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 Et ta vie pour ses yeux lentement s'empoisonne

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Yui Valentine
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MessageSujet: Et ta vie pour ses yeux lentement s'empoisonne    Mar 25 Aoû 2015 - 23:57

''Et ta vie pour ses yeux lentement
S'empoisonne''
- Apollinaire
PV Féa - Valentine



A un moment, Valentine lève les yeux et les pose sur le rônin en train de s'affairer plus loin, le Chat à ses pieds.

-Monsieur Valentine?
-Hm?

Un sourire dans le regard qui revient se poser sur Sonoko. C'est une femme qui aime capter les yeux des hommes et les garder éternellement rivés sur elle. Elle y arrive, souvent, mais aujourd'hui elle ne parvient à s'acheter celui de cet homme alors qu'elle pense être si près du but. Il s'échappe encore alors même qu'elle décortique le gris de son regard. Il a des pupilles qui la dévisagent étrangement, qui la dévisagent vraiment, mais elle sait qu'il ne la voit pas. C'est énervant, c'est dérangeant.

Yui lève la théière et laisse se déverser l'eau au milieu de la tasse.

-Vous ne m'écoutez plus.
-Je ne me permettrai pas.


Elle cille, elle rougit.
Mais elle sait aussi que c'est partiellement vrai pour côtoyer le salon depuis un moment. L'autre employé, le massif là, ne lui a pas non plus adressé un seul regard, du moins comme elle l'entend. La politesse n'est pas le critère sur lequel elle a l'habitude de se reposer ni de se contenter. Elle carre ses épaules et soupire discrètement.

-Allons... Vous étiez en train de me parler de votre dernière soirée au Triangle.


Un amusement dans les traits de l'ancien psychologue. Sonoko est une femme un peu trop avide d'attention.

-Votre employé ne regarde pas les femmes, n'est ce pas?

Yui tourne la tête vers Zakuro un moment.

-Dites moi plutôt, mademoiselle Sonoko. Vous ne regarderiez pas les étudiants n'est ce pas, fait-il simplement en secouant imperceptiblement la tête.
-Non évidemment...
-Nul ne pourrait savoir ce que regarde un rônin de tous les temps.
-Un rônin de tous les temps, vous dites?

Valentine laisse le thé infuser son corps.

-...une variété, je dirai.

Il a émis un demi sourire et n'a pas cherché à en dire plus. Des bruits de verre cassés, une princesse embarrassée, un chat enjoué, des poissons coupés du décor, des carillons, un monde sans ordre apparent... Au dessus duquel vole le calme plat de Zakuro Féa.

Des semaines s'écoulent, parmi lesquelles certaines journées s'étirent plus que d'autres sous les yeux d'un homme occupé à retourner des ouvrages préservés de son ancienne bibliothèque de psychologue scolaire à l'école. Des notes jonchent le sol de l'antichambre réservée au personnel, des stylos s'échappent de ses doigts en même temps que sa réalité se métamorphose doucereusement en artifices sans jamais que vienne le sommeil profond.




    Portrait de patients
    Elle avait des yeux sombres à rendre jaloux un corbeau et des cheveux plus noir que le charbon. Elle se disait appartenir au groupe des gothiques de l'école et semblait souffrir d'un sentiment de solitude sans fin, un gouffre déclenchée au départ d'une amie chère. Incapable de vivre davantage avec elle même, Kara Sakki ne souffrait même plus: elle se tuait de l'intérieur. Une victime prédatrice, une prédatrice et victime à la fois. Aujourd'hui ne me reste plus que cette infernale chaîne de question et toutes commencent de la même façon. Et si j'avais tenté une autre méthode. Et si je l'avais eu un peu plus tôt ...? Et si elle était venue ne serait-ce qu'un jour plus tôt à mon bureau. L'humanité est quelque fois une étrange composition de souffrance.



Une mémoire finement aiguisée, c'est ce qui devait rester de Valentine s'il venait à tout laisser. Il a secoué la tête, puis s'est levé pour aller fixer d'un air distrait les poissons évoluer dans l'eau. A vrai dire, il ne les voit jamais vraiment mais les imagine plus qu'il ne les suit du regard. Des projets fleurissent à n'en plus pouvoir dans son cerveau et cette agitation est, il le sait pertinemment, le signe avant coureur d'une vague d'inspiration.

C'était un autre jour, un jour presque inscrit dans la lignée de tous les autres.

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"Je suis l'Empereur, l'empereur de rien mais Empereur quand même."

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Zakuro Fea
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MessageSujet: Re: Et ta vie pour ses yeux lentement s'empoisonne    Sam 12 Sep 2015 - 15:08


    Je me suis demandé comment l'on transformait du bleu clair en gris.

    Sous un ciel qui s'éclaire par l'hiver qui s'installe, on marche en silence. Assis devant les portes d'un métro qui grincent en s'ouvrant sur les stations auxquelles se délivrent des flots succincts d'humain, je contemple. Les manches s'allongent, les pas se raccourcissent, et l'immobilité d'une humanité qui commence à se les geler m'effleure. Plus qu'un arrêt. Il est presque cinq heure, un matin même pas réveillé, et pourtant, il y a déjà trop de japonais qui partent travailler. J'ai remonté le col d'une veste au dessus de mes lèvres, et par dessus le paravent de laine qu'offrent les mailles d'une écharpe sombre, je contemple l'humanité refroidie.

    Dans ma poche, les clefs du Salon tintinnabulent comme un son égaré. Un son qui s'offre des échos de passé, et qui se perd dans le vent. Quand les portes s'ouvrent et que l'on s'écarte sur mon passage, il y a des regards qui cherchent une appréhension à ces vibrations de métal, camouflées tout au fond de ma poche. C'est un peu comme une malédiction : ils sont là, humains avec leurs malheurs et leurs vices, leur désespoir et leurs attentes, et le Salon est là, quelque part, comme eux, à les attendre.

    Je traverse la gare, et remonte à la surface.

    (…)

    Panel monochrome ; le ciel effleure la terre en un brouillard qui détourne les reliefs de la réalité. Les clefs sont dénichées et viennent violer des serrures que je maltraite des phalanges, avant d'ouvrir la porte. C'est un pas sur le côté, un côté ailleurs : le vent qui pénètre l'intérieur du lieu sans nom fixe balaie ses résidus d'humanité. J'appuie sur l'interrupteur.

    Éloquence, dans un miaulement, est le premier fantôme des lieux à surgir, et je referme la porte derrière moi. J'évalue les parages, les poissons flottent dans une torpeur calme à laquelle j'arrache le présent des lieux. Je retire mon écharpe et mon manteau trop froid pour avancer en silence dans la grande pièce du Salon. D'ici deux heures, Valentine et Naoko arriveront.
    Il est temps de préparer le thé.

    (…)


    C'est un effleurement des yeux, un mouvement du haut vers le bas, puisque je m'incline devant elle, dans un bref salut qui l'invite toujours à entrer. À son passage, je m'écarte toujours, et toujours, il y a ce contact que j'ignore, ses yeux effleurant un peu trop. C'est un toujours qui ne s'explique pas particulièrement. Le silence en mise, je l'accompagne jusqu'à la table qu'elle choisit, -toujours la même-, et je la laisse choisir son thé, quand bien même, après une réflexion sur laquelle s'étale ses longs regards, elle prendra encore cette infusion à base d'arômes rouges.

    Mademoiselle Sanoko est une cliente régulière.

    J'apporterai l'eau chaude au moment où Yui prendra place en face d'elle. Et la magie des yeux gris opérera avec autant d'implacabilité que l'infusion qui s'exécute dans la tasse.
    La journée commence.

    Le rythme est lent.

    Par rapport aux notes dans l'antichambre, on prétendra ignorer les graffitis aiguës que Yui a laissé tomber au sol, tout comme ses crayons. Du bout des doigts, je les ramasse, et parfois, j'en lis une ligne ou deux. Des portraits, des esquisses de portraits, qu'il caricature avec l'angle de ses mots, pour élever les reliefs d'un souvenir, d'un visage que je partage dans cette conscience commune, un peu trop égarée.

