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The Future is like a puzzle with missing pieces: difficult to read, and never, never what you think.
 
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 LOST les disparus [PV Cammy]

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Hisaka Rika
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MessageSujet: LOST les disparus [PV Cammy]   Sam 21 Nov 2015 - 23:37

« Allô ? Hisaka ? Tu pourrais me rappeler franchement ! Ne me dis pas qu’il t’est arrivé quelque chose. Bon sang, ce garçon n’a vraiment rien dans la tête… »

Bip..bip…bip. Fin des nouveaux messages, m’annonce une voix de synthèse alors que je raccroche aussitôt. Je laisse tomber mon téléphone sur mon lit. Une expression ennuyée se dessine sur mon visage, je n’ai vraiment pas envie de lui parler après cette journée exténuante.  Oui, je crois bien que je lui raconterai tout demain. En attendant, j’aspire juste au calme, m’allonger sur des draps frais, fermer les yeux et me rouler en boule en repensant aux événements qui ont eu lieu un peu plus tout. Un vent d’automne caresse doucement ma joue, il est différent des brises d’été qui viennent apporter la fraîcheur dans l’atmosphère pesante, mais il se démarque également des bourrasques hivernales qui stimulent mes thermorécepteurs. L’air qu’il apporte dans ma chambre est similaire à celui que j’ai respiré ce matin, à quelques dizaines de kilomètres de Keimoo. Malgré sa douceur, il annonce un renouveau quasi-radical. De nouvelles rencontres, des expériences jusqu’alors étrangères. C’est un parfum qui ne laisse pas indifférent.

- 20 Novembre 2015, 10h30. Gare de Nagoya –

Je m’embarque dans un wagon au hasard, ce n’est pas comme s’il y en avait un moins bondé qu’un autre de toute manière. Au pays du soleil levant, les citoyens ont beau se montrer courtois en respectant les files d’attentes avant l’ouverture des portes, cela ne résout pas nécessairement les problèmes de place. Apparemment, c’est une mauvaise idée de prendre le train le vendredi, je le saurai pour la prochaine fois. Enfin, ce n’est pas comme si j’avais eu le choix cette fois-ci. Profitant de mon statut de voyageur côté fenêtre, je jette un œil de l’autre côté de la vitre. Le paysage défile et nous nous éloignons peu à peu du centre urbain de Nagoya. La pluie continue de s’abattre sur les carreaux, cela fait déjà trois jours que la grisaille ne quitte plus le ciel japonais, et ce n’est sans doute pas prêt de s’arrêter. Quand on y pense, on dirait que les gros nuages forment une barrière infranchissable pour les hommes. L’horizon est chargé et nous empêche de voir plus loin que ce qui se présente devant nous, on reste bloqué et on ne progresse pas, emporté par un sentiment de mélancolie général. Les jours de pluie, j’ai vraiment envie de ne rien faire.

Mon oncle est mort il y a une semaine de cela. Je ne le connaissais pas vraiment, je ne le croisais que rarement en ville alors que nous habitions dans le même secteur. En fait, il vivait dans un appartement dans un des quartiers voisins. C’était le frère cadet de ma mère. La dernière fois que je l’ai vu, je devais avoir quinze ans, c’était un peu avant mon arrivée à l’académie, j’étais rentré du lycée et il avait déjeuné avec nous. Ma mère me répétait souvent qu’il était un peu dérangé, mais qu’il n’était pas méchant, qu’il avait vécu quelques mauvaises expériences dans sa jeunesse, quelque chose dans le genre. A bien y réfléchir, je ne le connaissais pas du tout, pas plus lui qu’un autre membre de la famille, comme on l’appelle. Quelques vagues souvenirs de mon enfance – sûrement déformés avec le temps – et sa photo. Rien de plus. Pourtant, pour une raison qui m’échappe, j’ai dû me rendre à l’enterrement de cet homme dont je connais à peine le nom.

- 20 Novembre 2015, 11h06, lieu inconnu –

Le train s’arrête, je fronce les sourcils. Il n’y avait pas d’arrêt prévu entre Kakegawa et Keimoo. Je jette un rapide coup d’œil autour de moi, les autres voyageurs semblent être aussi déboussolés que moi. D’un côté, cela me rassure car je ne suis pas le seul à ne pas être au courant de ce qu’il se passe, mais si on voit les choses sous un autre angle, ça veut dire qu’il se passe quelque chose d’inhabituel. Et ce n’est pas un bon présage.

« Mesdames et messieurs… »

Je descends du wagon après l’annonce des contrôleurs. C’est plutôt rare ici, la dernière fois que j’ai eu des problèmes avec mon train c’était durant l’été 2014. Je me souviens encore être resté coincé dans la gare avec un mec qui fréquentait aussi l’académie Keimoo, le temps d’attente avait été très long, et cela était principalement dû à l’éloquence du jeune homme qui pensait me faire honneur en me tenant compagnie. Enfin, c’est du passé. La preuve, je ne me rappelle même plus du nom de ce type. Aujourd’hui, c’est différent, je ne connais personne et je ne pense pas croiser une connaissance dans ce trou paumé. On est loin du paysage urbain de Nagoya ou Keimoo, il y a …beaucoup de verdure, des champs, ce genre de choses. Autour de moi, la foule s’active et par réflexe, je me mets en retrait, ne voulant pas interférer avec leurs mouvements. Plusieurs personnes sont au téléphone, ils préviennent d’autres personnes qu’ils vont arriver en retard. Je prends mon propre portable entre mes mains avant de me rendre compte de l’absurdité de la situation. Il n’y a personne qui m’attend à la gare, il n’y a pas de raison que je signale ma mésaventure à quiconque.

- 20 Novembre 2015, 11h30, Kiriyama –

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Mes oreilles n’ont pas supporté bien longtemps l’augmentation rapide du volume sonore près du train. J’ai commencé à m’éloigner de plus en plus du groupe qui s’était formé autour des techniciens. Les regarder travailler n’améliorera pas leurs performances, leur faire des reproches encore moins. Au contraire, plus ils seront entourés, plus ils seront stressés et moins ils avanceront. Idiots. Enfin, tout ça pour dire que j’ai fini par me trouver dans un village ou plutôt, une petite ville entourée de champs. Il n’y a pas grand-chose dans le coin. Depuis mon arrivée, j’ai peut-être croisé deux personnes sur la route et une autre dans une épicerie locale. L’architecture des maisons est assez standard, quoiqu’un peu dépassée pour l’époque. Mes pieds s’écrasent lentement sur le gravier, faisant fuir un chat au passage. C’est à ce moment là que je me pose la question : Où suis-je ?

Quand je relève les yeux, c’est un roux flamboyant qui bouscule mon horizon. Je cligne plusieurs fois des yeux. Je ne rêve pas, il y a bien une femme qui se tient un peu plus loin. Inconsciemment, je lève ma main vers elle, comme si je cherchais à m’assurer qu’il ne s’agit pas d’un mirage. Je ne sais pas si elle m’a vu, si elle a eu peur en me voyant arriver vers elle, le bras tendu.

« E-excusez-moi ! »

Mon regard n’est pas très stable, il est même un peu fuyant, mais encore une fois, c’est différent de toutes mes autres expériences. Il y a quelques mois encore, je serais en train de regarder mes pieds, les mains dans les poches, l’air faussement désinvolte.

« Savez-vous où nous sommes ? »

Question idiote. C’est à peine si je me retiens de rire de ma propre bêtise. Avant qu’elle n’explose de rire ou se moque de moi, je continue sur ma lancée, histoire de me justifier…même si rien ne pourrait expliquer le fait que je me trouve actuellement dans une bourgade paumée, à demander je suis.

« En fait, j’ai eu un problème avec mon train e-et…euh… »

Et quoi déjà ? C’est vrai, c’est entièrement ma faute si je me suis perdu. Je n’aurais pas dû m’éloigner de la ligne de chemin de fer. Enfin, je ne suis pas vraiment perdu, je crois que je pourrais retourner sur mes pas si je le voulais, mais allez savoir si le train n’est pas déjà reparti. Oui, c'est totalement une excuse pour ne pas avouer que je suis vraiment paumé.

