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 Derrière mes livres, je défie le monde. |Eiri.

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Zakuro Fea
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MessageSujet: Derrière mes livres, je défie le monde. |Eiri.   Mar 14 Juil 2015 - 2:05


    Elles sont brunes, blondes, et l'une d'entre elles a les cheveux teints en rose. Elles sont brunes, blondes ou rose, assises dans le fond de la classe, et c'est sur elles que la colère de Zakuro vient de se focaliser.

    Il y a dans l'amphithéâtre, un appréciation particulière qui s'exprime par une tension palpable quand le cours est passionnant et passionné. Silencieuses et attentives, les attitudes sont des armes de front qui s'usent contre la compétitivité des étudiants cherchant à requerrir le plus d'informations possibles. La lutte est risible, le diplôme est en vue. C'est une tension fivole qui pèse comme une montagne, et étire les nerfs dans cette dynamique de concentration profondément irritée. En particulier quand le professeur s'exprime d'une voix calme, à la limite du trop bas.

    Elles sont des êtres immondes pour qui le savoir, la passion, ne serait-ce même que la compétition n'importe pas. Non tenues par le plaisir d'une information à posséder, elles sont des démons en chaussettes hautes dont le port surélevé d'un soutien-gorge désormais rempli de chair, leur offre, -elles le croient-, la possibilité de se sentir supérieur à ce qu'elles sont réellement. Bovarysmes insupportables des étudiantes pour qui la sexualité qui se découvre est plus importante que le cour en train de se dérouler, c'est sur leur face cramoisies que Zakuro pose un regard gelé. Elles sont au fond de la classe, il est au premier, et il entend plus leurs piaillements surexcités que les propos de sa professeur. Une nouvelle professeur dont la peau pâle exprime une différence de provenance qui le fait se pencher sur des paysages mentaux aux chapes de brouillards et aux plaines sombres. Certains disent qu'elle est irlandaise, et cela ne le surprendrait pas outre mesure, en vu de son nom. Néanmoins, quand pour la cinquième fois depuis le début du cours, elle est interrompue par les rires d'une des blondes, Zakuro ne supporte plus ces filles. Il s'empare de la règle en métal de son voisin, et en se levant, provoquant sur lui une pluie de regard, il remonte l'allée de l'amphithéâtre, accompagné par des yeux qui se tournent sur son passage. Les filles, devant lesquelles il arrive à leur hauteur, lèvent le visage vers lui. Il explose la règle en métal sur leur bureau, à quelques centimètres des ongles manicurés de l'une d'elle.

    « VOUS VOUS LA FERMEZ, MAINTENANT ! »

    Le silence de la classe est total, et Zakuro boue de rage. Le frisson qui parcourt son corps et brûle sa peau souligne le regard glacial dont il cherche à submerger les filles. Tétanisées, elles le fixent, à l'instar d'un garuda démoniaque ayant fondu sur elles. C'est peut-être ce qu'il est, dans l'instant. Avec ses docs noire, son pantalon ample, ses cheveux en bataille qui se livrent à une superposition dans sa nuque, semblable à une crinière, et son expression de colère, Zakuro ne peut pas ressembler à un chevalier servant, avec sa règle en métal à la main. Quand il finit par se retourner, l'une des filles explose en sanglot, et quitte précipitamment les lieux. Ses amies sont raides, mortifiées, et Zakuro retourne à sa place, les mâchoires crispées sur des mots de haine qu'il se retient de prononcer.

    (…)

    Lorsque le cours annonce sa fin, sur une cloche qui sonne trop vite aux yeux de Fea, celui-ci relève les yeux de son ordinateur, s'assurant que les mots sont bien enregistrés sur son document word, après quoi, il commence à fermer ses fenêtres. Les gens qui se lèvent et passent à côté de lui déposent contre son échine des regards lourds de sens qu'il ne cherche pas à rencontrer. Il se lève, petit géant dans ce milieu trop asiatique à la norme du mètre soixante dix. Il se lève, et pose directement les yeux sur le bureau du professeur. Il traverse son allée, et descend les marches, pour, en remontant l'estrade, aller se positionner près du bureau. Il a conscience que la plupart de ses « camarades » le suivent des yeux, tandis qu'ils sortent des lieux, mais il a besoin de faire une mise au clair. Son nom est affiché sur les classements, dans une position élevée, et il sait qu'il doit défendre sa place, laquelle est jalousée. L'Histoire est une matière dans laquelle il se bat. On aimerait le voir tomber de son piédestal.