    De temps en temps, les tasses se brisent, et il faut lâcher les notes. Les déposer, soigneusement, sur le bureau, et se diriger jusqu'au placard où se rangent les balais et les serpillières. En ouvrir la porte et sortir la pelle et la balayette. Excuser Naoko d'un regard, lui dire que ce n'est pas très grave pour éviter de voir le malaise installé dans ses yeux perdurer trop longtemps en ce nuage sombre qui la remplit de l'intérieur, -elle ne sait peut-être pas à quoi elle ressemble quand on la regarde dans ces moments-là-, et puis, ramasser les débris. Penser, toujours un peu, que cela ressemble à des illusions, des rêves, des ambitions, peut-être bien de ceux et celles qui viennent s'asseoir à un moment ou à un autre, en face de Yui. Des murmures qu'on ramasse avec une pelle et une balayette, et que l'on va mettre dans la poubelle. Et peut-être bien que la magie s'opère de cette façon : on jette à la poubelle les débris des effrois de l'humanité.
    Yui les soutire, Naoko les brise, et moi je m'en débarrasse.

    Un sourire étire doucement mes lèvres.
    Et puis le poids des regards entre mes omoplates. C'est le retour à la réalité où Mademoiselle Sanoko agite un peu trop ses tentacules. Je me veux inaccessible, pour ses tentacules, pour ses yeux. Je me doute de ce qu'elle me reproche, et tandis que Yui rattrape son attention, je m'efface dans l'arrière-fond du Salon.

    Une variété.
    Probablement.

    Du bout des doigts, comme la malédiction qui ne s'est jamais vraiment arrêté depuis la gare, depuis le début d'un commencement, je continue à trier les papiers. Les notes s'amoncellent et l'on devine des affects qui les gonflent, qui les a même un peu froissé, dans un élan peut-être trop colérique d'un Valentine qu'on ne voit pas toujours. Peut-être. Le sol est un peu comme un damier, mais au lieu d'y avancer ses pions, on les contemple, brisés, fourmillants et immobiles, à attendre d'être remémorés au travers des lignes qui les composent.

    Le Temps qui passe.

    J'ai transformé le bleu en gris.
    Et je m'interroge désormais sur l'alchimie inverse.
    Quand mes doigts passent sur la poussière d'un meuble qui n'a pas été nettoyé depuis trop longtemps, se soulèvent des univers jamais exploités. Galaxies de poussière qui s'accrochent en suspension, la journée est calme, un peu trop silencieuse. N'en reste pas moins cette observation pratique d'une contemplation qui ne se brise pas. Yui regarde les poissons. Je regarde Yui.

    On effleure des concepts d'irrationalité.
    Il n'y a pas de tasses cassées, aujourd'hui.


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Le bleu. Tu es le ciel qui surplombe la terre, qui grise le regard des gens en quête de réponses ou d’atmosphère. Tu es l’intemporalité qui veille sur la planète, qui transcende l’existence sans pour autant la manipuler, sans pour autant se l’approprier. » K. J. M
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Yui Valentine
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MessageSujet: Re: Et ta vie pour ses yeux lentement s'empoisonne    Mer 16 Sep 2015 - 0:38

Portrait de patients
"Je pense qu'il est temps pour moi de voler de mes propres ailes. J'ai un but dans la vie maintenant et si je me contente de compter sur vous pour chacun de mes problèmes, j'arriverais pas à l'atteindre. Je ne peux pas vous dire merci parce que c'était votre travail mais j'espère ne plus jamais avoir besoin de vous." (...) dans mon bureau et la retrouvais assise dans un coin, où elle s'était réfugiée dans cet endroit là où elle serait invisible aux yeux des autres... sauf des miens. Fallait-il qu'elle se cache ce jour-là dans le bureau d'un psychologue scolaire? Menue et frêle, elle était une autre de ces créatures rendue marginale par son incapacité à suivre le courant et l'insouciance estudiantine. Elle ne voulait ni attention, ni sympathie et se cachait dans toutes les ombres qui lui étaient données possibles de piétiner en silence. Elle venait à des heures improvisées pour un échange volatile de propos, dont l'accès m'était catégoriquement refusé au-delà de leurs surfaces. Nous ne discutions pas, nous évoquions, nous ne partagions rien d'autre que ce thé qu'elle disait ne pas aimer. Elle me donnait ainsi l'impression d'être ce très petit oiseau au bord de sa cage, hésitant entre le confort de ses barreaux et la liberté inconnue qui s'offrait à elle. Elle ne savait pas déployer ses ailes tout en sachant pertinemment qu'il faudrait qu'elle se décide un jour à le faire. A-t-elle connu ce jour...? Je ne le saurai jamais. Elle s'appelait Saki Osen. Chaque départ, chaque fin et chaque silence me délaissent hormis une certaine satisfaction, une part d'ombre inquiétante quant à leur devenir.


Il ne sait pas pourquoi c'est le visage de cette étudiante qui lui revient en premier plan de sa mémoire alors qu'il contemple les poissons passer comme s'il pouvait entendre leur conversation fluide et déformée dans l'eau. Un moment passe, il suit ses pensées mais perd la réalité, et lorsque qu'il décide de cesser cette introspection silencieuse, ce sont les yeux de Féa qui l'observe, tel qu'il a l'habitude de le surprendre depuis qu'il a rejoint les affaires du salon. Le Chat éloquent, ronronne non loin de là, témoin fabuleusement désintéressé du temps élastique qui s'étire à n'en plus pouvoir une fois en ces lieux. C'est un peu comme cet aquarium en fin de compte; il ne dévoile son univers complètement, qu'à celui qui ose le pénétrer.

Yui finit par déplier la posture de son dos avachi pendant son observation distraite, mais attendra un moment avant de se tourner.

-Je me suis parfois demandé ce que vous pouviez bien trouver d'intéressant à voir en contemplant ainsi le monde, Féa.

Il se retourne finalement et se lève avec un demi sourire.

-Je vais finir par croire que vous vous plaisez un peu trop en ces lieux à vous voir avant et après tout le monde.

Sonoko est aujourd'hui la dernière patiente de la journée à être restée jusqu'au bout dans l'espoir d'être gratifiée de tous les regards, avant de partir une légère déception perceptible sur ses lèvres de magenta recouvertes. Et s'il lui a semblé qu'elle soit parvenue à capturer l'attention de Yui d'une certaine façon, celui de Zakuro lui manque inconditionnellement, parce qu'elle se fait hors de sa portée alors qu'elle se pense être si près du but. Yui secoue imperceptiblement la tête et s'apprête à en faire la réflexion, qu'il se résigne finalement à formuler, -à quoi bon...?

-Ou alors que vous avez besoin de vacances au point de cumuler des heures supplémentaires.


Il s'apprête à rentrer dans la pièce voisine pour replonger dans une étude dont nul ne tient particulièrement à comprendre le but -et que lui même ne cherche pas forcément à rendre accessible au reste.

-Les deux perspectives me vont mais vous devriez quand même rentrer chez vous, votre vie d'étudiant ne vous attendra pas vraiment. Ah... vous avez rangé la salle.

Il s'est un instant figé, comme perdu dans ce nouvel ordre inattendu. C'est qu'il a tendance à se retrouver dans sa propre conception ambigüe de l'ordre, consistant en un rangé mal rangé, voire un mal rangé qui paraît rangé. ...Contrairement au rangement de Féa, qui semble être d'un ordre étrangement méticuleux et étudié d'où Valentine jurerait être capable de retrouver ses notes en vrac tout à l'heure empilées ici, à présent réorganisées là. Un quelque chose pas comme s'il devait retourner la terre entière afin de retrouver le bon carré de papier caché sous une centaine d'autres. Il a eu un sourire amusé.

-Je n'en demandais pas tant.

Il a pénétré la pièce et a fait se réveiller les ampoules en effleurant l'interrupteur. Son regard s'approprie le nouveau schéma des lieux et tombe inlassablement sur son texte au sujet d'Ôsen qu'il a couché sur papier tôt ce matin avant de prendre son service.
Ses lèvres restent étirées dans une expression espiègle et il se dirige vers la baie vitrée sans avoir à jouer les équilibristes entre les livres qui auraient dû parsemer le sol comme des fleurs de printemps avides de soleil.

