re: Les dieux vont nous entendre [PV Takubro]   Dim 3 Juil 2016 - 23:56

Il ne sembla pas comprendre ce que voulaient dire ses excuses, prenant sans doute celles-ci personnellement. Takuya ne s'adressait pas à lui, ou plutôt, pas seulement à lui, il savait bien que sa présence n'aurait rien changé, celui-ci ne se serait certainement pas jeté dans le feu, surtout connaissant son "blocage". Il présentait plutôt des excuses à tous ceux présents, par "principe", mais aussi, et de manière un peu égoïste, à soit même. Il s'excusait, et pour une fois cette formule avait du sens, de ne pas avoir combattu sa peur. Faire face au feu à ce moment là lui paraissait être ce qui aurait du être et se maudissait que ce ne fut pas ce qui avait été. Se sentir perdant face à soit même lui laissait un gout de cendre dans la bouche.

« Tu y étais, du coup ? A la soirée. »

Un sourire un peu forcé se dessina sur le visage du jeune homme à la suite de cette question. Il y avait été oui, il n'avait remarqué personne et personne ne l'avait remarqué. L'excitation et les sourires des gens présents ne lui avaient fait aucun effet, il n'avait pu sentir que les parfums trop forts d'une majorité d'élèves tranquille à l'idée de couler des jours heureux loin de toutes complications. Ils cherchaient un moyen de se couper du monde le temps d'une soirée, à une certaine époque il aurait pu comprendre cela, lui même écumait alors les ruelles de la capitale dans ce but, mais désormais cela le révulsait. Il ne se voyait plus vivre sans prises fermes sur la réalité, aussi, il buvait moins, fumait moins, s'enfonçait dans un certains mutisme tandis qu'il se triturait l'esprit. Il se croyait assagi,  pensait avoir plongé dans ce qu'on appelait avec une certaine facilité paternaliste, "l'age adulte". Il n'était en réalité que plus sauvage, littéralement, solitaire et rude. Les interrogations de Rika étaient légitimes, mais il ne voulait pas l'ennuyer avec ce genre d'états d'âmes dont il n'avait sans doute rien à faire, aussi, le jeune homme se contenta d'une réponse laconique, moyen de fermer un début de discussion qu'il ne souhaitait pas voir évoluer en débat.

"Je suis parti tôt, et j'aurais du revenir en voyant la fumée. Pour le principe."

Hisaka lui, n'avait que peu changé, ou alors si peu, que rien ne sautait aux yeux de Takuya. Il était toujours le même que celui qui l'avait accueilli des mois plus tôt, les mêmes yeux tombants, les mêmes traits fins, la même carrure de roseau. "Au moins celui-ci ne rompra" pensa t-il avec humour. Le jeune homme lui avait déjà démontré son sang-froid par rapport à une certaine situation de stress, signe de force, et il ne pouvait que le respecter pour cela. Bien qu'il lui ai donné son numéro, l'étudiant en science n'avait pas cherché à le contacter. Takuya n'en était pas étonné, il l'imaginait ainsi, peu sociable, comme lui. En témoigne la réaction quasi-enjouée de celui-ci en apprenant qu'il n'y avait rien de bien "neuf" dans sa vie, le jeune en kimono n'avait pas complétement tord.

« Les gens viennent souvent ici en famille. Ils demandent peut-être la stabilité de leur union aux divins ? …ou peut-être d’autres idioties du genre. Je ne sais pas. »

Pas très sociable, et pourtant il lui prend l'envie de discuter. Takuya lui souri, d'un de ses sourires amer qu'il affichait lorsque le dépit venait le trouver. Manifestement, Hisaka Rika n'était pas beaucoup plus avancé que lui sur ce point. Il avait beau avoir touché du doigt quelque chose, ce n'était toujours qu'un effleurement, une approche timide de ce qu'il nommait le "spirituel". Il ne voulait pas juger, mais tragiquement, il ne pouvait s'en empêcher. Visiblement, son interlocuteur aussi, jugeait.

"Peut-être une partie."

Il ne voulait pas croire que ce n'était que ça, que la prière n'était qu'égoïste, aussi, il compléta sa phrase, se força à préciser son idée. Alors qu'il se mettait déjà à marcher en direction de la sortie, c'est d'une voix grave et d'un regard perçant en direction du ciel, que le jeune homme s'écria.

"Je me refuse à dire que ce n'est que cela, croire. Ce doit être autre chose, autre chose qu'un simple échange, qu'il ne s'agit pas simplement d'un homme, peut-être un peu perdu, qui offre sa prière dans l'espoir de recevoir quelque chose. Je refuse de croire également qu'il ne s'agit que de traditions vouées à disparaître."

