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The Future is like a puzzle with missing pieces: difficult to read, and never, never what you think.
 
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 Moonlight Sonata

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Haruki Lei
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MessageSujet: Moonlight Sonata   Sam 26 Déc 2015 - 0:01

Moonlight Sonata
PV Emmanuel - Haruki

-Est ce que tu souffres le martyre Lei? Tu la trouves cool la mort? Tu fais une dépression c'est ça? Toi aussi t'as des idées suicidaires? Tu veux qu'on t'aide à te suicider?

Il avait renvoyé le caillou qui lui avait était jeté dessus, il était passé lorsqu'il aurait été plus avisé d'y passer quelques heures plus tôt. Haruki n'avait toujours pas de lieu ni de temps pour régir ses passages et le petit groupe n'avait pas apprécié cette irruption inopinée ni le caillou de retour visé bien plus juste. La suite parlait d'elle-même; quatre, comme trois dièses à la clef plus le dièse de la sensible accidentelle du mode mineur, le mi dièse. Fa. Do. Et Sol. Tous des dièses. Trois types, plus un salement amoché, le plus sensible de la troupe. Haruki ne l'avait pas épargné. Les cris trahissaient le degré de douleur et les états d'esprit; les paroles, c'était du gâchis et du déchet de salive inutile. Haruki ne criait pas ni ne répondait. Il entendait tous ces sons dans une décomposition et automatisme des années; il entendait son souffle acéré au fur et à mesure des parcelles de peaux qui se soulevaient jusqu'à se rompre. Derrière les coups, les couches de tissus textiles et organiques s'agglutinaient sous les ongles, derrière les incisives, des morceaux de chair mâchés puis recrachés dans un goût de rouille. La seule chose qu'il ignorait, c'était peut être ce goût âpre: il ne savait jamais vraiment s'il lui appartenait ou pas. Il recrachait. Il n'avait rien à dire, il n'y avait rien à dire.

On ne pouvait pas dire de Haruki qu'il avait un talent particulier pour le combat. Il se battait; se battre et combattre n'étant pas deux notions identiques, il se battait à l'état brut en se contorsionnant et se roulant par terre sans égo comme un chien enragé, en arrachant et en cognant. La frénésie qu'il pouvait y mettre en trompait plus d'un mais la plupart du temps, il n'avait ni rage ni colère pour avoir à en venir aux mains; la plupart du temps, il n'engageait pas mais répondait, aussi simple que cela pouvait tenter de paraître. Il n'avait pas d'honneur à protéger, il n'avait ni à perdre ni à gagner: c'était un échange de mal, c'était comme un langage primitif avec une majuscule et un point final.

Ce soir, il gisait au sol.

-Merde! Le concierge! C'est bon on le laisse crever là on se casse!

Des flopées de pas et du silence. Une voix au loin chercha à comprendre sans persister puis de nouveau retomba le silence.

Un lourd sifflement strident criait dans ses oreilles et le sang martelait inconfortablement depuis l'intérieur de sa tête. Face contre le sol, le jeune homme a tourné la tête, vers la piscine qui par ces temps doux, n'avait ni été vidée, ni n'avait gelé. Il aurait pu finir dedans à la fin. L'eau ne lui faisait pas peur: il aimait les sons qu'il pouvait percevoir la tête immergée mais il ne savait pas nager. C'était à cause de cette fascination que Megumi ne l'avait plus jamais emmené dans les endroits susceptibles de le noyer. Elle ne savait pas comment expliquer que son fils pouvait être si peu soucieux de la vie. Elle ne voyait pourtant pas non plus en lui, une envie particulière de mourir.
Et Megumi, elle avait raison.


Finalement une douleur se répandit dans son corps lorsqu'il se retourna vers le ciel d'où la lune pointait déjà. Haruki contemplait les cratères du satellite pleinement visible et il les observa longtemps monter au dessus de lui pendant qu'il se noyait dans le tintamarre de ses tympans.

