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The Future is like a puzzle with missing pieces: difficult to read, and never, never what you think.
 
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 Poussière de givre, chaleureuses politesses

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Joshua Coda
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MessageSujet: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Sam 14 Nov 2015 - 21:28

« Vous avez l'air... En meilleure forme. Mademoiselle Coda. Je serais heureux de vous compter à nouveau dans mon équipe, mais vous êtes bien consciente que ce n'est pas l'avis de tout le monde. Il vous faudra être exemplaire, et mieux encore. Vous voyez ce que je veux dire. Allez, ma fille, reposez-vous. 

-Oui, monsieur. »

J'enrageais. La chaleur déposée par sa main sur mon épaule, ces attitudes infantilisantes, son ton paternel, ce regard le détaillant de haut en bas, de ma poitrine à mes jambes couvertes... Je détestais tout ça. Je haïssais, à nouveau. Ce lieu empoisonnant.
J'étais juste venu récupérer les rapports de la jeune femme venue me remplacer, mais dix, cinq minute dans l'établissement aux murs blancs m'empêchaient de garder mon calme. Les regards étaient nombreux de mes anciens collègues, qui ne me connaissaient que pour ça. Dans deux mois, je devrais les retrouver, rejoindre leur monde glacial. Me faire détester de tous, parce que je n'étais pas comme je devais l'être. J'avais changer, en pire, et je ne comprenais plus comment j'avais pu faire pour tenir, avant. Quel monstre d'obéissance j'avais pu être. Aujourd'hui, j'étais vorace, colérique, taciturne... Cynique. Croiser le regard des élèves m'agaçait. Je les imaginais crachant sur leurs camarades, hurlant sur leurs professeurs, puis baver aux pieds de leurs mères en rentrant. Finis, vendus, pourris, par d'autres que moi, par un indéfinie ailleurs que j'accusais de tous les mots. Les grands méchants que j'entendais à demi-mots dans les conversations à la cour des miracles. Les médias enrôlés, le gouvernement et les capitalistes assoiffés. Au final, dieu que je m'en foutais. Je me connaissais. J'avais appris à vivre ici, on m'a dit qu'on voulait bien de moi, je ne savais rien faire d'autre, j'irais là. La question ne se posait même pas. Pas de contradiction.

Je respirais une grande bouffée d'air en sortant du bâtiment administratif. Les élèves étaient en cours, il n'y avait rien de plus que le vent frais pour m'inspirer, et rien de pire que les nuages gris pour m'enfermer. Ces nourritures simples m'avaient bien contentés, elles le feront à nouveau. J'étais juste trop ivre de ma liberté pour m'en rendre compte encore.

Malgré l'air soufflant, pas un mouvement dans les herbes du parc voisin. Elles s'étaient figées par le givre, et resplendissaient en silence en arborant leurs milliers de petits cristaux de lumières sous mes yeux gris et ternes. Un instant, en respirant dans mon écharpe, je crus qu'ils pourraient les raviver, leur redonner l'étincelle que j'avais autrefois en me rendant au lycée, en me préparant à enseigner. Mais rien ne se produit, et le ciel si grand qui s'étendait face à moi ne me semblait vidé de touts ses mystères, recherchés en vain par le commun des mortels. J'étais mort au fond de moi et depuis bien longtemps déjà, sans comprendre où pouvait se trouver ma tombe sous ce manteau de froid.

Je me dirigeais machinalement vers le banc où j'avais autrefois l'habitude de m'assoir, les pieds nus dans l'herbe verte, quand je la remarquais. En tant normal, une jeune fille sur un banc, ça se voyait davantage, mais pas elle. Endormie, il y avait autour d'elle une atmosphère de tranquillité paisible, qui jurait avec le chaos permanent de mon esprit. Comme si, pour éviter de trancher si violemment avec mon monde, elle avait décidé de disparaître sous son manteau de cheveux blancs.

Je m'approchais davantage, curieusement intrigué par cette jeune inconnue. Elle avait de jolis traits métisse, rehaussé par le sourire qu'elle arborais dans son sommeil, animé par quelques doux rêves d'enfants, mais aussi camouflé par quelques mèches de cheveux clairs. Ne risquait-elle pas d'attraper froid, ici ? Délicatement, je glissais quelques de ses cheveux derrière son oreille. Elle ne frissonna même pas, bien calée dans son oreiller. J'aurais pu le penser à son teint très pale, mais avec ce joli sourire, j'avais la conviction qu'elle allait bien, et qu'il lui était tout à fait anodin de s'endormir en pleine nature ainsi.

Ne devrais-je pas la réveiller ? me demandais-je.

En silence, je la contemplais ainsi de longs instants, sans trop savoir comment réagir. Cette tranquillité et ce silence me calmèrent petit à petit. Je souriais moi aussi, en caressant l'épaule de cette jeune fille, à en oublier les codes de politesses si strictes de notre cruel Japon.

« Mademoiselle ? Tout va bien ? »

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Sam 14 Nov 2015 - 23:31

Dormir sur un banc, en voilà une drôle d'idée, aurait on pu penser. Mais pour Alexa, c'en était plus une nécessité. Pire encore, elle ne contrôlait rien. La narcolepsie la prenait bien quand elle voulait. Telle une horloge cassée, au cycle déréglé, la jeune femme s'endormait au gré des envies de sa maladie. Et ce peu importe l'endroit, peu importe le temps ou le moment. Il lui arrivait même de s'endormir debout. De toute façon, même la durée était variable. De plusieurs heures à quelques secondes, il arrivait parfois où elle ne s'en rendait même pas compte. Elle se déconnectait de la réalité aléatoirement comme si quelqu'un s'amusait à la débrancher et la re-brancher pour s'amuser. Un dieu trompeur, un dieu farceur, un dieu logé au plus profond de son corps. Un parasite que la science s'échinait à rechercher sans jamais le trouver. Peut-être un jour découvrirait-on que finalement, il n'y en avait pas, de parasite. Juste un petit groupe d'esprits décalés, désordonnés, une série d'horloges cassées…

«  Mademoiselle  ?  Tout va bien  ?  »

Alexa sursauta et soudainement s'éveilla. Parfois, un rien suffisait à l'éveiller, même sa propre respiration pouvait la tirer de sa torpeur. Tout comme au contraire, même un bombe ne saurait briser ce sommeil profond dans lequel elle plongeait pour plusieurs heures. L'esprit encore endormit, elle se redressa vivement en laissant tomber son oreiller au sol sans s'en apercevoir. Qui ? Quand ? Où ? Quoi …? Des questions réflexes dont elle n'avait presque pas conscience tandis que son regard se perdait déjà dans le ciel gris de novembre. Nuage. Vent. Souffle. Sang. Alexa prit une bouffée d'air en laissant ses sens reprendre possession de son corps, s'éveiller à leur tour, lentement mais sûrement. Comme un vieux mécanisme qui redémarrait ses rouages tour à tour. Et malgré elle, cela pouvait prendre du temps. Une fois le corps sortit non sans peine de l'ivresse du sommeil, la jeune femme se redressa dans un mouvement souple qui fit glisser des mèches de cheveux sur son nez, la frange désordonnée.

Pourtant, même si les sens étaient fonctionnels, le regard quand à lui restait hagard, comme si un morceau de l'esprit était resté coincé dans cette étrange vie qui devait s'offrit à elle lorsqu'elle sombrait dans le bras de Morphée. Les yeux bleus n'étaient pas vides, mais creux, non pas perdu mais évadé, accroché à une autre réalité. La petite tête blonde regardait l'individu face à elle, et pourtant, ne semblait pas vraiment le voir.
Flottement.
Soudain, comme si après un long voyage entre une multitude de rouage encore lents, l'information visuelle avait enfin atteint le cerveau, ramenant la conscience au monde réel qui lui avait jusqu'alors échappé, le regard s'ouvrit et les petits lèvres sourirent. Voyons Alexa. Ne reste pas plantée comme ça. Il va finir par croire que tu es trop idiote pour la comprendre. Remue toi !

- Je vais bien ! Merci.

Une voix douce, au teint clair et paisible sortit de sa bouche tandis qu'elle affichait un air calme, à tout épreuve considérant la situation de laquelle elle venait à peine de sortir. Elle venait de dormir peut-être une heure sur un banc dans le froid de l'hiver naissant, et ce sourire là pourrait presque faire croire qu'elle n'en était pas affectée. Si seulement ses doigt gelés voulaient cesser de trembler…

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Dim 15 Nov 2015 - 0:23

Tout doucement, je vis la jeune fille invisible aux cheveux de nacre s'éveiller de sa torpeur. Lentement, très lentement. Peut-être cela aurait-il pu durer des heures. Mais il restait que la politesse de la charmante étrangère avait préférée m'épargner de ses longs murmures de demi-rêves. J'arrivais presque à voir ses cils se décoller, un à un, le fin duvet de ses bras frissonner de découvrir l'air froid. Je me sentais coupable, quelque part, d'avoir été la cause de cet éveil, de la faire quitter sa bulle chaude, protectrice, loin des difficultés de notre univers.
Soudain, elle se releva. Tout son corps était tendue, elle s'était éveillée brusquement. J'avais reculé d'un pas, de peur de m'attirer les foudres d'un petit démon caché derrière ses traits angéliques. Mais non. L'inconnue resta ainsi, les yeux dans le vague, un voile pâle recouvrant son champ de vision. Comme si elle voyait en transparence dans le ciel gris la projection d'un rêve qu'elle aurait aimée terminer. Je voyais ses mains se crisper sur son oreiller, inquiète, peut-être, de se retrouver aux côtés de quelqu'un qu'elle ne connaissait pas, dans une telle situation. Ou alors en proie à quelques monstres imaginaires la poursuivant dans le réel.

Quel curieux personnage. Me disait-je. Ce n'est pas commun de voir une toute jeune fille, probablement étudiante, séchant les cours pour s'endormir sur un banc, dans le froid, avec son oreiller dans les bras. Je me serais souvenu d'un visage comme le sien si elle étudiait du temps où j'enseignais. Ou peut-être que non. Si fébrile et invisible, je l'étais aussi à cette époque. Nous aurions pu nous croiser sans nous voir, ou même nous passer au-travers, en notre qualité de petits fantômes, sans se remarquer.
J'ai eu peur, soudain, qu'elle ne fasse comme moi. Que derrière ces traits de tranquillité visible ne se cachait en réalité une bombe à retardement, une rage, un chaos prêt à exploser, qui n'attendait qu'une victime pour se manifester. Ses prochains mots pourraient bien être musclés, forts en volume, ou débités très rapidement. Exprimer une haine qu'elle ne pouvait plus cacher. Elle semblait trop pure, trop calme pour pouvoir parler d'une toute petite voix fluette et douce. Je me crispais alors en voyant ses lèvres doucement s’entrouvrir.

« Je vais bien ! Merci. »

Je rouvrais les yeux. Elle était face à moi, les yeux à demi-ouverts. Bleus, plantés dans les miens. Je savais désormais où était partie l'azur des cieux. Quelques peu gênés de m'être fait de fausses idées sur elle, mais n'abandonnant pas tout à fait l'hypothèses qu'elle pourrait réagir soudainement avec une grande violence, je m'adressais à elle avec une toute petite voix. Il ne fallait pas la brusquer.

« Tant mieux. Je m'appelle...»

Que devrais-je faire ? D'abord me présenter ? Par quel prénom ? En tant que professeur, ou serveur ? La laisser le faire ? Sur quel ton ? Me trouverait-t'elle insupportable de lui parler d'une voix inquiète, infantilisée peut-être ? Peut-être me connaissait-elle. Je ne savais pas si des rumeurs avaient circulé sur moi au lycée. Sûrement, mais je doutes que l'académie permette à ses élèves de critiquer bien longtemps ses chers professeurs. À moins que le problème ne vienne de l'administration elle-même, ce qui ne m'étonnerait pas.
D'une voix neutre, mais à bas volume, comme pour une confession, je parlais simplement à la jeune fille. Je ne voyais pas pourquoi je me cassais tant la tête.

« … Judikaël. Je suis professeur de langues étrangères à l'académie. Je me permets de m’inquiéter un peu, tu as l'habitudes de t'endormir ainsi ? N'as-tu pas froid ? Comment t'appelles-tu ? Tu étudies ici ? »

Je rougissais en me rendant compte que j'avais posé beaucoup trop de questions. Elle risquait de se sentir gênée ou perdue.

« Pardon, prends ton temps pour répondre. » Ajoutais-je timidement.

