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 As Nothing breathes me in. [ Joshua ]

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Zakuro Fea
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MessageSujet: As Nothing breathes me in. [ Joshua ]   Dim 30 Aoû 2015 - 1:55



    Chat, pluie, porte, nuit.



    Le chat est assis sur le rebord d'une fenêtre.
    Tôle froissée, pluie nocturne, l'animal se confond au paysage en une tâche qui se noie dans les reflets de la ruelle. Les murs mouillés exhalent une odeur de placo vieilli et de métal engorgé. J'amène la main au visage, pour tromper les fragrances qui s'élèvent.

    Sous les tuiles décharnées, la toiture s'abaisse en un bâtiment miteux, délavé de l'extérieur, par lequel on pénètre sous une arc aux dentures ouvragées. Des marches en pierre imbibées de pourritures s'ouvrent sur des ombres souterraines, on s'enfonce dans les entrailles d'un couloir aux portes défoncées.

    Les vibrations des caniveaux résonnent sous les fondations, la pierre regorge d'une odeur qui hurle au silence et à l'inactivité. Néanmoins, les néons grésillants qui se découvrent au bout de plusieurs minutes de marche dans le noir apparaissent comme les témoins d'un business en excavation. Je relève les yeux sur les tuyaux qui serpentent les lieux. Quelque part, de l'eau s'écoule.

    Porte 421.
    Noire et aussi silencieuse qu'un mur. Mes doigts l'effleurent.



    From : Litchi
    To : Chess
    23:40:43


    « Trouvée ».




    L'intérieur est sobre. Parquet ferme, qui ne craque pas sous les semelles plastifiées des Docs Martens, pas de fenêtre, un interrupteur graissé par les ans sur le mur de droite, et peu de meubles. Les canalisations ne pénètrent pas dans les lieux. Une pièce vide, avec pour tout détail remarquable deux crosman M4-177 placardées au dessus d'un meuble en verre. Étal poussiéreux dans lequel reposent des munitions aux calibres différents, égrenées sur une planche où s'accumule la crasse et la passation du temps. En pliant les genoux, je viens inspecter le bas du meuble.

    Les lames crissent sur l'oxygène qu'elles découpent.
    Le vieil homme pousse un cri terrifié, et le pied de biche tombe au sol, frappant le parquet en des éclats de bruits qui me font froncer le nez en une expression féroce. -Trop de bruits.- Ses dents sont éclatées, son odeur corporelle suspecte, mais en dehors de son arme contondante, il n'exprime aucune menace. Les wakizashi dégainés, dardées vers sa gorge, je guette le silence qui s'est vu dérangé, et achève mon mouvement en ramenant les lames aux fourreaux. Rien à signaler. Le vieil homme tremble de tout son corps, et je jette sur lui un regard aiguisé.

    «  Qu'est-ce qu'vous foutez dans ma piaule, là ? »

    Son accent du kansai m'arrache un demi sourire, et je l'attrape par l'épaule, pour le relever. Les muscles sont fins, atrophiés, même Kohaku en viendrait à bout avec facilité.
    T'as le faciès émacé, pépé. Mes lèvres s'étirent plus encore.

    (…)

    On a remonté le noir et le couloir, les murs décrépis et les néons qui grésillent. La pluie, à la surface, ne s'est pas arrêté, et je laisse l'homme passer devant moi, quand on parvient à hauteur du caniveau. Le chat a disparu, remplacé par la silhouette fine d'un être aux agencements anguleux. Le vieillard disparaît en maugréant, et je le regarde disparaître derrière un local à ordure, avant de jeter mes yeux sur les cheveux de Joshua. Je lève la main, et tends les doigts. Du bout des phalanges, je viens réceptionner des mèches d'albâtres qui se froissent entre mes ongles.

    « On rentre … »

    Question posée sans intonation. Mes yeux cherchent les siens.

__________________________________________________
Le bleu. Tu es le ciel qui surplombe la terre, qui grise le regard des gens en quête de réponses ou d’atmosphère. Tu es l’intemporalité qui veille sur la planète, qui transcende l’existence sans pour autant la manipuler, sans pour autant se l’approprier. » K. J. M


Dernière édition par Zakuro Fea le Dim 12 Fév 2017 - 22:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: As Nothing breathes me in. [ Joshua ]   Dim 17 Avr 2016 - 21:40

I CLING TO
THE EDGE OF EVERYTHING
AS NOTHING BREATHES ME IN.

