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The Future is like a puzzle with missing pieces: difficult to read, and never, never what you think.
 
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 La Tisseuse de ses rêves

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Yui Valentine
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MessageSujet: La Tisseuse de ses rêves   Mar 11 Aoû 2015 - 13:28

C'était un
11 Août 2015.

-La purée de ma chaire ? Tu y croirais à ça ?

Sa voix s'élève devant l'illusion d'Otagame ou ce qui est censé la représenter. Comme il ne l'entend plus depuis des mois maintenant, il l'a recréé comme elle semblait lui être dans ses souvenirs. Ça manque de détails et de finitions mais son ombre à elle, suffit déjà pour combler le vide de ses rêves. En y regardant de plus près, ça fait peut-être des années, depuis. Valentine ne le sait pas assez bien, la notion du temps lui échappe ces temps-ci. Mais au final, à quoi sert les souvenirs du passé pour une existence tout au plus éphémère lorsqu'elle prétend exister.

Yui longe le bord de ce pont dont il ne voit pas le fond, cette arche qui, entourée de ce brouillard épais et inquiétant, était jadis censé le connecter avec la Fille d'À Coté tel qu'il avait pris l'habitude de la définir. Cette fille là, c'était le fruit des strates de son inconscient, l'épée érigée contre les fluctuations de son subconscient; alors quoi qu'elle fasse, il ne pouvait la voir comme un adversaire parce qu'elle lui permettait le voyage d'un univers à l'autre. Mais un jour, le néant l'avait remplacé et il ne comptait plus ce temps qui s'était écoulé depuis.

(...)

Valentine s'est assis là, au bord de ce pont étrange, les pieds ayant pour seul support, le vide. Accompagné de l'ombre qui a simultanément calqué sa position en se tassant à côté de lui, une sensation de fourmillements a gagné sa main. Les phalanges désobéissants ont réussi à se refermer graduellement et Valentine a répété le mouvement d'un air distrait. Quant à la silhouette projetée au sol, elle a suivi le même geste, provoquant chez Yui un imperceptible pincement des lèvres... C'est que cette ombre lui remet un peu trop souvent la réalité en face des yeux, lui rappelant de fait qu'il n'a que son ombre à lui sous son corps, et que celle d'Otagame n'a jamais existé autre part ailleurs que dans son imagination. Un peu comme l'écrivain qui aimerait croire à l'existence de ses personnages sans jamais qu'il ne puisse y remédier autrement que par le biais de ses affabulations aussi créatives qu'irréelles. Alors Kami n'avait jamais existé et le vide qu'elle avait engendré dans sa structure métaphysique, l'avait clairement désorbité au point qu'il n'en trouve plus le sommeil les premier temps.
Cela dit, ce qu'il ne s'était jamais dit, c'était qu'il aurait pu être le pivot de ce revers. La question qu'il ne s'était pas posée, jusque là c'était celle qui le remettait en cause lui, Yui Valentine: et si c'était lui qui avait brouillé les canaux de ses pensées, empêchant ainsi la Tisseuse de le rejoindre...?


Et si c'était vraiment lui.



Aujourd'hui serait sans doute la dernière fois qu'il recréerait ce pont mental. Il avait passé trop de temps à se projeter dans la fiction de ce pont, trop de temps à appeler et penser les deux syllabes que lui avait imposé cette fille alors que son avatar étudiant, prisonnier dans les cercles de déformations temporelles,  s'entêtait à vouloir l'appeler Prédatrice.

Ka.
Mi.


Il a ouvert les yeux, sans avoir le souvenir de les avoir fermés. La fin d'une cigarette entre les doigts, accoudé à cette fenêtre. Ce jour là nous étions le 11 du mois d'août 2015. Quelle importance avait une date quand le temps ne passait plus,  quelle autre importance si ce n'est davantage que l'information imprimée quelque part dans les méandres de son esprit. Si ce n'est l'air chaud d'une saison estivale caressant son visage, si ce n'est autre que cette même caresse s'infiltrant doucereusement dans son cou. Là, comme une présence absente.

Et soudain, le mégot se déloge de ses doigts, échappé puis aspiré par l'appel du vide. Yui Valentine a tendance à oublier où s'arrête les frontières de son sommeil mais lorsque le monde se brouille ainsi à ses pieds, il n'y plus de place à la réalité.

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MessageSujet: Re: La Tisseuse de ses rêves   Lun 17 Aoû 2015 - 0:15



    Chapitre un : les romances des fleuves ne m'atteignent pas.



    Il n'y a pas besoin de date, imbécile.
    Cela figerait les moments.


    Elle ne marche pas sur les ponts pas plus qu'elle ne regarde en bas. Dans le silence des stratosphères inversées de ceux qui ne savent pas s'arracher à la réalité, elle craint les hauteurs de ces constructions humaines, lesquelles, trop hautaines dans leurs exigences qui ne correspondent pas à ses foulées en talon haut. Sur le haut de ses ponts, très sincèrement, elle aurait peur de se ramasser, et de s'éclater la gueule. Hah, la belle image, qu'une araignée écrasée. On ne se refait pas, ses yeux balancent un équilibre qu'elle ne cherche pas à défier. Elle possède des vertiges que certains ne connaissent pas, et cela lui suffit. À s'écraser sur le sol, on n'en ressort jamais indemne. Qu'avait-il dit, ce jour là ?

    « J'y croirais, si je te voyais. »



    Je suis terrifiée par ma propre temporalité.

    C'est un lundi, peut-être un dimanche, et mes doigts s'accordent sur les tribales soudures d'un bois que l'on a travaillé avec autant de passion que le corps d'une amante sous une nuit réchauffée. Je contemple un lieu sur lequel se dessine des scènes d'un quotidien dont je ne me rappelle plus. Suis-je déjà passé par là, ou bien est-ce que je me suis perdue ? Mes yeux balaient, et je relève le visage en cette figure agressive qui dissuadera ce type en jogging à venir m'adresser la parole. Je ne suis pas d'humeur, monsieur, je ne suis pas d'humeur à apprécier les hommes. C'est ce que je vous répondrais, à tous, à toutes, même. Je vous le répondrais, si vous me posiez la question, vos regards heurtant le mien dans des contacts trop agressifs pour mes capacités de la journée.
    Et pourtant.

    Je n'ai pas oublié, non.

    Comment aurais-je pour oublier ce qui n'est pas censé se retenir ? Sous les couffins nerveux de nos hémisphères noyés de synapses, je retiens entre mes doigts les détails de ton sourire, et je préserve dans le chaos de mon silence l'image de ton existence. Je ne t'oublierais pas, car le corps ne peut effacer des chocs aussi terribles que ceux dont l'affuble ses esprits tortionnaires. Tu devrais me traiter de masochiste, peut-être ; c'est moi qui nous ai précipité sous le train. Je t'avais dit de garder les yeux ouverts, trouillard. Je te l'avais dit, tout comme je t'avais dit que je ne t'oublierais pas, jamais. Est-ce que tu m'as cru ?

