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 So it's Time

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Ethel Dawkins
♦ Civil - Œnologue
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KMO
                                   :

MessageSujet: So it's Time   Dim 22 Fév 2015 - 18:21

22 février 2015




Les monts du pays du soleil levant, baigné de la lumière magnifique de l'aube. Tandis que le les villages s'éveillaient peu à peu, un train parcourait le pays, à la vitesse d'une balle de tennis. Un train comme il en passe chaque heure sur cette route, plein de travailleurs fatigués, ou de voyageurs nostalgique collant leur nez à la fenêtre du monstre de fer. Une en particulier, le nez exactement collé à la fenêtre, les yeux en proie à un émerveillement sans nom. Mais ce n'était pas le paysage en lui-même qui l'emerveillait, mais tout ce qu'il représentait, et un soupir de bonheur soulagé s'échappa de sa poitrine à mesure que ce train arrivait à sa destination.

Elle finit par décoller son nez de la fenêtre embuée, et regarda autour d'elle. En face, dans le carré, un vieil homme dormait à poings fermés, de sa bouche sortant des ronflements retentissant empêchant le repos de quiconque l'aurait souhaité dans le wagon. La rouquine secoua la tête et regarda ailleurs. A une place de la, une jeune femme d'une trentaine d'année lisait un livre. Grimaçant en réalisant qu'il s'agissait de 50 shades of grey, Ethel décida de passer outre et se leva, s'approchant d'elle doucement, un grand sourire sur les lèvres. Son Japonais datait de plusieurs mois, mais c'est avec une grande assurance qu'elle ouvrit la bouche.
" Bonjour Madame, je suis véritablement désolé de vous déranger de la sorte... Mais je vais arriver chez moi dans un peu plus d'une heure, et mon téléphone n'a plus de batterie, j'ai besoin de prévenir mon ami de mon arrivée, y'a-t-il la moindre chance que je puisse emprunter le votre ?"

Avec un sourire aimable, la jeune femme hocha la tête et lui tendit le sien. Evidemment c'était faux, le téléphone d'Ethel n'était pas mort. Mais au Japon, elle avait apprit que vous sembliez très étrange aux yeux des autres si vous annonciez que vous ne possédiez pas de téléphone. Un peu comme dire que vous n'aviez aucun compte Facebook en Europe. Ce qui évidemment était le cas de la rouquine.

Prenant une inspiration longue, elle regarda le téléphone. Elle ne connaissait que deux numéros par coeur, et il allait falloir choisir à qui elle allait envoyer le message. Le premier était bien évidemment Jake, mais après tout ce qui s'était passé, la peur de lui envoyer un message la paralysait. Après une courte seconde, elle finit par choisir la deuxième personne, Zakuro. Un message simple, court, elle n'aurait pas eu à faire plus long, elle savait qu'il viendrait. "Capitaine. J'ai besoin que tu viennes me chercher à la gare dans une heure. S'il te plait." Un dernier sourire, elle rendit le téléphone et retourna s'asseoir à sa place. En croisant son regard au moment où son fessier touchait le tissu inconfortable, elle grimaça. Ne reconnaissant pas le moindre trait de son visage.

Lorsque sa mère était venue la chercher, le 12 juillet, la rouquine n'eut pas le temps de prendre la moindre affaire. Et c'est pourquoi elle portait aujourd'hui un affreux pantalon en velours et une chemise à fleurs, ce qu'elle n'aurait jamais porté à aucune autre seconde de sa vie si elle n'avait pas eu le choix. Mais non seulement elle avait du partir sans aucun vêtement du Japon, elle avait également du s'enfuir d'Angleterre avec ce qu'elle portait sur le dos dans l'instant, ce que sa mère avait bien voulu qu'elle porte sur le dos.

Tout était resté chez Jake, jusqu'à la brosse à dent qu'elle utilisait au moment où sa mère fit irruption dans sa vie, sans aucun préavis. On ne pouvait vraiment l'en blâmer. Recevoir un appel de l'Académie, par un conseiller d'éducation inquiet voulant savoir comment les parents de la jeune Dawkins géraient la distance, depuis l'overdose et avec le bébé en route. Ce genre d'appel peut surprendre une mère n'ayant aucune autre nouvelle que "Je vais bien, tout vas bien". Alors prendre un avion d'Angleterre jusqu'au Japon dans la foulée, et ramener sa fille de force au pays n'était peut-être pas si... exagéré. Mais ne la laisser prévenir personne, et surtout l'empêcher d'avoir tout contact avec sa vie précedente pendant sept mois était un peu... Hors limite.

