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In a decade, will you be there ?
 
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 Asynchrones

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MessageSujet: Asynchrones   Asynchrones EmptyMar 20 Oct 2015 - 22:46

ASYNCHRONES
PV Coda - Valentine

Son ouïe ne percevait plus, ses sensations ne cessaient de s'évaporer un à un jusqu'à ce qu'il ne lui reste plus que la vue biaisée d'un monde plongé dans l'artifice des lumières et des hertz balancés à pleine puissance. Il ressentait presque les vibrations dans les airs, il entendait presque toutes les conversations saccadées de cet endroit restreint et malgré tout, il préférait s'étouffer dedans parce que ces présences agglutinées les unes contre les autres avaient la simple chaleur de lui rappeler qu'il appartenait aussi à ce monde, aussi décadent soit-il.

Un mojito, oui c'est très bien. Un mojito alors.

L'ignoble dosage des saveurs lui agresse la langue mais il laisse longuement l'alcool infiltrer son être. Ce n'est pas bien grave après tout, tant que le monde continue de tourner quand il a l'impression que le sien n'existe plus. Il avait fini par accepter le fait que s'assommer à coup d'alcool ne remédierait pas à ce vide permanent qui triturait sans cesse son esprit; et s'il s'était lui même détourné de ce vice, il n'en restait pas moins que s'effacer un instant de son propre corps avait quelque chose de réconfortant. Ce soir comme bien trop d'autres, Yui Valentine après sa journée sans couac au salon, se laisse une fois de plus vivre sur son siège, dos au monde, face à la rangée de bouteilles derrière le bar, alignée sur la démesure, alignée sur la déchéance.

Il n'a pas besoin de prendre part à une conversation en particulier, il n'a pas besoin de faire davantage que ce qu'il n'est. Yui répond poliment mais jamais ne pose de questions, Yui fixe les personnalités qui viennent l'approcher sans refléter cette lueur presque malsaine dans les regards. Et quand il croise un peu plus loin une autre attention clairement posée sur la sienne, il étudie de nouvelle fois ce regard au visage qui lui semble vaguement familier. Une tension sur ses sourcils s'inscrit, une vague notion de déjà vu et c'est finalement une femme qui vient s'interposer là, dans son observation.

Il cligne, presque surpris, jette un œil à cette présence trop peu élégante sans parvenir à la regarder, puis reporte son attention sur les feuilles de menthe baignant dans le citron, les glaçons et la transparence de son verre. Il ne saisit pas les mots qu'elle lui glisse, les sons troubles qui se répercutent dans les tréfonds houleux de son esprit, se noie dans le parfum trop accentué qui émane de sa voisine. Elle s'avance, il se recule, descend de son tabouret haut et lui adresse un autre de ces sourires que Sonoko n'apprécie pas. Elle s'avance encore, fait tomber quelque chose, il ramasse l'objet et le lui tend paisiblement avant de la saluer sans empressement. C'est facile de se voiler derrière un pseudo rôle. Les mots qu'elle prononce et qui cherchent à faire tournoyer son esprit peinent à atteindre le champ de sa compréhension, il voit soudain le visage de Kami lui rappelant d'une voix qui n'est plus la sienne et que le temps déforme, que lui, Valentine ne sait ni voir ni regarder. Une voix ferrée, des yeux qui se ferment à une réalité défaite, un heurt, puis le vide.

Il est l'heure de sortir.

Derrière son dos, le monde se contorsionne au rythme de l'acoustique; derrière la décadence devant la déchéance, c'est assez de monde onirique matérialisé pour aujourd'hui. Valentine veut rentrer mais c'est toujours à cette jonction là que tout s'arrête et que tout disparaît.
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MessageSujet: Re: Asynchrones   Asynchrones EmptyJeu 29 Oct 2015 - 16:47

Après le noir, le blanc.
Et après le blanc, le noir.
Après le noir, le blanc.
Oh, tiens, une tâche.

Le gris.
Le monde de la nuit était devenu gris. Sans cette pureté obscure que Judikaël recherchait, Judikaël étouffait.


Je ne retrouvais plus dans les gens et dans le bar cette délivrance qui m'avait attiré. Et dans le regard de la silhouette que je croisais parfois, il n'y avait plus cette faim qui me faisait me sentir exister. J'étais comme un diable sans personne pour s'abreuver. Comme un prédateur incapable de chasser qui avait déjà dévoré toutes les proies pouvant se poser à mes pieds. A nouveau, il me fallait plus. Davantage.
Ce n'était pas la première fois que je me noyais dans la musique. Les souvenirs datant d'avant mon renvoi de Keimoo m'étaient comme des mirages, une poussière qui se serait coincée entre deux côtes. Le son m'arrivait déjà décomposé aux oreilles. Claquement de talon, respiration, frolement de peau, air humide glissant sur mes tempes, expiration, salive qui claque. Devant mes yeux, un motif étiré à trois-cents-degrés de cœur vibrants à la mauvaise musique, de corps transpirants. C'était un environnement bien différent de ceux que je fréquentais habituellement, allais-je regretter d'y être entrer ? L'indifférence, une étrange maladie, me guidais dans la foule, me mettait dans une transe que je ne pouvais plus endiguer. Elle n'était pas rapide, elle ne synchronisa pas mon pouls avec le rythme des grandes enceintes. Je me sentais pris au piège dans un ralenti, dans une danse lente, plus lente que le reste du monde qui s'était arrêté de tourner au moment où j'étais rentrer. Dans les souffles sacadés, j'entendais comme un frottement d'archet. Dans les peau qui se mèlent, j'entendais comme des cuivres. Dans mon esprit embrumé, la musique n'était plus qu'une percussion. Etranger, aeré, invisible, je me frayais un passage.

Largo, largo.

Loin, au niveau du bar, un fantôme. Un fantôme que j'ai déjà rencontré, ou du moins, à qui j'ai déjà parler. Mes souvenirs me reviennent, petit à petit, en détaillant son dos, ses cheveux si clairs, je reprends peu à peu consistance là où je n'avais pas à en avoir. Près de lui, une femme. Elle ne semble pas du même univers, de la même réalitée que la leur. Je m'approche. Entre les mailles de gestes, la toile collante dans laquelle je me suis pris. Je cherche, je ralentis. Peut-être ne veut-il pas que je le dérange. Comment nous étions-nous quitter la fois d'avant ? M'entendrais-t'il seulement si je prononçais son nom vaporeux ? Et si-lence.

Je me tais, ne fais plus un geste, et avance à pas très léger. La foule me relâche. La femme semble en dehors de tout. Je m'approche, j'effleure la surface métallique et froide du bar, bien éloignée de celle de la cour des miracles. Pourrais-je seulement provoquer une étincelle de joie en ces murs étroits ?

« Bonjour Valentine. »

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MessageSujet: Re: Asynchrones   Asynchrones EmptyVen 30 Oct 2015 - 2:20

Il y a eu cette femme, à laquelle la vision d’un nouveau spectre s’est superposée.

Bonjour Valentine.

Sans jamais l’avoir entendu il s’est senti interpelé, sans jamais avoir vu ses lèvres bouger il a lu des mots sur ces lèvres moins ocres, moins rouges, moins violentes ; simplement naturelles. On lui parle, elle lui parle, -toujours cette inconnue criarde derrière laquelle se tient le visage familier de tout à l’heure, et plus elle déverse des mots, plus la conscience de Valentine se ratatine derrière les ultimes parois de son cerveau ; plus elle se rapproche, plus il paraît détendu et à l’aise derrière une apparence fissurée qu’elle ne lui remarque pas. Yui Valentine est incomplet et tous ceux qui se bernent à en croire le contraire sont des aveugles finis. Le pseudo traumatisme d’un accident qui ne s’efface pas, les hurlements d’un cerveau dans sa douleur silencieuse. Et encore une fois, ce silence implorant.

Yui voit nettement la silhouette familière se détacher du reste, il aperçoit sa main effleurer le bar froid et collant d’alcool, cette main qui, comme au ralenti, contourne cette femme qui agresse le mal-être de son âme. Le temps s’étire encore tel un élastique, il se penche calmement, là, tout juste assez pour attraper la main familière au dessus du bar avant qu’elle ne disparaisse comme un effet de mirage. Rapidement surprise, la femme fait volte face, toujours dans ce ralenti inexpliqué des sensations d’un psychologue, alors que ce dernier referme ses doigts sur le poignet d’une identité qui ne lui revient toujours pas. Entre ses phalanges, un frôlement, un étau mal resserré d’où pourrait s’échapper n’importe quelle prise, si ce n’est cette très légère pression supplémentaire qui supplie de rester. Là, comme ça, juste un instant.