Il s'arrêta d'un coup, net, comme un coureur du dimanche manquant de souffle. Les longues tirades n'étaient pas pour lui, il manquait d'entraînement. Il retourna sa tête en direction de Rika, l'air un peu surpris de lui-même, un sourcil en l'air, à moitié pour lui demander c'était bien lui avait prononcé ces mots, à moitié aussi pour s'excuser de s'être emporté. Loin d'en être offusqué, celui-ci venait de créer un petit nuage de buée entre eux, avec son souffle, le même qui les avait séparé dans sa chambre lors de sa visite intempestive. Peut être n'avait-il pas écouté, peut être était-ce mieux ainsi. Leur destination allait peut-être l'effrayer, il ne fallait pas que celui-ci le prenne pour un fou en prime.

« Où va-t-on ? »

Question fatidique qui l'amusa soudainement. La réponse n'allait pas lui plaire. Takuya ne répondit pas de suite, préférant attendre d'être dans la rue pour le lui annoncer. Là, l'agitation de la ville reprenait ses droits, la neige ne ralentissant en rien la circulation. En fait, seuls les flocons semblaient prendre leur temps, ceux-ci tombaient paresseusement sur le monde des hommes, contraste saisissant qui allait bien avec la sortie du temple. Le vrombissement d'une mobylette qui passait juste à côté de lui le sorti de sa torpeur, un coup d’œil par dessus son épaule lui apprit que l'intellectuel le suivait toujours, le regard plein d'une sorte d'interrogation tout à fait compréhensible.

"Fais pas cette tête Rika, on va chez moi, faut que j'me change."

Occasion pour l'apprenti théologien d'un jour de se fendre d'un sourire narquois alors qu'il se mit à marcher en direction de la bouche de métro la plus proche. Direction Bougu, ils avaient à parler.

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MessageSujet: Re: Les dieux vont nous entendre [PV Takubro]   Jeu 14 Juil 2016 - 0:47

En évoquant ma blessure au bras, il a bien sûr fallu parler de la soirée de noël qui s’est terminée en brasier. Même si nous échangeons sur ce sujet, j’ai – au fond de moi – l’impression que nous en parlons comme on parlerait d’un fait divers extérieur, quelque chose que nous n’avons pas vécu. Ainsi, nous restons vagues, laissant de côté nos propres regrets pour tenter d’être objectif avec les événements. Pour rebondir ce qu’il avait dit juste avant, j’aurais aimé que quelqu’un nous vienne en aide et nous décoince de ce piège, dire le contraire serait un mensonge sans nom, toutefois je ne pouvais pas attendre d’une personne non-formée qu’elle vienne risquer sa vie pour sauver des inconnus.

J’apprends qu’Hibari était parti tôt, mais pas assez pour ne pas voir ce qu’il se tramait. Même si plusieurs mètres nous séparaient au moment où l’explosion a eu lieu, il a eu le temps d’apercevoir et sentir la fumée. Pour le principe, m’explique t-il alors que je ne l’écoute déjà plus qu’à moitié. Alors il savait, et c’est pour ça qu’il s’est excusé. Je hoche la tête en reniflant, restant silencieux pendant quelques secondes. Evidemment, je ne tiens pas à le blâmer pour ne pas être revenu sur ses pas. Comme je l’ai pensé tout à l’heure, ce n’est pas comme si j’avais attendu quelqu’un.

« Je vois. »

C’est peut-être un peu froid dit comme ça, mais en soi je n’ai rien d’autre à ajouter. Il y a une part de moi, celle que l’on appelle plus communément l’égoïsme qui lui en veut et m’empêche de lui répondre un simple « C’est pas grave. » sur un ton léger, mais ma retenue me permet de ne pas lui faire part de mon ressentiment à son égard. La conversation dévie assez naturellement sur le temple et les prières, la raison de notre venue ici. Apparemment ni lui, ni moi ne sommes de fervents croyants. Si le jeune homme en histoire a le mérite de s’interroger sur l’origine et la nature de la croyance, je ne suis ici que pour perpétuer la tradition et me rendre nostalgique. J’avais émis l’hypothèse que les gens venaient ici pour consolider leurs relations ou autres futilités du quotidien. Hibari ne veut pas le voir de cet œil là, il voit au-delà de l’homme matérialiste, il cherche quelque chose de plus…spirituel ? Ne pouvant pas l’aider dans sa quête, je me contente de hausser les épaules d’un air indifférent.