C'était la raison du retour d'Ethel, si soudain. Elle s'était enfuie dans la nuit, laissant cette fois-ci une note à sa mère, lui expliquant qu'elle ne pouvait vivre comme ça, qu'elle avait beau avoir la double nationalité, et aimer l'Angleterre plus que tout, elle ne s'était jamais sentit si loin de sa maison depuis qu'elle y était revenue. Et que son pays à présent était le Japon. Et que sa famille était à présent rasée, et à reconstruire à l'autre bout de la terre. Et en parlant de famille... Ethel serrait dans ses mains la photo d'un nouveau-né au sourire immaculé, un petit garçon de trois mois, blond comme les blés, serré par une mère aimante, Ethel. En regardant à ses côtés, elle ne pu s'empêcher de remarquer une place vide de vie. Il n'avait pu venir. Si Ethel était à moitié Japonaise par sa nationalité, ce n'était pas véritablement le cas de son fils. Et il n'aurait pu venir à moins de le faire passer en douce à la frontière, ce qui était evidemment impossible. Et de toute manière, sa Grand-mère ne l'aurait jamais laissé partir. Ethel avait du prendre son sac et s'enfuir seul, laissant derrière elle l'enfant qu'elle avait conçu.

Mais à chaque fois qu'elle serrait cette photo, elle se rappelait que cela n'était que temporaire, et qu'importe les moyens employés, elle ferait venir son fils au Japon. En attendant, la place à ses côtés demeurerait remplie uniquement d'espoir.

Le train finit par ralentir alors que le jour pointait le bout de son nez depuis une bonne heure déjà. Un grand panneau indiqua alors qu'Ethel était arrivée à son point de destination. Prenant son sac à dos, unique bagage à travers le monde, elle descendit et se dirigea vers l'entrée de la gare, espérant apercevoir là Zakuro, à travers la foule d'inconnu qui se pressaient vers la ville.


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Si je t'ai blessé, c'est que ta blessure est aussi la mienne.
Alors, ne m'en veux pas.
Je suis un être inachevé.
Bien plus que tu ne le crois.

Haruki Murakami


Dernière édition par Ethel Dawkins le Dim 29 Mar 2015 - 22:05, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: So it's Time   Mer 18 Mar 2015 - 0:39

Temps d'être éternel.
Il est toujours un peu le temps pour cela.



    Dans une trille stridente, la sonnerie du micro-onde, ainsi que la cessation du roulement de la plaque verre circulaire, m'avertirent que la soupe miso était réchauffée. Coupant l'eau qui coulait du robinet, attrapant du bout des doigts l'essuie-main, je déposais sur le coin du lavabo la casserole que je venais de nettoyer à l'instant, et les doigts enveloppés des tissus imbibant, je me dirigeais vers vers le micro-onde, traversant la cuisine sur la pointe des pieds, le sol encore humide.

    Lawrence était parti ce matin, accompagné d'une de ses amies, et prenant l'initiative de nettoyer l'appartement, je m'étais acharné à envisager une nouvelle facette du temps. Passer la serpillère relevait d'une faction qui brusquait le rythme. Mes avants-bras et mon ego en souffraient, et ouvrant la porte du micro-onde, je me fis la promesse d'abandonner moins souvent ce genre de tâche à Lawrence. Le rice-cooker émit à son tour une alarme qui m'apprit la fin de la cuisson du riz cantonais, et tandis que je récupérais mon bol de soupe, le voyant lumineux de la machine cuisante s'éteignit. J'y jetais un coup d'oeil, refermant le battant du micro-onde du coude. Allant déposer mon bol sur la table, je me détournais pour aller récupérer le riz quand un miaulement dans mon dos me fit me figer. Ragnarök, entrant dans la cuisine de son pas mesuré, posait sur moi un regard ambré, qui m'arracha un sourire surpris.

    « Tu miaules, toi ?, demandais-je à l'adresse du chat, c'est une première, non ? »

    Ignorant mon appréciation de son talent découvert, Ragnaraök sauta sur le dossier d'une des chaise près de la table, ses prunelles dilatées posant leur regard halluciné sur moi. Venant déposer le riz, celui-ci transposé dans un saladier, sur la table, je lançais un sourire au chat.

    « Auriez-vous faim, monsieur Ragnarök ? »

    Le chat me fixait, un air mortellement intéressé peint sur sa face. J'eus un gloussement.

    « Bien, donc. »

    Attrapant une boulette de bœuf qui vint glisser entre mes phalanges, je la lui présentait. Humant la viande, les moustaches du chat frémirent, et je lui abandonnais le morceau animal.

    « Ne me dégueulasse pas mon sol, Ragn'. Sinon, je t'écharpe et je nettoie avec ton corps. »

    Faisant peu cas de mes assertions, le chat se jeta avec avidité sur la viande, tandis que je mettais du riz dans ma soupe.