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Dim 15 Nov 2015 - 11:56


Alexa frémit et se frotta un oeil tout en regardant l'inconnu face à elle. Plus les secondes passaient, et plus son corps prenait conscience du froid qui avait remplacé l'été. L'automne était déjà presque passé pendant qu'elle se remettait à l'hôpital de son accident estival. L'air qu'elle respirait avait déjà cette subtile odeur d'hiver, fraîche, grisante, à l'arrière goût de la neige qui s'annonçait, en témoignait le givre de l'herbe. La neige. Une nouvelle étoile s'alluma dans le regard d'Alexa.
Elle frotta un instant ses joues rougies par la brise avant de prendre son coussin contre elle et d'y enfouir ses doigts bleutés. L'achat d'une paire de gant allait s'imposer… Un nouveau sens fut sollicité lorsqu'elle entendit la voix de l'étranger s'élever.

« Tant mieux. Je m'appelle… Judikaël. Je suis professeur de langues étrangères à l'académie. Je me permets de m’inquiéter un peu, tu as l'habitudes de t'endormir ainsi ? N'as-tu pas froid ? Comment t'appelles-tu ? Tu étudies ici ? »

C'est tout juste si la demoiselle remarqua la pause dans l'expression de Judikaël. Elle battit des cils alors que son esprit emmagasinait lentement ses questions. Plus vite. Aurait murmuré une voix extérieur si elle voyait la lenteur avec laquelle s'activaient les connexions d'Alexa pour transmettre ses informations. Comme si le mécanisme avait été gelé et fondait doucement pour pouvoir se réactiver.
Judikaël. Le mot résonna dans sa tête, sembla faire le tour de ces souvenirs pour vérifier si elle ne connaissait mais… Non. À moins que l'hypoxie ne lui ait encore joué un tour et provoqué un oubli, ce nom ne lui disait rien.
Un professeur de langues étrangères à l'académie ? Avant ses deux petits jours d'ancienneté dans le campus, pas étonnant qu'elle n'en sache rien. Elle s'était renseigné sur les professeurs de philosophie mais n'avait pas eu le courage de parcourir toute la longue liste du personnel de l'établissement. Ce qui aurait été inutile considérant que sa mémoire n'aurait pas manquer d'en effacer la moitié sitôt qu'elle aurait reposer le papier.
L'inquiétude et le questionnement du professeur ne surprirent pas Alexa. Combien de personnes l'avait-elle déjà regardé avec cette expression, à la fois compatissante, inquiète et méprisante ? Un long soupir traversa son esprit tandis qu'elle s'appliquait à garder son sourire. Ne juge pas. Un instant, elle stoppa ses réflexion pour regarder Judikaël, comme si elle cherchait à déterminer ce que sa question pouvait impliquer. Et puis, son esprit s'épuisa et abandonna finalement cette tâche pénible, évitant ainsi de trouver une réponse qui ne lui plairait peut-être pas… La plupart des gens la catégorisait de feignante, absente, lente, rien qu'à voir qu'elle mettait plus de quelques seconde à répondre à leur questions.

- Je m'appelle Alexa Takeshi, je viens d'arriver à l'université.

Une phrase de réponse simple qu'elle se félicitait pourtant d'avoir réussi à terminer sans en oublier le mot de la fin. Léger soulagement. Elle se détendit alors et remis ses cheveux en place tandis que son regard semblait gagner à lumière à chaque gestes, chaque moment de vie de la part de la jeune fille. Certes, Alexa semblait se révéler à mesure qu'elle sortait de sa torpeur, mais cela seulement pour éveiller sa vivacité et sa curiosité. Pourquoi penser à une quelconque méchanceté ? Dans ces yeux là, il n'y avait que douceur et honnêteté, relevés d'une pointe de tendre tristesse attachante, comme une plaie béante pansée d'un sourire appelant à la joie de vivre.

Enchantée… Souffla-t-elle finalement, le coeur battant, encore si peu habituée à des rencontres inopinées.

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Dim 15 Nov 2015 - 20:54

Un ange passe. Et s'enrhume.

La toute jeune fille qui me dévisageait laissa passer un temps infini avant de répondre. Peut-être que ma question, ma présence ou mon existence même la questionnait. Quoi qu'il en était, le temps eut le temps de tourner avant qu'elle ne trouve ses mots. Une voiture vrombit sur la route derrière nous, une sonnerie éclata dans le bâtiment et quelques murmures d'activités d'élèves s'ensuivirent. Elle semblait attendre le plus simplement du monde le meilleur moment pour s'exprimer, pour que sa voix puisse être entendue non seulement de moi, mais du givre, de chaque brin d'herbe, et du petit univers dans lequel elle vivait. Pour imprégner tout un chacun de ses mots, pour s'en persuader elle-même peut-être et poser les bases d'un monde qu'elle réinventait à chaque réveil.

-Je m'appelle Alexa Takeshi, je viens d'arriver à l''université.

Tout d'abord, je la vis profondément soulagée d'avoir pu trouver une réponse à formuler, puis, quand je m'apprêtais à répondre, son visage se crispa légèrement. Je me tus.
Un oiseau chanta. Le soleil commençait à percer son manteau de nuage et de coton pour dégeler les brins d'herbes uns à uns, encore luisant d'humidité, d'un vert un peu pâle. Ils frémissaient doucement, sous l'effet du vent. Je les regardais danser, en espèrant que détourner les yeux ne vexerait pas la jeune fille. Sa respiration était audible, très lente, comme tout le reste. Elle se calait sur le rythme du monde. Calmement, je relâchais mes muscles, détendais mes épaules et m'autorisais à m'appuyer un peu plus contre le dossier du banc. Je fermais les yeux, laissais le vent caresser mes cheveux sans le repousser, profitais du vent frais sur mon nez rouge, en souriant. Ma respiration, elle aussi, prit un peu de temps, mais se cala sur le rythme de cet univers de tranquilité, avec quelques efforts. Le temps s'était arrêté, je n'avais plus de responsabilités, plus d'obligations, plus de lycée où me rendre. Seulement le vent, le givre, l'hiver naissant, et une charmante compagnie.

« Enchantée. » Finit-elle.

Je rouvrais mes yeux, moi aussi, et croisais son regard, qui me fit un drôle d'effet. Quelle curieuse jeune fille qui savait manipuler le monde. Je prenais une grande respiration, réfléchissais à mes mots. Je n'en avais pas souvent l'occasion, en fait. Je rouvrais mes yeux. Elle souriait, elle aussi. Pourquoi avoir peur ?

« Enchanté de même. »

Je marquais un temps, et ajoutais, pour me concentrer sur l'essentiel :

« Tu vas bien, Alexa ? »

Rien d'autre n'importait réellement dans les faits. Juste toi. Puisque le monde tourne humblement au rythme de ta respiration, qu'est-ce qui pourrait importer d'autre ? Je me sentais heureux de ne rien avoir de plus important à me concentrer que la santé d'une petite inconnue capable d'apaiser les esprits avec un sourire, un oreiller, une mèche de cheveux nacrée. Plus que le vent, ou toutes les bonnes idées du monde, c'était surement ça l'avenir de la paix, ce qui parviendrait à nous sauver tous du chaos, du bruit et de la haine.

Ou du moins, ce serait mon avenir.
Si ça lui convient bien sûr.

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Dim 15 Nov 2015 - 22:22


Souffle lent. Sourire doux. Alexa suivit des yeux le regard de son nouvel interlocuteur et ses lèvres s'étirèrent un peu plus encore. Elle avait toujours aimé les ciels gris. Il y avait quelque chose dans le gris que le bleu n'avait pas. Le bleu parfois, était trop lumineux, et lui faisait plisser les yeux. Le gris lui, restait paisible, comme un mystère impénétrable. Parce que le gris était comme le blanc, une page vierge. La toile des lumières du soleil. Il n'y avait que lorsque le gris s'effaçait que l'on pouvait réellement apprécier les couleurs. Appréhender la tristesse du jour, le flamme du soir, l'amour de l'aube, et plus encore, la vie de la nuit. Comment pouvait on dire le contraire lorsque chaque rayons de lumière perçant l'épaisse couche de nuage apportait une nouvelle teinte à la palette d'aquarelle du ciel ? Non, vraiment, il n'y avait que dans le brouillard du monde qu'elle semblait y voir plus clair.
Mais ce qu'elle voyait aujourd'hui pourtant, c'était Judikaël. Judikaël qui de ses yeux avait toujours l'air de la dévisager, et de s'interroger. Cette dernière partie inquiétait toujours un peu Alexa. Qu'avait elle de si perturbant? Presque de si effrayant pour que son regard eu l'air presque paniqué lorsqu'elle s'était éveillée? Avait-elle l'air d'une bombe à retardement ? Peut-être allait-elle juste le faire partir, fuir, avec son air absent et ses paroles lentes…

« Enchanté de même. »

Alexa sembla retrouver confiance à l'entente de ses mots, comme si un instant, elle avait cru que tout était déjà fini. Que Judikaël serait partit, et qu'elle n'aurait plus qu'à retrouver ses rêves, à défaut de retrouver sa salle de cours. Petit flocon perdu sans son hiver. Mais non. Il était toujours là. Assis à côté d'elle. Et Alexa sourit en laissa son regard s'accrocher à lui, pendue à ses lèvres et ses mots qui la faisait exister, sortit de l'invisibilité blanche dans laquelle elle se fondait souvent.

« Tu vas bien, Alexa ? »

- Ah !

De nouveau, elle sursauta. Même si toute son attention s'était porté sur la personne à ses côtés, Son esprit restait déphasé et dont le rappel à la réalité l'avait surprise. Là encore elle perdit ses mots. Allait elle bien? Oui? Non? Sacré question. Pourquoi était-ce toujours aussi difficile d'y répondre? La croirait-il si elle lui répondait que oui? Elle venait d'être trouvée endormie sur un banc après tout. Elle n'en avait peut-être pas l'air, mais elle était parfaitement consciente de la situation. Une simple question, et pourtant son esprit s'emballait. Le regard d'Alexa s'assombrit, autant d'agitation, c'était épuisant. Ça lui ferait lâcher prise. Elle le savait. Comme toujours, ça l'angoissait.

Je vais bien.

Ses doigts fins serrèrent son coussin alors qu'elle essayait de rester la plus calme possible, faire retomber la soudaine pression qui l'avait prise. Dans ses moments là, elle calait son coussin contre elle et semblait partir un instant. Comme pour retrouver l'apaisement de ses rêves, se perdre dans la danse des aquarelles, et le bruissement du vent. Lentement, les paupières s'abaissèrent. Pas tout à fait, mais suffisamment pour lui donner ce petit air, là. Tendre. Frêle. Inquiet. Alors autant mettre les pieds dans le plat.

C'est parce que je dormais ?

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Lun 16 Nov 2015 - 22:27

La jeune fille, encore entre deux mondes, sembla se rassurer en entendant mes bénédictions de salutations. Son regard s'intensifia, elle regarda un peu le ciel. Je fis de même, les mains sur mes genoux. J'avais un peu froid, mais le gel me donnait chaud, quelque part. Je pourrais rester longtemps comme ça, quitte à tomber malade. Ce n'était pas bien grave. Elle était toute blanche. Pas de nez ou de main rouge, gorgée de sang peinant à circuler dans ses vaisseaux pour les réchauffer. Non, une femme des neiges avec son petit teint de sucre glace. Elle était étrangère, c'est sûr. Peut-être d'un pays froid ? L'une des rares faces du monde que je connaissais bien mal. Londres avait été pour moi un bain de culture, comme l'est un peu Keimoo aujourd'hui, mais ce sont des occidents, la plupart du temps, métissé au pays du soleil levant. Une demi-sang glacée née à la saison des pluies.