Pour qu’elle s’en aille.

Ennuyée par l’adolescent venu s’accaparer une prise qu’elle croyait à sa portée, elle le regarde de bas en haut d’un air profondément agacée puis s’en va vivement, happée entre un amas de corps mouvants.

Et ça marche.

Yui observera encore un moment le vide qu’elle recrée après son départ, la suivant d’un air distrait du regard, le cerveau sonné, le corps se tenant droit dans une impression d’être à l’aise, comme si rien ne pouvait l’atteindre. Elle l’a sonné. Les gens ont tendance à un peu trop vite envahir sa tête, ces derniers temps. Il ne parvient plus à se réguler sur la cadence du monde. Pourquoi ? Parce qu’il est, dans sa tête, ce psychologue qui jamais n’a su s’arrêter d’exercer sa profession.

La main.

Son regard laisse filtrer une surprise un instant et il relâche d’un coup le poignet qu’il a gardé dans ses mains froides, avant de venir détailler le visage qui lui appartient. Ce regard gris.

-Je vous devais les livres, a-t-il instantanément murmuré comme s’il avait pu être audible, au dessus d’une ambiance bordélique qui règne autour de lui.

C’est la seule chose à laquelle son esprit parvient à se raccrocher, parmi un dédale d’images contre lesquels ses souvenirs glissent inlassablement, comme projetées contre une paroi antiadhésive. Là, Valentine. C’était dans la librairie. Café. Un sourire creux vient pointer sur ses lèvres, mais un sourire tout de même. Un rayon de lumière dans un monde comblé par le néant, dans un univers installé sur un étrange silence. Il a attrapé son verre et a simplement commandé le même à l’attention du jeune gérant.

-C’est mon dernier verre.

Promesse à lui-même, promesse dans le vide, on trinque pour la déchéance.
Après, on s’en ira pour de bon.

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MessageSujet: Re: Asynchrones   Asynchrones EmptySam 31 Oct 2015 - 0:09

Je souriais tristement à l'entente de la demande de mon voisin. Ce fantôme si proche du mien succombait-il à l'alcool de la même manière qu'un vivant ?

Trop tôt pour tirer des conclusions, bien trop tôt.

Je demandais la même chose au serveur, et levais mon verre arrivé en même temps que le sien dans un geste fraternel. J'hésitais un instant, buvais une gorgée, comme si elle me justiefierait de toutes mes imprudences, avant de lui murmurer, tout bas, comme s'ils étaient dans une dimension différente de celle des autre, différente de celle de cette jeune fille.

« A notre déchéance. »

Je me tournais, dos au comptoir, pour observer le beau monde gigotant autour de nous. Indifférent, à nouveau, quand ce spectacle aurait dû me rendre nerveux, agacé, triste, désespéré même. Je ne lâchais pas ce sourire amusé qui ornait mon visage glacé. Je ne le lâcherais pas.

J'observais cet homme à mes côtés. C'était un esprit de la nuit, comme nous le sommes tous. Je n'avais pas souvenirs de l'avoir rencontrer, et je n'avais jamais imaginer comment pourrions nous nous quitter. Quelles discussions avons-nous eus ? Quelle est son opinion sur ces diverses choses qui perdent leur importance au soleil couchant ? Même en dehors de ça, me connaît-il en tant que Judikaël ? Ou me connaît-il réellement ? Est-ce que j'existe en dehors de cette boîte de nuit, ais-je une existence au soleil levant ? Mourrais-je si il quitte mon champ de vision ?

J'avais envie d'une histoire.

D'un geste, j'interpellais l'attention de Valentine. Oh, et puis sinon, ce n'est pas bien grave.

« Quand j'étais adolescent, j'attendais un ami à une soirée. Il est arriver très tard, en sueur, haletant, totalement paniqué. Il aurait rencontrer en venant, dans la gare, un homme cherchant un train pour Paris. Cet inconnu cherchait un certain Daniel Grignon. Mon ami connaissait Daniel, très bien même, c'était un personnage d'une histoire qu'il avait écrite. »

Je marquais une pause.

« Il as paniqué. Il as eu l'impression qu'on s'attaquait à une partie de lui en cherchant ce Daniel. Il avait récupérer le numéro de téléphone de cet inconnu, mais je ne l'ai pas cru. Je lui en ais voulus de me raconter un aussi abbérant mensonge pour justifier son retard. Mais quelques jours plus tard, il as disparu. »

Je finissais mon verre. Ma gorge était sèche. Mon pouls s'accélerait, je m'adaptait au dehors. Il ne fallait pas. Je poussais plus loin ce verre, prenais une inspiration, et terminais mon histoire, en saccadant chaque syllabes, en prenant le plus de temps possibles, en dissonance avec la musique alentours.

« Quand j'étais adolescent, je crois que je suis tombé amoureux d'un dieu. »

Un petit dieu, un tout petit dieu. A mon échelle disons. Bah oui, j'étais si petit, si minuscule par rapport à l'effroyable veritée, face au grand conte de fée. Ils avaient raisons, j'avais tord, c'était une des règles de bases de l'univers. Alors là, à savoir si j'ai inventé ou non cette histoire, ou à savoir si cet ami avait raison ou non, quelle importance ?

Nothing really matter.

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MessageSujet: Re: Asynchrones   Asynchrones EmptySam 31 Oct 2015 - 18:43

L'un tourné vers le bar l'autre vers l'ondulation étrange de l'humanité, Valentine a de nouveau tenté de laisser les mots s'infiltrer dans son être. Il y a quelque chose qui martèle lourdement sa tête depuis l'intérieur, un amortisseur qui brouille la finition du bruit, le goût indescriptible de ce liquide qui s'évide à travers son corps. Des sensations floues, des images floues au dessus de laquelle cette voix féminine.
Si un personnage de ses propres fictions sortait de son contexte pour le rejoindre dans la réalité, ça le rendrait sans doute malade. Un peu comme croiser Kami Otagame dans l'avenue en bas de chez lui, ou un quelque chose dans le genre. Bon. Peut être pas jusqu'à malade mais il serait perturbé, à devoir réfléchir de nouveau sur sa vision de la quintessence du monde. Imprégné dans une nouvelle histoire sans nom, Yui sait qu'il a l'esprit confus; et c'est dans cette conscience qu'il reste paisible, comme s'il ne lui avait jamais été donné d'être aussi clairvoyant.

-Et vous avez une définition du dieu?

Il ne la regarde pas, cette voix mais lui répond comme s'il se trouvait en face d'elle, le regard donné entre l'interstice de deux bouteilles derrière le comptoir. Il a lentement secoué la tête.

La musique passe à une autre dans une des transitions les plus douteuses. Le barman lui demande s'il veut autre chose, ce à quoi il se refuse en levant son verre -le dernier, s'est-il promis. Yui Valentine n'a qu'une parole et c'est sans doute la raison pour laquelle il ne fait presque jamais de promesses. Sans parole lancée en l'air, pas d'engagement envers lui, envers les autres ni envers la moralité. Il a fini par détourner le regard de son point d'observation invisible pour contempler son verre, puis est venu poser clairement les yeux sur sa nouvelle voisine du bar.

-Cet adolescent, vous ne l'êtes plus? , a-t il simplement fait d'un air qui s'est voulu amusé. C'aurait pu être une constatation passagère, après tout Valentine n'a rien à dire de plus si une femme veut passer pour un homme. Parfois ça a son charme; en d'autres termes, cette pensée qu'elle serait une jolie femme revient.

Yui s'est tourné dans la même direction que cette dernière pour regarder tous ces gens qui ne se distinguent plus, tous ces gens qu'il ne voit plus tellement. Vu ainsi, ça semble plus simple.

-Vous savez ce qu'est la déchéance?

Yui a doucement secoué son verre en faisant retentir les glaçons entre eux. Il voudrait sortir de ce monde pendant que les légers impacts des glaçons contre le verre se font sentir au creux de sa main et lui rappellent une dernière fois son état d'esprit. Il focalise alors son attention sur une jeune femme, à qui il ne donnerait personnellement plus ce statut là, à part celui d'individu sombrement perdu avec lui-même. Une danse lascive qu'elle mène avec exagération contre ce qui doit faire office de partenaire pioché dans cette boîte, une danse qui ne ressemble plus vraiment à quelque chose tellement qu'elle ne doit plus avoir la conscience d'elle même à part celle des sensations corporelles. Et encore. Au final, cette mare humaine lui fait penser à des vaguelettes toutes asynchrones les unes les autres alors qu'elles appartiennent au même lac. Yui détourne le regard.

