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 Time's up, Alice [& Joshua]

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Mei Shiozaki
► Université - 3ème année - Vice Capitaine Natation
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MessageSujet: Time's up, Alice [& Joshua]   Mar 24 Mai 2016 - 18:06

“Tu t’appelles comment ? Mei ? C’est sympa ça Mei. Ça veut dire quoi au fait ? Beauté, aah. Et fringues ? Hm. On va garder le beauté, d‘accord ?”. Très bien, gardez cette signification, tout me va. Je ne me suis jamais plains de mon prénom, je l’aime bien d’ailleurs, je le trouve simple mais joli. Limite même élégant. Cependant, j’ai beau ne pas être de ces personnes qui se lancent dans des réflexions sur la vie, je me suis toujours demandé quelque chose. Pourquoi doit-on compter sur d’autres personnes pour avoir une identité ? Notre nom, ce qu’on est, ce par quoi on va nous appeler, nous reconnaître…est choisi par quelqu’un d’autre. Le prénom est le souvenir qui prouve que nous sommes acceptés par notre nation et pourtant on nous l’impose plus qu’on nous le propose. Enfin bref, je suis fière du choix de mes parents. Il ne m’a jamais causé de problème et il ne m’en causera jamais, n’est-ce pas ?


Trippin’ out, spinning around
I’m underground
I fell down


Coin sinistre. Gens louches. Je n’avais presque plus la notion du temps et alors que j’essayais de jeter un coup d’œil à ma montre, je pris conscience de la faible luminosité que m’offrait l’emplacement où je me trouvais. Les aiguilles se fondaient dans l’obscurité de l’une de ces nuits où il est mieux d’être chez soi à la contempler plutôt que dehors à la vivre. J’aurai pu tout simplement sortir mon portable de ma poche ou de mon sac si je ne l’avais pas bêtement laissé ce matin sur ma table de chevet. Aujourd’hui je n’avais eu que trois heures de cours et parce qu’il ne me servait pas beaucoup en temps normal, je m’étais dit que ne pas le prendre avec moi ne serait pas un grand handicap. Si seulement j’avais su. En relevant ma tête j’aperçu à quelques mètres, près d’un groupe de personnes au regard amusé et à la voix portante, une lumière qui clignotait. Il y en avait sûrement des tonnes qui n’éclairaient plus correctement dans cette ville, mais celle-ci semblait être aussi étrange que cet endroit, que ces gens qui se trouvaient actuellement sous sa lumière hésitante.

Je ne pouvais me retenir de la fixer et bientôt le clignotement de mes yeux suivaient le sien. Le brouhaha incessant de ses voisins se stoppa, d’un coup. Rien n’avait l’air naturel ici. Que ce soit les jeunes femmes aux alentours et le rire qu’elles émettaient qui sonnait faux et qui cachait une inquiétude suite aux avances d’hommes débauchés et perdus. Ou la musique qui me parvenait aux oreilles et qui ressemblait plus à un grésillement qu’à une mélodie. Je n’étais clairement pas de ce monde. Je parvins à m’extirper de mes pensées et c’est d’un pas décidé que je m’avançais vers l’objet de mon observation. Arrivée, je pus distinguer à instants différés les chiffres noirs accrochés à mon poignet. Je soupirais alors à leur vue. Je mordis ma lèvre inférieure, mince il était déjà 22h.

C'est à se demander comment j’étais parvenue à me retrouver ici. Néanmoins je connaissais déjà la réponse. J’avais eu envie de me balader un peu, rien que ça. Mon père m’avait demandé avant de partir quand est-ce que ma journée prendrait fin, j’avais répondu que j’allais étudier à la bibliothèque et donc que je ne savais pas réellement quand est-ce que j’allais rentrer. J’avais bafouillé ce mensonge et avais coupé court à la discussion pour ne pas éveiller des quelconques soupçons. Je suis tellement nulle quand il s’agit de mentir. Il m’avait cru et m’avait même souhaité bonne chance. A la fin j’avais suivis mon petit plan qui se résumait à marcher, à m’arrêter, à tourner à droite puis à gauche au gré de mes envies. Je gardais toujours du coin de l’œil un repaire pour ne pas me faire avoir par mon mauvais sens de d’orientation. Tout s’annonçait bien. Puis j’avais rencontré ces filles, elles étaient avec moi en droit politique ainsi j’avais pu très vite mettre un nom sur leur visage. Elles avaient accepté que je me joigne à elles, en fait toutes les cinq m’avaient interpelé et j’avais de suite perdu de vue ce bâtiment qui m’aurait aidé à retrouver mon chemin. J’avais prévu d’envoyer un message à mon géniteur à l’aide d’un de leurs portables pour lui annoncer que je rentrais dans une heure trente, il serait alors 19h30. J’avais du temps devant moi. Puis l’heure tourna et je m’exécutais. Or mes prévisions avaient changé et j’avais finis par manger avec ces mêmes filles. 21h passé, il faisait encore un peu jour alors je les avais suivis à l’arcade de jeu. Puis je ne savais plus où j’étais et elles étaient vite parties. Trop vite même. Je n’avais même pas eu le temps de m’apercevoir que je m’étais retrouvée toute seule.


Yeah, I fell down

Je restais un moment à me demander ce que j’allais faire, ce que je pouvais faire maintenant. Je suivais le cadran de mon index droit. Je soupirai discrètement et une voix grave rompit le silence qui s’était installé, semble-t-il, depuis trop longtemps.