Quand je lui demandais comment elle allait, la jeune fille sursautait. Le sommeil, l'indifférence, la rêverie ? Je me crispais un peu, de peur de lui avoir fait peur. Elle prenait une mine inquiète, je l'imitais. Je n'était pourtant pas quelqu'un d'empathique. J'aurais voulu ajouter qu'elle ne devait pas prendre peur, que je ne lui voulais aucun mal et qu'elle n'était pas obligée de répondre si ça ne lui convenait pas, mais une surcharge d'information aurait peut-être eut l'effet inverse que ce que j'escomptais. Je la regardais, j'attendais qu'elle reprenne son souffle et le cours de ses pensées, le même sourire au lèvre. Elle finit par répondre :

« Je vais bien. »

Tant mieux. Me dis-je. Mais je ne le prononçais pas. Tout doux, Judikaël, tout doux. Une phrase si simple, auquel elle n'avait même pas besoin de répondre, n'avait pas tellement d'utilité au final, et pouvais la brouiller. Elle me contemplais à nouveau, avec un air plus innocent, plus candide. Plus malicieux, aussi, quand elle finit par susurrer :

« C'est parce que je dormais ? »

Je mis un peu de temps à répondre. Peut-être que me caler sur son rythme la rassurerais ? Je pensais à une chose toute bête que je n'avais pas envisagée. Quand j'étais à Londres, ou même après, à Paris, quand je commençais à enseigner en tant que jeune femme seule dans un quartier difficile, j'avais connu ces inquiétudes démesurées que des hommes inconnus me parlent, m'abordent, m'embarquent dans de beaux discours ou m'agressent. On m'avait éduqué comme ça, bien sûr, mais je ne doutais pas que dans les non-dits, dans l'inconscient, toutes les jeunes filles sont semblables dans leur éducation. Et si c'était juste ça ? Je pouvais paraître suspect, un homme inconnu qui la réveille de son sommeil d'or, qui restes près d'elle, qui lui poses des questions et en attends les réponses, sans bouger. Avais-je l'air menaçant ?

J'essayais de ravaler mon air masculin, sûr de lui et légèrement colérique, d'effacer les cernes bardant mes yeux, témoins silencieux de mes dernières nuits d'errance à Bougu. J'imitais, encore une fois, son air candide, essayais de calquer mes traits sur ceux du peu de repères maternels que j'avais.

« Ce n'est pas commun, ahah. »

Lentement, ne voulant pas la brusquer, je me relevais en douceur, réactivait les muscles du bas de mon corps. Je veillais à prononcer chaque mot à bas volume, mais tout de même audible, pas trop martellé, mais tout de même articulés :

« Tu n'as pas besoin de parler, si ça t'est inconfortable. Regarde. »

Je sortais une main de ma poche. Elle devrait lui sembler petite, pour celle d'un homme, et ma paume était presque aussi blanche que la sienne.

« Si tu veux, prends ma main. Sinon, je m'en irais, en te souhaitant une agréable journée. »

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Mar 17 Nov 2015 - 22:06

Flottement. 
Les yeux bleus d'Alexa ne lâchaient pas les siens. Comme deux perles brillantes, accrochée par le fil invisible de leur discussion. Mais le regard capté n'était pourtant pas toujours garant de l'attention. Lorsqu'Alexa contemplait, son esprit souvent partait. À travers mille voyages, milles interprétations, jamais le rêve ne s'arrêtait, jamais elle ne sortait de l'illusion. Patiemment, elle attendit sa réponse. La joue reposant contre ses   genoux remontés contre elle, malgré sa jupe. Elle n'avait pas l'air de se soucier du reste du monde. Tout de même, pour s'endormir ainsi, à la portée de tous, il ne fallait pas beaucoup d'appréhensions. Il y avait sans doute une importante part de naïveté dans sa personnalité. Et pourtant... Personne ne l'avait jamais dérangée en plein sommeil. Elle sortait rarement seule et, perdue dans ses rêves, elle se sentait facilement en sécurité. Peut être était ce une erreur. Désormais, elle était à l'université, il lui faudrait sûrement plus de rigueur. - Ce n'était pourtant pas   la faute de son psy de lui avoir assez souvent répété. -
Alors avoir un homme à ses côtés, un inconnu, un étranger pour lui parler ? Alexa ne s'inquiétait pas. Du moins pas avec ce "il" là. Dès que Judikael s'était présenté, Alexa avait du qu'il n'y avait pas de danger. Malgré son air rembrunit, les poches de cernes sous ses yeux fatigués et ses vêtements que sa mère aurait sûrement qualifié de "débraillés"... Il y avait une certaine féminité dans cet air là. 
Pourquoi? Alexa n'en était pas sûre. 
La carrure d'abord, même s'il était difficile de juger en manteau d'hier, un douce égale à la laine de son gros pull se dégageait de son attitude. Le visage ensuite. Un menton fin, une peau - un peu épuisée - mais feutrée... Les yeux surtout en fait. Alexa n'avait jamais vu ce trait d'œil là chez un homme. Ces longs cils fins et ce regard douloureux. Un double sens qui éveillait la curiosité de la jeune femme. C'était la première fois qu'elle s'y retrouvait confrontée. Étrangement encore, elle le vit tenter de s'adoucir un peu plus lorsqu'il lui répondit.

« Ce n'est pas commun, ahah. »

Alexa esquissa un léger sourire en opinant malgré elle de la tête, l'air de se balancer doucement avec son oreiller. "Pas commun", et non "pas normal". Cela n'avait l'air de rien, et pourtant, ô combien cela pouvait être important à ses oreilles. Être étrange, décalée, éloignée de la réalité aux yeux des autres n'avait jamais gêné la demoiselle, qui assumait parfaitement ce petit air qu'elle considérait comme son originalité et s'appliquait à choyer. Mais il n'y avait rien de pire que d'être traitée d'"handicapée". Une horloge déréglée n'avait pas à être jetée… Simplement d'être acceptée. Était-ce pour cela qu'il semblait autant la ménager ?

« Tu n'as pas besoin de parler, si ça t'est inconfortable. Regarde. »

La petite blonde haussa ses sourcils sous sa frange en regardant sa main se tendre vers elle après qu'il se soit levé. Par moment, il en était presque trop doux, si doux, qu'elle ne savait plus vraiment ce qu'il pouvait bien penser d'elle. Avait-il peur de ses réactions? Elle en avait presque l'impression qu'il pensait qu'elle pourrait lui exploser à la figure. Comme le réveil d'une bombe. Mais Alexa n'en avait jamais été une. Et lorsque son décompte s'achevait, elle était la seule victime de son explosion.
« Si tu veux, prends ma main. Sinon, je m'en irais, en te souhaitant une agréable journée. »

Ses deux yeux se baissèrent sur sa main blanche et elle décroisa la jambes en souriant. Une main fine, et féminine. Oh. Quel drôle de il. Rejetant d'un geste souple, une mèche de cheveux rebelle, la jeune fille leva d'un pas vif et glissa sa main dans la sienne. D'un doux sourire, elle répondit.

- Si je vous suis… Vous me montreriez votre monde ?

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Mer 18 Nov 2015 - 21:34

- Si je vous suis… Vous me montreriez votre monde ? »

Cette réponse inhabituelle et pourtant peu surprenante de la part d'une jeune fille comme Alexa me mit secrètement dans un grand désarroi. Elle me renvoya à ces questionnements qui me hantaient il y a encore une année. Je sais qui je suis, maintenant, mais je ne sais pas où je vais, et dans quel monde pitoyable je vis.
Si tu m'avais vu hier soir, tu aurais eu peur de mon monde.
Ça m'apparaissait comme une évidence dans le silence, mais elle n'aurait pas pu être violente dans une atmosphère si tendre et paisible, mon esprit n'aurait pas osé levé la voix. Je suis une misérable petite créature qui vit dans les moisissures et les odeurs de pisses dans un coin de ruelle, jusqu'à ce qu'une âme plus pervertie que la mienne décide de me ceuillir, et que je suivais avec joie, croyant chaque soir avoir trouvé l'élément perturbateur de ma vie. Un autre, aux yeux de braise. Que mon cœur s'emballait en repensant aux femmes de feu. Lola n'avait peut-être jamais cessé de me hanter finalement. Peut-être rejettais-je simplement son image sur Kami la sombre, la sulfureuse. Peut-être était-ce parce que je commençais à en avoir marre de jouer au petit délinquant qu'elle m'ennuyait, aujourd'hui.

Sans un mot, j'entraînais la jeune femme avec moi pour marcher un peu. Doucement, à son rythme, et me proposais pour lui tenir son coussin, si elle le souhaitais. Alexa, c'était une fille de l'eau. Je voyais dans ses yeux purs l'esprit disparu d'une des neufs muses, descendue pour faire profiter un incarné de la folie comme moi de son pouvoir tranquille. J'aurais pu penser que j'étais une blague pour elle, que c'était une stupide adolescente ayant entendue des rumeurs sur moi et s'amusant à faire une farce au prof transexuel, gouine, pédophile ou que sais-je encore. Sa candide expression joyeuse et perdue me faisait intimement penser le contraire. Une curieuse petite divinité est venue me rendre visite.

« Je suis un esprit de la nuit. Tu n'as pas peur de la nuit, Alexa ? »

Je lui souriais. Sa petite main commençait à se réchauffer. Ca faisait longtemps que je n'avais pas eu de contacts physiques avec une si petite et parfaite créature. A Bougu, après minuit, ce ne sont que des squelettes abimés qui règnent, puant l'alcool et le stupre. J'en suis un moi aussi. Je reniflais discrètement, ne sentais-je pas trop le tabac froid, la transpiration ? J'étais peut-être habitué, seul le parfum fleuri et frais de Alexa. L'humidité, aussi. J'éternuais.

« Pardon. Promenons-nous plutôt. Ça te va ? »

Un rayon de soleil filtra du ciel triste. Le sourire lumineux vint toucher les boucles de la jeune fille, illuminant d'une lueur blonde ses blancs cheveux. Elle lui donnait une consistance différente, plus réelle et plus proche de moi. Mon rythme cardiaque qui tournait au ralenti depuis une vingtaine de musique se dégela avec ce soleil et pulsa joyeusement. Je souriais niaisement. Instinct maternelle, attirance, tendresse, envie comme avec ce cher Sherlock ou amour, il était sûrement trop tôt pour le savoir, mais je ne doutais pas une seule seconde que je reverrais cette petite princesse, et plus vite que je ne le pensais. En attendant, je pouvais bien jouer au prince charmant avec la belle au bois dormant, qui avait oublier dans son sommeil que le monde avait continué de tourner sans elle.

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Jeu 19 Nov 2015 - 12:59

Alexa regretta ses mots presque aussitôt après les avoir prononcés. "Lui montrer son monde"… Avec ce ton doux qu'il s'était appliqué à employer avec elle et ses précautions prises, elle s'était laissée emporter. Ce n'était pas ainsi qu'il fallait s'exprimer n'est-ce pas? C'était trop singulier… trop dérangé. Les gens ne comprenaient pas.
Son inquiétude augmenta lorsqu'elle vit cette lueur de désarroi s'allumer dans son regard, sous ses mèches blondes en bataille. Ça y est, elle avait déjà gaffé. Peut-être qu'il s'était rendue compte qu'elle était bizarre finalement. Que ferait-il alors ? Il la ramènerait à l’université, il s'apercevrait qu'elle avait raté ses cours de la matinée, elle se ferait peut-être même gronder pour cela, qui sait. Et puis après. Il partirait.

Son cœur se serra. Ses doigts aussi. Imperceptiblement, autour des siens, sa main se raffermit l'espace d'un instant. Non. Pardon. Ne pense pas cela. Ne pars pas, déjà. Pourquoi maintenant, alors que le réveil avait été si doux. S'il partait, elle resterait de nouveau seule, avec le froid. Perdue, l'esprit dans la brise gelée, les yeux figés, elle n'aurait plus qu'à se laisser glisser, encore, dans ce sommeil rêveur. Le seul qui, inlassablement, revenait à elle, tel un jaloux amant, pour la couper du reste, et l'aliéner, petit à petit, pour qu'elle ne soit plus qu'à lui. Prisonnière de sa propre délivrance.

Ses yeux fuirent sur le givre que ses pas foulaient à mesure qu'ils marchaient. Silencieusement, elle écouta ce petit crissement cristallin, comme un rêve qui s'effondre, un miroir qui se brise, un cœur qui s'émiette. Elle se laissa presque bercer par ce doux bruit de minuscule statues de glace qui éclate, sous la semelle rigide de ses petite ballerines. La tristesse d'une herbe piétinée qui pourtant, trouverait toujours le moyen de se redresser, entre les gravier dispersés. Elle aussi aurait aimé avoir cette faculté. Mais souvent, une Alexa tombée, n'avait pas envie de se redresser. Il était toujours plus facile de sommeiller. Elle ne le regardait plus désormais, perdue dans ses pensées, en serrant son oreiller. S'il partait, comment pourrait-elle le retrouver ? Elle ne connaissait que son nom, ignorait tout de ce qu'il était. Judikaël... Même si elle avait été à l'Université depuis la rentrée, Alexa n'avait jamais été du genre à écouter les ragots et s'intéresser aux rumeurs. Surtout celles sur les professeur. Peut-être était-ce parce que elle aimait se construire son propre avis, opinion, contrôler son petit monde de pensée et de sensation. Sa vie était son rêve, elle était la seule à décider de quelles couleurs elle en peindrait les aquarelles.