-J'ai bu.

Valentine, tu pourrais raconter n'importe quoi si tu pouvais te débarrasser de cette sensation d'être trop lucide.

Beaucoup trop.

Un pouffement de rire sans joie, il laisse une gorgée étrangement envenimer son âme.

-Vous en avez d'autres d'histoires? Ou la suite de votre dieu par exemple.
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MessageSujet: Re: Asynchrones   Asynchrones EmptyDim 1 Nov 2015 - 15:07

Je restais dans cet état dérivant, en équilibre sur mes coudes, les yeux fermés, à contempler dans le noir le chaos de mes sens, l'étrange monstre sonore qui entourait l'espace, et la voix, douce et lointaine, de mon compagnon d'infortune. Je tendais l'oreille, mais ne percevait pas tout à fait correctement ce qu'il me disait. Il y avait un voile de doute, de méfiance, d'incohérence et de mensonge entre nous, pour autant que je ne savais même plus le distinguer de la vérité. Imposteur de personne et instigateur de rien du tout, j'étais.
Je laissais le rythme s'accelerer et ralentir face à moi, sans le contredire, sans le contempler, en le laissant frénétiquement battre de l'aile. Je ne te suivrais plus, l'ami. J'ai besoin d'un inconnu que je n'arrives pas à saisir.

« Quel genre de dieu ? »

Je déposais la question devant moi, la laissait voleter un peu avant qu'elle ne s'écrase à mes pieds, les plumes noires dans le sol collant d'alcool. Je l'observais se noyer quelques instants avant de répondre simplement à la question que je doutais, n'avoir pas compris.

« Il a modifier le temps, modifier l'espace et toutes les règles de son environnement. Il les as compris, se les ais appropriées et les as transgresser. C'est tout simplement fascinant. Je n'en doutes pas, il était un dieu, de toutes les manières. Comme tu l'es, et comme chacunes de ces personnes le sont. »

Je me perdais dans mes explications. Incapable de me pencher en avant pour me rabaisser à saisir une de ces plumes noires, je cherchais le sel dans ma respiration. Il y avait là quelque chose que je souhaitais exprimer, de trop abstraits. Il n'y as rien de divin ou de sacré à ça, je suis le petit dieu de rien.

« Tout ça n'est qu'une histoire de perception. Tu ne penses pas ? »

Je penchais la tête d'un côté et lui tendait un regard, le priant de le prendre et d'en faire quelque chose de meilleur. Il me manquait quelque chose. Lamentablement.

Cet adolescent, vous ne l'êtes plus?

Aucune idée. Mes souvenirs sont passés, introuvables, enfouis, morts noyés. Etouffés. Suffoqués. Toi, tu as ce pouvoir. Comment pourrais-tu ne pas l'avoir ?

« Vous l'êtes. »

Vous savez ce qu'est la déchéance?


Le sais-tu ? Si tu le sais, partages-le moi. Ne gardes pas égoïstement ce pouvoir pour toi. Abreuves-m'en. Ne me laisses pas.
Comme une délivrance, conclusion à toutes les choses, et à toutes les questions que j'avais pu me poser auparavant, tu déclarais, comme une excuse :

« J'ai bu. »

Ça n'importe plus. Et c'est sûrement l'unique vérité à retenir ici. Je demandais au serveur un nouveau verre d'un alcool fort, l'avalait à petite gorgée. Le liquide brulait ma langue, ma gorge, avant de se répandre dans tout mon être. La mémoire me revenait par à-coups, un regard, un geste, une caresse à chaque gorgée. Tout ce qui s'était envolé quand j'avais voulu faire le poing, assis à la table de la salle du club de littérature. Ces jours, ces nuits passées allongés nus au milieu de ma chambre, à regarder le plafond, quand je ne venais pas plaquer ma poitrine contre le carreau froid pour observer le monde d'en bas. Au milieu des senteurs de thé vert, un goût acide de bile dans la gorge. Assez proche de ce que je m'infligeais maintenant. Valentine avait sûrement raison, je ne connaissais rien au monde, rien à la vie, et si je pouvais déjà parler de ma propre histoire sans avoir une amère envie de dégobiller, ce ne serait pas si mal. La déchéance ? Les dieux ? Est-ce qu'ils avaient seulement existé ? Je tourne en rond. Est-ce que ça avait seulement une quelque importance ? Dois-je croire en mes rêves ou en une lugubre réalité ?
Il n'y as pas de mouches tournoyants au plafond. Seulement des dizaines et des dizaines de corps. Valentine me parle.

-Vous en avez d'autres d'histoires? Ou la suite de votre dieu par exemple.

Cette fois-ci, sa voix, à nouveau, m'étais parvenue très distinctement. Il n'y as plus d'ailleurs. Il n'y as plus que nous. A nouveau. Je suis de retour. Tout ça n'est définitivement pas pour moi, il ne l'a jamais été.
Je rapproche mon coude du sien, mes lèvres de son oreille. D'un doigt fébrile que je voulais sûr, je mets derrière sa petite oreille blanche une mèche de cheveux clair, et dépose dans son creux ma demande :

« Pourrais-je entendre la vôtre ? »

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MessageSujet: Re: Asynchrones   Asynchrones EmptyVen 6 Nov 2015 - 19:26

-Moi un dieu, a-t-il fait presque hébété puis en pointant d'un mouvement de la tête, -Eux des dieux?

Valentine a soudain eu un sourire, perdant toute la gravité de ses instants auparavant. Un sourire à travers lequel c'est tout son corps qui s'esclaffe, son être qui ricane comme s'il se moquait du monde. Cette sensation, ça fait longtemps. Une histoire de perception, très probablement. Sans doute. Et puis c'est une expression amusée qui a soudain disparu. Apres tout pourquoi pas, lui il a bien vu Thémis, lui. Elle lui a volé un truc bien qu'il ne sait plus trop quoi.

-Je l'étais sans aucun doute.

Un adolescent.

Il ne s'attend pas à ce que la voix se fasse aussi perceptible tout à coup, là, tout près. Elle chatouille son ouïe mais pique sa conscience et Valentine, figé dans les quelques secondes à retardement de cet instant, hésite. Et d'un coup, entendre une histoire lui paraît concevable; la raconter, hors de portée.
Il pose son verre, se redresse et se recule pour scruter le visage qui lui fait face, ces yeux dont la lumière fictive voile les nuances, la pointe d'un nez délicat, des lèvres qui se veulent trop sérieuses. Une histoire Valentine, réfléchis à une histoire. Ces derniers temps, tout a pris une envergure étrange.

Thémis. Elle était apparue là où Kami n'était plus, usurpant et défaisant tous les ponts et rails oniriques créés. Elle avait décidé de son sort, de son équilibre sur le seul déséquilibre de sa balance, et l'avait observé, hautaine, hors d'atteinte, à des milliers de kilomètres de ses perceptions. Alors il voulait bien y croire à demi, au dieu. Mais juste à cette déesse. Sa vue se brouille, il secoue la tête dans un futile mouvement de la tête.

-Je doute être en mesure de vous en raconter une aujourd'hui.

Il a eu un sourire.

-Prenez donc votre verre, il y a trop de déités abstraites en fête, ce soir.

Autant choisir celui qui ne se proclame pas dieu en ce monde déluré. Pas d'éternité, juste un peu d'éphémère le temps d'une vie, le temps d'une histoire. Yui Valentine préfère cet aspect là parce qu'elle lui donne l'impression de quelque chose de plus distinctif, de plus unique.

-Après tout, toute histoire a un début... et puis une fin.

Il saisit son verre et entame le premier pas vers la sortie, invitant la discussion à se poursuivre. Trop occupés à bloquer les entrées, on ne remarque pas sa sortie, une consommation entre les mains, s'engouffrant tranquillement dans la rue. L'air frais apaisent la lourdeur de l'atmosphère et libère les esprits.

-J'ai beau réfléchir, je n'ai toujours pas d'histoire à vous raconter.