« Un problème, demoiselle ? Je-Enfin onpeut vous aider. »

Je refermai ma main sur ma montre et n’osai plus bouger. Comment réagir. Je secouai la tête discrètement, pas de quoi dramatiser même si ce quartier craignait cela ne voulait pas forcément dire qu’il n’y avait que des psychopathes ou des pervers. Je pris une grande inspiration et dirigeai mon regard sur mon interlocuteur. Son visage fut éclairci et je remarquai qu’il devait avoir la quarantaine et devait à coup sûr faire partie des habitués des lieux. J’essayais tant bien que mal de garder ma consistance pour ne pas paraître vulnérable. Mes yeux fixaient les siens depuis quelques secondes déjà. Je sentais qu’il allait insister alors j’ouvris rapidement la bouche. J’hésitai.[/color]

« N-Non ! Euh…c’est bon. Je n’ai aucun problème. »

Mes mots ainsi que mon regard se perdirent dans le vide et ma voix trahit la confiance que je voulais me donner. Tous rigolèrent et je me préparai à m’éloigner quand ce même gars m’empoigna le bras droit. Et dire que je lui avais accordé le bénéfice du doute, quelle erreur. Je n’attendis pas qu’il me tire davantage vers lui pour protester et tenter de me défaire de son emprise. Un « C’est bon, laisse-la. » nonchalant arrêta ce jeu qui n’avait enregistré qu’un seul participant ; lui et seulement lui.


I’m freaking out, where I am now?

Mon cœur qui s’était alors arrêté de battre, reprit doucement son rythme. Désormais dégagée, je tournai les talons et parti vite vers une rue qui me paraissait alors plus rassurante. Mais ce mot résonna ironiquement dans ma tête. Comment je pouvais réellement me sentir calme et en sécurité entourée de tout…ça. Mes mains tenaient fermement les sangles de mon sac et ma démarche était plus qu’incertaine. Je ne savais pas vraiment où mes jambes m’emmenaient et tout me paraissait dénué de sens. Je fus frappé par plein d’interrogations. Pourquoi il y avait autant de monde dehors alors qu’il y avait des bars qui n’attendaient qu’une chose ; des clients. Pourquoi des femmes s’abaissaient à flirter avec des types comme ceux qu’on trouvait ici ? Pourquoi personne ne faisait rien ? Loin de mon confort habituel je me retrouvée littéralement perdue.

Je tentais de reprendre mes esprits et de trouver un peu de courage au fond de moi, je me savais quand même débrouillarde et je pouvais toujours compter sur le fait que je n’étais pas du genre à attirer les regards. Mes dernières années à Keimoo en étaient une belle preuve d’ailleurs. Me voilà bien engagée dans cette nouvelle ligne droite sur laquelle s’entassaient tous types d’individus, trop occupés pour voir qu’ils étaient par moment sur le point de me rentrer dedans. Ainsi je luttais pour ne pas me faire écraser.

Plus je marchais et plus je sentais la tension dans mon corps augmenter. J’avais beau me dire que ce n’était qu’une mauvaise passe, comme la dernière fois dans les couloirs et qu’au final j’allais m’en sortir, je n’y croyais qu’à demi-mots. Je soupirai. Mes yeux ne cessaient d’analyser les alentours histoire de m’éviter tout autre rencontre impromptue. Je ne voyais plus le bout de la rue, c’était quoi ce bordel. Et cette chaleur. Il était déjà tard et pourtant c’était limite étouffant. Je fouillai dans ma poche droite de ma veste et y sortis un élastique pour me faire une queue de cheval. Mais ce simple geste suffit à attirer quelques regards trop curieux. Comme si je n’étais pas assez stressée. Comme si eux ne craignaient déjà pas assez. Je ne me permis de les fixer qu’une fraction de seconde.

Puis sans le vouloir je me cognai à quelqu’un et ce choc m’interpella plus que les autres. La silhouette que je venais de heurter était si frêle, comme si elle allait s’effondrer. Prise de peur je me retournai vite.[/color]

« Déso-lée... »

Une excuse maladroite. Un silence. Tout s'était passé au ralenti. Puis le temps s'était comme figé. Je croyais sérieusement avoir bousculé une fille et pourtant j’avais en face de moi un garçon. Peau pâle. Cheveux blanc. On aurait dit qu’il allait tomber dans les pommes à tout moment. Mais je m’arrêtai de penser car je ne pouvais parler avec ma couleur. Ce qui me surprit le plus était ses cheveux et c’est également ce qui me donna envie de partir aussitôt que j’eusse prononcé mes mots. Je n’attendis aucune réponse de sa part. Je tournai les talons tout en lâchant un second ‘désolée’ mais qui sonnait plus comme un ‘s’il-te-plaît reste où tu es et continue à faire ta vie’.

« Mei ! Qu’est-ce que tu fais là toi ? »

Une voix familière me stoppa net quelques centimètres plus loin. Combien de fois m’étais-je arrêté au juste. Je vis alors une des filles avec qui j’avais traîné cet après-midi. Elle était en compagnie d’un homme qui était largement plus vieux que nous deux. Je restais bouche-bée. Qu’est-ce que je pouvais bien lui répondre ? Qu’elles m’ont toutes lâchées dans la nature et que maintenant j’étais perdue ? Peut-être. Mais je n’avais ni envie de lui parler maintenant ni envie de traîner avec elle et son...copain ? Rien de plus pire ne pouvait m'arriver. J’allais simplement fuir cette situation, oui il le valait mieux.