Au bout d'un moment le jeune homme s'était trainé au bord de l'eau et trempait ses mollets dedans, assis le dos inesthétiquement recourbé mais appréciant la caresse aqueuse sur sa peau contusionnée et mise à vif, observant le reflet d'une lune illuminée sur l'eau. Il se demandait combien de comètes la lune avait dû encaisser avant de devenir lune. Il n'avait pas besoin de se raccrocher à la réalité et se complaisait à penser qu'il était aussi une lune en orbite, ce soir. Un filet de sang tomba sur ses jambes et il se redressa.

Haruki fit l'effort de tendre le bras pour amasser quelques gravillons à coté du rebord, dans le creux de sa main. Il avait essayé de l'autre, d'en attraper un entre le pouce et l'index mais le second de répondant pas, le majeur et le pouce avaient suffi: il lançait des gravillons un à un dans l'eau pour le seul plaisir d'écouter les ploc ploc surplomber le chuintement strident de ses oreilles.
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Emmanuel Kokei
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MessageSujet: Re: Moonlight Sonata   Sam 26 Déc 2015 - 17:23


    MOONLIGHT SONATA
    Des bruissements de plume sous l'eau.



    Le rythme est lent et les sens s'endorment sous la lascivité des accords qui défilent.
    Mais l'horloge tourne à l'envers, et la musique se précipite. Au bout de huit minutes, le cerveau caressé se voit éreinté en un tempo qui crisse, et toi, Emmanuel, tu observes la visualisation mentale que tu te fais de ces doigts musiciens qu'un Beethoven mythique a entraîné mille et une fois pour toutes ces interprétations dansantes d'un air mélodique, mais ô combien dramatique. Tu n'as pas fermé les yeux que l'air résonne déjà complètement sous ton crâne, et les parures de l'art musical s'étend, s'étire. Emmanuel, tu dois être en train de rêver.

    -

    Jacqueline Villani présentait Ulysse comme un homme doué de langage. Tes pupilles accrochant les dissertations thématique du livre en français emprunté dans le département étranger de la bibliothèque universitaire, tu remontais en silence les couloirs évidés, ne croisant ni âme, ni chat, les battements de tes semelles silencieuses marquant l'unique tempo d'un rythme en mouvement. Il n'y avait personne. Personne, comme ce prénom haineux que Polyphème avait rugi lorsqu'on lui avait demandé le nom de celui qui avait crevé son œil et humilié son ego gigantesque. Personne. Tes pupilles accrochèrent le reflet de la lune sur les piscines scolaires, et tu imaginais, en remontant le couloir de l'Académie, les flottes d'Ithaque fuyant la mouille d'une terre sans nom sur laquelle se dressait la silhouette du cyclope aveuglé. Tes lèvres s'étirèrent, doucement.

    Ulysse était doué de parole comme Achille était doué au combat. Les héros, dans une dichotomie sentimentale, s'illustraient l'un et l'autre comme des antipodes étranges d'un même univers, figé dans le temps. Ulysse et ses mots, Achille et ses rages. L'ire, avais-tu songé, étais un concept que tu apprécierais tester un jour sur ta propre nature humaine. Tu en avais conscience cependant : tu n'étais pas de ceux qui sauraient maîtriser la colère. Les Muses ne chanteraient pas des exploits, mais probablement un massacre, silencieux et festif augure que les corbeaux raviraient de leurs chants. Tes yeux ont abandonnés, doucement,  la fenêtre.

    Il a fallu néanmoins qu'une muse entende les prières de quelque suppliant, puisque ton regard, dans un déplacement furtif, a accroché le mouvement d'un groupe humain en déplacement. L'étage d'en dessous, celui de la piscine, était confondu en ce parterre d'ombre, dans lequel des adolescents, peut-être plus vieux, fuyaient, à l'instar d'un groupe prédateur en chasse. Lèvres fermés sur une observation rapide d'un béhaviorisme effrayant, tu les as contemplé s'enfuir dans la nuit, Emmanuel, et ta pensée a alterné entre « Pourquoi » et « Est-ce important ? ».

    En prenant la décision, presque malgré toi, tes idées ont afflués et te dis qu'Ulysse n'aurait peut-être pas fait ce choix. D'abord envoyer des éclaireurs, à l'instar de l'épisode de Circé. Cependant, tu n'avais ni homme ni cadavre à disposition, et ni Anubis ni Hadès ne semblaient disposés à t'offrir leurs bons soins en cet instant. Silencieux comme l'ombre que tu t'évertuais à être, le livre serré contre ton cœur, tu as descendu les étages, et franchi les seuils.