« ..Euh. Je me suis aventuré un peu trop loin. »

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Cammy Logan
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MessageSujet: Re: LOST les disparus [PV Cammy]   Mer 25 Nov 2015 - 14:41

Les lacets noués les uns aux autres ont glissé sur la nuque invisible, masquée par les flammes capillaires, et sont désormais statiques. Ils font ainsi pendre les bottines devant chaque épaule de la demoiselle et, plus bas, à la lisière du sol parsemés d'irrégularités inconfortables, les fuseaux gardent masquées quelques taches de rousseur d'une peau bien trop pâle sur des pieds devenus bien trop maigres. Ces derniers quasi nus goûtent la fraîcheur automnale japonaise, infernal hiver pour l'Australienne qu'elle appelait "l'Enfer par le froid". Mais ça, c'était une autre ère.

C'est une fin de matinée pour une brebis qui n'est pas égarée quand bien même elle ignore sa position géographique. Elle est égarée pour qui la cherche, pour qui semble l'avoir perdue mais qui, de temps en temps, témoigne de sa présence par une carte postale vierge, un colis renfermant un seul objet, mais sans jamais y joindre un mot. Pas prodigue car sans le sou, ce sont des temples, des refuges, des églises qui la recueillent et désormais, la pluie a cessé.
La chapelle qu'elle vient de quitter est en travaux, et elle participe à sa restauration. C'est la pause, le vent frais du matin est d'humeur taquine. Il amène à elle une voix, tandis que ses yeux maintenus fermés pour mieux distinguer le souffle de vie de la nature s'ouvrent lentement. Elle ne tourne pas la tête, pas tout de suite.


HORIZON, NOM MASCULIN:
Rencontre du Ciel et le la Terre



Avant la voix, il y a eu la fuite d'un petit être. Des crissements de gravier, un rire dans la direction opposé. Il y a eu une houle de voix indistinctes, loin là bas, par où le mode de voyage qu'elle préfère après la marche et la bicyclette s'étale le long de deux rangées de métal rouillé, qu'elle voit se poursuivre au delà de l'horizon, au delà de la perception. Si Cammy Logan avait la faculté de lire dans l'esprit d'Hisaka Rika, elle lui dirait que non, l'horizon ne peut pas nous empêcher de voir ce qu'il se passe plus loin, que c'est justement par sa présence qu'on se donne l'envie de progresser, d'aller voir ce qu'il se trouve après. Elle lui dirait que l'horizon qu'il voit est l'emplacement exact d'une tierce personne. Pour cette autre personne, il est son horizon, et elle le sien. Le commencement est une fin, et inversement.
Et puis, Cammy a entendu faiblement ce train repartir. Etait-ce celui de ce garçon qui vient à elle ? Elle a relevé les paupières et aperçu en premier ce bras pointant nulle part ailleurs que vers elle. Elle le sait : il n'y a personne d'autre ici sinon que le prêtre et ses soeurs, dans la chapelle en train de prier. Elle n'accorde pas d'intérêt au village, elle n'est pas là pour lui. Elle a laissé les pas la guider, et désormais, ce sont les pas d'un autre qui viennent à elle. Rien n'est fait au hasard, le hasard n'existe pas au milieu de nulle part.
Alors, elle penche la tête d'un côté.
Elle sourit.


*******



Je redescends la montagne après avoir aidé le berger à diriger le troupeau sur le flanc, veillant ainsi à ce qu'aucun animal ne s'écarte du chemin. J'avais gardé, contre mon sein, un petit dont le cri me donnait une impression de déjà vu. J'avais lu quelque part que le cri d'un agneau ressemblait à s'y méprendre à celui d'un bébé. Ces derniers se rangeant dans la case des légendes, dans la mesure où ni moi, ni personne de mon entourage n'en avait vu, je les avais alors imaginés en m'inspirant des croquis figurant dans les ouvrages qui en parlaient.
Tout est-il que je me sentais à ce moment là, sereine. A vrai dire, je me sentais toujours sereine depuis l'instant où mes pieds avaient foulé cette région. Ne connaissant que le Nord et la Salle de Vérité d'où je suis issue, je n'étais pas attirée par les autres lieux de ce monde qu'on m'avais décrit. La magnificence de Rhode, de la forêt, des lacs et de cette montagne olympienne que je franchissais régulièrement ne pouvait avoir d'équivalence.

Je suis heureuse,  simplement. Je savoure ce bonheur à chaque instant, comme si je ne l'avais jamais été et comme si tout pouvait changer d'un moment à l'autre. Les villageois, la faune et la flore locales, les nuages qui masquent les rayons outranciers qu'Apollon  m'envoie... sont autant d'éléments indissociables, indispensables au bonheur de cette âme aux cheveux de feu que je suis. Y compris ce sublime spectacle qui est en train de se dérouler à une vingtaine de mètres plus bas.


Ymir : âme sauvée par Thémis. Coursier de Libra, résident de Rhode.

J'ai déjà vu ce profil, celui d'une âme masculine aux traits délicats et à la musculature fine. Des cheveux éclaircis par la luminosité relativement forte en cette belle journée, un peu trop pour moi qui ai prévu une ombrelle de dentelle ivoire et bambou, présent d'un voisin de Rhode, à son retour de voyage. Cet accessoire tranche avec le reste de ma tenue de paysanne, robe verte, tablier blanc et bottines à lacets, absolument inconfortables en comparaison de ma tenue préférée, mais indispensables en montagne. Je porte d'ailleurs une sacoche en bandoulière contenant cette toge dont j'ai l'habitude de me vêtir en dehors de mes tâches quotidiennes. Je comptais passer par les Lacs Miroirs pour me décrotter mais avant tout, la cueillette de quelques fleurs et autres petites herbes me sont indispensables pour fabriquer pommades, huiles essentielles et onguents, mes propres monnaies d'échange. Il me faudra ensuite passer au village en fin de journée pour ainsi acquérir farines, sel et avec un peu de chance, du thé vert.

Mes pensées vont et viennent dans le désordre mais la question intérieure principale demeure: aller,  ou ne pas aller à la rencontre du garçon ? Tous les deux nous sommes déjà croisés, des sourires ont régulièrement fusé et pourtant, j'ignore le timbre de voix d'Ymir. Je connais son nom, et je me doute qu'il n'ignore pas le mien. J'arrive en bas du sentier qui mène aux plaines fleuries, mais m'arrête toutefois. Plus qu'une vingtaine de mètres. Je m'assieds sur un rocher un peu en hauteur. Si j'élève un peu la voix, sûr qu'il pourrait m'entendre. En tout cas, la jument, elle, m'a déjà entendue : elle tourne la tête dans ma direction. Je souris. L'animal est magnifique, somptueux même. Il y a, dans son regard, un petit quelque chose de noble que je ne saurais définir. Je penche la tête : je communique, à ma façon. Je penche toujours la tête lorsque quelque chose ou quelqu'un suscite mon intérêt. D'une pierre deux coups. je me suis décidée, j'avance d'un pas léger.

- Elle doit être heureuse en votre compagnie. Son bien-être est palpable.

Je marche lentement vers les deux entités, les lèvres légèrement étirées. Mes yeux se posent sur Ymir, expriment une forme de tendresse, de celle qu'on porte pour manifester de la sympathie, inclinaison entre la bonté et l'amabilité. J'annonce ainsi de toute ma superbe, mes intentions pacifistes. Nous aurions pu nous parler bien avant, mais c'est en ce lieu que l'événement se produit, dans ces conditions particulières. Lui, dans son art entre abstrait et harmonie avec la nature, et moi.... dans mon psychédélice.