♫ Avril Lavigne - Alice

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Dernière édition par Mei Shiozaki le Sam 16 Juil 2016 - 16:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Time's up, Alice [& Joshua]   Dim 19 Juin 2016 - 3:53


YOU DIED.
Melting through the cracks in my hands.

-


Si ma perspiration avait pu avoir un goût se détachant de celui du sel et de mon déodorant, j'aurais voulu qu'elle ait celui du sang, le même qui pigeonnait sur mes doigts lorsque les saisons changeaient et que les bestioles qui croisaient mon chemin se voyaient écartelées pour satisfaire ma soif, ma curiosité, le même qui avait peinturé le visage de Naoko Tanaka lorsque les escaliers du centre commercial s'étaient effondrés sur son corps de poupée, le même qui avait tracé des toiles arachnides sur mes bras lorsque j'avais éclaté les miroirs de mon ancien appartement. Ou peut-être aurais-je préféré qu'elle ait un goût changeant qui passerait par celui du café lorsque je me glisserais entre les draps de Kojiro sans lui demander son approbation, pour devenir celui du sucre, chocolat fondu, lorsque mes phalanges pianoteraient contre les vertèbres d'un Zakuro trop intense. Peut-être.

Si c'était le cas, si elle avait un goût n'étant pas celui du sel et de mon déodorant, je passerais mes doigts contre ma nuque, en récupérerait l'humidité pour la porter à ma bouche. Autodigestion. Mes doigts se couvriraient de saveur et ma langue laperait ma vitalité. Un pianotement d'orteil dans la bonne direction, pour un jour à réduire mon enveloppe corporelle à néant, pour mettre en pièce ma chair et mes os, pour laisser flotter mon immatérialité dans l'atmosphère. Me dévorer pour mieux dévorer le monde.

Je ricanai, mon rire s'accrochant aux réverbères clignotant qui peuplaient le quartier Bougu et laissant les patrons oscillant le long des terrasses mal éclairés me fixer avec une lueur de désintérêt englué dans les yeux. Mes ongles fouillèrent ma nuque, scotchant à mon cou la blancheur translucide de mes cheveux.

La nuit frissonnait tel un volcan et je pataugeais dans une lave qui n'arrivait pas à me brûler. Mes péripéties débutaient souvent sur une errance distraite ou frénétique, inhalaient un pouvoir d'action que je placardais à la volée sans trop me préoccupé d'où il atterrissait. Je pressais les empreintes digitales de ma corporalité contre les reliefs du monde dans une recherche perpétuelle de l'infini.

Ce jour là, j'avais crayonné les bras de Kojiro, l'Oiseau, au marqueur, l'attirant dans des draps mouillés par les glaçons que j'y avais déposé. J'avais barbouillé sa peau de non-sens théâtral, enroulé ses cheveux autour de mon cou et marmonné des inepties hilares. J'avais imaginé les hirondelles brûler dans leurs prisons de verre. Il avait d'abord eu un sourire brodé dans cet amusement stoïque que mes agissements engendraient parfois chez lui et qu'il ne réprimait maintenant plus qu'à-demi. Sa main s'était tournée vers le plafond en une acceptation silencieuse de mon toucher et je l'avais entrainé. Le froid soudain lui avait arraché un hoquet surpris, ses doigts s'étaient recroquevillés entre les os de mes côtes et j'avais ricané à m'en fendre les poumons. Les glaçons avaient claqué contre le sol de ma chambre et il s'était enfuit vers la salle de bain.

Lorsqu'on mouille les ailes des oiseaux, on en voit parfois les os, les plumes s'affaissant pour offrir les détails qu'elles masquent. J'avais donc recommencé mon manège plusieurs fois, glissant ma langue contre l'arche de ses sourcils pour goûter sa frustration,  brusquant son consentement  par l'intermédiaire de mes virulentes envies. Éventuellement, j'avais finis par me lasser, à-demi, mon souffle sautillant, nouant l'encre de ses mèches en une boucle folle contre ses clavicules, et je m'étais éclipsé dans l'air, projetant vaguement de m'imposer dans les jupons de Lawrence pour le reste du périple solaire.

Je n'atterris pas toujours là où j'avais prédis le faire.

Un bus m'avait écarté de ma planification, s'arrêtant au coin de la rue par laquelle je devais passer pour me rendre dans l'antre du Ciel et du Soleil - un Ciel intemporel et un Soleil retourné -  et j'étais monté dedans, sans réfléchir. J'avais observé la démarche claudiquante des individus occupés, regardé la manière dont leurs extrémités glissaient sur les écrans de leurs téléphones.  Leurs expressions m'avaient, par moment, séduites et je les avais photographiés discrètement, ajoutant des visages anonymes au répertoire de mes dévorés. La liste s'allongeait, loin était l'époque où l'image d'un pseudo-psychologue allongé dans le canapé de son bureau était la seule peuplant ma banque de donnée.

Tout autour, des voix éclataient, les clients des bars du quartier Bougu s'adonnant à des pertes d'inhibition bruyantes. J'entendais des verres tinter depuis le trottoir. Des insignes défilaient à mesure que j'avançais. Certaines m'étaient familières pour les avoir côtoyer auparavant, mais une se démarquait du lot sans que je n'aie besoin de relever les yeux pour en reconnaître le nom.  La boîte de nuit n'avait pas changé malgré les années, le portier me semblait porter le même costume que la dernière fois que j'étais venu. Tout était pareil, en quelque sorte.