    -

    Pas de Circé, seulement le calme mort d'une absence. Lèvres pincées, les yeux fouillant à la recherche du piège à évincer, tu as commencé par avancer doucement, comme un chat noir hésitant. À pas calmes, alerte et méfiants, tes prunelles se sont étrécies quand une porte a claqué quelque part, loin derrière toi. Les minutes se sont écoulées, mais tu ne t'es pas vu couvrir d'opprobe, ni par les dieux, ni par les humains. Alors, doucement, les doigts crispés autour d'une couverture que tu craignais n'avoir froissé, tu as repris ta marche, en poussant doucement l'interdit derrière toi, en franchissant la ligne du positionnement sportif du terrain académique, et tu as été complètement submergé par la lune.

    Comme une prunelle aveugle projeté sur ton cœur, tu t'es figé sous cette déesse qui te fixait. Les ploc ploc des graviers projetés dans l'eau ont mis un temps infini avant que tu ne réalises qu'ils existaient, et tu as lentement abaissé les yeux vers l'un des bassins, en te rendant compte qu'on avait abandonné là-bas un cadavre encore remuant.

    En descendant les marches, tu t'en es approché, et durant quelques secondes, pour le parti pris de ton identité trop professionnelle, tu as envisagé pousser l'autre dans l'eau, pour achever complètement le travail. Ton humanité s'est rappelé les codes sociaux, et en venant poser le livre en sécurité sur le sol, tu as plié les genoux, et tu as posé le bout de tes doigts sur l'omoplate du garçon.

    « Est-ce que tu es mort ou faut-il que je te sauve ? »

    Tu lui as souri, doucement, comme à un compère, comme à un vieil ami. Vous étiez, de toutes évidences, ces corbeaux nocturnes que les autres n'apprécient pas.

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Haruki Lei
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MessageSujet: Re: Moonlight Sonata   Mar 29 Déc 2015 - 18:53

Ploc ploc était la pluie de petits cailloux difformes contre la surface d'une eau stagnante, ploc ploc créait les ronds d'eau éphémères au baptême de la pluie contre un sol aqueux. Des vaguelettes nées du mouvement paisible de ses pieds s'écrasaient contre les parois, et la lune, elle l'embaumait de son unique cil du soir, un rayon nocturne qu'elle offrait d'habitude à la terre. Ce soir elle lui envoyait quelqu'un, elle lui envoyait ce garçon. Haruki ne croyait pas à la lune mais il lui restait le plus fidèle; mais peut être que c'était elle qui l'était.

Un contact s'était posé quelque part sur son dos, une voix s'était levée et la réactivité n'étant plus nécessaire, Haruki n'avait qu'aperçu un sourire au clair de lune, le temps de se retourner pour relâcher les gravillons au sol. Il avait essuyé ce qui obscurcissait sa vue et avait mis un temps indéterminé avant de cogiter une réponse. Ce n'était pas évident: il aurait fallu pour cela, comprendre le sens de sa question.

-Pour quoi ?

Il n'y avait eu ni provocation ni dédain dans le ton de sa voix; la simplicité de quelques mots nus de sens prémédités, la franchise de ces derniers épurés. Cet autre enfant de la nuit ne lui soufflait rien d'autre que l'approbation d'un monde nocturne et lui posait le choix dans une  bichromie qu'il ne parvenait à saisir. Il y avait dans la forme de son sourire et dans la brèche de ce dialogue formellement ouvert, un autre discours comme s'il avait toujours existé.


Haruki s'était penché en avant pour tremper ses mains dans l'eau. La nuit effaçait les sillons de couleurs qui s'y échappaient, la fraîcheur criait une douleur dans ses phalanges au contact d'un écart de température; il s'y acclimatait, elle l'engourdissait. Plus elle l'appelait, plus il avait envie de s'y coucher dedans, en position fœtale, le temps qu'elle lui relate son histoire; parce qu'il y avait toujours quelque chose à percevoir là-bas. Haruki se redressa brusquement pour s'empêcher de se fondre dans cette étendue d'eau la tête la première, et grinça des dents pour se rouler sur le côté. Le sol était dur, il s'offrit de nouveau la froideur de ses dalles; il se détourna du reflet circulaire et pale du satellite et icône de la nuit, du remous des eaux qui rendait fébrile sa fascination.