    On a laissé des sensations sombrer dans le fond de nos poitrines. Si je m'étais rendu compte de la puissance de feu des torpilles que tu as largué dans mon esprit, j'aurais écrasé de mes propres mains ta tête contre cette locomotive. Dans les sifflements crachés d'une vapeur qui exhalait la pourriture de nos terreurs, surtout la tienne, j'aurais aimé que tu gardes les yeux ouverts. Je n'aurais jamais pu caresser tes cheveux, bien sûr, mais c'était il y a longtemps. Il y a très longtemps. Dans un moment où il n'y avait pas besoin de compter, pas besoin d'espérer ni même d'attendre quelque chose. Simplement, monter sur les rails, et marcher, le soleil dans les yeux, le train dans le dos, et attendre. Crois-tu que nous aurions pu aller loin, avec cela ? Je t'ai dit qu'il y avait onze dimensions. Aujourd'hui, j'en compte tellement plus.
    Mais il n'y en a pas une dans laquelle ton nom ne se répercute pas sur mes songes.
    C'est un vertige qui m'angoisse.

    Valentine.
    Je ne suis pas d'humeur.

    Et pourtant, debout sur le rebord de ces précipices en forme d'arc, il est là, à massacrer de sa propre présence les fondements d'un quotidien que je veux normal, banal. De profil, les coudes posés au dessus d'un lac, d'une rivière, que sais-je, il a projeté ses yeux au dessus du vide, et l'idée qu'il ne me contemple pas me rend jalouse de l'eau qui coule, de l'apesanteur, et même de ce pont qui le soutient. Mon chemin se déploie, droit devant : il aurait fallu que je ne tourne pas la tête, que je ne relève pas les yeux vers cette voûte en métal. Il aurait été si facile d'ignorer, de ne jamais savoir, mais le destin se veut cruel, et je contemple ce qui ne se devrait pas.

    Inspire, ma fille. Les hommes ne valent vraiment pas qu'on pleure pour eux.

    J'aurais pu continuer ma route, mais du haut de mes talons, en ramenant mes mains, j'attache, plus solidement que jamais, mes cheveux en un chignon serré. On ne livrera pas au vent la moindre mèche brune, aujourd'hui. Le visage dégagé, comme pour l'imposer à l'univers tout entier, je remonte le pont, et, et-

    Valentine, tu es un connard.
    Un connard dont la modulation même du mot glisse sur ma langue avec tout le délice d'une appréciation ressentie jusqu'au plus profond de ma chair. Et je déteste pour cela devoir me confronter à toi. Tu sais, peut-être bien que je vais te frapper. Ne m'entends, ne m'écoute pas, ne me regarde pas, ne sais-même pas que je suis déjà là, à t'immerger dans mon ombre.

    Nos doigts s'effleurent, je récupère la cigarette que tu viens de lancer.

    Souviens-toi mon nom.

    Je fume, pas plus que toi, mais juste pour le plaisir d'amener à ma bouche ce que tu as rejeté de la tienne, c'est entre mes lèvres que j'amène le mégot. Un briquet entre mes phalanges, le feu au fond de mes yeux, et je regarde l'eau, en essayant de comprendre pourquoi tu l'observes plus que moi. Il fait presque froid, comme si l'on m'avait noyé, et le briquet rangé, j'exhale les vapeurs d'une nicotine qui calme mes sentiments. Crachements internes, mes poumons, un jour Valentine, se vengeront des émois que tu me provoques. De la purée de chaire. Bien sûr que j'y crois.

    J'abaisse la cigarette, et les spirales brumeuses volent sous ma bouche.

    « Je n'aime pas les ponts, pas plus que je n'aime les retrouvailles inattendues. »

    Et cette fois-ci, la cigarette s'envole pour de bon, lancée avec fureur, mais du bout des doigts. Elle chutera, je ne suivrais pas son mouvement, mes yeux cherchant ceux de Yui.

    « Dans les deux cas, j'ai l'impression de devoir garder un contrôle absolu sur tout pour ne pas me blesser. Et j'ai la sensation qu'au moindre faux pas, je finis par dessus bord. »

    Les humeurs sont oubliées, tout autant que le chemin qu'il aurait fallu que je suive. J'ai abandonné le train, j'ai abandonné les peurs, j'ai simplement posé les yeux sur une face que je ne connais que trop pour ne l'avoir jamais contemplé dans la réalité. J'ai simplement regardé, et tu étais là, et mes battements de cœur se sont manqués entre eux. Une envie pathétique de cacher mon visage entre mes mains, pour hurler un bon coup, peut-être. À la place, je regarde, tu es là, et mon cœur adopte les mesures calmes des personnes tranquilles. Je m'en serais voulu de t'avoir perdu pour l'immensité des temps.

    « Espèce d'idiot. »


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Yui Valentine
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MessageSujet: Re: La Tisseuse de ses rêves   Ven 21 Aoû 2015 - 11:51

Une romance
Qui n'en était pas une



Les dates ne sont rien de plus qu'une information. Une date ne devient terreur que lorsqu'elle fait fi de la métaphysique qui en découle; et pourtant c'est encore celle qui reste en mémoire telle une vulgaire pierre tombale gravée à vif dans son esprit. Sans doute parce qu'il se souvient de l'aide soignante inscrivant clairement cette date sur sa fiche de suivi, sans doute parce que ce sont les premières paroles qu'il a sorti à Kami avant de se réveiller. On est le 11 aujourd'hui. Ça, juste avant la purée de sa chair. Et aussi sans doute parce qu'il a l'impression d'avoir fait un saut à vide, entre la vingtaine et la trentaine sans se rappeler comment il l'a effectué. Il est passé d'étudiant en psychologie à gérant d'un salon de thé mais le gap qu'il y a entre les deux ne semble plus vouloir se recouvrir pour permettre une transition convenable.

Mais effectivement, un moment était passé. Il réfléchissait donc à la purée de chair lorsqu'il avait entendu ses grognements; et que ce soit des râles mécontents ou une voix particulièrement hérissée, c'était une sonorité qu'il aurait pu reconnaitre n'importe où, n'importe quand voire peut-être même dans n'importe quelle circonstance si elle s'était manifestée plus tôt. Et Valentine sent ses boyaux se tordre un bon coup dans un twist douloureux lorsqu'il reconnaît instantanément cette voix.

-Tu sais que j'ai la fâcheuse tendance à apprécier les hauteurs, a-t-il finalement répondu avec un léger sourire en coin qui ne reste pas.