Il lève le verre devant ses yeux comme s'il pouvait y voir quelque chose de plus à travers les lumières des lampadaires, puis l'a paisiblement levé devant ... Devant la personne à qui il ne donne plus d'identité.

-L'alcool rend trop sérieux je crois.

Et de la buée est sortie, de son expiration. Éphémère, comme une histoire.
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MessageSujet: Re: Asynchrones   Asynchrones EmptyLun 16 Nov 2015 - 20:20

Il y avait une dispersion du son, des images et des couleurs, autour du visage de Yui. L'alcool, peut-être. Sûrement. L'eau qui brouille l'aquarelle, étalée avec la paume.

Je l'étais sans aucun doute.

Peut-être. Un dieu ? Un adolescent ? Ça n'avait aucun sens, c'était une réponse sans plus de question. J'avais un peu de mal à suivre mes pensées, et préférais me concentrer sur les siennes. Il me regardait, je faisais de même. Comme une brise dans son regard, m'encouragea à détailler davantage son nez, ses cheveux, la courbure de sa mâchoire. J'ouvrais la bouche, cherchais l'air. Vide. Alors je bus sa parole.

Je doute être en mesure de vous en raconter une aujourd'hui. Prenez donc votre verre, il y a trop de déités abstraites en fête, ce soir.

Oui, bien sûr. Je t'écoute, je te suis. En sens inverse, pas de soucis. C'est facile, je peux le faire. Plus facile que le reste en tout cas. Je suis fatigué de réfléchir.
La toile avait faibli, quand je marchais à contre courant, en suivant Yui. J'hésitais à prendre sa main, ou son épaule, pour me guider jusqu'au dehors, mais peut-être cela faisait-il parti d'une sorte d'épreuve. Je pouvais le faire, même si mon squelette menaçait de se fracturer à chaque contact avec un danseur. Je décidais de glisser sur le sol, plutôt que lever un pied, je cherchais à garder mes ancrages. Peut-être pour me sentir comme un prophète, capable de glisser dans mon élément sans y prendre part. Capable de se défaire de la toile qui ne nourrissait plus personne mais mangeait tout le monde.
Dehors, des étoiles brillaient dans le ciel, au-dessus du fleuve noir d'obscurité, où voguait les jumeaux lumineux des petits amis de la lune, absente ce soir-là. C'était peut-être à nous de les garder. Je soupirais. Assez des peut-être.

Yui prononça quelque chose que je ne compris pas. La nuit s'en abreuva. Je me rapprochais, je voulais entendre cette histoire, comme si allait contenir une sagesse céleste que monsieur Valentine aurait la charité de me partager, par pitié ou réelle amitié, quand je ne parvenais pas encore à me souvenir où nous étions rencontrés, malgré toutes mes recherches mentales. Le voile de nuit, d'alcool et de sentiments refoulés l'avait masqué de ma mémoire. Il déclara, en levant son verre :

« J'ai beau réfléchir, je n'ai toujours pas d'histoire à vous raconter. »

Je soupirais de soulagement. J'avais entendu. Et quelque part, ça me rassurait beaucoup, de savoir que je n'avais pas à me préoccuper de quelques dieux descendus pour apporter des réponses. C'était ainsi, et je ne pouvais rien faire pour changer la nuit. Ou du moins, j'avais déjà fait de mon mieux, c'est à dire rien. J'avais le sentiment d'avoir accompli ma tâche. Émotionnel, par l'ivresse, sûrement, des larmes montèrent à mes yeux quand le jeune homme ajouta, en expirant sa buée de sagesse:
-L'alcool rend trop sérieux je crois. »

Je répondais en espèrant qu'aucun sanglot n'apparaîtrais dans ma voix. Quelle amusante situation, je suis ridicule.

« Ce n'est pas grave. Merci, beaucoup. »

Je souriais à Yui, me rapprochais encore, près de la barrière à laquelle il s'adossait. La musique au-dehors nous parvenait défragmenter, je l'entendais. Un rythme sur deux, à la blanche, plus lente. En tant normal, je n'aurais pas osé tenter un contact tactile avec qui que ce soit, ce n'étais pas ma nature, mais mettons ça sur le dos de l'alcool. Distraitement, j'avais glissé mon index dans la chevelure claire, tournant une mèche autour de mon ongle. La lumière changea, un nuage était passé. La lune reparut. Je souriais, lâchais la mèche et riait bêtement.

« Pardon, j'ai bu. » Annonçais-je d'un air malicieux, comme une excuse pour ce que je m'apprêtais à faire. De ses cheveux, délicatement, de peur d'une violente réaction, mon index était passé sur son épaule gauche, avec mon majeur et le pouce. J'étais trop prêt, alors pour rompre légèrement le contact, je penchais la tête sur le côté, les yeux vers le ciel, et lui demandais, l'air de regarder les étoiles :

« Voulez-vous danser ? »

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MessageSujet: Re: Asynchrones   Asynchrones EmptyMer 25 Nov 2015 - 8:40

Il a un visage près de lui, vraiment très près, à tel point qu'il voit quelques larmes miniatures restés coincés entre ses cils. Calé entre la barrière qui lui sert d'appui et son acolyte de la soirée, Valentine laisse les apparences paraître telles qu'elles le veulent alors que Judikael Coda, sous son pseudonyme masculin, n'aurait pu être à ses yeux, davantage femme qu'à cet instant. Il aurait d'ailleurs été un homme que Yui aurait pensé qu'elle était une femme dans le corps d'un homme. Mais il ne lui donnait ni nom ni claire identité sexuelle, pour le seul respect de cette dernière. Il ne lui donnait pas de nom car ça lui allait ainsi; et alors, peut être que le jour suivant en se levant, il n'aurait pas à s'en vouloir de l'avoir oublié.
Yui Valentine fuit, comme cette femme en face de lui le fait; il fuit, elle fuit, chacun dans une direction différente tout en se retrouvant dans un face à face étrangement intime et déphasé à la fois.

J'ai bu.

Le monde est un kaléidoscope sans composition.

-N'est ce pas une raison de plus pour ne pas vous jeter dans les bras du premier inconnu?

Il murmure.

Il n'engage rien parce qu'il n'a rien à lui offrir, lui dont l'âme a été subitement retirée; pour le compte du diable ou celui du dieu, on lui a dit qu'il revenait de loin et depuis, depuis... Le kaléidoscope ne fait plus de rosace logique. Il y a ces milliers de fragments bi-chromiques sans plus de lois pour régir les éléments entre eux.

Il a fini par lever momentanément les yeux vers ce ciel nocturne marqué par le passage des nuages; finalement, la nostalgie le gagne aussi. Les ciels étoilés ont un jour cessés d'être sa tasse de thé, il ne se souvient plus pourquoi.

-Mais vous riez, c'est peut être l'essentiel.

Il aurait fallu mentir pour faire passer cette femme pour un adolescent; il lui aurait fallu être aveugle et insensible à cette once de féminité qui émane de sa mélancolie. Alors Valentine, une danse?

-Pas question, après vous voudrez me retirer mon statut de dieu!, s'est il exclamé presque sérieux.

D'autres voix.

Son attention a jeté un coup d'œil au groupe d'étudiants sortant de la boîte en titubant. Quelle heure est-il, il n'en n'a que faire et c'est ainsi qu'il voit un autre groupe débouler de la sortie, un peu trop bruyamment, un peu trop désordonné dans leurs faits et gestes. Les voix s'entremêlent, ça se bouscule soudain jusqu'à eux, projetant l'un contre l'autre et brisant les dernières distances. Yui, dans sa surprise, réceptionne sa compagnie spectrale du soir tandis que le verre qu'il tient lui échappe pour finir sa chute au sol.

Il avait bel et bien promis que ce serait son dernier verre.

Finalement c'est une dispute qui s'élève près d'eux, pour une raison que seul des déités éméchés peuvent connaître.

-Allons marcher.

Valentine a passé une main dans le dos de la jeune femme pour s'éloigner de là. Les causes d'autrui, lorsqu'elles dépassent le champ de la parole au point d'en venir aux mains ne l'intéressent guère. Les videurs ont séparé les jeunes et Valentine a cessé de les regarder pour revenir sur sa voisine.