*******



C'est une sensation de déjà vu qui envahit l'Australienne. Elle détaille la tenue du jeune homme qui lui fait face en rien comparable avec ce souvenir qui l'a envahie. Encore faut-il qu'il en soit véritablement un. Il lui ressemble beaucoup au travers de ses traits juvéniles, mais ses cheveux sont plus courts, plus sombres. C'est à l'entendre qu'elle remarque la différence ; la mélancolie peint alors immédiatement les traits de sa jeunesse qui s'évanouit à mesure que  tourne la trotteuse de ce temps qui ne fait que lui rappeler que son passé n'est pas celui dont elle s'est laissée envahir. Dans ce dernier les voitures, pas plus que les trains, n'existent pas. De même que la mort. Perdre un être cher n'y est au fond qu'illusoire, ce qui n'est pas le cas dans cette réalité. Cammy Logan continue de perdre ce à quoi, ceux à qui, elle tient, sans vraiment gagner autre chose en contrepartie. Elle a alors brûlé ce qu'elle considérait comme une entrave et des cendres qui en ont résulté, elle a émergé, nue, phénix privé de ses plumes, de sa flamme, et incapable de s'envoler sinon que dans des songes. Aussi, elle sourit parce qu'elle n'a aucune raison de le faire.

- "Trop loin" ?

Elle avance alors vers cet inconnu. Il est sur sa route, et elle sur le sien.

- Qu'est-ce qui vous fait croire ça ?

Qu'est-ce qui nous fait croire, tout court ? Croire est abstrait, croire est imparfait. Pourquoi faisons nous le choix de croire ?

Croire, v.t. : à mi chemin entre savoir, et ne pas savoir.

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Dernière édition par Cammy Logan le Mar 8 Déc 2015 - 9:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: LOST les disparus [PV Cammy]   Ven 4 Déc 2015 - 23:11

C’est un peu comme si elle s’était perdue dans ses propres pensées. En un instant, j’ai croisé son regard et j’ai eu l’impression d’avoir, en face de moi, une jeune femme encore plus désorientée que moi. Cependant, je ne dis rien et reste calme, il ne faut pas juger les apparences, n’est-ce pas ? Je vois la rousse sourire sans aucune raison, à moins que ce soit moi qui la fasse rire. J’attrape une mèche de mes cheveux et par réflexe, je commence à la triturer. Quelque chose ne va pas chez moi ? J’attends encore un instant, je ne sais pas exactement à quoi je me confronte en me rattachant à elle, mais si je regarde autour de moi, je n’ai pas vraiment l’impression qu’il y ait d’autres âmes que nous dans ce village. Elle finit par répéter ce que je viens d’énoncer, le sourire toujours collé à ses lèvres. Je ne sais pas dans quelle dimension elle vit, mais nous ne sommes probablement pas dans la même à l’heure actuelle. Toutefois, il est trop tard pour renoncer et faire marche arrière. Je suis celui qui a engagé la parole, je dois assumer la responsabilité de cette conversation. De toute manière, il n’est pas exclu qu’elle en sache plus que moi sur cet endroit. Ce serait un curieux hasard si elle s’était perdue aussi, en ce jour pluvieux, dans cet endroit reclus.

« Qu’est-ce qui vous fait croire ça ? »

Elle a complètement esquivé ma question. Pire encore, elle vient d’inverser les rôles. Je constate alors qu’elle s’est approchée de moi. Les quelques mètres qui nous séparaient il y a quelques instants ne sont plus. Quelques pas de plus et elle sera à ma hauteur. Gêné par cette soudaine proximité, je fais pas en arrière. Le gravier crisse une nouvelle fois sous mon poids.

« J-je ne sais plus vraiment où je suis. C’est une raison suffisante, n-non ? »

Un soupir las franchit la barrière de mes lèvres, il ne lui est pas destiné, mais elle pourrait l’interpréter de la sorte. En vérité, cette plainte m’est adressée. Hisaka, tu as dix-neuf ans, tu étudies dans une université prestigieuse et tu réussis à t’éloigner de ton train dans une région que tu ne connais pas du tout. Pire encore, tu as fait tout ça de manière consciente. Qu’as-tu dans la tête, jeune homme ?  Mais ce n’est pas le plus important pour le moment. Le plus préoccupant à l’heure actuelle, c’est que nous sommes en train de débattre futilement au milieu de nulle part. A la base, je ne comptais pas vraiment lui demander de me suivre, mais j’imagine que ça ferait bizarre si je me mettais à lui tourner le dos pour aller me poser sous un porche, à quelques mètres de là. Elle finirait forcément par me trouver et un instant de malaise finirait par s’installer. Plutôt que d’endurer ce moment, je préfère encore lui proposer généreusement d’aller s’asseoir sur des escaliers encore mouillés par la pluie.

« A-allons nous asseoir ? La pluie va sûrement se remettre à tomber d’ici quelques minutes. »

Maintenant, le reste ne tient qu’à elle. Ce n’est pas comme si je ne lui avais pas proposé de m’accompagner. Mon égoïsme reprenant le dessus, je me retourne brusquement et plonge mes mains dans les poches de mon pantalon. Il n’y a pas l’air d’avoir beaucoup d’endroits où s’abriter sans risquer de se mettre les habitants à dos pour squat. Non loin de là, il y a un genre de bâtiment abandonné. En vue de son architecture, il me fait penser à un ancien temple que l’on ne démolit pas car il est l’un des seuls témoins du passé. Quand les Hommes meurent, il ne reste que leurs accomplis sur terre. Si l’on effaçait leurs marques, c’est un peu comme s’ils n’avaient jamais existé. Le vent d’automne ramène de nouveaux nuages gris au dessus du village. Tout comme ces ensembles de particules d’eau, les humains peuvent aussi finir balayés par la vie.

« Pourquoi êtes-vous ici ? »

C’est sans doute la question que j’aurais dû poser dès le départ, mais peut-être qu'elle m'aurait trouvé un peu trop intrusif si j'avais demandé ça d'entrée de jeu. Quoi qu'elle a l'air assez étrange pour ne pas se poser ce genre de questions. Quand j’y pense, je me dis qu’il faut être un peu fêlé pour venir s’aventurer sur ces terres de son plein gré, ou alors avoir un grand besoin de s’éloigner du monde. Dans un livre que j’ai lu récemment (*), il existait un genre de clinique perdue dans un coin du Japon, à l’écart de la ville, éloignée de toute source d’anxiété. Les patients étaient peu nombreux et vivaient de manière autonome. Si je ne savais pas que l’endroit décrit dans le livre était du côté de Tokyo, je dirais que la clinique devrait se trouver dans les hauteurs. Alors que j’avance lentement vers mon abri temporaire, je remarque un panneau délabré un peu plus loin. En plissant légèrement les yeux, j’arrive à distinguer quelques caractères familiers.

« Ki…ri-ya-ma ? Nous sommes à Kiriyama, c’est bien ça ? »


(*) H.Murakami – La ballade de l’impossible

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MessageSujet: Re: LOST les disparus [PV Cammy]   Mar 14 Juin 2016 - 10:31

Il est des jours où l'âme est triste. Elle retombe.
Et Dieu ne répond plus, semble-t-il.
Et l'on songe à la sueur d'angoisse, à l'abandon du Fils.
« L'âme est triste jusqu'à la mort ».
Et on supplie, on s'obstine.
Mais Dieu comme un mur de cachot
demeure sourd, et l'on flotte dans le chaos.
Et le cœur se dissout dans l'âme ainsi troublée.



A l’approche de la jeune femme, l’inconnu amorce un pied en arrière. A la suite de cette simple action, la surprise marque les traits de la rouquine. Décidemment, il ressemble beaucoup à Ymir, cette âme juvénile, cet enfant des Monts Brumeux. A lui aussi, une inquiétude avait animé les traits de son visage avant qu’il ne se remette ceux de la paysanne que Cammy était devenue, dans cette vie antérieure voire postérieure aux allures de rêves. Psychê reste quelque part en elle, refusant de quitter l’enveloppe charnelle de l’Australienne en maintenant son empreinte indélébile au plus profond d’elle. L’hôtesse ne s’en plaint pas. Bien au contraire, elle se laisse confondre. Les choses n’ont plus cette importance qu’elle leur accordait il fut un temps ; elle fait fi des jugements des inconnus et se contente d’avancer aussi loin qu’elle puisse aller. Un seul être vous manque, et le monde est chamboulé.


Alors, tenant ainsi qu'une poignée de blé son chapelet,
ces grains de l'humilité sombre,
le poète le sème aux divins champs de l'ombre
où germe la moisson de toutes les prières.
Il sent confusément qu'une grande Lumière
lui est cachée par son corps dont il ne peut sortir.
Pour briser la cloison, et voir, il faut mourir.
L'œil ne laisse passer que ce jour de souffrance
que voit un prisonnier qui attend sa délivrance.
Le poète s'obstine, il appelle son Dieu.