Sa contemplation du vide ne cesse pas pour autant mais il ne parvient plus à déterminer s'il est dans cette pitoyable salle aux odeurs aseptisées, ou sur ce pont suspendu dans le vide. Les deux paysages se superposent et Valentine décide d'abandonner tous les lieux pour se focaliser sur les claquements provoqués à chaque fois que les talons d'Otagame claquent sur le sol pour détruire la distance entre eux. Et ça semble prendre une éternité. Est ce qu'elle est de rouge ou de noir vêtue?
À l'entendre dire, ils sont donc sur le pont... Ce dont Yui décide de ne pas contredire puisqu'au final il a toujours cette sensation d'avoir les pieds dans le vide. L'air frais comme ça, entre les orteils et sous le plat des pieds, c'est assez chouette. Un jour, ses getas -nouvelle lubie du salon, ont simplement disparu dans le vide.

Il la sent l'observer, imagine son air qui se voudrait sévère mais qu'il ne lui a jamais vraiment associé. Yui se voit ces talons massifs qu'elle a revêtus et qui la rendent si grande et sophistiquée à côté de lui, sobrement assis là au bord de quelque chose qui n'existe pas vraiment. Une odeur de cigarette lui picotent les yeux et il les plisse plusieurs fois sans pouvoir les fermer complètement, dérangé par la sensation inhabituelle que ça lui provoque. Le vide emporte le gris de ses yeux et Valentine fixe encore le lointain comme si il y avait perdu quelque chose. Les larmes ne tomberont jamais mais ses yeux piquent: c'est le prix des retrouvailles qu'il aura attendu dans un monde décousu. L'attente en vaut finalement la peine, aussi inattendue puisse-t-elle être.

Idiot.

Un sourire -toujours aussi fugace se réveille de nouveau sur ses lèvres et il inspire un bol d'air frais qui remplit allègrement ses poumons comme il ne se souvient pas d'avoir ressenti depuis...? Depuis un bail.

Dans les deux cas, j'ai l'impression de devoir garder un contrôle absolu sur tout pour ne pas me blesser. Et j'ai la sensation qu'au moindre faux pas, je finis par dessus bord.

Deuxième twist.
Valentine sent ses mains se contracter imperceptiblement contre le rebord et tente de se lever en vain. Ses doigts auraient du réclamer le toucher de la Prédatrice, se refermer sans préavis sur n'importe quoi en elle qui l'empêche de disparaître de nouveau au point de lui en faire perdre la raison de sa déraison. Il voudrait revoir le carmin de ses lèvres, le lâcher raide de ses cheveux couleur ténèbres ainsi que son visage qu'il est presque certain de connaître par cœur, même après la coupure de ses rêves. Mais la seule chose qu'il obtient de toutes ses volontés, c'est la certitude qu'elle est là sans pouvoir aller à sa rencontre.

C'est probablement mieux ainsi. Si Kami se met en tête de lui asséner une gifle en guise de salutation, l'éventualité qu'il lui faille un autre songe pour la retrouver le temps de se recomposer a quelque chose d'effrayant. C'est qu'un jour, le couloir de l'académie qui menait usuellement vers la rencontre d'une prédatrice avait volé en éclat, simplement, comme ça. Comme une intempérie, un fait divers, un cas de force majeur. Et Valentine, dans ses apnées de la réalité, n'était plus parvenu à reproduire la bonne constellation des univers tels que ses neurones le faisaient d'habitude.

Et tout ça, c'était avant.

Le silence fouette et tait ses pensées tandis que Yui finit par lever péniblement un regard sur Kami, abandonnant enfin le fleuve du vide. Ces derniers temps, il lui est devenu difficile de se composer son propre avatar au cœur de des divagations oniriques. C'est un regard dépourvu de son gris habituel qui fixe alors l'araignée, se recomposant l'image qu'il en avait avant que la matrice de son subconscient se dérègle. Avant qu'elle ne brise l'image et la dextérité dans laquelle il suivait Kami dans chacune des séquences. La bouillie de sa chair? Oui, il voulait bien y croire désormais. (...)

Il se lève et se concentre pour voir ce qu'il ne voit pas dans l'absolu, autrement que par son imagination.

-Deux, parmi toutes les autres voies possibles. Soit je meurs soit tu n'existes pas. Et un jour le reste disparaît, lance-t-il en fixant ce qu'il ne voit pas, -Ni l'un ni l'autre ne me plaisent. Je ne sais pas ce qui est le plus enviable à la fin, mais tu es là. ...J'ai failli t'attendre.

Il fait face à Kami et tente de rajouter à son tableau davantage de détails qu'il lui est donné possible de se souvenir. Pas grand chose de plus au final que le visage d'autrefois qui lui fait face. Un jour, elle lui avait dit qu'il ne savait pas voir, ni regarder. Elle avait peut être raison: désormais il regarde sans voir. Il voit sans regarder. C'est une étrange chose, en soi, que de se voir remplacer la vue par l'imagination. Pourtant, jamais il ne se sera senti plus limpide et en équilibre qu'en ce moment là. Il lève la main vers l'araignée mais se fige à mi chemin pour la laisser tomber et hausser des épaules.

-Ah. Je t'ai pas dis... Je crois que j'ai déréglé un truc quelque part.

Il tente de poser une main sur l'épaule de Kami mais au moment où ses doigts doivent se resserrer sur leur objectif, ils disparaissent, comme ça. Juste comme ça, sans rien. Valentine a alors ouvert ses paumes avec ses phalanges de nouveau au complet sous ses yeux et a soupiré, irrité.

-Trois. Ou c'est moi qui n'existe pas. J'aurais dû fumer tous les paquets du monde si j'avais su qu'une saloperie de clope te ramènerait jusqu'ici.

Hm.

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MessageSujet: Re: La Tisseuse de ses rêves   Mer 14 Oct 2015 - 2:35

    Chapitre second : La panthère, la lionne et la louve.



    Petit un : Panthère.

    -Tu sais que j'ai la fâcheuse tendance à apprécier les hauteurs.
    « Quitte à tomber. Quitte à t'écraser, après une chute trop haute, trop longue, même pour un être aussi brumeux que toi. Que veux-tu ; tu es plus lourd que tu n'en as l'air. »

    C'est un soupir poussé du bout des lèvres, lequel me fait caresser des yeux les cernes violacées que j'aime à lui imaginer. Sans avoir à le toucher, par peur, par crainte presque, de l'imaginer se désintégrer sous mes poids, je préfère pour mon damne, pour sa cruauté, lui imposer le poids de mon regard plutôt que la félicité du tranchant de mes ongles. Celle-ci, dans une béatitude trop sacrificielle, trouverait le chemin de sa gorge, et se planterait avec délice dans la palpitation vivante de sa carotide. J'y enfoncerais mes doigts, Valentine.
    Ne me force pas à embrasser mes tentations trop violentes. Cela conduirait à des actes que nous regretterions tous deux, et qui me ferait avoir peur de ces hauteurs que tu affectionnes tant. Je pourrais sacrifier des poissons rouges et des aiguilles pour t'effrayer, mais n'inverse pas les rôles, car je t'entraînerais assurément dans ma chute, Yui.