-...et vous, lorsque vous avez bu, vous voudriez danser avec tous les inconnus, a-t-il paisiblement commencé. C'est qu'il s'est toujours intéressé aux fondements d'une pensée.
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MessageSujet: Re: Asynchrones   Asynchrones EmptyMar 1 Déc 2015 - 20:18

Les yeux de Yui, que j'apercevais à peine dans l'obscurité, semblaient avoir pris une teinte que je ne lui connaissais pas. Est-ce que depuis le début, un regard de tendresse me paraissait condescendant, supérieur ? Que je suis bête.
A ma proposition, Valentine ne répondit que par une distance plus grande encore, son recul était perceptible. J'étais un peu déçu, mais sans savoir pourquoi, ce geste ne m'a pas vexé. Je savais, quelque part, qu'il n'était pas lié à un rejet, une preuve de mauvais sentiments à mon égard, mais tout simplement une retenue. Un respect, peut-être. S'insinua en moi un sentiment plus pernicieux, que je savais plus désagréable encore que s'il m'avait clairement envoyer paître. Je me tus, en même temps que je fis taire les remous dans mes entrailles. Je souriais.

N'est ce pas une raison de plus pour ne pas vous jeter dans les bras du premier inconnu?

Silence.


« Mais vous riez, c'est peut être l'essentiel. »

Oui, sûrement. Si tu le dis, Yui, je suis prêt à croire n'importe qui si ça pouvais m'apporter la sagesse que tes mots reflétais. Je n'étais plus lucide, mais pas dupe non plus. Il n'y a rien de sage, ni en toi, ni en moi, ni en aucune personne dans cette boîte de nuit. C'est une vertu qui s'est perdue dans un vieux souvenirs que j'ai laissé sur le continent. J'aurais aimé, quelque part, qu'on me laisse la folie que je cherche tant à retrouver, et que toi, peut-être, tu me la donnes. Mais elle, tu l'as laissée dans ton verre, elle s'est fait toute petite, et même si tu reviens la chercher un prochain soir, elle ne sera déjà plus là. Et moi non plus.

Je n'ai pas bien compris ce qu'il a dit ensuite, je restais bloqué sur cette image, de la petite demoiselle folie au fond de son verre. Et si c'était elle qui ne pouvait plus remonter, si les parois étaient trop haute, trop épaisse ? Et si elle se faisait avaler par un autre, n'était-ce pas cet autre que je devrais partir chercher ? Combien de temps cela prendrait encore ? Je regardais mes mains. J'ai besoin de beaucoup plus, assurément.

Derrière, la musique n'avait pas cessée, mais je ne l'entendais plus aussi bien. Je m'étais brûlé les tympans à chercher à la comprendre, ne résonnais en moi plus que le silence offert par Yui. Trop de bonté de sa part, de me sevrer du bruit pour que je restes seul avec les étoiles. Mais pourquoi tu ne pars pas alors ? Pourquoi tu ne disparais pas, retourner à ta raison jusqu'à ce que petite folie te manque, et que tu reviennes la chercher avec moi ? Je ne veux pas du regard de pitié d'un raisonné. J'en ai trop connu. Je crois.

« Allons marcher. »

Sa main dans mon dos me réveilla d'un seul coup. J'eus l'impression un instant qu'il m'avait frappé, mais c'était le son de sa paume qui avait provoqué l'explosion. Oui, oui, arrête de parler et marchons, je ne veux plus entendre personne. Sinon, peut-être bien que je devrais pleurer à nouveau. C'était quand déjà la dernière fois ?

« -...et vous, lorsque vous avez bu, vous voudriez danser avec tous les inconnus »

Je lui adressais un regard grave. Il me voyait différemment. Je ne sais pourquoi, mais je n'étais plus la même personne à ses yeux. J'ouvrais la bouche, prêt à lui dire à quel point j'aimerais danser avec tous les inconnus du monde, ivre ou non, mais je la refermais instantanément. Si je disais ça, il se conforterait dans cette nouvelle idée qu'il se fait de moi, et je ne voulais pas. Je stoppais ma marche automatique, repoussais sa main.

« Je suis assez… »

Mais bien sûr, c'est ça le problème. C'est toujours ça le problème.


« … Grand pour savoir ce que je fais. »


La fin de ma phrase se noya entre deux sanglots étouffés.

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MessageSujet: Re: Asynchrones   Asynchrones EmptyVen 4 Déc 2015 - 1:24

-C'est sans doute comme vous le dites ...

Valentine s'est arrêté. L'alcool ne rehausse pas sa surprise et il maintient un silence observatoire. La mélancolie de la jeune femme a quelque chose de poignant qui ne laisse pas indifférent.

-Tout est dans la tête. Au final, tout est inscrit dans le champ des possibles. Parmi tous les danseurs ambulants, c'est à moi qu'il faut que ce soit demandé...

Il est soul et n'a plus la foi de batailler pour développer sa pensée. Lucidité, fatigue.

Lassitude.

-Sans doute parce que c'est justement c'est inscrit dans ce fameux champ.

Il aurait presque apprécié passer un bras autour des épaules de la jeune femme pour avancer comme il le faisait à l'époque avec son bon pote, le flic Atwoman, bras dessus dessous. Avec sans doute plus de retenue, parce qu'il n'a plus l'âge de ratisser avec insouciance les rues de Keimoo en chantant des chansons paillardes. Mais en fait... Aujourd'hui, il a cessé ce genre d'excès. Trop peu de choses l'amusent ces derniers temps.

-Hé...

Il pose un main sur l'épaule de la jeune femme prise dans ses sanglots. Ce n'est pas agréable de regarder les gens s'effondrer sur eux même quand bien même il pense avoir vécu suffisamment de répétitions avec ses patients.

Si seulement il s'en souvenait d'un.

-Et qu'est ce que vous voudriez faire de grand ...?

Comme un grand.

Valentine a enlacé cet étrange binôme de la soirée. Il a gardé un instant cette nostalgie contre lui, cette mélancolie qui contamine ses sens sans raison. De la tristesse, un coup de blues comme ça ne lui est pas arrivé depuis une éternité il semblerait-il. Remplacée par la perdition, remplacée par une colère interne qu'il cultive comme un monstre intérieur.

-Je ne pensais pas à mal.

Pas aujourd'hui du moins.
Juste un esprit éméché pour se laisser dormir la journée suivante, fin d'une semaine comme une autre.

Valentine n'est pas frivole des étreintes, Valentine n'a plus vraiment de compassion à revendre depuis son retour à la terre.  Il se détache de la jeune femme et met les mains dans les poches de sa veste pour les réchauffer. Il fait froid mais c'est une température qui se fait loin de ses perceptions.

-Vous voyez cette rangée de lampadaires de notre rue  là?

Il laisse quelques uns défiler au fur et à mesure de leurs pas. Le ciel est dégagé ce soir mais regarder les étoiles lui donnent la sensation que son sang comprime son cœur. Il ne les regardera pas et se contentera de compter les lumières des lampes.

-Le champ des possibles. Tout pourrait arriver à la fin de cette rangée.

Tu pourrais aller pieuter chez toi Valentine, par exemple. Ou alors marcher un moment le temps de dessoûler un tant soit peu derrière tes airs posés. Ou encore, écouter cette... Ce ´grand'. Ou même retourner boire un verre ? Ah non ça tu as dis que c'était fini aujourd'hui. Valentine, tu viens de faire pleurer quelqu'un.

Oui.

Tu le sais.

Et il aurait eu à rejouer cette scène qu'il ne sait quelle autre tirade il aurait pu raconter en ces circonstances. Finalement, il y a bien erreur sur la personne, il est encore loin du chemin l'élevant au statut de Dieu. Haha...

Et tu n'avoueras pas que tu as eu l'impression que c'est toi qui pleurait tout à l'heure quand elle a éclaté en sanglot.

Non ce genre de choses n'arrivent pas. Il a eu une pensée pour Erik. Parce qu'il avait tendance à l'obliger à se confronter à sa propre réalité.

-Ce soir nous sommes asynchrones.
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MessageSujet: Re: Asynchrones   Asynchrones EmptyJeu 10 Déc 2015 - 17:18

Il faisait trop sombre, trop noir, trop nuit et trop vide pour que je comprenne ne serait-ce qu'un peu ce qui m'arrivait ce soir. Il faisait trop flou, trop fou et trop lourd pour que j’arrive à suivre le cours de mes pensées et trouver la raison des larmes que je n'arrivais pas à endiguer. En fait, sur le coup, elles me semblaient parfaitement normales et anodines. Pas tant parce qu'elles faisaient partie de l’enchaînement des choses, un effet de cause à conséquence. Plutôt parce que ça se fondait dans le décor de triste mélancolie de ce soir d'automne.