Des mots sont prononcés, des questions sont posées. Cammy ne cherche pas de réponse, pas plus qu’elle ne désire en apporter. Elle emboite le pas du garçon sans vraiment le suivre : elle pose ses petits pieds quasi-nus sur les empreintes que les pieds de l’adolescent laissent sur le sol. Peut-être qu’ainsi, elle pourra lire dans ses pensées ? Mais non, ce n’est pas comme ça que cela fonctionne. Levant ses fruits de noisetier sur la silhouette de l’enfant, elle remarque ainsi une allure un peu désinvolte. Elle observe, elle détaille. Des mains dans des poches, des mains que l’on cache. Cammy aime admirer les mains, révélatrice de la personnalité d’un être, de son histoire, de son existence. Les siennes sont désormais abîmées d’avoir trop retourné la terre, les ongles sont cassés d’avoir voulu faire resplendir les oeuvres d’une terre sacrée qui l’appelle. L’heure de la prière est bientôt terminée pour le père et les nonnes. Pour Cammy, il n’y a pas d’heure pour prier. Il n’y a plus d’heure, il n’y a plus de temps. Elle prie debout, elle prie à genoux, elle prie dès que l’occasion se présente.


Or, tandis qu'il l'appelle, un Sens mystérieux
semble à peine venir, mais vient, des profondeurs
qui le recouvrent peu à peu comme un plongeur.


Elle priait lorsque ce garçon est venu à elle quelques instants plus tôt. A présent non loin des marches repérées par son compagnon d’une journée, elle prend soudainement place à même le sol, dans la posture de la petite sirène de Copenhague. La jeune femme ôte alors ses bottines, toujours suspendues devant chacune de ses épaules et les pose à sa droite. De l’intérieur de son maigre haut, elle sort un chapelet en bois qu’elle maintient entre ses mains gelées et baisse les paupières tandis que l’étudiant considère un panneau directionnel, que précède une question. Cammy ignore le nom de cette bourgade où elle se trouve, où ils se trouvent.


DIZAINES DU ROSAIRE
rosa mystica



- Vous posez beaucoup de questions, jeune inconnu. Un peu plus tôt, avant que votre chemin ne croise le mien, il m’a semblé entendre les tressautements d’une locomotive. Le calme règne à nouveau désormais.


...Ce sont les fruits de son rosaire qui éclosent
dans le Ciel. Ce sont les fruits de Foi interdits
au triste Orgueil qui méprise ces grains de buis
parce qu'il ignore le mystère de toute chose.



Ses doigts glissent au fur et à mesure d’une perle à l’autre, en silence. Les lèvres de Cammy s’étirent lorsque derrière, le tintement d’une cloche retentit. Une heure s’est encore écoulé dans ce monde. A l’échelle de l’univers et des siècles passés, ce passage ne représente pas même l’équivalent d’un battement d'ailes, et moins encore d’un battement de cils.


~ L’Eglise habillée de feuilles ~ ©Francis Jammes

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MessageSujet: Re: LOST les disparus [PV Cammy]   Ven 17 Juin 2016 - 2:25

Kiriyama. C’est un joli nom pour une bourgade dont le monde entier ignore l’existence. Quatre hiraganas peints sur un panneau en mauvais état, à cause de la pluie et l’humidité sans doute. Cet endroit porte bien son nom. Kiri, la brume. Yama, la montagne.

Je me souviens avoir regardé autour de moi, la montagne devait sûrement être cachée par la brume matinale car je n’ai pas pu l’apercevoir de là où j’étais. Un peu plus tôt, je lui avais proposé de s’asseoir sans savoir où nous allions exactement. Le bruit de ses pas derrière moi m’avait confirmé qu’elle avait accepté mon invitation, sans verbaliser son accord pour autant. Un soupir s’était échappé alors que nous marchions dans une direction inconnue, je n’étais pas tombé sur la guide touristique la plus commode de ce village. Ou plutôt devrais-je dire, du hameau. Ses longs cheveux roux l’avaient alors succédée, entraînés par le vent d’automne. Je n’avais pas pu m’empêcher de jeter des regards inquiets en arrière, de temps à autre, sans jamais vraiment me l’avouer. Je suis perdu, m’étais-je dit sur un ton parfaitement calme, et même si la présence de la jeune femme n’était pas la plus rassurante, elle était une preuve que des humains vivants habitaient sur ces terres. J’aurais très bien pu croire que les derniers habitants étaient morts si je ne l’avais pas croisée un peu plus tôt.

Tiens, ça me rappelle un manga.

Sans prévenir, elle s’était assise au milieu du chemin. J’avais froncé les sourcils en la dévisageant, ne comprenant pas son geste. Certes, peu de gens avaient l’air de résider en ces lieux, mais ce n’est pas une raison pour se poser n’importe où. Dans une position me paraissant peu confortable de surcroit. C’était ce moment que j’avais choisi pour lui demander si nous étions bien à Kiriyama.

Nos mondes semblent ne jamais vouloir entrer en collision. J’avais tort, un peu plutôt, lorsque j’ai dit que nous nous étions croisés. Nous sommes comme deux droites parallèles dans le même plan. J’ai beau faire des efforts, rien ne fonctionne. C’est comme si elle était un programme mal initialisé, abandonné parce qu’il ne fait pas ce que l’on souhaite. Et je dois avouer que je suis sur le point de répéter l’histoire et de la laisser errer sans but.

Pour elle, je pose beaucoup de questions. J’apprends également que je suis un jeune inconnu – drôle de façon de nommer quelqu’un. Encore une fois, elle répond à côté de la plaque et esquive mes interrogations. Enfin, ce n’est pas comme si je m’attendais à beaucoup de chose de sa part. Finalement, je me demande si c’est une bonne chose de l’avoir emmenée avec moi. Elle a entendu le train il y a une heure. Entre temps, il y a eu la panne et mon arrivée ici, mais tout ce qui semble la préoccuper, c’est le calme. Vaguement intéressé par ce qu’elle radote, je décide de prendre place sur une des marches de l’escalier. Le premier contact avec la pierre humide n’est pas très agréable. Il fait froid, mes doigts commencent à geler et je ne trouve rien de mieux à faire que me mouiller le fessier en regardant une semi-folle triturer les perles d’un chapelet. C’est assez rare d’en voir dans le coin, d’autant plus que l’église de Keimoo a brûlé un peu plus d’un an auparavant…et qu’elle a été re-décorée entre temps.

Le silence s’installe rapidement. Nous n’avons pas grand-chose à nous dire, ou plutôt : elle n’a pas de quoi me répondre. Les bras croisés, je regarde la pluie fine s’écraser sur le paysage et la femme devant moi. Je n’avais pas vraiment pris la peine de l’observer en détail, mais maintenant que nous sommes immobiles et – presque – sereins, je peux voir que ses mains sont plutôt en sale état. Par réflexe, je regarde les miennes pour comparer. Un sourire se trace sur mes lèvres fines, ce sont les paumes et les doigts d’une personne qui n’a jamais vraiment travaillé que je vois là. Pour lutter contre le froid, je me mets à les frotter entre eux.

Ainsi, je m’interroge sur les conditions de vie de l’inconnue. Que fait-elle pour se retrouver avec des mains aussi sales ? Peut-être qu’elle laboure les champs ou fait un autre travail manuel, loin de ma vie de citadin.

Je frissonne quand une vague de fraîcheur vient caresser mon dos, déjà mouillé par la pluie. Sans raison, je commence à taper des pieds dans le gravier, en rythme. De la même manière, je me mets à siffloter un air bien connu. Tonari no Totoro, To-to-ro. Je n’ai pas la précision d’un métronome, mais ma performance me semble plutôt correcte. Au final, je ne m’arrête que lorsque mon regard croise le sien.

« Désolé si j’ai interrompu votre euh…rituel. »

Ou prière, que sais-je. En tout cas, il commence vraiment à faire froid et j’aimerais trouver un endroit où m’abriter, si déjà je ne peux pas rentrer chez moi. Si je l’ai dérangée, autant tout faire d’un coup.