    Nous sommes assis sur le rebord d'un vide, et j'exhale mon irritation à te voir contrôler ainsi une physique qui me déplaît. Un immeuble, disons. Un gratte-ciel. L'angle du rebord taille un sillon contre la chair de ma cuisse, et je recule, lentement, en évoluant ma position. Je ne crains pas de tomber, pas plus que je ne pourrais imaginer te pousser. S'il fallait qu'il y ait un mouvement à effectuer ; il n'y a que toi en cet instant qui détient les clefs pour l'exécuter. Et c'est un mouvement à sens unique. Tomber est un peu comme voler, n'est-ce pas ?

    « As-tu déjà lu l'Enfer, de Dante ? J'ai la sensation que nous pourrions être aux dessus des Limbes, toi et moi, à observer les neufs cercles, à se dire qu'il suffirait que j'appelle Geryon, et que je me présente comme la pute Babylone pour pouvoir t'emmener tout au fond. »

    Je peux encore voir, loin dans mon imagination, dans les profondeurs de ce vide qui s'étale tout autour de nous, les circonvolutions physiques de la cigarette qui tombe. Elle avait disparue, me semble t-il. Mais pour l'appréciation d'un moment volé, je la regarder tomber, encore et encore. Notre réalité se disloque, et le vent vient se glisser dans les mèches de cheveux de Yui. Il sourit.
    Et j'aime bien ça.

    *

    Petit deux : lionne.

    Ses mains qui se contractent raidissent les mécanismes vissés de mon appréhension mentale, laquelle dévore une distance qui me fait envisager frapper sa mâchoire avec le revers de ma main. Mais avant même que le geste ne soit amorcé, il est avorté par mes pensées, puisque je ne suis même pas sûre d'être assez motivée pour l'effectuer. L'idée de silloner sa joue par des stries dont je me ferais la fervente créatrice à quelque chose de tentant, mais je ne peux pas faire autrement que contempler mon orgueil au travers du reflet de ses yeux, en imaginant avec félonie quelle sensation cela lui ferait si j'envisageais les lui arracher.

    Un sourire balafre mon visage.
    J'ai l'orgueil d'exister quand tu me regardes, Valentine. C'en est étrangement grisant, étrangement dérangeant. La pensée me ferait presque rugir de rire. Ou bien rire à en rugir. Comme une attitude enfantine, la manière dont tu relèves les yeux sur moi fait courber les lignes de mes paupières en un sourire satisfait ; celui d'une appréciation à voir que tu continues à me regarder, et que tu ne m'as pas oublié. Les fleuves continueront à s'écouler, ces romances là ne m'atteindront pas, mais je continue à défier ton humanité désossée.



    -Deux, parmi toutes les autres voies possibles. Soit je meurs soit tu n'existes pas. Et un jour le reste disparaît,

    Je secoue la tête, en soupirant. C'est un peu théâtral, mais le cœur y est. Je secoue la tête, comme je le ferais pour un enfant récalcitrant. L'image est banale, songé-je. Puisqu'à un enfant, je ne pense pas que j'aurais perdu le temps de m'arrêter pour lui expliquer. Tu n'es pas un enfant, Valentine. Réfléchis un peu plus à cela. Ce n'est pas comme si le temps était perdu entre nos doigts. Il est ailleurs, bien ailleurs, et mes lèvres se referment en un sourire plus poli, mais plus appuyé aussi. Souviens-toi. Où en étions nous avec le train avant que tu ne fermes les yeux, avant que je ne ferme les yeux, avant que nous ne regardions le rien ? Rappelle toi, qui à t'en souvenir pour moi.

    -Ni l'un ni l'autre ne me plaisent. Je ne sais pas ce qui est le plus enviable à la fin, mais tu es là. ...J'ai failli t'attendre.

    « C'est moi qui ai attendu, idiot. »

    Parce que ces deux syllabes, qu'elles soient françaises ou japonaises résonnent avec langueur, et imprègne à ma voix une nuance de douceur qui cotoie ma violence. Comme une lame enfoncée dans ma gorge, laquelle labourerait des chaires à vif, il suffit parfois de se rappeler que le plaisir est à côté de la douleur pour apprécier l'un et l'autre. Idiot, je formule de nouveau le mot avec mes lèvres, sans pousser sur ma voix pour l'élever plus haut que l'imaginaire que je partage avec lui. Sur un pont, peut-être, un skyscraper aux reflets argentés me fait face, dans l'image étrécie de sa pupille dilatée. Je me penche sur lui, pour ausculter son âme. Lui lève la main, mais ne finit jamais son geste.

    -Ah. Je t'ai pas dis... Je crois que j'ai déréglé un truc quelque part.

    Je le contemple, mais il ne termine pas.
    Il y a un mouvement. Un mouvement que je perçois du coin de l'oeil, sans chercher réellement à le rendre compréhensible : un mouvement existant, mais dépassé par lui-même, par sa propre fiabilité physique, laquelle se dévore. Je cille.



    -Trois. Ou c'est moi qui n'existe pas. J'aurais dû fumer tous les paquets du monde si j'avais su qu'une saloperie de clope te ramènerait jusqu'ici.

    Je lève la main, la cigarette projettée au dessus du vide se trouvant glissée entre l'index et le majeur. Mes phalanges criblées d'un regard douteux, je choisis de ne pas m'interroger, par simple appréciation du moment, et j'inhale. La fumée qui inonde mon esprit noie ma clarté, le temps d'une seconde, le temps que je ferme les yeux pour cesser d'exister. Puis, il faut récupérer la motivation d'assumer, et je rouvre les yeux.

    Petit trois : louve.

    La fumée glisse entre mes lèvres, et je me laisse embrasser par le vent et la buée. Se claque dans mes cheveux une symphonie lourde d'harmonies cassées. Je secoue le visage. Les poumons se vident sur une exhalation projetée.

    « Je suis en train de me dire que, dans ta syntaxe, c'est le mot « salope » qui me plaît le plus. Je trouve ça vaguement amusant. »

    Un regard en biais, balancé du coin des yeux.

    « De quoi as-tu peur, au juste ? De l'idée que l'on ne se revoie pas ? Que tu ne me retrouves jamais ? »

    J'ai presque un sourire.

    « Ça flatterait mon ego, bien entendu. »

    Je plie le coude, en contemplant la cigarette entre mes doigts.