Yui, après quelques hésitations, décida de me prendre par les épaules. Je me revoyais petite et frêle... Petit et frêle comme je l'étais dans les bras de Zakuro, dans les temples du nord, l'année dernière, à la même époque, entouré et protégé du monde par ses longs cheveux noirs. Beaucoup de choses avaient changées depuis. Pourquoi ces larmes ? Je ne suis pas triste. Il n'y a plus de raisons de l'être.
Je n'ai donc pas bougé d'un centimètre, les mains sur les yeux. Il était beaucoup plus petit, beaucoup plus fin que lui. A moins que j'ai grandi un peu. Un geste comme celui-ci qui m'aurait auparavant paru immensément salvateur et protecteur, ne me faisais plus tant d'effet. Peut-être n'avais-je tout simplement plus besoin d'être protégé. Peut-être ais-je tout simplement cessé de croire aux contes de fées.

Je ne sais pas.

Il s'excusait, disait des choses que je n'entendais pas. Il était trop près. Je me reculais, le vent frais a glisser sous mon pull en m'arrachant un frisson. Je fermais les paupières en attendant que ça passe. Que je devais être laide, avec ces rides au coin de yeux. Quand je les rouvrais, Yui n'avait pas bouger, le vent ne l'avait pas emporté. Son regard était tout drôle, au-dessus de moi. Moi, triste ? C'est dans ses yeux à lui que je la lisais, la tristesse, la mélancolie la plus sombre et la plus pure. Les mêmes yeux qu'il avait quand il est parti de la cour des miracles, l'autre fois, sans demander son reste.
J'ai rigolé, en mettant ça sur le coup de l'alcool. C'est bien pratique pour ces choses là, la boisson.

-Vous voyez cette rangée de lampadaires de notre rue  là?

- Non.

J'avais répondu immédiatement, sans me rendre compte de la vision poétique qu'il associerait à cette banale rangée de lampadaires. C'était trop loin, et un voile sombre avait masqué ma vision. De lampadaires je ne voyais que des lumières se confondant avec les étoiles, de grandes lunes qui roulaient jusqu'au lointain. Il terminait malgré tout :

-Le champ des possibles. Tout pourrait arriver à la fin de cette rangée.

Je ne voyais que mes lunes roulant à l'infinie jusqu'à en faire le tour de la terre. Peut-être était-ce de ça qu'il voulait parler. Cet état de transition immortel dans lequel nous nous trouvions, l'espoir insondable qui se trouve au bout. Celui d'une guérison, d'une renaissance, d'un renouveau qui n'arrivera jamais. Ou du moins, pas le temps que je suis ainsi, entre deux vies, soûlé par l'humain. Alors je jouais l'enfant :

« Tout ? Vraiment ? 


-Ce soir nous sommes asynchrones.

-Oui, sûrement. »

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MessageSujet: Re: Asynchrones   Asynchrones EmptyLun 21 Déc 2015 - 15:57

-C'est à vous de croire ce que vous voudriez voir.

Il lui a jeté un regard de côté et a haussé des épaules avant de fixer ces lampadaires qui défilent au dessus de leurs pas. Dans ses plus jeunes années, il se disait que la lune, la vraie, le suivait partout où il se rendait, comme un œil du ciel obscure. Maintenant, c'était lui qui suivait la lueur de lampadaire comme une nuit sans lune; dans le fond, peut être qu'elle avait renoncé à suivre ses imbécilités. Elle avait sans doute raison. Yui Valentine est cet homme qui ignore ce qu'il a oublié, il est celui qui ne peut voir ailleurs que maintenant; autrement dit plus grand chose.

- Tout.

La raison en moins était sans doute ce qu'il lui manquait.
Ou la foi.

-Vos larmes ne me font pas peur.

Il avançait dans le mensonge au fur et à mesure de ses pas et mentait comme sa voisine se mentait à elle même. Mais au final, était ce grave, prétextant l'alcool, prétextant la déraison, prétextant le froid jeté sur deux esprits en perdition.

-Vous êtes grand... hm et bien je suis grand, mais voyez vous, tout arrive. Au final rien, car je pourrais prétendre être l'empereur de tout mais de rien à la fois et peu importe ce qu'en dira le monde car je me sens empereur quand même. C'est la même conclusion que votre histoire de dieu non? Vous devriez donc être un empereur ou tout ce qui s'y rapproche. Sur ce, la bonne nuit !

En fait tu es complètement saoul Valentine. Tu donnes l'air de tout maîtriser mais tout t'échappes, tu te bas pour ne pas laisser le hasard s'occuper du reste mais au final tu glisses, tu dérapes. En fait, c'est comme la fin de chaque soirée. Du flou, plus de flou, toujours plus de flou: c'est pitoyable. Il fallait que du temps passe.



I wonder why yesterday you told me about the blue sky
And all that I can see is just a yellow lemon tree




-Je vous rends vos livres, jeune homme, a fait Valentine en posant tranquillement les manuels sur le comptoir.

Il a levé le regard et a cillé. La Cour des Miracles - est ce que finalement, il y en avait eu un, de miracle, ou était-il passé à côté ? Des mois s'étaient dissous depuis qu'il était venu emprunter.

- Vous, je vous ai vu.

Son index a pointé le gérant et il a souri.
Il avait fallu que le temps panse les esprits versatiles et change les pensées délétères. Il avait fallu qu'une fine couche blanche recouvre les rues pour en camoufler l'obscurité.

- Dites moi combien je vous dois.

Valentine a fait un tour, entre les étagères.
Il ne sait pas si après tant de retard, il peut encore encore exiger une part de confiance.

- Vous connaissez la un peu mieux la ville? Une invitation a été ouverte depuis l'académie pour la fin d'année.

Son regard a attrapé quelques titres à la volée puis il est revenu vers le comptoir pour s'acquitter de ses dettes.




HRP:
 
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MessageSujet: Re: Asynchrones   Asynchrones EmptyLun 4 Jan 2016 - 12:30

Quand je vis apparaître Valentine dans la cour des miracles, il ne faisait pas nuit, cette fois. Pourtant, le même brouillard ténébreux est venu couvrir mon esprit à sa vue. Je n'avais pas bu mais je me sentais toujours un peu saoul de ce soir là, de sa vision brève mais déjà trop longue, une seconde qui s’étend à l'infini, pour se multiplier et en faire des milliers.
De ce soir-là, il ne me restait que sa dernière réplique, cette conclusion à notre rencontre et, je l'avais cru, à cette relation en chassé-croisé :

-Vous êtes grand... hm et bien je suis grand, mais voyez vous, tout arrive.

Je suis grand…
Aujourd'hui est mon dernier jour à la cour des miracles. Je venais chercher mon dernier salaire, rendre mon tablier et un vieux pull à William, qu'il a tenu à me donner en cadeau d'au revoir. Je le sentais comme un adieu, ce salut. Dans quelques jours, je devrais retourner à l'académie Keimoo, laisser ici tout ce que j'avais pu construire de bon et repartir avec mes échecs, affronter les regards non plus destiné au charismatique Joshua qui peut tout se permettre, mais à Judikaël. L'imbécile, celle qui a fait trop d'erreur pour être pardonnée. Alors, de grand, il ne me restait plus rien. Je devenais toute petite.
J'ai à peine réagi quand il m'a appelé : jeune homme. Je lui souriais. Ses cheveux avaient poussés, un peu. Enfin c'est peut-être moi. Et il avait quelques flocons sur sa vestes, contre la couture des épaules. Alors il neigeait dehors.

- Dites moi combien je vous dois.

Je secouais la tête à la négative :

« Tu ne me dois rien. »

Et me reprenais, les yeux dans les siens, par défi, provocation ou profonde mélancolie, aucune idée. Mettons ça sur le coup de l'alcool.

« Pardon, vous ne me devez rien. On ne fait pas payer les emprunts, monsieur. »

Je le laissais se balader, à priori sans faire attention à mon manque de politesse, que je me préparais déjà à justifier par mes origines européennes. Quand j'y penses, quelle excuse stupide. J'ai croisé si peu de japonais de souche dans cette commune, et puis ça fait plus d'un an et demi que je suis ici. Au final, c'est comme créer un si grand clivage entre Joshua et Judikaël. Pourquoi ne pas admettre que les deux font partie de moi ? Je n'ai eu cesse de me dire que je devais en tuer un pour vivre avec l'autre, quand je me trouvais clairement entre les deux. Je ne sais pas. Je ne sais jamais de toute façon, il est temps de commencer à être lucide.