« Vous ne pouvez vraiment pas m’aider ? Je…je me suis perdu, mon train a dû repartir et j’ignore où est la station la plus proche. »

Mes phalanges effleurent le tissu de mon pantalon noir. Je crois que je vais tomber malade si je reste ici trop longtemps. Même si – en général – j’aime les endroits calmes, c’est beaucoup trop déstabilisant pour moi d’être dans un village inconnu avec…une inconnue.

« Enfin, si vous ne voulez pas, ce n’est pas grave. Je vais peut-être aller voir à l’épicerie… »

La brume se dissipe peu à peu aux alentours et je peux désormais apercevoir ce qui doit être la montagne évoquée dans le nom du village.

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MessageSujet: Re: LOST les disparus [PV Cammy]   Mar 28 Juin 2016 - 17:16

    TONARI NO TOTORO TO-TOOO-RO !


Le chapalet glisse des mains de la pieuse jeune femme. Il y a dans la mélodie de cet air parvenu soudainement à ses oreilles, une réminiscence, une sensation de déjà-vu.

    ~ 14 février 2010 ~

    Un chapeau extravagant, une veste assortie, il sortait tout droit du Pays des Merveilles. Elle n'avait rien d'une Alice toutefois elle n'avait pas tardé à l'appeler "Mister Caroll". L'intimant de le nommer "Lewis", leur petit jeu de rôle l'avait amusée. Guère longtemps toutefois. Il lui avait alors offert avant la valse, un objet, un accessoire fabuleux. Pendant un temps, elle l'avait constamment eu sur elle, dans son sac qui aurait fait pâlir celui de Mary Poppins de jalousie tant il renfermait un peu de tout et n'importe quoi, la magie en moins. C'était un Norigae, une petite merveille décorative coréenne. Lorsqu'elle eut désiré à son tur offrir le sien, elle se rappelle s'être sentie ridicule. C'était une petite babiole, un rien pas grand chose. Accessoire également, mais loin de la mise en valeur des tenues traditionnelles coréennes, il avait pour but d'égayer un téléphone portable. Un strap qui faisait une petite lumière dès qu'un message ou appel entrait. Pour Lewis, cet objet était devenu..

    - Ce sera mon Chat de Cheshire.

    Mais ce chat là n'appartenait pas à l'univers de Lewis Caroll. Mais à celui de Hayao Miyazaki. Le fameux Chat-Bus de Mon Voisin Totoro.

    - N'ayez crainte, votre seule présence suffirait à combler l'homme le plus capricieux.

    Il savait parler, Lewis. Ou plutôt... HAN Yun-Jin.


    ~ Automne 2015 ~


Un hoquet de stupeur, des yeux qui s'ouvrent subitement. Un souvenir qui n'appartient pas à Rhode, ni à Psychê. Les Monts Brumeux ne sont pas ce qu'ils semblent être. La petite rouquine regarde au delà, dans leur direction tandis que la pluie s'immisce à nouveau, peinant à la transpercer tant elle y est habituée. Elle ne retrouve pas les verts pâturages que lui a désigné son Berger. Elle plonge son visage dans ses mains, réprimant un instant de panique. Elle sait pourquoi elle est ici, pourquoi elle a choisi durant ses pérégrinations de s'arrêter dans ce hameau : ce vieux panneau délabré autant que l'est son église mais aussi son temple de l'autre côté, au delà de la voie de chemin de fer... Cette bourgade a été quasiment détruite durant un séïsme et peine encore aujourd'hui, faute de moyens, à se reconstruire. Elle aide donc les quelques villageois, ceux de Kiriyama, qui n'ont voulu quitter leurs si précieux souvenirs, ceux d'une vie.

Ce nom, si proche... Mais s'il désigne ces monts qui lui manquent tant, jamais ils n'en auront le charme ni la plénitude. L'enfer ne peut se transformer en paradis. Ni les montagnes de Kiriyama, ni la forêt de Keimoo ne se substitueront à Rhode. "Ce n'est pas l'heure."
Elle lève un regard peiné vers cet Ymir qu'il ne sera jamais, non plus. Ymir gardait le silence, les deux âmes communiquaient rarement par la parole, mais plutôt par des sourires, des découvertes dans les prairies et en étant aux petits soins d'une douce jument. Cammy baisse les yeux, un peu déçue du comportement de ce garçon qui n'est pourtant en aucun cas impoli ; elle l'est davantage aussi par le sien. Elle range alors son objet de prière, se saisit de ses bottines usées qu'elle chausse alors, puis se relève. Elle s'avance lentement vers le jeune homme et s'incline.

- Je suis navrée de ne pas avoir compris tout de suite votre désarroi. Vous semblez frigorifié. Laissez moi vous offrir une boisson chaude. Je vous amènerai ensuite à un abribus. Un car passe par ici deux fois par jour.

Elle étire un petit sourire à la pensée qui la traverse.

- Qui sait, peut-être que le Chat-Bus voudra bien vous ramener directement chez vous ?

Elle glousse, amusée. Sinon, pour les âmes en perdition, le Magicobus ou la sorcière Ursula pourraient également faire l'affaire. Enfin, encore faudrait-il qu'ils existent.
Mais ce râfleur de Libra qui l'a amenée au Palais de Thémis, existait-il vraiment ?

- Quelle est votre destination ?

Le sourire s'estompe, puis disparait.

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MessageSujet: Re: LOST les disparus [PV Cammy]   Jeu 30 Juin 2016 - 23:52

Telle une marionnette à qui on vient de couper les fils.  

C’est comme si la rousse venait de sortir d’un long voyage spirituel, un périple dont j’ignore totalement l’existence, à l’entende de mon sifflement. Je ne sais pas si elle a un lien quelconque avec Totoro, peut-être qu’elle aime bien ce film. En tout cas, elle semble avoir repris conscience et cela ne va pas en ma défaveur, bien au contraire. Quelque chose dans son regard et son attitude a changé, ses paroles sont moins détachées de la réalité. Nous sommes maintenant deux piégés dans ce village où le temps s’est arrêté depuis trop longtemps. Enfin non, je suis toujours seul, mais elle a l’air d’être plus apte à m’aider maintenant qu’elle communique par un langage que je comprends. A la manière d’un grain de poussière indésirable, je suis entré en ces lieux que je symboliserais par des rouages. Depuis mon arrivée ici, j’ai la sensation d’être de trop, une sorte d’anachronisme qui pourrait perturber le fonctionnement de la vie ici. Le temple, les maisons, les rues, on dirait que je découvre les vestiges d’une ancienne civilisation. Je suis un homme de la ville, je dois retourner à l’endroit où j’appartiens. En restant ici, j’ai l’impression de traîner des chaînes derrière moi.

Toutefois je ne m’attendais pas à ce qu’elle s’incline devant moi pour présenter ses excuses. Ainsi, je rentre les épaules comme si je cherchais à me faire tout petit. Elle veut m’offrir une boisson chaude, je ne suis pas contre, mais le changement est un peu soudain. Puis elle me dit enfin ce que je veux entendre depuis que je l’ai rencontrée, il y a donc bien une station – abribus, mais je ne vais pas chipoter – à proximité. Deux fois par jour, les transports en communs desservent cet arrêt, c’est peu, mais c’est déjà bien. J’espère ne pas les avoir ratés. Que vais-je faire si je ne peux pas partir aujourd’hui ? Je jette un rapide coup d’œil vers la femme. Même si elle a l’air d’habiter ici, je me sentirais mal de quémander l’hospitalité. Enfin, ne partons pas défaitiste.

« Ah. M-merci. »

Ses lèvres s’étendent à vue sur son visage devenu plus radieux, d’un coup. Je n’attends pas un instant de plus pour me lever et prendre place à ses côtés. Elle se met à me parler du Chat-bus et je ne comprends pas tout de suite la référence, avant de me souvenir de la mélodie que j’ai siffloté tantôt. Ainsi elle a bel et bien un lien avec cet air. Fort étrange. Je n’ose pas lui demander directement, mais je garde la question au chaud dans un coin de ma tête, histoire de trouver une autre formulation pour en savoir plus à son sujet. Pour le moment, je me contente d’un simple hochement de tête en lui rendant son sourire. Le mien est un peu moins brillant, un peu moins sincère, il fait juste office de façade pour ne pas paraître impoli.