-Est ce que tu fais quelque chose quand tu es mort?

Il n'avait conscience de la frontière fragile de la mort, de la vie, de l'entre deux, de cette bichromie qu'on avait déjà essayé de lui expliquer et qui ne l'effleurait pas. Le cri suraigu à ses oreilles ne se tarissait dans la distance que par la focale de son ouïe qui sélectionnait le débit de la voix de son voisin pour retrouver sa tessiture, pour la remettre dans sa portée. Des éclairs de lumières vives traversaient sa vue, sensations trempées à l'odeur du chlore. Il n'était pas mort ni ne devait être sauvé. C'était agréable, ainsi.

-Il faut que tu parles.
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MessageSujet: Re: Moonlight Sonata   Mar 29 Mar 2016 - 12:43

    Il n'y avait ni bruissement ni effleurement. Simplement ce constat, lourd et effroyable, humain et matériel, d'une réalité qui te prenait à même la peau pour te griffer le long du dos, pour te cajoler avec des griffes. Tu avais froid.

    Dans cette contemplation de celui qui ne bougeait pas, tu t'étais laissé aller à cette forme d'empathie, laquelle, au lieu de comprendre l'autre, t'avais fait lui voler mentalement sa place. Tu t'imaginais plus que tu ne le voyais, et dans cette description fissurée de la réalité, tu manquais presque, du bout de ton esprit devenu flasque, de devenir celui à sauver. Une parole s’éleva, émouchant le fil trop aiguisé de cette pensée raturée. Ce n'était pas toi.

    Pour quoi.

    La réflexion est appréhendée, et tes yeux glissent sur les siens, comme pour quémander l'autorisation de t'auto-omnubiler de cette fascination tranchée. Faut-il un pourquoi ? Les morts n'ont jamais demandés, et pris de court, tu chancelles sur cet équilibre dont tu n'as jamais considéré la portée. Un peut-être et des possibles trop imaginables, trop nombreux, pour que tu ne parviennes à saisir immédiatement la réponse qui conviendrait. Emmanuel, tu le regardes, si intensément. Avoue lui que tu ne sais pas.

    Tes doigts se plient, il immerge les siens. Le moment est synthétique dans sa chrysalide de temporalité effacé, et tu secoues doucement la tête, comme pour signaler que la réponse devra attendre, mais ne viendra pas. Sous l'eau, sous le reflet de la lune qui s'étale et imbibe sa peau, il y a un étrange reflet, celui trop spectral de sa réalité conformée à ce qui ne te convient que trop. La logique manquante du chaînon n'est-elle pas ce que vous, les gens de votre espèce, n'avez pas ? Tu expires, du bout des lèvres, et il tourne ses yeux vers toi. Ses mains ne sont plus dans dans l'eau, son attitude st brusquement bouleversée, et c'est soudain comme s'il cherchait à se recouvrer d'un linceul que les autres n'ont pas réussi à lui faire complètement porter.

    -Est ce que tu fais quelque chose quand tu es mort?

    La lune murmure ses vibrations trop claires, trop posées, et toi, tu somnoles dans ton esprit, à la recherche d'une normalité, d'une réponse que tu pourrais, mais que tu ne parviens pas à donner. Tu ne sais pas vraiment pourquoi tu es ici, tu te sens déstabilisé, au final, de devoir te retrouver face à quelqu'un comme lui. Parce qu'il te ressemble un peu, ou du moins, qu'il ne leur ressemble pas, à tous ces vivants qui ne stagnent pas dans leur effroi face à ce que tu représentes. Le filtre de la nuit est un monde qui vous rapproche, et quand il te dit de parler, quand il te fait remarquer que le silence n'est pas la bonne attitude à adopter, tu recules d'un demi pas, juste pour mieux assurer ton regard, et le maintien de tes épaules.