    « Itadakimas'. »

    Il n'y eut pas de réponse particulière de la part du chat, tout à sa mastication. Sortant mon portable de ma poche, je le déposais sur la table, vérifiant brièvement l'heure, et commençant à manger.
    Au travers des spires vaporeuses et du fumet de la viande cuite et tendre, la nourriture m'arracha, à l'instar du félin en train de déchiqueter son morceau de bœuf, un ronronnement satisfait. Kojiro m'avait récemment fait remarquer ma perte de poids et j'avais été obligé de m'avouer à moi-même n'avoir pas y fait attention, n'ayant considéré jusque là que l'évolution de ma masse musculaire, sans me concentrer sur la sèche de mon corps.
    La peau se tendait sur mes bras, plus fragile, plus douloureuse, et je secouais les doigts, agitant ma cuillère, les vapeurs se distordant au dessus de ma soupe. Comme une réalisation je notais que j'avais beaucoup plus faim et soif que ce que je n'aurais pu avoir comme sensation, ces dernières semaines. Mâchonnant les légumes, je me laissais aller à la sensation de nourriture, apprécant le goût et la texture du féculent imbibé de soupe misé. Beaucoup plus faim, beaucoup plus soif …  Je ne me serais, sans la remarque de Sasaki, jamais fait ce constat d'un état de mon corps qui n'était normalement relatif qu'à certaines périodes sportives auxquelles je n'inscrivais actuellement pas mon quotidien. J'eus un vague sourire, songeant à Kohaku et à son corps assurément sec. Lui ne m'avait pas fait de remarques à ce propos, néanmoins. Mon sourire se dissipa, quand je songeais aux regards qu'il posait sur Sasaki Kojiro, le caressant des yeux. Lovelaces fades, la nourriture perdit sa saveur dans ma bouche et finalement, je déposais ma cuillère, la gorge serrée. La tête du chat jaillit au dessus du rebord de la table, cherchant de la nourriture, et poussant le bol vers lui, je quittais la table, récupérant simplement mon portable. J'envisageais envoyer un sms à Chess, oscillant dans mon hésitation. À cette heure-là, Kohaku et Kojiro devaient terminer leur cours de psychologie. Je les imaginais, d'ici quelques instants, quitter l'amphithéâtre B de l'université de psychologie, Joshua s'accrochant au bras de Kojiro, ses doigts glissant dans les mèches plus lisses et plus soignées que celles d'une femme, les prunelles noires de Kojiro épiant par à-coup les mimiques et les sourires de Joshua. La boule dans ma gorge se dilata, et je me dirigeais vers le balcon, une envie de errer prenant le pas sur mes désirs. Désirs qui affluaient dans les flux indistincts, silencieux et sombres, grondant sur les auspices d'une colère sourde et suicidée dans l'oeuf. Même pas tuée, suicidée. L'un et l'autre, dans leurs comportements, étaient irréprochables, et mes élans d'amour pour Kojiro prenaient trop souvent le pas sur mes accès de haine à son égard. Comme sous la torture d'un ling-chi qui s'éterniserait en vue d'un processus de constante cicatrisation, j'étais écharpé, mais jamais à vif. Une douleur soutenue par le flux régulier des sédatifs absorbés. Des sédatifs qui s'établissaient sous les reliefs des attentions que Joshua portait sur moi. Des moments égarés où ses mains trouvaient mon dos et le parcourait, redessinnant mes courbes et mes lignes, ses doigts glissant contre mon corps sans s'arrêter, mais ses yeux stoppés dans les miens. Des instants d'éternité, où mon existence se jouait sur les battements de ses cils, ceux-ci frappant mon cœur pour délimiter mon univers. Des instants où je me perdais.
    Littéralement.

    Un frémissement dans ma paume m'arracha à mes pensées, et j'étudiais avec circonspection l'écran de mon cellulaire, comme surpris de le retrouver là, entre mes doigts. La vue d'un message me fit me forcer à me concentrer, et je sélectionnais l'ouverture du message, m'attendant à trouver un sms de la part de Senta. Le numéro cependant, était inconnu. Un kanji me sauta aux yeux, éclatant ma bulle réflexive. « Capitaine ». Mon rythme cardiaque s'affaiblit, et je sentis mon corps se refroidir, dans une vasodilatation étranglante. Je recommençais à lire, répétant ma lecture du sms une deuxième et une troisième.
    Et une quatrième fois.

    (…)


    « Non Momo, je ne peux pas ! »

    Le portable maintenu contre mon oreille par une pression effectuée de l'épaule, je laçais avec des mouvements secs les lacets sombres des chevilles de mes Docs brunes. A l'autre bout du fil, Momo s'inquiétait. J'eus un sourire.

    « Non, désolé. Je vais bien, rassure-toi. C'est juste que j'ai un imprévu. Mais un chouette imprévu. On pourra se voir plus tard, il n'y a pas de problèmes. »

    Mes doigts s'évertuaient à délacer les boucles sur lesquelles je m'acharnais, distrait. Poussant alors un sifflement agacé, je serrais une bonne fois pour toutes, les lacets qui claquèrent sèchement dans un résultat satisfaisant. Je me relevais, le cuir élimé du blouson de moto s'étirant souplement entre mes omoplates, récupérant le casque à côté de moi.

    « Je te laisse, Momo je dois aller à la gare. Peut-être à tout à l'heure. »

    Sans lui laisser le temps de rajouter quoique ce soit, je raccrochais, et enfilais le casque sombre, soulevant la visière. Attachant la jugulaire, je me dirigeais jusqu'à la Honda ronronnante, les clefs dans le contact, le moteur réchauffé. La journée était belle, illuminée par un soleil qui venait réchauffer mes effets noirs. Refermant mon blouson sur ma poitrine, j'enjambais la moto, appréciant   entre mes cuisses, la chaleur du cuir réchauffé par le soleil. Ma voisine sortir sur le trottoir, me saluant, tandis que j'enfilais mes gants.