« Je suis un esprit de la nuit. Tu n'as pas peur de la nuit, Alexa ? »

De nouveau, sa voix la surprit. Décidément, elle restait distraite aujourd'hui. Peut-être était-ce à cause du ciel gris ? La nuit... Les pupilles d'Alexa se dilatèrent légèrement alors qu'il avait de nouveau ramené à lui son regard. Pour la plupart des gens, la nuit était synonyme de « lit » ou éventuellement de « sortie ». Elle contrastait autant avec le jour que certains l'appréciaient et d'autres la haïssait. Pour la jeune narcoleptique, la nuit ne voulait pas dire la même chose. Plus une continuité de la journée qu'une interruption, la nuit était une phase, un soupir, un rêve, comme ses siestes qui entrecoupaient ses éveils. Sa tête blonde remplie de mythologie y voyait danser les esprits entre les lumières des villes qui se reflétaient dans ses yeux bleus. Le propre ciel de ce petit être observateur. Alors non. Elle n'avait pas peur de ce spectacle paisible qui allumait cette lumière si spécifique dans ses iris. Cette teinte de sérénité que seul le silence de la nuit savait récréer. Alexa sentit son cœur et son corps se réchauffer. Au moins n'avait il pas voulu la laisser. Il éternua, elle sourit. Un petit « à vos souhaits » fut à peine soufflé dans un blanc nuage de buée face à ses lèvres rosées.

« Pardon. Promenons-nous plutôt. Ça te va ? »

Malgré le froid, Alexa opina. Le ciel gris laissa apparaître la tâche d'aquarelle attendue, et Alexa retrouva ses repère. Peut-être était-il temps pour elle de connaître Judikaël.

« Vous n'avez pas de cours à dispenser.. ? Fit-elle au moins pour commencer.

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Jeu 19 Nov 2015 - 22:09

La jeune fille serrait un peu plus fort ma main dans la sienne. Elle contemplait ses pieds, gênée, peut-être ? Je suis allé trop loin. Comment me considère-t'elle, avec de pareilles formules ? Fanasque, farfelu, etrange, curieux, bizarre, toqué, louche, absurde, malsain, anormal, monstrueux ?

Surement tout ça à la fois, dans l'ordre.

Je levais la tête, interloqué de ce qui pouvait la mettre si mal à l'aise, alors que visiblement ça ne venait pas de moi. Nous approchions du portail du lycée. Des élèves sortaient par groupements pour aller déjeuner, effaçant sur leur passage la pure tranquillitée que l'hiver commençait à imposer. Le brouhaha indéfini les caractérisant allait en grandissant, ils n'étaient plus qu'à quelques mètres, loin de tout concept d'individualité de mon point de vue biaisé. Je regardais à nouveau Alexa, ça me semblait soudainement bien plus clair. Une jeune fille seule, curieusement accompagnée de son oreiller, sans ses affaires, assoupies sur un banc à l'extérieur... J'imaginais très bien la cruauté de quelques élèves et me rapprochais d'une vision caricaturale que je savais probablement exagérée, en m'imaginant l'histoire de la pauvre jeune fille aux cheveux de nacre.
Elle venait tout juste d'arriver d'un lointain pays, et maitrisais encore mal la langue d'ici. Prenant trop de temps à réagir, à répondre, passant à côté de toutes les notions de réparties pourtant indispensable à la survie en milieu lycéen, elle s'est faite harceler d'abord de manière discrète en étant ignorée de ses camarades, puis de plus en plus dans la moquerie, allant jusqu'aux insultes. La pauvre essayant de se réfugier dans ses rêves, perd toute notion de réalitée et se ballade avec son oreiller, ce qui la rend encore plus extravagante aux yeux des autres. Elle se fait voler ses affaires que l'on cache dans le parc, et elle s'épuise en les cherchant, finit par s'endormir sur un banc.
J'avalais ma salive. Heureusement, je n'avais jamais connu ça, mais les ouvrages que je lisais sur le sujet avant de m'engager m'avaient bien avertis de tout ce que je pourrais rencontrer en tant que personnage d'autorité dans un environnement complexe comme un lycée, terrain d'entraînement social où les jeunes passaient la grande partie de leur journée.

J'oubliais l'extrême douceur dont j'avais jusque là fait preuve et me retournait rapidement en emportant Alexa avec moi. Je ne voulais surtout pas lui imposer une rencontre fortuite avec ses camarades, ce qui la mettrait probablement dans une grande situation d'anxieté, conduisant aux mauvais résultats, à la pression des professeurs, à de pires notes encore, plus d'anxiété, phobie scolaire et dépression.

« Allons par là plutôt. Euh, I prefer going down this way, in fact. You understand ? »

Je rougissais, gêné.

Si elle est japonaise, elle va me trouver bien stupide. me disais-je.

Alexa releva la tête vers moi, je lui souriais d'un air qui se voulait rassurant. Elle finit par déclarer d'une petite voix, dans un japonais parfait :

« Vous n'avez pas de cours à dispenser.. ? »

Je me glaçais un peu. Elle savait donc que j'étais professeur. Je ne me défilais pas et continuais de lui sourire, détendait un peu l'atmosphère d'un rire léger avant de répondre, en prenant soin d'oublier qu'on m'avait renvoyé pour coups et blessures :

« Ahah, je suis démasqué ! Non, comme toi, je préfère me tenir à l'écart de ce genre d'endroit. C'est assez anxyogène tu ne trouves pas ? J'avais bien d'autres projet que de moisir ici, j'ai pris quelques vacances. Mais je reviens en janvier prochain. »

Malheureusement.

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Ven 20 Nov 2015 - 20:13


Judikaël avait l'air lui même d'être un peu ailleurs alors que la cloche signifiant le début de la pause déjeuner avait déjà finit de retentir, relayée du lycée à l'université. Elle avait encore un peu de mal à ne pas se laisser surprendre pas ce son puissant, bien différent de celui de son lycée. Mais peut-être cela faisait il parti de l'épopée de l'université. Une nouvelle ville, un nouveau campus, un nouvelle sonneries, de nouveaux amis…?
La jeune femme regarda silencieusement la foule d'élève sortir des bâtiments. Un chaos d'élèves affamés, ennuyés ou tout simplement excité d'avoir enfin plus d'une heure de libre devant eux pour aller manger, se détendre ou s'amuser. Des buts semblables qui conféraient un certain ordre mathématique à la trajectoire de cette colonie de fourmille envahissante. Alexa s'était toujours demandée à quoi cela devait ressembler, vu du haut d'un avion, une masse d'élève, une masse de gens, se déplaçant ainsi dans un bruit devenait silence grâce à la distance… Était-ce aussi fascinant que d'observer les colonnes d'insectes sur les sols marrons ou les nuées de moucherons autour d'une coulée de sève d'un tronc ? Les mouvements de la nature l'avaient toujours captivée, et ce n'était pas la lignée humaine qui échapperait à ce lent et inexorable cheminement des espèces selon les lois tacites de la vie.

Alexa sourit, mais quelque part, de cette masse, elle se sentait toujours un peu à part. Comme un électron gravitant autour d'un noyau de proton, sans jamais trouver comment s'y intégrer. Elle était là, observatrice, utile sûrement à sa façon, après tout, elle aimait les autres, elle aimait aider, participer… Mais éloignée, encore et toujours. Car si même le corps de la particule trouverait un moyen de prendre place parmi les forces invisibles qui associaient les autres, son esprit lui resterait libre. Vagabond. Éternel voyageur, sans attaches ni limites… Et peut-être était-ce pour cela que regarder les élèves s'amasser autour du portail, former des groupes d'amis pour discuter, se balader avant de s'en aller lui semblait si abstrait. La vie elle même pouvait paraître abstraite à celui qui vivait la sienne propre, spectateur silencieux de sa longue continuité sans que jamais elle n'arrive à toucher son intimité. Alexa ne vivait pas, Alexa rêvait. Rêvait du monde, rêvait des autres… Rêvait encore lorsque Judikaël lui répondit.

« Allons par là plutôt. Euh, I prefer going down this way, in fact. You understand ? »

Cette réponse là, la perturba. Pourquoi soudainement se mettre à parler anglais ? Une petite alerte s'alluma dans son esprit alors qu'elle eu peur un instant d'avoir été endormie et de ne pas avoir tout suivit. Son trouble se vit certainement dans ses yeux qui battirent un instant des cils tout en essayant de retrouver leurs repères, retrouver le fil de la conversation. Qu'avait-elle manqué? Avait-elle gaffé? Encore? Était-ce simplement elle qui ignorait comment réagir correctement ? Elle avait l'impression de s'affoler pour un rien, c'en devenait dérangeant… Sans plus essayer de réfléchir, au risque de déclencher une angoisse inutile, la demoiselle se laissa entraîner sans protester. Elle n'avait pas d'avis quand au chemin à suivre de toute façon, elle savait à peine comment retourner à sa chambre depuis… Le quelque part ou elle n'était plus sûre qu'ils se trouvaient désormais. Mieux valait-il peut-être rien n'en faire paraître. Elle avait déjà sûrement du paraître suffisamment bête, ainsi endormie sur son banc. Pire encore, elle l'avait apparemment perturbé avec sa question.

« Ahah, je suis démasqué ! Non, comme toi, je préfère me tenir à l'écart de ce genre d'endroit. C'est assez anxiogène tu ne trouves pas ? J'avais bien d'autres projet que de moisir ici, j'ai pris quelques vacances. Mais je reviens en janvier prochain. »

- Vous n'aimez pas le campus …?

Demanda-t-elle plus doucement, ses deux yeux bleus le regardant. Il avait l'air d'avoir oublié lui indiquer sa profession. Tant pis, ce n'était pas elle qui le jugerais pour cela. Mais cette dernière réaction attisait sa curiosité. Elle espérait cependant ne pas se tromper en tentant de discuter avec lui. Il n'en avait peut-être pas envie, elle ne voulait pas le troubler… Il était juste l'une des premières personnes qu'elle avait pu rencontrer ici. Elle s'était promis d'essayer. Lui laisserait-il une chance de sympathiser?

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Sam 21 Nov 2015 - 22:41

Hey, sweet angel, do you want to come and be my friend ?

Je n'avais aucune idée d'où nous pouvions aller. Par là-bas continuais le chemin longeant le parc. Nous repasserions devant le banc de tout à l'heure, et pourrions choisir entre nous diriger vers la sortie des véhicules, cap sur la grande ville ou retour au bercail, campus de Keimoo. Petite, où aimerait-tu aller ? Est-ce que je te mène là où tu n'aimerais pas te rendre ? A quoi tu penses ? As-tu soif d'aventure et de découvertes ? N'attends-tu que le bon moment pour éclater aux éclats, rire de mon air bien trop sérieux et me conduire dans quelques cachettes secrète ? Ce sera comme tu veux, princesse, ton prince est bien peureux pour décider tout seul.

« Vous n'aimez pas le campus …? »

Oh, ils prennent les professeurs dedans maintenant ?

« Aucune idée. » Prononçais-je dans le vent. Je tournais la tête vers elle, souriais à nouveau. Et toi ? Comment t'y sens-tu ? Peut-être très bien. Peut-être ne veux-tu pas y penser. Après tout, quelle utilité ? Je ne suis pas là pour jouer aux assistantes sociales, tu dois avoir déjà suffisamment de professeur qui essayent de jouer à ça. Tu n'as pas besoin d'avoir des soucis pour piquer ma curiosité.

« Où veux-tu aller, Alexa ? Je connais de chouettes café en ville, des endroits secrets dans le lycée, un gros chat mal peigné et un écossais que j'appelle Barbe rousse. »

Soit le salon de thé de Yui, le labyrinthe, Japon et William. Comme tu préfère, petit oiseau.
Je caressais le dos de sa main avec mon pouce. Peut-être avais-je été un peu entreprenant avec elle, mais ça ne semblait pas la déranger, alors je la gardais. Précieusement. J'aimais bien tenir sa main. Que penserait-elle si je la baisais ? Ou si je croisais mes doigts avec les siens ? Ce serait sûrement trop.
Tiens, ça me rappelait l'histoire d'une adolescente à quelques milliers de kilomètres d'ici. Ou pas, qui sait. Elle, elle savait exactement qu'est-ce qui était trop ou pas en fonction des personnes. La jeune fille qui cachait son regard de braise à ses conquêtes habituelles, celle qui savait avec qui ce n'était pas la peine de gâcher son pouvoir charmeur, où il suffisait d'une main derrière le cou, d'un baiser sur les lèvres qu'elle laperait avec sa langue rapeuse de la plus vulgaire des manières. Qui se faisait jouet de l'homme, puis le soir, venait retrouver son amante, lui réservais les mots doux, les larmes de joies et ce qui était, réellement, profondément séduisant dans son être sucré. La fille feu-follet, la fille chocolat. Elle, aurait su que ressentir en cet instant.