-

Mes phalanges craquent contre la rambarde mince et métallique qui délimite le balcon sur lequel je me hisse et mes cheveux se pressent dans un désordre maculé de sueur contre la peau de mon front. La nuit est plus claire que trouble, vivifiante d’une fraicheur qui s’évapore au contact de mes pores. La pluie est tiède.

J’inspire.

Les semelles de mes godasses caoutchoutées claquent contre les motifs ferrailleux du balcon et mes doigts, une fois la rambarde passée, se crochètent dans des trous croutés de rouille, serrant pour mieux s’illustrer la sensation d’une chair qui se tord après s’être malencontreusement coincée dans l’un de ces orifices. Le métal est glissant.

J’expire.

Se dresse devant moi une vitre coulissante, qui me renvoit, lorsque je redresse la tête, un tiers de mon reflet. Mes yeux me semblent luire dans la noirceur, gages félins empruntés à l’un de mes homonymes, et je les contemple, interdit, l’instant de ressentir l’air broyer mes poumons. La nuit gonfle mes organes internes de son électricité dyadique, soufflant contre mon épiderme le mensonge de sa quiétude et la promesse de sa vivacité. Le ciment s’égraine, la végétation respire et l’humanité rêve de rêver.

Je me relève, le tremblement sourd qui fuit dans mes genoux ne m’apparaissant être qu’un vile songe, l’un de ceux qui pollue le monde illusoire des dormeurs, une chimère à la gueule acérée qui attend, et attendra toujours, le moment où je consentirai à croire en sa présence.

Il s’agit toutefois d’un monstre qui n’existe pas. Comme beaucoup de ce que ces humains prétendent réel. Les sottises qui les animent irradient une naïveté sélective, une rhétorique rongée par des mites ne laissant derrière qu’une crédulité claudiquante. Les parois d’un univers fantasques se joignent à celles de la réalité et l’union qui n’en découle n’est qu’ingénuité. Les araignées s’écartèlent pour des dieux aux noms écorchés contre les pétales de leurs lèvres d’enfants et les cygnes soufflent de la poudre de fées contre les rivages de souhaits mentaux qui ne cherchent qu’à taire leurs culpabilités.

La porte glisse sans problème sous la pression de mes mains et je me satisfais de remarquer que les habitants du quartier ne semblent pas se méfier du monde qui les entourent. Je ricane, un son tout aussi crissant que doux, glissant mes doigts contre le mobilier sombre d’une cuisine plongée dans l’inertie. Mes pas se heurtent à ceux d’une figure à laquelle la pénombre a arraché sa juvénilité. On me fixe.

Il est petit. Ses yeux ne sont que des trous évidés qui laissent sa voix résonner dans le silence. Il a peur. Son cœur tambourine une valse sanguine contre ses tempes.

« Shh, little boy. »

I’m just a sweet dream.

-

Le chat balance ses pattes dans l’air de la saison haute, son sourire se tricotant d’étoiles au fil de chaque ballants de ses membres. Il attend, mobile, la venue des doigts qui se perdront dans l’opale de son pelage, bercé d’une hilarité stellaire.

J’ai sept clés à mon poignet et dès le moment où Zakuro se joint à moi, ses longs bras flirtant avec ma silhouette haut-perchée, je tente de voir s’il en amassé autant. Les morceaux de fer crocheté tintent entre eux lorsque j’incline ma tête pour le contempler. La pluie a fait de sa contenance celle d’un épouvantail malmené, semble avoir avalé ses cheveux pour mieux les recracher dans un désordre oscillant précairement sur la droite de son crâne. J’observe son regard bleu trancher avec les ténèbres, écoute la question dénué de timbre qu’il me sert. L’image me pourfend d’un désir de m’installer sur son crâne pour me lover dans les boucles folles.

« Nope. We’re not going home. »

À la place, je lui tends les mains et le laisse me descendre du rebord de ma fenêtre. J’imagine déjà le retour, mes phalanges s’embrasant contre ses lèvres baissées et tirant leurs chairs pour recréer le murmure d’un sourire. Quelque chose s’est passé, quelque chose qui sent mauvais comme Swan et qui rime avec le nouveau locataire qu’ils ont chez eux. Quelque chose qui s’amuse à barbouiller mon Ciel d’intempéries nuageuses.

« We don’t have enough keys. »

Je lui écrase un pied lorsque j’atteins le sol.

« And you don’t seem to be having fun yet. »

Mes paumes viennent rabattre ses cheveux vers le bas, appréciant l’adhésion du noir à la pellicule plus clair de ma peau. Le contact est humide et clapote avec véhémence contre les surfaces qu’elle touche.