    « Où allez-vous donc, jeune homme ? » lança la vieille femme d'une voix forte, cherchant à porter sur les ronronnements lourds de la moto à l'arrêt.
    « Je vais à la gare, chercher Ethel Dawkins. »
    « Oh. La petite rousse, non ? Ça fait un bout de temps qu'on ne la pas vue. Elle se porte bien, au moins ? »
    « Je suppose que oui, elle m'a récemment envoyé un sms ! »

    Ce qui consiste en un bouleversement important.
    La vieille femme acquiesca et rabattant avec le talon la béquille de la moto, je la descendais sur la chaussée, dans un roulement lent. La boulangère observa mon déplacement, avant de sourire.

    « Soyez prudent, mon petit ! »

    Réprimant un rire, j'abaissais la visière, et dans une ascension de la puissance du moteur, abandonnant le contact entre le sol et le bout de ma semelle, la moto trouva son équilibre et, dans son mouvement, sa vitesse.

    (…)

    Le trajet fut calme, en dépit d'un sursaut nerveux où, braquant violemment sur la gauche, j'esquivais  ainsi un automobiliste un peu trop pressé et enclin aux queues de poisson. L'arrivée à la gare s'effectua donc une demie heure après mon départ, et, faufilant la moto au travers du parking libre,-et en l'occurrence bondé de monde-, je cherchais à me rapprocher au maximum de l'entrée de la gare. Trouvant un emplacement libre, je me garais, ignorant le regard mauvais que me jetait un salary-man débonnaire. Marmonnant dans sa barbe, il se tût quand, ôtant mon casque, je dardais sur lui un regard gelé. Sèche ou pas, songeais-je après avoir installé le U, et me dirigeant vers la gare, j'appréciais le charisme imposant des épaules dont j'avais hérité de mon père.  La génétique métisse avait l'avantage de faire s'écraser certains japonais un peu trop grandes gueules, songeais-je en jetant un coup d'oeil au salary-man qui refermait la portière de sa voiture. Puis, je chassais l'irritation, pour laisser place à une sorte d'intérêt avide aux instants à venir.
    Depuis combien de temps, Ethel ?

    La foule qui se déversait sur les quais était bigarrée, mais une très grande majorité, en dépit des chapeaux ou des coiffes multiples, restait brune. Debout près d'une verrière miroitante, mes yeux glissaient sur les visages, sans m'y attarder. Puis, je la trouvais. Ses cheveux, ayant repoussés, enflammés, comme la madeleine de Proust, réveillèrent en moi milles souvenirs que j'avais d'elle. Je traversais la foule, fendant son flot humain, jusqu'à me rendre face à elle. Mes yeux cherchèrent les siens. Son regard avait changé, indubitablement. L'étincelle de folie désespérée s'était éteinte. Ma première impression fut de me sentir retrouvé face à un calme. Le genre de calme qui réside après que la tempête ait tout dévasté. Un calme qui, malgré son sourire, froissa mon cœur.

    « Tu m'as manqué, bordel. »

    Je l'attrapais, et la serrais dans mes bras.

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MessageSujet: Re: So it's Time   Ven 1 Mai 2015 - 14:27




Première foulée de liberté, respiration salvatrice d'un air apaisant. Même les bruit assourdissant des voitures, de la foule empressée ne pouvait l'embêter, elle était chez elle, enfin. Un sourire béat refusait de quitter ses lèvres, scotché comme le premier pas vers un nouveau futur. Aucune valise à tirer, aucun bagage l’embarrassant, elle était prête à courir là où le vent voulait bien l'emmener, et c'était une sensation grisante. Un calme olympien l'habitait à présent, elle n'avait plus peur. Plus peur de la vie qui s'étirait devant elle, ou de l'inconnu. L'inconnu était salvateur, puisqu'en l'éclairant, elle trouverait la réponse. Plus besoin de trembler et de prétendre, elle avait son destin en main. De plus, elle était persuadée que sur cette place, quelqu'un était en train de l'attendre. Pas besoin de réponse ou de confirmation de la part de Zakuro, il était là, elle le sentait. Elle avait disparu depuis des dizaines de semaines et tout autant de jours, mais elle savait que le jeune homme ne l'abandonnerait pas, il ne fonctionnait pas de cette manière. Le temps n'avait pas d'impact. En effet, un coup d'oeil à droit et à gauche, et elle le vit, surplombant la foule d'une bonne tête. Son sourire s'intensifia en l’apercevant et elle s'approcha. Lorsqu'il ouvrit ses bras, elle sauta à l'intérieur, soulagée et heureuse, le serrant de toutes ses forces, ce qui certes ne devait pas être très étouffant.