    « Je te l'ai dit, je crois. Il n'y a pas besoin de date, pour nous. Cela s'effectue, comme un rendez-vous à la demande, mais au delà des informations chiffrées, notées. Le tableau est blanc, et il faut s'en satisfaire. Tu fumes, je suis une salope, et à nous deux, on illustre cette réunion idéale des hauteurs qui s'écrasent sur elles-même. Tu me fais un peu peur, parfois, tu sais ? Un peu. Juste assez. »

    Je coince mon coude contre un rebord, et tourne doucement mes épaules vers lui, pour être positionnée en face de lui, à le contempler sans gêne.

    « Quatre, peut-être bien que rien de tout cela n'est vrai. Qu'est-ce que tu as déréglé, Yui ? »

    Et je prononce le prénom comme on murmure une prière.



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MessageSujet: Re: La Tisseuse de ses rêves   Ven 23 Oct 2015 - 13:04

-Ça me dérange pas de finir écrasé là bas, ce n'est qu'une fin après tout.

Valentine a fixé le fond entre ses pieds.

-Je pense qu'il n'y a que toi qui me voit brumeux ou je ne sais quoi.


C'est une île perchée au dessus du monde, un lopin de terre au dessus du vide, où il s'est assis sans réellement avoir eu envie de partir ailleurs. Les hauteurs, il ne sait pas pourquoi il les apprécie tant. Généralement le paysage qui va avec est tout aussi appréciable, mais  il y a cette brume de tous les jours qui l'empêche de jauger son environnement.

Il a fini par s'y faire.

-Est ce que ça te réconforte de puiser dans des références ?
souffle Valentine sans cesser de fixer son observation.

Ce n'est pas vraiment une question. Le monde de Kami est fait d'extrêmes, des extrémités entre lesquels il sillonne puisque lui n'a pas cette vision catégorique des choses. Il a levé les yeux vers elle sans vraiment la voir et son visage a pris un air pensif.

-Le plus étrange est de devoir admettre que quoiqu'il arrive, quoi qu'on ait pensé attendre, toi et moi nous retrouvons notre propre réalité à chaque fois que le sommeil se rompt.


Il y a une certaine matrice qui a dévié de ses lignes, un quelque chose qui a disparu dans laquelle les rêves de la Prédatrice ont cessé pendant un moment, de commuter avec les siens. Entre eux, une balance, une robe un peu trop blanche, un air serein et Thémis qui l'observe en silence dans cette salle trop éternelle, trop épurée, trop peu viciée. C'est elle qui trouble la jonction et elle encore qui demeure aussi claire que limpide, là bas assise sur son trône surfait. Elle vient se superposer de manière trop nette devant l'image de Kami, qu'il est obligé de se restituer pour ne pas la perdre de vue. Une tension s'installe sur ses sourcils et Valentine plisse des yeux un instant; mais Otagame est restée là, derrière la panthère, la tigresse et la louve.

-Tu penses que c'est de la peur?


Il se voit, somnambule au dessus de la tour de Libra, happé par le vide, les cheveux claquant dans le vent et un grand sourire paisible qui s'élargit sur son visage alors qu'il se réveille une dernière fois avant le néant. Il se voit encore, consumé par les brûlures de la fournaise qu'est ce désert ocre roux, ce soleil qui rôtît son épiderme et qui lui donne l'impression d'ingurgiter du sable à coups de grande cuillère. Puis encore du néant. (...) Ce sont des vies bien éphémères qu'il a enchaînées là bas.

Il entend de nouveau la voix de Kami. Une salope, dit-elle?

-... Tu es surtout très stupide,
a-t-il commenté avec un sourire amusé en s'accoudant sur les rebords.

Ça sent presque les salles aseptisées, mais à part cette fenêtre et le monde qu'elle offre, Valentine a cessé de regarder en arrière. Et passé sous les radars d'observation de Kami, il contemple les bâtiments en face d'un air distrait.

-Entre toi et moi je crois que c'est moi qui devrait avoir peur de toi. Mais...


Alors si rien de tout cela n'est vrai, que reste-t-il réellement derrière le vrai? Il lui fait face, lui renvoyant sa même position, réfléchissant cette fois à la question qu'elle lui pose, cette fameuse question dont la réponse s'échappe du champ de sa compréhension.

-Ça.


Ses doigts se rapprochent vers le front de Kami et s'arrêtent à quelques centimètres, suspendu dans les airs, puis se posent sur sa tête.
Il n'y a pas eu de contact, il n'a pas senti de texture sous ses phalanges et ses doigts ont de nouveau disparu.

-Le fait que rien de tout cela n'est vrai. Le fait que je ne peux pas te voler un peu de carmin sur tes lèvres comme avant. Alors peut être qu'au final c'est bien moi qui suis faux.


Comme une âme en peine sauf que la peine n'y est pas tellement. Coincé entre deux monde, entre une pseudo vie et une pseudo mort, là, à hanter le couloirs de ses propres rêves et de ceux de Kami. Valentine n'a pourtant jamais souhaité l'éternité ni immatérialité. Ni ça, ni être intemporel.

-Quelque chose s'est déréglé, ça ne marche plus comme avant, a-t-il alors simplement répété.

-J'ai arrêté de fumer. Mais ça ne marche pas non plus avec toi.

Il lui prend la cigarette d'entre les doigts, ils se désillusionnent là ou il aurait dû frôler ceux de la prédatrice mais ils ont quand même attrapé la cigarette pour la porter à ses lèvres. Valentine a passé le cap de la panique, la phase de la peur a fini par tarir, fatiguée par les assauts irréels de sa conscience. Ses yeux qui auraient dû rester fixés sur Kami se voilent, puis retournent contempler les contrebas de ce rebord. Il aspire lentement une goulée d'air toxique puis la recrache en faisant des ronds de fumée qui s'évapore lentement dans l'espace.

-Je ne te vois pas. Je t'imagine.

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MessageSujet: Re: La Tisseuse de ses rêves   Ven 22 Jan 2016 - 22:21

hs : je suis tellement, tellement désolée pour le retard.



Chapitre trois : Le vide.

    Oh Ciel, je songe. Les hommes ont tellement cette habitude déroutante à vouloir impressionner les femmes, sans se douter que jamais nous ne pourrions les suivre sur leur démence arbitrées. Nous étions louves, panthères et lionnes, mais pas imbéciles, - sûrement pas. À défaut, il fallait pourtant que je sois l'araignée, et j'avais, dans une fatalité trop commune, étendue ma toile jusqu'à ses pieds. Sous une syntaxe docile, je retrouvais en ce rythme la caresse d'une appréciation de l'être. Yui Valentine m'avait manqué, d'une manière ou d'une autre, peu importe si cela se justifiait autour d'une cigarette.

    Il y aurait toujours une petite rousse qui jalouserait cela.
    Et moi je jalouserai la petite rousse bien plus qu'elle-même.