« Je ne sais pas si un tel spécimen existe dans la réalité. »

Je relève les yeux vers le ciel pluvieux, laissant la nostalgie se charger du reste. L’abribus, Satsuki et le parapluie. Nous n’avons pas de parapluie, aujourd’hui, mais je me demande qui joue le rôle de qui. Elle remonte à plusieurs années, la première fois que j’ai vu ce film. Je me souviens que c’était ma sœur qui voulait que je regarde avec elle. Pour Noël, elle avait insisté pour avoir la cassette et mes parents lui avaient offert, je n’ai plus eu la paix pendant des mois après ce jour là. J’avais trois ans quand elle en avait huit, et si elle semblait enthousiaste à la vue du Chat-bus, je dois dire qu’il m’avait un peu effrayé au début.

Mes souvenirs sont balayés par la voix de la jeune femme. Combien de temps m’étais-je enfermé dans le passé ? L’avais-je fait attendre au point qu’elle se sente obligée de me rappeler à l’ordre ? Rien de tout ça apparemment, elle ne fait que me demander où est-ce que je dois me rendre. Un peu désorienté, je manque de répondre à côté.

« Nago-…euh je veux Keimoo. »

Ce serait bien drôle si je rentrais au domicile familial – qui doit être toujours aussi vide à l’heure qu’il est – au lieu de rentrer au quartier Hebi où mes colocataires m’attendent. Sans que je comprenne pourquoi, le sourire de la rousse s’est affaissé. Je me racle bruyamment la gorge pour faire disparaître le pseudo-malaise qui s’installe et tente de relancer la conversation.

« A-allons à l’épicerie peut-être ? Je vous suis car je ne sais pas où c’est… »

Je marque une petite pause pour reprendre mon souffle avant de continuer de parler, le tout entrecoupé par un petit rire gêné.

« Vous savez, je n’ai pas l’habitude des villages ha.ha. »

Pris par le froid, je sens mes narines me picoter et je fais tous les efforts du monde pour retenir mon éternuement. Rester sous cette pluie était une mauvaise idée. M’éloigner de mon train était encore pire. Revenir à Nagoya pour le week-end était sans doute la plus mauvaise décision que j’ai prise depuis quelques mois.

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MessageSujet: Re: LOST les disparus [PV Cammy]   Ven 11 Nov 2016 - 19:29

" - Peu importe ce qui vous amène chez nous, c'était écrit. De même, le jour viendra où vous devrez reprendre votre route.

- Comment le saurais-je, mon Père ?

- Quand viendra le moment, vous le saurez. "

***


"Keimoo".

Depuis qu'elle était à Kiriyama, elle n'avait plus entendu ce nom. A son arrivée, elle avait fait la connaissance des quelques riverains restant, mais également de certains voyageurs passant par le hameau pour diverses raisons. Des marchants ambulants, vétérinaires, infirmiers, chauffeurs de taxi, etc. Voilà plus d'un mois qu'elle est arrivée, ayant fait son chemin à pieds nus par une route quasi déserte. Elle avait fini par s'effondrer, affamée, déshydratée et fiévreuse. Lorsqu'elle s'est réveillée, elle était dans un lit, lui même dans une petite pièce de 9m² à peine avec pour seule mobilier en plus du-dit lit, une table de chevet sur lequel une petite statuette d'une Vierge à l'Enfant reposait. Pas de fenetre mais un vitrail brisé, consolidé grossièrement par du carton et de l'adhésif. Au dessus de la porte, un crucifix en bois. L'église de Kiriyama s'était convertie en refuge suite au séisme qui avait frappé la région deux ans plus tôt. A la même époque, Cammy luttait pour retrouver sa mobilité.
Le temps passait, mais au fond... est-ce que cela avait de l'importance ? Elle a fini par goûter à l'éternité, mais cette dernière n'a pas voulu d'elle.
Aujourd'hui, un messager vient à elle pour la ramener. L'abbé avait raison. Cammy sait désormais. Elle écoute les paroles du garçon tandis que les souvenirs de Keimoo refont lentement surface. Elle a réduit son logis en cendre, ainsi que celui de Yui Valentine. Ce dernier ne se souvient plus d'elle. Cammy soupire, puis étire un petit sourire amer.

- Il n'y a pas d'épicerie ici. Ce village essaie de se reconstruire, peu à peu, grâce au Ciel.

Cammy amorce quelques pas vers l'église non loin.

- Un bon thé bien chaud vous fera du bien. L'air est frais, je pense.

Elle a désormais l'habitude de la fraicheur, de l'humidité. Elle y est moins sensible.
Quelques minutes plus tard, et avec l'approbation du curé, les deux jeunes gens se retrouvent dans une petite chapelle faiblement chauffée autour d'une table. Dans deux tasses en terre cuite un peu fêlées, du thé vert au jasmin. Sur une soucoupe, trois mochis à l'azuki. Des pâtisseries relativement copieuse qui nécessitent peu d'ingrédients couteux.

- Je les ai fait ce matin. Avec ce froid, vous devez avoir faim.

Et s'il y a bien une chose que Cammy apprécie, c'est de cuisiner pour les autres. Ces trois bouchée devaient être son déjeuner, mais elle préfère que ce garçon en profite. Elle porte sa tasse aux lèvres, savourant son thé brûlant avec grâce, du bout des lèvres. Elle n'a plus partagé un moment comme celui là avec un habitant de Keimoo depuis un certain temps désormais.

- Ainsi vous vivez à Keimoo. Fréquentez-vous son Académie ?

Etrange. L'académie Keimoo a souvent provoqué en elle différentes réactions. De l'espoir, de la satisfaction, de la colère, de l'angoisse. Pourtant, là, elle a l'impression de parler d'une fable, d'un mythe. D'un souvenir lointain. Ca ne remonte pas si loin en réalité. Réalité dont elle a désormais perdu la notion ce qui lui permet d'aborder le sujet avec bien plus de facilité.  Elle reprend ainsi le jeu du "comme si" de la même manière d'à l'époque, lorsqu'elle a rencontré Yui. Ils avaient feints ne pas connaitre l'identité de l'autre. Le membre du personnel, le psychologue pour l'un, et pour l'autre, l'élève figurant dans le top 3 des plus studieux de l'Académie, celle qui a été portée disparu des suites d'une injuste accusation en 2010, reine du bal de Noël trois ans plus tard. Et puis ces deux même personnes avaient failli périr ensemble dans un stupide accident de voiture.
Cammy souffle délicatement sur la surface de sa boisson préférée avant d'en savourer une nouvelle gorgée.

- Keimoo, et son fascinant chaos.

Chaos à l'attraction inéluctable. Peut-être passerait-elle et finirait-elle son existence entre ses murs.

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Dernière édition par Cammy Logan le Dim 8 Jan 2017 - 22:55, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: LOST les disparus [PV Cammy]   Lun 5 Déc 2016 - 23:04

Il n’y a pas d’épicerie ici, m’annonce-t-elle avec un mystérieux sourire sur les lèvres. Physiquement, elle est si proche, mais nos réalités sont si loin. J’ai beau me tenir à ses côtés et voir son visage être traversé par une multitude d’émotions, je suis incapable de deviner à quoi elle pense. Je finis par détourner le regard pour me concentrer sur le chemin qui se dresse devant nous, non sans rester intrigué par les paroles – à la limite du mysticisme – de mon interlocutrice. J’ignore de quelle reconstruction elle parle, et je sais encore moins ce qu’elle entend par le ciel. Je relève les yeux vers les nuages chargés de particules d’eau. Avec le temps qu’il fait aujourd’hui, je ne suis pas sûr qu’il soit très coopératif. Je n’ai jamais entendu parler de Kiriyama jusqu’à aujourd’hui. Ses courtes enjambées nous emmènent vers ce qui semble être un bâtiment religieux occidental. Une église ? Elle compte m’emmener prier pour le salut de mon âme au lieu de me ramener vers la route et la civilisation ? Son explication ne tarde pas à venir. Elle compte me faire boire un thé.