« Tu m'as manqué, bordel. »

Et cette phrase, qui résuma tout ce qu'on pouvait avoir à dire lorsqu'on revoit un ami perdu depuis des mois. Elle se rendait compte d'à quel point tout cela lui avait manqué, et si elle n'avait été rien de plus qu'un fantôme pour elle-même ces derniers mois, elle pouvait se permettre de vivre à nouveau. C'était tout ce qu'il fallait, et jamais elle ne voulait mettre fin à cette étreinte qui apportait tant d'espoirs. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et elle se délia de Zakuro, un grand sourire sur ses lèvres, un sourire apaisé et heureux.

« Tu m'as manqué aussi, tellement. »

Elle n'avait pas eu le temps d'y penser, les semaines s'étaient enchaînées à un rythme épuisant depuis son départ forcé. Elle avait passé plusieurs mois à l'hôpital en Angleterre, shootée aux médicaments et incapable de réagir aux choses qui passaient devant elle. Une ombre, sans vie et conviction, voilà ce qu'elle avait été depuis qu'elle était partie, écrasée par sa mère qui avait cherché à lui imposer une vie et des règles impossibles, anéantie par des événements qu'elle ne contrôlait plus. Elle, mère. Elle, responsable d'une vie qu'elle avait créée. Pour se la voir retirer dès les premiers jours. Il était évident que la rouquine était trop jeune pour cela, et pas assez forte. Mais ces événements imposés l'avait forgée et forcé à grandir et évoluer. Revenir à Keimoo était la bouffée d'air salvatrice dont elle avait besoin, même si cela se faisait sans son fils. Ce n'était qu'une question de temps.


« Merci d'être venu, Capitaine. »

Et par ce simple mot elle ravivait tant de souvenirs. De leur première rencontre catastrophique ou chacun avait bien faillit vivre ses derniers instants dans l'académie. La surprise de ne pas être surpris, réprimandé, la course poursuite nocturne avec l'ombre de leurs peurs, pour finir sur une vie commune, dans cette animalerie bordélique, mais qui avait eu le mérite de fonctionner. Il avait été le premier à se rendre compte qu'une vie naissait en Ethel, à lui donner ce qui pourrait s'apparenter à des conseils, à savoir se défiler et la laisser seule quand il fallait. Sans lui, Swan et Chess, peut-être qu'elle ne se serait pas réveillée à temps de l'enfer de la drogue, peut-être qu'elle n'aurait pas été là en cet instant. Car ils avaient été ceux qui lui avait donné la force de sauter dans un avion et de s'extirper de l'emprise de sa mère en Angleterre, quand sa vie était en danger. Si elle n'avait pas eu la conviction qu'il se déplacerait sans poser de questions pour l'accueillir, elle n'aurait probablement eu le courage de se déplacer en premier lieu. Car la solitude la terrifiait plus que jamais.

« Tu m'emmènes faire un tour ? »

Invitation au voyage, le besoin de sentir le vent dans ses cheveux, vers une destination inconnue. Zak était plein de surprises, il pouvait refuser comme l'emmener à l'autre bout du monde en une accélération. Et elle avait besoin d'un peu de temps pour ne penser à rien d'autre, juste à sentir le paysage défiler, que ça soit dans les rues de Keimoo ou sur les collines d'un Japon lointain. Elle n'avait de toute manière aucune valise pour l'encombrer, et aucun autre bagage mental. Juste le besoin d'un renouveau et de se sentir entourée de quelqu'un qu'elle appréciait, enfin.





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MessageSujet: Re: So it's Time   Jeu 9 Juil 2015 - 22:30



    « Tu m'as manqué aussi, tellement. »


    Naturellement, il y a ce détachement, le fait qu'elle quitte mes bras, et que je me sentes, du coup, comme un enfant un peu perdu, dépassé par des sentiments trop grands pour mon corps. Comme un oiseau qui aurait étendu ses ailes face au vent pour se laisser emporter dans l'immensité du ciel, je me laissait emporter face à l'étendue des possibles de cette situation. Les interprétations de l'instant me heurtaient face à Ethel. Une Ethel différente, assurément, de ce qu'elle avait été, mais qui restait l'être humain à qui j'avais souri une première fois. Notre humanité se heurtait l'une à l'autre dans une révélation de nos parcours empruntés en des voies séparées. Quelle sorte de vent avait-elle rencontré ?

    « Merci d'être venu, Capitaine. »

    Peu importait le vent, peut-être. L'important devait-être ce chemin parcouru. J'espérais qu'elle n'ait pas eu à souffrir de ce trajet effectué. Mes doigts vinrent effleurer les mèches rousses, lesquelles avaient conservées trop longtemps des fragrances de folie. Il n'y avait rien à juger et encore moins à condamner dans l'attitude d'Ethel, mais je contemplais désormais l'idée d'un souvenir, d'un fantôme qu'elle avait du porter avec elle tout un temps. Chacun avait ses démons, et Ethel me semblait maintenant être de ceux qui avaient cessés de les renier. Sa proposition avait le mérite de me rappeler que désormais, elle avait à s'engager sur une route par rapport à laquelle je me positionnais. J'amenais ma main jusqu'aux miennes, de mèches, dans un garde-à-vous au sourire crâne.

