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 Des fleurs en bataille. | Judikaël

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Zakuro Fea
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MessageSujet: Des fleurs en bataille. | Judikaël   Jeu 25 Fév 2016 - 21:54


    Des lys couchés dans l'eau.


    Couché sous les revers d'une eau qui fait flotter en apesanteur les puissantes idées de noyades et de coulées, j'expire un oxygène que l'on ne se dispute que trop peu, dans cette dimension où la pesanteur des corps est beaucoup plus lourde. Le bassin était difforme dans cette vision étranglée d'un bleu délavé, transparent, et enfonçant un peu plus la tête dans l'eau, je laissais dériver autour de mes cheveux déployés les corolles flottantes des bulles affolées. J'ouvrais la bouche, remontant, crevant la surface dans une inspiration profonde, laquelle fit siffler l'air sur mes lèvres humides.

    « Momo. »

    Elle était assise sur le rebord du bassin, dessinant de ses orteils les ondines d'une eau que ses pieds effleuraient. Relevant le visage sous l'appellation douce, elle remontait ses cheveux, les attachant dans une coiffure haute que je ne l'avais jamais vu porter, mais qui consistait en un dégagement si particulier de son visage, que ce dernier en paraissait neuf pour mon appréhension. Les sourcils courbés au dessus d'un regard assombri par l'ombre de ses cils, elle souriait du bout des lèvres, et moi, je ne la fixais que trop.

    « Quand part-on ? »
    « Dès que tu le voudras. »

    Je respirais à même l'eau, les lunules argentées dérivant en minuscules vagues qui venaient heurter mes lèvres. Les paumes déposées contre les parois en céramique du bassin de la piscine, je contemplais le galbe des cuisses de Momo. Sa peau était sèche, le grain tiré en un gainage musclé, courbé par la forme de ses hanches. Le bassin rond de ma camarade attirait mon regard, sans que mon esprit ne trahisse à se propre cognition l'établissement d'un bilan coupable, trop voyeur pour que moi-même je ne m'en juge pas. Je caressais des yeux, appréciant sans réellement vouloir m'en rendre compte, osant découvrir ce qu'elle ne dévoilait qu'à peine, et que je traquais de manière innattentionée. Elle surprenait mon regard depuis trop longtemps pour que cela ne la surprenne, trop souvent pour qu'elle ne cherche à se récrier. Il y avait, dans ce jeu voyant, un scandale furieux de nos relations amicales. Le stade ne dépassait pas le contact de mes prunelles sur son corps. Ni Kojiro, ni Joshua, ni Senta ne l'avaient vus en pareil appareil ; j'étais privilégié par ses soins.

    « Partons maintenant. Je m'ennuie, murmurais-je. Et tu ne nages pas. »

    Elle sourit, dévoilant à peine ses dents.

    « Je n'aime pas trop nager, en réalité. »

    Ce fut à mon tour de sourire. Froissant mes joues, établissant le pli des fossettes dans le coin de mes lèvres, j'attrapais la barre métallique du rebord de bassin, et dans une impulsion accompagnée par la force des épaules, je m'expulsais hors de l'eau, m'asseyant dans le même mouvement à côté d'elle.

    Doucement, dans une hésitation timide, elle vint appuyer son épaule contre mon bras, couchant sa tête sur mon épaule. La peau sèche, en touchant mon derme glacé, mouillé, provoqua un frisson long couru sur ma peau, porteur d'un message nerveux, électrique, chargé d'une ferme réactions de défense. Je posais les yeux vers elle, essayant d'imaginer quel sentiment je devrais éprouver si  Kohaku Joshua Mitsumasa me dédaignait complètement, en faveur d'une personne avec qui j'entretenais de bonnes relations. Le visage trop harmonieux, trop féminin de Kojiro, comme un pétale troublant la surface d'une eau calme, entreprit de flotter dans mes pensées, les ondes de ma jalousie et de mes rancœurs bullant dans ma poitrine. Mes fossettes remplies de rires étaient encore là, mais le cœur n'y était pas ; Momo s'entretenait des espoirs auxquels je ne répondrais pas. Jamais.

    « Allons-y. »

    Je repoussais, du bout des doigts, le crâne brun de la Tulipe qui s'était trop entichée de moi. Je me redressais, et sans rajouter le moindre propos, attrapais ma serviette. Les lieux étaient silencieux, vides. Un maître nageur, assis sur le rebord d'un blanc plastifié, lisait un journal régional. La saison n'était pas encore ouverte, et la piscine, pour ces deux premiers jours d'une semaine qui suggéraient la réouverture des lieux, était quasiment désertée. On apperçevait, depuis un quart d'heure, l'allée et venue d'un petit couple âgé. Un homme, taciturne, effectuait des longueurs, imperturbable. Rien dans ses mouvements, ni dans son attitude, n'indiquait qu'il ait pu avoir conscience d'être dans une piscine communale, et que des êtres humains posaient leur regard sur lui. Récupérant le T-shirt lâche que j'avais pour simple haut, je l'enfilais, la texture blanche et imprimée au blason de l'Académie placardant sur ma poitrine les détails ailés de Keimoo. Je remettais mon pantalon de survêtement, lequel avait été récemment récupéré des affaires « empruntées » de Joshua. Pieds nus, remontant mes cheveux sur la moitié de mon crâne, je passais les doigts dans les mèches noires, trempées. Il y aurait des nœuds, songeais-je. Il y aurait des nœuds, il y avait toujours des nœuds. Partout. Notamment dans les relations. J'atteignais les douches.