« Est-ce que tu t’amuses avec moi, Za-ku-ro ? »

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MessageSujet: Re: As Nothing breathes me in. [ Joshua ]   Sam 7 Mai 2016 - 23:49

HRP :
Spoiler:
 


    Du bout de mes doigts,
    Te détromper.



    (…)

    « Est-ce que tu t’amuses avec moi, Za-ku-ro ? »


    Nos regards s'enlacent, ma confrontation directe recherchant dans ses prunelles une explication à cette interrogation qu'il m'assène, ironie mordante. Je me sais d'humeur désagréable, mais qu'il me le fasse remarquer représente soudain une claque, laquelle vient frapper fort contre ma conscience. Je cille, ses prunelles disparaissent le temps d'un millionième de seconde. Juste assez pour qu'elles me manquent, et que je veuille les réclamer plus près de moi. J'ouvre la bouche, sur des syllabes qui offriraient une réponse probablement bien construire, mais qui ne vient pas. Ma langue glisse sur le rebord de mes dents, de mes lèvres, et dans un abandon verbal, je soupire, remplaçant ma fatigue par cette vacuité de ressentiments. Un sourire naît, grandissant avec la tendresse d'une dynamique qui me fait me rapprocher de lui, en un pas. Je tends les bras, abaisse les mains, à la hauteur de ses hanches, et dans une proximité qui facilite ma prise, je le saisis, au bassin, pour l'attraper comme l'on soulève un enfant, un chat, et ; rehaussement de mes épaules, l'installe dans mes bras, sur mes poignets, ma main prévenant du moindre déséquilibre, mes phalanges sur ses reins. J'ai le visage levé vers lui.

    « Tu crois ? »

    Je souris, à le regarder d'en bas.

    « Tu crois que je pourrais m'ennuyer de toi ? Me lasser ? Cesser de m'amuser alors que tu es avec moi ? Tu le crois ? »

    J'assure ma prise sous son assise, contre ses jambes, campant les miennes pour ne pas le faire tomber. Trop léger, trop facile à soulever, mais si lourd d'importance que des fois, j'ai presque peur de le voir se briser. Presque ; il aurait suffit pour cela qu'il ne soit pas l'Immatérialité.

    « Si c'est le cas … et bien, tu te trompes, chat. »

    Chaton. Crois-tu que je sois fragile ? La phrase résonne dans mes oreilles, comme s'il l'avait susurré à mon tympan la veille. Pourtant, c'était il y a longtemps, il y a bien longtemps, presque assez pour que j'en oublie la temporalité du moment. Mes yeux se courbent, mes lèvres s'étirent. Je le contemple, et l'espace d'un instant, sous l'ombre de ses prunelles, je suis galvanisé.

    « Je ne te porte pas assez... Je devrais le faire plus souvent. Tes yeux paraissent encore plus... »

    Mutinerie.

    « Démoniaques ? »

    De ces démons qui hantent mon obsession pour toi. Ma fascination. Mon adoration. De ces démons, de ces orages. S'ils sont de toi, j'adore les orages.

    Je souris.

    « Noirs. Encore plus noirs. De ce noir qui va si bien au blanc. »

    Je lève la main, viens caresser la ligne cassée de son arcade sourcilière. Doucement, c'est toute une concentration qui s'instaure. Entre cette légèreté le faisant trop vite envolé, trop vite tomber, mon bras le soutenant avec fermeté, convoitant l'équilibre et la pression étranglée. Et cette minutie de mes doigts qui descendent, qui glissent jusqu'à sa paupière gauche, le bout de mes ongles accrochant le convexe de ses cils. L'instant se targue d'une suspension gelée. Les fibres de sa paupières se froissent en des mouvements réflexes, sous le contact de mon doigt. J'appuie à peine, mon regard projeté.
    Je suis hypnotisé.


    « Mais il n'y a pas assez de clés. Lesquelles veux-tu ? »

    Je tends les bras vers le sol, de cette manière que l'on propose aux chats que l'on tient, de descendre par eux-mêmes.
    Ils sont, après tout, les empereurs que l'on ne peut jamais assez idolâtrer.

__________________________________________________
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MessageSujet: Re: As Nothing breathes me in. [ Joshua ]   Dim 12 Fév 2017 - 21:35

Son apparence n'est que chimère, voltige nocturne qui bondit entre les courants d'air. Une horloge se targue de le décapiter, sans pourtant arriver à tirailler sa chair de ses aiguilles. Elles sifflent, défilent, tic tac, tic tac, et nous passent au travers. Le temps n'est qu'un concept que la nuit souligne et qui s'étend jusqu'à des extrémités qui se mentent éphémères.