Neige, viens-vite, tu me manques. Enseveli l'automne et sa mélancolie, enseveli mes souvenirs torturés. Tue ma fierté et offre moi l'eau de mes larmes, dissimulés sous ton grand manteau, dans des bocaux de bon sens et de chaleur. Ramène moi dans les temples du nord, renvoie moi à moi-même entre deux visions de moines glacés. Rends-moi la violence d'une lame, que je recherche avidement depuis. Hiver, purifie ce qui reste de correct en moi.

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Dim 22 Nov 2015 - 14:55


«  Aucune idée.  »

De ses deux yeux ronds, Alexa le dévisagea. On aurait presque pu dire qu'elle tentait de devine ce qui se passait sous la tête bonde qui la regardait. Il semblait avoir mille et une pensées lui traversant l'esprit, sans qu'elle ne comprenne trop lesquelles. Il ne s'arrêtait pas non plus. Peut-être que s'il cessait de marcher aussi vite, elle pourrait le suivre. Suivre ses pas, suivre ses pensées. Ralentissant légèrement le rythme, sans lâche sa main pour qu'il en fasse autant, Alexa reprit un semblant de souffle. Décidément, le sport était loin d'être sa spécialité. Une marche plus active que celle là et elle aurait finit par s'épuiser.
Elle venait de passer trois mois dans un hôpital, le plus souvent allongée, elle avait perdu l'habitude de marcher. Ses petites jambes était d'ailleurs toutes fines, peut-être avait -elle encore perdu un peu de poids… Dans un silence, elle soupira.

«  Où veux-tu aller, Alexa  ? Je connais de chouettes café en ville, des endroits secrets dans le lycée, un gros chat mal peigné et un écossais que j'appelle Barbe rousse.

Une seconde, il retrouva son attention, avant qu'elle ne se perde de nouveau en réflexion. Où aller? C'en était une bonne question. Alexa regarda le ciel face à elle et sourit à elle même. Fallait-il aller quelque part? Elle qui suivait toujours le chemin de la vie, sans se soucier de savoir où il l'emmènerait, ne cherchait pas souvent à répondre à cette question. Si elle s'écoutait elle lui demanderait de l'emmener sur les nuages, voir le ciel et les étoiles au dessus de ce voile pâle. Elle sourirait en les imaginant marcher sur les voluptés blanches, observant les arcs en ciel des myriades de gouttes d'eau les composant. Peut-être passeraient-ils au travers, peut-être tomberait-il dans un mystère… De quoi serait-il fait? Rien que l'idée l'amusait. Le chemin qu'elle suivait n'avait jamais rien de naturel. Elle avait beau fouler le même sol que les autres, il n'en avait pas les mêmes couleurs, ni les mêmes formes. Il ne menait jamais non plus au même endroit. Sous le filtre de ses songes éveillés, même une ligne droite pouvait boucler. Peut-être était-ce aussi pour cela qu'elle se perdait souvent ? À ne pas suivre les directions mais les sensations, se laisser emporter par le voyage des papillons…

Néanmoins, Judikaël lui offrait là une belle occasion. Elle avait beau rêver d'aventure, de découverte et de nouveau monde à créer, transformer celui qui s'étendait devant elle, son amant jaloux se gardait bien de la laisser faire. Elle n'avait pas besoin de barreaux pour se retrouver prisonnière. Imaginez, trois pas et vous tombez. N'importe où, n'importe quand, qu'importe pourquoi, lorsque le sommeil vous prend, vous ne pouvez y résister. Le moindre lieu peut devenir dangereux, tant que vous n'êtes pas assuré de pouvoir y dormir en sécurité.
Qu'y-t-il de plus efficace que la peur pour garder quelqu'un enfermé? Même tout la naïveté du monde ne pourrait pas la rendre aussi inconsciente. Ne serait-ce que pour les autres, elle s'était promis de faire attention. On ne pouvait jamais garantir qu'elle soit l'unique victime d'un accident. Ne jamais sortir seule. C'était si simple à dire. Et pourtant si dur à réaliser. Alexa avait besoin de vivre.

« Oh ! S'il vous plait ! Vous m'emmèneriez en ville ? »

Elle s'était postée face à lui pour lui demander ceci. Le visage soudainement illuminé, les yeux brillant d'une nouvelle vivacité. Ça y est, elle était peut-être enfin éveillée. Éveillée à la vie et aux merveilles de ses activités. C'était comme une fleur qui venait d'éclore, avec ses longs pétales blancs attirant à eux tout la lumière de l'astre brillant, pour en capter la chaleur et lutter contre l'hiver. Le sourire sur les lèvres, l'assurance retrouvée, elle n'était peut-être pas si désabusée.

« Je vous offrirais un café pour vous remercier. »

Sourire joueur. L'enfant laissait place à l'adulte rêveur, mais pourtant bien présent.

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Lun 23 Nov 2015 - 21:46

Alexa, petit oiseau, ralentissait peu à peu. En sautillant sur ses petites pattes qui avaient encore du mal à s'habituer à l'air glacé, elle me faisait comprendre que j'allais trop vite, qu'il fallait que je ralentisse. Alors je baissais la cadence, calait mon pas sur le sien, assez pour pouvoir humer doucement le parfum de son blanc plumage. Alexa, un des rares oiseaux qui n'est pas perdu en hiver, un oiseau tout blanc qui aime sa terre, qui aime son arbre et qui reste, tranquille, sur sa branche, quand tous les autres partent vers des climats plus cléments. L'oisillon qui n'était pourtant pas le plus fort ni le plus résistant, attendait doucement, sans se plaindre, que les premiers rayons reparaissent, pour être sûr, enfin, d'être le premier à voir les bourgeons de son arbre.

En évoquant tous ces lieux enchantés où je pourrais l'amener, la jeune fille se coloria de joie. Ne cachant plus ses pommettes rosées par la joie sous son manteau de froid, les yeux pétillants de vie, elle laissa éclater son jolie rire. Alors je ne me trompais pas, même le plus hivernal des petits oiseaux rêvait au fond d'un peu d'aventure.

« Oh ! S'il vous plaît ! Vous m'emmèneriez en ville ? »

J'illuminais, moi aussi, de voir disparaître la gêne, les malentendus dans nos échanges, pour n'y voir que la sincérité touchante d'une adolescente, voulant offrir un café à son prince charmant. Pour la première fois depuis longtemps, j’irradiais, je reflétais sa joie d'enfant sur mon visage blanc, à en rendre jaloux le printemps.

« Bien évidemment ! »

* * *

Ma grande difficulté dans cette grande épopée fut de garder le rythme pour mon éclopée. J'étais si excité de lui faire découvrir cette ville qui m'avait tant fait sourire à mon arrivée, quand je ne vivais plus que dans l'espoir de manger des gyozas le soir, que mon esprit se retrouvait en ébullition, je pensais à mille choses à la fois. Où pourrais-je t'emmener Alexa ?
Nous passions devant la sortie du lycée, puis dans quelques petites rues commerçantes, par le petit parc à vélo où j'empruntais mon moyen de locomotion principal depuis six mois, malgré l'hiver. J'essayais de ne pas aller trop vite, et m'arrêtais devant les appareils de métals. Le quartier de Hyryuu où se trouvait la cour des miracles se situait assez loin, la petite semblait avoir du mal à tenir sur ses jambes. Elle pourrait voir la ville depuis le porte bagage, en profitant en même temps de l'ivresse de la vitesse. La dernière pensée qui me convainca fut de l'imaginer, les cheveux volants dans l'air froid, ses mains s'accrochant à mon vêtement, son air pensif. Ou rêveur. Ou attentif. Ou rieur.

« Tiens, nous irons plus vite ainsi. »

Je prenais un vélo avec ma carte de transport, le décrochait de son support et enfourchait la selle. J'essuyais rapidement le porte bagage avec la manche de mon manteau, et lui tendit une main :

« Est-ce que cette calèche vous convient ? »

Princesse. Pensais-je en souriant.

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Mer 25 Nov 2015 - 19:22

« Bien évidemment ! »

Lorsqu'elle vit son visage se détendre enfin, le sourire d'Alexa se décupla sur ses petites lèvres aussi roses que ses joues battues pas le vent froid. Remontant légèrement le col de fourrure de son manteau brun, elle frotta ses doigts en regrettant un instant d'avoir oublié son écharpe dans sa chambre. Son petit nez gelé n'aurait pas dit non à la douceur de la laine rouge de son vêtement favoris. Voile délicat que son souffle se serait chargé d'échauffer, au lieu de se perdre dans de petits nuages de buées.

Buées buées, petits nuages légers, qui volent et s'effacent comme des pensées. Alexa sourit en regardant sa bouche se transformer en locomotive à vapeur à chaque parole. Depuis toute gamine, cela l'avait toujours beaucoup amusé. Encore aujourd'hui, elle rêvait de courir sur les pavé en imitant le ronronnement d'un train, sauter sur les bandes blanches des passages piétions et courser les pigeons. Esprit rêveur au milieu d'un monde sérieux. Emportée par ses torpeurs, elle voyait du neuf, à la place du vieux, de la couleur dans les tons neutres, de la vivacité dans les pas pressés. Qu'il était doux de vivre heureux. Qu'il était rude de vivre si peu. La vie était telle un rêve, aussi éphémères que volatiles, terrible parfois, étrange surtout. Peut-être était-ce parce qu'Alexa ne cherchait plus à se réveiller complètement qu'elle n'en distinguait plus les différences? Même le ballon gonflé de gaz noble, monte et monte dans les cieux, sans jamais cesser sa course folle, sans jamais craindre de se percer, sur les branches des étoiles accrochées.

Judikaël, ayant repris le pas, la tira de ses pensées alors qu'elle se remit à le suivre en essayant de ne pas trop se laisser distancer. Il marchait plus lentement, peut-être avait il remarqué ses maigres tentatives de compenser ses enjambées pressées. Elle s'en voudrait de l'embêter mais cela n'avait pas l'air d'être le cas, et la jeune femme n'en restait que plus soulagée.

Elle ne se rendit compte qu'elle était encore très peu, voir quasiment pas, sortie du campus jusqu'alors au moment où ils s'engagèrent dans quelques ruelles de la ville. Animées par les différentes échoppes et vitrines de magasins, ainsi que les passant allant et venant de toutes parts, ces simples allées fascinaient Alexa qui y voyait là le coeur de toute vivacité. Ces dizaines de vies qui se croisent, se voient à peine et pourtant qui se composent, se remplissent les unes des autres pour former cette fourmilière grouillante d'activité. Ils s'arrêtèrent finalement dans un parking à vélo et Judikaël s'appliqua à en déverrouiller un.

« Tiens, nous irons plus vite ainsi. »

D'aussi loin qu'elle pouvait s'en rappeler, Alexa n'avait jamais appris à faire de vélo. Trop fragile, aurait sûrement dit sa grand-mère qui de toute façon avait toujours refusé de lui faire porter un pantalon. Même si elle avait su un jour, ce n'était plus aujourd'hui qu'il lui aurait été donné l'occasion de rouler. Juste une maladie qui suffisait à enrayer sa vie.

« Est-ce que cette calèche vous convient ? »

Alexa opina vivement de la tête en souriant et n'attendit pas pour aller enfourcher le porte bagage, curieuse de se déplacer ainsi. Elle laissa sa main guider la sienne autour de sa taille et s'accrocha à lui alors que son petit nez atteignait à peine son épaule.

" Vous pouvez y aller ! " Lança-t-elle à son oreille de sa voix légère pour lui signifier qu'elle était bien installée.