Je me souviens, dans cette rue nondescript dans laquelle déambulaient les fauves nocturnes de Keimoo, ses cheveux frais avaient glissé contre le parchemin fiévreux de mon front. Il m'avait redressé, le sang de mes mains, l'horreur de mon nom, s'accrochant aux manches de sa chemise. Sa blondeur m'était apparu comme un halo nauséeux, une couronne qui n'aurait pour utilité que celle d'être brusquement fracassée.

Lawrence m'avait trouvé. Et de la même manière dont je l'avais heurté, on me heurtait.

Le portrait d'une normalité fastidieuse se dressait devant moi, cheveux de jais, lèvres de soie. Je m'imaginais d'office la récupérer entre mes doigts pour la porter à mes lèvres, la mâchonner, l'avaler et, peut-être, si le goût tintait trop bien contre mes manivelles internes, la recracher. Je m'imaginais, l'instant d'un regard, chercher à trouer sa derme via l'éclat argenté scindant mes iris. Je fixai l'humanité nerveuse se répandre et s'écarter, s'éloigner.

Je l'aurais laissée partir et le goût de sa peau se mélangeant à celui de ma sueur ne serait resté qu'une vague méandre. Je l'aurais laissée partir, l'aurais regardée progresser jusqu'à la jeune femme l'interpellant sans ciller. Je l'aurais fais - et je crache sur cette minuscule partie de moi qui voudrait le jurer-, mais les fantômes qui tirent sur mon poignet et qui le peignent d'égratignures sanguinolentes ont tous le même visage. Ils brûlent, me damnent et me calomnient, des lambeaux de peaux se détachent de leur visage de pêche blanchie. Ils hurlent, ces fantômes, laissent chacun des fils noirs de leurs coupes asymétriques s'embraser comme des feux d'artifice. Ils noircissent, se ratatinent, et, dans la fureur de leur douleur, me demandent de chanter. Tu as une si jolie voix, croassent-ils. Il n'y a personne pour me heurter lorsque je fuis leur présence, personne pour écouter ces mots que je n'arrive pas à prononcer.

Et les fantômes, eux, me poursuivent.

Elle voulait tellement vivre.

Elle voulait tellement vivre.  

Mei.

Je m'élançai à la suite de l'inconnue, Mei, la percutant plus fermement qu'elle m'avait percuté dans ma hâte de me rapprocher d'elle. Mon épaule toqua contre l'arrière de son cou et j'agrippai ses longues mèches dans un geste impulsif qui pressa sa tête contre moi. Toc, toc, ouvre-moi, toc, toc, ouvres-toi.

« Mei. »

Je n'avais que faire de l'air vaguement alarmé que son interlocutrice venait d'adopter, au loin, sa surprise se transformant en une outrance nerveuse. Je n'avais que faire des yeux-caméras des tierces personnes qui pourraient s'adonner à voir la scène. Il y avait, contre moi, l'écho bigarré du spectre qui me hantait - une hantise que je refusais et dont la présence me pesait davantage que l'absence de l'âme habitant autrefois le blouson de cuir qui reposait sur mes épaules - et je sentais son cœur battre.

Je sentais son cœur battre.

« Pour plusieurs, la jeunesse se caractérise par des actes irréfléchis, démesurés. »

Je tirai sur les mèches entortillées autour de mes doigts, laissant mes prunelles couler contre l'arrière de son crâne. Notre proximité imposée brodait entre nous une chaleur inquiétant, une perspiration fine qui me rappelait la toile d'une araignée. Ma seconde main, celle qui ne tiraillait pas ses cheveux, trottinait le long de son bras, testait l'élasticité de sa peau et traçait la proéminence de certains os, ulna et radius, pour mieux pouvoir enfoncer ses ongles dans son poignet.

« Viens avec moi, Mei. », susurrais-je et son nom, entre mes lèvres, avait le goût d'une conviction qui m'échappait, le goût de sa mort et le goût de ma perte.  Mes dents claquèrent près de son oreille et je revendiquai, sans les mots pour l'appuyer, la non-humanité que son homologue décédée avait cherché à m'arracher.

Je ne suis pas humain, Mei. Je ne suis pas humain, je ne suis pas humain et je dévorerai jusqu'à mon enveloppe physique pour te le prouver.


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Je suis tout ce que je veux, je ne suis rien de ce que je subis. Je deviens celui que je suis.
Danse Macabre - Baudelaire.
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Mei Shiozaki
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MessageSujet: Re: Time's up, Alice [& Joshua]   Sam 25 Juin 2016 - 16:19

Bad feeling
Mauvais présage
Nom masculin - danger en approche ; situation à éviter ; commencer à regretter d’être là.



Des bribes de conversations, des mots lâchés qui ne laissent aucune trace, des interrogations qui resteront telles quelles. Je n’entendais plus ce qu’elle me disait, si encore elle s’adressait à moi. Tournée vers cette même longue rue qui me paraissait désormais encore plus sombre. Je marchais. Elle n’existait plus. Quelque chose. Mais je devais continuais, je le voulais et j’aurais dû. De tellement. Je ne compris pas ce qui venait de se passer, c’était...Bizarre.