    « À votre service, Madame. »

    En me détournais, j'allais chercher le second casque dans le topcase. Je lui tendais, lui laissant le positionnement correct de la jugulaire à faire, après avoir tiré sur la sangle pour régler la sangle. Allant me positionner près de la moto, j'écoutais le roulement, quelque part sous la gare, d'un train qui s'en allait pour une destination dont j'ignorais le nom. Il y avait dans cet instant l'appréciation silencieuse d'avoir retrouvé un repère qui avait manqué à ma vie, traçant son empreinte dans le vide qu'il avait creusé. Récupérant la main d'Ethel, je l'aidais à s'installer sur la Honda.

    « La moto est un peu comme un cheval, si tu es stressée dessus, je vais le sentir directement. Sois zen, concentrée sur la manière dont tu tiens ton dos, au moins pour le trajet. Avec l'habitude, tu n'auras plus besoin d'y penser, mais là, il faut que tu te souviennes absolument d'une chose : comme tu es derrière moi, je suis responsable de tes mouvements. En plus, cette moto là demande un positionnement particulier, alors imagine que tu es une planche de bois, calquée sur mes mouvements, tu ne dois pas trop bouger. C'est sa règle à elle. Sur une moto plus sportive, il faudrait être plus souple. Et. Voilà. »

    L'extinction de mes conseils de sécurité hasardeux est comme une bulle qui éclate, s'achevant sur un sourire un peu désolé.

    Je récupère ses mains, et après avoir équilibré le poids de la moto sur ma jambe d'appui, je pose ses paumes contre mon ventre, et lui retourne un sourire.

    « Outre le fait que tu peux apprécier le contact avec mon corps, c'est aussi une sécurité pour nous deux si tu es plus proche de moi. Avec la maîtrise, tu pourras t'accrocher au garde-fou, mais pour le moment, j'aimerais éviter que tu t'envoles, Hell. »

    Mes yeux se plissent en un sourire de renard.

    « Et puis avoue qu'il faut savoir profiter des bonnes choses. »

    Sur ce sourire, j'enfile mon casque et abaisse la visière noire.

    (...)

    Le trajet est relativement court, et je viens positionner la moto devant la boutique d'une chaîne de restauration rapide. Je n'ai pas envie de conduire directement Hell à la maison. Enfin, par maison, j'entends l'appartement. Shiki ayant vidé les lieux, j'ai peur de la confronter à un sanctuaire évidé, lequel a été marqué par l'absence de ses habitants. Je veux d'abord qu'une immersion s'effectue, en douceur, et si possible devant un café, avec un donuts. C'est ce que je lui propose, agenouillé au sol, en relevant le visage vers elle, mes cheveux ébouriffés, mon casque à côté de moi, tandis que j'installe dans les rayons de la roue avant le U protecteur.

    Puis je me lève, je l'attrape par le poignet, et la tire avec moi vers l'intérieur.

    (…)

    « Et bien. Considérons que nous remplissions parfaitement la situation clichée du film dans laquelle l'héroïne, après avoir été récupéré par son ami gay, se voit questionné par celui-ci, soucieux de mettre au clair les choses. »

    Les lèvres sur le rebord d'une tasse en papier cartonné, les yeux posés sur les prunelles claires de mon amie britannique, j'étire sur ma bouche une expression douloureuse, presque offusquée. Presque. Je ne ressens pas le moins du monde ce genre d'amertume. Mais il faut avouer que le café est mauvais.

    « Alors, explique moi, Hell. Que s'est-il passé ? »

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Ethel Dawkins
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MessageSujet: Re: So it's Time   Lun 13 Juil 2015 - 18:25



La réponse du jeune homme ne se fit pas attendre, et avec sa fougue habituelle, il était déjà retourné à fouiller à la recherche d'un casque. Le débarquement au Japon était mouvementé, à peine les pieds posés sur le sol Keimoosien, elle retrouvait Zak, et en était plus qu'heureuse. Il était la première personne, et même la seule à laquelle elle avait pensé. C'était lui qu'elle voulait serrer dans ses bras en arrivant, même avant Jake, qui devait bien lui en vouloir après des mois de silence. Mais pas Zakuro, il renchaînait avec la même énergie que toujours, bien que la rouquine sache que les moments des comptes allait arriver tôt ou tard. Il l'installa sur la moto, et elle sourit, sa mère aurait très sûrement fait une crise cardiaque en la voyant, mais cela n'importait plus. Elle l'avait abandonnée, battue, éculée. Un peu de rébellion face à ce système ne pouvait pas lui faire de mal. Ignorant le fait qu'elle avait l'air assez stupide en jupe et chemisier à fleurs sur une grosse moto, aux côtés de Zakuro qui avait déjà abaissé sa visière, débordant de classe, elle se cala contre lui, ne sachant pas trop si elle devait vraiment se rapprocher ou non.
Elle écouta les instructions avec une attention nouvelle, c'était la première fois qu'elle s'apprêtait à monter sur un tel engin, l'idée de s'écraser au sol, casque ou non, n'était pas très réjouissante. S'approchant donc de Zakuro selon ses indications, elle sourit, il lui avait manqué. Ne voulant pas tomber, elle mit ses bras autour de sa taille, prête pour sa première balade en moto.