- Vous connaissez la un peu mieux la ville? Une invitation a été ouverte depuis l'académie pour la fin d'année.

Je cessais de me cacher derrière mon comptoir, sortait par la petite porte battante au fond et m'asseyais sur une chaise, à côté de lui, les mains sur les genoux. Je voulais m'intéresser à ce qu'il disait. Une invitation ?

« Je suis perdu où que j’aille, mais ce n'est pas plus mal. Je n'ai pas vraiment de logis fixe, je n'ai reçu aucune invitation, et puis ça doit être trop tard j’imagine. Vous y étiez ? »


De toute façon on ne peut pas dire que j'apprécie énormément cet établissement avec lequel chaque habitant semblait avoir un lien.

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Dernière édition par Judikaël Coda le Lun 11 Jan 2016 - 12:07, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Asynchrones   Asynchrones EmptyVen 8 Jan 2016 - 16:11

-Vous pouvez me tutoyer.

Il y avait des épines et le velouté de pétales discrètes, la douceur d'une surface vitrée et le tranchant d'une arrête brisée. Judikael Coda, c'était ça. Et entre ces deux paradoxes, elle pensait se perdre pendant que l'ambiguïté de son identité réveillait l'intérêt d'un homme. Le jeune homme de la cour des Miracles était un grand qui passait son temps à se cacher, une jeune femme des quelques minutes du bar qui se pensait oubliée.

-Vous êtes perdu parce que vous n'ouvrez pas les yeux.

Il s'est retourné et s'est un instant figé en la découvrant assise là, attentive. Beaucoup trop dans les faits; Yui Valentine aurait préféré n'avoir qu'un dixième de son attention. Le grand garçon qu'elle se voulait être était une fragilité, un tout autre genre que Takeshi, une instabilité perpétuelle. Une chaloupe qui se retourne au moindre déséquilibre, la tête hors de l'eau, la tête sous l'eau. Il respire, elle s'étouffe, elle respire, il s'étrangle. Il a cessé de parcourir les étages du regard pour s'assoir en face d'elle derrière la table, à l'affût du prochain déséquilibre qu'il ne lui trouvera pas. Il a alors croisé les bras et s'est adossé sur son siège puis a haussé des épaules.

-Par exemple vous ne voyez pas que j'ai envie de vous embrasser.

Tout arrive.

Il le lui avait déjà dit.


Yui a décroisé les bras et levé un instant les mains comme s'il devait calmer un jeu. Ce n'est pas comme s'il lui posait une question à réponse quelconque en posant sur la table un fait, comme un autre. Ce n'est pas comme s'il fallait faire quelque chose pour y remédier. Non. Ce n'est pas non plus une invitation mais un constat auquel il ne s'attardera pas davantage. Quoi dire de plus lorsqu'il n'y a justement plus rien à dire.

-Vous pouvez faire semblant d'être perdu autant que vous le souhaitez mais tout ça, c'est dans la tête.

Quoiqu'il en soit, il reviendrait se perdre dans les livres de cette cour, sentir l'authenticité des pages collées les unes aux autres d'anciens recueils poussiéreux. Emprunter d'autres manuels, les rendre avec un retard agaçant jusqu'à ce qu'on le lui reproche. Il ne chercherait pas le gérant, ne chercherait pas le grand garçon, ni la grande fille. Il cesserait les bars après y avoir vu Thornberg. Les liens avec les habitants de cette ville, personne ne les décidait, ils s'imposaient de fait ainsi. Des liens, des pseudos liens.
Nous ne nous devons rien. C'est sans doute mieux ainsi.

Tout était dans la tête.

-J'y étais.

Ce soir là, c'était tous des perdus dans un monde de perdus; mais ils le vivaient tous à leur manière.
Il était là le paradoxe. Là bas, à Libra, il y en avait aussi.
Paradoxes, Paradoxe, telle qu'elle se nommait.
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Joshua Coda
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MessageSujet: Re: Asynchrones   Asynchrones EmptyLun 11 Jan 2016 - 12:35

-Vous pouvez me tutoyer.

Ça sentait le déjà-vu. Je m'étais déjà posé la question du vouvoiement, sûrement. Difficile de savoir, entre les normes occidentales et orientales, entre son éloignement ou, parfois, sa subite proximité. Il y avait les lunes, je me souviens. Les lunes qui roulent, le champ des possibles. Sur le moment, je n'avais pas compris ce qu'il avait voulu me dire. Avec le recul, je crois que ça n'a aucune sorte d'importance. Ce genre de rêveries étaient peut-être tout simplement la preuve de l'existence d'une faille dans sa carapace, très épaisse de prime abord. J'avais peut-être réussi à la faire fondre, involontairement. Je n'aime pas fragiliser les gens. C'est difficile, sur la conscience. On n'est pas plus heureux, avec un abri ?

-Vous êtes perdu parce que vous n'ouvrez pas les yeux.

On n'est pas plus heureux, avec un voile par dessus la vision ? Plus il est épais, plus le monde est lisse, et plus on peut peindre sur sa surface, non ?

-Par exemple vous ne voyez pas que j'ai envie de vous embrasser.

Ah bon ?

Je haussais les sourcils, un peu difficile de cacher ma surprise. Est-ce que j'y avais déjà penser, moi aussi ? Ça sentait le déjà-vu. Je n'étais pas du genre à m'autoriser ces sentiments. A quoi bon.

-Vous pouvez faire semblant d'être perdu autant que vous le souhaitez mais tout ça, c'est dans la tête.

Je me suis levé. Il était assis, et avais haussé les épaules, comme si ça n'avais pas d'importance. Je posais ma main sur sa joue, et lui déposais un petit baiser timide sur les lèvres, sans trop réfléchir. Je ne tremblais pas. Est-ce que c'était important ? Mettons ça sur le coup de l'alcool. Il a bon dos, l'alcool, ou le cou, surtout quand il est absent. Il doit bien rire de moi, comme William s'il me voyait. En me rasseyant, je regardais les mouches près de la lampe. Elles s'étaient posées dessus. Est-ce que le temps s'était arrêté ?

« Qui ça ? »

Ça faisait longtemps que je n'avais pas embrassé quelqu'un. Je ne sais même pas si on peut appeler embrasser, un contact si fébrile. Est-ce que ça le vexerait ? Yui était mystérieux.

Aucune idée de qui voyait-il en moi. Une femme, un homme, pour lui ça n'avait peut-être aucune importance. Je le sens comme quelqu'un d’intemporel, proche d'un fantôme, plus que d'un humain. D'un esprit japonais aussi, peut-être .

Je ne sais pas.

Ces rites sont trop compliqués pour moi, les japonais sont trop obscures pour moi. Et je réalisais d'un coup.
Yui n'est pas japonais, je ne le suis pas non plus. Il est perdu, et moi aussi, aucun de nous deux n'a comprit ce qu'on fait ici, et je ne suis pas perdu dans mes mensonges, mes impostures. Nous sommes deux étrangers sur une terre qui nous as perdus. Nous sommes deux cœurs qui sont entrés en résonance, comme dans les contes pour enfant, comme dans les écrits de Platon. Et William, et tous les gens que j'ai pu rencontrer ici, entre deux mondes, entre deux rêves indistincts, ils étaient tous comme nous, des étrangers. Je comprenais le sens de ce mot qui pourtant était rentrer dans le langage. Étranger à une culture, voilà ce que ça signifie, tellement plus. Étranger aux couleurs de cette peinture, allergiques à une matière qui recouvre les murs, malades, contaminés par une mélasse qui recouvre tous les murs.

Mais ici les langues se délient.

Je souriais à Yui, qui, je l’espérais, avait pu suivre la même réflexion. Je riais, même, et dans mon rire, je m'autorisais à mettre un mot sur ce qui me troublait.

« Tu as raison. Maintenant que je fais la part des choses, je comprends. Tu es doué. J'envie ceux qui ont la chance d'être tes amants. »

C'est peut-être ça le miracle. Non. C'est le miracle.

Innocemment, je changeais de sujet pour cette histoire de fête et d'invitation, en lui laissant le loisir de décider quel sujet était le plus digne d'intérêt. Et peut-être aurais-je l'audace de reprendre le contact physique.