Un choc brutal. Bien trop pour moi. Mon visage se crispa et mes yeux se fermèrent sur le moment. Un cri de douleur s’échappa de ma bouche et j’aurais désiré qu’il soit plus discret. Mais tout cela était malvenu, aussi bien cette décharge électrique qui fit suite à cet impact que cette présence étrangère derrière moi. Par reflex ma main chercha à atteindre ma nuque. Je croyais que c’était encore une de ces personnes victimes de l’atmosphère un peu trop festive ; celle qui vous oblige à oublier tout ce qui vous constitue, tout ce que vous êtes et qui vous invite dans un sourire narquois dénué de bonnes volontés à vous vendre au profit de la décadence. Je croyais avoir affaire à une de ces ‘rencontres’ réfutées l’instant d’après, d’ores et déjà oubliées sans même qu’elles aient vraiment commencé. Elles sont regrettées ou appréciées quand provoquées. Pour moi je venais seulement de me faire bousculer, j’aurais en temps normal quémander des excuses, mais voyez-vous ce lieu ne m’inspirait pas confiance et plus vite je sortirais d’ici, plus vite je retrouverais la certitude que tout ira bien. Je stoppai mon geste à mi-chemin. Un autre choc. Le flou total. Je reculai d’un pas, ce n’était pas moi qui l’avait décidé non, moi tout ce que je souhaitais c’était courir tout droit, sans jamais me retourner et sans jamais savoir à quoi ressemblait cet inconnu. J’en avais que faire des gens d’ici.

Mes cheveux se retrouvèrent prisonniers de doigts trop insolents que j’avais follement envie d’agripper. L’image de mon agresseur se fit de plus en plus claire dans mon esprit, c’était sûrement un de ces gars en manque dont les yeux s’étaient posées à mon grand malheur sur ma personne un peu plus tôt. Pathétique. J’aurais pu rire si la peur ne commençait pas à prendre le contrôle de tout mon être. Mon cœur n’avait plus ce rythme régulier et rassurant. Je tentais du mieux que je pouvais d’inspirer et d’expirer calmement. Je ne voulais pas céder à la panique. Mais il prononça mon nom. Mais mon nom franchit ses lèvres. Arrête. Je tournais difficilement la tête et ce mouvement me parut durer des heures. Un suspens taquin jouait avec mes nerfs et il se brisa violemment. Je ne pus achever mon action. Ses phalanges s’amusaient avec ma chevelure, je n’étais pendant ce cours instant qu’une poupée dépourvue de paroles parce que je devais simplement me laisser faire, parce que je devais juste subir la situation. Arrête. Mes yeux se perdirent dans le vide. Un calme s’installa entre nous, s’accaparant à un compte à rebours avant l’explosion. Cette dernière allait faire des victimes et elle pouvait en faire car il ne semblait pas s’en préoccuper.

Actes irréfléchies, démesurés. Un rire franc et un goût de fin imminente. Une petite voix me murmurait que c’était là le début de l’acte final de ma vie et je lui prêtais un trait un peu trop dramatique. Il n’en était pas question. Ce n’était pas ces quelques mèches qui allaient causer ma perte. Coupe-toi les, disait ma mère. Coupe-toi les m’ordonnait-elle et moi je ne l’avais jamais écouté, préférant à cette demande la liberté d’en faire ce que j’en désirais. Je me figeais. Les gens entourant m’importaient peu. Le monde s’était arrêté de tourner alors que je sentais une curiosité que je qualifierais de malsaine le guider du bout des doigts, l’appelant au rapprochement. Ce n’était pas tant physique, néanmoins je n’arrivais pas à mettre de mots là-dessus. Je fixais ses ongles plonger dans ma chair, j’imaginais étroitement les marques se dessiner et rester plus longtemps que j’espérais que ne dure ce contact.

Et il rouvrit la bouche. Arrête. La consonance qu’il donnait à mon prénom me faisait le détester. Je le devinais si proche. Son souffle perturbant mon système nerveux et chamboulant ce genre de plans faits de décisions prises sur le moment après avoir rassemblé le peu de courage qu’on a, qui nous permettaient ainsi de nous débarrasser d’élément perturbateur. Il m’invita à le suivre, mon corps se raidit, un frisson me parcouru l’échine et si j’avais plus de cran je lui aurais ris au nez. Non je n’allais pas te suivre. Je serais mon haut de ma main libre et à travers le vêtement mes ongles vinrent se planter dans ma paume. Souffle saccadé dicté par l’agacement, joues empourprées, dents refermées sur ma lèvre inférieure, j’attendais la fin de son spectacle pour rentrer à mon tour en scène. Je déglutis et lâchai mon emprise sur mon t-shirt. Je dégageai sa main d’un geste vif et si je l’avais griffé par mégarde alors tant mieux. Je me retournai et le poussai de mes deux mains pour installer une certaine distance.

« Je t’interdis de m’appeler. Je t’interdis de me parler ! »

Ce n’était que le commencement et j’étais déjà essoufflé. Je mettais ça sur le dos de la panique qui eut raison de moi à la vue de mon interlocuteur. Le type de tout à l’heure. Comment ne pas le reconnaître. Je lui avais dit intérieurement de continuer à faire sa vie, mais si son destin était de me croiser alors j’aimerais qu’il me laisse au moins poursuivre la mienne. J’affrontais pour la seconde fois son regard et j’avais l’impression de m’y perdre dedans. Je me sentais ridicule, car je savais que ma confiance s’établissait simplement sur notre faible écart de taille et son apparence qui selon moi se rapprochait plus de celui d’un gamin perdu qu’autre chose. Mon visage laissait transparaître l’inquiétude, l’agitation, la colère autant d’émotions en un laps de temps. Je ne m’étais jamais mise dans un état pareil.