    « Momo ? »

    Je me retournais. Elle ne me suivait aucunement ; invisible où que je regarde. Le maître nageur n'avait pas modifié sa position, seules les pages tournant entre ses doigts. Le nageur continuait ses longueurs, traçant les mêmes déplacements au milieu de l'eau. Revenant sur mes pas, je traversais les lieux. Momo n'avait pas plongé, je ne la voyais nulle part dans l'eau. Mâchoires crispées, ayant oublié mon ennui, en équilibre entre l'irritation et la surprise croissante, je traversais la piscine en longueur. Il ne me semblait pas que Momo Churipu soit jamais allée au dôjo, et qu'elle ait appris à disparaître en quelques secondes, effaçant sa présence.

    Atteignant l'entrée, je pilais lorsque la porte s'ouvrit, dévoilant une silhouette frêle, que je ne connaissais que trop, pour l'avoir côtoyer sporadiquement entre rêve et réalité.

    « Coda-san. »

    En maîtrisant ma voix, pour une esquisse effleurée d'une angoisse qui naissait, je crispais les mâchoires.

    « Auriez-vous croisé une jeune fille japonaise, à l'instant ? »


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Judikaël Coda
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MessageSujet: Re: Des fleurs en bataille. | Judikaël   Lun 7 Mar 2016 - 14:54

La rentrée à Keimoo s'est plus ou moins bien passée pour Mlle Coda. Au moins, elle n'avait pas frappé un membre du personnel dans ses premières semaines de réhabilitation. Le comportement des professeurs ne semblaient pas avoir beaucoup changé à son égard. Du fantôme de la ville, elle était devenue le fantôme de l'académie. Elle avait vu le proviseur aussi, et son petit sourire condescendant, patriarcal, qui avait l'extrême bonté de pardonner a un professeur qu'il aurait pu facilement remplacer. De la pure gentillesse, de garder sous leur toits une délinquante approchant la trentaine. Tout avait plus ou moins repris sa place.

Mais il y avait elle.

Mlle IKAGE Fumi. Jeune, une belle japonaise brune, de jolies courbes, bien plus petite que moi. Un maquillage discret, juste ce qu'il faut, et elle, on ne devait pas lui faire souvent des remarques sur sa tenue. Elle était gentille, sans être insupportable. C'était une personnalité facilement oubliable. Et elle l'aurait été sans effort si elle était partie comme elle aurait du le faire, à mon retour, en lui laissant la place qui me revenait de droit.
Mais Ikage est restée. Sur ordre du proviseur, elle suivait partout Coda, surveillait tous ses cours, jusqu'à l'attendre devant les toilettes. Par provocation, elle se rendit même aux toilettes des hommes, celles au fond du couloir, où il n'y a jamais personne. Ikage l'a attendue tranquillement, sans réagir.
Elle était vraiment oubliable, et pourtant. Coda aurait pu sans soucis l'ignorer toute la journée, vivre sa petite vie de professeur solitaire en repensant avec nostalgie à ces mois passés au comptoir de la cour des miracles. Pourtant, rien que son regard, et sa présence, constante, suffisait à la rendre malade.

Alors, quand une prof de sport quelconque dont elle n'aurait jamais retenue le nom lui proposa d'emmener ses élèves à la piscine à sa place, tôt le matin, avant que cette Ikage arrive, elle accepta sans conditions, en oubliant qu'elle avait des cours à donner. Si ça lui chantait, cette petite prof parfaite pourrait s'en charger. Coda n'avait plus la passion des gamins, elle ne parvenait plus à les voir comme des individus. Ou alors oui, elle était vraiment malade.
C'est sûrement pour ça aussi, que ses élèves l'ont planté sans qu'elle ne remarque grand-chose. Elle avait laisser cette masse grouillante se ruer vers les vestiaires en braillant, sans qu'elle ne leur ordonne le silence et sans trop savoir où elle devait les attendre ensuite. Elle déambula simplement dans les chaussures en plastiques qu'on lui donna à l'entrée, contourna les vestiaires, et alla se promener du côté des bassins.
C'était peut-être davantage des thermes qu'une piscine. C'était assez étrange. Il y avait des bassins moussants un peu partout, des jets d'eau. Ça avait l'air reposant, mais pas vraiment adapté à l'enseignement de la natation à des élèves en fin de lycée. Au bout d'un moment, elle finit par se rendre compte que la trentaine d'élèves qui l'accompagnait avaient soudainement disparu. Elle fit un tour sur elle-même, et oublia ça. Elle se ferait sûrement réprimander en rentrant, mais quelle importance. C'était comme si on parlait à quelqu'un d'autre. A un professeur qu'elle n'était pas.

A Ikage. Ou a mademoiselle Coda.

Tant pis.

Elle s'apprêta à sortir de l'établissement, l'esprit embrumé par les vapeurs d'eau, éblouie par les gouttes de sueurs qui perlaient sur ses paupières. C'est au moment où l'une d'elle tomba sur ses prunelles qu'elle faillit bousculer une personne bien plus grande qu'elle. Une des seules qu'elle avait croisée. Il devait être trop tôt.
Et quand elle recula par réflexe et se frotta les yeux, ce n'était pas face à l'arabe de l'étranger de Camus qu'elle se retrouva, mais face à un familier colosse. Sans réaliser tout de suite, elle releva les yeux et salua cet homme avec lequel elle n'allait pas tarder à se sentir plus ou moins mal à l'aise. Quoi d'autre ressentir devant celui à qui elle avait voler un souvenir pour en faire un nom, qu'elle utilisait toujours pour se parler à elle-même, et qu'on est en train d'abandonner tout ce pour quoi l'on vivait jusque là, sans rien ressentir de particulier.

« Oh. Bonjour, Zakuro. Désolé, je n'ai pas fait attention, il y a beaucoup de japonaises ici. Tu n'aurais pas vu une classe de lycéens par hasard ? Je crois qu'on s'est jouer de moi. »

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