(…)

C'était officiel, les cheveux d'Ethel ne ressemblaient plus à rien, ou peut-être à une écurie où la paille n'aurait pas été ramassée depuis une semaine. Tâchant de secouer sa tête, elle descendit de la moto, ses jambes se dérobant. Réussissant magnifiquement à rentrer dans l'échoppe sans se casser la gueule, elle souriait.

(…)

Elle soupira, baissant la tête, il était évident qu'à un moment ou à un autre, elle allait devoir raconter l'histoire, ce qu'elle avait vécu et subit ces derniers mois. Mais tout ça était encore tellement frais, elle arrivait à peine à Keimoo, comme si l'extirpation de l'environnement nocif dans lequel elle avait déambulé l'attendait encore juste au coin de la rue. Mais Zakuro était de ceux qui méritaient de savoir. Des personnes qu'elle avait abandonné, sans donner aucune nouvelles, il était très surement celui qui avait le plus été dans sa tête, si on oubliait Jake. Plusieurs fois, lorsqu'elle essayait de décrocher le téléphone, arrêtée par les hurlements de sa mère, c'était pour appeler son ami. Mais jamais elle n'avait pu aller jusqu'au bout, et elle s'était simplement évanouie du Japon, son image disparaissant peu à peu, comme si elle n'avait jamais existé. Mais la rouquine était de retour, et il était temps, il était temps de commencer à parler, malgré la difficulté de la tâche.

« J'aimerais déjà m'excuser d'avoir disparu de la sorte, même si cela ne change rien. Je ne peux pas dire que j'avais de bonnes raisons, j'en ai, mais j'aurais pu mettre plus d'ardeur pour t'appeler, j'en ai conscience. Je pense qu'à un moment je me suis juste laissée coulée, en renonçant à me battre, parce que ça faisait trop mal. Je le regrette beaucoup. »

Ce n'était pas une explication, et sûrement pas ce qu'attendait le jeune homme. Il voulait l'histoire ? Elle allait lui donner, sa gorge se tordant déjà d'avance.

« Pour faire simplement, ma mère a apprit ce qui se passait en ce moment, mon overdose pour commencer, et surtout... Que j'étais enceinte de Jake. Elle a débarqué chez lui, je ne sais même pas comment elle a eu l'adresse, et m'a embarquée de force. Je crois que j'ai été si surprise que je n'ai pas cherché à me poser de questions. Je n'avais aucune idée de la suite. »


Car cette partie était plutôt logique, une sorte de retour de chien honteux, qui a fait trop d'erreurs, elle était tellement perdue à cette période de sa vie qu'elle avait presque vu l'arrivée de sa mère comme une délivrance, une promesse de jours meilleures ou quelqu'un allait s'occuper d'elle et la recadrer, intérieurement, elle savait qu'elle en avait besoin. Si jamais elle avait pu deviner ce qui s'était passé ensuite...

« Mais ma mère n'est pas exactement venu me chercher pour m'aider. On peut même dire qu'elle m'a séquestré chez elle, m'interdisant tout contact avec l'extérieur. Je suis tombée en dépression et j'ai du passer mon dernier mois de grossesse à l'hôpital, c'était ça ou Lois pouvait ne pas naître, pas en vie en tout cas. »

Elle fit une pause, se rendant compte qu'elle n'avait même pas communiqué le nom de son fils à Zakuro, ni même que c'était un fils. Nerveuse, elle mordit dans son donut, et le fit passer par une gorgée de chocolat brûlant. La suite de l'histoire était encore plus douloureuse, c'était celle qui l'empêchait de dormir, et même de sourire, à l'idée de la souffrance qu'elle avait enduré, et vue.

« Quand Loïs, mon fils, est né, ma mère n'a pas changé de comportement, et elle m'enfermait dans ma chambre toute la journée, ne me faisant sortir que pour nourrir Loïs. Elle le faisait parfois pleurer pendant une heure, juste pour savoir que ça me faisait souffrir. J'en ai eu assez, et une nuit j'ai essayé d'aller le voir. Elle m'a frappée, et je me suis enfuie au village. Quand je suis revenue, la voiture était partie, Loïs et ma mère aussi. C'était hier... »

Sa voix se coupa, elle enfourna dans sa bouche une part impressionnante de Donut, espérant que le chocolat lui sèche les larmes. C'était hier soir, elle avait ensuite fait du stop jusqu'à Londres, toute la nuit, avec dans sa poche juste assez d'argent pour prendre son billet d'avion. Et voilà, elle se retrouvait avec Zakuro, qui lui avait tant manqué, mais avec un poids impressionnant sur le cœur.