« Venir avec toi, non mais tu rêves. Je sais où tu veux m’emmener, je sais ce que tu cherches et je ne te suivrais jamais. T’es complètement dingue, toi. »

Un enfant qui se débat, un espoir de s’échapper. Je tire sur mon élastique pour laisser s’évader ma chevelure et par cette action je signe mes regrets. Que cela soit celui de me trouver ici ou celui de cette situation qui m’étouffe. Bientôt j’en vois en venir un autre, s’il avait eu le cran de m’interpeller de cette manière, il n’allait certainement pas se gêner pour répliquer. Qu’il s’approche, mais je ne serais pas là pour l’écouter et subir ses énièmes pulsions. Je tourne les talons, je sens les gens nous fixer, me fixer et de mes yeux je cherche une échappatoire.

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MessageSujet: Re: Time's up, Alice [& Joshua]   Dim 28 Aoû 2016 - 23:46


DISAPPEAR.
Like smoke gliding toward the sky.

-


L'odeur de son shampooing me perçait les narines et le fumet de sa peur transperçait ma peau avec la douceur stridente d'une aiguille. Je la retenais contre moi, m'accrochant à la syllabe unique de son nom pour résonner la foulée de mes actions. Mei. Mei et les parures enchantées de son regard illuminé, Mei la tailladeuse des attentes sociales. Mei la brûlée, Mei la calcinée.

Mei qui m'avait demandé de chanter.

Ses omoplates vrillaient mon plexus, la dureté des os se manifestant dans une rencontre forcée, voilée de désespoirs qui s'élançaient dans des directions opposées. Je sentais les rouages de son esprit s'affoler, s'enrayer dans leur volonté capricieuse de s'éloigner. Mes doigts, ses doigts, dans une griffure interne qui zigzaguait l'application de marques irritées qui galberaient la peau d'un souvenir empreint de difficulté. Ses ongles avaient tracé la fin du message que l'autre Mei avait cherché à transcrire sur ma peau, la calligraphie s'évasant dans des montées affolées de sorte à ce que je ne sois pas en mesure d'en comprendre la signification. Des reproche, des damnations, gribouillée contre le caisson de chair que j'habitais.

Elle s'écartait dans une contrariété que la survivance étouffait, me poussait et vociférait, la colère, la panique, défigurant son visage, la mutant en cette goule vicieuse qui m'avait, dans ses derniers moments, injurier de par derrière une porte bouillante.  

Je la considérais, alors que les nerfs et les veinures sinuant sur le dessus de ma paume sautillaient vicieusement, mon cœur se foudroyant d'une sensation de perte que sa silhouette découpée par la noirceur emportait avec des filaments de ma conscience. Dévorée par la lumière, puis par la pénombre. Elle s'accordait une omniscience erronée qui rebondissait contre les contours de mon enveloppe physique, placardant des suppositions et des vérités qui n'avaient de réel que la trajectoire qu'elles avaient tracé à l'intérieur de sa tête.

Je dégainai mes dents en une rangée retroussée de cruauté qui empruntait à mon sourire coutumier sa distinction exagérée. Je détestais qu'on me présume, qu'on me catalogue parmi les pages bien rangées d'une réalité qui se voulait cohérente et prévisible. Minimisation de l'humain qui apposait sur les concepts qu'il rencontrait des faits connus, des coutumes comprises, qui régulait sa pensée d'une manière trop empirique pour s'agencer à mon existence.

Elle, Mei, s'éloignait d'un pas vif  là où la sécurité serait en mesure de l'envelopper, loin de moi, loin des monstres qui tournoyaient sous les lumignons clignotants du cartier Bougu. Elle s'évadait, bariolée de cette combativité désespérée qu'on notait parfois à la suite d'un assaut, ses cheveux libérés amplifiant ses mouvements. Les battements de son cœur tambourinaient contre ma langue.

Arrête. Ne bouge pas.

Je m'élançai une seconde fois à sa poursuite, dévalant le trottoir pour de nouveau pouvoir la saisir. Du sang – le mien, par dépit – battait contre mes tempes, caricaturait cette adrénaline qui me faisait la retourner vers moi, lui saisir les mains d'une poigne rendue chevrotante par l'anticipation. Mon crâne heurta le sien avec fureur, laissant à ma cervelle le droit de voiler ma vision de noir, la picoter de gris et de blanc, pendant que j'envisageais écouter le ricochet de ses pensées, les entendre, les avaler, les digérer.

La grandiloquence curieuse de son homologue ne filtrait point sur ses traits, la laissant évidée de toute cette naïveté désarmante qui m'avait poussé à me redresser sur des jambes rendues vacillantes par la chute du Ciel – de Zakuro et  de cette moto que je découperais avec les fémurs extirpés de mes cuisses –  pour suivre une inconnue – pin-up exacerbée par la nuit et démantelée par les convenances sociétales –  au travers du panorama de Tokyo.

Les curiosités – t'aurait-on brisé le coeur, Chester ? – se voyaient remplacées par des certitudes, des faits prémâchés, régurgitées pour l'occasion d'une collision non-désirée qui prenait source dans la prononciation quasi monosyllabique d'un prénom que j'aurais préféré avoir halluciné. Elle ne pouvait pas savoir, celle-là, cette Mei, que des certitudes humaines, des prétentions de clairvoyance étaient ce qui avait coûté la vie à l'autre, à la brûlée, l'incinérée, l'assassinée. Et je tailladais ses paumes de mes ongles, persifflais ma déliquescence d'un souffle croassant contre les rides texturant ses lèvres, me targuant d'appuyer sur cette vérité.