    « Madame. »

    Elle ne répond pas, il cherche à croiser son regard, et quand ses prunelles fendues rencontrent les yeux noisettes de sa professeur, il répète, doucement.

    « Madame. »

    Il s'incline, brièvement, les paupières à demi-abaissé, ses yeux projetant, au delà de ses cils, un regard éteint, en veille, derrière lequel sa conscience s'active en un zanshin particulier.

    « Je vous présente mes excuses quant à mon intervention de tout à l'heure. Je ne tenais pas à vous déranger. »

    Au contraire. Il se relève, sans chercher à croiser son regard, cette fois, et pense au sourire goguenard qu'aurait Joshua s'il le voyait s'incliner de cette façon. Ses paupières se plissent, et son nez se fronce en une expression boudeuse. Il vaudrait mieux ne pas penser à Joshua et son sourire lorsqu'il s'agit de s'adresser à un professeur pour lui présenter ses excuses. Des peut-être s'échappent de son esprit, et il ferme les yeux, un instant. Il les rouvre rapidement, pour précipiter sur le professeur un regard clair.

    « Merci pour votre cours, il est passionnant. »

    Lèche-botte.~

    Zakuro sourit. On s'accorde à penser qu'il est intéressé par elle, au delà de toute idée romantique. Il voit en elle une femme, une irlandaise, peut-être, mais surtout une passionnée d'Histoire, à l'instar de Momo, et de lui-même. L'idée naît naturellement, et fuse entre ses lèvres, si doucement qu'il se demande presque s'il le prononce réellement.

    « Est-ce que vous voudriez bien que je vous invite à dîner ? »

    Il n'y a pas de pourquoi, pas de comment, simplement les yeux bleus qui sont abaissés sur le visage de la femme, et il l'imagine, figurine de chair et de sang, à tourner les pages trop lourdes d'un roman sans fin que l'on veut appeler « Histoire ». Zakuro perd un peu pied avec la réalité. Peut-être.

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Le bleu. Tu es le ciel qui surplombe la terre, qui grise le regard des gens en quête de réponses ou d’atmosphère. Tu es l’intemporalité qui veille sur la planète, qui transcende l’existence sans pour autant la manipuler, sans pour autant se l’approprier. » K. J. M
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MessageSujet: Re: Derrière mes livres, je défie le monde. |Eiri.   Mar 14 Juil 2015 - 10:46




    La jeune femme repoussa sa chevelure, poussant un soupir discret. Bien évidemment, elle n'entendait pas, ne percevrait pas le piaillement qui pouvait avoir lieu dans son amphithéâtre. C'était d'un côté réconfortant, de faire cours dans un calme sourd, mais elle n'était malheureusement pas aveugle. Un groupe de jeunes filles un peu plus loin s'activaient à parler de sujets qui n'avaient strictement rien à voir avec la guerre d'Ônin. Disposant d'une très bonne vue, la blonde saisissait même des bribes de paroles, qui la désespèrent. Lorsqu'elle les saisissait à rire, gorge ouverte et grasse, elle s'arrêtait un instant, et leur lançait un regard, consciente que tous les élèves se voyaient dérangé par ce comportement. C'était le jeu des cours magistraux, et tout le monde le jouait. Tout le monde avait sa place précise et sans faille. Au bout de huit ans, elle connaissait ce système immuable, qui chaque année se répétait sans que personne n'ait émit de règles. Car elle savait parfaitement qu'au fond, l'étudiant avec son ordinateur, tapant épisodiquement, était sur internet au lieu de reprendre le cours. Elle savait que le groupe gloussant au fond n'avait pas suivi un mot des tensions qui s'installe lorsque la femme d'Ashikaga Yoshimasa donne naissance à un fils, alors que le shogun a déjà proclamé son jeune frère héritier. Il était évident que les quelques amis endormi sur leurs feuilles, les yeux rougis par une soirée sûrement tardive, n'étaient pas à même de saisir les enjeux lorsque deux clans ennemis mais très puissants, les Yamana et les Hosakawa, décident chacun de supporter l'accession au trône d'une personne différente, amenant à lancer une guerre civile qui durera 10 ans.