« Oh. Euh. Oui, c’est gentil de votre part. »

Au lieu de m’emporter, je rationnalise. Du moins j’essaie. Suivre mon instinct ne m’a pas vraiment servi tout à l’heure alors je vais éviter de réitérer. Elle a dit qu’il n’y avait que deux passages du bus dans la journée….est-ce que ça voudrait dire que j’ai déjà raté les deux ? Catastrophe. Je n’ose pas lui poser la question de front et continue de la suivre, là où ses pas m’entraînent. Si quelque part je me dis qu’elle est complètement folle et que je devrais demander à quelqu’un d’autre, je ne peux m’empêcher de repenser à son éclair de lucidité qui l’a traversée tout à l’heure. Qui sait, elle a peut-être retrouvé toute sa tête maintenant.

Nous arrivons devant le bâtiment un poil austère. Avant d’entrer, je me dis qu’il fait peut-être aussi froid là-dedans qu’à l’extérieur. A ma grande surprise, il y a quelqu’un à l’intérieur, un prêtre ou quelque chose comme ça. La jeune femme engage la conversation avec lui alors que je reste légèrement en retrait en attendant un signe de sa part pour bouger. En attendant, je fixe les murs épais. C’est plutôt bien isolé, un peu trop même. En pleine contemplation de l’architecture, je me dis qu’il doit se sentir seul, le moine. Kiriyama n’a pas l’air d’être très peuplé et je doute que tous les habitants soient religieux.

La femme à la crinière rousse a l’air d’être plutôt familière avec cet endroit. Je ne sais pas si je devrais être très surpris qu’elle m’annonce qu’elle loge ici, en fait. Elle a toute la spiritualité nécessaire pour être religieuse après tout. Nous sommes rapidement invités à prendre le thé autour d’une table des plus rudimentaires. La vaisselle n’est guère mieux, me dis-je en passant l’index sur la fêlure de ma tasse, mais au moins elle a le mérité de garder ma boisson au chaud. Je bois une gorgée et mon corps se réchauffe instantanément. Un soupir d’aise s’échappe de ma bouche, mes muscles se détendent. Je me sens à peu près en sécurité ici, je peux me permettre de me relaxer un peu. Mes paupières, lourdes, se ferment progressivement jusqu’à ce que la voix de l’inconnue me rappelle à l’ordre. Je manque de sursauter alors qu’elle me présente une soucoupe de mochis. Je la remercie une nouvelle fois en bredouillant avant de tendre mes doigts vers l’une des pâtisseries. En ville, on n’en mange pas très souvent. Le mochi demande beaucoup de travail et les occasions d’en déguster se font rares.

« Wow. C’est vraiment bon. Vous devriez ouvrir une pâtisserie, v-vous feriez fureur. »

Dis-je sans retenue avant d’esquisser un sourire amusé.

« Enfin, faire fureur pour les cinq habitants de Kiriyama, ce n’est probablement pas un grand défi. »

Je reprends une gorgée de thé, profitant de cet instant de plénitude. Je me demande si elle a déjà vécu en ville, sinon, a-t-elle déjà songé à s’y installer ? C’est en ingérant le deuxième mochi que je me rends compte qu’elle n’a rien pris pour elle. Je devrais sans doute lui laisser le troisième. C’est à cet instant qu’elle refait allusion à Keimoo et me demande si j’y suis scolarisé. Je hoche la tête en me remémorant mes toutes les premières fois qui ont marqué ma vie depuis mon arrivée à Keimoo, de ma première nuit à l’internat jusqu’à mon premier cours à l’université en passant par l’achat de mon premier pain au melon dans une boulangerie de la ville. Des souvenirs plus ou moins futiles qui ont fini par composer trois années de mon existence.

« Depuis un peu plus de trois ans maintenant. Je viens d'entrer à l'université cette année. »

Quand je relève mes iris pour les poser sur la jeune femme, je retrouve la même expression sur son visage que tout à l’heure. Elle passe d’une émotion à l’autre dans le silence, d’un instant de conscience à un air perdu. Par respect, je ne dis pas un mot non plus et me contente de pousser la soucoupe présentant le dernier mochi, devant elle. Elle finit par porter son breuvage à ses lèvres. Je l’imite. En un souffle, elle produit une bourrasque. Keimoo, et son fascinant chaos. Tout à l’heure je m’étais efforcé de dresser un portrait neutre positif de mon expérience à Keimoo, pourtant ses mots font écho à des souvenirs moins neutres, moins positifs. En une fraction de seconde, je suis replongé dans le capharnaüm de la ville. Les klaxons, les accidents, les taureaux, la police, Zakuro, les incendies, les catastrophes naturelles, le garçon du parking, la prise d’otage, le festival culturel, Saki dans le bâtiment abandonné. On est bien loin de la tranquillité de Kiriyama. Je pose la tasse en terre cuite lourdement.

« C’est à cause de ce chaos que vous avez quitté la ville ? »

Pour dresser un portrait de Keimoo avec autant d’exactitude et en si peu de mots, on ne peut qu’y avoir vécu. Je ne vois désormais plus la rousse comme une femme isolée qui a peu d’expérience avec le monde extérieur – à Kiriyama – mais plutôt comme une personne qui a brutalement quitté tout ce qu’elle a connu pour faire un break. Une sorte de thérapie de la ville après un événement traumatisant. Pour une raison ou pour une autre, cette inconnue a préféré s’isoler au milieu de champs, de forêts, de montagne et d’un monastère à la limite de l’abandon.

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MessageSujet: Re: LOST les disparus [PV Cammy]   Lun 23 Jan 2017 - 11:27

La jeune femme lève les paupières qu’elle avait baissées en dégustant sa boisson chaude, pour observer le garçon faire de même. Les traits de ce dernier se détendent, la nervosité manifeste de cet inconnu semble s’échapper un peu à sa vue. Plus tôt, elle avait évoqué un potentiel désarroi chez lui, mais c’était plus de l’ordre de la supposition que de la certitude. Et encore. Elle n’avait absolument pas remarqué à quel point il était mal à l’aise, une part de timidité peut-être… Le souvenir d’Ymir jaillit à nouveau maintenant qu’il semble adouci par la chaleur du thé. Et puis une autre palette d’émotions s’invite autour de la table légèrement bancale. Cammy Logan est fascinée par tant de candeur. Il n’est encore qu’un petit bouchon.

Un bredouillement par ci, un compliment par là et l’australienne élargit son sourire jusqu’à pousser un petit rire. Elle ne lui dira pas que, lorsqu’elle était Vice-Présidente du Club de Découvertes Culinaires sept ans plus tôt, elle proposait une gamme de gourmandises à la pâtisserie Del Lys ainsi qu’à la cafétéria du campus. C’était une collaboration agréable, lui permettant de faire découvrir à tout Keimoo les petits secrets de recette de Tante Savannah et autres spécialités australiennes comme les fameux Lamingtons. Elle a cessé cette collaboration lorsque le bâtiment des délices s’est effondré, en partie sur elle, en août 2013.

Cammy manqua de replonger dans ses funestes souvenirs, mais les mots amusant du garçon la ramène au temps présent, perdu entre avant et après.

Université. Un grand garçon alors. Elle estime son âge à 19 ou 20 ans, quand bien même il semble si jeune en apparence. Elle se demande ce qu’il a choisi comme savoir à acquérir. Et avale une autre gorgée de thé, la chaleur l’envahissant désormais complètement, laissant le rouge lui monter aux joues. Elle se sent bien et laisse volontiers son imagination vagabonder tout en l’observant se régaler. Voilà un tableau qu’elle ne veut en aucun cas oublier et pour ça, elle ferme les yeux.