« T'crois que je veux te trainer dans l'une des ruelles qui longent ces bars, ou mieux, dans un petit bled miteux où les gens comme moi rameutent les choses comme toi pour pouvoir les utiliser ?  »

Quelque chose qui ressemblerait à une usine oubliée par les fonctionnaires et les actionnaires, un immeuble dont la fonction s'était égarée au fil des années et qui servait maintenant de gîte aux loques humaines bloquées par l'inadéquation. Un immeuble dans lequel son œil épouvanté me considérerait comme une charogne humanisée, placardant sur mon allure désaxée les bribes d'une formule de psychologie popularisée. Je la détesterais pour ce regard, et pianoterais mes phalanges contre ses paupières dans un désir d'apposer contre celles-ci des coutures qui les garderaient fermées.

« Tu crois que je veux te vendre ou te prendre un truc, quelque chose d'un peu trop sale pour les filles comme toi, quelque chose qui sonne comme amphétamine, organes ou sexe ?  »

Clac ferait la mâchoire qui percuterait le ciment trop froid lorsque j'en aurais terminé avec ses yeux. Clac faisait la boîte crânienne qui s'abattait de nouveau contre la sienne, dans une rencontre forcée de nos visages. Mon nez s'abattit contre l'affaissement de l'os qui laissait place au creux dans lequel était loger son œil et mes dents claquèrent contre les siennes de par-dessus la housse viandeuse de sa bouche.

« You know nothing. Absolutely nothing. »

Mes doigts se froissèrent contre les éminences thénars de ses mains, et je me demandai, dans la latence d'un clignement d'yeux, lequel de nous deux avait oublié de respirer. Galvanisé par l'imminence, ma cognition se voyait embrouillée de paillettes monochromes, de bulles fumantes d'un malaise tremblotant et j'inspirais à goulées un air lourd et humide. Mei, les yeux cousus, les lèvres enflées, dans la cohue d'un imaginaire qui ne cessait de chercher à l'identifier à une autre entité.

Elles étaient deux, une seconde, puis unique la prochaine. Et mon cœur remontait le long de ma gorge, remontait à m'en fendre l'œsophage, gonflant mes veines d'un sang qui ne savait où se jeter pour réparer les dégât. Je lâchai, dans un feulement aqueux :

« J'ai besoin de connaître Mei. »

Forcer les pièces d'un vieux puzzle roussis dans le cadre d'un autre avec des doigts encore tâchés d'hémoglobine et de défaite. Peindre sous mes paupières les mimiques d'une individu vivante, tâchant mes iris de se couleurs. Il n'était pas question de tuer celle-là, pas question d'irriter la sensation d'un remord qui ne trouvait quiétude que dans la certitude que le feu avait apposé la finalité à l'instar de mes mains. Il ne fallait pas les tuer, il ne fallait pas les tuer.

Il ne –

«  Rien d'autre. »

Un goût de métal m'emplissait la bouche.


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Mei Shiozaki
► Université - 3ème année - Vice Capitaine Natation
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MessageSujet: Re: Time's up, Alice [& Joshua]   Jeu 8 Sep 2016 - 18:44

Elle était là, dégagée, éclairée par la lumière de quelques réverbères. Elle était là et c’était comme si elle m’attendait. Ce n’était pas la plus rassurante des échappatoires, mais à ce moment même c’était bien l’unique qui se présentait à moi. De ma main droite je vins masser légèrement ma nuque désormais libérée. Mes pas se firent d’abord hésitants, je craignais qu’il ne tente quoi que ce soit d’autre et j’avais du mal à me remettre de mes émotions. Je ne faisais plus attention aux battements de mon cœur, je savais que je ne pouvais plus les contrôler, plus maintenant, pas ici. C’est fini Mei, tu vas rentrer chez toi et tout ira bien. Oublies juste ce qu’il vient de se passer, c’est ce quartier qui est bizarre. Lui et ses gens. Je me fis violence pour éviter à mon esprit de se remémorer sa voix prononçant mon prénom. J’accélérai, l’adrénaline ou l’envie de partir le plus vite possible, encore plus vite qu’avant sans doute. A cet instant là un semblant d’immeuble d’Amani ou que sais-je encore, n’importe lequel qui s’éloignerait de Bougu serait à même de me rassurer. Mes yeux cherchaient sans faille une grande route, animée par des gens trop pressés de rentrer chez eux, trop occupée pour embêter qui que ce soit. Ils la cherchaient, mais cet endroit lugubre semblait s’étendre sur des kilomètres et les minutes ne cessaient de s’écouler.

Mon sac plutôt léger pesait désormais lourd sur mes épaules. Je mettais ça sur le dos du malaise qui me gagnait peu à peu. J’eus à peine le temps de regarder plus loin que je fus à nouveau rattrapée. Lui encore, lui toujours. Il me força à lui faire face et la panique se dessinait aussitôt sur mon visage. Mon visage se crispa. Affolée, j’haletais et le choc qui suivit me fit presque perdre l’équilibre. Ses mains emprisonnant les miennes m’empêchaient de me tenir la tête. Mes paupières se fermèrent la seconde d’après. Je laissai échapper un cri, je n’avais jamais ressenti une douleur aussi forte. Je tentais de me défaire de son emprise, cependant rien n’y faisait. Ce n’était le simple fait que j’avais sous-estimé sa force musculaire, c’était plus que ça.