Son sourire vacilla alors que le vélo démarrait, puis elle se détendit, et enfin, rit. Un petit rire de cristal qui s'entendit un instant avant de se perdre dans le vent glacial et la vitesse de l'engin. Alexa garda son sourire et ses yeux grands ouverts en découvrant les rues et boulevards de la ville, bien calée contre le dos de Judikaël. Ses iris bleues suivaient la course inverses des arbres, des maisons bien alignées et des petits immeubles qui grossirent rapidement en bloc de building vitrés. Son regard rêveur se perdit à dans les miroirs de la cité, le vent sifflant à ses oreilles le bruit de son activité. Mélopée vivante, au rythme effréné des pas pressés, conversations engagées et moteurs échauffés. Dangereuse berceuse qui manqua de la faire sombrer. À son poignet, sa montre vibra. À l'horloge d'un quartier, l'heure pile sonna. Petite alarme programmée qui la fit sursauter. Sage précaution, dirait-on, que de minimiser les léthargies par de petites salves vibrantes et précises, d'un régularité faite pour la garder éveiller. Çe ne marchait pas toujours, mais au moins cela l'empêcha de tomber pour cette fois.
Alexa prit une légère inspiration, et ses doigts serrèrent le manteau de celui qui pédalait sans s'arrêter. Frayeur et tremblement. Ses oreilles sonnèrent douloureusement, accompagnée par le lourd battement de son corps, presque un martèlement dans sa poitrine fine qui secoua tout son corps. La demoiselle se mordit la lèvre et clos ses paupières pour endiguer l'affolement. Mécanique emballée au rythme désaccordé, elle se serra contre Judikaël le temps de se calmer.

" Ne me laissez pas tomber… " Fut sa prière au vent d'hiver.

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Ven 27 Nov 2015 - 15:40

Alexa semblait faire partie d'un autre monde, que je ne connaissais pas, mais que je lui enviais de connaître.Ces yeux, ce regard neuf émerveillé de toutes choses du monde qui nous entoure, je l'avais déjà vu, dans le regard d'une amie au lycée, dans celui d'un jeune élève anglais croisé dans les rues de Londres. Je les connaissais, ces petits esprits malicieux, ces petites fées de bonheur et d'émerveillement qui voletaient de rues en rues. C'était la jeunesse que je n'avais pas eu, le bonheur que je n'avais même pas rechercher par peur de désillusion. Mais la voir ainsi, parant son univers de mille couleurs en y posant simplement ses Iris, me remplissait de joie. La voilà, ma tendre jeunesse rêvée, retrouvée.
Pour autant je ne devais pas trop regarder la jeune fille derrière moi et me concentrer sur ma traversée de la ville. A deux, le vélo n'était pas très stable, alors j'allais le plus vite possible pour être sûr qu'il ne se renverse pas avec le poids au premier virage. Et bien sûr, je devais accroître mon attention sur la route à la mesure de mon accélération. Objectivement, il n'y avait rien à craindre. La sécurité avait toujours été ma principale priorité, pour moi comme pour autrui. Surtout pour autrui. Jamais je n'aurais accéléré la cadence sans une parfaite certitude de ce que je faisais. L'hiver, le froid grisant ma peau et le souffle de la jeune fille dans mon dos me donnait une énergie nouvelle, et c'est sans aucun effort que je parvenais à pédaler. La gêne, le silence et mes pensées trop compliquées s'étaient stoppées pour laisser place au rire, au chant du vent dans mes oreilles. Plus besoin de réfléchir, plus besoin de se tracasser pour deviner ce que pense mademoiselle , elle me le dira par elle-même si ça a de l'importance ! Et qu'est-ce qui en a, si ce n'est profiter du voyage ?

Nous défilions dans les rues, nous intégrions un cortège qu'aucuns de nous n'avait l'habitude d'intégrer. La foule, les conversations téléphoniques dans les grandes rues piétonnes, les lumières du centre-ville puis tour à tour, d'autres mondes parallèles. Des quartiers résidentielles, des cafés et des supérettes. Je ne sais pas combien de temps j'ai pu pédaler ainsi, sûrement pas plus d'une demi-heure, et pourtant j'eus l'impression de voir se succéder Keimoo du jour et Keimoo de la nuit, une confusion de mes sens et de mon identité.
Ce n'est que tout près de Hyryuu que je retombais soudainement de mon euphorie, en entendant la toute petite voix derrière moi supplier dans un souffle :

« Ne me laissez pas tomber... »

J'ignorais ce qui se passait, je me stoppais brusquement. Quelque part, j'eus l'impression qu'elle ne parlait pas à moi. Peut-être parce que cette phrase était trop clair, trop bien construite et trop compréhensible, ça ne pouvait être que celle d'un esprit s'adressant à un esprit. Mais elle eut un effet radical et immédiat sur moi. Je descendais du vélo en prenant soin qu'il ne bascule pas pour que Alexa reste bien dessus. Elle tremblait.

« Alexa ? Ça ne va pas ? »

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Ven 27 Nov 2015 - 18:55

Alexa ne sembla pas vraiment remarquer le vélo ralentir et enfin s'arrêter. Ni même Judikaël glissant de ses bras pour se lever. Ses mains lâchèrent son vêtement et ses doigts tremblant s'accrochèrent au métal froid du porte-bagage sur lequel elle était assise. Brutal. Le sursaut avait été trop brutal. Le réveil trop violent. Comme un choc électrique qui raidissait encore les membres de son petit corps.

«  Alexa  ? Ça ne va pas  ?  »

Elle ne répondit pas tout de suite. Un souffle raccourci, saccadé, presque épuisé brouillait l'air froid face à ses lèvres rosées. Dans sa poitrine, la course folle de ses battements de coeur n'avait pas cessé. Elle battit des cils, les couleurs étaient bien trop vives. Comme des explosions de lumières qui rendirent douloureux ses yeux bleus. La voix de Judikaël avait a peine été entendue par son esprit perturbé de ce sifflement inlassable qui lui déchirerait presque les tympans. Le regard d'Alexa en était aussi perdu que tremblant que ses doigts. La peur, brusque, avait déchiré le rêve de douceur qui entourait sa conscience. Derrière son regard vitreux, les pupilles d'Alexa ne voyaient plus le même monde merveilleux. La neige blanche et soyeuse s'était transformée en un terrain boueux. Le noir ténébreux avait remplacé le bleu du ciel joyeux. Les chants s'étaient tut. Le vent glacial transperçait sa peau comme une myriade d'aiguilles, persistantes et affutées. De nouveau elle frémit. Dans le sombre bourbier où s'enfonçait son esprit, Alexa étouffait. Noyée par la peur qui poissait son bonheur. Coulée, lentement, dans ce cauchemar terrifiant.

La ville et ses couleurs, la ville et ses bruits, la ville et ses mystères, la ville et sa vie, étaient bien loin de ce petit oiseau tombé de son nid. Le cou brisé dans les débris du trottoir. La ville alors devient bien noire. Les pavés et les murs forment autant d'armes dures que les voitures. Véritables monstres roulant, mangeur de passants avec leur vrombissement assourdissant, comme un cri d'impatience. Un tonnerre de moteur annonciateur d'une foudre prête à vous frapper de plein fouet pour vous éjecter contre un autre. Jeu de balle morbide. Mortel. Comme si la ville entière devenait le complot de la Faux. Prisonnière de cette sombre représentation, Alexa restait immobile, comme paralysée, incapable même de laisser une larme couler. Judikaël se serait répété qu'elle ne l'entendrait pas. Peut-être resta-t-elle ainsi muselée une micro-éternité. Après tout, le monde aurait bien pu s’effondrer autour d'elle qu'elle ne l'aurait pas remarqué. Quelle importance pouvait bien avoir un chaos extérieur face au néant intérieur  ? Àu balayage de la peur qui emportait tout sur son passage, ne laissant que la terreur  ? Un marin déjà engloutit par les flots se souciait-il de la tempête rageuse qui remuait les cieux  ? On n'échappait jamais à l'eau qui revenait vous noyer. Encore et encore, comme un tourbillon sans fin qui ne manquait pas une occasion de vous reprendre pour vous enfoncer toujours plus profond dans eaux sombres.

La bouche d'Alexa s'entrouvrit. Peut-être voulut-elle parler, peut-être simplement respirer? Retrouver la bouffée d'air, la bouffée de vie perdue par son esprit. Le regard se creusa. Un coup de cœur résonna dans ce corps vide et Alexa le regarda, dernière bouée à laquelle se raccrocher.

- On est bientôt... Arrivés.. ?

L'effort lui avait semblé démentiel pour finir d'articuler. Surtout ne pas le laisser voir. Surtout ne pas le laisser s'inquiéter. Surtout ne pas se laisser sombrer. Elle pouvait le faire n'est-ce pas? Il suffisait de tenir encore un peu... Encore quelques pas. Et l'angoisse disparaitra, comme à chaque fois. Ne laissant dans son sillage que les traces des larmes étouffées, le corps froid et entaillé.

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Lun 30 Nov 2015 - 22:01

En voyant l'état de la jeune fille, je ne pouvais m'empêcher de me maudire pour avoir voulu l'emmener si loin de l'univers qui devait être le sien. Quel était-il ? Si c'était une maison typiquement japonaise, avec ses tapisseries, ses futons moelleux, son thé chaud et le givre qui restait dehors, comment pouvait-elle avoir toutes les lumières du ciel dans le regard ? Et que faisait-elle à dormir sur un banc, dans le froid ? D'où viendrait ce radieux sourire à l'idée de partir découvrir le monde ?
Il y avait anguille sous roche, pensais-je. Un fossé entre ce dont elle rêvait, ce qu'elle aimerait faire, et ce dont elle était capable. Ce dont elle se pensait capable. Qui sait pourquoi. Une anxiété, un traumatisme, une condition physique particulière… Ca ne me regardait pas, j’imagine. Pourtant, sans aucune indication, j'étais bien obligé de prendre des initiatives qui ne lui plairait peut-être pas. C'est un jeu dangereux que de faire le prince charmant.

Aussi, je fus soulagé de la voir prononcer quelque chose. J'étais trop lâche pour savoir si j'empirerais les choses en l'emmenant à l’hôpital ou au lycée.

- On est bientôt... Arrivés.. ?

-Oui, bien sûr. » Répondais-je immédiatement.

Ne réfléchissant qu'un quart de seconde, je la montais sur mon dos et partait vers la cour des miracles en laissant sur place le vélo. Quelqu'un le ramènerait bien aux stations municipales.

Le café occidental où je travaillais ne se trouvait qu'à une rue ou deux. C'était déjà trop. Pas pour moi, j'avais réussi à fortifier mon corps à force de travail, de course et de bonnes résolutions pour me remettre de mon état préoccupant de l'année passée, et si elle ne portait pas une jupe, j'aurais bien porté Alexa comme une princesse, dans mes bras ouverts. Enfin, non, tout de même pas.
Non, c'était trop pour elle. J'avais peur. Tous les symptômes, la boule au ventre, le tiraillement à la gorge, les sueurs froides, la rapidité de pensée et de mouvements, proche de l'instinct animal. Son regard éteint, ses mots soufflés m'avaient glacé le sang, mieux que toute la givre de Keimoo.
Au moins, j'arrivais à mon petit refuge en moins de deux minutes. En me voyant débouler ainsi, William stoppa immédiatement sa discussion avec un des étudiants au comptoir pour me regarder avec de grands yeux. L'étudiant fit de même, il n'y avait pas grand monde d'autre à cette heure-ci.

« Qu'est-ce que t'as encore cueilli comme bizarrerie, Joshua ? » me demanda-t-il en anglais.
« Une étudiante de l'académie, aides-moi à l'installer, elle est pas bien. » répondais-je dans la précipitation, en avançant vers un des fauteuils du fond, habituellement occupé par les habituées du café-tricot en début d'après-midi.

« Alexa, ça va ? Bouges pas, je vais te faire un thé. » Le barbu me posa une main sur l'épaule quand j'allais me lever.

« Laisses, je vais m'en occuper. Elle est russe ta copine, je crois que j'ai des trucs de là-bas.
- Russe ? N'importe quoi. Et je penses pas qu'un whisky lui convienne.
-Petit ignare » Répondit-il. « Si tu faisais ton jobs correctement et que tu lisais les bouquins que je te donne, tu saurais que les russes ont d'excellents thés aux agrumes, et ce n'est pas moi qui servirais de l'alcool à une demoiselle. »

L'étudiant au comptoir rit bruyamment :

« Toi, redis pas ça si tu veux pas lancer un débat avec les féministes du vendredi ! »

Je souriais, heureux de retrouver l'ambiance controversé et rassurante du café, mais aussi un peu gêné d'offrir pareil spectacle à Alexa, qui devait désservir à des lieux bien plus luxueux.

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Mer 2 Déc 2015 - 21:43

Les yeux embués d'Alexa ne voyait plus vraiment le monde autour d'eux. Comme si les lumières de la joie s'étaient éteintes, comme si elle avait été aveuglée par son propre éveil. Petite poupée de chiffon qui suivait les pas de Judikaël. La main ancrée dans la sienne.

-Oui, bien sûr.