-Et quand je saurai ce que vous voyez, je parviendrai peut être à dresser le portait du patient Féa. Vous savez, le patient qui n'en était pas vraiment un.

Il a terminé son sourire et a enjoint le rônin de rentrer.

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MessageSujet: Re: Et ta vie pour ses yeux lentement s'empoisonne    Mer 14 Oct 2015 - 1:34

    Les ombres de la lune me faisaient relativement le même effet que les mots de Yui quand ils heurtaient complètement mon âme : un effet d'upercut métaphysique en mesure de m'arracher complètement à la contingence d'une appartenance humaine pour me faire souffrir d'une contemplation au delà de la réalité transcendée. Se disputaient alors en moi les sous-jacents développements des nues et des voûtes célestes qui s'entre-déchiraient pour toujours mieux s'accrocher l'un et l'autre, pour toujours mieux s'appartenir.

    -Je me suis parfois demandé ce que vous pouviez bien trouver d'intéressant à voir en contemplant ainsi le monde, Féa.

    Je cillais.
    L'autre, un autre impossible à imaginer, un autre en mesure uniquement d'exister en vue de sa complication à ne pas être nié, était là, simplement, et s'était retourné, après un temps d'arrêt que mes yeux, que ma conscience plus que ma raison avait calculé comme exagéré dans son mouvement fixé. Je cillais, comme pour vérifier qu'il me parlait bien à moi. Et puis, avec la tendresse infinie que je ne pouvais qu'éprouver à son égard, je souriais à Yui Valentine.

    -Je vais finir par croire que vous vous plaisez un peu trop en ces lieux à vous voir avant et après tout le monde.

    Un haussement d'épaules pour toute réponse ; je ne savais pas quoi répondre exactement à ce qui s'établissait comme un constat. Entre la légitime apposition des faits après une remarque établie, il n'y avait pas grand chose à répondre ; et le silence se targuait d'être une réponse qui acquiesçait pour moi. Et puis, un fait inhabituel. Je parlais peu en ce moment, et ce genre de propos de Yui m'annonçait qu'il avait remarqué le plaisir trop intime que je prenais à côtoyer l'absence de sonorités. Des danses sans vibrations, dans lesquelles ma bouche restait fermée pour que mes yeux puissent mieux avaler la réalité de ce qui se taisait. Mademoiselle Sanoko était jolie, mais ne correspondait pas à mes critères.

    Restait dans mon esprit le mouvement de ses lèvres.
    J'avais oublié la couleur exacte de ses yeux.

    -Ou alors que vous avez besoin de vacances au point de cumuler des heures supplémentaires.

    Je fronçais les sourcils, en tournant la tête, pour suivre des yeux le constat présent de Valentine, sans comprendre sur le coup. Et puis un « Ah », mental, qui se charge d'éclairer la situation, tandis que je détachais mon épaule du mur pour accompagner l'axe d'une envergure plus large, si Yui quittait mon champs de vision. Disparaissaient de celui-ci les poissons, et c'était avec un demi-regret que je les lâchais des yeux. Ils appartenaient à cette semie réalité des lieux qui, dans une dimension autre, me paraissait toujours en mesure de s'écrouler si je l'abandonnais du regard.
    Un peu comme Yui, en fait.

    Un éclat de soleil croisa mon iris, plongeant au fond de mon yeux, provoquant la fermeture réflexe de ma paupière. Pendant une seconde scindée, le monde disparu, Yui emporté avec ce néant de mes yeux refermés sous la lumière. Pendant une seconde, la panique contenue dans la compensation des masses : la panique à l'état de puissance brute dans un noyau d'atome.
    L'intensité défigurée au travers d'une seconde perdue.

    Je rouvrais les yeux. Le monde retrouvé.

    -Les deux perspectives me vont mais vous devriez quand même rentrer chez vous, votre vie d'étudiant ne vous attendra pas vraiment. Ah... vous avez rangé la salle.
    Pendant un instant, il me sembla que son expression interdite équivalait aux battements de mon cœur encore excité par la fureur d'une angoisse trop violemment éprouvée. Et puis, la compréhension immédiate à me dire qu'il était probablement le genre de personne avec un bordel vital nécessaire. Le genre de bordel dans lequel on se retrouve. Je m'en serais frappé mentalement. À la place, arborant une expression penaude, comme un chiot que l'on a tapé sur le museau, je restais un instant sans bouger, comme à attendre la permission.

    Il eut un sourire que je ne vis pas.


    -Je n'en demandais pas tant.

    Pardon.

    -Et quand je saurai ce que vous voyez, je parviendrai peut être à dresser le portait du patient Féa. Vous savez, le patient qui n'en était pas vraiment un.

    Les tissus fibreux des muscles oculaires : les perceptions arrogantes d'un jeu de lumières qui me firent plisser les yeux tout autant que mes prunelles s'étrécissaient en des fentes trop réceptives pour que l'on ignore les charmes de mes émotivités domptées. L'instant d'une hésitation, et puis je dépassais la frontière entre le monde solide et le monde des idées, en pénétrant le bureau dans lequel on ne s'asseyait pas vraiment à deux, jamais autrement que pour un court laps de temps. Mais cette fois, c'était différent.

    Je dépliais les doigts.

    « Schadefreunde. »

    Le mot avait été murmuré. Sur mes pupilles, comme lorsque j'embrassais, les sonorités dépassaient le japonais pour caresser des langues étrangères. Parler allemand équivalait relativement à frencher. L'analogie me fit sourire.

    « Vous connaissez ? »

    La sensation du baiser flottait en l'air, et fut chassé par le visage de Sanoko, dont les lèvres s'étaient vues couvertes d'un magenta gras sur lequel reposait le parfum d'une vulgarité érotisée. Ce n'était pas tellement que je ne regardais pas les femmes. Ce n'était tout simplement pas vrai.

    « Je regarde tout. »

    Voilà qui s'appliquait tout simplement au mieux à ma réalité.


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MessageSujet: Re: Et ta vie pour ses yeux lentement s'empoisonne    Dim 25 Oct 2015 - 15:45

-Vous avez une tendance déstabilisante à anticiper, parfois.

Valentine s'est tourné un instant vers Féa en se tapotant le front de l'index. C'est là, dans la tête, un connexion invisible, des paroles rendues inutiles autrement que par un silence déroutant. Et tandis qu'il fait le tour de la pièce subtilement réétudiée par son employé, Yui laisse une fois de plus les non dits envahir leur conversation.

Shadefreunde.

Il y a de ces mots qui parfois tombent de nulle part comme un cheveux sur la soupe mais dont le côté décalé a cessé de surprendre Valentine. Il s'assied derrière ce qui fait office de table basse, derrière ses piles de documents désormais empilés dans un ordre plus visible que le sien et il lève les yeux vers Zakuro d'un air paisible. Développez.

-Vous avez du temps pour moi? Parce que si c'est le cas vous feriez mieux d'aimer les sushis si vous comptez vous installer.

Et il a désigné une place vague à travers la salle.


SALON FERMÉ
A DEMAIN :)


-J'ai un faible pour les sushis unagi, a déclaré Valentine d'un air satisfait en déballant les plats livrés. -Ça et la soupe miso. ...Pas celle qu'on sert en France.

Yui a repoussé un petit carton au dessus duquel sont empilés des papiers, toujours des papiers. Mais ceux là n'ont rien à voir avec ses souvenirs de patients qui volent de toutes part ci et là. En fixant une photographie de cerveau, Valentine a secoué imperceptiblement de la tête avant de revenir vers Féa.

-Schadefreunde, alors?

Le Chat surplombe les âmes en se posant sur une pile de livres, Yui attrape une fourchette et pique un sushi. On lui en a déjà fait la remarque, mais les baguettes ne sont plus d'une grande utilité pour celui qui manie les couverts occidentaux. Il se sera tout de même approprié les baguettes avant de revenir sur son propre confort. Au comble de la scène, la lame de son couteau a séparé en deux l'amas de riz surmonté du morceau d'anguille. Valentine réfléchit, son esprit est distrait tout autant que celui du Rônin qui se trouve à cent mille lieux d'ici. Le couteau a tranché, la fourchette a piqué, le riz n'est pas parti se balader dans  tous les recoins de la planche de bois où sont alignés les autres sushis. Le restaurant est habitué à livrer au salon de monsieur Valentine de temps à autre. Quand il vient livrer, ce français est noyé dans une étude d'il ne sait quoi, même qu'il a vu des images de cerveaux épinglées sur le mur. Hors de la vie du salon, monsieur Valentine ressemble à un doctorant, un chercheur, ou peut être même un professeur? Il ne sait par ce qu'est l'objet de ses recherches. Mais une chose est sure, c'est une thématique qui est à chaque fois similaire.