Il fait nuit. Les lampions de la rue s'éclatent contre la transparence des gouttes de pluie et je somnole tout bas, fredonnant les hymnes d'une balade muette qui nous portera en hauteur. Je veux des clés, des dizaines d'étincelles crochetées, pour venir ouvrir toutes ces portes qui sont d'office fermées, barricadées. Je veux des serrures, psychédéliques de formes, pour y glisser ses yeux du bout des doigts, pour que le ciel accroché à sa rétine apprivoise mes plats.

Fiche-les dans un sac, ne le feras-tu pas ? Comme ces billes que les enfants lancent contre le bitume qui fume sous le soleil d'été. Regarde-moi les lancer, loin, pour mieux les poursuivre, pour mieux les découvrir. Il y a quelque chose de malsain dans l'habituation et, de ce fait, je ne peux pas toujours les manger.

Parfois, je préfère même les garder.

Il me tient et ses yeux s'aplanissent sous mon ombre, deviennent des étendues lisses centrées d'un cercle noir. La fugue intempestive de la lumière ne suffit toutefois pas à écarter les hauteurs de son regard. Encore une fois, presque distraitement, alors que ses doigts pressent contre mes reins, je me demande ce qu'il voit.

Quelque chose de blanc, quelque chose qui ne se subit pas.

Démoniaque, d'ore et de prétentions, n'est pas un terme que je considère adéquatement agencé. Ma langue poignarde mon palet, sans toutefois claquer, et je reste immobile, en suspension dans le vague d'une nuit qui s'illumine de par le ricochet de billes imaginaires.
Il n'y en a jamais assez.

Le sol se fait oscillant lorsqu'il me dépose, liquide sous les semelles caoutchoutées de mes chausses, et mes yeux suivent les siens dans une fascination qui n'a pas encore appris à s'user - quelque part, dans l'infinité d'une objection aphasique, j'espère que ce ne sera jamais le cas -.

Mes phalanges trouvent les commissures de ses lèvres et les tailladent dans un mimétisme de curiosité enfantine qui s'exprime par le l'exploration tactile. La courbe de son sourire se fait familière sous mes doigts, un manifeste d'affectivité qui a tendance à trop me dérouter. Logé que je suis, quelque part entre ses yeux et son âme,  seuls quelques suffisent mots à effacer la torpeur et affaillir la mélancolie.

Est-ce que tu t'am---

« Celles de la patinoire. Je veux celles de la patinoire. »

Mes doigts dépassent la barrière labiale, s'immiscent dans l'alvéole humide qui s'étend entre les chairs de ses joues et viennent soupeser sa langue, un ongle flirtant avec les veinures perceptibles sous le muscles. La pluie continue de faire tanguer nos silhouettes, file entre mes doigts pour rejoindre l'asphalte.

Je frisonne.  

« Dirais-tu que nous sommes égaux, toi et moi ? Dirais-tu que l'adhésion de nos concepts s'adonne à une cohésion asymétrique qui se fond dans la compréhension que les humains ont du monde ? Dirais-tu que temps et atmosphère ont la même valeur ? »

Je coince sa langue entre mes doigts.

« Dirais-tu que tu as substitué l'offrande de ton respect par une adoration illimitée qui te conforme dans ton approche de ma personne ou dirais-tu que l'obsession mutuelle que nous nous vouons relève du résultat insoupçonné de la fusion de nos conscience ? »

Immatérialité, intemporalité. Tu es à moi, vocifèrent les abysses calcifiées de mon regard. Mais la provocation est douce, irrésistible, veloutée contre mes prunelles, parce que dans l'habituation se trouve l'illusion d'incondition et qu'il est facile pour moi de papillonner des yeux devant ta radiance et d'oublier que tu n'es pas un être complet. Que nous ne sommes pas des êtres complets.


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MessageSujet: Re: As Nothing breathes me in. [ Joshua ]   Dim 12 Fév 2017 - 22:45


    J’ai glissé dans un sac toutes les billes que j’ai pu trouver, enfonçant jusqu’à la dernière de mes plus singulières idées. Tu n’es pas sans savoir, cher toi, cette violence qui s’est parfois découpée dans les contextes d’un décor aux détails retravaillés, lorsque j’ai envisagé fouiller dans l’humanité ma recherche à cet intérêt exhibé. J’ai enfoncé mes doigts, dans les surfaces d’une eau trouble, pour essayer d’en dégager autre chose que le lichen décomposé de ces idées sans structure. Mais jamais, jamais il n’y a eu de résultats très pertinents. Je te les aurais apportés comme on égorge des oiseaux sur l’autel, sinon.