Avait il répondit précipitamment avant de se lancer dans cette course avec elle. Alexa en oublié le vélo tombé sur les pavés de la rue, emportée par son élan, elle ne réfléchissait plus. L'extérieur était froid. Ils semblaient courir sur une route de glace, faisant claquer les semelles sur le bitume gelé. Tac tac tac. Comme le rythme d'une horloge affolée. Les minutes ne semblaient plus s'en écouler de la même façon. Trop rapides, ou trop lentes, les secondes s'enchainaient et pourtant… Il semblait que l'hivers avait rattrapé le temps. Son air glacial avait infiltré ses rouages, crocheté ses serrures, brisé l'armature… L'immobile éternité avait remplacé le mouvement. Deux petites minutes perdues dans l'océan polaire de l'hivers. Alexa ne comptait plus. Ni les secondes, ni les battements de son coeur encore trop vif, ni la tension douloureuse qui faisait battre ses veines chaudes contre sa peau de neige. Alexa aurait pu se laisser glisser dans le froid, sombrer de nouveau dans les eaux profondes, qui peut-être, cette fois, auraient eu raison d'elle…

Mais aujourd'hui, ce fut la chaleur du café qui l'accueillit. Engourdissant ses membres d'une onde rassurante qui la pénétra toute entière, Alexa frémit alors que les portes claquaient derrière elle. Souffle.

Alexa respira. Ses yeux battirent des cils, puis elle contempla l'endroit. Son regard vagabonda sur les éléments de décos japonais de l'établissement. Du beau bar d'ébènes aux petites tables aux banquettes confortables. À l'immense étagère derrière le barman, réunissant liqueurs, alcool et thé du monde entier. Une savant mélange organisé. Ses yeux ne virent qu'une myriades d'étoiles de lumières se reflétant sur les surfaces polies des verres, dans un jeu d'échange avec la baie vitrée. Elle se laissa assoir sans protester, ne remarquant qu'une fois posée combien ses jambes étaient fatiguées. Soupir.

« Qu'est-ce que t'as encore cueilli comme bizarrerie, Joshua ? » Le barman s'exprimait en anglais. Peut importe. Alexa n'était pas en état d'y accorder suffisamment d'attention pour que son petit cerveau traduise tout les mots. Elle comprit vaguement un nom, mais ne le reconnut pas. "Judikaël" pouvait avoir de drôle de prononciation.
« Une étudiante de l'académie, aides-moi à l'installer, elle est pas bien. »

Sourire béat. Ce fut la seule chose qu'elle pensa à répliquer au jeune homme l'installant. Idiote. Elle se sentit idiote. Suffisamment pour détourner le regard vers la vitre du café, une main sur la joue, geste gêné. Allez Alexa. Reprend toi. Tu n'es pas une telle assisté… Les mots dans sa tête sonnèrent assez forts pour couvrir les paroles rassurantes de Judikaël.

« Alexa, ça va ? Bouges pas, je vais te faire un thé. »
- Laisses, je vais m'en occuper. Elle est russe ta copine, je crois que j'ai des trucs de là-bas. Ajouta le barman qui s'était approché. La blonde fit un effort et se concentra.
- Russe ? N'importe quoi. Et je penses pas qu'un whisky lui convienne.
- Petit ignare » Répondit-il. « Si tu faisais ton jobs correctement et que tu lisais les bouquins que je te donne, tu saurais que les russes ont d'excellents thés aux agrumes, et ce n'est pas moi qui servirais de l'alcool à une demoiselle. »

Alexa ne put s'empêcher de lâcher un petit rire. Elle rangea discrètement une mèche de cheveux derrière son oreille et les regardant de ses yeux bleus.

- Je ne suis pas…
Elle fut coupée par la voix d'un étudiant, remarquant alors sa présence sur le comptoir. Il devait sûrement déjà être là lorsqu'ils étaient entrés.

« Toi, redis pas ça si tu veux pas lancer un débat avec les féministes du vendredi ! »

Nouveau sourire. Elle ne comprenait pas vraiment le pourquoi de cette remarque, très peu versée dans l'actualité féministe, mais peut importe. Il y avait une ambiance douce et détendue qui l'avait tout de suite convaincue. Cette endroit était encore inconnu, mais chaleureux. Et elle ne dirais pas nom à une tasse de thé aux agrumes…

- Je suis biélorusse. Finit-elle finalement, plus doucement, laissant échapper un petit accent comme pour en attester. Un accent qui était loin d'être déplaisant. Une touche des montagnes gelées de l'Est européen au milieux des voyelles du pays du levant. Si certains trouvaient les langues slaves âpres, ce n'étaient certainement pas après avoir écouté Alexa.

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Mar 8 Déc 2015 - 13:51

Quand Alexa commençait vraiment à m'inquiéter, à ne pas réagir, elle finit par relever la tête et rire à nouveau. Ce petit rire sincère qui calme les plaies. Je lui souriais tendrement en retour, le cauchemar était fini, on était rentrés.

L'ambiance semblait l'amuser. Je voyais qu'elle était plus réactive, qu'elle avait quelque chose de clair à dire, malgré la présence des deux hommes qu'elle ne connaissait pas, et elle finit par le dire :

« - Je suis biélorusse. »

Son accent avait changer, plus prononcé. Je ne savais pas si c'était par gêne de se retrouver avec les deux autres, ou si elle tenait à l'accentuer pour marquer son appartenance à un pays si lointain. La biélorussie… Un pays tout neuf, ressortissant de l'URSS. Russe donc, mais pas tout à fait, plus proche de nous. La neige, le nord, le blanc. Ça lui allait à merveille, si elle ne devenait pas invisible sur ces terres de givres. Bien que je lisais dans le pli de ses yeux un métissage japonais, je lisais aussi dans sa voix où se trouvait son pays de cœur, et je comprenais soudain bien mieux ce qu'elle avait bien pu faire, endormie, sur un banc face à l'étendue glacé du parc de Keimoo. Je lâchais un petit soupir satisfait. C'est beau, le cœur d'une jeune fille.

William était heureux de la voir reprendre des couleurs. L'étudiant, aussi, souriait, mais retournait très vite à son travail sur le comptoir. Il avait probablement bien d'autres choses à faire, et devait bien se rendre compte qu'il n'était pas concerné par ce qui allait s'ensuivre, lui est client, nous sommes employés. C'est aussi simple que ça, j'imagine, et je trouvais plutôt louable une telle retenue. Nombre de jeunes personnes ici avaient tendance à se mêler de ce qui n'allait pas.

Je m'asseyais à côté de Alexa, pas trop près pour ne pas la gêner, mais tout de même assez pour qu'elle se sente protégée, et qu'elle comprenne qu'elle n'a rien à craindre. William nous rejoint bien vite, trois tasses de thés sur les bras, en abandonnant le comptoir à l'unique client de la matinée. Amusé, je le voyais faire de gros efforts pour parler un japonais correct.

« Biélo-russie hein, jamais allé. J'espère que je ne t'offenserais pas avec ce thé venant de chez tes voisins, c'est pas souvent qu'on croise des gens comme toi par ici, c'est plutôt les européens qui s'intéressent à la cour des miracles. Et puis, je me doute que sans notre ami Joshua tu ne serais pas ici. »

Je lui donnais un petit coup de pied sous la table en murmurant « Judikaël. »

« Ah oui, Judikaël. Excuse-moi, j'y comprends rien aussi.

- Pas grave. » disais-je. C'est vrai, autant j'ai tenu à ce pseudonyme, Joshua le brave, celui qui pouvait faire ce que je ne faisais pas, mais il fallait que j'arrête de l'utiliser, à contre cœur. C'était bientôt les vacances, et je devrais retourner enseigner en abandonnant ici mes jolis rêve irréaliste. Le barbu finit de se présenter :

« Enchanté donc, je m'appelle William, je suis d'origine irlandaise et j'emploie à mi-temps la jeune personne ici présente. Et toi, petite, qui es-tu ? »

J'étais tenté de dire son prénom pour qu'elle n'ait pas à se brusquer, mais je me retins. Il était important qu'elle le dire elle-même. Je suppose.

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Jeu 10 Déc 2015 - 18:45

Comme une enfant à qui l'on aurait présenté un jouet pour lui faire oublier sa chute, Alexa s'était détendue aussitôt qu'elle eut été prise dans l'ambiance chaleureuse du petit café. L'endroit restait encore un petit peu atypique à ses yeux, mais elle sentait pourtant que tout y était bien à sa place et que rien ne restait en dehors du décors, esseulé. Il lui fallait bien cette capacité lunatique pour faire abstraction des petits accidents que pouvaient entraîner la narcolepsie. Si l'humeur rêveuse et le fond de personnalité joyeuse d'Alexa ne supplantait pas la gêne, voire la douleur parfois, que pouvaient provoquer ses siestes, elle aurait depuis longtemps sombrer aux médicaments et à l'angoisse permanente qu'ils savaient si bien faire naître. Chez elle comme chez les autres. Étonnant de voir qu'un si petit élément pourtant sensé aider à aller mieux était capable de dégager une telle aura d'inquiétude, de maladie et de mort autour de lui. Alors que dans le fond, ils existaient afin d'apporter la guérison… En parlant de médicaments, il était sûrement l'heure de prendre les siens…

Alexa mit de côté pour l'instant la question pour se concentrer sur le barman qui leur ramenait un petit plateau de thé dont l'arôme acidulé ne tarda pas à venir titiller les narines de la jeune femme. Son regard bleu suivit le trajets des tasses posées sur leur délicate petites soucoupes, comme deux nuages de vapeurs d'eau chaude se rapprochant peu à peu d'elle pour la faire frémir de réconfort. Le thé aux agrumes, c'était sucré. Peut-être la raison pour laquelle elle l'avait toujours apprécié. Peut importe si la tradition était accordée aux Russes, dans le fond, il s'agissait de mélanges de thé noir chinois et de Darjeeling ou de thé d'Inde. Bonus, il était tout aussi bon glacé. Et ça, ça parlait beaucoup au petit flocon biélorusse.

« Biélo-russie hein, jamais allé. J'espère que je ne t'offenserais pas avec ce thé venant de chez tes voisins, c'est pas souvent qu'on croise des gens comme toi par ici, c'est plutôt les européens qui s'intéressent à la cour des miracles. Et puis, je me doute que sans notre ami Joshua tu ne serais pas ici. »

Le discours de l'homme était ponctué d'efforts plus ou moins laborieux pour compenser le manque de rigueur dans la langue. Il n'était sûrement pas japonais d'origine alors. À la réflexion, cela devait-être de l'anglais qu'elle avait entendu lorsqu'ils étaient entrés en trombe un peu plus tôt. Elle hésita un instant quand au choix de la langue pour lui répondre mais sans vouloir contrarier ses efforts, se contenta d'un japonais sans plus aucune trace d'accent.

- Ce n'est rien. Merci.

Elle le gratifia d'une sourire reconnaissant, avant d'offrir le même à Judikaël, assit à ses côtés. Il était vrai que sans lui, elle se serait probablement laissée geler les doigts sur le banc de l'université. Et puis, elle n'aurait pas découvert l'endroit, qu'elle apprécierait pouvoir de nouveau visiter. Si seulement il lui laissait le temps de reprendre plus son souffle s'il fallait revenir au pas de course… Son petit coeur en était encore tout chamboulé alors qu'elle posait ses doigts froids sur la tasse de faïence pour les réchauffer. Un échange eu probablement lieu entre l'homme face à elle et celui à ses côtés alors qu'un petit coup fit trembler la surface paisible de sa tasse de thé. Alexa haussa un sourcil en relevant la tête pour n'en capter que la fin.

« Ah oui, Judikaël. Excuse-moi, j'y comprends rien aussi.

- Pas grave. »

Alexa garda le regard tourné vers son petit thé doré mais sous sa frange blanche, ses yeux se plissèrent du sourire en coin de ses lèvres. Le retour du mystère du drôle de "il". C'était peut-être indiscret, mais cela l'amusait beaucoup. D'une dualité aussi mystérieuse que la lumière et ses ondes corpusculaires, le blond qui l'avait amené ici attisait sa curiosité. Il y avait quelque chose en lui qu'elle ne voyait, ne saisissait pas encore. Un petit plus qui rendait sa présence plus profonde que celle des autres. On y décelait un certain trouble pourtant dans son attitude, cela devait être important. Peut-être était pour cela qu'un petit bout de son esprit s'y intéressait autant? Avide de découvrir n'importe quelle petite bizarrerie qui viendrait ajouter une couleur de plus à son tableau de la vie. Alexa sourit à elle même. Le monde était une grande galerie, elle avait hâte de découvrir l'aquarelle de Judikaël. Son attention fut reportée sur la conversation quand celle-ci se dirigeait sur elle, depuis la bouche de l'homme face à elle.