Portrait de Patient

Une autre histoire d'adolescent, des doutes et des craintes, les chancèlements d'émotions au passage d'un âge du niveau suivant. Je me demandais après déjà plusieurs mois à l'académie, si ma vocation devait réellement tourner à celui de devoir conseiller des relations amoureuses. J'avais oublié que c'était une étape capitale dans la vie de l'adolescent. En ce temps là, je n'admettais pas que le suicide de Kara Sakki avait fait tremblé mes fondements, et que depuis les fissures qui s'y étaient formés, il fallait que je retourne la quintessence des choses pour continuer à avancer. Cela, tout en fuyant le fait que tout ce que je faisais, n'importait pas tant au final, à l'échelle de l'humanité. C'est à ce moment là qu'un élève est rentré dans mon bureau, entouré de ses doutes et de ses questionnements, pour lesquels il s'était convaincu que je pouvais lui offrir la réponse. Lindsey Mc Daemon, ou la romance juvénile derrière un visage de poupon. En deux phrases, il m'avait posé la situation, son obstacle et son dénouement. Je n'avais rien eu d'autre à lui dire que de faire du haut de mon quart de siècle à peine passé, du haut de mes quelques années de vie supplémentaires par rapport à cet adolescent. Lindsey faisait partie de ces individus pour qui il était important de se sentir apprécié, et sans doute le premier d'une longue série à me demander une amitié. C'est une demande qui m'est paru risible et qui aujourd'hui, si elle ne m'est plus si drôle, me paraît encore déphasée. Je pense que j'ai simplement oublié comment il est rendu complexe de révéler ses sentiments à ces moments si naïfs de la vie. J'entame désormais la trentaine. Ça me ferait parfois plaisir de savoir ce que sont devenus tous ces adolescents mais c'est à la sortie de l'académie que ma profession s'achève.


-Que faites vous en ce moment hormis peut être tout regarder?

Yui Valentine s'était toujours dit qu'il passerait du temps avec ses employés autrement qu'autour d'une tasse de thé. C'était prévu depuis longue date dans sa tête mais une fois de plus, Féa, dans son silence presque inconscient, venait d'anticiper, décidant malgré lui, des croisements prochain, futurs impacts dans leur existence. Tout n'avait pas besoin d'être grandiose, ça se jouait à une échelle microscopique. Invisible. La catalyse, et voilà ça recommence.

Ça dépasse la télépathie.
Qui voudrait lire de ces lignes rendues absurdes, par trop de concepts enchevêtrés?

-Est de que vous avez déjà vu ? a tranquillement demandé Yui a mi voix.

Ça aurait pu être tout et n'importe quoi. Depuis les notes, les livres, les portraits, les Hololens dans leur cartons, des morceaux de réflexions couches sur papier. L'univers actuel de Valentine.

-Dans psychologie, il y a psychē , a soudain fait ce dernier, en trempant la pointe de sa fourchette dans l'eau pour tracer avec la même dent, "ψυχή", sur la table. Quand on y fait attention, on a, étymologiquement parlant, quelque chose qui se rapporte à l'âme. À quelque chose proche du souffle de vie.

Valentine a posé une serviette papier sur son inscription pour laisser l'eau s'absorber, et a eu un sourire amusé à l'attention de Féa.

-Je n'ai pas assez de savoirs littéraires en matière linguistiques, mais il semble parfois que derrière un mot, sont cachés d'autres mots; une phrase entière et vous obtenez toute une histoire. Et entre tout ça, le silence.

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MessageSujet: Re: Et ta vie pour ses yeux lentement s'empoisonne    Ven 11 Déc 2015 - 23:11

LE TEMPS N'EXISTE PAS.




    Le silence aurait pu se faire à vive-voix. Il aurait suffit d'un refus pour que les mots s'instaurent dans un repos complet, instaurant la cessation du rythme.

    Il aurait suffit que je dise non, que je ne tienne pas à continuer l'aventure pour qu'il n'y ait pas de suite à une affaire de style trop établie, trop conventionnée dans la recherche d'une complicité qui devenait finalement compétition. Mais Yui Valentine avait ces regards qui ne se voient pas, que je ne regardais pas vraiment, mais qui trouvaient un écho en ce quelque chose au fond de moi, et qui me faisait continuer, indéniablement. Des couleurs s'éparpillaient, trop, partout, mais il y avait dans le panel de ces représentations des tableaux dans lequel le Croquemitaine continuait à errer, très distinctement au milieu de ce bordel mental. Et continuellement, il arborait ces nuances grises, shades qui ne trouvaient leur ressemblance que dans l'introspection d'une âme me paraissant trop fantomatique. J'avais tendance, d'une manière ou d'une autre, à apprécier côtoyer ce qui se voulait humain, ce qui se voulait « la définition même de la normalité ». Valentine effleurait des élans d'appréciation aiguë de ma part.
    Sous mes paupières, le monde se recouvrait de nuages.

    Schadefreunde. L'usage était dépassé, le terme desuet, dans l'instant, et j'étirais mes doigts, comme pour constater de la passation d'un temps qui glissait trop vite. S'il fallait prendre un choix, je le raccourcirais, rendant ses formes plus courbes, rognant les linéarité d'une temporalité qui se voulait trop humaine. Valentine souriait, et je plissais les yeux, sans savoir quoi en penser.
    J'ai du temps pour vous. J'ai du tout pour beaucoup de chose, comme d'autre ont de la matérialité à offrir ou détruire pour d'autres.

    Des photographies de cerveau, et des chats qui veillent.

    Les juxtapositions de nourritures se nivellent en des reliefs colorés par des mets associés à une gastronomie qui n'est que trop propre à sa nativité. Les sushis s'amoncellent en des plats d'email, et je juge les bordures dentelées d'un saumon qui nappe une brique de riz. Des images de Kami qui hurlent de rire, leurs longs cheveux bruns défaits en cette démence française, cet orgueil violent qui se transforme en hybris, et le hurlement des baleines que l'on égorge.
    Tu n'as pas idée.

    « Schadefreunde, alors ? »
    « La raison même de pourquoi les sushis vous plaisent quand ils proviennent d'un massacre. Le plaisir qui découle de la souffrance. »

    La lame oscille sous un jeu de phalange, les yeux effleurent la fourchette qui picore, et qui amène la nourriture vers ce gouffre béant qui se situe au dessus, bien au dessus des immondices du corps, tandis que se trame le lent et terrifiant processus de destruction organique. Cachés sous des remparts de chairs, de tendons, de muscles, le mucus est un tartare aux fragrances de souffre dans lequel la baleine ira se noyer complètement. Mon indigestion est vaguement complète.

    -Que faites vous en ce moment hormis peut être tout regarder?

    Je me suis toujours dit que les hommes mourraient un jour. Valentine n'offre pas cette impression, et les illusions de la vie humaine chancèlent face à son regard trop calme, trop impunément fier face à une mort que je regarde glisser au devant d'une scène remplie de visages familiers. Des doigts me tirent en arrière, et j'ai conscience qu'il me faut prendre une place loin de ceux-là, loin de ceux qui vont mourir, en acceptant de les abandonner, et qu'il me faut m'y résigner. L'on signera en lettres d'argent le mot « mélancolie », laquelle trahit trop silencieusement ma condition arbitraire entre le temps et le non-temps.