    Par contre, pour la rangée d'étudiants qui, même s'ils n'écrivaient pas tous avec une ardeur exceptionnelle, suivaient le cours comme s'il s'agissait d'une déclaration de JK Rowling sur un nouvel opus d'Harry Potter, ce cours semblait intéressant, et cela rassurait la jeune professeur, qui malgré sa passion et son ardeur à la tâche, n'en était qu'à son troisième cours magistral. Elle refusait de se dire que cette fond d’amphithéâtre était due à ses capacités. Peut-être qu'en essayant plus, elle pourrait les passionner, les captiver. Mais c'était un équilibre fragile, celui d'un amphithéâtre, digne d'une faune sauvage. Chacun y avait sa place, et pour autant qu'elle sache, ces places du fond seraient vides l'année prochaine.


    Elle finissait la description du clan des Yamana et s'apprêtait à rentrer plus en détail dans celui des Hosakawa quand un élève, assit dans les premiers rangs, se leva en trombe, visiblement animé d'une colère violente. D'abord surprise, Eiri se rendit vite compte qu'il ne faisait que témoigner d'un agacement soutenu envers le groupe de pipelettes. La blonde sourit, eh bien, il fallait que ça arrive après tout, même si les élèves se contentaient habituellement d'un chut appuyé dans la direction des intéressés. Elle l'observa tandis qu'il revenait à sa place. L'une des élèves éclate en sanglots, et quitte la salle en courant. Une qui n'aura pas tenu plus de trois cours apparemment. Des jolies filles comme ça, elle en voyait passer chaque année dans les couloirs de l'université. Pleines de rêves, mais d'aucune volonté. S'ennuyant dès les premières minutes d'un cours, pour se rendre compte qu'elle ne savent nullement pourquoi elles ont choisit l'histoire du japon féodal, ou tout autre matière qui nécessite de poser son arrière train sur un banc et d'écouter pendant trois heures un professeur déblatérer. Elles finissent bien souvent l'année d'après dans une filière plus professionnelle, ou s'acharnent, ce qui est plus rare mais d'autant plus honorable. Celle-ci, probablement effondrée dans le couloir, n'a pas l'air du genre à s'acharner, tant pis.


    Un coup d’œil dans la salle, plus personne n'osait bouger les lèvres maintenant, ce qui signifiait que le silence devait régner, un raclement de gorge, elle reprit l'historique du clan Hosakawa, décidée à arriver à la fin de cette guerre pour la fin de son cours.


    Et grâce à l'intervention du jeune homme, elle réussit avec brio, même les étudiants aux yeux brouillés d'alcool avaient commencés à prendre des notes. Mince, elle allait devoir songer à l'engager comme concentrateur de salle, il était d'une efficacité redoutable. Finissant le cours sur un mot gentil mais rappelant tout de même quelques livres que les élèves trouveraient à la bibliothèque et qui renfermaient des informations intéressants sur la guerre d'Ônin, elle les laissa repartir vers de meilleures choses. Déconnectant les câbles reliant son ordinateur au grand écran et l'éteignant, elle rangea ses affaires. Sentant une présence, la jeune femme lève les yeux, pour se trouver en face d'un géant de deux mètres. Reconnaissant l'étudiant qui avait fait le calme deux heures plus tôt, elle sourit, le regardant attentivement pour ne pas perdre ce qu'il pourrait dire. Ce qui fut pour le moins surprenant. Rougissant presque lorsqu'il lui indiquant que son cours était passionnant, elle ne baissa bien évidemment pas les yeux, sans quoi elle n'aurait pu saisir ses derniers mots. Presque un souffle, elle eut du mal à discerner le mouvement de ses lèvres. Mais son entraînement sans faille ne lui fit pas défaut. Elle eut un petit rire gentil.


    « Appelez moi Mademoiselle déjà, Madame fait crisser mes dents ! »


    A 25 ans, se faire appeler Madame lui donnait l'impression d'avoir gagné dix ans. Consciente que ce n'était qu'une formule de politesse, elle avait cependant tenu à le rectifier, comme pour le remercier de son intervention, et lui donnant un droit différent des autres, celui de l'appeler Mademoiselle.


    « Merci beaucoup pour votre compliment, je dois dire que j'ai pu remarquer votre ardeur, et j'en suis très honorée. »


    Remarquer était un mot faible, il avait littéralement fait taire une salle entière pendant deux heures, ce qui était un exploit impressionnant. Sa carrure devait y jouer. Habituellement pas très impressionnée par la taille des Japonais, du haut de son mètre soixante-dix, il fallait dire que cette fois-ci la donne était différente. Le jeune homme devait bien mesurer plus de deux mètres, et malgré des traits asiatiques, ses yeux d'un bleu profond troublaient légèrement. Tout autant que sa dernière question. Pas parce qu'elle se doutait de l'éthique d'une telle demande, mais parce qu'elle ne savait pas si elle avait le droit tout simplement. Les règles Japonaises, même à l'Université, étaient différentes. Elle choisit d'ignorer ça.