« Enchanté donc, je m'appelle William, je suis d'origine irlandaise et j'emploie à mi-temps la jeune personne ici présente. Et toi, petite, qui es-tu ? »

Alexa sembla rester dubitative un instant alors que son esprit assimilait juste les nouvelles données présentées. Il lui fallut un micro temps pour abandonner la contemplation de la surface ambrée du thé pour revenir aux présentations. En espérant que ce cher William donc, ne soit pas pressé d'une réponse…

- Oh ! Enchantée de même." Répondit un petit sourire éclatant sur les lèvres de la demoiselle. "Je m'appelle Alexa Takeshi." Puisqu'elle devait répéter ces phrases si souvent ces derniers temps, au moins était-elle sûre de ne pas les oublier.
"Je viens tout juste d'arriver à Keimoo…

Le vibreur de sa montre la coupa dans son élan et Alexa fut rappelée à la réalité de sa condition. 16h, "bonbon". Alexa bredouilla une excuse sûrement inaudible et sa main quitta la table pour plonger dans la profonde poche de feutrine de son manteau. Petit bruit distinctif. La main d'Alexa cessa soudainement de chercher. Petit regard gêné. Elle n'avait jamais apprécié l'ambiance qui accompagnait la prise de médicament. Puisque ces derniers lui coupaient la faim, elle avait, sur conseil de son médecin, répartit la prise sur toute la journée, au lieu de suivre les grosses doses accompagnant les repas clés. Mais il lui fallut tout de même sortir le petit flacon caractéristique d'hôpital et l'ouvrir pour laisser tomber dans sa main, une petite pilule blanche.

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Dim 13 Déc 2015 - 11:46

Mon rythme cardiaque se calma petit à petit. J'étais rassuré de la voir parler de manière fluide, répondre à nos innocentes questions. Quelque part, j'aurais dû rester averti, peut-être qu'elle préférait rester dans le vague et ne pas donner d'attachement au moment présent. Pouvoir s'envoler, gracile, dés qu'il serait temps. Ou avant, peut-être, qui sait ?
Néanmoins j'étais content. J'oubliais ce qu'elle vivait, ce qu'elle disait il y a quelques instants. Je me taisais et la regardais, tranquille, mouiller ses lèvres dans ce breuvage mystique. Aux odeurs sucrés que j’inhalais aussi. William faisait de même, commençait à succomber au charme apaisant de la petite fleur blanche.

Quand elle se pencha sur son sac je savais qu'une surprise nous attendait. Elle qui n'avait pas pris beaucoup d'initiatives depuis que je l'avais vu, il devait y avoir quelque chose d'important dans ce sac pour qu'elle y penses maintenant. Deux petits cachets roulèrent dans sa main, et encore davantage, je me taisais. William comprit aussi, et ne dis rien. Des malades, des fragiles, des bancales, on en connaissait, plein. C'était normal et équitable que de se taire et de laisser faire, à mon avis, sans poser de question sur ce qui ne nous concernait pas et qui pouvait révéler de lourds secrets, dont j'aimerais lui épargner les longues et gênantes explications. M'épargner, aussi, me dédouaner de la responsabilité d'avoir à côté de moi une malade que j'avais peut-être exposé à quelques contre-indications en l'éloignant du lycée sur un simple porte-bagage.

« T'es malade ? »

La voix avait retenti, lourde, depuis le comptoir. Aussi délicate que les braillements d'un homme au coin d'une rue qui veut attirer l'attention d'une inconnue. L'étudiant au comptoir un peu trop curieux s'était retourné vers nous, interpellé par le silence que nous avions créer. J'avais peur de voir Alexa se crisper, et ne plus oser parler comme elle le faisait, détachée, depuis notre entrée dans le café. William eut le malheur de répondre d'une voix plus forte encore, tout proche de nous :

« Mais de quoi je me mêle ?!
-Chut, William. »

Il se tournait vers nous et je posais une main sur l'épaule de la jeune fille. Il s'excusa d'un air bête en réalisant le boucan qu'il avait fait. Je n'avais pas hésité à établir un contact physique avec elle. Après tout, il nous était arriver bien des aventures depuis à peine une heure ou deux, et je me sentais responsable, puisque je l'avais amenée ici. Et puis, mine de rien, j'étais son professeur, et son état me semblait assez préoccupant pour que je veuille la préserver, mis de côté tous les sentiments qu'elle m'inspirait. Délicatement, je me penchais vers elle en essayant de ne pas faire de gestes brusques, et lui disait sur un ton qui se voulait proche de celui de la confidence, en espèrant que le mal n'ait pas déjà été fait :

« Alexa, ne te sens pas obligée de répondre si tu ne veux pas, d'accord ? Il faut que tu sois à l'aise, ne t'inquiète pas si c'est un sujet qui te gêne.»

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Dim 13 Déc 2015 - 17:58

Alexa gardait les yeux baissés sur ses gestes, comme pour rester concentrée… Ou peut-être plutôt pour fuir les regards qui pouvaient se poser sur elle. Elle aurait préféré ne pas avoir a prendre ses médicaments à un tel moment. Pas quand tout se passait si bien. Pas quand personne n'aurait pu encore se douter de sa maladie. Judikaël l'aurait sûrement trouvée un peu étrange, lunatique, mais cela n'avait pas eu l'air de le déranger… Elle aurait voulu que les choses restent ainsi. Ce n'était pas qu'elle avait honte de la narcolepsie. Au contraire, cela faisait partit, d'elle, elle l'acceptait. Elle jouait avec même. Puisqu'elle avait pris conscience depuis bien longtemps de l'intérêt d'évasion que pouvait lui apporter ses rêves… Sa vie n'avait jamais été aussi douce et sucrée depuis sa première sieste. Depuis ses premières phases de mi-éveil, mi-rêve. Et pourtant, la réalité la prenant à chaque retour, n'avait jamais été aussi froide.
Jamais le monde ne lui avait paru aussi dur qu'à compter de ce moment où les gens la traitèrent comme une malade, un poids, voire une handicapée. Jamais les regards ne lui avaient paru aussi creux, les paroles vides de sens, qu'à partir du moment où la pitié et la compassion bien pensante s'étaient manifestées. En réponse de quoi, Alexa s'était laissée enfoncer plus profond dans le sommeil, la torpeur et la demi-conscience. C'était peut-être lâche, mais bien plus simple. Bien plus facile à vivre que les silences pesant qui accompagnaient chaque prise de médicament. Des silences comme celui-ci, ou le bruit de la chute des pilules au creux de sa pomme sonnaient plus fort que ses battements de coeur. Comme les trois coups d'une sentence. Trois pilules, trois regards, pour une condamnation.

« T'es malade ? »

Alexa manqua de s'étouffer avec la gorgée de thé qu'elle avait prise pour avaler les gélules blanches. Sa main fébrile reposa la tasse d'un geste maladroit qui laissa tomber une goutte de thé sur le napperon de la soucoupe. Elle ferma les yeux et posa une main sur son buste en déglutissant pour achever de propulser le médicament au fond de sa gorge, au fond de son petit corps frêle qui se secoua sous la toux qui s'ensuivit. Si elle ne savait même plus avaler correctement en plus…
Sa tête se releva vers l'origine de la voix et les deux yeux bleus de la demoiselle regardèrent l'étudiant qui avait parlé sans trop savoir quelle expression prendre. Tristesse ? Gêne ? Ironie ? Amusement presque ? Elle ne pouvait prétendre qu'elle se fichait de la remarque, bien qu'elle ne puisse le blâmer non plus. C'était indiscret, certes, mais peut-être avait il dit tout haut ce que les deux autres pensaient tout bas. Regardant toujours le jeune homme au bar, Alexa entrouvrit les lèvres sans trop savoir comment lui répondre et fut presque heureuse de la réplique de William, malgré le ton grave qui la fit sursauter.

« Mais de quoi je me mêle ?!
-Chut, William. »

Alexa haussa un sourcil et se tourna vers Judikaël tandis que ce dernier avait posé sa main sur son épaule. Elle ne s'attendait pas une telle attitude de sa part. Si… Douce. Presque protectrice, tandis qu'il se penchait vers elle pour la regarder droit dans les yeux. Avec si peu de distance entre eux, elle était presque sûre qu'il pourrait lire dans son regard bleu. Ce qui paradoxalement, ne la troublait pas autant qu'elle aurait pu le craindre.

« Alexa, ne te sens pas obligée de répondre si tu ne veux pas, d'accord ? Il faut que tu sois à l'aise, ne t'inquiète pas si c'est un sujet qui te gêne.»

Les lèvres rosées d'Alexa se pincèrent et son regard fuit sur ses doigts. Elle baissa très légèrement de la tête de manière à ne laisser voir de ses yeux que le bout de ses longs cils fins sous sa frange de cheveux blancs. Ses index se pressèrent l'un contre l'autre et elle lui souffla d'un ton tout aussi intime, presque pour ne se faire entendre que de lui.

« Ça ne me dérange pas de vous en parler, à vous….»

Alexa ne termina pas sa phrase. Peut-être avait elle déjà perdu les mots de la fin. Peut-être n'en avait-elle pas besoin. Comme si l'important avait déjà été dit, que le reste ne comptait pas tant que ça. Seulement cette petite bulle entre eux deux, créée à ce moment là.

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MessageSujet: Re: Poussière de givre, chaleureuses politesses   Lun 14 Déc 2015 - 14:41

La toux d'Alexa, bien que sans rapport, ne fit qu'apporter encore plus de gravité à cet instant gênant autour duquel nous étions installés. Tous, sans trop savoir quoi faire. Je lançais un regard accusateur à l'étudiant, au comptoir, qui avait pourtant réagi sans aucunes arrières-pensées ou volonté indiscrète. C'était simplement une curiosité enfantine qui l'avait pousser à réagir ainsi, et il se tut immédiatement face à moi.
Il y eut un silence qui dura un temps. Je regardais au plafond, et remarquais avec surprise qu'il n'y avait pas une mouche sur l'ampoule. Un instant, je me demandais même pourquoi je les cherchais. Je ne sais pas trop, mais ça me fit quelque chose. C'était une sorte d'habitude, de les chercher, ça faisait partie du lieu. Quand elles tournaient toutes les deux autour de la lampe, elles m'inspiraient cette frénésie particulière que je cherchais ici, ce chaos incandescent que je désirais et que j'avais fini par trouver, au détour d'une ruelle. Quand elles étaient dessus, immobiles, alors je savais que quelque chose de malaisant, d'étrange et de particulier se passait, comme à ce rendez-vous avec Seth, au tout début. Alors je n'avais plus tant d'assurance et me laissais flotter.
Mais elles n'étaient plus là.

« William ? » osais-je demander.
« Oui ?
-Où sont les mouches ? »

Il resta une seconde interdit. M'en voulait-il d'avoir briser le silence ?

« J'ai mis de l'insecticide » finit-il par répondre.

Je vois.

C'est à cet instant que Alexa finit par s'exprimer. Je crois que l'espace de quelques instants, elle avait disparu avec les mouches , jusqu'à ce que j'en oublie totalement sa présence. Elle revenait à moi soudain et je me penchais vers elle pour être sûr de ne pas avoir à lui demander de répéter sa sourde réponse, sur le ton de la confidence :

« Ça ne me dérange pas de vous en parler, à vous….»

Je souris. Au moins était-elle en conscience, et la tension était retombée. William souriait aussi. C'était bien.

L'odeur du thé à l'orange embaumait la pièce. L'étudiant était en train de ranger ses affaires, l'heure venait de sonner, et sûrement avait-il des cours à rejoindre. Je croisais les jambes et posais un pied sur la table basse, un air de défi dans le regard lancé à William. Il ne le capta même pas, préférant rester focalisé sur la petite nordique. Histoire de préserver l'ambiance chaleureuse, je me penchais à nouveau sur elle et suggérais à notre petite assemblée, d'une voix basse, presque un murmure :

« Je parie que tu as un rhume au petit orteil. »


Je vis William tressauter des épaules et sourire des yeux. C'était réussi. Alexa n'aurait plus à se sentir mal à l'aise de quoi que ce soit, quelle que soit sa maladie et quoi qu'elle veuille nous répondre. Lui même se pencha sur nous, et d'aussi près, je pouvais distinguer un morceau de feuille de menthe dans sa barbe. Il glissa tout bas :

« Et moi, je pense qu'elle a une courbature aux sourcils.

- Ou bien une foulure au menton... »

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