    « Quand on y fait attention, on a, étymologiquement parlant, quelque chose qui se rapporte à l'âme. À quelque chose proche du souffle de vie. »

    Les étoiles me paraissent tout autant des astres, des corps gazeux qui émettent des rayonnements, que ces sourires que les humains veulent voir en eux les êtres d'antan qui ont disparus, ces rêves et ces espoirs brisés par la temporalité. Mon regard se veut indifférent, mais j'ai conscience que mes yeux revêtiront trop tôt, pas assez tard, ces nues orageuses des contradictions de réalités qui baisent en harmonie à l'intérieur de ma conception de l'univers. Les mots s'associent aux chiffres, et je plains les baleines tout autant que les hommes.

    -Je n'ai pas assez de savoirs littéraires en matière linguistiques, mais il semble parfois que derrière un mot, sont cachés d'autres mots; une phrase entière et vous obtenez toute une histoire. Et entre tout ça, le silence.

    J'ouvre les mains.

    « Il n'y a pas de limites. »

    Who cares. Je n'ai pas besoin de définitions.
    Je ne veux pas changer le monde. Le monde se charge bien seul de se transformer et d'évoluer, et il me suffit de suivre des yeux les déplacements des gens, des choses, sans avoir besoin d'y prendre part. Il n'y a pas de limites, je n'aurais pas de limites. Quand il aura murmuré sous la pluie, Joshua relèvera mon visage, et dira que j'ai à le suivre. C'est un choix que je prendrais, comme d'autre font celui de sauter dans le vide. Les choix conséquents qui nous transforment, qui nous achèvent et nous tue. Il fallait que je les tue, ces résidus d'humanité. Tombaient sur le passé des pluies de plumes noirs, des onyx opaques dans lesquels des doigts pâles, translucides, caressaient les reliefs de squelettes égarés sous les relents de temporalité.

    « Fermez les yeux, une seconde. »

    Le souvenir me jaillit à l'esprit, et j'imite celui à qui j'ordonne.

    Des percées lumineuses irradient les éclats clignotants de vertèbres luisantes  défoncées,  bitume assagi par les longs refoulements de piétons incessants. Les trottoirs ont une âme que les semelles côtoient, sans que jamais, par autre chose qu'un hasard, nos yeux ne s'habituent à la reconnaissance de cette valeur autre que fonctionnelle dans laquelle évolue l'existence de ces bandes silencieuses, serpents de nos villes, qui effleurent notre réalité par en dessous.
    Des réalités sous-jacentes qui vibraient à plus d'un mètre  soixante-dix sous nos yeux. J'élevais le visage, embrassant le vent du bout des lèvres tandis que se levait une journée nouvelle dans laquelle se motivait la volonté de teinter de nos couleurs les heures à venir. Kojiro voulait voler.  


    Le silence.

    Yui Valentine.

    Je touchais, dans l'immatérialité de nos propos, d'un univers décalé dans lequel il n'y avait ni gare ni rythme, la courbe de son front, pour le forcer à rouvrir les yeux.

    Imaginez un monde bleu, imaginez l'intérieur de ma tête.
    Est-ce que vous pensez que je suis humain ?
    Est-ce que vous accepteriez que je sois votre ciel, sans jamais vous manipuler, sans jamais vous approprier votre existence. Accepteriez vous l'idée que l'Araignée soit perdue dans le vent, quelque part sous mes yeux ? Acceptez-vous que je sois l'Intemporalité ?
    Mes yeux sourient, mes doigts abandonnent le front de l'homme.
    Je murmure.
    Séparons ici ce qui nous faisait nous ressembler.  
    Mes doigts dans le vent, mon corps dans l'essence même du rythme.
    Ceci pourrait être le prologue d'un chapitre un accordé aux humains.

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Le bleu. Tu es le ciel qui surplombe la terre, qui grise le regard des gens en quête de réponses ou d’atmosphère. Tu es l’intemporalité qui veille sur la planète, qui transcende l’existence sans pour autant la manipuler, sans pour autant se l’approprier. » K. J. M
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MessageSujet: Re: Et ta vie pour ses yeux lentement s'empoisonne    Mer 23 Déc 2015 - 11:33

Et soudain,
le déluge de nos illusions.




Valentine a haussé des épaules en engloutissant tous les crimes du monde en connaissance de cause.

- Et bien... c'est une manière de voir.

Yui Valentine a simplement eu un sourire satisfait: à pensée silencieuse, réponse silencieuse, un bon repas devait se laissait apprécier. A ses yeux, il n'existait pas d'immondices du corps mais juste le charme d'une vie résultant d'un organisme évolutif; et par dessus tout, la formation d'un raisonnement qui pouvait en découler. Tout avait un équivalent, une contrepartie et une utilité aussi microscopique puisse-t-elle être. C'était en soi, un mécanisme fascinant, au delà des fragrances, au delà de la chair. Tu ne vivrais pas sans la bonne forme de ce tas de mucus, Féa. Tu ne serais pas là à me parler de la quintessence de l'univers. Tout avait un rôle sur cette terre, à part peut être les excès et la connerie humaine. Yui Valentine aurait pu poursuivre une voie en médecine si les hommes pouvaient un jour cesser de mourir. On en revient au même point, la mort n'est qu'une manière de relever le goût éphémère de la vie.

-L'art de vivre dans la contradiction, n'est ce pas.

Un simple écho au plaisir qui découle de la souffrance.
La souris qui se fait gober par le serpent souffre au même titre que le massacre à grande échelle perpétré par l'Homme. On ne fait que mettre les phares sur sa manière de consommer, au final. L'impropre de l'Homme, ce sont ses excès, pas sa consommation.

Yui a sectionné un autre sushi pour le mastiquer, pensif. Après tout, le poisson était mort bien avant d'arriver entre ses sucs digestifs. Qu'on éradique la consommation de sushi et il y survivrait, il n’y avait pas de mal à vouloir acter pour la préservation. C'était cruel, il y avait des guerres auxquelles Valentine ne donnait pas sa priorité, et des principes qui ne changeraient en rien la face du monde pour les futiles années qui lui étaient prêtées. Plutôt que de se concentrer sur la refonte du squelette de la terre, il préférait s'occuper du sien, de ses propres fondements et c'était assez ainsi. Ramener l'univers à son égo était déjà plus accessible que d'aller crever dans la frustration de non-réalisations éternelles. Des limites, il y en avait, de toute évidence, partout.

Il a levé les yeux de son inscription aqueuse sur la table et a posé la fourchette plus loin.

-Vous parlez peu Féa mais vous parvenez encore à me surprendre.

Il y avait en Féa, ce détachement que Valentine ne définissait pas, ces passerelles silencieuses qu'il avait fini par installer dans son quotidien. Yui a scruté ce regard trop bleu, trop artificiel, et pourtant simplement inscrit dans les mystérieuses mœurs d'un rônin qu'il ne cherche pas à comprendre. Et pendant ce temps, son employé lui disait que des limites, il n'y en avait pas. Il y avait entre les lignes, cette demande de conversation qui devait mener à nulle part si ce n'est hors de cette compréhension non accordée, cette brèche que Zakuro ouvrait de lui-même et que Yui observait dans son survol habituel, bien au delà de la problématique temporelle de toute métaphysique.

Le doigt posé sur son front intimant le silence, n'obtient guère plus qu'une seconde, intrigué. Valentine a scruté le rônin comme s'il devait voir plus que nécessaire.

-Hm. J'ai quelque chose d'un tant soit peu plus pratique à vous suggérer parce que je n'entends ni vos lubies internes ni vos images célestes, Rônin. Je suis normal, l'avez vous déjà oublié ?

Il a eu un sourire amusé.

Alors vous qui me dites que les limites n'existent pas, vous pourriez cesser de fermer les yeux pour imaginer vos allusions d'immatérialité ou de non-temporalité dans le seul but de vous prouver de votre pseudo-existence. Non seulement je vous dirai qu'il y a des limites mais en plus je vous le suggère:

- Ouvrez vos yeux Féa.

Valentine lui avait doucement posé les mains en étau autour de la tête pour ajuster ces Holens*, ces lunettes capables de projeter la pensée humaine par dessus la réalité matérielle. Il a ensuite enfilé son propre casque et a fermé les yeux. Pour vous Féa ...?

-Je les ferme mais je doute que ce ne soit plus nécessaire.

Un silence.