***

Cammy imagine le jeune homme dans une salle de classe. Elle se surprend à se voir elle aussi dans la pièce, derrière le bureau. Elle enseigne l’histoire, l’art, la botanique, peu importe. Les autres élèves n’ont pas de visage. Lui, il est au bout de la classe, près de la fenêtre. Il ne la regarde pas. Elle souhaite attirer l’attention de la classe entière mais au final, c’est lui qu’elle cible. Qui a-t-il de l’autre côté de la fenêtre ? Son regard glisse vers les prairies verdoyantes qui s’étalent au delà des vitres jusqu’aux montagnes gelées. Elle veut respirer l’odeur de ce petit paradis. Elle souhaite demander à son élève d’ouvrir la fenêtre, mais se rend compte qu’elle ne sait pas comment l’appeler. Ce n’est pas Ymir, ce n’est pas Rhode. Elle entrouvre les lèvres, mais il la prend de vitesse. Il ouvre brutalement la fenêtre de lui-même, un bruit sourd frappe alors.

***

« C’est à cause de ce chaos que vous avez quitté la ville ? »

Au delà de la vitre, plus de prairie, ni de montagne. La fenêtre elle-même s’efface, de même que le sourire paisible de la rouquine.

Il n’est déjà plus un enfant. Il a grandi si vite. La nostalgie s’empare de la jeune femme. Il est intelligent, fragile et terriblement perspicace. Sa tasse lui échappe, renversant son contenu sur la table puis sur le sol. Elle se lève, quitte la pièce un instant. A son retour, elle porte des guenilles et un récipent entre ses doigts abîmés. Elle s’agenouille, baisse la tête, éponge le sol avec délicatesse puis se redresse un nouveau sourire aux lèvres.



- Je réalise que j’ignore ton nom. Laisse-moi me présenter.


Elle s’incline respectueusement, maintenant contre elle son piètre matériel de nettoyage.

- Je me nomme Cammy Logan, je viens d’Australie et je réside à Keimoo.

Il est temps de rentrer.

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MessageSujet: Re: LOST les disparus [PV Cammy]   Dim 11 Juin 2017 - 0:02

Sans trop réfléchir, j’avais suivi la jeune femme jusque dans l’église.  Au moins, même s’il fait toujours froid, les averses ne peuvent plus nous atteindre ici. Les premières minutes, je frissonne tout de même en pensant à mes draps chauds qui m’attendent dans ma chambre, loin de Kiriyama. Heureusement, le thé brûlant arrive assez vite pour me réchauffer les entrailles et la douce texture du mochi effleure mes lèvres avant de rouler entre ma langue et mes dents. Savoureux, me dis-je en me laissant entraîner par la délicatesse de la pâtisserie. Entre deux bouchées, je tente un peu d’humour auquel elle répond par un sourire réconfortant. Tout en la surveillant du coin de l’œil, j’avale une autre gorgée de thé. C’est fascinant, à quel point l’ambiance change vite en sa compagnie. Quelques minutes plus tôt, je la pensais totalement folle, puis simplement mystique et maintenant elle semble totalement consciente et apaisée. Ma seule crainte est désormais qu’elle recommence à devenir trop spirituelle pour moi et qu’elle oublie de me conduire au bus à l’heure.

Et soudain, la conversation retombe sur Keimoo et son académie. Ce sont de simples mots et pourtant j’ai l’impression que c’est bien plus que ça pour elle quand je l’entends les prononcer. Keimoo. Une personne qui ne connaîtrait la métropole que par les cartes postales, les reportages télévisés ou internet ne pourraient pas décrire avec autant d’émotions et de vérité le chaos qui règne dans la ville. Pas de doute possible, elle a été – un jour – elle aussi une citoyenne de ce territoire. En me replongeant dans mes propres souvenirs, je peux presque atteindre les siens de par notre réalité commune. Le décor sombre de l’église se fond pour laisser place aux immeubles resplendissant du centre-ville de Keimoo.  Le parquet disparaît pour être remplacé par de l’asphalte. Je peux presque sentir l’odeur de l’asphalte d’ici.

On se sent minuscule à côté des écrans géants disposés sur les buildings, on se sent à la fois libre, anonyme et perdu au milieu de la foule.  Je relève la tête. Devant moi, des formes humaines, de bonnes têtes brunes sur un costard-cravate portant dans leur main gauche une sacoche en cuir noir. A l’unisson, ils regardent leur montre pour vérifier s’ils ne sont pas en retard. Le feu piéton passe au vert, mes jambes avancent machinalement pour suivre le rythme des hommes devant moi. Je suis à deux pas d’atteindre le trottoir d’en face quand le feu passe au rouge. Je ferme les paupières une fraction de seconde, un klaxon retentit derrière moi. Pourtant, je n’étais pas en danger, me dis-je. Parmi tous les autres, je suis le seul à me retourner pour voir une chevelure rousse éclatante au milieu du passage piéton. Comment faire pour la sauver ? En ai-je les capacités ?

(…)

Je sursaute au moment où mes oreilles perçoivent un bruit anormal, une sorte de collision. Tous mes sens sont maintenant en alerte – bien que ma vision soit encore un peu floue, je regarde autour de moi, l’église de Kiriyama est de retour. Me serais-je assoupi à cause de la fatigue qui me guette ? Je secoue la tête de droite à gauche comme pour ordonner à mes centres de l’éveil d’être plus efficaces. Non, je n’ai rien fait de tel. Alors, qu’est-ce que c’était, cette vision étrange ? Je lance un regard accusateur vers le thé. Est-ce qu’il n’y aurait pas des substances hallucinogènes dans ce breuvage ? Si c’est le cas, ça en expliquerait beaucoup sur l’état dans lequel j’ai retrouvé la jeune femme plus tôt, au cœur du village, entre la conscience et le délire. Mes iris se posent sur la table. En y repensant, il y a bien quelque chose qui a changé depuis tout à l’heure, elle n’était pas aussi mouillée avant que je ne me mette à divaguer.

Mes yeux cherchent alors la rouquine, mais elle n’est plus sur sa chaise, ni ailleurs dans la pièce. Combien de temps s’est-il écoulé alors que je rêvais ? Ai-je raté le car pour Keimoo ? Mon rythme cardiaque s’accélère brutalement. Elle m’aurait réveillé si c’était le cas, n’est-ce pas ?

Je suis très naturellement soulagé en revoyant sa silhouette dans l’encadrement de la porte, mais je le suis moins en voyant qu’elle s’agenouille au sol avec une éponge. Mais que se passe-t-il ici ? Du thé sur la table et...par terre. Je fais un bond hors de ma chaise en faisant le lien, prenant soudainement conscience de la situation. Elle a renversé sa tasse sans que je m’en rende compte.

« Lai-laissez moi vous aider ! »

Ce n’est peut-être pas non plus le moment approprié pour faire les présentations, mais c’est pourtant ce qu’elle s’est décidée de faire. J’apprends donc qu’elle se nomme Cammy Logan et qu’elle est australienne. Je hoche la tête en lui tendant la main pour l’aider à se relever. Comme je l’avais bien deviné, elle semble vivre à Keimoo bien que son état m’indique que cela fait un petit moment qu’elle n’y a pas mis les pieds. A mon tour, je dévoile mon identité.

« Et moi je m’appelle Hisaka Rika. Je suis originaire de Nagoya, mais je suis à Keimoo pour mes études. »

Une fois qu’elle est de nouveau debout, je me laisse retomber lourdement sur ma chaise. Rien que prononcer une phrase m’a épuisé, et je sens mes jambes plus alourdies qu’à l’accoutumée. Est-ce que j’aurais attrapé froid en étant sous la pluie tout à l’heure ? Je passe mes doigts sur mon front. Ma température semble en effet plus élevée que d’habitude. Je décide toutefois de ne rien dire à ce sujet, ça finira par passer et je n’ai pas une constitution si fragile malgré ce qu’en dit ma sœur. Toutefois, maintenant que la rouquine semble à peu près de retour sur terre – et moi aussi – je peux peut-être lui poser une question sans forcément devoir m’attendre à une autre question en guise de réponse.

« Du coup…Vous allez m’accompagner au bus, tout à l’heure ? »

Je marque une courte pause, m’interrogeant sur la manière dont je devrais terminer mon interrogation maintenant que j’ai amené le sujet. Avant qu’elle ne puisse m’interrompre, je reprends.

« Et vous… ? Vous allez rester ici ? Je veux dire…à Kiriyama. »
HRPG : J’écoutais une playlist d’OST d’animes (de 2h) et juste avant de poster, j’ai eu la version piano de Tonari no Totoro, je pense que c’est un signe.

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