« La plupart des rites religieux finissent par être dénués de sens, il n’y a qu’à voir ce qu’il se passe en occident. »

Je marque une pause, le temps de recevoir un flocon de neige sur le bout de mon nez. De son côté, l’autre étudiant semble récupérer le souffle qu’il avait perdu tantôt, alors qu’il s’exprimait avec fougue sur le sens des prières. Mon interlocuteur a déjà le dos tourné au moment où je reprends la parole. Je me lève à mon tour pour le rattraper aussi vite que je le peux malgré mes jambes engourdies par les températures hivernales.

« Finalement, est-ce que la nouvelle religion des hommes ne serait pas le travail ? »

La religion qui rassemble, qui créé des liens entre les hommes, celle dans laquelle ils se réfugient aussi, celle qui pousse à détester ceux qui ne font pas partie du cercle, celle qui initie. J’avais lancé ça sur le ton de la conversation, sans vraiment développer mon raisonnement ni m’attendre à une réponse argumentée. Ce doit être le froid qui me pousse à dire des choses comme ça. Sans surprise, je commence à rire. De moi, de ce que je dis, de tout.

« Oublie ce que je viens de dire. »

Et après quelques pas, la question la plus intéressante est celle de la destination que nous prenons. C’est bien beau de m’avoir fait bouger de mon banc, mais j’aimerais savoir où est-ce qu’il m’emmène. Sans prendre de détour, je lui demande donc où est-ce que nous allons. Il ne me répond pas tout de suite, et m’ignore même jusqu’à ce que nous atteignons la rue, symbole du retour vers le monde civilisé. Malgré l’absence de réponse, j’avais continué à le suivre, ce n’est pas comme s’il y avait un autre chemin à prendre en descendant de la colline. Pourtant, c’est au moment où il m’annonce que nous allons chez lui que j’aurais aimé qu’il y ait autre chose qu’un simple temple shinto dans le coin. Il m’aurait fallu une excuse pour décliner, mais à ce stade je ne serais pas crédible. J’avais accepté de prendre le thé sans broncher, l’avais suivi sans dire un mot. La mine déconfite, je le suis jusqu’à la station de métro qui nous emmènera à Bougu.

Je me suis fait avoir comme un bleu.  Mon téléphone ne m’est d’aucune utilité, personne ne m’appellera pour me demander de venir. Et fuir, quelle idée. Je jette un rapide coup d’œil en direction du jeune homme alors que nous descendons rapidement les marches qui nous emmènent vers les souterrains. Ce qu’il a de plus que moi ? La vitesse, et actuellement la santé. Avec mon bras dans cet état, lui échapper serait un défi que ne relèverais pas. Carte validée, nous passons de l’autre côté du tourniquet pour descendre – encore – plus bas. Il fait chaud ici, contrairement à l’extérieur. Mes muscles se détendent donc un peu plus alors que nous approchons du quai. Keimoo étant dynamique et à la pointe sur les réseaux de transports, nous ne devrions pas tarder à nous engouffrer dans une rame bondée…ou pas, mais le simple fait de savoir que nous nous dirigeons vers Bougu est une punition en soi.

Un signal vocal nous demande de nous préparer à l’entrée du véhicule sur les chemins de fer. Les têtes brunes se regroupent derrière la ligne de sécurité, je reste un peu en retrait pour ne pas être pris dans la foule. Nous emboîtons le pas des premiers de la file pour trouver une place à l’intérieur de la rame. Pas de place assise aujourd’hui, mais je suis loin d’être serré alors c’est déjà ça. Avec tout le vacarme autour, je ne sais pas s’il va m’entendre, alors peut-être que je ne fais que parler à moi-même lorsque je me mets à pester contre lui.

« T’es qu’un goujat, Hibari. »

Les portes se referment au moment où ma main valide vient attraper la barre de métallique pour me tenir en équilibre. Je ferme les paupières quelques secondes en écoutant la voix de synthèse annoncer le prochain arrêt. Ce n’est pas la ligne que j’ai l’habitude d’emprunter alors les noms de stations ne me disent pas grand-chose. D’ailleurs heureusement pour lui que mon pass est valable pour tout le réseau sinon il aurait dû me payer ma place. Nous ne parlons pas beaucoup durant le trajet, chacun de nous sait que nous aurons tout notre temps lorsque nous serons arrivés à destination, nul besoin de se presser. Ainsi, je peux déjà l’affirmer : la journée va être longue.
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