Une sensation dérangeante que j’avais déjà connu auparavant, celle de ses ongles s’enfonçant dans ma chair. J’aurais voulu le quitter du regard, quitter ses pupilles dans lesquelles je n’arrivais à rien lire à rien retranscrire. Les miennes tremblantes et les siennes déterminées. Je sentais aspirée, néanmoins le sentiment agréable qui accompagnait souvent cet état était remplacé par un autre ; la peur. Je réussis à m’en détacher pour fixer son front, ses sourcils et puis ses lèvres qui s’étaient étirées. Non ce n’était pas en un sourire, ce fut bien trop différent, bien trop ce que je ne connaissais pas pour que je puisse le qualifier ainsi. Happée par des pensées qui n’arrangeaient en rien mon angoisse, il prit la parole et tout se stoppa. Un air de déjà-vu. Comme si on recommençait encore une fois et cette fois-ci je n’allais plus pouvoir m’échapper.

Et plus il parlait et plus le malaise s’installa. Je ne savais plus quoi faire, j’étais prise dans un tourbillon.
Tu crois. Tu crois. Je ne croyais rien. Je constatai. Je constatai que tout ce qui se passait autour de moi indiquait que j’allais exactement finir comme ça, qu’il allait me faire subir ce qu’il réfutait avec bien trop d’arrogance à mon goût. Je pris ça comme une insulte. Qu’il me dise de me taire et cela aurait eu le même impact. Sans crier gare son crâne vint heurter le mien et mon souffle se bloqua dans ma gorge. Des picotements et des gouttes salées se formaient au coin de mes yeux. Nous nous retrouvions à nouveau proches, nous l’étions déjà assez, je ne ressentais que du mépris alors qu’il poursuivait son action et son monologue. Je n’osais bouger, réfléchir, intervenir et résister.
J’inspirai bruyamment lorsque mon prénom franchit une énième fois ses lèvres.
Dans un moment d’égarement, plus préoccupée par ses dires, ces petites gouttes firent leur chemin sur mes joues chaudes. Je ne pleurais pas, ce n’était que le résultat de la souffrance suite à ces collisions commandées par lui. Je ne pleurais pas. Je refermais ma main sur ses doigts, j’espérais secrètement lui faire arrêter son jeu. Puis il me plongea dans l’incompréhension la plus totale.

« Je ne comprends rien. » finissais-je par dire après un long silence.

Je reculai du mieux que je pouvais comme pour ne plus avoir à subir son souffle contre ma bouche. Il conservait cependant son emprise sur moi. Il y avait toujours cette même petite voix qui allait à nouveau de son petit commentaire et me demandait maintenant pourquoi je ne criais pas à l’aide. Quelle blague, quelle naïveté. Qui serait assez droit dans sa tête pour venir m’aider ? Personne. Ou alors il se plaisait à me regarder endurer cette situation. Non ils s’enfichaient totalement ici, c’était peut-être même ce qu’ils attendaient, une nouvelle péripétie puisqu’apparemment ils avaient jugé qu’ils n’en avaient pas assez. Le calme ne devait pas régner à Bougu, la folie sûrement, mais pas la tranquillité.
Je cherchais mes mots, les pensées et les questions bouillonnaient dans mon esprit.

« Pourquoi ? » J’entendis mon cœur battre dans ma poitrine et j’en fus presque surprise, je n’avais pas rêvé, il battait bien en fin de compte.
« Pourquoi moi ? Qu’est-c’que tu me veux ? T’as pas d’autre personne à aller embêter ? »

Et si la colère et la peur se lisaient clairement dans ma voix, je persistais à parler doucement et distinctement. Il ne fallait pas que je le laisse dominer la situation. Sinon j’allais me faire dévorer. Tu as dit avoir besoin de me connaitre ? Besoin, vraiment ? Arrête.

« Qu’est-c’que ça ferait à des gens comme toi de savoir des trucs sur une fille comme moi ? » l’imitais-je en reprenant ses termes.

Oui j’étais effrayé parce que je n’avais jamais rencontré des gars de cette trempe, oui je n’avais aucune détermination, aucun courage j’avais même l’impression que j’pouvais m’évanouir à tout instant. Oui j’avais horriblement mal à la tête et soutenir son regard était un vrai supplice pour moi, mais je n’allais ni me laisser faire ni coopérer. J’étais butée et ça s’était déjà retourné contre moi.

« Tu as dit que je ne savais rien, bien. Dis-moi. Qui es-tu, c’est quoi ton nom ? Tu vas encore me faire subir d’autres trucs de ce genre ? »

Je faisais bien sur référence à son comportement, ses gestes déplacés et ce bruit qu’émettaient ses dents et qui provoquaient chez moi des frissons. Mes doigts se refermèrent un peu plus sur les siens et je sentais ses os, il était tellement maigre que ça en était quasi désagréable. Mes larmes séchées me dérangeaient et je ne pouvais rien faire pour les faire disparaître. L’air chaud et humide était insupportable. Mes cheveux collaient à ma nuque. Je n’imaginais même pas le visage que j’affichais.
Un son familier parvint à mes oreilles. Celui du tic tac de ma montre. Je crus à une illusion, il ne pouvait faire assez silence pour que je puisse entendre l’aiguille se déplacer. Impossible. Ce tic tac se déroulait dans ma tête, il décomptait les secondes qui passaient avant la prochaine action de mon interlocuteur.

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