    Sous les brumes imparfaites d'une pensée exhalée par la bouche, et dans la chute d'une cigarette qui tournoie quelque part entre le vide et ses doigts, je referme les yeux, en me demandant à quelle vitesse un corps tombe de cette hauteur, et sur combien de mètres le sang est projeté à la suite de l'impact. J'imagine la révulsion des yeux et les os qui se broie, la plasticité de la chair déformée, et les muscles déchirés. Le tout dans un « proutch », onomatopée de dessin animé. Je ne peux empêcher le sourire de naître ; Yui Valentine ne sautera jamais.

    « Ça fait de moi une privilégiée. Je te vois différemment. »

    Je souffle. C'est peut-être un soupir, c'est peut-être de l'agacement, il n'y a pas plus de chemins qu'il n'y a de choix, en cet instant, et je me contente de lui jeter un regard en biais, les sourcils froncés.

    « C'est pour me souvenir. Je cite pour me souvenir, parce que sinon, ils disparaissent de ma mémoire. C'est un peu comme ton prénom, tu sais. Tu es une de mes références. »

    Le sommeil se rompt. Peut-être bien, Valentine.

    « Tu n'as qu'à rester endormi, si tu veux me voir plus souvent. Peut-être que tu veux passer l'éternité avec moi ? Il suffirait de ne jamais te réveiller, tu ne crois pas ? »

    Non, Thémis n'était pas la balance. La véritable balance, ce serait plutôt la réalité, le monde, et peut-être même cette fille virginale, en robe blanche, immaculée de sa propre pureté, dont les mèches rousses viennent lacérer cette vision trop pâle d'une version féminisée à laquelle je n'adhère pas. Qu'est-ce que tu préfères chez elle, Yui, à cette homologue de mon nom qui flotte parfois comme une bulle dans cette pensée que tu ne peux pas vraiment cacher ? La jalousie est loin, très loin, mais je suis comme un petit bateau sur des flots trop tulmutueux pour n'avoir pas envie d'exprimer cette curiosité farouche qu'à la lionne à l'égard de l'agneau.

    « Qu'est-elle, contrairement à moi ? Pourrait-elle me subjuguer, ou est-ce que je voudrais la tuer ? Si je te la demandais, comme j'ai voulu les poissons rouges, tu me l'offrirais ? »

    S'il a traversé des déserts, moi j'ai franchi le néant. Le monde suspendu au bout de la toile, à contempler le rien et évaluer le vide, pour toujours avancer. Avancer en silence, dans le fracas d'un quelque chose qui n'existe pas, au dessus des Enfers que chaque foulée à modeler. Je ne suis pas plus dieu que je suis vivante, mais sous les coupoles d'une extraction de ma propre nature, il y a des résonances dans lesquelles mon identité se structure sur l'abondance même de ceux qui ne croient pas, qui ne prêche pas. Valentine devrait faire parti de ceux-là, et un jour peut-être, je pourrais le récupérer entre mes doigts, et savourer le silence d'une existence que je lui consumerais complètement, en posant ma bouche sur son cœur, et lui dévorant. Peut-être, Yui.

    « Je ne suis pas stupide. »

    Enfante.

    « Je n'aime pas que toi tu dises ça, c'est insultant. »

    Sous un air faussement agacé, je ne peux m'empêcher de sourire. Il y a une fraternité dans notre relation ; celle de la violence et de la peur, et qu'il me le rappelle brusquement me fait perdre la courbe de mes lèvres, transformant le sourire en une expression placide. Assurément. J'abaisse les yeux jusqu'au vide, en imaginant les immeubles et les îles que l'on peut découvrir dans une autre réalité, dans une autre imagination. Tu m'as dit que j'étais idiote, mais tu ne sais pas à quel point je suis salope, non ? La peur, tout ça … c'est quelque chose que je traîne comme une valise à bout de bras. Ça ne s'arrête pas, jamais. Je vis avec, mes os ont calcifiés le sentiment de manière à ce que mon cœur et mon sang en irriguent chaque partie de mon être. Je ne suis pas stupide, mais parfois, je me dis que les oiseaux volent trop haut pour moi.
    Je soupire.

    Et puis tu lèves les doigts, Yui, et tu captes mon regard. Un peu trop violemment ; je devrais te mordre. Tu ne me touches pas, mais c'est violent, et je serre les mâchoires, intensément.

    -Le fait que rien de tout cela n'est vrai. Le fait que je ne peux pas te voler un peu de carmin sur tes lèvres comme avant. Alors peut être qu'au final c'est bien moi qui suis faux.

    Les mouvements emportés d'une mèche balayée par le vent me fait perdre de vue, durant un instant, la contemplation du vide, et je réitère le soupir, pour ne pas me laisser disparaître à cet état de concentration flegmatique dans lequel nos présences tournoient. Tu n'aurais jamais eu ce que tu désirais, peut-être. Je l'imite dans sa position, et je m'accoude, sans plus le regarder.
    Il a récupéré la cigarette depuis bien longtemps.

    « C'est triste. »

    Je ferme les yeux.

    « C'est triste que tu ne sois pas en mesure de me faire complètement exister. Cela ne fait que prouver un peu plus que je ne suis pas vraiment là, que tu n'y arrives pas exactement. Tu ne me vois pas. »

    Je pourrais disparaître.

    « C'est peut-être que tu ne veux pas vraiment que je sois là, Yui. »

    Et j'ai murmuré le prénom, pour ne pas le gifler.




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MessageSujet: Re: La Tisseuse de ses rêves   Dim 14 Fév 2016 - 11:19

Il suffirait de ne jamais te réveiller, ne crois tu pas.


Un écho et un plafond sobre.
Des formes floues, claires et jamais prédéfinies.

Il ferme les yeux à la réalité, c'est plus simple ainsi. Il n'a pourtant ni sommeil ni réalité à offrir à Thémis. Devant lui, la prétendue balance de la justice tremblote fébrilement, n'attendant que la prochaine sentence à faire tomber au dessus de son être, pile là comme la lame de Damocles. Ses yeux abandonnent leur lueur quelque part dans ce désert d'illusions et il cherche, cherche un sens qui ne lui revient pas en mémoire. Peut être qu'il devrait aussi se mettre à citer pour ne pas oublier. Comme Otagame. Il a tourné un regard vide vers elle et lui souri dans une complicité provocante.

Aujourd'hui les parages sont calmes mais une tension nait entre les consciences; Yui n'a pas envisagé retomber dans l'éternité. Il y avait dans l'éternité, des esprits brisés par un monde antérieur, et ni dans l'un ni dans l'autre ne se trouvait la voisine de ses rêves. La voisine qui n'en était pas vraiment une, puisqu'au final elle habitait dans les quartiers de son sommeil. Et les réveils étaient nécessaires pour permettre un reset lorsqu'il ne la trouvait pas.