    « J'admire votre enthousiasme et vous m'avez tout l'air de quelqu'un de passionné, je ne vois pas pourquoi je refuserais. »


    Elle s'en doutait, ce n'était pas une invitation galante, sans quoi elle aurait refusé sans l'ombre d'une hésitation. Mais il avait l'air sincèrement intéressé par le Japon féodal, alors pourquoi pas ? Quand on proposait à Eiri de partager sa passion autour d'une table, on tirait sur sa corde sensible, et elle avait bien du mal à s'y refuser.
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Zakuro Fea
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MessageSujet: Re: Derrière mes livres, je défie le monde. |Eiri.   Jeu 16 Juil 2015 - 14:32


    La fleur de Tsuwa.
    Ou « Tsuwabuki ».

    "La seule plante à fleurir dans la neige,
    alors que le monde est engourdi de froid."


    La fleur de Tsuwa.
    La prostituée.



    Il existe dans le monde une règle qui stipule que toute chose est amené à disparaître. Dans le silence d'un temps qui se tue en se dévorant lui-même, je contemple ses circonvolutions morbides, lesquelles le font naître de lui-même. Le Temps échappe au Temps. Peut-être.

    Tout comme la ronde des aiguilles qui n'a jamais celle qu'elles ont effectuées la veille, une toupie sous ses doigts se charge d'amener ce mouvement qu'il se plaît à contempler. Les yeux baissés, le regard fixe à l'instar d'un shishogan qu'il ne cherche pas à surmonter, à dépasser, y flottant en apesanteur, il attend. Il a relevé ses cheveux pour qu'aucune des mèches noires ne viennent le perturber, et les jambes croisées, il est assis sur la chaise d'un restaurant dans une attitude qui lui attire les regards perplexes des convives aux alentours. Il y a dans ce restaurant une ambiance traditionnelle, mais ses deux mètres onze recourbés, le visage fermé, au dessus d'une toupie, il ne semble que trop décalé dans ce milieu qui se veut attaché à un passé disparu. Zakuro expire, doucement, du bout des lèvres ; et son souffle fait osciller la flamme de la bougie qui est installé dans la lampe en toile, petit morceau de lumière attribué à sa table. Il relève le visage à l'instant quand sa bougie cesse de tourner.

    Le serveur qui croise son regard passe à côté de lui en détournant les yeux. Zakuro le suit comme on regarde un oiseau filer, et ses yeux balaient ensuite le reste de la salle de ce restaurant traditionnel. Il a choisi un lieu qui se veut anachronique, et certains diront que c'est par cause du contexte, pour installer cette ambiance historique qu'il veut explorer avec son invitée. Pourtant, des lieux, il est le premier à se faire remarquer, le rônin de calcaire. Le serveur a manqué de lui demandé de s'en aller, alors qu'il avait à peine franchi la porte. Agiter quelques billets sous son nez en adoptant l'air calme de ceux qui ne se laisse pas bousculer à suffit pour que Zakuro puisse aller s'installer à la petite table au fond de la grande pièce du restaurant. Ça, et ses cent trois kilos de muscles, de chairs et de tendons. Zakuro a dit qu'il attendait quelqu'un, une femme, et on l'a laissé, on viendra prendre sa commande plus tard, lui a t-on assuré. Il a souri, doucement. Comme un adulte qui écoute un enfant faire son caprice. Le serveur s'est enfui.

    Il y a dans l'air comme un rasoir qui coupe la pudeur. Les yeux sur lui sont des faisceaux braqués qu'il ressent sur sa peau, sur son dos, mais il ne cherche pas à les relever, à les soupeser. Il affronte, et subit, calmement, récupérant entre ses doigts la toupie bleue qu'il s'amuse à faire tourbillonner. Shishogan. Il remonte un instant dans ses souvenirs, tandis que s'écoule les secondes qui apportent dans leur chute précipitée les intéractions de nouvelles situations. Eiri Kearney. Le nom glisse entre ses doigts comme la toupie qui valse.