« Comment c'était ? »

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MessageSujet: Re: Asynchrones   Asynchrones EmptyDim 7 Fév 2016 - 22:56

Il laisse ses lèvres se faire effleurer dans la discrétion de quelques futiles instants tandis que Coda se rassied, il ne s'est jamais rien passé. Il a cligné des yeux, lui renvoyant sa question. Comment répondre à la futilité par la futilité.

-... Hm. Et bien.

Il s'est détendu sur le dos de son siège et a finalement souri. Les adieux se rapprochent, il ne sait pas vraiment s'il leur seront donné un jour de se recroiser. Il y a une note d'adieu dans cette visite imprévue, une pointe de confusion, de la perdition et suffisamment de place à un hasard auquel il s'est toujours refusé. Les miracles sont en soi étranges, et suffisamment subjectifs pour laisser place à des interprétations divergentes. Au final, ils n'étaient guère plus que deux esprits en vogue sur la houle d'une incertitude perceptible. C'était instable, indéfinissable; y avait il réellement besoin de plus. Fallait-il remercier, fallait il arrêter, répéter ou alors quémander moins ou davantage, Yui Valentine ne le savait pas et avait cessé d'y réfléchir.

-Bien.

Il a levé un sourcil et a tenté de décrypter davantage que sur l'expression de la jeune femme, ce grand garçon d'hier, de cette grande femme de demain. Ou peut être l'inverse qu'en savait il. Si le doute elle souhaitait faire planer autour de sa personne devait continuer, qui était il pour l'en détrôner. Il appréciait cette personnalité, et sans doute la femme qui manquait cruellement de confiance en elle par dessus toutes les nuances faussées. Elle ne le lui demandait rien et il ne lui répondait par conséquent, rien. C'était dérisoire.

Des amants.
Valentine ne laissait pas indifférent, il le savait. En bien ou en mal, il ne pouvait appeler ça comme étant de la chance. Des amants, qu'en savait il. On pouvait le haïr en silence comme l'admirer sans mot dire et le poursuivre jusqu'à la déraison. Yui Valentine aimait les femmes et les aimerait probablement toujours. Yui Valentine aimait Cammy Logan et c'est l'information qu'il avait retirée de leur entrevue pendant la cérémonie de Noël. Le Yui Valentine d'avant la déviation des âmes, d'avant l'accident des esprits, avait éperdument aimé cette femme avant qu'elle ne s'effrite brutalement de sa mémoire. Aujourd'hui, c'était une histoire qu'il parcourait, apparemment la sienne, et alors qu'il avançait dans sa lecture, il ne savait pas comment il devrait la vivre. La lecture de son existence. Si cette soirée c'était bien passée ou si la caresse des lèvres de Coda s'était bien passée, il ne le savait pas. Il n'y avait pas grand chose qu'il savait au final. Le trouble de ses visions le laissait partir à la destinée de ces âmes qu'ils rencontrait. Il ne savait pas si c'était vraiment des âmes ou de simples corps posés là sur son chemin. Tant d'ignorance et si peu de fondements...

Chaque incertitude lui donne envie de fuir. Là bas, loin.

-Ah et bien... revient-il finalement. Plutôt que d'envier, autant s'accaparer. Mais... ce sont des illusions. Tu sais, il n'y a vraiment pas grand chose à envier.

Ou alors il faudrait lui rappeler l'enviable.

Il secoue la tête et quitte des yeux l'argenté de ce regard nébuleux. Indéfini, nostalgique. Mélancolie, lorsque l'un quitte les lieux définitivement, nouvel envol pour l'un, départ pour l'autre. Il se lève.

-Je dois retourner au Salon.

Il a un sourire amusé dans la lueur de son regard avant de ranger son siège et il sort tranquillement de la pièce. C'était ainsi, sa salutation. Il avait déjà dit à Logan qu'il n'avait que des fissures et de l'hypothétique à lui offrir. Qu'il n'avait que cette impression incomplète à délaisser. Ça valait pour sa jumelle Eliane, son jumeau Theo. Pour le reste de l'univers, il n'avait plus qu'une moitié de plein ou une moitié de vide à proposer. C'était ainsi, depuis son retour à la terre. Il n'y avait plus que de la futilité et de l'inconsistance et dehors... Dehors, il faisait de nouveau froid.

-Je te remercie Coda.

Il lui avait souri, et la porte s'était doucement refermée.
Il fallait fuir alors il l'avait fait.
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MessageSujet: Re: Asynchrones   Asynchrones EmptyLun 22 Fév 2016 - 12:29

C'était un peu étrange. Voir trivial. Cette sensation d'échapper à la logique, dans cette conversation. Cette soirée à laquelle je n'avais pas assistée en guise de prétexte pour une sorte de… Jeu ? Jeu de séduction, si je ne me trompes. Aah, que je suis loin de comprendre ces sentiments. Combien d'amours avais-je pu connaître, en dehors de Lola ? Aucun, ou alors des flirt et des amourettes. J'avais réellement du mal à distinguer cette attirance du sentiment pur, que je n'ai dû connaître que pour la jeune fille chocolat.
Penser à elle et à sa peau de braise me rendait quelque peu mélancolique. Ce n'était sûrement pas à ce genre de choses que je pourrais comparer Yui, ne serait-ce que parce qu'il ne semble pas avoir beaucoup de sentiments à mon égard. Difficile de percer sa carapace et de comprendre quelle personne s'y cache. Après ces quelques jours, j'avais la sensation de ne pas mieux comprendre Monsieur Valentine et son univers. Et sûrement ne le connaîtrais-je jamais. Dans cette phrase qu'il soupira, j'entendais un adieu, simple, bref, sans aucune sorte d'importance.


-Ah et bien… Plutôt que d'envier, autant s'accaparer. Mais... ce sont des illusions. Tu sais, il n'y a vraiment pas grand chose à envier.

Venu de la bouche de quelqu'un d'autre, ces mots me seraient parvenus comme ceux d'une invitation, à bien davantage. A suivre Yui vers un ailleurs et me l'accaparer, comme il l'évoquait avec ses mots. Mais j'y voyais bien un au revoir sans espoir de renouveau. Je pouvais me tromper bien sûr.

Il n'y a vraiment pas grand-chose à envier.

[b]-Si tu le dis, Yui. »

Alors, il ferma la porte de la cour des miracles, de ma curiosité et de son intimité. Je suis allé trop loin, sûrement. Oh et quelle importance. D'ici quelques jours il n'aura plus sa place dans mon esprit. Je crois. C'était déjà si flou.

Je suis rentré chez moi d'un pas un peu lent. Je savais que c'était mes derniers jours en tant que Joshua et que dans très peu de temps je devrais reprendre le travail en tant que Judikaël Coda, avec ce nom qui mettait fin à tout ce que j'essayais de construire depuis juillet dernier. Quelle bénédiction ça avait été, ce renvoi. Quelle bonne idée j'ai eu de frapper ce surveillant, devant les élèves de ma classe de littérature. Pour une fois j'avais réussi à faire quelque chose de mes mains, même si ce n'était rien d'autres qu'un beau mensonge.
En faisant valser les flaques en quelques bancs de gouttelettes retombant sans bruit sur les dalles, je repensais à toi, Yui. Le fantôme qui venait me rendre visite, duquel je me suis senti tour à tour proche, puis très éloigné. C'était difficile de te cerner, je me le suis dis souvent, et tu n'as pas cru à mon mensonge. Pour autant je ne t'ai pas senti terre à terre. Plutôt volatile en fait. Dans tes pensées, et les envies que je n'ai pas su déceler. Je repensais à ce soir près de la boîte de nuit où j'avais voulu entamer une danse avec toi sous la lune, et que pourtant tu m'avais refuser. Par galanterie ou au contraire parce que tu me voyais encore comme un homme. Est-ce que c'est une femme que tu as voulu embrasser, et que tu hésitais à me voir comme telle ?

Je m'allongeais dans mon lit, face au plafond, avec Japon qui pointait le bout de son nez, enjambait les vêtements de Kami jonchant le sol, bien que ça faisait bien quelques semaines que je ne l'avais pas revu par ici. J'avais sûrement raté ma chance de pouvoir t'accompagner, Yui, un bout de chemin ensemble. Si tu me redonnais cette chance, je ne suis même pas sûr que je la saisirais, ou même que je la verrais dans tes agissements. Je suis sot. Et je n'aurais pas réussi à faire changer ça avec ces quelques mois.

Pour autant, je penses que dans un sens, je t'ai aimé.

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