Nous allons y rester un moment dans ce pot bleu; sortir d'un monde suggère qu'on accepte l'existence d'un autre. Enfin vous y êtes déjà... Nous y sommes déjà.  Il a soupiré, dans un soupir mental qui s'est entendu juste avant qu'il réouvre les yeux pour esquisser une lecture sans mots, de la préface des fondements. Pourquoi pas après tout.

Il a ouvert les yeux, face à Zakuro et n'a pas eu le temps de se rétracter que les grandes notions ont commencé la valse de leur présence lourdes de sens; et cette fois, ce ne sont pas seulement des mots qui se sont affichés mais des concepts, des formes, bleues, un monde bleu.


C'est beaucoup trop bleu dans votre tête, Féa, a presque râlé Valentine.


Il s'est assis à côté de son employé pour assister à ce survol, le fameux survol de l'incompréhension entre eux. Je pense que vous êtes perdu avec vous même. Je pense, je pense encore. Je pense que vous êtes un humain qui ne s'est jamais suffi de sa simple humanité. Sinon pour quoi auriez vous besoin de ce repère qu'est le ciel intemporel? Et si le ciel pouvait s'approprier toutes les existences à leur insu, quelle serait la question derrière toutes vos questions qui se fichent l'une comme l'autre que je l'accepte ou pas.

-Peu importe. Allons-y.

Valentine se demande si les âmes ont une forme autrement que dans l'imaginaire humain, il se pose des questions en écho de ce que Féa pose sur la table et d'un coup l'atmosphère s'est comme suspendu au dessus d'une pause, et à travers ce vide les corps matériel ont cessé d'exister. Ses doigts dans le vent, son corps dans l'essence du rythme, ce chapitre devient  un universel un peu trop large.

Est-ce que vous pensez que je suis humain ?
Est-ce que vous accepteriez que je sois votre ciel, sans jamais vous manipuler, sans jamais vous approprier votre existence. Accepteriez vous l'idée que l'Araignée soit perdue dans le vent, quelque part sous mes yeux ? Acceptez-vous que je sois l'Intemporalité ?

Les dessus et dessous disparaissent, les repères s'effritent aspiré par un néant que Valentine ne voit pas.
Il aurait pourtant suffi qu'il s'arrête là pour ne pas en savoir davantage.

Je n'ai pas de ciel ni de terre.
Alors soyez ce qui vous plait.




---------------------
* HoloLens Notice: pour le RP j'ai repris le concept de Microsoft Hololens. "C'est un casque de réalité augmentée permettant de simuler des hologrammes qui s’intègrent dans le champ de vision de l’utilisateur. Des capteurs de mouvements permettent à l’utilisateur de se déplacer en l'utilisant, le son produit par le casque est spatialisé."

Fictif - résumé des recherches de Yui dans la chambre du personnel de son salon, avec sa lubie des photographies de cerveaux, des livres sur la neurologie et la technologie. Ses travaux et multiples absences l'ont connecté avec des chercheurs et autres neuropsychologies pour finaliser un prototype. L'idée initiale de Yui était de l'exploiter pour le rêve et sa dimension onirique. Il ne l'aurait utilisé que sur lui même car on ne connaît pas encore les limites de son utilisation (enfin si il les connaît sur lui même)
Au jour d'aujourd'hui, deux casques peuvent se connecter entre eux de manière à ce que ce que tu puisse partager tes visions à ton binôme. Dans les faits, ces visions sont de si bonnes définitions/résolutions qu'elles peuvent être réglées de manières à être complément juxtaposées voire superposées à la réalité, d'un point de vue purement visuel. De par cette qualité il est difficile de revenir à la réalité et de discerner là où se situe la fiction une fois que le cerveau y est pris.
Le casque peut être ajusté pour que les pensées se partagent entre deux utilisateurs. Mais ça, Valentine vient de le découvrir puisqu'il ne l'a jamais resté avec quelqu'un d'autre. En gros tu peux projeter tes pensées vocales au dessus de ce que tu prononces réellement de vive voix, comme les pensées visuelles que tu vois par dessus la réalité.
- Dans le RP, les casques sont beaucoup plus sensibles au cerveau et aux pensées des utilisateurs que ce que j'imagine qu'il l'est actuellement. Les sensations découlent de l'imagination que parvient à projeter le casque.

C'est exploitable pour les RP avec une version un peu plus matérielle et ancrée dans la réalité que les RP avec Kami: on enlève la dimension du sommeil inactif.

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MessageSujet: Re: Et ta vie pour ses yeux lentement s'empoisonne    Jeu 25 Fév 2016 - 23:44

    Et le soir vient et les lys meurent
    Regarde ma douleur beau ciel qui me l’envoies
    Une nuit de mélancolie
    G.Apollinaire.



    « Des gadgets, Valentine. »

    Sous un rire en suspens, je froissais mes joues pour exhiber mes fossettes.

    « Des gadgets humains ; et vous me demandez d'affranchir mes limites en ne fermant pas les yeux. Vous êtes illogique. Tout autant que lorsque vous m'avez ordonné de ne pas sourire. »

    Le holens était si médiocre, si minable, si pathétique qu'il m'apparaissait en cet instant comme un animal tendre à protéger, à couver du regard, et ne valant pas la peine d'être détruit. Il fermait les yeux, je conservais les miens ouverts, pour le regarder, les joues étirées sur un sourire qui ne laissait que trop de trace entre nous. Mes doigts s'élevèrent, vinrent effleurer son front, camouflé sous les reliefs minables d'un gadget technologique. Il s'installait, se préparant à un plongeon, une apnée. Calmement, j'abaissais mes doigts, venant tapoter contre le mien, de casque.

    « Vous me sous-estimez un peu. Avez-vous tant besoin de matériel pour pouvoir suivre où je vais, Croquemitaine ? »

    Je pense que vous êtes un humain qui ne s'est jamais suffi de sa simple humanité.
    En des flots de nues assombris par les ruisselantes et éclatantes idées impies, mon orgueil s'éleva comme une flèche, se transformant en lance, évoluant en arme. Dans un attouchement immatériel, j'allais la lui enfoncer sous la gorge, caresse meurtrière qu'un point diffus de respect retenait, du bout des doigts. Nous avions un chemin à parcourir, tous les deux. Il n'était sans doute pas sensé que je l'égorge en cet instant. La lame chuinta dans le mouvement qui la fit se dissiper. J'appuyais contre sa gorge, influant en mon souffle la régularité de mes envies méditées, violentées. Nos matérialités se confondaient, mais je n'avais pas besoin d'un casque en métal pour jouer au jeu des pensées.

    « Croyez-moi humain. Ça vous rassurera. »

    Je n'en veux pas, tu sais, de ton respect ...
    En un bouleversement d'affect, le monde évolue, passant du corps souple et bleu du dragon de mon esprit à une soirée humide, humaine, durant laquelle les croyances sont honnies. Les doigts de Joshua traversent le rideau de pluie qui s'abat sur mes épaules, sur mon visage, et il vient relever ma face, déchirant mon émotivité pour placer dans mon regard la présence de ses yeux.

    Je n'en veux pas, tu sais, de ton respect - mais je veux bien t'avoir toi.

    « Croyez-moi humain. Vous en avez le choix. »

    L'éternité à commencé sous la pluie. Ce trottoir sur lequel je me suis agenouillé est devenu le trône, durant quelques instants, de mes rêves bafoués, de mon honneur humilié, et c'est sur les genoux que j'ai découvert la signification d'un salut inutile. Il n'y avait pour comprendre le chemin à suivre qu'une seule position : celle de l'enfant qui abandonne, de l'adulte qui se noie. Le non-temps est silencieux, et les lèvres ouvertes, je m'étrangle. En faisant table-rase, les émotions écartées, on avait touché mon cœur, et je m'étais couché.