    (…)

    Un sourire, un rire même, dont les intonations douces font tressaillir Zakuro, qui surpris, observe ces prunelles à la couleur noisette se relever vers lui. Il y a dans ces prunelles une chaleur qui lui rappelle son enfance en Angleterre, quand la cruauté du Japon n'existait pas encore, et qu'il jouait, tout petit, avec des camarades, dans un sous-bois recouvert d'un parterre de feuilles. L'automne arrivait, s'installant avec la discrétion d'une mère qui vient border après que le sommeil soit tombé. Il y avait dans ces souvenirs une maternité certaine, une présence réconfortante, un rôle que Nami jouait, loin de son attitude stricte à laquelle il s'était désormais habitué. Ces yeux lui rappelait les noisettes, les escalades dans les vieux chênes, et les après-midi où sa peau, sous le soleil, ressortait, typiquement différentes des autres enfants, le désignant par défaut comme le pirate asiatique. Ces souvenirs là étaient enfouis dans sa mémoire et son passé, désormais.

    « Appelez moi Mademoiselle déjà, Madame fait crisser mes dents ! »

    C'est au tour de Zakuro de sourire. Un sourire tendre, surpris, sur lequel il courbe ses yeux, pour accompagner la tranquillité de l'émotion à la saveur caramel qu'il éprouve. Il ne peut se cacher qu'il avait une appréciation pour ce qu'elle représentait, pour ce qu'elle exprimait en tant que professeur d'Histoire, et passionnée de Japon féodale. Mais pour cette offre d'appelation qu'elle lui fait, car au Japon, la distinction entre « Madame » et « Mademoiselle » insinuait directement les relations entre homologues, Zakuro se sentit non seulement satisfait, mais en plus, étrangement touché. Son sourire s'en fait, imperceptiblement, plus aiguë.

    « Merci beaucoup pour votre compliment, je dois dire que j'ai pu remarquer votre ardeur, et j'en suis très honorée. »

    « Aw …  Je suis désolé. Je ne me suis pas montré très délicat à l'égard de ces ... »

    Comme un moulin à prière, une douzaine de mots tournent dans son esprit, oiseaux fous qui s'agitent autour de son crâne, avant qu'il n'opte pour le plus neutre : « Filles » qu'il prononce dans un demi murmure. Certains auraient vu dans son comportement un prétexte idéal pour le faire renvoyer de la classe. Qu'elle ne l'ait pas fait a déjà tracé dans son esprit un trait rouge qui entoure ce qu'elle est, et il envisage la mettre dans le sac immatériel des gens intéressants. Heh. Il ouvre les yeux quand il se rend compte que sa demande, qu'il pensait vouée à l'échec, se voit gratifiée par un sourire et par un « oui ». Heh, vraiment. Eiri-neesan se veut tellement obligée qu'il en rougirait presque. Cette fois-ci, son sourire découvre ses dents, ses pommettes rehaussées par les angles de ses lèvres. Il réitère, avec un amusement enfantin, le demi salut, en s'inclinant brièvement devant elle.

    « Si vous connaissez le Okami Montain, dans le quartier Hiryuu, à deux pas des sources thermales. Il est assez dans l'ambiance. Disons ce soir, vers vingt et une heure, si ça vous convient. »

    Tout ce qui était nécessaire a été dit, songe t-il, et il s'esquisse, dans un demi-sourire, vers la sortie. C'est en franchissant la porte qu'il se souvient d'un détail que ne lui rappelle que trop la rencontre avec son Monsieur Chocolat. Il se retourne, les doigts sur le battant de la porte, les prunelles fendues par l'amusement provoqué par la prise de conscience qu'aurait pu provoquer l'oubli. Cela fait un peu penser aux films de super-espion, mais il lui lance, finalement, sur le ton de la plaisanterie.

    « C'est Fea Zakuro , au fait, o-neesan. »


    Mademoiselle.

    (…)

    La toupie s'arrête, et Zakuro ne fait pas l'effort de la récupérer entre ses doigts. Les yeux devant lui, la porte d'entrée derrière, il écoute les mei qui vibrent autour de lui, et s'imaginant pénétrer le shima, se rend compte du danger dans lequel il positionnerait tout ces êtres vivants. Le meifumado n'est peut-être jamais très loin, songe t-il, et il en a conscience. Mais combien de ces hommes et femmes autour de lui peuvent ressentir l'haleine du dieu cheval et du dieu bœuf qui garde les portes de l'enfer bouddhique ? Zakuro ferme les yeux, et reste immobile, à écouter la vie tranquille de cette soirée dans laquelle la vie des autres défilent.

    Le mu est tangible.

    Zakuro ouvre les yeux, et se détourne de la toupie. Elle vient d'arriver.

    « Bonsoir. »


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