- Si tu gardiennes mes rêves pourquoi pas,
soupire-t-il. Mais tu disparais trop souvent, tu provoques le réveil. Est ce bien toi qui tisse l'onirique? Parce qu'entre les maillons de ta toile, il y a des failles à travers lesquels s'échappent des souffles de réalité.

Par là, des voiles se mouvent au gré du vent, de cette femme enrobée dans ces tissus épurés à laquelle l'araignée fait référence. Des cheveux roux relevés, des traits qui n'appartiennent plus à Thémis. De cette dernière, Valentine n'a jamais qu'aperçu une aura claire dont elle s'est entourée, elle et sa balance déréglée. Il ne connaît pas son visage parce que dans ses visions, elle n'en a pas. Quand à la rouquine, il peine à savoir d'où elle surgit, depuis les recoins d'une matrice brisée. Il voudrait apporter un élément de réponse mais n'y parvient pas.

- Otagame, ...Kami. Qui pourrait donc te subjuguer? Tu es tellement étrange.

Le vide est un spectacle de néant décalé qui se contente de s'étirer à l'infini sous leurs pieds. Il s'empare d'un silence tandis que la sensation d'incompréhension après une gifle envahit les pensées d'un homme. Il regarde la Prédatrice s'accouder sur les rebords, déconcerté, et tente un nouvel ordre de signification dans le tumulte défait de ses réflexions. Il pose une main sur son épaule... tentant de ne pas traverser cette illusion immatérielle.

- Est ce toi qui me fait exister, présentement ?

Est ce toi, moi. Et si ce n'est pas toi, qui d'autre. Et si ce n'est pas dans le présent immédiat, alors quand ?

Un sourd instant d'incertitude envahit ses veines et il sent passer cet inconfort à travers son entité. On lui avait un jour dit que vivre commençait là où s'arrêtait la zone de confort, mais à ce moment précis, il est en train de se noyer dans les dérives d'une réalité virtuelle.

- Je ne crois pas. Tu ignores que je te traque à chacun de mes sommeils et ton absence...
Il réfléchit. Quand tu n'y es pas, les rêves ne m'appartiennent plus.

Les rêves sans la tisseuse sont pour la plupart, un défilé d'images et de situations où il ne lui est donné d'enregistrer la séquence que de ses yeux, telle une caméra posée dans un des coins supérieurs à la scène. Au mieux elle bouge pour suivre le temps, au pire elle se contente de filmer, inerte. Il retire le spectre de la main de son imaginaire qui constitue Kami puis se recule pour s'assoir sur le côté de son lit hospitalier défait. La prédatrice à contre jour est une silhouette un peu sombre mais qu'il ne pourrait confondre avec une autre.

Il a levé les yeux vers le plafond observant le lignage des carrés parfaitement aligné les uns à côté des autres.

- Si je parviens à te faire exister ne serait ce qu'infiniment, c'est okay pour le moment. Dans une autre dimension sans heure et sans temps, tu n'existais plus et ce n'était pas une question de volonté.


Dans ce monde ocre et fait de citadelles infinies, il avait un de ceux qui avaient cessé de rêver. Et tandis qu'il était in homme mutilé de ses rêves, Thor l'avait laissé sondé les siens; c'est de là que sortait d'ailleurs la rouquine. Elle s'était détachée ainsi de tout le reste, et ensuite s'était de nouveau effacée de sa mémoire. Les illusions ne s'y imprimaient plus et lui confirmaient à présent son retour sur la terre, dans un endormissement trop lourd pour prétendre à un réveil inopiné. Il ne comptait plus le temps puisqu'on le lui en avait privé la notion, et c'est dans cet état d'inconscience qu'il retrouvait la première personne qu'il avait cherché en vain, au delà des strates de son sommeil. Il contemple un instant ses mains et scrute Otagame de dos.

- Ça reviendra. Je te vois différemment.
Écho. Mais je veux que tu sois là.

S'il y a des failles, il suffit de les combler.

-Kami. D'où viens tu? Parfois je me dis qu'on a déjà pu se croiser quelque part, avant.

C'est un peu comme si on se connaissait déjà depuis.
Dans les couloirs d'une école passée.

Ou alors c'est la matrice qui fausse encore les perceptions.

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MessageSujet: Re: La Tisseuse de ses rêves   Mar 24 Mai 2016 - 20:42

    Chapitre quatre : Ma rancoeur en vertu de la douleur.


    Congédier le silence. Lèvres fermées, dans une envie de retrousser les babines, pour soulever les crocs à l'égard d'une chair tendre, offerte, que l'on n'ose toucher. Mes envies sont assassines, mes prédicats jaloux et furieux. J'oscille en silence, avec un désir de cigarette, et de me verser de l'eau de Javel dans les synapses. Ça ferait peut-être du bien, pour tuer ces inflammations de la myocarde, laquelle se soulève contre mes propres raisonnements. Je ferme les yeux, vient presser mes index contre les paupières douloureuses dont sont propriétaires ces orbites nuisibles, et je soupire.

    « Je provoque le réveil. C'est peut-être bien ça le problème. Les hommes n'aiment pas être réveillés, quand ils sont en plein fantasmes. Je suis ennuyante, je suis la réalité. »

    Il n'y a pas de mailles, pas de soie dans ces propos-là. Simplement le constat ridicule que ta parole ne s'allie pas à celle de Yui. Je le considères, avec l'impression de chanceler, avec l'impression qu'en un pas sur le côté, tout peut s'effondrer. J'ai envie de pleurer, un peu. Parce que je ne suis pas sûre que ce soit exactement la réponse qu'il attendait, mais que, dans tous les cas, le coup d'éclat ne survient pas. Je secoue la tête.

    « Je me fiche de qui. Je veux savoir « pour quoi ». Ça pourrait être toi, ça pourrait être n'importe qui. Personne ne tente sa chance. Le seul qui a essayé, il m'a oublié. »

    Il s'est oublié. Je ne le prononce pas, mais le prénom de Bakuya résonne comme un fantôme sur mon passé, projetant une ombre auréolée qui ne se découvre pas de ce charme, mystique et violent, que je ne me résous pas à lui retirer. J'ai envie de rire, j'ai envie de pleurer. Peut-être que toi, Valentine, tu pourrais. Seulement, je réclamerai, et tu le sais, que tu ne concentres plus alors ton attention que sur moi. Tu ne le peux pas : le poids de mon homonyme a jeté tes efforts, et surtout les miens, à bas. Elle t'aime, elle t'aime si fort. Et toi tu lui offres tout ce qu'elle veut.

    Les phrases de ce récit se fracassent les unes contre les autres, mon schéma narratif d'une belle histoire entre nous se fragilisant dans la soie de ce qui l'a tissé. Je fixe Yui et son visage de fantôme. Tu me donnes envie de te frapper, maintenant. Qu'est-ce que cela change vraiment ?

    Je le fixe.