    Les souvenirs remontent, lentement d'abord. La pharmacie, la plaisanterie sur les préservatifs, et mes yeux qui accrochent la rougeur de ses joues. Le rythme s'accélèrent en cette privation des sens, nos lèvres embourbées en cette timidité des mots, et le silence du noir qui s'abat, qui tâche la rétine et j'avance à l'aveugle, précédé par le Chat, qui poursuit mon ombre dans le tunnel du métro. Ma respiration se casse. Le wagon est ouvert, la flaque de sang est en train de s'agrandir, et c'est comme une piqûre d'hypnose. Le sang opère en cette captation du regard, et du coin de l'oeil, c'est tout mon esprit qui est concentré. Le blanc est un obstacle que je ne peux surmonter : j'accroche mes doigts autour de son poignet, pour qu'il m'aide à me relever, ou pour que je le fasse tomber ; c'est au choix, et il n'y a qu'une seule possibilité. Je suis arraché du sol ; on me soulève vers le haut. Le verdict tombe, comme un couperet qui égorge. Je suis en vie.
    Le ciel n'existe pas.

    Confondre, c'est se corrompre. Mais ça ne fait pas de toi quelqu'un de con pour autant, hm, Zack ?

    Les bulles se gonflent, et l'homme expire entre mes doigts, me tombe dans les bras. C'est le monde qui s'effondre, l'enfant est abandonné, l'homme noyé, et moi je respire dans un souffle-cassé. Juste des yeux, des lèvres et un souffle. Montre-moi. Les prunelles noires de Joshua me contemplent, et je ne cille pas, la montre s'étant arrêtée, de son plein gré. Le sang coule, traçant sur mes veines les contours sinueux d'une vie que je disperse. Les poumons éclatés, la gorge embuée par les carotides obstruées, l'homme meurt sans que je ne connaisse son nom. Il s'oublie et s'efface, et moi je contemple la fin de ma dix-septième année au travers d'un masque aveugle, rouge, blanc, noir.

    C’est toi qui m’appartiens, Za-ku-ro. Je le répéterai autant de fois qu’il le faudra.

    Dans une luminescence à profit de ma propre existence, le bleu, petit à petit, se révèle dans ma tête. Dans l'atmosphère d'un délire hilare, quand ses doigts pianotent les nuances atones d'un son qui ne révèle que par l'apposition de ses sourires pour mes yeux, je défie les gravités d'un monde dans lequel l'humanité en oublie ses possibilités. Je perds les matérialités sensibles, petit à petit, d'un univers auquel la douleur continue à m'accrocher.

    Séisme.

    Mes doigts dans la poussière, je crache la toux d'un manquement de réflexe. Je cours et je frappe, je balance des abeilles ; la logique est idiote, l'humain manque alors de considération tandis que je choisis d'opérer comme un diable. Tout est à profit de mes mains, de mes doigts, de mon regard et de mon esprit. Je choisis ce que l'on ne fait pas, ce que l'on n'ose pas, et pourtant, je suis encore là, hésitant, penaud, titubant. Et quand c'est un édifice entier qui s'écroule sur lui, en lui envoyant un plafonnier sur la tête, c'est moi qui m'effondre, à crier toute mon angoisse et ma terreur. Il vit, il rit, et je pleure.

    Vous avez une terre. Une ancre à laquelle vous vous raccrochez. Elle est rousse, et vous l'avez goûté complètement. Elle est votre point d'attache à ce qui vous manque d'humanité.

    Un revolver immatériel tournoya entre mes doigts, chargé par mes pensées, chargées pour mes pensées, chargé contre les siennes. Les muscles de Joshua se crispaient sous mes doigts, les lignes courbées de son dos traçant des cartes inconnues que mes paumes exploraient dans une colonisation de mes phalanges. Je souriais, dans l'esprit, une expression triturant mes traits en un déchargement canonique de mes pulsions. Nous étions en vie, et le monde se contemplait en bleu. Mes doigts se glissèrent jusqu'aux prunelles de Yui.

    « Je vous aime beaucoup, Monsieur Valentine. »

    Le filtre de mes idées, dans une bourrasque envolée de la suite de la pharmacie, de la prise d'otage, du café, de la fontaine, fit pleuvoir en moi les manquements immaculés du reste de nos idées. Les lignes courbées, les muscles striés, crispés, et les portes. Toujours les portes. Nous y revenions constamment, quitte à s'y abîmer les doigts, les rotules. Les portes se fermaient, et j'expirais contre le rebord de mes lèvres.

    « Mais ne m'imposez pas ce que vous croyez. Je ne le suis pas. »

    Un sourire si large, si large, si dantesque, que le junkie hilare disparaissait derrière sa bouche. Les portes ne se claquaient pas, ne s'ouvraient pas. On les refermaient comme l'on fermait les yeux, dessinant des paraboles aux enfants qui ne pouvaient comprendre les références trop adultes, trop aimantes. Mes nuits s'étoilaient, et je contemplais, à n'en plus finir, ce qui refusait de s'achever. Des « Donne moi ton âme » à m'en saouler.

    « Je ne peux plus l'être. J'ai promis à Joshua que je le regarderais, à jamais. Que je le suivrais du regard, où qu'il aille, et que s'il devait s'en aller, je n'hésiterais jamais à le suivre. Un humain ne saurait faire cela. Un humain ne pourrait faire cela. Si je tolère l'humanité, je brise ma promesse. Hors, elle est trop importante pour moi. Je ne m'en défairais pas pour une interprétation. »

    Je veux le voir.

    « J'ai arraché les aiguilles. Elles continuent de tourner, et moi de les détruire. Mais ça ne l'empĉhe pas d'avancer, et j'ai conscience que si je ne veux pas le perdre, je dois empêcher le temps de devenir le rythme, et j'absorbe le non-temps pour le répandre. Je n'ai pas besoin d'être votre ciel, si vous ne le voulez pas. Vous vivez sans moi. Dans l'autre réalité, je m'occupe simplement de passer les heures que je m'octroie en offrant du thé et en signant de votre nom. Mais je ne peux pas être humain si je veux le suivre. »

    Je veux le voir, le regarder. Complètement, et pour toujours. Je cillais.

    « Je prends les hauteurs que je veux, je saisis ce que j'ai à disposition. Sans manipuler, sans m'approprier ; je n'ai besoin de rien posséder. Je veux juste le regarder. »

    Et les humains pouvaient bien immoler toute mon adoration, toute ma fascination, il n'y avait pour cessation que la fin jamais atteignable de ce qui ne serait pas accessible à eux. Je réfutais, je réfutais. Un peu comme lui, comme avant, dans une imitation trop puérile de ces gestes que l'on absorbe par habitude, inconditionnellement, je dévorais en retenant. J'avais la sensation d'être une bête que des chasseurs croyaient avoir attrapés en leur filet, et qui, sans avoir besoin de ronger la corde, connaissait le mécanisme pour détruire le piège, mais qui patientait, prédateur tenace, jusqu'à cet instant propice, pour effectuer le plus de dégât.

    « Je ne suis pas humain. »

    Je l'affirmais, du bout des lèvres. Et mes yeux rutilaient ce silence orageux d'un ciel qui gronde ses fureurs.

__________________________________________________
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MessageSujet: Re: Et ta vie pour ses yeux lentement s'empoisonne    Dim 3 Avr 2016 - 10:21

Valentine scrute tranquillement Féa.
Passe  un autre de leurs silences trop communs pour casser cette conversation habituelle; puis Yui observe, puis ils observent.

- Est ce grave?


Finalement une question qui pourrait se répercuter à chacune de ses tirades. Celles de Féa, les siennes. Yui a fini par sourire en perdant son expression donnée trop grave. La nonchalance de Féa a tendance à l'attendrir, sa manière de voir plus grand que nécessaire, la liberté de s'affranchir de limites dont il ne se souvient d'avoir mentionnées. Il écoute, il suit et observe l'œuvre de sa propre gadgetisation. Trop de matérialité figure dans cette pièce et qui sous-estime, qui surestime, sont des questions sans fin qui se répercutent par lot entre les parois de son cerveau. Les frontières ne commencent elles justement pas à la fin de toute cette matérialité?
Un soupir bref, et Valentine détend ses épaules dans un mouvement qui accentue une position déjà trop droite, et finalement, prend le temps de réfléchir. Encore et encore. Parfois, Féa lui donne l'impression de se retrouver à la place de son professeur de philosophie à l'université. A l'époque pourtant, les rôles étaient inversés: il développait, il était celui qui attendait la réplique de son interlocuteur à la fin de son exposé, à cette interface trop sage et installée dans une maturité inaccessible, derrière son silence oublié dans une réflexion poussée. Il posait ses faits et s'ensuivait toujours un silence trop lourd décryptant chacune des lettres de ses mots prononcés, l'ensemble passé dans un scanner mental. Yui Valentine n'a jamais vraiment excellé en la matière.