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Si je t'ai blessé, c'est que ta blessure est aussi la mienne.
Alors, ne m'en veux pas.
Je suis un être inachevé.
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MessageSujet: Re: So it's Time   Mer 19 Aoû 2015 - 22:00


    Les plaisanteries lancées au vent pour détendre les ambiances trop crispées laissent parfois un goût amer. Coincée sur ma langue, cette saveur a des fragrances d'inutilité, tandis qu'Ethel commence à livrer une réponse qui, comme si elle s'affichait en des prémonitions vacantes à la réalité, se met à enfler dans ses dires, dans ses propos, et je devine un poids terrible sur les épaules de la rousse.

    « J'aimerais déjà m'excuser d'avoir disparu de la sorte, même si cela ne change rien. Je ne peux pas dire que j'avais de bonnes raisons, j'en ai, mais j'aurais pu mettre plus d'ardeur pour t'appeler, j'en ai conscience. Je pense qu'à un moment je me suis juste laissée coulée, en renonçant à me battre, parce que ça faisait trop mal. Je le regrette beaucoup. »

    En secouant la main, mon geste manque de vigueur. Des formalités, peut-être, mais qui sous la carapace d'impassibilité que je choisis d'adopter, me révèle une sensibilité trop aiguë. Il y a dans ses mots des sous-tensions qui s'esquissent, et que j'ai presque peur de voir apparaître. C'est un combat avec des mots, et mes yeux accompagnent le livre ouvert qu'est Ethel Dawkins, britannique rousse qui délivre son histoire.

    « Pour faire simplement, ma mère a apprit ce qui se passait en ce moment, mon overdose pour commencer, et surtout... Que j'étais enceinte de Jake. Elle a débarqué chez lui, je ne sais même pas comment elle a eu l'adresse, et m'a embarquée de force. Je crois que j'ai été si surprise que je n'ai pas cherché à me poser de questions. Je n'avais aucune idée de la suite. »

    J'imagine la scène, sans y apposer le moindre affect. Je perçois l'image floutée d'une femme qui serait sa mère, violant le sanctuaire d'une maladie rongeant l'âme de ma camarade, explosant la bulle d'un quotidien nouveau que devait être l'appréhension de cette grossesse.

    « Mais ma mère n'est pas exactement venu me chercher pour m'aider. On peut même dire qu'elle m'a séquestré chez elle, m'interdisant tout contact avec l'extérieur. Je suis tombée en dépression et j'ai du passer mon dernier mois de grossesse à l'hôpital, c'était ça ou Lois pouvait ne pas naître, pas en vie en tout cas. »

    Je me rends compte que mon esprit s'est automatiquement orienté vers une trajectoire dramatique du récit, avant même qu'elle me livre ces mots. Maintenant qu'ils sont dans l'enceinte de mon cognitif, il y a ce mouvement presque réflexe d'une appréhension rétrograde qui dilate mes pupilles sous l'effroi. Je l'ai vu venir, gros comme un camion, mais la stupeur n'en est pas moins douloureuse, accompagnée de ce hurlement de klaxon que produit le monstre de métal et d'acier. Sur l'autoroute de mes sentiments, ceux-ci sont figés face au trois tonne qui leur fonce dessus. Je vais me faire exploser la gueule par mes propres émotions.

    Poker face absolue, néanmoins. Outre mes pupilles dilatées, je tiens à protéger sous un masque de chair qui ne me trahit pas les ressentis que j'éprouve à imaginer cette fille face à moi, -cette gamine à la culotte brandie sous mes yeux, la rousse ingénue-, accoucher, et se faire voler son fils par sa propre génitrice. Les images tournoient, et derrière mes iris, les flous d'un contour charnel, un bébé hurlant dans la nuit, et cette semi-vieille femme qui se drape d'une apparence de sorcière.
    Le prénom se répète.

    Lois.

    « Quand Loïs, mon fils, est né, ma mère n'a pas changé de comportement, et elle m'enfermait dans ma chambre toute la journée, ne me faisant sortir que pour nourrir Loïs. Elle le faisait parfois pleurer pendant une heure, juste pour savoir que ça me faisait souffrir. J'en ai eu assez, et une nuit j'ai essayé d'aller le voir. Elle m'a frappée, et je me suis enfuie au village. Quand je suis revenue, la voiture était partie, Loïs et ma mère aussi. C'était hier... »

    Le récit s'achève ici. Je me doute qu'il n'y a pas d'épilogue autre que celui qui décrit Ethel en train de raconter cette histoire à un type brun aux yeux bleus. Yeux bleus qui papillonnent, comme pour reprendre contact avec une réalité qu'il ne voit plus vraiment.

    Au bout d'une éternité, mes doigts viennent chercher les siens, et j'appuie sur sa main. Fort. Peut-être trop.

    « S'il y a quoique ce soit que je puisse faire, dis-le moi. Même si cela impliquer aller décapiter cette femme. »

    Et malgré les cumulonimbus qui s'accumulent dans ma poitrine, c'est un sourire rieur qui revient tracer son angle dans le coin de mes lèvres.

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