    « N'es-tu pas capable de vivre par toi-même, Valentine Yui ? »

    J'aimerais bien le claquer, mais c'est lui qui m'a blessé le premier. Regard blasé, attitude effrontée, mon front cache cette volonté trop obtus de camoufler les évidences.

    - Je ne crois pas. Tu ignores que je te traque à chacun de mes sommeils et ton absence... Quand tu n'y es pas, les rêves ne m'appartiennent plus.

    Je souris. Avec cette tendresse particulière ; celle du fond du cœur. Je pourrais me perdre. Je suis sûre qu'au bout du compte, je te retrouverais dans le fond d'un dédale, aussi paumé que moi, à m'attendre néanmoins. Je prendrais ta main, si cela arrivait.

    - Si je parviens à te faire exister ne serait ce qu'infiniment, c'est okay pour le moment. Dans une autre dimension sans heure et sans temps, tu n'existais plus et ce n'était pas une question de volonté.

    Mon sourire s'efface, et cette fois, la tendresse laisse place, vacuum exorbitant, à un appel au secours qui s'évacue trop lentement, asphyxiant ma raison, détruisant les fondements, entrainant un effondrement de sable, de poussières ; de tout ces constituants qui n'ont jamais réussis à s'avérer compétents. Je me sens oxydable, perfide condition, le méthane en combustion. J'expire.

    - Ça reviendra. Je te vois différemment.

    Que pourras-je faire ? Dire ou penser ? Je crispe les mâchoires.

    - Mais je veux que tu sois là.

    « Quelles sont les conditions ? »

    Je me retourne, le poids de son regard entre mes omoplates est un fer chauffé à blanc qui cisèle ses initiales contre ma peau.

    -Kami. D'où viens tu? Parfois je me dis qu'on a déjà pu se croiser quelque part, avant.

    Je m'approche du vide. Tu ne t'en souviens pas -

    « D'ailleurs. Tu m'as peut-être appelé de là-bas. C'est ça qui m'aurait fait remonter à la surface. Je ne vois que ça. »

    Je mens, mais ça n'est pas un souci. Je pose la main contre le vide.

    « Et si nous n'avions pas survécu au train ? Je te l'ai dit, Yui. Je suis peut-être dans la réalité. Je suis là, au réveil, dans ce concept que les hommes n'aiment pas considérer. Ça s'appelle la réalité. »

    Si j'avais abandonné l'espoir de te voir ?

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MessageSujet: Re: La Tisseuse de ses rêves   Lun 13 Juin 2016 - 6:37

Le regard vitreux de Valentine s'est étiré dans un sourire amusé. Ses yeux restent aveugles, la silhouette de Kami ne se découpe que par la force de son imagination... Ou quelque chose comme ça. Il ne l'a voit pas mais sait pertinemment qu'elle se trouve en face de lui, il ne peut vérifier sa présence au toucher mais sait qu'elle est bien en train de converser avec lui, en ce moment. Il ne sait quel pont s'est établi depuis que l'autre s'est écroulé.

-Donc tu dis que je suis en plein fantasme. Tu as une définition originale de l'ennui.


Donc Kami, tu établis que Tu serais mon fantasme. C'est... Ses pensées ont résonné si fort qu'il jure qu'elle les a entendu. La toile dans laquelle ils sont comme suspendus, s'est mise à trembler au gré des états d'esprit de l'Araignée: il suffirait d'un faux pas, oui un seul, pour se retrouver par dessus bord. La soie tissée est tellement vaste que certaines jointures se sont brisées; à force de s'approcher du bord, Valentine s'y est perdu, en brisant net le lien onirique de sa réalité. N'est il désormais plus capable de vivre par lui même ? Il ne le sait pas, et pose son regard aveugle sur celui de Kami. Il y a quelque part un labyrinthe qui ne se défait simplement pas.

-Ce que je sais, c'est que je déteste l'humanité mais pas autant que ce que je l'apprécie.

À quoi ça sert de vivre par soi même ?
Là encore, il l'ignore, il reste trop de question dont il ne détient même pas une esquisse de réponse. Il a froncé les sourcils, plissé les yeux.

Il y a de la colère, un déferlement contradictoire de passion et de rage qui ont fait onduler les toiles depuis leurs extrémités. Ils viennent sans doute de l'agitation d'une araignée qui menace de disparaître et qui demande des conditions comme s'il était réellement question d'un échange quelconque. Yui Valentine ne saurait expliquer ces faits, ne saurait développer sur le pourquoi du comment c'est, comme un fondement. Otagame, elle dit de venir de sous la surface, alors que lui, Valentine, a toujours pensé être perché à trois mille lieux au dessus de la surface... Si la surface devait être un tant soit peu ce qui devait rester de la réalité. Ils étaient perdus, complètement perdus, à se battre pour une existence vaine qui finirait comme des milliers d'autres enfants de cette réalité. Pour s'oublier, il ne restait plus qu'à se raccrocher les uns les autres et se donner une raison de vivre. Pour être subjugué pour certains, pour songer métaphysique et parler de ponts oniriques pour d'autres. C'est là un schéma d'une simplicité effroyable, provoquant chez Valentine une crispation de la mâchoire. Il distingue et redessine au travers ses pupilles qui ne voient plus, la forme de la Prédatrice se rapprocher du bord, trop près. Elle chancelle, flamme d'une théorie dont l'ombre lui tourne le dos et frôle les arrêtes du néant.

- Je me souviens de toi.

Pendant un instant, le monde se fige et se remet en marche, douloureusement.

-C'était une allusion bien avant le train, Prédatrice.

Bien avant.

Yui se lève et la rejoint pendant que les détails du dos de l'Araignée se font plus précis, sondés par le gris de ses yeux. Sur le dernier pas avant qu'il ne puisse l'effleurer et que son corps se désagrège au moindre contact, le sol s'est effrité, la fenêtre à contre jour s'est effacée, les carrés du plafond se sont dissolus.  Non tu n'es jamais là à mes réveils. Alors qu'il est presque certain de pourvoir la sentir présente hors de ces réveils. Appelles tu cela un fantasme? Il ne saurait se contenter d'y donner une définition.

... Mais ce n'est pas impossible.

- Tu sais, les mots c'est comme le temps, à chaque fois que tu les utilises, tu délimites leur portée.

Le sol vibre et dans la sensation que le temps s'étire à jamais l'air a embrassé son corps comme jamais il ne l'a été. La pression d'un vide, le poids d'une pseudo gravité, la force imaginaire et le refus d'une réalité: jamais Yui n'aurait cru que le vide serait aussi tangible.

-Kami. Nous tombons. Et je n'ai aucune condition.

Le train ou le vide.

Si tu n'aimes pas les hauteurs, peut être qu'un jour, nous ferons le tour de sous La Surface comme tu dis. Du moins je le ferai.

L'air était brûlant, l'air picotait les pores de sa peau.

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