-Assurément Ronin. J'en ai besoin parce que vous êtes mon premier prétexte pour m'accorder un surplus de matérialité. À force de me croire au dessus de l'humanité, je n'avance pas tellement. N'est-ce pas.


Dans un sourire moqueur à rire de sa propre personne, Yui laisse son regard se perdre dans le flot de notions qui tentent d'envahir son esprit. Des flashs d'images, des flashs de sensations. Des rires et des pleurs qui se voudraient ciel et terre, des mots et des passages de vie qui se voudraient au delà de la nature. Le sol tremble, des paupières clignent, des pupilles se rétractent et des corps récitent la vie dans la chamade de cœurs embourbés. La subjectivité voilée de bleu derrière un regard de jais, de la vie et de la vie encore. Et alors quoi d'autre. Était il réellement nécessaire à ce moment-là d'y mentionner cette ancre qu'il disait rousse et qu'il disait connaître à sa place ?

Ah Mitsumasa. Ainsi dit le Chat.

Pourquoi fallait il qu'il en voie davantage que nécessaire.
Pourquoi.

-Parce qu'il est clair que vous êtes trop spécial pour vous penser humain, toussote Yui.   Il a néanmoins gardé son ton plat. Au final votre vie s'empoisonne pour ses yeux.

Il se lève et parcourt lentement les tableaux et schéma épinglés à ses murs.

-Non Féa. Je vous demande de faire, pas de croire. Le reste qui en découle n'est plus une question de croyance mais de volonté.
Il se retourne un instant éphémère. Je ne vous demande pas de me croire parce que je ne veux rien en particulier de vous. Vous l'avez dis, la vie est faite de choix.

Il n'y avait pas de réponse au monologue de Féa. Il n'y avait pas plus de suite à devoir commenter ou modifier: il soulevait des sujets qu'il pensait lui être accessibles au point de les matérialiser dans une observation intemporelle. Il y avait ce jour là un introspection qui dépassait son cadre de la conception.

-Et où vous mène donc votre non-humanité ? Tant de passivité spirituelle en échange de ces instants palpables. Pourquoi faire Ronin.

Et tout ce qui lui était donné de faire, était de laisser ses mots s'infuser au travers d'un thé fumant alors que s'évaporait devant ses yeux, un Ronin empoisonné.

Ce devait être en soi, douloureux. Il a murmuré.

-Vous ne savez pas ce qu'est ne plus être humain.

Personne.

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MessageSujet: Re: Et ta vie pour ses yeux lentement s'empoisonne    Dim 12 Fév 2017 - 17:08

    CHANGEMENT DE CADRE.

    (… )

    Du temps a passé, et l’on n’a jamais pris le temps d’y répondre consciencieusement.

    Les yeux a demi fermés, Zakuro écoute les mots fuyants d’un récit qui lui paraît oublié. Yui et lui parlaient, mais il a oublié. En remuant la surface trop limpide d’un souvenir pas assez clair, il a remonté les lichen troubles d’une exploration inachevé. Que disait Yui ?

    Assis sur une table, les jambes balancées en un rythme régulier et lent, il a posé les mains sur un large carnet sombre, dans lequel sont notées les transcriptions d’un oral oublié. Les questions de Yui, auxquelles Zakuro n’a jamais fait l’effort de répondre. Pas par désintérêt, bien au contraire. Il a laissé les mois passer, mettant une parenthèse sur une action, en suspension, par considération à l’importance qu’il n’a que trop accordé à cette situation. Maintenant, alors qu’il n’est plus dans cet univers mental qui n’appartenait qu’à lui, Zakuro relève la tête, et observe autour de lui. Cela ressemble à un bureau. Un bureau familier, sur lequel Zakuro remet progressivement les repères de sa reconnaissance. C’est le bureau de Yui Valentine, du temps où celui-ci s’affairait à être « psychologue scolaire ». Les yeux du jeune homme glissent sur une étagère, avec des objets en verre. Pour le moment, c’est calme et patient, et il ne voit pas Yui. Il n’est même pas sûr que celui-ci puisse assez apprécier le cadre pour vouloir se montrer. Un crayon dans la poche, il considère une fois de plus les questions qu’il n’a pas traité depuis … au moins avril. Un sourire, distrait, court sur ses lèvres. Il les énumère, à voix haute, sans jamais souffrir d’une inflexion interrogative. Sa voix porte, simplement, sur une intonation impassible.

    « « Est-ce grave. », « Assurément Ronin. J'en ai besoin parce que vous êtes mon premier prétexte pour m'accorder un surplus de matérialité. À force de me croire au dessus de l'humanité, je n'avance pas tellement. N'est-ce pas. ». »

    Il répète le « N’est-ce pas », pour en tester un peu la sonorité. Et sortant le crayon de sa poche, il vient rédiger sous la question un traité bleuté. L’encre est azurée, à défaut d’exister complètement ailleurs que dans cet endroit. Zakuro écrit.

    « Ce n’est pas très grave, Monsieur Valentine. Un surplus de matérialité, c’est toujours nécessaire, en particulier quand c’est relatif à votre personne. Après tout, sans cela, vous ne seriez probablement rien d’autre qu’un gaz, nébuleux et dissipé au dessus de la conscience. Vous flotteriez. »

    Ce serait constant, pense t-il. Il glisse la mine de son crayon à une autre question.

    -Et où vous mène donc votre non-humanité ? Tant de passivité spirituelle en échange de ces instants palpables. Pourquoi faire Ronin

    Zakuro vient bloquer, par l’angle de sa phalange, le métal du crayon, et lentement, dans des traits aigus, rédige une réponse, qu’il ignore satisfaisante ou pas, sous les mots corrosifs d’une pensée qui le perturbe toujours un peu.

    « A contempler. Cela me permet de regarder, plus attentivement, en prenant le temps de considérer. »

    Des mots en bleus, qui apportent un semblant de réponses, commencent à largement couvrir la page imprimée du carnet. Zakuro modifie sa position, et abaisse encore la mine, pour suivre l’évolution d’une conversation enfouie dans un temps qui n’appartient plus au présent. La dernière phrase de Valentine, la plus douloureuse, est celle qui l’a empêché, trop longtemps de parler. Zakuro la contemple, avec une fixité du regard. Sans ciller, pour la capturer complètement dans sa nature, la phrase du croquemitaine se dégage comme un regard nageant sous la surface, l’aileron découpant un mouvement menaçant. Zakuro n’a jamais envisagé dompter des requins. Et pourtant, en prononçant la phrase à voix haute, c’est comme s’il essayait de se l’enfoncer entièrement dans la tête.

    -Vous ne savez pas ce qu'est ne plus être humain. 
    « Le savez-vous ? »

    Il interroge, le crayon pointé vers Valentine, dont le visage se dissimule dans la pénombre de son fauteuil. L’instant est un peu flottant, et il n’y a rien, ni dans l’horloge arrêté, ni dans la date surfaite d’un agenda éventré, qui assure d’une régularité de la temporalité. Zakuro se tourne vers lui, à moitié, en lui tendant le carnet.

    « J’ai répondu. Arrêtons-là. »

    Il range le crayon dans sa poche, et descend du bureau, pour faire quelques pas dans la pièce. Les mains dans les poches, à contempler le souvenir d’un lieu que, ni l’un ni l’autre, ils ne cotoieront plus dans la réalité de l’Académie Keimoo, Zakuro évolue en silence. Il vient se stopper devant l’étagère où, une fois, à genoux sur le sol, il a bandé la main ensanglanté de Yui. Il contemple les détails, un peu effacés entre par sa mémoire, et ne considère que l’un des bocal. Il lui semble que ce jour-là, Yui avait les cheveux gris, en vue de sa perception momentanée du personnage. Il se penche, et récupère au sol les morceaux éparpillés, un par un.

    « Nous pouvons finir là. Vous répondez, ou vous disparaissez. »

    Il se redresse, et se retourne vers le fauteuil, avec du verre entre les doigts.



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