    « Je n'ai jamais été mort, je ne peux pas te répondre. Je sais comment font les morts pour mourir complètement. Je sais comment font les vivants pour arrêter de vivre. Mais. »

    Tu observes autour de toi, dans un étalement long de ce regard scrutateur, comme pour vérifier que personne ne pourra entendre, en dehors de ce garçon.

    « Mais les vivants et les morts ne se ressemblent aucunement. C'est quelque chose que les gens ne savent pas, parce qu'ils n'osent pas regarder ce qu'ils sont vraiment. Certains auteurs disent que les humains sont des cadavres à retardement. »

    Tu oses quelques pas vers lui, étrangement conciliant dans cet échange qui te fait réduire une proximité aussi vivante et morale que distante. Tu cherches à capturer, dans son regard, cet intérêt, cette réaction, qu'importe, que tu aimerais lui voir posséder.

    « La vérité, c'est que les morts ne sont pas d'anciens vivants. »

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Haruki Lei
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MessageSujet: Re: Moonlight Sonata   Mar 5 Avr 2016 - 21:54

La nuit était agréable et caressait de son murmure, les douleurs.
Elle chantait fort ce soir la lune, de ses mots soufflés sur les irritations de son épiderme abîmé. Et si Haruki ouvrait et fermait régulièrement les paupières dans un battement si peu naturel, il ne pouvait qu'être en vie, même si le sol perdait peu à peu de sa fraîcheur, même si le sol volait la chaleur de son corps. On parlait à côté de lui et et ce On devenait  la mélodie principale qu'accompagnait discrètement le refrain nocturne. Il en entendait l'intonation mais ne comprenait pas, entendait les mots mais n'y voyait qu'une série de notes et de nuances mêlées comme une suite arithmétique.

C'était complexe, c'était mystérieux, c'était inconnu.
Il clignait.

-Est ce que tu sais si les morts font des sons?

Que pouvait être un monde sans sonorité lorsque le silence même avait sa propre saveur; que pouvait être le silence derrière le silence? Haruki Lei ne connaissait ni la valeur de la vie ni celle de la mort, il n'avait pas tellement le désir de mourir ni celui de vivre. Il avait été posé là comme un pion étranger sur un damier aux règles bien prédéfinies, il était là sans circonstances sans avant et sans après. Être un cadavre au ralenti telle une bombe à retardement, ou être un humain flagellé par le passage du temps n'avait pas de sens à  ses yeux. On apparaissait on disparaissait, et c'était la seule chose que sa conscience constatait: il était juste temps tourner la page du livre.

-La vérité c'est encore une nouvelle histoire.

Il avait une voix atone, il avait cette voix perchée sur le déséquilibre d'un trop bruyant face au silence et pas assez audible devant une audience agitée. Haruki était un vivant mal accordé sur les conditions de son univers et cela embarrassait plus cet univers que lui-même.

Le mécanisme de ses yeux clignotant sur un rythme lent cessa, et il tournait finalement ses deux orbites sur les confessions de ce garçon de la lune. Des orbes sombres se posèrent alors sur la silhouette de cet être plein de savoirs, deux yeux qui ne définissait pas clairement la direction de leur mise au point; pas de pupille, pas d'iris, il était un visage perforé par deux trous noirs derrière ses silicones hydrogel sombres. Et la silhouette à contre-jour, à contre-lune et à contre-nuit fut la dernière image longue qu'il imprima dans le défilé de ses conceptions avant de tourner une autre page. Il délaissait le temps écraser un peu plus de son existence, se laissait devenir cadavre ambulant sans aucun remord. Fermait les yeux à cette temporalité qui fascinait, ignorait les frontières qui lui offraient le statut de vivant. Il fallait que Haruki laisse ce sommeil apaiser le tourment d'un univers qu'il ne comprenait pas assez. Et ce qu'il laissa se produisit, et entre deux battements de cils, le temps s'écroula.


Un carré de ciel faiblement éclairé envahit sa vue. L'aube, le lever d'une autre vérité, la lumière que ses sens reconnaissaient instinctivement où qu'elle se positionne, était en train de lui rappeler de vivre.  Et la vie ce matin avait un goût âpre et rouillé dans sa bouche.
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