    Je te regarde, et je me répète, dans la constance de mon existence, que je ne pourrai jamais m’habituer complètement à cette idée, cette notion toute entière de familiarité. Tu es là, et ne se distinguent aucune limite. C’est mon regard, projeté au dessus du vide. Tu en as peut-être conscience, puisque je ne fais que trop le réaliser à chaque fois. Je te regarde, et tu es là.
    Mes sens en suffocation.

    La sensation de flottaison, nos yeux au même rapport, sur une ligne tendue entre nous et le sol, je contemple. Des prunelles en mouvement, les pupilles dilatées, il me semble qu’avec son regard, il pourrait me dévorer. Emasculée, mon ambition, sous la lucidité d’exister face à son œil. J’ai envie de rugir et de pleurer, et contre ses reins, mes phalanges deviennent les derniers grapins d’une escalade vouée à la chute. Je pourrais tomber à l’intérieur de lui que je ne m’en plaindrais pas. Fais tourbillonner mon monde, et considère que je resterais accroché à tes os, jusqu’à ce que tu me dises de lâcher. Et je repose cette chose à la légèreté étonnante que l’on appelle tous les deux « ton corps ».
    Je tremble.

    Tes doigts en suspension, venus se coller contre ma joue, c’est un arrêt sur image qui me fait considérer tout entier le métabolisme de mon humanité frissonnante, que tu explores un peu, à peines, avec tes ongles enfoncés. Et cette pression me rappelle que j’existe, et que je suis en vie, et que tu es là pour me le rappeler. Un sourire naît sur mes lèvres, dessiné, appuyé par des phalanges venues s’inscrire dans le tracé de mon expression. Hameçon incertain, tu viens pourtant ficher tes pattes dans la gueule du loup, et en soupesant le poids de ton regard, abandonnant les tentatives de filer autre chose qu’un mauvais coton, je soulève les lèvres, pour un baiser à une seule bouche. De la salive et des ongles, ma langue prétendument maintenue immobile, mais secouée par ces mouvements nerveux, un doigt l’explorant, j’humecte un contact entre mes dents.

    « Dirais-tu que nous sommes égaux, toi et moi ? Dirais-tu que l'adhésion de nos concepts s'adonne à une cohésion asymétrique qui se fond dans la compréhension que les humains ont du monde ? Dirais-tu que temps et atmosphère ont la même valeur ? »

    Pincement sous ses phalanges, je referme au mieux la bouche. Le questionnement n’est pas rhétorique, mais mes yeux appuient le calme d’un silence qu’il maintient sous ses doigts. Je te réponds ? Muscle pâle, gluant, dont les récepteurs sont empreints en cet instant par le goût de ta matérialité. Est-ce que tu veux que je te lèche pour pouvoir t’imprimer ma réponse sur la peau ? Je plisse les yeux, et s’invectivent entre eux des connecteurs logiques qui ne se manifestent pourtant pas. Litchi du silence, tu sais ?

    « Dirais-tu que tu as substitué l'offrande de ton respect par une adoration illimitée qui te conforme dans ton approche de ma personne ou dirais-tu que l'obsession mutuelle que nous nous vouons relève du résultat insoupçonné de la fusion de nos conscience ? » 

    La propension est volubile, et mes doigts remontent le long de son poignet, accompagnant ce regard par lequel il me submerge. Séduction en mots, il écharpe sur mes chairs des clous de syntaxe, et je sens s’enfoncer les doutes d’une réalité qu’il veut me voir explorer, à tâtons. Ma paume embrasse son poignet, et je referme les doigts sous les siens, en dégageant sa main.

    « Nous ne sommes pas égaux. »

    Mon pouce, sauvagement, vient s’enfoncer sous son œil, et je le fixe.

    « Je suis une idée de toi. »

    Il n’y a rien de plus haut que le ciel, qui contemple son espace créateur. Mon doigt s’enfonce, un peu plus profondément, un peu plus près de la paupière, et se dessine la courbe violacée de sa peau prenant ma marque.

    « Et je n’ai pas besoin d’exister dans les yeux des autres. Tu es le seul qui importe vraiment. »

    Je relâche la pression, et dans un pas sur le côté, l’invite à nous diriger vers la patinoire.



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